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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 16:58

 fdroosevelt.jpg  En France, dans six mois,et si la guerre que les britanniques et leurs satrapes tentent actuellement de déclencher n'a pas lieu, nous irons aux urnes choisir le prochain président de la république française.


   Cette personne, une fois investie, aura sous sa responsabilité un pays ruiné, divisé, abruti par la misère matérielle et culturelle et agité par des courants dissidents et subversifs de toutes espèces, le tout dans un monde où plus aucun traité n'a de valeur, où les expédients servent de stratégie politique internationale, où la guerre paraît pour certains dictateurs occidentaux un excellent moyen de reprendre la main sur les évènements, et où le système financier impérial britannique globalisé a juré de conserver l'hégémonie ou d'emmener le monde avec lui dans la tombe.

 

   Cette personne se trouvera donc dans une situation similaire à celle qu'a dû affronter le président Franklin Delano Roosevelt en 1933, expérience qu'il relate en 1934 dans le livre que je vous transcris ci-dessous.


   Rappellons qu'à l'époque, les britanniques - maîtres du système de banques centrales et de l'étalon-or - préféraient très nettement et officiellement la solution fasciste (totalitarisme et enrégimentation économique, sous le contrôle des Banques centrales et de la B.R.I) à celle que proposait F. D. Roosevelt. Ils le montrèrent avec la promotion de Benito Mussolini, de Adolf Hitler et de Francisco Franco, ainsi que d'autres dictateurs fascistes dans toute l'Europe - y compris en France avec Laval, que Fillon et sa bande copient sans vergogne.

 

   Vous trouverez dans "Sur la bonne voie", écrit intégralement de la main de F.D.R., un grand nombre textes et d'allocutions dont le contenu est frappant, tant sur la question examinée que sur l'actualité des solutions appliquées alors. Voici un président en plein travail qui vous parle, depuis 1934, des principes et des moyens qu'il a mis en oeuvre pour sauver sa nation et se préparer à sauver le monde.

 

   Bonne lecture à tous.

 

 

 

 

Franklin Delano ROOSEVELT
Président des États-Unis

 


SUR

LA BONNE VOIE

(ON OUR WAY)

 

 

New-Deal-NRA.jpg

 

 

Traduit de l'Anglais par
PIERRE DUTRAY

 

1934


Les Éditions
DENOËL ET STEELE
19, rue Amélie, 19
PARIS

 

 

 

Préface

    " Le but de ce livre est d'exposer simplement, sans esprit de polémique et sans longs commentaires, les principaux événements d'une année très agitée..."

 

Chapitre I

    " Le premier acte du Gouvernement fut la prestation de serment du nouveau cabinet dans le bureau du Président à la Maison Blanche..."

 

Chapitre II

    " A strictement parler, la crise bancaire n'a duré qu'une semaine..."

 

Chapitre III

    " Dès ce moment, nous avions donné l'essor à notre politique de redressement et de reconstruction..."

 

Chapitre IV

    " Le 13 avril, en vue de protéger les petits propriétaires, j'envoyai au Congrès le message suivant..."

 

Chapitre V

    " Le Secrétaire du Trésor Woodin, le Conseil de la Banque de Réserve, la « Reconstruction Finance Corporation »..."

 

Chapitre VI

    " Ce n'est pas une exagération de ma part de dire que si la situation économique de l'hiver de 1932-1933 avait continué..."

 

Chapitre VII

    " II ne serait pas juste de dire que la « National Recovery Act « (loi de redressement national) fut méditée et longuement conçue..."

 

Chapitre VIII

    " Depuis cette époque jusqu'à la fin de la Session, nous ne proposâmes que quelques nouvelles suggestions..."

 

Chapitre IX

    " Pour les affaires étrangères, davantage même que pour les affaires intérieures, une nation a besoin d'avoir une politique générale permanente..."

 

Chapitre X

    " Après mon retour à Washington, au début de juillet, la partie exécutive du gouvernement entreprit la tâche ardue..."

 

Chapitre XI
    " La nouvelle année s'ouvrit sur l'arrivée des membres du Congrès..."

 

Chapitre XII

    " Il est très regrettable que ce livre doive s'arrêter avant la fin de l'expérience que nous tentons..."

 

Chapitre XIII

    " Je ne voudrais pas terminer ce livre sans exprimer d'une façon un peu plus claire que je ne l'ai fait jusqu'ici, ce que je pense des responsabilités qui incombent aux personnes qui exercent de l'autorité sur autrui..."

 

 

Appendice

 

    Déclaration du président lors de la signature du « Farm Relief Bill ».
    Déclaration du président lors de la signature de la loi sur les assurances.
    Décret constituant un conseil central de statistiques.
    Décret relatif à la vente et à l'exportation de l'or provenant des dépôts naturels.
    Discours radiophonique prescrivant une mobilisation des citoyens pour secourir les malheureux.
    Déclaration  sur la prolongation de l'accord sur l'embauche.
    Déclaration sur l'achat et la frappe d'argent.
    Décret relatif au reçu de l'or par les hôtels de monnaie et les bureaux de poids et mesures.
    Décret relatif aux plaintes dénonçant les pratiques de monopole.
    Déclaration relative à la fixation du poids du dollars-or et à l'achat de l'or à un prix fixe.

 


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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 10:39
 Discussion au coin du feu :
Le Plan de Redressement : Réflexions sur les Cent Jours

Franklin Delano Roosevelt
 
Le 24 juillet 1933
(autres textes)


He-s-ready-are-you.jpg

 

    Où le président Roosevelt, après avoir mis les banques en banqueroute et en redressement judiciaire, après avoir repris le contrôle de la monnaie par les lois sur les métaux précieux et avoir rendu la prééminence au Congrès sur la Réserve Fédérale pour l'émission monétaire, explique sa politique de relance économique appuyée sur le développement de la consommation intérieure par la reflation monétaire dirigée vers de grands travaux, vers la réorganisation agricole et vers la relance industrielle - laquelle se fera principalement par le biais d'avancées sociales historiques qui inspireront plus tard Léon Blum.

    De l'autre côté de l'atlantique, la terreur s'est installée en Allemagne, où le docteur Hjalmar Schacht, protégé du dirigeant de la banque d'Angleterre Montagu Norman, pilote la politique économique de Hitler et du nouveau IIIème Reich en infligeant au peuple la disparition des libertés publiques, la destruction de la protection sociale, l'euthanasie, et en lançant l'industrie allemande dans la course aux armements (ce qui donnera une impression de relance temporaire) en vue de la seconde guerre mondiale.

    Ainsi, Franklin Delano Roosevelt démontre en 1933 par les premières réussite du New Deal que les politiques d'austérité sont des impasses, alors qu'en Europe s'installent les fascismes nécessaires au durcissement de l'austérité déflationniste exigée par les maîtres britanniques de l'étalon-or et mis en oeuvre par les banques centrales européennes et par les complices de l'Empire dans les nations.

    Bref, la BCE et les dictatures financières qui viennent de s'installer en Grèce, en Italie et bientôt sur la péninsule ibérique, voire en France, suivent ou vont suivre, toutes, la voie qui mena dans les années trente au fascisme économique génocidaire et à la guerre d'extermination - qui n'est que la perfection de la politique d'austérité réclamée par l'Empire en faillite.

    Il est temps, pour la France, Pour l'Europe, que se prépare et s'organise une union résistante des patriotes, prête à en découdre et à battre en brèche la menace existentielle qui est déjà à notre porte, et qui provient, comme en 1907, comme en 1929, du même ventre : la City de Londres et son empire financier.

 

 

 

 Discussion au coin du feu :
Le Plan de Redressement : Réflexions sur les Cent Jours

 

    « Depuis l'ajournement de la session extraordinaire du Congrès, session historique, il y a de cela cinq semaines, je me suis abstenu de propos délibéré de m'adresser à vous pour deux excellentes raisons :

    « Tout d'abord, je pense que nous désirions tous réfléchir à notre aise pour examiner et nous assimiler, par l'esprit, les événements multiples des cent journées qui avaient été consacrées à donner le branle au fonctionnement du « New Deal ».

    « En deuxième lieu, j'avais besoin de quelques semaines pour organiser la nouvelle machine administrative et pour voir les premiers fruits de notre plan mûrement réfléchi.

    « Je crois que cela vous intéressera de m'entendre exposer les principes fondamentaux de mon plan de restauration nationale, afin que vous puissiez vous convaincre que tous les projets et toutes les mesures législatives adoptés depuis le 4 mars, loin d'être une collection de projets hasardeux, prennent place chacun dans un ensemble cohérent et logique.

    « Longtemps avant le jour de l'inauguration, j'avais acquis la conviction que tout effort individuel, local et même fédéral s'il n'était pas coordonné avec les autres, avait échoué et échouerait nécessairement et que, par conséquent, un vaste programme dirigé par le gouvernement fédéral, s'imposait dans la pratique comme dans la théorie. Il fallait avant tout maintenir et fortifier le crédit du gouvernement des Etats-Unis, condition sine qua non du succès de cette politique. Depuis des années, le gouvernement n'avait pu vivre de ses revenus. Nous devions donc ramener immédiatement les dépenses gouvernementales aux limites de ses ressources. C'est ce qu'on a fait.

    « Il peut paraître peu sérieux qu'un gouvernement réduise ses dépenses ordinaires et en même temps prête et dépense des milliards pour l'exécution de mesures exceptionnelles. Mais il n'y a là aucune contradiction, car une grande partie de cet argent a été fourni par de solides emprunts qui seront remboursés au Trésor au cours d'une période de plusieurs années, et pour couvrir le restant de cet argent, nous avons levé des impôts qui paieront les intérêts et rembourseront le capital par fractions.

    « Vous pouvez voir ainsi que nous avons conservé notre crédit intact. Nous avons jeté des fondations de granit en une période de confusion. Le crédit fédéral s'appuie sur une base vaste et sûre. Sur elle repose tout le plan de redressement national.

    « Une autre partie du plan concernait le crédit des particuliers. Vous connaissez aussi bien que moi la crise bancaire et le grand danger qui menaçait les épargnes de nos citoyens. Le 6 mars, toutes les banques nationales étaient fermées. Un mois plus tard les déposants pouvaient disposer des quatre-vingt-dix pour cent des dépôts effectués dans les banques nationales. Aujourd'hui cinq pour cent seulement des dépôts dans les banques nationales restent gelés. La situation des banques d'Etat, bien qu'elle ne repose pas sur un pourcentage tout à fait aussi bon, montre cependant une réduction continuelle des crédits gelés. La situation est bien meilleure qu'on ne pouvait l'espérer, il y a trois mois.

    « Le problème du crédit des individus était beaucoup plus difficile, du fait d'une monnaie mal adaptée: le dollar n'avait plus la même valeur qu'au moment où ils avaient contractés leurs dettes. Aussi un nombre considérable de gens perdaient-ils la possession de leurs fermes et de leurs immeubles, ainsi que tout droit sur ces biens. Vous connaissez tous les mesures financières qui ont été prises pour remédier à ce défaut d'adaptation. Outre la loi de prêt sur les immeubles, on adopta les lois sur l'emprunt agricole et la banqueroute.

    « Ce fut une nécessité vitale de rétablir le pouvoir d'achat par la réduction du fardeau des dettes et des intérêts qui pesait sur nos concitoyens; mais, tandis que nous aidions le peuple à sauver son crédit, il n'était pas moins essentiel, en même temps, de subvenir aux besoins de centaines de milliers de personnes qui, à ce moment même, étaient dans la pire détresse. L'Etat et les municipalités étaient sur le point de cesser leur secours. Nous votâmes pour les aider un budget d'un demi-milliard de dollars; en outre, comme vous le savez, le programme de reboisement, les mesures préventives contre les inondations et l'érosion du sol ont donné un travail pratique et utile à trois cent mille jeunes gens. Les salaires qu'ils gagnent, servent en grande partie à venir en aide à près d'un million de personnes qui constituent leurs familles.

    Dans la même catégorie, nous pouvons ranger à bon droit le grand programme de travaux publics pour lequel on a avancé plus de trois milliards de dollars. Il nous faut insister sur deux points qui concernent l'exécution de ces projets — en premier lieu, nous apporterons toute notre attention à choisir un travail fécond, d'une portée immédiate, des projets utiles, qui ne sentent pas la cuisine électorale; en second lieu, nous espérons que, grâce à ces projets qui après quelques années rapporteront par eux-mêmes, plus de la moitié de cet argent rentrera dans les caisses du gouvernement.

    « Jusqu'ici j'ai parlé des fondations, des mesures indispensables pour rétablir le crédit, pour orienter le peuple dans une nouvelle direction, en secourant les individus en détresse et en leur donnant, grâce à une action gouvernementale, le plus de travail possible.

    « Maintenant, j'en viens aux mesures prises pour orienter définitivement le pays vers la prospérité. J'ai affirmé que nous ne pourrons y arriver dans un pays où une partie des habitants vit dans le luxe, et l'autre dans la misère. Si tous nos concitoyens ont du travail, des salaires et des bénéfices justes, ils pourront acheter les produits de leurs voisins, et les affaires marcheront. Mais si vous enlevez les salaires et les bénéfices à la moitié d'entre eux, l'affaire ne marchera qu'à moitié. Peu importe qu'une partie soit très prospère: ce qu'il faut c'est une prospérité raisonnable pour chacun.

    « Depuis beaucoup d'années, les deux grandes barrières qui s'opposent à une prospérité normale, sont la dépréciation des produits agricoles et le chômage qui paralyse la nation. Ces deux maux ont réduit de moitié le pouvoir d'achat du pays. J'ai promis de prendre des mesures. Le Congrès a pris sa part, lorsqu'il a voté le « Farm Act » (loi agricole) et l'« Industrial Recovery Act » (loi de redressement industriel). Aujourd'hui nous mettons ces deux lois à pied d'oeuvre : elles produiront des résultats si le peuple comprend clairement les objectifs qu'elles s'assignent.

    « En premier lieu le « Farm Act »: il se base sur le fait que le pouvoir d'achat de près de la moitié de notre population dépend du juste prix des produits agricoles. Nous avons eu des produits en beaucoup plus grand nombre que nous n'en consommons ou pouvons en écouler sur un marché mondial effondré. Pour remédier à cette situation, il faut réduire la production. Sans notre aide les fermiers ne peuvent s'entendre pour la réduire. Le « Farm Bill » (loi d'aide aux fermiers) leur donne un système qui leur permettra de ramener leur production à un niveau raisonnable et d'obtenir des prix raisonnables pour leurs récoltes. Je n'ai pas contesté le caractère expérimental de ces mesures mais jusqu'ici nous avons raison de croire qu'elles produiront de bons résultats.

    « II est évident que, si nous pouvons augmenter sensiblement le pouvoir d'achat de dizaines de millions de nos concitoyens qui vivent du fermage et de la répartition des produits agricoles, nous augmenterons considérablement la vente des produits industriels.

    « Cela me permet d'en venir à la mesure finale, qui ramènera l'industrie dans des voies saines.

    « L'automne dernier, à plusieurs reprises, j'ai affirmé avec force que, si l'industrie suit une discipline démocratique librement consentie, la réduction des heures de travail et l'augmentation des salaires permettront aux ouvriers d'acheter le produit de leur travail et de s'en servir. Cela ne peut se faire que si nous permettons et si nous encourageons une action de coopération entre industriels car il est évident que, sans une unité d'action, un petit nombre d'hommes égoïstes, dans tout groupe rival, payera des salaires de famine et exigera de longues heures de travail. Les autres ne pourront que les suivre ou fermer boutique. Nous avons vu les résultats de cette politique qui, depuis quatre ans, nous a entraînés de plus en plus vers l'enfer économique.

    « Il y a un moyen sûr de renverser cette situation: Si tous les patrons, dans tous les groupes rivaux, consentent à payer à leurs ouvriers les mêmes salaires — des salaires raisonnables — et s'ils exigent le même nombre d'heures — un nombre raisonnable — alors l'augmentation des salaires et la réduction des heures de travail ne léseront aucun patron. En outre cette situation est préférable pour le patron au chômage et à des bas salaires, car elle augmente le nombre d'acheteurs de ses produits C'est cette idée si simple qui est à la base du programme de restauration nationale.

    « C'est sur cette idée de collaboration, que nous entreprîmes la lutte contre le chômage. Elle réussira si dans les grandes industries, dans les petites boutiques, dans les grandes villes et les petits villages, on en comprend la nécessité. Il n'y a là rien de compliqué ni de particulièrement nouveau. Cette idée n'est que l'application du principe général suivant lequel dans une société ou dans une nation, des individus groupés peuvent réaliser ce qu'aucun individu agissant en isolé ne pourrait même espérer d'exécuter.

    « Voici un exemple. Nous avons constaté dans le code de l'industrie cotonnière et dans d'autres accords déjà signés, l'abolition du travail des enfants. Je me sens personnellement plus heureux de ce résultat que de tous les autres que j'ai obtenus depuis mon arrivée à Washington. Dans l'industrie textile — industrie dont les membres m'offrirent spontanément leur concours dans un geste magnifique dès que la loi de redressement industriel fut signée — le travail des enfants était un de ces maux qui existait depuis de longues années. Mais aucun patron agissant seul, n'avait pu le faire disparaître. Si un patron ou si un Etat s'y attaquait, les frais que représentait cet effort atteignaient un chiffre si considérable qu'il devenait impossible de rivaliser avec les patrons ou les Etats qui n'avaient pas participé à cette tentative. Il a suffi de cette loi de redressement industriel pour abolir cette chose monstrueuse. Si je vous cite cet exemple, ce n'est pas pour en tirer vanité mais pour vous mettre sur la voie d'efforts même plus grands de collaboration que vous aurez à tenter cet hiver et cet automne.

    « Nous ne devons pas traverser un autre hiver semblable à celui que nous venons de passer. Je ne crois pas qu'un peuple ait jamais supporté avec tant de courage et tant de bonne humeur une saison même à moitié aussi dure. Nous ne pouvons pas demander à l'Amérique de continuer à souffrir de telles misères. Le moment est venu d'entreprendre une action courageuse. La loi sur le redressement industriel nous donne le moyen de vaincre le chômage avec les armes mêmes que nous avons utilisées pour abolir le travail des enfants.

    « Nous avons envoyé à tous les patrons un projet d'accord qui est le résultat de plusieurs semaines de délibérations. Il s'oppose à presque tous les codes précédents des grandes industries. Ce code passe-partout a reçu l'approbation unanime des trois comités que j'ai chargés de l'étudier, comités qui représentent les grands chefs de l'industrie, du travail et des services sociaux. De tous les Etats, affluent des marques d'approbation, ainsi que d'un si grand nombre d'industriels que je puis assurer qu'il convient à tous. C'est un plan — mûrement réfléchi, raisonnable et juste — qui a pour but de mettre immédiatement en oeuvre les plus importants des principes généraux que les codes établissent d'industrie à industrie. Naturellement, il faudra bien du travail d'organisation, bon nombre de séances et de mois avant d'achever et de signer ces codes; d'autre part, nous ne pouvons attendre la mise en oeuvre de tous ces codes. Toutefois le projet que j'envoie à tous les patrons, permettra la mise en marche du programme non pas dans six mois, mais dès maintenant.

    « II y a évidemment un petit nombre de gens, qui pourraient, dans un but égoïste, s'opposer à ce grand plan d'intérêt général. La loi, dans ce cas, prévoit des sanctions. Mais maintenant, je fais appel à la coopération des esprits et des coeurs. Ce sont les seuls instruments que nous emploierons cet été dans notre grande offensive contre le chômage. Mais nous les emploierons jusqu'à l'extrême limite pour protéger contre les obstructionnistes ceux qui adhèrent au plan.

    « En temps de guerre, dans l'obscurité des attaques de nuit, les soldats portent à l'épaule un insigne brillant qui empêche leurs camarades de faire feu sur eux. De même ceux qui coopèrent à notre programme doivent se reconnaître à un simple coup d'oeil. Voilà pourquoi nous avons songé à un insigne d'honneur, un simple dessin portant la devise: « Nous prenons notre part ». Je demande à tous ceux qui se joignent à moi d'étaler bien en vue cet insigne. C'est essentiel à notre dessein.

    « Déjà toutes les grandes industries m'ont proposé des codes qui souscrivent aux principes tendant à la reprise massive du travail. Mais quelque importante que soit cette manifestation de sympathie, le terrain le plus propice pour obtenir des résultats se trouve parmi ces petits patrons qui emploient de une à dix personnes. Ces petits employeurs sont en effet une partie vitale, la moelle du pays; le succès de nos plans repose en grande partie entre leurs mains.

    « Déjà les télégrammes et les lettres affluent à la Maison Blanche — messages de patrons qui demandent qu'on inscrive leurs noms sur le tableau d'honneur. Ils représentent de grandes sociétés, compagnies, corporations et des individus. J'invite tous les employeurs qui ne l’ont pas encore fait, à m'envoyer ou me télégraphier personnellement à la Maison Blanche, et ce sans délai, leur adhésion à mon plan. Je veux faire afficher dans chaque bureau de poste de chaque ville un tableau d'honneur portant les noms de ceux qui se joindront à moi.

    « Je désire profiter de cette occasion pour dire aux vingt-quatre gouverneurs qui sont maintenant réunis en conférence à San-Francisco que, plus que toute autre mesure, le message unanime qu'ils ont adopté au début de la conférence et dans lequel ils promettent l'appui immédiat de leur Etat, a profondément encouragé ce grand mouvement.

    « Aux hommes et aux femmes dont la crainte du chômage assombrissait les jours, je puis maintenant adresser une parole d'encouragement, car les codes et les accords qui ont déjà été approuvés ou qui vont être adoptés, amèneront l'augmentation des salaires et remettront le peuple au travail. Tout patron qui adopte le plan remplit, croyez-le, son rôle, et mérite bien de quiconque travaille pour vivre. Vous comprendrez tout comme moi que si un patron refuse de suivre ce plan et vend ses produits à plus bas prix que son concurrent, c'est au détriment de la prospérité du pays, qu'il réalise cette économie.

    « Lorsque mourut Andrew Jackson, quelqu'un demanda: « au ciel? » et l'on répondit: « II ira s'il le veut ». Si l'on me demande si le peuple américain parviendra à sortir de la crise, je répondrai: « Oui, s'il le veut ». L'essence du plan est la limitation de la semaine de travail par un accord général et le payement d'un salaire juste par un accord général également. Je ne puis garantir le succès de ce plan national, mais le peuple peut le garantir. Je ne crois pas aux remèdes universels mais je crois pouvoir exercer une forte influence sur les forces économiques. Je n'ai aucune sympathie pour les économistes professionnels qui veulent laisser les choses suivre leur cours, et qui prétendent que l'homme ne peut rien faire contre les maux économiques, parce qu'ils ont changé tous les cinq ou dix ans leurs théories sur les lois économiques, mais j'ai gardé ma foi dans la force de l'intérêt commun et dans la force de l'action unifiée du peuple américain.

    « Voilà pourquoi je vous expose le but et les idées qui sont à la base de notre programme de restauration nationale. Voilà pourquoi je prie les patrons de la nation de signer avec moi cette charte commune — de la signer au nom du patriotisme et de l'humanité. Voilà pourquoi je demande aux travailleurs de collaborer avec nous dans un esprit d'entente et d'aide mutuelle. »


Franklin Delano Roosevelt - Discussion au coin du feu - 24 juillet 1933

(Traduction de Pierre Dutray, extraite  de l'ouvrage "Sur la bonne voie (On Our Way)" de F.D.R., 1934, éditions Denoël et Steele)

 

 

 

En anglais :

 


 

After the adjournment of the historical special session of the Congress five weeks ago I purposely refrained from addressing you for two very good reasons.

First, I think that we all wanted the opportunity of a little quiet thought to examine and assimilate in a mental picture the crowding events of the hundred days which had been devoted to the starting of the wheels of the New Deal.

Secondly, I wanted a few weeks in which to set up the new administrative organization and to see the first fruits of our careful planning.

I think it will interest you if I set forth the fundamentals of this planning for national recovery; and this I am very certain will make it abundantly clear to you that all of the proposals and all of the legislation since the fourth day of March have not been just a collection of haphazard schemes but rather the orderly component parts of a connected and logical whole.

Long before Inauguration Day I became convinced that individual effort and local effort and even disjointed Federal effort had failed and of necessity would fail and, therefore, that a rounded leadership by the Federal Government had become a necessity both of theory and of fact. Such leadership, however, had its beginning in preserving and strengthening the credit of the United States Government, because without that no leadership was a possibility. For years the Government had not lived within its income. The immediate task was to bring our regular expenses within our revenues. That has been done. It may seem inconsistent for a government to cut down its regular expenses and at the same time to borrow and to spend billions for an emergency. But it is not inconsistent because a large portion of the emergency money has been paid out in the form of sound loans which will be repaid to the Treasury over a period of years; and to cover the rest of the emergency money we have imposed taxes to pay the interest and the installments on that part of the debt.

So you will see that we have kept our credit good. We have built a granite foundation in a period of confusion. That foundation of the Federal credit stands there broad and sure. It is the base of the whole recovery plan.

Then came the part of the problem that concerned the credit of the individual citizens themselves. You and I know of the banking crisis and of the great danger to the savings of our people. On March sixth every national bank was closed. One month later 90 per cent of the deposits in the national banks had been made available to the depositors. Today only about 5 per cent of the deposits in national banks are still tied up. The condition relating to state banks, while not quite so good on a percentage basis, is shoving a steady reduction in the total of frozen deposits -- a result much better than we had expected three months ago.

The problem of the credit of the individual was made more difficult because of another fact. The dollar was a different dollar from the one with which the average debt had been incurred. For this reason large numbers of people were actually losing possession of and title to their farms and homes. All of you know the financial steps which have been taken to correct this inequality. In addition the Home Loan Act, the Farm Loan Act and the Bankruptcy Act were passed.

It was a vital necessity to restore purchasing power by reducing the debt and interest charges upon our people, but while we were helping people to save their credit it was at the same time absolutely essential to do something about the physical needs of hundreds of thousands who were in dire straits at that very moment. Municipal and State aid were being stretched to the limit. We appropriated half a billion dollars to supplement their efforts and in addition, as you know, we have put 300,000 young men into practical and useful work in our forests and to prevent flood and soil erosion. The wages they earn are going in greater part to the support of the nearly one million people who constitute their families.

In this same classification we can properly place the great public works program running to a total of over Three Billion Dollars -- to be used for highways and ships and flood prevention and inland navigation and thousands of self-sustaining state and municipal improvements. Two points should be made clear in the allotting and administration of these projects -- first, we are using the utmost care to choose labor creating quick-acting, useful projects, avoiding the smell of the pork barrel; and secondly, we are hoping that at least half of the money will come back to the government from projects which will pay for themselves over a period of years.

Thus far I have spoken primarily of the foundation stones -- the measures that were necessary to re-establish credit and to head people in the opposite direction by preventing distress and providing as much work as possible through governmental agencies. Now I come to the links which will build us a more lasting prosperity. I have said that we cannot attain that in a nation half boom and half broke. If all of our people have work and fair wages and fair profits, they can buy the products of their neighbors and business is good. But if you take away the wages and the profits of half of them, business is only half as good. It doesn't help much if the fortunate half is very prosperous -- the best way is for everybody to be reasonably prosperous.

For many years the two great barriers to a normal prosperity have been low farm prices and the creeping paralysis of unemployment. These factors have cut the purchasing power of the country in half. I promised action. Congress did its part when it passed the farm and the industrial recovery acts. Today we are putting these two acts to work and they will work if people understand their plain objectives.

First, the Farm Act: It is based on the fact that the purchasing power of nearly half our population depends on adequate prices for farm products. We have been producing more of some crops than we consume or can sell in a depressed world market. The cure is not to produce so much. Without our help the farmers cannot get together and cut production, and the Farm Bill gives them a method of bringing their production down to a reasonable level and of obtaining reasonable prices for their crops. I have clearly stated that this method is in a sense experimental, but so far as we have gone we have reason to believe that it will produce good results.

It is obvious that if we can greatly increase the purchasing power of the tens of millions of our people who make a living from farming and the distribution of farm crops, we will greatly increase the consumption of those goods which are turned out by industry.

That brings me to the final step -- bringing back industry along sound lines.

Last Autumn, on several occasions, I expressed my faith that we can make possible by democratic self-discipline in industry general increases in wages and shortening of hours sufficient to enable industry to pay its own workers enough to let those workers buy and use the things that their labor produces. This can be done only if we permit and encourage cooperative action in industry because it is obvious that without united action a few selfish men in each competitive group will pay starvation wages and insist on long hours of work. Others in that group must either follow suit or close up shop. We have seen the result of action of that kind in the continuing descent into the economic Hell of the past four years.

There is a clear way to reverse that process: If all employers in each competitive group agree to pay their workers the same wages -- reasonable wages -- and require the same hours -- reasonable hours -- then higher wages and shorter hours will hurt no employer. Moreover, such action is better for the employer than unemployment and low wages, because it makes more buyers for his product. That is the simple idea which is the very heart of the Industrial Recovery Act.

On the basis of this simple principle of everybody doing things together, we are starting out on this nationwide attack on unemployment. It will succeed if our people understand it -- in the big industries, in the little shops, in the great cities and in the small villages. There is nothing complicated about it and there is nothing particularly new in the principle. It goes back to the basic idea of society and of the nation itself that people acting in a group can accomplish things which no individual acting alone could even hope to bring about.

Here is an example. In the Cotton Textile Code and in other agreements already signed, child labor has been abolished. That makes me personally happier than any other one thing with which I have been connected since I came to Washington. In the textile industry -- an industry which came to me spontaneously and with a splendid cooperation as soon as the recovery act was signed, -- child labor was an old evil. But no employer acting alone was able to wipe it out. If one employer tried it, or if one state tried it, the costs of operation rose so high that it was impossible to compete with the employers or states which had failed to act. The moment the Recovery Act was passed, this monstrous thing which neither opinion nor law could reach through years of effort went out in a flash. As a British editorial put it, we did more under a Code in one day than they in England had been able to do under the common law in eighty-five years of effort. I use this incident, my friends, not to boast of what has already been done but to point the way to you for even greater cooperative efforts this Summer and Autumn.

We are not going through another Winter like the last. I doubt if ever any people so bravely and cheerfully endured a season half so bitter. We cannot ask America to continue to face such needless hardships. It is time for courageous action, and the Recovery Bill gives us the means to conquer unemployment with exactly the same weapon that we have used to strike down Child Labor.

The proposition is simply this:

If all employers will act together to shorten hours and raise wages we can put people back to work. No employer will suffer, because the relative level of competitive cost will advance by the same amount for all. But if any considerable group should lag or shirk, this great opportunity will pass us by and we will go into another desperate Winter. This must not happen.

We have sent out to all employers an agreement which is the result of weeks of consultation. This agreement checks against the voluntary codes of nearly all the large industries which have already been submitted. This blanket agreement carries the unanimous approval of the three boards which I have appointed to advise in this, boards representing the great leaders in labor, in industry and in social service. The agreement has already brought a flood of approval from every State, and from so wide a cross-section of the common calling of industry that I know it is fair for all. It is a plan --deliberate, reasonable and just -- intended to put into effect at once the most important of the broad principles which are being established, industry by industry, through codes. Naturally, it takes a good deal of organizing and a great many hearings and many months, to get these codes perfected and signed, and we cannot wait for all of them to go through. The blanket agreements, however, which I am sending to every employer will start the wheels turning now, and not six months from now.

There are, of course, men, a few of them who might thwart this great common purpose by seeking selfish advantage. There are adequate penalties in the law, but I am now asking the cooperation that comes from opinion and from conscience. These are the only instruments we shall use in this great summer offensive against unemployment. But we shall use them to the limit to protect the willing from the laggard and to make the plan succeed.

In war, in the gloom of night attack, soldiers wear a bright badge on their shoulders to be sure that comrades do not fire on comrades. On that principle, those who cooperate in this program must know each other at a glance. That is why we have provided a badge of honor for this purpose, a simple design with a legend. "We do our part," and I ask that all those who join with me shall display that badge prominently. It is essential to our purpose.

Already all the great, basic industries have come forward willingly with proposed codes, and in these codes they accept the principles leading to mass reemployment. But, important as is this heartening demonstration, the richest field for results is among the small employers, those whose contribution will give new work for from one to ten people. These smaller employers are indeed a vital part of the backbone of the country, and the success of our plans lies largely in their hands.

Already the telegrams and letters are pouring into the White House --messages from employers who ask that their names be placed on this special RolI of Honor. They represent great corporations and companies, and partnerships and individuals. I ask that even before the dates set in the agreements which we have sent out, the employers of the country who have not already done so -- the big fellows and the little fellows -- shall at once write or telegraph to me personally at the White House, expressing their intention of going through with the plan. And it is my purpose to keep posted in the post office of every town, a Roll of Honor of all those who join with me.

I want to take this occasion to say to the twenty-four governors who are now in conference in San Francisco, that nothing thus far has helped in strengthening this great movement more than their resolutions adopted at the very outset of their meeting, giving this plan their instant and unanimous approval, and pledging to support it in their states.

To the men and women whose lives have been darkened by the fact or the fear of unemployment, I am justified in saying a word of encouragement because the codes and the agreements already approved, or about to be passed upon, prove that the plan does raise wages, and that it does put people back to work. You can look on every employer who adopts the plan as one who is doing his part, and those employers deserve well of everyone who works for a living. It will be clear to you, as it is to me, that while the shirking employer may undersell his competitor, the saving he thus makes is made at the expense of his country's welfare.

While we are making this great common effort there should be no discord and dispute. This is no time to cavil or to question the standard set by this universal agreement. It is time for patience and understanding and cooperation. The workers of this country have rights under this law which cannot be taken from them, and nobody will be permitted to whittle them away, but, on the other hand, no aggression is now necessary to attain those rights. The whole country will be united to get them for you. The principle that applies to the employers applies to the workers as well, and I ask you workers to cooperate in the same spirit.

When Andrew Jackson, "Old Hickory," died, someone asked, "Will he go to Heaven?" and the answer was, "He will if he wants to." If I am asked whether the American people will pull themselves out of this depression, I answer, " They will if they want to." The essence of the plan is a universal limitation of hours of work per week for any individual by common consent, and a universal payment of wages above a minimum, also by common consent. I cannot guarantee the success of this nationwide plan, but the people of this country can guarantee its success. I have no faith in "cure-alls" but I believe that we can greatly influence economic forces. I have no sympathy with the professional economists who insist that things must run their course and that human agencies can have no influence on economic ills. One reason is that I happen to know that professional economists have changed their definition of economic laws every five or ten years for a very long time, but I do have faith, and retain faith, in the strength of common purpose, and in the strength of unified action taken by the American people.

That is why I am describing to you the simple purposes and the solid foundations upon which our program of recovery is built. That is why I am asking the employers of the Nation to sign this common covenant with me -- to sign it in the name of patriotism and humanity. That is why I am asking the workers to go along with us in a spirit of understanding and of helpfulness.

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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 22:53

VERNADSKY.jpg    Dans le texte de 1928 qui suit, écrit et traduit en français - avec l'aide de sa femme - par Vladimir Vernadsky, celui-ci démontre l'existence d'une constante évolutionnaire de l'univers, que l'on retrouve tant dans le monde minéral que dans la biosphère et dans l'émanation physique de la Noosphère, la technosphère : la croissance au travers des âges de l'intensité et de la qualité de la migration atomique, dans chacune des trois "sphères" minérale, biologique et cognitive.


    Vladimir Vernadsky montre ainsi, "empiriquement", que l'univers en général, la vie et la pensée en particulier, avancent toujours vers une forme plus parfaite de variété, d'ordre et d'harmonie, laquelle se traduit par une intensification de la vitesse de migration atomique, et que l'évolution répond à des lois physiques connaissables et mesurables, qu'elle suit donc un corridor évolutionnaire strictement déterminé, avec une économie et une efficacité extraordinaire.

 

    Voilà de quoi faire hurler les sorciers du Museum national d'histoire naturelle, qui restent arc-bouté sur le mythe plus ou moins sataniste d'une évolution résultant exclusivement des caprices du hasard et de la cruauté de la nécessité, dans un univers soumis à la seconde loi de la thermodynamique, un univers mort et chaotique, où les créatures de plus en plus nombreuses se battent pour la jouissance de ressources de plus en plus rares (le fameux "struggle for survival").

Rien d'étonnant à celà : Charles Darwin a développé toute sa thèse en s'appuyant explicitement sur l'hypothèse de Thomas Malthus d'un monde aux ressources limitées où la croissance de la population oblige à la lutte de tous contre tous, dont résultera la victoire du plus adapté (tautologie), d'où le titre complet de l'édition anglaise de l'Origine des espèces :

"The origin of species by means of natural selection ; or, the preservation of favoured races in the struggle for life".

 

    L'apparente évidence de la théorie darwinienne, qui se comprend sans même réfléchir deux secondes, explique partiellement l'immense popularité qu'elle a connu durant plus d'un siècle. Cette popularité s'explique aussi par la promotion explicite par l'Empire Britannique de cette thèse de la survie de la race la plus favorisé, la thèse de Darwin/Malthus offrant une raison "scientifique" à l'abominable tyrannie mondiale de la City de Londres et une justification "naturelle" à tous ses crimes, aujourd'hui encore.

 

    Cependant, en ce temps de crise systémique globale, il est un devoir pour le citoyen curieux, le scientifique sérieux et l'homme d'état patriote de dépasser cette pseudo-science pessimiste qui n'encourage que le vice et ne promeut que la misère et la guerre.

    C'est pourquoi Meghan Rouillard, du groupe de recherche du LPAC au USA, a décidé de publier une traduction anglaise du texte ci-dessous, intitulé "l'évolution des espèces et la matière vivante", et de produire un documentaire pédagogique particulièrement réussi, d'une vingtaine de minute, que vous trouverez ici en langue anglaise, ou ici traduit en français par les compagnons de S&P :

 

 

 

 

    Attention, la lecture du texte ci-dessous peut provoquer l'enthousiasme !

 

 

 

 


L'ÉVOLUTION DES ESPÈCES

ET

LA MATIÈRE VIVANTE

 

 

Communication faite à la Société des Naturalistes de Leningrad le 5 février 1928.

 

 

    
    1. — La vie constitue une partie intégrante du mécanisme de la biosphère. C'est ce qui ressort nettement de l'étude de l'histoire géochimique des éléments chimiques, des processus biogéochimiques, si importants, exigeant toujours l'intervention de la vie. Ces manifestations biogéochimiques de la vie constituent un ensemble de processus vitaux absolument distincts à première vue de ceux qu'étudie la biologie.
    Il semble même qu'il y ait incompatibilité entre ces deux aspects de la vie, entre son aspect biologique et son aspect géochimique, et seule une analyse plus approfondie permet de se rendre compte du caractère de cette différence.
    Elle fait voir en effet qu'il s'agit, en partie, de phénomènes identiques se traduisant diversement, en partie, de phénomènes vitaux, effectivement différents, considérés différemment, soit du point de vue de la géochimie, soit, au contraire, de celui de la biologie.
    La comparaison de ces deux points de vue transforme la conception scientifique des phénomènes de la vie et lui donne plus de profondeur.
    La différence de ces deux représentations de la vie se manifeste, d'une manière particulièrement frappante dans le fait que la théorie de l'évolution, qui pénètre toute la conception biologique actuelle de l'univers, ne joue presque aucun rôle en géochimie. Nous nous efforcerons ici de mettre en lumière l'importance des phénomènes de l'évolution des espèces dans le mécanisme de la biosphère.
    Il est aisé de se convaincre que les conceptions fondamentales de la biologie y subissent des modifications radicales.
    Ainsi l'espèce est habituellement considérée dans la biologie du point de vue géométrique; la forme, les caractères morphologiques, y occupent la première place. Dans les phénomènes biogéochimiques, au contraire, celle-ci est réservée au nombre et l'espèce est considérée du point de vue arithmétique. Différentes espèces d'animaux et de plantes doivent, à l'instar des phénomènes chimiques et physiques, des composés chimiques et des systèmes physico-chimiques, être caractérisés et déterminés en géochimie par des constantes numériques.
    Les indices morphologiques relevés par les biologues et nécessaires pour la détermination de l'espèce y sont remplacés par les constantes numériques.
    Dans les processus biogéochimiques il est indispensable de prendre en considération les constantes numériques suivantes : le poids moyen de l'organisme, sa composition chimique élémentaire moyenne et l'énergie géochimique moyenne qui lui est propre, c'est-à-dire sa faculté de produire des déplacements, autrement dit « la migration » des éléments chimiques dans le milieu vital.
    Dans les processus biogéochimiques ce sont la matière et l'énergie qui sont au premier plan au lieu de la forme inhérente à l'espèce. L'espèce peut à ce point de vue être considérée comme une matière analogue aux autres matières de l'écorce terrestre, comme, les eaux, les minéraux et les roches, qui, avec les organismes, sont l'objet des processus biogéochimiques.
    Vue sous cet angle, l'espèce du biologue peut être envisagée comme une matière vivante homogène, caractérisée par la masse, la composition chimique élémentaire et l'énergie géochimique.
    Habituellement les caractères des espèces sont exprimés par des chiffres qui renseignent sur le poids, sur la composition chimique et sur les vitesses de transmission de l'énergie géochimique, mais ne donnent qu'une idée très abstraite et très obscure de la réalité.
    Il est possible de remplacer cette idée par une autre répondant plus nettement au caractère du processus naturel qui crée l'organisme. Dans ce domaine nous considérons, du point de vue de la chimie physique, les organismes comme des champs autonomes où sont réunis des atomes déterminés en quantité déterminée.
    Cette quantité constitue précisément la propriété caractéristique de chaque organisme, de chaque espèce. Elle indique le nombre d'atomes que l'organisme d'une espèce donnée peut retenir en raison de la force qui lui est propre hors du champ de la biosphère et retirer ainsi du milieu ambiant. Le volume de l'organisme et le nombre d'atomes qu'il comporte, exprimés numériquement, donnent la formule la plus abstraite et en même temps la plus réelle de l'espèce dans la mesure où celle-ci se reflète dans les processus géologiques de la planète. On obtient cette formule en mesurant les dimensions de l'organisme, son poids, sa composition chimique. Ce nombre d'atomes et le volume de l'organisme ainsi déterminés sont indubitablement des caractères de l'espèce. La présence de la vie dans une sphère d'un volume déterminé et la concentration d'une certaine quantité d'atomes constituent un phénomène réel dans la nature, aussi caractéristique pour un organisme que sa forme ou ses fonctions physiologiques.
    Au fond, cette idée exprime probablement avec le plus de profondeur les traits essentiels de son existence.
    Les nombres obtenus sont très considérables : par exemple, en ce qui concerne la Lemna minor, le nombre des atomes pour un organisme est supérieur à 3,7 x 1020, et atteint des centaines de quintillions.
    Ces grands nombres correspondent à la réalité et se prêtent à des comparaisons numériques entre des espèces différentes.
    Cette détermination de l'espèce d'après le nombre des atomes compris dans le volume occupé par l'organisme, complète seulement la caractéristique biologique habituelle de l'espèce, qui ne tient compte que de la forme et de la structure.
    La matière homogène vivante du géochimiste et l'espèce du biologue sont identiques, mais les modes d'expression sont différents.


    
    2. — L'étude des phénomènes vitaux dans le mécanisme de la biosphère accuse des différences encore plus essentielles dans les notions biologiques ordinaires.
    La biosphère dans ses traits fondamentaux n'a pas changé au cours des époques géologiques depuis l'ère archéozoïque, par conséquent, depuis au moins deux milliards d'années.
    Cette structure se révèle par un grand nombre de phénomènes correspondants, parmi lesquels les phénomènes biogéochimiques.
    Ainsi les cycles géochimiques des éléments chimiques semblent demeurer immuables au cours des temps géologiques. Ils ont dû revêtir à l'époque cambrienne le même caractère qu'à l'époque quaternaire ou que de nos jours.
    Les conditions du climat, les phénomènes volcaniques, les phénomènes chimiques et physiques de l'érosion sont demeurés, au cours de toutes les époques géologiques, tels qu'on les observe actuellement. Au cours de toute l'existence de la Terre jusqu'à l'apparition de l'humanité civilisée, aucun nouveau minéral n'a été créé. Les espèces des minéraux sur notre planète demeurent invariables ou se modifient sous l'action du temps d'une façon identique. Des composés identiques à ceux d'aujourd'hui se sont formés de tout temps. En aucun cas, on ne saurait rattacher une espèce minérale à une époque géologique déterminée. C'est en quoi les espèces minérales se distinguent nettement des matières vivantes homogènes, des espèces des organismes vivants. Ces dernières se modifient d'une façon très marquée au cours des temps géologiques; il s'en forme toujours de nouvelles tandis que les espèces minérales demeurent identiques. La vie considérée sous l'aspect géochimique (en tant qu'élément de la biosphère, soumis à de simples oscillations), prise dans son ensemble, apparaît comme stable et immuable.
    La vie constitue une partie intégrante des cycles géochimiques qui se renouvellent sans cesse mais demeurent toujours identiques et elle ne saurait subir de grands changements au cours des phénomènes étudiés par la géochimie. La masse de la matière vivante, c'est-à-dire, la quantité d'atomes captés par les innombrables champs autonomes des organismes et la composition chimique moyenne de la matière vivante, la composition chimique des atomes des champs vitaux, doivent en somme demeurer invariables à travers les périodes géologiques. D'ailleurs, au cours des siècles, les formes de l'énergie auxquelles est liée la vie, la radiation du Soleil et probablement l'énergie atomique des matières radioactives ne se sont pas modifiées dans leurs grandes lignes quant à leurs dimensions.
    On n'enregistre dans tous ces phénomènes que des oscillations, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, autour d'une grandeur moyenne qui nous apparaît comme constante.

 


    3. — Cette immutabilité qui caractérise tous les processus cosmiques au cours des temps géologiques, offre un contraste frappant avec les modifications profondes subies dans le même temps par les formes vitales étudiées par la biologie.
    En particulier, il est absolument certain que tous les caractères de l'espèce, établis par les phénomènes géochimiques, se sont à plusieurs reprises radicalement modifiés à travers les époques géologiques. De nombreuses espèces animales et végétales ont maintes fois disparu et de nouvelles espèces ont été formées avec un poids différent, une autre composition chimique et une autre énergie géochimique que celles qui les avaient précédées. On ne peut douter que la composition chimique de corps morphologiquement divers ne soit toujours différente. Les espèces disparues correspondaient nécessairement à d'autres formes de la matière vivante homogène actuellement disparues. Leurs constantes numériques étaient différentes.
    Si néanmoins l'action générale de la vie demeure identique même dans les détails comme par exemple dans les phénomènes de l'érosion, ceci indique la possibilité de la formation de nouveaux groupements au sein des éléments chimiques, mais nullement celle d'une modification radicale de leur composition et de leur quantité. Ces nouveaux groupements n'ont pas de répercussion sur la constance et l'immutabilité des processus géologiques (géochimiques dans ce dernier cas).
    C'est un fait nouveau d'une énorme importance pour la science et on est redevable de son introduction dans le domaine de la biologie à l'étude géochimique de la vie.
    Tandis que l'aspect morphologique, géométrique, de la vie prise dans son ensemble subit de grands changements et se manifeste continuellement par l'évolution grandiose des formes vivantes depuis l'ère archéozoïque, la formule numérique, quantitative, de la vie, toujours prise dans son ensemble, demeure immuable dans ses proportions essentielles et, il semble bien aussi, dans ses fonctions essentielles.
    Il est vrai que l'étude attentive des phénomènes de l'évolution dans le cas de la biologie révèle l'extrême irrégularité de sa marche. Il ne peut être question du changement constant de toutes les espèces, de toutes les formes de la vie. Au contraire, certaines espèces sont demeurées immuables pendant des centaines de millions d'années, comme par exemple les espèces des radiolaires de l'époque précambrienne qu'il est impossible de distinguer de celles d'aujourd'hui; telles sont les espèces de la Lingula qui, depuis le cambrien jusqu'à nos jours, n'ont subi aucun changement : elles sont restées les mêmes au cours de centaines de millions d'années à travers les innombrables générations qui se sont succédé. On pourrait citer un grand nombre d'exemples analogues pour des périodes peut-être moins longues durant lesquelles, s'il y a eu des changements, ils ont été, en tout cas, peu considérables. On peut également, par conséquent, observer et étudier dans les formes vivantes non leur variabilité, mais leur extraordinaire stabilité. Il se peut même que cette stabilité des formes des espèces au cours de millions d'années, de millions de générations, soit le trait le plus caractéristique des formes vivantes et mérite la plus profonde attention du biologue.
    Ces phénomènes purement biologiques sont probablement la manifestation de l'immutabilité de la vie considérée dans son essence au cours de toute l'histoire géologique, immutabilité qui, sous une autre forme, est révélée par son rôle dans le mécanisme de la biosphère.
    Cette stabilité des espèces mériterait, semble-t-il, d'attirer plus l'attention du biologue qu'elle ne le fait à l'heure actuelle.
    La pensée du biologue contemporain s'est orientée d'un autre côté. L'évolution des formes au cours des temps géologiques paraît être le trait le plus saillant de l'histoire de la vie, il embrasse pour nous toute la nature vivante.
    Ce phénomène a été constaté empiriquement et d'une façon absolument rigoureuse, il y a cent ans, par G. Cuvier, naturaliste des plus profonds et des plus précis, qui a démontré l'existence d'un autre univers, que nous ignorions, à une époque géologique antérieure. Cette constatation a provoqué du vivant de A. Wallace et de C. Darwin, et plus tard, un changement radical de toute la conception de l'univers scientifique des naturalistes. L'évolution des espèces occupe la place centrale dans cette conception et attire l'attention au point de faire oublier d'autres phénomènes biologiques aussi importants, si ce n'est davantage.
    La notion de l'évolution des espèces occupe une telle place dans la pensée scientifique qu'un nouveau phénomène ou qu'une nouvelle explication dans le domaine de la biologie doivent pour être admis s'y rattacher de façon plus ou moins explicite.
    Il importe de mettre en lumière les manifestations de cette évolution dans les processus biogéochimiques, car le développement ultérieur des études géochimiques est actuellement arrêté faute de données, que les biologues seuls peuvent fournir. Les phénomènes biogéochimiques doivent entrer dans la sphère des intérêts de la biologie.
    Mais, en outre, la recherche du rapport qui existe certainement entre l'évolution des espèces et les phénomènes biogéochimiques est par elle-même d'un grand intérêt.
    Ce rapport de l'évolution des espèces avec le mécanisme de la biosphère, avec la marche des processus biogéochimiques n'est pas douteuse. Le fait que les nombres essentiels qui caractérisent ces processus sont des propriétés de l'espèce qui se modifient au cours de l'évolution, suffirait à le prouver, et c'est précisément l'étude de ce rapport qui permettra de déterminer ceux qui existent entre l'immutabilité des lois de la vie, considérée dans son ensemble, en géochimie, et son évolution, toujours considérée dans son ensemble, en biologie.
    C'est un des problèmes scientifiques les plus importants de l'heure actuelle.

 


    4. — On peut aborder ce problème en partant de l'étude de la migration biogène des éléments chimiques de la biosphère, caractérisée par la régularité des formes qu'elle prend.
    Nous appellerons migration des éléments chimiques tout déplacement des éléments chimiques quelle qu'en soit la cause. La migration dans la biosphère peut être déterminée par des processus chimiques, par exemple, lors des éruptions volcaniques; elle est suscitée par le mouvement des masses liquides, solides, gazeuses dans le cas des évaporations et de la formation des dépôts; elle s'observe à l'occasion du mouvement des fleuves, des courants marins, des vents, des charriages et des déplacements des couches terrestres, etc.
    La migration biogène provoquée par l'intervention de la vie compte, envisagée dans son ensemble, parmi les processus les plus grandioses et les plus typiques de la biosphère et constitue le trait essentiel de son mécanisme.
    Des quantités innombrables d'atomes se trouvent soumis à l'action d'une migration biogène ininterrompue.
    Il est inutile d'insister ici sur l'effet produit dans la biosphère par une migration biogène sur une telle échelle. Nous avons traité cette question plus d'une fois.
    Il importe toutefois de signaler quelques traits essentiels de la migration biogène car il est indispensable de les connaître pour comprendre ce qui va suivre.
    En premier lieu, il existe plusieurs formes absolument diverses de migration biogène. D'une part, la migration biogène est liée de la façon la plus intime et génétiquement à la matière de l'organisme vivant, à son existence. Cuvier a donné une définition précise et juste de l'organisme vivant durant sa vie, comme d'un courant incessant, d'un tourbillon d'atomes qui vient de l'extérieur et y retourne. L'organisme vit aussi longtemps que le courant d'atomes subsiste. Ce courant englobe toute la matière de l'organisme. Chaque organisme par lui-même ou tous les organismes ensemble créent continuellement par la respiration, la nutrition, le métabolisme interne, la reproduction, un courant biogène d'atomes, qui construit et maintient la matière vivante. En somme, c'est là la forme essentielle et principale de la migration biogène, dont l'importance numérique est déterminée par la masse de matière vivante existant à un moment donné sur notre planète. Mais ce n'est pas encore là toute la migration biogène.
    Évidemment, l'effet de toute la migration biogène ne dépend pas directement de la masse de la matière vivante. Il ne dépend pas moins de la quantité des atomes que de l'intensité de leurs mouvements en relation étroite avec la vie. La migration biogène sera d'autant plus intense que les atomes circuleront plus vite; cette migration peut être très diverse, bien que la quantité d'atomes englobés par la vie soit identique.
    C'est là la seconde forme de migration biogène, en relation avec l'intensité du courant biogène des atomes.
    Il en existe encore une troisième. Cette troisième forme commence à prendre à notre époque, époque psychozoïque, une importance extraordinaire dans l'histoire de notre planète. C'est la migration des atomes, suscitée également par les organismes, mais qui ne se rattache pas génétiquement et immédiatement à la pénétration ou au passage des atomes à travers leur corps. Cette migration biogène est provoquée par le développement de l'activité technique. Elle est par exemple déterminée par le travail des animaux fouilleurs, dont on relève les traces depuis les époques géologiques les plus anciennes, par le contrecoup de la vie sociale des animaux constructeurs, des termites, des fourmis, des castors. Mais cette forme de migration biogène des éléments chimiques a pris un développement extraordinaire depuis l'apparition de l'humanité civilisée, il y a une dizaine de mille ans. Des corps entièrement nouveaux ont été créés de cette façon comme par exemple les métaux à l'état libre. La face de la Terre se transforme et la nature vierge disparaît.
    Cette migration biogène ne paraît pas être en relation directe avec la masse de la matière vivante : elle est conditionnée dans ses traits essentiels par le travail de la pensée de l'organisme conscient.
    Il faut enfin, probablement, en quatrième lieu, y adjoindre encore les changements dans la distribution des atomes provoqués par l'apparition dans la biosphère de nouveaux composés d'origine organique. C'est probablement, quant à ses effets, la forme la plus puissante de migration biogène. Elle ne peut cependant être numériquement évaluée et je n'ai pas à m'en occuper aujourd'hui.
    C'est le cas, par exemple, de la migration que détermine le dégagement d'oxygène à l'état libre par les organismes à chlorophylle ou celle causée par la transformation de combinaisons chimiques, inconnues jusqu'ici dans la biosphère et créées par le génie de l'homme.
    Il est vrai que ce type de la migration chimique ne peut pas toujours être facilement distingué des deux premiers. Par exemple, la puissante migration chimique provoquée par la destruction des corps des organismes morts, est intimement liée aux processus de putréfaction et de fermentation, suscités par l'existence d'organismes spéciaux.
    Mais les processus biochimiques ne l'expliquent pas entièrement.

 


    5. — Les différentes formes de migration chimique indiquées ici constituent une particularité que nous devrons avoir en vue, dans la suite de notre exposé.
    Un autre trait caractéristique nous est fourni par les lois physiques qui y président.
    La migration biogène n'est qu'un élément d'un autre processus de la biosphère encore plus puissant, autrement dit de la migration générale de ses éléments. Cette migration s'effectue partiellement sous l'influence de l'énergie solaire, de la force de la gravitation et de l'action des parties internes de l'écorce terrestre sur la biosphère.
    Tous ces déplacements des éléments, quelle qu'en soit la cause, répondent à divers systèmes d'équilibres mécaniques déterminés; en particulier, dans l'histoire de divers éléments chimiques, ils donnent naissance à des cycles géochimiques fermés, à des tourbillons d'atomes.
    Ils peuvent tous être ramenés aux lois des équilibres hétérogènes et aux principes formulés par W. Gibbs.
    Les processus cycliques auxquels participe la migration biogène sont entretenus par une force extérieure, dont l'afflux ininterrompu les renouvelle. Les forces de l'énergie solaire radiante et de l'énergie atomique jouent dans le renouvellement de ces processus un rôle prépondérant.
    Ces équilibres, étudiés en dehors de cet afflux d'énergie extérieure, sont des systèmes mécaniques, qui arrivent nécessairement à un état stable. Leur énergie libre sera nulle ou voisine de zéro à la fin du processus, car tout le travail susceptible d'être accompli dans ce système le sera en fin de compte nécessairement. Dans des équilibres de cette espèce le travail atteint toujours un maximum, tandis que l'énergie à état libre tend vers un minimum.
    La migration biogène est une des principales formes du travail dans ces systèmes d'équilibres naturels et évidemment elle doit tendre vers une manifestation maximale.
    On peut considérer cette propriété de la migration biogène comme principe géochimique essentiel qui régit de façon automatique les phénomènes biogéochimiques.
    Ce premier principe biogéochimique, comme je l'appelle, peut être formulé comme suit :


    La migration biogène des éléments chimiques dans la biosphère tend à sa manifestation la plus complète.

 


    6. — Examinons maintenant comment ces deux propriétés de la migration biogène se manifestent dans la biosphère : le premier principe biogéochimique et l'existence des deux formes de sa manifestation, celle premièrement liée à la masse de la matière vivante et secondement à la technique de la vie.
    La masse de la matière vivante doit évidemment, lors de la migration biogène maxima dans la biosphère, atteindre les limites ultimes, si tant est qu'il existe de telles limites.
    L'invariabilité de cette masse paraît indiquer que la migration biogène sous cette forme a atteint plus ou moins ces limites depuis les époques géologiques les plus reculées.
    Il n'en est pas de même de la migration biogène des éléments qui se rattache à la technique de la vie. On remarque ici un saut brusque à notre époque géologique psychozoïque.
    Nous assistons au développement de cette forme biogène de la migration et nous devons, conformément au premier principe biogéochimique, admettre que cette forme de la migration des éléments atteindra inévitablement avec le temps sa limite maxima, en supposant toujours qu'une telle limite existe, ou qu'elle s'efforcera constamment d'atteindre son développement maximum.

 


    7. — On peut aisément évaluer la justesse du premier principe biogéochimique en étudiant la migration biogène. La tendance qu'elle a à atteindre son développement maximum dans la biosphère peut être observée dans la nature à l'occasion de deux phénomènes : en premier lieu, la migration biogène occupera le plus grand espace possible, l'espace maximum qui lui est accessible du fait de la masse de la matière vivante et de la technique vitale inhérente à cette dernière. Ce phénomène se manifeste par l'ubiquité de la vie dans la biosphère, comme nous l'observons partout.
    Mais la migration biogène, en ce qui concerne son action géochimique, ne dépend pas seulement de la quantité des atomes captés par elle à tout moment dans la biosphère, mais aussi de la rapidité de leur mouvement, du nombre des atomes passant à travers la matière vivante dans l'unité de temps ou du déplacement dans cette même unité de temps provoqué par une intervention d'ordre technique de cette matière vivante au sein du milieu ambiant.
    Le premier principe biogéochimique se manifeste alors par la pression de la vie, que nous observons effectivement dans la biosphère et par l'accélération croissante de l'activité technique de l'homme civilisé.
    Il importe en même temps de tenir compte, surtout dans le phénomène de l'ubiquité de la vie, mais aussi dans celui de sa pression, de l'existence dans la biosphère de formes vitales évoluant dans des milieux de caractère physique radicalement différent.
    On peut et on doit au fond admettre que la vie se manifeste dans deux espaces physiquement divers.
    D'une part elle apparaît dans le champ de la gravitation où nous vivons. C'est naturellement le plus habituel pour nous.
    Mais ce champ de gravitation où tout est régi par la loi de la gravitation, n'embrasse pas tout le domaine de la vie.
    Les plus petits organismes sont de dimensions voisines des molécules, bien qu'appartenant à une autre décade (W. Vernadsky, Revue gêner. des Sciences, 1928, p. 136.). Ces organismes dont le diamètre n'atteint pas la cent-millième part d'un centimètre, entrent dans le champ des forces moléculaires et leur vie et les phénomènes qui s'y rattachent, ne sont pas régis par la gravitation universelle seule, mais sont également soumis à l'action des rayonnements qui nous entourent de toute part : ceux-ci peuvent abolir en ce qui concerne ces organismes, les conditions d'existence qui découlent de la gravitation.
    Nous savons que ces organismes infiniment petits jouissent aussi de l'ubiquité, remplissent l'espace maximum et que la pression de leur vie, l'intensité du courant d'atomes qu'ils provoquent, sont extrêmes.

 


    8. — Ainsi on peut considérer l'ubiquité de la vie et sa pression, comme l'expression du principe de la nature ambiante, qui régit la migration biogène des éléments chimiques.
    Il est aisé de se convaincre, quand on étudie les phénomènes naturels et les faits empiriques qui y ont trait, que l'ubiquité même, ainsi que la poussée de la vie ne peuvent pas être expliquées par l'immutabilité de la vie actuelle des organismes.
    Ces phénomènes se modifient au cours des temps géologiques et se développent dans une large mesure sous l'action de l'évolution.
    La création par suite de cette évolution de nouvelles formes vitales, s'adaptant aux nouvelles formes d'existence, augmente l'ubiquité de la vie et élargit son domaine. La vie pénètre ainsi dans des régions de la biosphère où elle n'avait pas eu d'accès auparavant.
    On voit en même temps comment, au cours des époques géologiques, apparaissent de nouvelles formes de vie. Leur survenue amène pourtant une accélération du courant atomique à travers la matière vivante, et provoque également au sein des atomes des manifestations nouvelles, inconnues jusqu'ici, ainsi que l'apparition de nouveaux modes de déplacement.
    L'attention que trois générations déjà de naturalistes ont prêtée aux phénomènes de l'évolution des espèces a permis d'analyser la nature vivante et de s'assurer que l'ubiquité et la pression de la vie observées partout, se sont radicalement modifiées et accrues au cours des époques géologiques. C'est un résultat de l'évolution et de l'adaptation des organismes au milieu.
    Deux ou trois exemples suffiront à rendre ma pensée plus claire. L'analyse de la faune des cavernes démontre qu'elle est composée d'organismes ayant jadis vécu à la lumière. Ils se sont adaptés à de nouvelles conditions et ont élargi ainsi le domaine de la vie. Ceci est vrai aussi pour une partie au moins du benthos de l'Océan. Elle s'est adaptée aux conditions de haute pression, de froid et de ténèbres, bien qu'elle tire son origine d'organismes ayant vécu dans d'autres conditions.
    C'est un nouveau phénomène qui élargit le domaine de la vie dans la biosphère. L'analyse de ces phénomènes parait indiquer que le domaine de la vie continue à s'élargir à notre époque géologique également par le peuplement des profondeurs océaniques.
    On peut encore, en ce qui concerne d'autres phénomènes, observer à chaque pas des processus identiques. La flore et la faune des sources thermales comme la flore et la faune des hautes altitudes ou des déserts, et celles des régions des glaciers et des neiges perpétuelles se sont développées conformément aux lois de l'évolution. La vie, en s'adaptant ainsi au milieu, s'est annexé lentement de nouvelles régions et a renforcé la migration biogène des atomes de la biosphère.
    Le processus de l'évolution a non seulement élargi le domaine de la vie, il a intensifié et accéléré la migration biogène. La formation du squelette des vertébrés a modifié et augmenté, en la concentrant, la migration des atomes du fluor et, sans doute, du phosphore et celle de celui des invertébrés aquatiques — la migration des atomes du calcium.
    Il est inutile d'insister sur l'extrême accroissement de la pression de la vie dans la biosphère provoqué par l'apparition de l'homo sapiens évolué, qu'on peut, semble-t-il, appeler en combinant la terminologie de Linné et celle de Bergson et en employant la triple caractéristique de l'espèce l'homo sapiens faber. La pensée de l'homo sapiens faber est un nouveau fait qui bouleverse la structure de la biosphère après des myriades de siècles.

 


    9. — Ainsi, l'analyse empirique de la nature vivante ambiante établit d'une façon nette et décisive que l'ubiquité et la pression de la vie dans la biosphère sont le résultat de l'évolution. Autrement dit, l'évolution des formes vivantes au cours des temps géologiques sur notre planète, augmente la migration biogène des éléments chimiques dans la biosphère.
    Naturellement, la condition mécanique qui détermine la nécessité de ce caractère de la migration atomique, s'est maintenue sans interruption au cours de tous les temps géologiques et l'évolution des formes de la vie a toujours eu à en tenir compte.
    Cette condition mécanique qui provoque cette migration biogène des éléments est due au fait que la vie constitue une partie intégrante du mécanisme de la biosphère et qu'elle est au fond la force qui détermine son existence.
    Il est évident aussi que l'évolution des espèces est en corrélation avec la structure de la biosphère. Ni la vie, ni l'évolution de ses formes, ne sauraient exister indépendamment de la biosphère, ni lui être opposées comme des entités naturelles séparées.
    Partant de ce principe fondamental et du fait de la participation de l'évolution au développement de l'ubiquité et de la pression de la vie dans la biosphère actuelle, on est fondé, concernant l'évolution des formes vivantes, à poser un nouveau principe biogéochimique.
    Ce principe biogéochimique que j'appellerai second principe biogéochimique peut être formulé ainsi :


    L'évolution des espèces en aboutissant à la création des nouvelles formes vitales stables, doit se mouvoir dans le sens de l'accroissement de la migration biogène des atomes dans la biosphère.

 


    10. — Il est certain que ce principe ne peut en aucune façon expliquer l'évolution des espèces et n'intervient pas dans les tentatives d'explication, dans les différentes théories d'évolution qui préoccupent actuellement les savants. Ce principe admet l'évolution comme un fait empirique, ou plutôt comme une généralisation empirique, et le rattache à une autre généralisation empirique, celle du mécanisme de la biosphère.
    Mais il est loin d'être indifférent du point de vue des théories évolutionnistes et il indique, à mon avis, avec une logique infaillible l'existence d'une direction déterminée dans le sens de laquelle le processus de l'évolution doit nécessairement s'effectuer. Cette direction coïncide parfaitement dans sa terminologie (scientifiquement précise) avec les principes de la mécanique, avec toute notre connaissance des processus physico-chimiques terrestres auxquels appartient la migration biogène des atomes.
    Toute théorie de l'évolution doit prendre en considération l'existence de cette direction déterminée du processus de l'évolution qui, avec le développement ultérieur de la science, pourra être évalué numériquement.
    Il me semble impossible pour plusieurs raisons, de parler des théories évolutionnistes sans tenir compte aussi de la question fondamentale de l'existence d'une direction déterminée, dans le processus de l'évolution, invariable, au cours de toutes les époques géologiques.
    Prises dans leur ensemble, les annales de la paléontologie ne portent pas le caractère d'un bouleversement chaotique, tantôt dans un sens tantôt dans un autre, mais d'un phénomène, dont le développement s'effectue d'une façon déterminée toujours dans le même sens, dans celui de l'accroissement de la conscience, de la pensée et de la création de formes augmentant l'action de la vie sur le milieu ambiant.
    L'existence d'une direction déterminée de l'évolution des espèces peut être établie d'une façon précise par l'observation.
    Je me bornerai à un petit nombre d'exemples d'une portée générale relatifs à la marche du processus de l'évolution, aux indications de la paléontologie considérées du point de vue de la transformation de la migration biogène au cours des époques géologiques.

 


    11. — C'est à l'époque du cambrien, aux limites de l'ancien monde vivant étudié par nous, qu'apparurent les invertébrés supérieurs. Le fait en question n'est pas absolument établi, mais il faut l'admettre pour expliquer d'une façon très simple le brusque changement survenu un peu après le début de l'époque cambrienne concernant la conservation des organismes. La complète immutabilité au cours de toute l'époque précambrienne des processus de l'érosion, leur identité complète, si on considère leurs traits essentiels, avec les processus analogues actuels, ne permet pas de chercher l'explication de l'absence de vestiges dans la diversité des conditions du milieu extérieur.
    Il n'y a en même temps aucune raison de supposer que le métamorphisme des couches terrestres occasionné par une durée déterminée de ses processus, ait eu comme suite à ce moment précis, une absence de vestiges organiques. Il faudrait admettre autrement que toutes les couches plus anciennes ont été complètement transformées.
    Dès maintenant nous connaissons bien des cas ou des couches précambriennes ont été moins métamorphisées que celles de l'époque cambrienne et que les couches plus récentes.
    Ce sont probablement les géologues qui admettent ici un brusque changement de la migration biogène des atomes du calcium qui ont raison. C'est le premier phénomène de cette espèce que nous ayons pu constater.
    On peut se faire une idée de l'importance de cet événement en se souvenant du rôle joué dans la biosphère par les organismes très riches en calcium (les organismes le contiennent de préférence à tous les autres métaux), dans la formation des dépôts calcaires. Le mécanisme de la migration biogène du calcium a subi de grands changements à l'époque indiquée et cette migration est devenue instantanément plus intense. A en juger par ce qu'on connaît de l'intensité de la migration du calcium, suscitée par la création du squelette des invertébrés supérieurs, par exemple, des mollusques ou des coraux, par rapport à celle, dans les organismes microscopiques, du calcium dégagé antérieurement par eux, il faut admettre une augmentation brusque et extrême de l'intensité de sa migration lors de la création de ces nouvelles formes de la vie.
    Il est possible, qu'une pareille modification de la migration biogène du calcium, provoquée par la formation de nouvelles espèces douées de squelettes, riches en carbonate de calcium, corresponde à l'invasion de la vie alors dans de nouveaux domaines de la biosphère. Cette modification a dû avoir sa répercussion également dans l'histoire de l'acide carbonique.
    Aux débuts de la vie paléozoïque, et peut-être à l'époque cambrienne un autre fait très important relatif à la migration biogène des atomes s'impose à l'attention : il est lié à la transformation radicale de la végétation sylvestre des continents. Le processus du perfectionnement graduel de ces organismes, dont le plein épanouissement atteint, semble-t-il, son point culminant à l'époque tertiaire, s'est prolongé encore aux cours de plusieurs époques géologiques. Ce processus correspond à la conquête par la vie d'un nouvel et immense domaine, celui de la troposphère. L'apparition de la forêt, exubérante de vie, amena un grand changement dans la migration des atomes de l'oxygène, du carbone, de l'hydrogène et simultanément dans celle de tous les atomes vitaux dont le mouvement cyclique tout d'abord a du devenir plus intense, car la forêt, surtout la forêt d'arbres à feuilles persistantes des nouvelles époques géologiques, concentre la vie, tant végétale qu'animale, dans des proportions inconnues jusqu'alors. Si l'on compare de ce point de vue la forêt des cryptogames des époques primitives à nos forêts ou aux forêts tertiaires des phanérogames, la différence de l'intensité de la migration biogène nous paraîtra énorme.
    A l'époque mésozoïque, un nouveau fait, l'apparition des oiseaux, a augmenté l'intensité de la migration biogène et la vie a encore accru son domaine. Ce n'est du reste qu'à l'époque mésozoïque et à l'époque tertiaire que les organismes volants ont atteint leur plein développement sous la forme d'oiseaux. Deux fonctions biogéochimiques très importantes se rattachent à ces deux nouvelles formes de la vie. On ne peut guère conclure à un rapport entre ces formes et les invertébrés volants qui remontent très loin dans le passé, jusqu'aux débuts de l'époque paléozoïque, bien que les invertébrés volants aient particulièrement rempli ces fonctions et les remplissent encore aujourd'hui. En tout cas, seule, la création des oiseaux a donné au mécanisme de la migration biogène l'impulsion qu'elle n'avait pas avant.
    Dans le mécanisme de la biosphère, dans la migration biogène des atomes, les oiseaux, ainsi que les autres organismes volants, jouent un rôle immense pour ce qui est de l'échange de la matière entre la Terre ferme et l'eau, principalement entre le continent et l'Océan ! Le rôle des oiseaux s'oppose ici à celui des fleuves, mais, par la quantité des masses transportées, il s'en rapproche. Les migrations des oiseaux rendent ce rôle encore plus important en ce qui concerne la circulation biogène des atomes. L'apparition de ces espèces de vertébrés ailés a non seulement créé de nouvelles formes de migrations biogènes et a eu une répercussion sur la balance chimique de la mer et du continent, mais elle a provoqué encore une recrudescence de la migration biogène au cours de l'histoire de corps séparés, en particulier dans celle du phosphore. Les invertébrés ailés, les insectes, n'ont pas joué un rôle aussi important. Il est vrai que les sauriens volants sont apparus avant les oiseaux, mais tout indique qu'ils n'ont pas exercé une action comparable à la leur. L'apparition des oiseaux paraît liée à celle de nouveaux types de forêts, ou, en tout cas, semble avoir coïncidé avec celle-ci.
    Le rôle de l'humanité civilisée du point de vue de la migration biogène a été infiniment plus important que celui des autres vertébrés. Ici, pour la première fois dans l'histoire de la Terre, la migration biogène, due au développement de l'action de la technique a pu avoir une signification plus grande que la migration biogène déterminée par la masse de la matière vivante. En même temps, les migrations biogènes ont changé pour tous les éléments. Ce processus s'est effectué très rapidement dans un espace de temps insignifiant. La face de la Terre s'est transformée d'une façon méconnaissable et pourtant il est évident que l'ère de cette transformation ne fait que commencer.
    Ces transformations sont conformes aux données du second principe biogéochimique ; le changement aboutit à un accroissement extrême de l'intensité de la migration des atomes de la biosphère.
    Il faut noter ici deux phénomènes : premièrement, l'homme, ce qui n'est pas douteux, est né d'une évolution, et secondement, en observant le changement qu'il produit dans la migration biogène, on constate que c'est un changement d'un type nouveau qui, avec le temps, s'accélère avec une rapidité extraordinaire.
    On peut donc parfaitement admettre que les changements dans la migration biogène s'effectuaient au cours des périodes paléontologiques sous l'influence de la création de nouvelles espèces animales et végétales d'une façon non moins rapide.
    La forme nouvelle quantitative de la migration biogène correspondant à la civilisation, a été préparée par toute l'histoire paléontologique. On aurait pu retrouver ses premiers vestiges, si nous connaissions les lois de la nature dès les premières pages des annales de la paléontologie.
    Je me suis arrêté ici sur quelques phénomènes typiques de l'évolution des espèces, relatifs à la migration biogène des éléments chimiques. Dans tous ces cas, l'accord de l'évolution avec le second principe biogéochimique est évident, comme il ressort toujours, semble-t-il, de l'analyse des annales paléontologiques.
    Comment cet accord a-t-il lieu ? Est-ce la suite d'un concours aveugle de circonstances ou bien celle d'un processus plus profond, déterminé par les propriétés de la vie, processus incessant et toujours le même dans ses manifestations au cours de toute l'histoire géologique de la planète ? C'est ce que l'avenir décidera.
    L'influence régulatrice du second principe géochimique se manifestera dans deux cas.
    Si même la création des espèces avait lieu au hasard, accidentellement, en dehors de l'influence du milieu ambiant, c'est-à-dire du mécanisme de la biosphère, une espèce quelconque, accidentellement créée, n'aurait cependant pu survivre et entrer dans le tourbillon de la planète ; même alors, seule l'espèce suffisamment stable, susceptible d'augmenter la migration biogène de la biosphère, aurait survécu.
    Il est cependant impossible d'opposer actuellement d'une façon si élémentaire l'organisme au milieu, c'est-à-dire, à la biosphère, comme on le faisait jadis. On sait que l'organisme n'est pas un hôte accidentel dans le milieu, il fait partie de son mécanisme compliqué et soumis à des lois fixes. L'évolution elle-même constitue une partie de ce mécanisme.
    Le naturaliste doit exclure de sa conception de l'univers toutes les notions philosophiques ou religieuses qui ont pénétré du dehors dans la science. L’admission dans les problèmes de l'évolution de l'indépendance de l'organisme par rapport à son milieu et d'une opposition entre ces deux facteurs serait une erreur de ce genre.
    De ce point de vue, il existe vraisemblablement un lien intime entre l'accord de l'évolution et le principe qui la régit et il ne s'agit sans doute pas ici d'un simple concours de circonstances.

 


    12. — Sans se préoccuper des causes de l'évolution, en indiquant seulement la nécessité pour celle-ci d'une direction déterminée, l'étude des phénomènes biogéochimiques circonscrit ainsi le domaine des théories évolutionnistes admissibles dans la science. Il semble que cette étude entr'ouvre devant nous un autre domaine encore de phénomènes d'activité scientifique, réservé jusqu'ici exclusivement à la spéculation philosophique ou religieuse.
    La nouvelle forme de migration biogène, nouvelle du moins à cette échelle, a été provoquée, comme nous voyons, par l'intervention de la raison humaine.
    Pourtant elle ne se distingue en rien des autres manifestations de la migration biogène, qui se rattachent à d'autres fonctions vitales.
    On peut en même temps établir d'une façon précise que la pensée humaine change d'une façon brusque et radicale la marche des processus naturels, et modifie ce que nous appelons les lois de la nature.
    La conscience et la pensée, malgré les efforts de générations de penseurs et de savants, ne peuvent être ramenées ni à l'énergie, ni à la matière quelle que soit la façon dont on définit ces bases de notre pensée scientifique.
    Comment la conscience peut-elle agir sur une marche de processus qui semblent pouvoir être entièrement ramenés à la matière et à l'énergie?
    Cette question a été dernièrement posée par le mathématicien américain J. Lotka (Lotka, Elements of physical biology. Balt, 1925.), précisément au sujet de phénomènes biogéochimiques, Il est douteux que sa réponse soit satisfaisante. Mais il a indiqué l'importance du problème et la possibilité de l'aborder.
    Il est probable que nous ne pourrons résoudre ce problème qu'après avoir radicalement renouvelé nos notions physiques fondamentales, notions qui viennent subir et subissent encore des transformations avec une rapidité dont nous ne connaissions pas avant d'exemple dans l'histoire de la pensée. Les théories physiques devront inévitablement se préoccuper des phénomènes fondamentaux de la vie.
    C'est dans ce sens que travaille actuellement la pensée, Il est impossible de ne pas tenir compte de ces nouvelles et profondes recherches, Parmi elles, les spéculations du mathématicien et penseur anglais, A. Whitehead (A. Whitehead, Science and modern world, Gambe, 1926.), il est vrai, plus philosophiques que scientifiques méritent d'être analysées. Il est très possible qu'un autre penseur anglais F. Haldane ( E. Haldane, Daedalus.L. 1926.) ait raison en prévoyant dans un avenir prochain une transformation radicale de la physique et de ses principes, en raison de l'introduction dans sa sphère de l'étude des phénomènes de la vie.
    L'étude des phénomènes biogéochimiques, poussée le plus avant possible, nous fait pénétrer précisément dans ce domaine des manifestations connexes de la vie et de la structure physique de l'univers, et, en même temps, dans celui des futures théories scientifiques.
    On s'explique le profond intérêt philosophique que présentent actuellement les problèmes biogéochimiques.

 

 

Vladimir I. Vernadsky, Leningrad, 1928   
    
    

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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 01:04
 Discussion au coin du feu :
Sur le New Deal

Franklin Delano Roosevelt
 
Le 7 mai 1933
(autres textes)


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    « Un dimanche soir, une semaine après mon inauguration, j'empruntai la T. S. F. pour vous parler de la crise bancaire et des mesures que nous allions prendre pour y faire face. Je crois qu'en agissant de la sorte j'ai jeté de la clarté sur différents faits qui, autrement, auraient pu être mal interprétés; et, d'une manière générale, j'ai fait comprendre la situation au pays, ce qui a contribué, pour une grande part, au rétablissement de la confiance.

« Ce soir, huit semaines plus tard, je viens, pour la seconde fois, vous faire mon rapport — dans le même esprit et de la même manière, — pour vous entretenir de ce que nous avons fait et de ce que nous avons l'intention de faire.

« Il y a deux mois, nous nous trouvions en face de graves problèmes. Le pays tombait à la ruine, pouce par pouce. Il se mourait parce que le commerce et l'industrie étaient tombés à un niveau dangereusement bas; les prix de nos matières premières menaçaient de détruire la valeur de l'actif de nos établissements nationaux : banques, caisses d'épargne, compagnies d'assurance et autres instituts. Ces établissements, par suite de leurs besoins importants, opéraient des forclusions, réclamaient des emprunts, refusaient de faire crédit. Il en résulta donc en fait que des millions de personnes furent menacées de perdre leurs propriétés, puisqu'elles avaient emprunté de l'argent sur ces propriétés avec des dollars qui avaient eu une valeur totalement différente de celle de mars 1933. Cette situation ne nous permettait pas des considérations compliquées sur les panacées économiques ou de combiner des plans de fantaisie. Nous nous trouvions, non pas devant des théories mais devant une situation concrète.

« Il n'y avait que deux solutions : la première consistait à suivre la même voie, à permettre les forclusions, le retrait du crédit et la thésaurisation, à amener ainsi la liquidation et la faillite des banques, des compagnies de chemins de fer et d'assurances jusqu'à la capitalisation de toute l'économie et de la propriété à un niveau inférieur. Cette solution signifiait la continuation de la campagne de déflation dont le résultat immédiat eût été une misère extraordinaire pour tous les possédants, et, par voie de conséquence, une misère immense pour tous les salariés en raison de l'accroissement du chômage et d'une nouvelle réduction de l'échelle des salaires.

« Il est évident que cette solution n'aurait pas eu seulement des effets d'ordre économique très graves, mais aussi des conséquences d'ordre social qui auraient causé un mal énorme. Même avant mon accession au pouvoir, j'étais arrivé à la conclusion qu'une telle politique aurait fait supporter au peuple américain une charge trop lourde. Elle aurait entraîné, non seulement une nouvelle dévalorisation des richesses représentées par les maisons, fermes, économies et salaires, mais aussi des pertes d'ordre spirituel, la perte de ce sentiment de sécurité pour le présent et l'avenir, si nécessaire à la paix et à la satisfaction de l'individu et de sa famille. Si vous détruisez ces valeurs, vous trouverez difficilement le moyen de rétablir toute confiance dans l'avenir. Il était évident qu'il ne suffisait pas, pour arrêter cette course à la ruine, de lancer de Washington des appels à la confiance et de prêter des sommes d'argent plus considérables à des établissements craquant de toutes pans. Il me semblait non seulement légitime mais encore obligatoire pour la sécurité nationale d'appliquer le plus rapidement possible un programme précis. Le Congrès, et quand je dis le Congrès, je parle des membres des deux partis politiques, comprit très bien la situation et me donna un appui généreux et intelligent. Les membres du Congrès virent clairement que les méthodes des temps normaux devaient faire place, en période de crise, à des mesures adaptées aux nécessités graves et impérieuses du moment. Il n'y eut pas à proprement parler d'abandon du pouvoir, le Congrès conserva encore son autorité constitutionnelle, et personne n'a eu le moindre désir de changer l'équilibre politique. La fonction du Congrès est de décider les mesures à prendre et de choisir l'instrument de ses volontés. Il a suivi étroitement cette politique. La seule chose qui s'est passée fut qu'il désigna le Président pour exécuter certaines de ses mesures. C'était conforme à la constitution et à la tradition du peuple américain.

« La législation qui a été votée ou qui est en voie d'être appliquée peut être raisonnablement considérée comme faisant partie d'un programme complet.

« En premier lieu, nous fournissons du travail à 250.000 chômeurs, spécialement aux jeunes gens qui ont des charges. Ils se consacrent au reboisement et aux travaux contre les inondations. C'est une niche importante parce qu'elle comporte la nourriture, l'habillement et l'entretien d'un nombre de personnes, près de deux fois plus grand que celui des soldats de notre armée régulière. En créant ce corps civil, nous faisons d'une pierre deux coups. Nous rehaussons notablement la valeur de nos ressources naturelles et, d'autre part, nous soulageons un lot considérable de personnes qui se trouvent dans la détresse. Cet important groupe d'hommes s'est mis au travail volontairement; il n'est pas soumis à un règlement militaire, et nous conservons non seulement nos ressources naturelles mais encore nos ressources humaines. Un des grands mérites de ce travail est qu'il s'accomplit directement et ne nécessite pour ainsi dire pas l'intervention des machines.

« En deuxième lieu, j'ai soumis à l'approbation du Congrès des mesures que, par la suite, j'ai fait appliquer, à savoir : l'exploitation des vastes propriétés du Gouvernement à Muscles Shoals que l'on a négligées pendant tant d'années de coûteuse inaction; en outre, j'ai proposé un plan d'ensemble pour l'aménagement d'une grande partie de la vallée du Tennessee. Ces mesures augmenteront le bien-être et le bonheur de centaines de milliers de gens, et leur effet bienfaisant se fera sentir à la nation tout entière.

 « Ensuite, le Congrès va voter une législation qui libérera, en grande partie, de la misère de l'hypothèque les fermiers et les petits propriétaires de la nation, ceci grâce à une disposition qui allégera le fardeau des dettes qui pèse si lourdement sur des millions de nos compatriotes.

« Une autre mesure immédiate est l'octroi d'un demi-milliard de dollars aux Etats, cantons et municipalités afin qu'ils puissent pourvoir aux besoins de ceux à qui un secours formel et immédiat est indispensable.

« Le Congrès a aussi voté une législation autorisant la vente de la bière dans les Etats qui le désiraient. Il en est déjà résulté une reprise considérable du travail et par suite un accroissement du rendement de l'impôt, dont le besoin se faisait vivement sentir.

« Nous avons l'intention de demander au Congrès une législation qui permettra au Gouvernement d'entreprendre des travaux publics, ce qui provoquera ainsi directement et indirectement une reprise dans beaucoup d'autres domaines que nous avons soumis à un examen approfondi.

« Une nouvelle législation a été promulguée qui pénètre plus avant dans nos problèmes économiques. La loi d'aide aux fermiers, le « Farm Relief Bill », cherche, par l'emploi de plusieurs méthodes isolées ou réunies, à accroître le rendement des principaux produits agricoles, tout en s'efforçant de prévenir la surproduction désastreuse qui, si souvent dans le passé, a fait tomber les prix à un niveau bien inférieur à un rapport rationnel. Cette mesure prévoit l'octroi de pouvoirs étendus dans les cas critiques. L'usage qu'on en fera, dépendra uniquement de ce que l'avenir nous réserve.

« Nous proposerons également des mesures de sauvegarde mûrement réfléchies par quoi nous tenterons de donner des salaires plus équitables aux ouvriers de l'industrie du pays et d'empêcher la concurrence déloyale, de nous opposer aux trop longues semaines de travail et, en même temps, d'encourager toutes les industries à éviter la surproduction.

« Notre loi sur les chemins de fer rentre dans la même catégorie; son objectif est de permettre aux chemins de fer, avec l'aide du Gouvernement, d'aménager et de mettre sur pied un plan bien arrêté qui supprimera les doubles emplois et les gaspillages, lesquels ont amené à l'heure actuelle la faillite de nombreux réseaux et des déficits continuels.

« Je suis persuadé que les habitants de ce pays comprennent et approuvent les nouvelles mesures gouvernementales qui ont trait à l'agriculture, à l'industrie et aux moyens de transport. Notre production agricole dépassait notre consommation; nous nous trouvions devant des excédents que les autres nations ne pouvaient acheter qu'à des prix désastreusement bas. Nos usines étaient en mesure de fabriquer plus de produits que nous ne pouvions en consommer, et, en même temps, les demandes de l'étranger baissaient. Il se faisait que nous disposions de plus moyens de transport des marchandises et des récoltes que nous n'avions de marchandises et de récoltes à transporter. Cette situation était due en grande partie à un manque complet de plan général et à une incompréhension totale du danger qui n'avait cessé de flotter dans l'air depuis la fin de la guerre mondiale. Les habitants de ce pays ont été poussés à croire — mais c'était une erreur — qu'ils pourraient continuer à accroître indéfiniment la production agricole et industrielle et que je ne sais quel magicien trouverait le moyen d'écouler ces produits, tout en laissant au producteur des bénéfices raisonnables.

« Aujourd'hui nous sommes fondés à croire que les choses vont un peu mieux qu'il y a deux mois. L'industrie a repris, les chemins de fer transportent plus de marchandises, les prix des produits agricoles se sont améliorés, mais je ne me laisserai pas aller à lancer des proclamations d'une confiance débordante d'enthousiasme. Nous ne pouvons pas crier de nouveau à la prospérité.

« Je ne cesserai jamais d'être franc avec les habitants de ce pays. Je ne veux pas que mes compatriotes, à la faveur de cette amélioration, fassent déferler sur ce pays une nouvelle vague de spéculation. Je ne veux pas que l'on croie que, par suite d'un optimisme injustifié, nous pouvons reprendre le système désastreux de l'accroissement de notre production agricole et industrielle, dans l'espoir qu'une Providence bienveillante permettra de l'écouler à des prix élevés. Pareil système peut nous ramener une prospérité immédiate et factice, mais elle sera de ces prospérités qui nous conduiront à de nouveaux désastres.

« On a bien tort de désigner les mesures que nous avons prises, sous le nom de contrôle gouvernemental de l'agriculture, de l'industrie et des transports. C'est plutôt une association entre le Gouvernement, d'une part, et l'agriculture, l'industrie et les transports d'autre part, non pas une association qui se partage les bénéfices, car les bénéfices iraient aux citoyens, mais plutôt une association qui conçoit les mêmes plans et veille à leur exécution.

« Laissez-moi vous donner un exemple. Prenons l'industrie cotonnière. Selon toute probabilité, quatre-vingt-dix pour cent des fabricants de coton s'accorderaient pour supprimer les salaires de famine, les longues journées de travail, le travail de l'enfant; Ils s'accorderaient également pour empêcher une surproduction qui se traduit par des excédents invendables. Mais à quoi peut servir un tel accord si les dix autres pour cent des fabricants de coton donnent des salaires de famine, exigent de nombreuses heures de travail, emploient des enfants dans leurs usines et se livrent à une surproduction vexatoire? Par leurs agissements déloyaux, ces dix pour cent pourraient produire des marchandises à si bon marché que les quatre-vingt-dix pour cent des fabricants honnêtes en seraient réduits à adopter une ligne de conduite douteuse. C'est ici que le Gouvernement entre en jeu. Le Gouvernement, après s'être livré à une enquête sur une industrie et après avoir adopté un plan, devrait avoir le droit — et il l'aura — d'empêcher, avec l'aide de la grande majorité des membres de cette industrie, les agissements déloyaux. Les lois dites « antitrusts » avaient pour but d'empêcher la création des monopoles et d'interdire à ces monopoles de réaliser des bénéfices excessifs. On doit continuer à respecter le principe de ces lois, mais elles ne se proposèrent jamais d'encourager cette concurrence déloyale dont nous avons dit les méfaits.

« Le même principe s'applique aux produits agricoles, aux moyens de transport et à tout autre domaine de l'industrie privée organisée.

« Nous nous assignons un but précis, à savoir, empêcher le retour d'une situation qui fut à deux doigts de détruire ce qu'on appelle la civilisation moderne. Nous ne pouvons atteindre ce but en un jour. Nos mesures obéissent toutes à l'esprit du Gouvernement constitutionnel de l'Amérique, établi il y a cent cinquante ans.

« Je sais que les habitants de ce pays s'en rendront compte et comprendront aussi dans quel esprit nous entreprenons cette politique. Je ne nie pas que nous ne puissions commettre des erreurs de procédure. Je ne m'attends pas à atteindre le but à chaque coup. Ce que je recherche, c'est d'atteindre le but le plus souvent possible, non seulement dans mon intérêt mais aussi dans celui de l'équipe. Theodore Roosevelt me dit un jour : « Si j'arrive à avoir raison soixante-quinze fois sur cent, j'aurai réalisé le summum de mes espérances. »

« On a beaucoup parlé ces derniers temps des finances fédérales, de l'inflation, de l'étalon-or et d'autres choses encore. Permettez-moi de vous exposer les faits très simplement et de vous expliquer ma ligne de conduite. En premier lieu, le crédit gouvernemental et la monnaie gouvernementale ne sont vraiment qu'une seule et même chose. Derrière les bons gouvernementaux, il n'y a qu'une promesse de payement. Derrière la monnaie gouvernementale, il y a en outre, une réserve d'or et une petite réserve d'argent. A ce propos, il convient de rappeler que, jadis, le Gouvernement a consenti à convertir en or près de trente milliards de ses dettes et de sa monnaie et que des sociétés privées du pays ont consenti à convertir en or soixante ou soixante-dix milliards de dollars représentés par des titres et des hypothèques. Le Gouvernement et ces sociétés privées ont conclu ces accords en sachant pertinemment que les stocks d'or aux Etats-Unis n'étaient que de trois ou quatre milliards de dollars et que les stocks d'or mondiaux n'étaient que de onze milliards environ.

« Si les détenteurs de bons commençaient à réclamer de l'or, les premiers arrivants auraient de l'or pendant quelques jours; leur nombre ne s'élèverait qu'à un vingt-cinquième des détenteurs de titres et de devises. Les vingt-quatre autres parties, qui ne sont pas arrivées en tête de file, se verraient dire poliment qu'il ne reste plus d'or. Nous avons décidé d'appliquer à tous le même traitement, dans l'intérêt de la justice, en vertu des pouvoirs constitutionnels de ce Gouvernement. Nous avons mis tout le monde sur le même pied, afin de sauvegarder le bien général.

« Toutefois, l'or et, jusqu'à un certain point, l'argent peuvent servir de base très solide aux devises; c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de mettre l'embargo sur l'or de ce pays.

« Il y a trois semaines, une série d'événements se sont produits qui auraient pu entraîner très rapidement, tout d'abord un grave épuisement des stocks d'or nationaux à l'étranger, en deuxième lieu, par voie de conséquence, une évasion à l'étranger des capitaux américains. Je n'exagère rien en vous disant que pareille occurrence aurait pu nous enlever la majeure partie de nos réserves d'or et entraîner un nouvel affaiblissement du crédit privé et gouvernemental, au point de semer la panique et d'arrêter totalement le fonctionnement de l'industrie.

« Le Gouvernement a un but précis, c'est de faire monter les prix des matières premières à un niveau tel que les débiteurs pourront payer leurs dettes au moyen d'une devise d'une valeur égale à celle qui existait au moment où les emprunts ont été contractés. Nous n'avons pas l'intention de leur procurer un dollar à tellement bon marché qu'ils pourraient rembourser beaucoup moins qu'ils n'ont reçu. En d'autres termes, nous cherchons à corriger une erreur et non pas à créer des erreurs nouvelles dans un sens opposé. C'est pour cela que les pouvoirs nécessaires seront donnés au Gouvernement afin de procéder, si la situation l'exige, à l'élargissement des moyens de crédit. II sera fait usage de ces pouvoirs au moment donné, d'une manière définie, et, ai la situation l'exige, dans le dessein que je viens de préciser.

« La situation mondiale suit un chemin parallèle à celui de la situation intérieure, laquelle, évidemment, nous intéresse en premier lieu. Je dois souligner le fait que la situation intérieure est nécessairement liée d'une manière étroite à celle de tous les autres pays. En d'autres termes, selon toutes probabilités, nous pourrons connaître, dans une large mesure, un retour de la prospérité dans notre pays, mais elle ne durera que si elle s'étend au monde entier.

« Au cours des conférences que nous avons tenues et que nous tenons avec les chefs des autres pays, nous nous assignons quatre grands objectifs : tout d'abord, une réduction générale des armements, ce qui écartera la crainte de l'invasion et d'une attaque à main armée, en même temps une réduction des dépenses, de manière à équilibrer les budgets des gouvernements et à réduire les impôts; en deuxième lieu une suppression des barrières douanières, ce qui permettrait la reprise des échanges entre nations; en troisième lieu, la stabilisation des devises: de la sorte, le commerce pourra aller de l'avant; en quatrième lieu, le rétablissement des relations amicales et une plus grande confiance de pays à pays.

« Durant ces trois semaines, nos visiteurs étrangers ont répondu dans un sens très favorable à l'énoncé de ces desseins. Toutes les nations ont souffert également de la crise. Toutes, elles ont abouti à la conclusion qu'une action générale est le plus conforme aux intérêts de chacune. C'est dans cet esprit que nos hôtes se sont joints à nous et ont discuté les problèmes qui nous sont communs. La Conférence internationale actuelle doit réussir.

« L'avenir du monde l'exige; nous nous sommes tous engagés à unir nos efforts pour la faire réussir.

« Envers vous, citoyens de ce pays, nous tous, membres du Congrès et membres du Gouvernement, nous avons contracté une profonde dette de reconnaissance. Durant toute la crise, vous avez fait preuve de résignation. Vous nous avez accordé des pouvoirs étendus; votre approbation généreuse nous a encouragés. Toutes nos forces, toutes les ressources dont nous disposions, nous les avons employées à justifier votre confiance. Nous sommes incités à penser qu'un premier pas, prudent et sensé, a été accompli. C'est dans cet esprit de confiance et d'encouragement réciproque que nous irons de l'avant. »

 

 

Franklin Delano Roosevelt - Discussion au coin du feu - 7 mai 1933

(Traduction de Pierre Dutray, extraite  de l'ouvrage "Sur la bonne voie (On Our Way)" de F.D.R., 1934, éditions Denoël et Steele)

 

 

 

 

En anglais :

 

 

On a Sunday night a week after my inauguration I used the radio to tell you about the banking crisis and the measures we were taking to meet it. I think that, in that way, I made clear to the country various facts that might otherwise have been misunderstood and, in general, provided a means of understanding which did much to restore confidence.

Tonight, eight weeks later, I come for the second time to give you my report—in the same spirit and by the same means—to tell you about what we have been doing and what we are planning to do.

Two months ago we were facing serious problems. The country was dying by inches. It was dying because trade and commerce had declined to dangerously low levels; prices for basic commodities were such as to destroy the value of the assets of national institutions such as banks, savings banks, insurance companies, and others. These institutions, because of their great needs, were foreclosing mortgages, calling loans, refusing credit. Thus there was actually in process of destruction the property of millions of people who had borrowed money on that property in terms of dollars which had had an entirely different value from the level of March 1933. That situation in that crisis did not call for any complicated consideration of economic panaceas or fancy plans. We were faced by a condition and not a theory.

There were just two alternatives: The first was to allow the foreclosures to continue, credit to be withheld and money to go into hiding, and thus forcing liquidation and bankruptcy of banks, railroads and insurance companies and a recapitalizing of all business and all property on a lower level. This alternative meant a continuation of what is loosely called “deflation,” the net result of which would have been extraordinary hardship on all property owners and, incidentally, extraordinary hardships on all persons working for wages through an increase in unemployment and a further reduction of the wage scale.

It is easy to see that the result of this course would have not only economic effects of a very serious nature but social results that might bring incalculable harm. Even before I was inaugurated I came to the conclusion that such a policy was too much to ask the American people to bear. It involved not only a further loss of homes, farms, savings and wages but also a loss of spiritual values—the loss of that sense of security for the present and the future so necessary to the peace and contentment of the individual and of his family. When you destroy these things you will find it difficult to establish confidence of any sort in the future. It was clear that mere appeals from Washington for confidence and the mere lending of more money to shaky institutions could not stop this downward course. A prompt program applied as quickly as possible seemed to me not only justified but imperative to our national security. The Congress, and when I say Congress I mean the members of both political parties, fully understood this and gave me generous and intelligent support. The members of Congress realized that the methods of normal times had to be replaced in the emergency by measures which were suited to the serious and pressing requirements of the moment. There was no actual surrender of power, Congress still retained its constitutional authority and no one has the slightest desire to change the balance of these powers. The function of Congress is to decide what has to be done and to select the appropriate agency to carry out its will. This policy it has strictly adhered to. The only thing that has been happening has been to designate the President as the agency to carry out certain of the purposes of the Congress. This was constitutional and in keeping with the past American tradition.

The legislation which has been passed or in the process of enactment can properly be considered as part of a well-grounded plan.

First, we are giving opportunity of employment to one-quarter of a million of the unemployed, especially the young men who have dependents, to go into the forestry and flood prevention work. This is a big task because it means feeding, clothing, and caring for nearly twice as many men as we have in the regular army itself. In creating this civilian conservation corps, we are killing two birds with one stone. We are clearly enhancing the value of our natural resources and, second, we are relieving an appreciable amount of actual distress. This great group of men have entered upon their work on a purely voluntary basis, no military training is involved, and we are conserving not only our natural resources but our human resources. One of the great values to this work is the fact that it is direct and requires the intervention of very little machinery.

Second, I have requested the Congress and have secured action upon a proposal to put the great properties owned by our government at Muscle Shoals to work after long years of wasteful inaction, and with this a broad plan for the improvement of a vast area in the Tennessee Valley.

It will add to the comfort and happiness of hundreds of thousands of people and the incident benefits will reach the entire nation.

Next, the Congress is about to pass legislation that will greatly ease the mortgage distress among the farmers and the homeowners of the nation by providing for the easing of the burden of debt now bearing so heavily upon millions of our people.

Our next step in seeking immediate relief is a grant of half a billion dollars to help the states, counties and municipalities in their duty to care for those who need direct and immediate relief.

The Congress also passed legislation authorizing the sale of beer in such states as desired. This has already resulted in considerable reemployment and, incidentally, has provided much needed tax revenue.

We are planning to ask the Congress for legislation to enable the government to undertake public works, thus stimulating directly and indirectly the employment of many others in wellconsidered projects.

Further legislation has been taken up which goes much more fundamentally into our economic problems. The Farm Relief Bill seeks by the use of several methods, alone or together, to bring about an increased return to farmers for their major farm products, seeking at the same time to prevent in the days to come disastrous over-production which so often in the past has kept farm commodity prices far below a reasonable return. This measure provides wide powers for emergencies. The extent of its use will depend entirely upon what the future has in store.

Well-considered and conservative measures will likewise be proposed which will attempt to give to the industrial workers of the country a more fair wage return, prevent cut-throat competition and unduly long hours for labor, and at the same time to encourage each industry to prevent over-production.

Our Railroad Bill falls into the same class because it seeks to provide and make certain definite planning by the railroads themselves, with the assistance of the government, to eliminate the duplication and waste that is now resulting in railroad receiverships and continuing operating deficits.

I am certain that the people of this country understand and approve the broad purposes behind these new governmental policies relating to agriculture and industry and transportation. We found ourselves faced with more agricultural products than we could possibly consume ourselves and surpluses which other nations did not have the cash to buy from us except at prices ruinously low. We have found our factories able to turn out more goods than we could possibly consume, and at the same time we were faced with a falling export demand. We found ourselves with more facilities to transport goods and crops than there were goods and crops to be transported. All of this has been caused in large part by a complete lack of planning and a complete failure to understand the danger signals that have been flying ever since the close of the World War. The people of this country have been erroneously encouraged to believe that they could keep on increasing the output of farm and factory indefinitely and that some magician would find ways and means for that increased output to be consumed with reasonable profit to the producer.

Today we have reason to believe that things are a little better than they were two months ago.

Industry has picked up, railroads are carrying more freight, farm prices are better, but I am not going to indulge in issuing proclamations of over enthusiastic assurance. We cannot bally-ho ourselves back to prosperity. I am going to be honest at all times with the people of the country. I do not want the people of this country to take the foolish course of letting this improvement come back on another speculative wave. I do not want the people to believe that because of unjustified optimism we can resume the ruinous practice of increasing our crop output and our factory output in the hope that a kind providence will find buyers at high prices. Such a course may bring us immediate and false prosperity, but it will be the kind of prosperity that will lead us into another tailspin.

It is wholly wrong to call the measure that we have taken government control of farming, control of industry, and control of transportation. It is rather a partnership between government and farming and industry and transportation, not partnership in profits, for the profits would still go to the citizens, but rather a partnership in planning and partnership to see that the plans are carried out.

Let me illustrate with an example. Take the cotton goods industry. It is probably true that 90 percent of the cotton manufacturers would agree to eliminate starvation wages, would agree to stop long hours of employment, would agree to stop child labor, would agree to prevent an overproduction that would result in unsalable surpluses. But what good is such an agreement if the other ten per cent of cotton manufacturers pay starvation wages, require long hours, employ children in their mills, and turn out burdensome surpluses? The unfair 10 percent could produce goods so cheaply that the fair 90 percent would be compelled to meet the unfair conditions. Here is where government comes in. Government ought to have the right and will have the right, after surveying and planning for an industry to prevent, with the assistance of the overwhelming majority of that industry, unfair practice and to enforce this agreement by the authority of government. The so-called anti-trust laws were intended to prevent the creation of monopolies and to forbid unreasonable profits to those monopolies. That purpose of the anti-trust laws must be continued, but these laws were never intended to encourage the kind of unfair competition that results in long hours, starvation wages, and overproduction.

The same principle applies to farm products and to transportation and every other field of organized private industry.

We are working toward a definite goal, which is to prevent the return of conditions which came very close to destroying what we call modern civilization. The actual accomplishment of our purpose cannot be attained in a day. Our policies are wholly within purposes for which our American Constitutional government was established 150 years ago.

I know that the people of this country will understand this and will also understand the spirit in which we are undertaking this policy. I do not deny that we may make mistakes of procedure as we carry out the policy. I have no expectation of making a hit every time I come to bat. What I seek is the highest possible batting average, not only for myself but for the team. Theodore Roosevelt once said to me: “If I can be right 75 percent of the time I shall come up to the fullest measure of my hopes.” Much has been said of late about Federal finances and inflation, the gold standard, etcetera. Let me make the facts very simple and my policy very clear. In the first place, government credit and government currency are really one and the same thing. Behind government bonds there is only a promise to pay. Behind government currency we have, in addition to the promise to pay, a reserve of gold and a small reserve of silver. In this connection it is worth while remembering that in the past the government has agreed to redeem nearly thirty billions of its debts and its currency in gold, and private corporations in this country have agreed to redeem another sixty or seventy billions of securities and mortgages in gold. The government and private corporations were making these agreements when they knew full well that all of the gold in the United States amounted to only between three and four billions and that all of the gold in all of the world amounted to only about eleven billions.

If the holders of these promises to pay started in to demand gold, the first comers would get gold for a few days and they would amount to about one twenty-fifth of the holders of the securities and the currency. The other twenty-four people out of twenty-five, who did not happen to be at the top of the line, would be told politely that there was no more gold left. We have decided to treat all twenty-five in the same way in the interest of justice and the exercise of the constitutional powers of this government. We have placed every one on the same basis in order that the general good may be preserved.

Nevertheless, gold, and to a partial extent silver, are perfectly good bases for currency and that is why I decided not to let any of the gold now in the country go out of it.

A series of conditions arose three weeks ago which very readily might have meant, first, a drain on our gold by foreign countries, and secondly, as a result of that, a flight of American capital, in the form of gold, out of our country. It is not exaggerating the possibility to tell you that such an occurrence might well have taken from us the major part of our gold reserve and resulted in such a further weakening of our government and private credit as to bring on actual panic conditions and the complete stoppage of the wheels of industry.

The Administration has the definite objective of raising commodity prices to such an extent that those who have borrowed money will, on the average, be able to repay that money in the same kind of dollar which they borrowed. We do not seek to let them get such a cheap dollar that they will be able to pay back a great deal less than they borrowed. In other words, we seek to correct a wrong and not to create another wrong in the opposite direction. That is why powers are being given to the Administration to provide, if necessary, for an enlargement of credit, in order to correct the existing wrong. These powers will be used when, as, and if it may be necessary to accomplish the purpose.

Hand-in-hand with the domestic situation which, of course, is our first concern, is the world situation, and I want to emphasize to you that the domestic situation is inevitably and deeply tied in with the conditions in all of the other nations of the world. In other words, we can get, in all probability, a fair measure of prosperity return in the United States, but it will not be permanent unless we get a return to prosperity all over the world.

In the conferences which we have held and are holding with the leaders of other nations, we are seeking four great objectives. First, a general reduction of armaments and through this the removal of the fear of invasion and armed attack, and, at the same time, a reduction in armament costs, in order to help in the balancing of government budgets and the reduction of taxation.

Secondly, a cutting down of the trade barriers, in order to re-start the flow of exchange of crops and goods between nations. Third, the setting up of a stabilization of currencies, in order that trade can make contracts ahead. Fourth, the reestablishment of friendly relations and greater confidence between all nations.

Our foreign visitors these past three weeks have responded to these purposes in a very helpful way. All of the nations have suffered alike in this Great Depression. They have all reached the conclusion that each can best be helped by the common action of all. It is in this spirit that our visitors have met with us and discussed our common problems. The international conference that lies before us must succeed. The future of the world demands it and we have each of us pledged ourselves to the best joint efforts to this end.

To you, the people of this country, all of us, the members of the Congress and the members of this Administration, owe a profound debt of gratitude. Throughout the Depression you have been patient. You have granted us wide powers, you have encouraged us with a widespread approval of our purposes. Every ounce of strength and every resource at our command we have devoted to the end of justifying your confidence. We are encouraged to believe that a wise and sensible beginning has been made. In the present spirit of mutual confidence and mutual encouragement we go forward.

 

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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 17:34

    Alors, vous voulez tout savoir sur la science économique ?

    Sur la science sociale ?

    Sur ce qu'est la "valeur" ?

    Sur ce qu'est la "richesse" ?

    Sur ce qu'est le "capital" ?

    Sur ce qu'est "l'appropriation" ?

    Sur ce qu'est le "commerce", et sa différence d'avec le "trafic" ?

    Sur ce qu'est la "société" et sur sa formation ?

    Vous voulez tout savoir sur la fraude malthusienne de la théorie de la surpopulation ?

    Sur la fraude ricardienne de la théorie de la rente ?

 

     Hé bien, lisez donc ce tome premier des Principes de la science sociale, de Henry Charles Carey, disciple des thèses d'Alexander Hamilton, de son ami Friedrich List et de son père Matthew Carey sur le protectionnisme éducateur de l'industrie nationale et la promotion de la liberté humaine.

 

     Henry-Charles Carey a aussi été l'ami et principal conseiller d'Abraham Lincoln, qu'il a aidé à réorganiser l'économie états-unienne lors de la troisième guerre anglo-américaine (appelée "guerre de Sécession"), guerre qui s'est conclue par la victoire, aux USA, des Unionistes, et à l'échelle de la planète par la victoire du Système National d'Economie Politique contre le système impérial britannique déjà planétaire.

 

     L'influence mondiale ainsi acquise par les thèses de H. C. Carey auprès des nations victimes du pillage génocidaire impérial produisit, de la part de l'Empire, une réaction dont le nom est : Karl Marx.

Comparez les deux pensées, constatez la soumission de Marx aux thèses de Malthus et de Ricardo, constatez sa défense de l'impérialisme comme une étape nécessaire du progrès humain, et tirez-en vous même la conclusion : Marx était-il un agent de subversion de l'empire britannique voué à la destruction de l'influence de Carey et du "système national d'économie politique" ?

 

     Les thèses de List et de Carey sont la raison de l'apparition "subite", dans la seconde moitié du XIXème siècle, des états-nations agro-industriels à forte densité infrastructurelle et à fort vecteur scientifique.

 

     Et si, avant de vous lancer dans cette lecture, vous voulez savoir ce qu'est une nation, lisez le Droit Des Gens, de Emmerich de Vattel, oeuvre de droit naturel de tradition leibnizienne, dont les principes fondamentaux constituent les fondations de la pensée des auteurs sus-cités.

 

     Bonne lecture.

 


 

 PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

TOME PREMIER

 

 

 

 

 

 


PARIS LIBRAIRIE DE GUILLAUMIN ET Cie.

 

 Éditeurs du Journal des Économistes, de la Collection des principaux Économistes du Dictionnaire de l'Économie politique, du Dictionnaire universel du Commerce et de la Navigation, etc.

 

 RUE RICHELIEU, 14

 

 1861

 

~~~ooo0ooo~~~

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS LE TOME PREMIER.

 

 

 

Sources :

Tome I, Tome II, Tome III

 

Format Word ou pdf :

Tome I .doc, .pdf

 

 

 

 

PRÉFACE

 

 

 

 

CHAPITRE Ier :

DE LA SCIENCE ET DES MÉTHODES DE LA SCIENCE.

 

§ 1. — La connaissance positive des phénomènes naturels dérive de l'observation directe. Les plus anciennes conceptions abstraites des lois de la nature ne sont que les points d'attente de l’Expérience. La Logique et les Mathématiques ne sont que des instruments pour faciliter l'acquisition de la science et ne sont pas elles-mêmes des sciences.

§ 2. — Les sciences se développent en passant de l'abstrait au concret, des masses aux atomes, du composé au simple. Les vérités particulières se répandent avec leurs sujets dans toute l'étendue de l'univers, les lois de la nature étant partout identiques et dans toutes leurs applications.
 
§ 3. — Distributions et divisions des connaissances par Bacon. Racines et branches de l'arbre de la science.

§ 4. — L'enfance des sciences est purement théorique ; à mesure qu'elles arrivent à l'état de connaissance positive, les lois remplacent les hypothèses. Les mathématiques servent à régler leur développement, les choses éloignées s'étudient à l'aide de celles qui sont rapprochées de nous, le passé et l'avenir à l'aide du présent. La méthode pour découvrir est la même dans toutes les branches de la science. Auguste Comte en niant ce fait, ne trouve ni philosophie dans l'histoire, ni science sociale.

§ 5. — L'école anglaise des économistes ne reconnaît pas l'homme réel de la société, mais l'homme artificiel créé par son propre système. Sa théorie, ne s'occupant que des instincts les plus bas de l'humanité, regarde ses plus nobles intérêts comme de simples interpolations dans son système.
 
§ 6. — Toutes les sciences et toutes leurs méthodes se trouvent comprises dans la Sociologie. L'analyse conduit à la synthèse. La science est une et indivisible. Les relations économiques des hommes exigent des formules mathématiques pour les convertir en vérités systématiques. Les lois de la société ne sont pas établies d'une manière fixe. Les termes employés par les théoriciens ne sont pas suffisamment définis et sont équivoques.
 
§ 7. — La science sociale, qui contient et concrète toutes les autres, attend encore son propre développement. Obstacles qu'elle rencontre. L'étude métaphysique de l'homme doit être remplacée par son étude méthodique. Les lois physiques et les lois sociales sont indivisibles dans l'étude de la société, tous les phénomènes de cet unique sujet ne formant qu'une seule science.

 

 

CHAPITRE II :

DE L'HOMME, SUJET DE LA SCIENCE SOCIALE.

 

§ 1. — L'association est essentielle à l'existence de l'homme ; comme les planètes gravitent l'une vers l'autre, de même l'homme tend à se rapprocher de son semblable. Les centres locaux équilibrent et répartissent les masses selon les lois de l'ordre et de l'harmonie. La centralisation et la décentralisation sont analogues et également nécessaires, parmi les planètes et au sein des sociétés. Preuves tirées de l'histoire des nations. La liberté d'association maintenue par la balance des attractions. Le bien-être des individus et des agglomérations sociales dépend de leur somme de liberté.

§ 2. —  L'individualité de l'homme est proportionnée à la diversité de ses qualités et des emplois de son activité. La liberté de l'association développe l'individualité. Variété dans l'unité et repos dans la diversité. L'équilibre des mondes et des sociétés se maintient par un contre-poids.

§ 3. — La responsabilité de l'homme se mesure par son individualité. Preuves historiques à l'appui : L'association, l'individualité et la responsabilité se développent et déclinent simultanément.

§ 4. — L'homme est un être créé pour le développement et le progrès. Le progrès est le mouvement qui exige l'attraction, qui dépend d'une action et d'une réaction, et implique l'individualité et l'association. Le progrès a lieu en raison de ces conditions.

§ 5. — Les lois qui régissent les êtres sont les mêmes à l'égard de la matière, de l'homme et des sociétés. Dans le monde solaire, l'attraction et le mouvement sont en raison de la masse des corps et de leur proximité; dans le monde social, l'association, l'individualité, la responsabilité, le développement et le progrès, sont directement proportionnés l'un à l'autre. Définition de la science sociale.

 

CHAPITRE III :

DE L'ACCROISSEMENT DANS LA QUANTITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

§ 1. — La quantité de matière n'est pas susceptible d'accroissement. Elle ne peut être changée que de forme ou de lieu. Elle revêt constamment des fores nouvelles et plus élevées, passant du monde inorganique au monde organique et aboutissant à l'homme. La puissance de l'homme est bornée à la direction des forces naturelles. Loi de la circulation illimitée.

§ 2. — Préparation de la terre pour recevoir l'homme.

§ 3. — L'homme a cela de commun avec les animaux qu'il consomme des subsistances. Sa mission sur cette terre consiste à diriger les forces naturelles, de telle façon qu'il fasse produire au sol des quantités plus considérables des denrées nécessaires à ses besoins. Conditions sous l'influence desquelles, uniquement, ces quantités peuvent s'augmenter. Elles ne peuvent être remplies que dans les pays où les travaux sont diversifiés, où l'individualité reçoit son développement, où la puissance d'association s'accroit.

§ 4. — Loi de l'augmentation relative, dans l'accroissement de la quantité de l'espèce humaine et de la quantité des subsistances.

§ 5. — Loi de Malthus sur la population. Elle enseigne, qu'en même temps que la tendance de la matière à revêtir les formes les plus humbles n'augmente que dans une proportion arithmétique, on constate que cette même tendance, lorsqu'elle cherche à atteindre la forme la plus élevée, n'existe que dans une proportion géométrique.

 

 

CHAPITRE IV :

DE L'OCCUPATION DE LA TERRE.

 

§ 1. — La puissance de l'homme est limitée, dans l'état de chasseur et dans l'état pastoral. Mouvement du colon isolé. Il commence toujours par la culture des terrains plus ingrats. Avec l'accroissement de la population, il acquiert un accroissement de force, et devient capable de commander les services de sols plus fertiles, dont il obtient des quantités plus considérables de subsistances. Transition graduelle de l'état d'esclave, à celui de dominateur, de la nature.

§ 2. — Théorie de Ricardo. Elle manque de cette simplicité qui caractérise constamment les lois de la nature. Elle est basée sur la supposition d'un fait qui n'a jamais existé. La loi, ainsi que le prouve l'observation, est directement le contraire de la théorie qu'il a proposée.

§ 3. — Marche de la colonisation aux États-Unis.

§ 4. — Marche de la colonisation au Mexique, aux Antilles et dans l'Amérique du Sud.

§ 5. — Marche de la colonisation en Angleterre.

§ 6. — Marche de la colonisation en France, en Belgique et en Hollande.

§ 7. — Marche de la colonisation dans la Péninsule Scandinave, en Russie, en Allemagne, en Italie, dans les iles de la Méditerranée, en Grèce et en Égypte.

§ 8. — Marche de la colonisation dans l'Inde. La théorie de Ricardo est celle de la dépopulation et de la faiblesse croissante, tandis que la loi est celle du développement de l'association et de l'augmentation de la puissance.

 

 

CHAPITRE V :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Le décroissement de la population force l'homme d'abandonner les terrains les plus fertiles, et le contraint de revenir au: terrains les plus ingrats. Causes de la diminution de la population. La quantité des subsistances décroît dans une proportion plus considérable que celle des individus.

§ 2. — Les faits réels sont précisément le contraire de ceux que suppose M. Ricardo. Progrès de la dépopulation en Asie, en Afrique et dans plusieurs parties de l'Europe.

§ 3. — Épuisement du sol et progrès de la dépopulation aux Etats-Unis. A chaque pas fait dans cette direction, l'homme perd de sa valeur et la nature acquiert de la puissance à ses dépens.

 

CHAPITRE VI :

DE LA VALEUR.

 

§ 1. — Origine de l'idée de valeur. Mesure de la valeur. Elle est limitée par le prix de reproduction.

§ 2. — L'idée de comparaison se lie d'une façon indissoluble à celle de valeur. Les denrées et les choses diminuent de valeur, à mesure que la puissance d'association et la combinaison des efforts actifs deviennent de plus en plus complètes.

§ 3. — L'homme augmente en valeur à mesure que celle des denrées diminue.

§ 4. — La diminution, dans les proportions des charges dont est grevé l'usage des denrées et des choses, est une conséquence nécessaire de la diminution dans le prix de reproduction. Définition de la valeur.

§ 5. — Quelles sont les choses auxquelles nous attachons l'idée de valeur? Pourquoi y attache-t-on de la valeur? Quel est leur degré de valeur ?

§ 6. — Inconséquences d'Adam Smith et d'autres économistes relativement à la cause de la valeur. Il n'existe qu'une seule cause pour la valeur de la terre, de toutes ses parties et de tous ses produits. Les phénomènes relatifs à la valeur de la terre se manifestent en Angleterre, aux États-Unis et dans d'autres pays.

§ 7. — Loi de distribution. Son application universelle.

§ 8. — Toutes les valeurs ne sont simplement que la mesure de la résistance opposée par la nature à la possession des choses que nous désirons.

§ 9. — Toute matière est susceptible de devenir utile à l'homme. Pour qu'elle le devienne, il faut que l'homme puisse la diriger. L'utilité est la mesure du pouvoir de l'homme sur la nature. La valeur est celle du pouvoir de la nature sur l'homme.

 

 

CHAPITRE VII :

DE LA RICHESSE.

 

§ 1. — En quoi consiste la Richesse? Les denrées, ou les choses, ne sont pas la richesse pour ceux qui ne possèdent pas la science de s'en servir. Les premiers pas vers l'acquisition de la richesse sont toujours les plus coûteux et les moins productifs. Définition de la richesse.

§ 2. — La combinaison des efforts actifs est indispensable aux développements de la richesse. Moins les instruments d'échange sont nécessaires, plus est considérable, la puissance d'accumulation. La richesse s'accroit avec la diminution dans la valeur des denrées, ou des choses nécessaires aux besoins et aux desseins de l'homme.

§ 3. — De la richesse positive et de la richesse relative. Le progrès de l'homme est en raison de la diminution de la valeur des denrées et de l'accroissement de sa propre valeur.

§ 4. — Caractère matériel de l'économie politique moderne. — Elle soutient qu'on ne doit regarder comme valeurs que celles qui revêtent une forme matérielle. Tous les travaux sont regardés comme improductifs, s'ils n'aboutissent pas à la production de denrées ou de choses.

§ 5. — La définition de la richesse que nous donnons aujourd'hui est pleinement d'accord avec sa signification générale de bonheur, de prospérité et de puissance. La richesse s'accroit avec le développement, à l'égard de l'homme, du pouvoir de s'associer avec son semblable.

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

§ 1. — En quoi consiste la Société. Les mots société et commerce ne sont que des modes divers d'exprimer la même idée. Pour que le commerce existe, il doit exister des différences. Les combinaisons dans la société sont soumises à la loi des proportions définies.

§ 2. — Tout acte d'association est un acte de mouvement. Les lois générales du mouvement sont celles qui régissent le mouvement sociétaire. Tout progrès a lieu, en raison directe de la substitution du mouvement continu au mouvement intermittent. Il n'existe ni continuité de mouvement, ni puissance, là où il n'existe point de différences. Plus ces dernières sont nombreuses, plus est rapide le mouvement sociétaire et plus est considérable la tendance à son accélération. Plus le mouvement est rapide, plus est grande la tendance à la diminution de la valeur des denrées et à l'accroissement de la valeur de l'homme.

§ 3. — Causes de perturbation qui tendent à arrêter le mouvement sociétaire. Dans la période de l'état de chasseur, la force brutale constitue la seule richesse de l'homme. Le commerce commence avec le trafic à l'égard de l'homme, des os, des muscles et du sang.

§ 4. — Le Trafic et le Commerce sont regardés ordinairement comme des termes qu'on peut réciproquement convertir, et cependant ils diffèrent complètement, le second étant l'objet que l'on cherche à atteindre et le premier n'étant que l'instrument employé à cet effet. La nécessité d'employer le trafiquant et l'individu chargé du transport est un obstacle qui s'interpose dans la voie du commerce. Le commerce se développe avec la diminution de la puissance du trafiquant. Le trafic tend à la centralisation et à la perturbation de la paix générale. La guerre et le trafic regardent l'homme comme un instrument à employer, tandis que le commerce regarde le trafic comme l'instrument à employer par l'homme.

§ 5. — Le développement des travaux de l'homme est le même que celui de la science ; la transition a lieu, de ce qui est abstrait à ce qui est plus concret. La guerre et le trafic sont les travaux les plus abstraits et, conséquemment, se développent en premier lieu. Les soldats et les trafiquants sont toujours des alliés réciproques.

§ 6. — Les travaux nécessaires pour opérer des changements de lieu, viennent au second rang dans l'ordre de développement. Ils diminuent proportionnellement à mesure que s'accroissent la population et la richesse.

§ 7. — Travaux nécessaires pour opérer des changements mécaniques et chimiques dans la forme; ils exigent un degré de connaissance plus élevé. Avec cette connaissance arrive la richesse.

§ 8. — Changements vitaux dans les formes de la matière. L'agriculture est l'occupation capitale de l'homme. Elle exige une somme considérable de connaissances, et c'est pourquoi elle est la dernière à se développer.

§ 9. — Le commerce est le dernier dans l'ordre successif. Il se développe avec l'accroissement de la puissance d'association.

§ 10. — Plus la forme de la société est naturelle, plus elle a de tendance à la durée. Plus est complète la puissance d'association, plus la sociéte tend à revêtir une forme naturelle. Plus les différences sont nombreuses, plus est considérable la puissance d'association.

§ 11. — Histoire naturelle du commerce. Classification et démonstration des sujets, de l'ordre, de la succession, et de la coordination des classes de producteurs, d'individus chargés du transport et de consommateurs de produits industriels. Les analogies de la loi universelle.

§ 12. — Idée erronée, suivant laquelle les sociétés tendent naturellement à passer par diverses formes, aboutissant toujours à la mort. Il n'existe pas de raison pour qu'une société quelconque n'arrive pas à devenir plus prospère, de siècle en siècle.

§ 13. — La théorie de M. Ricardo conduit à des résultats directement contraires, en prouvant que l'homme doit devenir de plus en plus l'esclave de la nature et de ses semblables. Caractère antichrétien de l'économie politique moderne.

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

 

§ 1. — La guerre et le trafic forment les traits caractéristiques des premières époques de la société: Le besoin des services du guerrier et du trafiquant diminue avec le développement de la richesse et de la population. Le progrès des sociétés, dans la voie de la richesse et de la puissance, est en raison directe de leur faculté de se passer des services de tous deux.

§ 2. — Les rapports intimes entre la guerre et le trafic se manifestent à chaque page de l'histoire. Leur tendance à la centralisation. Leur puissance diminue avec le développement du commerce.

§ 3. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de l'Attique.

§ 4. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Sparte.

§ 5. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Carthage.

§ 6. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Rome.

§ 7. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Venise, de Pise et de Gènes.

§ 8. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de la Hollande.

§ 9. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire du Portugal.

§ 10. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de l'Espagne.

§ 11. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de la France.

§ 12. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de l'Angleterre et celle des Etats-Unis.

§ 13. — Les sols les plus fertiles sont délaissés, dans tous les pays où la guerre obtient la prédominance sur le commerce. La splendeur individuelle s'accroît en raison de la faiblesse croissante de la société. Moins est considérable la proportion qui existe entre les soldats et les trafiquants, et la masse des individus dont la société se compose, plus est considérable la tendance de celle-ci à la force et à la durée.

§ 14. — Plus l'organisation de la société est élevée, plus est grande sa vigueur et plus est heureuse sa perspective de vitalité. L'accroissement dans la part proportionnelle des soldats et des trafiquants tend à la centralisation et à la mort morale, physique et politique.

§ 15. — L'économie politique enseigne le contraire de ces faits. Erreur qui résulte de l'emploi d'expressions identiques, pour exprimer des idées qui diffèrent complètement.

 

CHAPITRE X :

DES CHANGEMENTS DE LIEU DE LA MATIÈRE.

 

§ 1. — Difficulté, dans la première période de la société, d'effectuer les changements de lieu de la matière. La nécessité de le faire constitue le principal obstacle au commerce. Cette nécessité diminue avec le développement de la population et de la richesse.

§ 2. — Diminution dans la proportion de la société nécessaire pour effectuer les changements de lieu. Elle est accompagnée du rapide développement du commerce et du développement, correspondant, du pouvoir d'obtenir des moyens de transport plus perfectionnés.

§ 3. — Plus le commerce est parfait parmi les hommes, plus est grande la tendance à faire disparaître les obstacles qui subsistent à l'association. Le progrès de l'homme, dans quelque direction que ce soit, suit un mouvement constant d'accélération.

§ 4. — La première et la plus lourde taxe que doivent acquitter la terre et le travail est celle du transport. Le fermier placé près d'un marché, fabrique constamment une machine, tandis que le fermier éloigné d'un marché la détruit sans cesse.

§ 5. — L'engrais est la denrée la plus nécessaire à l'homme et celle qui supporte le moins le transport.

§ 6. — Moins est considérable la quantité de travail consacrée à effectuer les changements de lieu, plus est grande celle que l'on peut consacrer à la production. Le pouvoir d'entretenir le commerce se développe en même tempe que ce changement de proportions. Le trafiquant désire perpétuer la nécessité d'effectuer les changements de lieu.

§ 7. — La liberté s'accroit avec l'accroissement de la puissance d'association. L'obstacle à l'association étant la nécessité d'effectuer les changements de lieu, l'homme devient plus libre, à mesure que cette nécessité tend à disparaitre.

 

CHAPITRE XI :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Politique coloniale de la Grèce, de l'Espagne et de la France. Celle de l'Angleterre est la première où l'on rencontre la prohibition de l'association entre les Colons. L'objet de la prohibition est de donner lieu au besoin d'effectuer les changements de lieu de la matière. Ce système est barbare dans ses tendances ; aussi a-t-il engendré la théorie de l'excès de population.

§ 2. — Le système anglais tend à la dispersion des individus et à l'accroissement de la part proportionnelle de la société qui se consacre au trafic et au transport.

§ 3. — Idées d'Adam Smith relativement aux avantages du commerce.

§ 4. — Système colonial de l'Angleterre, tel qu'il se révèle aux Antilles.

§ 5. — La théorie de l'excès de population s'efforce d'expliquer des faits produits artificiellement, à l'aide de prétendues lois naturelles.

 

CHAPITRE XII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Phénomènes sociaux, tels qu'ils se présentent dans l'histoire du Portugal.

§ 2. — Phénomènes sociaux, tels qu'ils se présentent dans l'histoire de l'empire Turc.

§ 3. —Phénomènes sociaux, tels qu'ils se présentent dans l'histoire de l'Irlande.

§ 4. — Cause réelle de la décadence de l'Irlande.

 

CHAPITRE XIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — L'action et l'association locales se révèlent d'une façon remarquable dans l'histoire de l'Hindoustan. Elles disparaissent sous la domination britannique.

§ 2. — Partout le commerce de l'Inde est sacrifié pour favoriser le trafic.

§ 3. — Anéantissement des manufactures indiennes. Ses effets désastreux.

§ 4. — Nécessité croissante du transport et déperdition des fruits du travail, qui en résulte.

§ 5. — Perte du capital et destruction du pouvoir d'accumuler.

§ 6. — Sécurité moindre des individus et des propriétés, correspondant avec l'extension de la domination britannique et le développement de la centralisation.

§ 7. — Valeur insignifiante des droits privés, sur le territoire Indien.

§ 8. — L'Inde était un pays qui acquittait des impôts, sous ses princes indigènes. Sa situation a constamment empiré, sous l'influence d'un système qui a pour but d'augmenter le besoin des services du trafiquant et du voiturier.

§ 9. — Causes de la décadence de l'Inde.

 

CHAPITRE XIV :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Tableau des Phénomènes observés dans les quatre grandes sociétés que nous avons citées plus haut. Différentes sous tous les autres rapports, elles se ressemblent quant à ce fait, qu'elles ont été privées de tout pouvoir de diversifier les emplois de leur activité, et se sont trouvées ainsi contraintes de dépendre davantage du voiturier et du trafiquant.

§ 2. — Résultats funestes de la nécessité croissante d'avoir recours aux services du trafiquant.

§ 3. — Le système anglais ne tend qu'à l'accroissement du trafic. Un intérêt personnel éclairé chercherait à favoriser le commerce.

§ 4. — Déperdition constante du capital dans tous les pays soumis au système anglais.

§ 5. — Frottement énorme et déperdition de force qui en résulte, produits par la nécessité croissante d'avoir recours à la navigation.

§ 6. — Origine de l'idée d'excès de population.

 

CHAPITRE XV :

DES CHANGEMENTS MÉCANIQUES ET CHIMIQUES DANS LES FORMES DE LA MATIÈRE.

 

§ 1. — Pour opérer les changements dans les formes de la matière, il est nécessaire d'en connaître les propriétés. L'oeuvre de transformation est plus concrète et plus spéciale que celle du transport, et conséquemment, plus tardive dans son développement. Elle tend à augmenter l'utilité de la matière, et à diminuer la valeur des denrées nécessaires aux besoins de l'homme.

§ 2. — Instruments indispensables pour obtenir le pouvoir de disposer des services que rendent les forces naturelles. Ce pouvoir constitue la richesse. Les premiers pas faits dans cette voie sont les plus difficiles et les moins productifs.

§ 3. — La transformation diminue le travail exigé pour le transport, en même temps qu'elle augmente celui que l’on peut consacrer à la production. Changement qui en résulte dans les proportions des diverses classes entre lesquelles se partage la société.

§ 4. — Économie des efforts de l'activité humaine résultant d'une plus grande facilité de transformation.

§ 5. — Déperdition de travail, lorsque le lieu de transformation est éloigné du lieu de production. La tendance au développement des trésors de la terre est en raison directe de la proximité du consommateur, par rapport au producteur.

§ 6. — Le mouvement sociétaire tend à s'accroître dans une proportion géométrique, lorsqu'on lui permet d'accomplir des progrès sans subir aucune perturbation. Il est souvent arrêté. Causes de perturbation. Efforts pour obtenir le monopole de l'empire sur les forces naturelles, nécessaires dans l'oeuvre de transformation.

§ 7. — L'égoïsme, au sein des sociétés, de même que parmi les individus, se perd lui-même, généralement. Il vaudrait mieux pour l'homme que les forces naturelles n'existassent pas, plutôt que de voir leurs services monopolisés.

 

CHAPITRE XVI :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Caractère grossier du commerce anglais au commencement du XIV siècle. Les phénomènes qu'il offre à cette époque sont exactement semblables à ceux qui se révèlent dans les sociétés agricoles de nos jours.

§ 2. — Changement de système sous le règne d'Édouard III. Ses résultats.

§ 3. — Situation de l'Angleterre, besoins de sa population, tels que nous les montre André Yarranton.

§ 4. — Résultats de la dépendance d'un marché éloigné tels qu'ils se révèlent en Angleterre, dans la première moitié du. siècle. Changements dans la situation de la population résultant de l'amoindrissement de cette dépendance.

§ 5. — Caractère monopolisant du système anglais. On ne peut rien lui comparer pour son pouvoir de produire le mal, avec tout ce qu'on a jamais imaginé antérieurement.

§ 6. —Le pouvoir de faire le mal, lorsqu'il est dirigé dans des vues préjudiciables à autrui, existe partout en proportion de celui de faire le bien, lorsqu'il est guidé dans la voie de la justice.

§ 7. — Le système anglais tend à diminuer la taxe du transport pour le peuple anglais, mais en l'augmentant pour les autres nations du globe.

§ 8. — Pouvoir énorme acquis par ce système pour la taxation des autres agglomérations sociales.

 

CHAPITRE XVII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Erreurs du système anglais, évidentes pour Adam Smith. Avertissements qu'il donne à ses compatriotes relativement aux dangers inséparables de leur dépendance exclusive à l'égard du trafic.

§ 2. — Ses conseils sont négligés, et telle est l'origine de la théorie de l'excès de population.

§ 3. — Développement du paupérisme, sous l'influence du système anglais, il coïncide avec l'accroissement de l'empire de l'homme sur les forces naturelles.

§ 4. — Caractère belliqueux et monopoliseur du système.

§ 5. — Il est également préjudiciable au peuple anglais et aux peuples des autres pays.

§ 6. — En anéantissant parmi les autres peuples la faculté de vendre leur travail, il anéantit la concurrence pour l'achat du travail anglais. En enseignant que pour permettre au capital d'obtenir une rémunération convenable, le travail doit être maintenu à bas prix, il tend à produire partout l'esclavage.

§ 7. — Le rapprochement dans les prix des matières premières et ceux des produits terminés est le seul caractère essentiel de la civilisation. Le système anglais tend à empêcher ce rapprochement. Il tend à réduire les autres agglomérations sociales à l'état de barbarie.

§ 8. — Ses effets, tels qu’ils se révèlent dans les prix des matières premières et des produits achevés, sur le marché anglais.

§ 9. — Le système anglais tend à augmenter les proportions des diverses sociétés qui se livrent au trafic et au transport. Cet accroissement est la preuve d'une civilisation qui décline.

 

CHAPITRE XVIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — L'interruption de la circulation est une conséquence nécessaire du système anglais. Inconséquences des auteurs qui enseignent la science sociale.

§ 2. — La décadence du commerce anglais résulte de l'accroissement dans la puissance du trafic. Condition de l'ouvrier agricole.

§ 3. — Le développement de la centralisation trafiquante se manifeste dans toute l'étendue de l'Angleterre.

§ 4. — Accroissement dans les proportions du produit du travail absorbé par les trafiquants et les individus occupés du transport. L'abîme qui sépare les classes supérieures et les classes inférieures s'élargit constamment.

§ 5. — Tendance abrutissante du système.

§ 6. — La centralisation et la démoralisation marchent toujours de conserve.

§ 7. — L'Acte de Réforme n'a pas réalisé les espérances de ses partisans. Pour quels motifs il n'y a pas réussi.

§ 8. — Amoindrissement dans la puissance de se diriger soi-même au sein du peuple et de la société.

§ 9. — Toute mesure qui tend à produire une interruption dans le mouvement sociétaire au dehors, tend également à produire un effet identique à l'intérieur.

§ 10. — Alliance constante de la guerre et du trafic.

 

 

CHAPITRE XIX :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Phénomènes divers qui accompagnent le progrès de la civilisation et le développement de la barbarie.

§ 2. — Dans les pays en progrès, la taxe du transport diminue. Dans les pays en décadence, elle augmente aussi invariablement.

§ 3. — Phénomènes sociaux qui se manifestent dans les histoires de la Grèce, de l'talie, de l'Angleterre, de la Turquie, du Portugal et des colonies anglaises.

§ 4. — Nécessité d'étudier avec soin le système qui a donné naissance à la théorie de l'excès de population.

§ 5. — Les lois de la nature agissent constamment dans la même direction. Mouvement oscillatoire de la théorie de la population offerte à l'examen par Malthus.

§ 6. — La doctrine Ricardo-Malthusienne a une tendance inévitable, celle de faire de l'esclavage, la condition finale du travailleur.

§ 7. — Le système de l'école anglaise est un système rétrograde. Il a pris naissance dans une politique rétrograde.

§ 8. — Dissidences entre Adam Smith et les économistes Anglais modernes.

§ 9. — Lois des proportions définies, manifestée dans les changements graduels de la répartition sociétaire.

 

 

 

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES DU

TOME PREMIER.

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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 21:00

   Voici une réflexion de Vladimir I. Vernadsky sur la montée en puissance de la Noosphère - le principe de l'action créatrice de l'humanité - dans et sur la biosphère, et sur son influence croissante sur l'organisation et le progrès de la Vie dans l'univers, écrite en 1944.

   On y trouve aussi une certaine ironie, très discrète, dans le contraste entre la méthodologie scientifique apparement défendue par lui et les hypothèses qui constituent le reste du texte, notamment celle sur l'évolution. La rigueur extrême du régime politique soviétique en pleine lutte existentielle contre le fascisme européen, et la dictature scientifique de Trofim Denissovitch Lyssenko, exigeaient cette discrétion : d'éminents scientifiques russes avaient déjà été envoyés par ce dernier mourir au goulag, pour crime de "science bourgeoise".

   Le Lyssenkisme n'admettait que le matérialisme et l'empirisme comme support de la recherche scientifique, et émettre une hypothèse ou s'appuyer sur un concept métaphysique pour soutenir une démonstration pouvait littéralement tuer.

   Mais Vladimir Vernadsky était, dans le monde scientifique russe, l'une des personnalités les plus importantes, et cela lui donnait une certaine liberté : en Russie, le scientifique a toujours été placé très haut dans l'estime du peuple et du gouvernement, quelle que soit sa forme.

   Mais revenons à notre texte. "La Biosphère et la Noosphère" amène le lecteur à comprendre ce que signifie - scientifiquement - le concept de Noosphère, et à comprendre que les stupidités écolo-bobo-New-Age qu'on a glissé dans ce terme n'ont définitivement rien à y faire. Vernadsky prophétise un XXIème siècle "noosphérique", où l'humanité libre et créatrice pourra étendre la biosphère partout, y compris hors des limites de la planète Terre.

 

   Bonne lecture

 

   P.S. : Vous trouverez un exemple de l'action noosphérique de transformation de la biosphère dans cette superbe étude :

Afrique : de la Mer intérieure de Roudaire à la Révolution bleue

 

 

 

 

La Biosphère et la Noosphère


VERNADSKY.jpg
VLADIMIR I. VERNADSKI
(Autres textes ici)


Publié dans American Scientist en janvier 1945.

(texte extrait de la revue Fusion n°106, titré "Nucléaire : les 50 prochaines années".)

 

 

 

    Nous atteignons le point culminant de la Deuxième Guerre mondiale. En Europe, la guerre a repris en 1939 après une interruption de vingt et un ans ; cela fait cinq ans qu'elle dure en Europe de l'Ouest et trois ans de notre côté, en Europe de l'est. Quant à l'Extrême-Orient, elle y a repris dès 1931 et se trouve déjà dans sa douzième année. Une guerre d'une telle ampleur, d'une telle durée et d'une telle violence est un phénomène jamais vu dans l'histoire de l'humanité et dans celle de la biosphère en général. De surcroît, elle a été précédée par la Première Guerre mondiale qui, tout en étant moins meurtrière, a un lien de causalité avec la guerre actuelle.

    Dans notre pays, cette Première Guerre a abouti à une forme nouvelle d'Etat sans précédent dans l'histoire, non seulement dans le domaine de l'économie mais également dans les aspirations nationales. Du point de vue du naturaliste (et, je pense, de celui de l'historien) un phénomène historique d'une telle envergure peut et doit être examiné comme une partie d'un grand processus géologique terrestre unique, et pas simplement comme un processus historique.

    La Première Guerre mondiale eut un impact absolument décisif sur mon travail scientifique et changea radicalement ma conception géologique du monde. C'est dans cette atmosphère que je développai une conception de la nature que j'avais oubliée à cette époque et qui eut pour effet de me sembler nouvelle : une conception géochimique et biogéochimique, embrassant l'ensemble de la nature vivante et non vivante suivant le même point de vue. J'ai passé les années de cette guerre plongé dans un travail scientifique créatif, toujours orienté dans la même direction.

    Il y a vingt deux ans, en 1915, l'Académie des sciences créa une commission pour les études des forces productives de notre pays, appelée KEPS. Cette commission, que je présidais, joua un rôle important dans la période critique de la Première Guerre. Dans la tourmente de cette époque et d'une manière totalement inattendue, il apparut clairement à l'Académie des sciences que la Russie tsariste ne possédait aucune notion précise de ce que l'on appelle aujourd'hui « matière première stratégique », et que nous devions rapidement collecter et approfondir les données éparses afin de combler nos lacunes. Malheureusement, au début de la Deuxième Guerre mondiale, il ne restait que la partie la plus bureaucratique de la commission, le « Conseil des Forces productives » et il devint nécessaire de restaurer le reste en toute hâte.

    En abordant l'étude des phénomènes géologiques d'un point de vue géochimique et biogéochimique, nous pouvons appréhender l'ensemble de la nature qui nous entoure dans le même aspect atomique. Inconsciemment, une telle approche coïncide, pour moi, avec ce qui caractérise la science du XXème siècle et la distingue de celle des siècles passés. Le XXème siècle est le siècle de l'atome.

    A cette période, en 1917-1918, je me trouvais, par hasard, en Ukraine, et dans l'impossibilité de retourner à Saint-Pétersbourg avant 1921. Durant toutes ces années, quel que fut le lieu de ma résidence, mes pensées se tournaient vers les manifestations géochimiques et biogéochimiques de la nature qui nous entoure : la biosphère. Je dirigeais ma lecture et ma réflexion sur ce sujet de manière intensive et systématique. J'exposais mes conclusions successives, au fur et à mesure de leur formation, à travers des rapports et des conférences dans les villes où je résidais : Yalta, Poltava, Kiev, Simferopol, Novorossisk, Rostov, etc.... Où que je fusse, j'avais l'habitude de lire tout ce qui était disponible sur ce sujet. Je mis de côté, autant que je le pus, toutes les aspirations philosophiques et j'essayais de me baser uniquement sur les faits fermement établis de manière scientifique et empirique et sur les généralisations, ce qui me permettait parfois d'émettre des hypothèses. A la place du concept de « vie», j'introduisis le concept de « matière vivante », qui semble maintenant bien établi en science. « La matière vivante » est la totalité des organismes vivants. C'est une généralisation scientifique, empirique, de faits empiriques indiscutables connus de tous, observables facilement et avec précision. Le concept de « vie » déborde souvent des limites du concept de « matière vivante » ; il entre dans les domaines de la philosophie, du folklore, de la religion et des arts. Tout cela est en dehors de la notion de « matière vivante ».

    Dans la vie d'aujourd'hui, intense et complexe, l'on peut oublier que soi-même et l'ensemble de l'humanité à laquelle l'on est partie intégrée, sont inséparablement connectés à la biosphère (cette partie de la planète où ils vivent). Nous parlons habituellement de l'homme comme d'un individu qui se déplace librement sur notre planète et qui, librement, construit sa propre histoire. Jusqu'ici, ni les historiens, ni les savants dans le domaine des humanités, ni même, à un certain point, les biologistes, ont consciemment pris en compte les lois de la nature de la biosphère (enveloppe de la terre), unique lieu où la vie peut exister. L'homme est un élément indivisible de la biosphère. Et cette « inséparabilité » commence seulement à nous apparaître avec précision. En réalité, il n'existe pas d'organisme vivant existant dans un état libre sur terre. Tous les organismes vivants sont inséparablement et perpétuellement connectés (tout d'abord et de manière évidente par l'alimentation et la respiration) avec leur environnement matériel-énergétique.

    Caspar Wolf (1733-1794), le remarquable académicien de Saint-Pétersbourg qui a dédié sa vie entière à la Russie, exprima cela brillamment dans son livre publié en allemand à Saint-Pétersbourg en 1789, année de la Révolution française : Sur la force particulière et efficace, caractéristique de la substance des plantes et des animaux. Contrairement à la majorité des biologistes de son temps, il s'appuie sur Newton plutôt que sur Descartes.

    L'humanité, en tant que matière vivante, est liée de manière inséparable aux processus matériels-énergétiques d'une enveloppe géologique spécifique de la terre appelée « biosphère ». Elle ne peut être physiquement indépendante de la biosphère ne serait-ce qu'un seul instant.


    LE PRINCIPE DE HUYGENS
   
    Le concept de « biosphère», c'est à dire « le domaine de la vie», a été introduit en biologie par Lamarck (1744-1829) à Paris au début du XIXème siècle, et en géologie par Edward Suess (1831-1914) à Vienne à la fin du XIXème siècle. Dans notre XXème siècle, il y a une toute nouvelle compréhension de la biosphère. Elle émerge comme un phénomène planétaire de nature cosmique. En biogéochimie, nous devons considérer que la vie (les organismes vivants) n'existe pas uniquement sur notre planète, dans la biosphère terrestre. Il me semble que ceci a été établi saris l'ombre d'un doute, jusqu'à maintenant, pour toutes les planètes de type terrestre, c'est-à-dire pour Vénus, la Terre et Mars. Au laboratoire biogéochimique de l'Académie des sciences de Moscou, qui, été renommé Laboratoire des Problèmes Géochimiques depuis le regroupement avec l'Institut microbiologique de l'Académie des sciences (dirigé par l'académicien B.L. Isachenko), nous avions, dès 1940, établi la vie cosmique comme sujet d'étude scientifique. Ce travail fut interrompu durant la guerre mais il reprit à la première occasion.

    L'idée de la vie comme phénomène cosmique est présente dans les archives scientifiques depuis longtemps. Déjà, à la fin du XVIIème siècle, le hollandais Christian Huygens (1629-1695) dans son dernier ouvrage Cosmotheoros, publié après sa mort, formulait cette question. Sur l'initiative de Pierre 1er, le livre fut publié à deux reprises en Russie dans la première partie du XVIIIème siècle. Huygens y établit la généralisation scientifique suivante : « la vie est un phénomène cosmique et, d'une façon ou d'une autre, est nettement distincte de la matière non-vivante ». J'ai récemment appelé cette généralisation « le principe de Huygens ».

    Par son poids, la matière vivante constitue une partie infinitésimale de la planète, et ce, de tous temps géologiques, ce qui signifie qu'elle est « géologiquement éternelle ». La matière vivante est concentrée dans une fine couche, plus ou moins épaisse, de la troposphère sur la terre ferme (dans les champs et les forêts) et se répand dans l'océan tout entier. Elle représente à peine 0,25% de la masse de la biosphère. Sur la terre ferme, la couche continue de la biosphère atteint une profondeur d'un peu moins de trois kilomètres en moyenne. La matière vivante n'existe pas en dehors de la biosphère.

    Sa morphologie change durant toute la course du temps géologique, selon les lois de la nature. I'histoire de la matière vivante s'exprime elle-même comme une lente modification des formes d'organismes vivants qui sont connectés génétiquement, de génération en génération, d'une manière ininterrompue. Cette idée, soulevée de tous temps dans la recherche scientifique, acquit en 1859 une base solide grâce aux travaux de Charles Darwin (1809-1882) et de Wallace (1822-1913). Elle fut présentée dans la doctrine de l'évolution des espèces pour les plantes et les animaux, ainsi que pour l'homme. Le processus évolutionniste est une caractéristique unique de la matière vivante. Il n'y en a aucune manifestation dans la matière non vivante. Dans l'ère cryptozoïque, les mêmes minéraux et rochers sont formés de la même manière qu'aujourd'hui. Les seules exceptions concernent les corps naturels bio-inertes connectés d'une façon ou d'une autre avec la matière vivante.

    Le changement dans la structure morphologique de la matière vivante observé dans le processus d'évolution conduit inévitablement à un changement dans sa composition chimique. Cette question requiert maintenant une vérification expérimentale. En collaboration avec l'Institut paléontologique de l'Académie des sciences, nous l'avons incorporée dans les travaux planifiés pour 1944.

    Tandis que la quantité de matière vivante est négligeable par rapport à la matière non vivante et à Ia masse bio-inerte, les roches biogéniques constituent une large partie de la masse de la biosphère et vont bien au-delà des frontières de la biosphère. En vertu du phénomène de métamorphisme, elles se sont converties en une enveloppe granitique, perdant toute trace de vie, et ne font plus alors partie de la biosphère. L'enveloppe granitique de la Terre est la zone des biosphères précédentes. Dans le livre de Lamarck, Hydrogéologie (1802), qui contient de nombreuses et remarquables idées, la matière vivante, comme je l'ai compris, se trouve à l'origine des principales roches de notre planète. Lamarck n'a jamais accepté la découverte de Lavoisier (1743-1794). J.B. Dumas (1800-1884), un autre grand chimiste et jeune contemporain de Lamarck, qui se pencha sur la chimie de la matière vivante, avait reconnu depuis longtemps l'importance de la découverte de Lavoisier et adhérait également à l'idée de l'importance quantitative de la matière vivante dans la structure des roches de la biosphère.

 

 

    LA CÉPHALISATION, AXE DE L'ÉVOLUTION

    Les contemporains de Darwin, J. D. Dana (1813-1895) et J. Le Conte (1823-1901), grands géologues américains (Dana était aussi minéralogiste et biologiste) expliquèrent, avant même 1859, la généralisation empirique selon laquelle l’évolution de la matière vivante avance dans une direction définie. Ce phénomène a été appelé par Dana « céphalisation », et par Le Conte « ère psychozoïque ». Dana, comme Darwin, adopta cette idée lors de son voyage autour du monde, qui débuta en 1838 deux ans après le retour de Darwin à Londres, et qui se prolongea jusqu'en 1842.

    Il faut noter ici que l'expédition durant laquelle Dana parvint à ses conclusions sur la céphalisation, les récifs de corail, etc.... était associée, historiquement, aux recherches sur l'Océan Pacifique, réalisées lors des voyages des marins Russes, en particulier par Kruzenshtern (1770-1846). Publiées en allemand, elles inspirèrent l'avocat américain John Reynolds qui organisa le premier voyage de recherche océanique américain. Il débuta ce travail en 1827, au moment où un compte rendu de l'expédition de Kruzenshtern parvenait en Allemagne. C'est seulement onze ans plus tard, en 1838, que ses efforts constants aboutirent à la concrétisation de son expédition. II s'agissait de l'expédition Wilkes, qui permit de prouver l'existence de l'Antarctique.

    Les notions empiriques d'une direction définie des processus d'évolution, même s'il n'y eut aucune tentative théorique pour les fonder, s'approfondirent au cours du XVIIIème siècle. Buffon (1707-1788) parla du « royaume de l'homme », en raison de son importance géologique. L'idée d'évolution lui était étrangère. Elle l'était aussi pour Agassiz (1807-1873), qui présenta l'idée d'ère glaciaire. C'était une période d'impétueux épanouissement dans la géologie. Agassiz admettait que, géologiquement, le royaume de l'homme était arrivé, mais, à cause de ses principes théologiques, il s'opposait à la théorie de l'évolution. Le Conte souligne que Dana, qui, formellement avait un point de vue proche de celui d'Agassiz, accepta, à la fin de sa vie, l'idée de l'évolution dans son interprétation darwinienne. La différence entre « l'ère psychozoïque » de Le Conte et la « céphalisation » de Dana disparaissait alors. C'est à regretter que, particulièrement dans notre pays, cette importante généralisation empirique soit encore hors du champ de vision de nos biologistes.

    Le bien-fondé du principe de Dana (qui semble être en dehors de l'horizon de nos paléontologistes) peut aisément être vérifié sur les bases de tous les traités modernes de paléontologie. Le principe n'embrasse pas seulement l'ensemble du domaine des animaux, mais il se révèle lui-même clairement dans chaque type d'animal. Dana soulignait que durant le cours du temps géologique, sur au moins deux millions d'armées et probablement bien plus, il se produisit un processus irrégulier de croissance et de perfectionnement du système nerveux central, débutant avec les crustacés (il utilisa cette étude pour établir son principe), les mollusques (céphalopodes), et finissant par l'homme. C'est ce phénomène qu'il appelait « céphalisation ». Le cerveau, une fois qu'il a atteint un certain niveau dans le processus d'évolution, n'est pas sujet à une rétrogression, il peut uniquement progresser.

 

 

    L'AVÈNEMENT DE LA NOOSPHÈRE

    Partant de la notion du rôle géologique de l'homme, le géologue A.P. Pavlov (1854-1929), dans la dernière année de sa vie, parlait de l'ère anthropogénique dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Bien qu'il n'ait pas pris en compte la possibilité de destruction des valeurs spirituelles et matérielles dont nous sommes témoins à peine dix ans après sa mort, avec l'invasion barbare des Allemands et de leurs alliés, il insistait avec raison sur le fait que l'homme est devenu, sous nos yeux, une force géologique puissante et toujours croissante. Cette force s'est formée de manière imperceptible au fil du temps, coïncidant avec un changement dans la situation de l'homme sur notre planète (et tout d'abord dans sa situation matérielle). Pour la première fois dans l'histoire de la Terre, au XXème siècle, l'homme connaît et embrasse l'ensemble de la biosphère, complétant ainsi la carte géographique de la planète et colonisant son entière surface. L'humanité devient un facteur unique dans la vie de la terre. Il n'existe pas d'endroit sur terre où l'homme ne puisse vivre s'il le désire. Notre peuple qui séjourna sur les glaces flottantes du pôle Nord en 1937-1938 l'a prouvé. Parallèlement, grâce à des techniques puissantes et aux réussites de la pensée scientifique, telles que la radio et la télévision, l'homme est à présent capable de parler instantanément à n'importe qui et de n'importe quel endroit de la planète s'il le souhaite. Le transport aérien a atteint une vitesse de plusieurs centaines de kilomètres par heure, et n'est pas encore parvenu à ses limites. Tout cela est le résultat de la « céphalisation », de la croissance du cerveau humain et du travail dirigé par ce cerveau.

    L'économiste L Brentano mit en lumière la signification planétaire de ce phénomène par un calcul saisissant : si un mètre carré était assigné à chaque être humain, et si tous les hommes étaient rassemblés côte à côte, ils n'occuperaient même pas l'espace constitué par le petit lac de Constance, qui se trouve entre la Suisse et la Bavière. Le reste de la surface de la Terre serait vide d'êtres humains. Ainsi donc, l'ensemble de l'humanité représente une portion insignifiante de la planète. Sa force ne dérive pas de sa matière, mais de son cerveau. Si l'homme comprend cela, et ne l'utilise pas pour sa propre destruction, un avenir immense s'offre à lui dans l'histoire géologique de la biosphère.

    Le processus géologique de l'évolution montre l'unité biologique et l'égalité de tous les hommes, l'Homo Sapiens et ses ancêtres, le Sinanthrope et les autres ; leur lignée dans le mélange des races blanches, rouges, jaunes et noires évolue sans cesse sur d'innombrables générations. C'est une loi de la nature. Toutes les races sont capables de se croiser et d'avoir une progéniture fertile. Dans un contexte historique, comme par exemple dans une guerre d'une ampleur identique à celle dans laquelle nous nous trouvons, l'homme qui suit ces lois finit par gagner. Personne ne peut s'op¬poser impunément au principe de l'unité de tous les hommes, qui est une loi de la nature. J'use ici du terme « loi de la nature » car il est de plus en plus utilisé dans les sciences physiques et chimiques, dans le sens d'une généralisation empirique établie avec précision.

    Le processus historique est en train de changer radicalement sous nos propres yeux. Pour la première fois, l'intérêt des masses d'un côté, et la pensée libre des individus de l'autre, détermine le cours de la vie de l'humanité et procure les critères pour définir l'idée de la justice. L’humanité, comme un tout, est en train de devenir une force géologique puissante. Apparaît alors le problème de la reconstruction de la biosphère dans l'intérêt de l'humanité pensant librement comme une entité unique. Ce nouvel état de la biosphère auquel nous approchons sans nous en rendre compte est la noosphère.

    Dans une conférence que j'ai donnée à la Sorbonne en 1922-1923, j'acceptais comme base de la biosphère les phénomènes biogéochimiques. Certaines parties de ces conférences furent publiées dans mon livre, Études de Géochimie, paru d'abord en français en 1924, puis traduit en russe en 1927. Le mathématicien français le Roy, philosophe bergsonien, prit comme point de départ la base biogéochimique de la biosphère et introduisit, dans ses conférences au Collège de France, le concept de noosphère comme l'étape géologique à travers laquelle la biosphère est en train de passer. Il souligna qu'il était parvenu à cette idée grâce à la collaboration de son ami Teilhard de Chardin, grand géologue et paléontologue qui travaille aujourd'hui en Chine.

    La noosphère est un phénomène géologique nouveau sur notre planète. Pour la première fois, l'homme y devient une force géologique à grande échelle. Il peut et doit reconstruire le domaine de sa vie par son travail et sa pensée, le rebâtir radicalement par rapport au passé. Ainsi s'ouvrent devant lui des possibilités créatrices toujours plus grandes. Peut-être la génération de nos petits enfants verra-t-elle cet épanouissement.

 

 

    COMMENT LA PENSÉE PEUT-ELLE MODIFIER LES PROCESSUS DE LA MATIÈRE ?

    Voici qu'apparaît une nouvelle énigme. La pensée n'est pas une forme d'énergie. Comment alors peut-elle changer les processus matériels ? Cette question n'a toujours pas été résolue. A ma connaissance, elle fut posée la première fois par un scientifique Américain né à Lvov, le mathématicien et biophysicien Alfred Lotka. Mais il ne fut pas capable d'y répondre. Selon Goethe (1740-1832), grand poète et grand scientifique, en science nous pouvons seulement savoir comment une chose se produit, mais nous ne pouvons pas savoir pourquoi elle se produit.

    Avec l'avènement de la noosphère, nous voyons autour de nous, à chaque étape, les résultats empiriques de cet « incompréhensible » processus. Le fer natif est rare dans la nature, il est aujourd'hui produit à des milliards de tonnes. L'aluminium natif, qui n'existait pas auparavant sur notre planète, est maintenant fabriqué à grande échelle. Il en va de même pour un nombre incalculable de combinaisons chimiques artificielles (la « culture » biogénique des minéraux) nouvellement créées. Le nombre de ces minéraux artificiels est en augmentation constante. Cela comprend toutes les matières premières stratégiques. L’apparence de notre planète, la biosphère, subit chimiquement une transformation opérée par l'homme de manière consciente et bien plus encore de manière inconsciente. L'homme change physiquement et chimiquement l'enveloppe aérienne de la terre ainsi que les eaux naturelles. Au XXème siècle, à cause des avancées de la civilisation, les mers et la partie des océans proche des côtes changent d'une manière toujours plus marquée. L'homme doit à présent prendre de plus en plus de mesures afin de préserver, pour les générations futures, la richesse des océans qui n'appartiennent encore à personne. D'autre part, il crée de nouvelles espèces d'animaux et de plantes. Les contes de fée semblent possibles dans l'avenir ; l'homme s'évertue à aller au-delà des frontières de la planète, dans l'espace. Et il le fera sans doute. Aujourd'hui, dans la grande tragédie historique que nous traversons, nous ne pouvons que réaliser que nous avons choisi, de manière intuitive, le chemin qui mène droit à la noosphère. Je dis « de manière intuitive » car l'ensemble de l'humanité est en train d'agir dans cette direction. Les historiens et les responsables politiques commencent seulement à comprendre le processus de la nature à partir de ce point de vue. L’approche de Winston Churchill (1932) en tant qu'historien et chef politique est très intéressante.

    La noosphère est la dernière des nombreuses étapes de l'évolution de la biosphère dans l'histoire géologique. L'itinéraire de cette évolution commence seulement à nous apparaître plus clairement à travers l'étude de certains aspects du passé géologique de la biosphère. Laissez-moi vous citer quelques exemples. Il y a cinq cents millions d'années, durant le Cambrien, des formations à partir des squelettes d'animaux riches en calcium apparaissent pour la première fois dans la biosphère ; celles à partir de plantes apparaissent il y a plus de deux milliards d'années. Cette fonction du calcium dans la matière vivante, à présent fortement développée, fut un des plus importants facteurs du changement géologique de la biosphère. Un changement tout aussi important de la biosphère se produisit de moins 110 à moins 70 millions d'années durant le Crétacé, et plus particulièrement à la période tertiaire. C'est à cette époque que les vertes forêts, que nous aimons tant, prirent naissance. Il s'agit là d'un autre grand stade évolutionniste, analogue à la noosphère. C'est probablement dans ces forêts que l'homme est apparu il y a environ 15 à 20 millions d'années.

    Aujourd'hui nous vivons une période de nouveau changement fondamental dans la biosphère. Nous entrons dans la noosphère. Ce nouveau processus prend place dans un moment tourmenté, au cours d'une guerre mondiale destructrice. Mais ce qui importe c'est que nos idéaux démocratiques soient en accord avec le processus géologique, avec les lois de la nature et avec la noosphère. Par conséquent, nous pouvons regarder l'avenir avec confiance. Il est entre nos mains. Ne laissons pas cet avenir nous échapper.

 

 

Vladimir I. Vernadsky, Union des Républiques Socialiste Soviétiques, 1944

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 18:01

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   Dans toute l'Europe et dans le monde occidental, sans exception, la dictature des banquiers et des financiers impose une austérité d'une brutalité barbare par le biais de gouvernements soit corrompus soit imbéciles et de parlements mous encombrés d'opportunistes, d'agents d'influence d'intérêts particuliers et de membres d'une génération affolée par la contre-culture.

 

   2010 ? Oui. 1932 ? Aussi.

 

   C'est pourquoi je vous présente ici le discours de Franklin Delano Roosevelt à la Convention Nationale Démocrate de Chicago, le 27 juin 1932, discours d'acceptation de sa nomination et de présentation des principes de sa campagne pour la victoire à l'élection présidentielle de novembre 1932, communément appelé le "New-Deal Speech" (discours de la Nouvelle Donne), ou "Forgotten Man Speech" (discours de l'Homme Oublié).

 

   Bonne lecture

 

 

 

 

Discours de la Nouvelle Donne

(New Deal Speech)

devant la Convention Nationale Démocrate, 1932


Franklin Delano Roosevelt

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Traduit à partir du texte en anglais tiré de l’ouvrage Nothing To Fear, The Selected Addresses of Franklin D. Roosevelt 1932 1945, Popular Library, New-York, 1946, avec une preface de Harry Hopkins, introductions de Allen Nevins.


Traduction de Jean-Gabriel Mahéo, libre de droit.
 

 

 

« Je vous promets, je m’y engage, à une nouvelle donne pour le peuple américain. »



Malgré les recherches acharnées de nos optimistes professionnels, il ne se trouvait nul point lumineux dans notre économie nationale durant les noires années qui débutèrent avec la panique de Wall-Street d’Octobre 1929. L’administration Hoover expliqua que le déséquilibre mineur du système économique était un phénomène naturel, que la structures des affaires était fondamentalement saine, et que tout retournerait bientôt à la normale.

Les attentes d’un redémarrage, cependant, ne furent pas satisfaites. La garantie que « la reprise était au coin de la rue » perdit graduellement de son charme. Treize millions de salariés étaient sans emploi, alors que le contenu des enveloppes de paye de ceux qui travaillent encore reflétait la « déflation salutaire » que les chefs de l’Administration considéraient nécessaire au retour de la prospérité.

La déflation n’apporta pas le redémarrage tant espéré, et la nation plongea encore plus profondément dans la dépression. Les prix agricoles avaient plongé à leur plus bas niveaux depuis 60 ans, les transports ferroviaires étaient dans une situation financière désespérée, les saisies de fermes et de maisons étaient générales. La peur s’empara du peuple, les fondations de la structure économique semblant se désintégrer.

C’est dans cette atmosphère saturée de peur qu’arriva la personnalité rassurante et magnétique de Franklin Delano Roosevelt, gouverneur de New-York. Aux délégués de la Convention Nationale Démocrate de 1932 qui l’acclamait, il souligna que l’urgence grave exigeait des plans qui « construisent à partir de la base et non du sommet, qui mettent leur confiance une fois de plus dans l’homme oublié, tout en bas de la pyramide économique. »

M. Roosevelt ébranla une vieille tradition selon laquelle un candidat présidentiel dût attendre, en affichant une ostensible ignorance du choix du parti, la notification officielle de sa désignation. Il prit l’avion d’Albany jusqu’à Chicago pour donner son discours d’acceptation, alors que la Convention était encore en session, et assura à son audience que la rupture des traditions ne faisait que commencer. Travail et sécurité furent promis, et une « nouvelle donne » pour le peuple américain devint synonyme de son Administration.

Allen Nevins


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Chicago, Illinois, le 2 Juillet 1932

 

   J’ai de l’estime pour votre volonté, après ces six jours ardus, de demeurer ici, sachant bien les heures sans sommeil que vous et moi venons de traverser. Je regrette d’être en retard, mais je n’ai aucun contrôle envers les vents des cieux et ne peut qu’être reconnaissant envers mon entraînement de marin.

   L’apparition devant la Convention Nationale de son candidat à la présidence, afin d’y recevoir formellement notification de sa sélection, est sans précédent et inhabituel, mais sans précédents et inhabituels sont les temps. J’ai débuté les tâches qui nous attendent en brisant les traditions absurdes selon lesquelles un candidat devrait rester dans une ignorance affichée de l’événement pendant des semaines, jusqu’à ce qu’il en soit formellement notifié plusieurs semaines après.

   Mes amis, que ceci soit le symbole de mon intention d’être honnête et d’éviter toute hypocrisie ou imposture, d’éviter de détourner stupidement le regard de la vérité dans cette campagne. Vous m’avez nommé et je le sais, et je suis ici pour vous remercier de cet honneur.

   Qu’il soit aussi symbolique qu’en agissant ainsi, je romps les traditions. Qu’à partir de maintenant, rompre les traditions ridicules soit la tâche de notre parti. Nous les romprons et laisserons à la direction républicaine, bien plus qualifiée dans cet art, le soin de rompre les promesses.

   Résolvons-nous fermement, ici et maintenant, à faire reprendre au pays sa marche interrompue sur la voie du véritable progrès, de la véritable justice, de la véritable égalité pour tous les citoyens, modestes ou puissants. Notre invincible chef dans cette marche interrompue n’est plus avec nous, mais son esprit survit encore aujourd’hui. Plusieurs de ses capitaines, Dieu merci, sont encore avec nous pour nous donner de sages conseils. Soyons conscient que dans toutes nos actions vit encore, si ce n’est le corps, la grande et invincible, inextinguible, progressiste âme de notre Commandant-en-chef, Woodrow Wilson.

   Il y a de nombreux sujets sur lesquels je veux clarifier ma position le plus tôt possible dans cette campagne. Ce document admirable, la plate-forme que vous avez adoptée, est clair. Je l’accepte à cent pour cent.

   Et vous pouvez accepter ma promesse que je ne laisserai aucun doute ou ambiguïté concernant mes positions sur une quelconque question à n’importe quel moment de cette campagne.

   Alors que nous entrons dans cette nouvelle bataille, gardons toujours présent avec nous certains des idéaux du parti : le fait que la parti démocrate, par tradition et par la logique continue de l’histoire passée et présente, est le porteur du libéralisme, du progrès, et dans le même temps de la sûreté pour nos institutions. Et si cet appel n’est pas entendu, souvenez-vous bien, mes amis, que le ressentiment envers l’échec de la direction républicaine – et notez bien que dans cette campagne je n’utiliserai pas les mots « parti républicains » mais, tout le temps, les mots « direction républicaine » – l’échec de la direction républicaine à résoudre nos troubles peut dégénérer en un radicalisme irrationnel.

   Le grand phénomène social de cette dépression, contrairement aux précédentes, est qu’elle n’a provoqué que très peu de ces manifestations anarchiques qui trop souvent accompagnent de telles époques.

   Le radicalisme sauvage n’a fait que peu de convertis, et le plus grand hommage que je puisse rendre à mes concitoyens est qu’en ces jours d’écrasante misère persiste un esprit d’ordre et d’espoir chez les millions de notre peuple qui ont tant souffert. Échouer à leur offrir une nouvelle chance n’est pas seulement une trahison de leurs espoirs, mais plus encore une mécompréhension de leur patience.

   Opposer la réaction au danger de radicalisme n’est qu’inviter au désastre. La réaction n’est pas une barrière au radicalisme. Elle est un défi, une provocation. La manière de contrer ce danger est de présenter un programme réalisable de reconstruction, et le parti capable de l’offrir est celui qui a les mains propres.

   Ceci, et ceci seulement, constitue une protection correcte contre la réaction aveugle d’un côté, et un opportunisme irresponsable et improvisé tirant au hasard de l’autre.

   Il y a deux manières d’envisager les devoirs du gouvernement dans les affaires touchants à la vie économique et sociale. La première prend bien soin qu’une minorité favorisée soit aidée, espérant qu’une partie de leur prospérité se répande, percole, vers le travail, vers le fermier, vers le petit entrepreneur. Cette théorie appartient au parti  du Toryisme, et j’aurais espéré que la plupart des Tories ait quitté le pays en 1776.

   Mais elle n’est pas et ne sera jamais la théorie du parti démocrate. Le temps n’est pas à la peur, à la réaction et à la timidité. Ici et maintenant j’invite les républicains de nom qui trouvent que leur conscience ne peut s’accommoder des tâtonnements et des échecs de leurs chefs de parti à prendre la main que nous leur tendons ; ici et maintenant, de la même manière, j’avertis ces démocrates de nom qui clignent des yeux face au futur en gardant leurs visages tournés vers le passé, et qui ne ressentent aucune responsabilité envers les exigences des nouveaux temps, qu’ils sont en décalage avec leur parti.

   Oui, le peuple de ce pays veut un vrai choix cette année, et non un choix entre deux noms pour la même doctrine réactionnaire. La nôtre doit être le parti de la pensée libérale, de l’action planifiée, des conceptions internationales éclairées, et du plus grand bien pour le plus grand nombre de nos citoyens.

   Pour autant, il est inévitable – et ce choix est celui de l’époque – il est inévitable que la principale question de cette campagne tourne clairement autour de notre condition économique, une dépression si profonde qu’elle est sans précédent dans l’histoire moderne. Il ne suffira pas de déclarer, comme le font les chefs républicains pour expliquer leurs promesses rompues et leur inaction continue, que la dépression est mondiale. Ce n’était pas leur explication pour l’apparente prospérité de 1928. Le peuple n’oubliera pas la revendication qu’ils firent alors, selon laquelle cette prospérité était exclusivement un produit domestique fabriqué par un président et un congrès républicain. S’ils réclament la paternité de l’un, ils ne peuvent la renier pour l’autre.

   Je ne peux traiter de tous les problèmes aujourd’hui. Je veux cependant en effleurer certains, vitaux. Regardons un petit peu l’histoire récente et quelques notions économiques simples, de celles que vous, moi et monsieur et madame tout-le-monde parlent.

   Dans les années précédant 1929, nous savons que notre pays accomplit un vaste cycle de construction et d’inflation ; durant dix années nous nous développâmes en nous appuyant sur la théorie de la réparation des dégâts de la guerre, mais nous nous développâmes en vérité bien au-delà de cela, et aussi au-delà de notre croissance naturelle et normale. Il est utile de se rappeler ici, et les chiffres froids de la finance le prouvent, que durant cette période il n’y eu que peu ou pas de baisse dans les prix que le consommateur avait à payer, bien que ces mêmes chiffres montrent que les coûts de production avait énormément chuté ; les profits des entreprises résultants de cette période furent énormes ; dans le même temps, peu de ces profits furent affectés à la réduction des prix. Le consommateur fut oublié. Très peu furent affectés aux augmentations de salaires. Le travailleur fut oublié. Et en aucune manière ne fut versée une adéquate proportion de ceux-ci sous forme de dividendes – l’actionnaire fut oublié.

   Et, incidemment, le généreux gouvernement de ces années n'en récolta qu'une minuscule proportion .

   Quel fut le résultat ? Les énormes surplus bénéficiaires s’empilèrent – les plus fantastiques de l’histoire. Et où, ensorcelés par une spéculation délirante, allèrent ces surplus ? Parlons un peu d’économie à partir de ce que montrent les chiffres et de ce que nous pouvons comprendre. Hé bien,  ils allèrent principalement dans deux directions : la première, dans des usines nouvelles et inutiles que l’on voit aujourd’hui désolées et à l’arrêt ; et la seconde, dans le marché d’argent au jour le jour de Wall-Street, soit directement par les entreprises, soit indirectement par le biais des banques. Ce sont les faits. Pourquoi ne pas les reconnaître ?

   Puis vint le crash. Vous connaissez l’histoire. Les surplus investis dans les usines inutiles s’y figèrent. Les gens perdirent leurs emplois ; Le pouvoir d’achat s’assécha ; les banques s’effrayèrent et commencèrent à rappeler leurs prêts. Ceux qui avaient de l’argent avaient peur de s’en séparer. Le crédit se contracta. L’industrie stoppa. Le commerce déclina, et le chômage monta.

   Traduisez cela en termes humains. Regardez comment les événements de ces trois dernières années sont allés frapper des groupes spécifiques de gens ; premièrement, le groupe dépendant de l’industrie ; secondement, le groupe dépendant de l’agriculture ; troisièmement, composé en grandes partie de membres des deux premiers groupes, les gens que l’on appelle les « petits investisseurs et déposants ». En fait, le lien le plus solide entre les deux premiers groupes, l’agriculture et l’industrie, est que leurs épargnes et d’une certaine manière leurs actifs sont liés dans ce troisième groupe – qui constitue la structure du crédit de la nation.

   Jamais dans l’histoire n’ont été tant unis dans un seul problème économique les intérêts de tout le peuple. Représentez-vous, par exemple, les grands groupes de propriétés possédés par des millions de nos concitoyens, et représentés par les crédits émis sous formes d’obligations et d’hypothèques –obligations gouvernementales de tous genres, fédérales, d’état, de comtés, municipales ; obligations de compagnies industrielles, obligations d’infrastructures publiques ; hypothèques sur les biens immobiliers agricoles et urbains, et enfin les immenses investissements de la nation dans les chemins de fer. Comment mesurer la sûreté de chacun de ces groupes ? Nous savons bien que par l’interdépendance de notre structure de crédit compliquée, si l’un quelconque de ces groupes s’effondre, tous risquent de s’effondrer. Le péril de l’un est un péril pour tous.

   Comment, je vous le demande, la présente administration à Washington a-t-elle traité l’interdépendance de ces groupes ? La réponse est claire : elle a refusé de reconnaître l’existence même de celle-ci. Pourquoi, demande la nation, Washington n’a-t-elle pu réussir à comprendre que tous ces groupes, chacun d’eux, le sommet de la pyramide comme sa base, doivent être examiné ensemble, que chacun d’eux est dépendant de tous les autres, chacun d’eux ayant une influence sur la totalité de la structure financière ?

   L’art de gouverner et l’idéal, mes amis, exigent que tous soient secourus, ensemble et en même temps.

   Juste un mot ou deux sur les impôts, que nous versons pour couvrir les coûts des gouvernements de tous genres.

   Je m’y connais un peu en impôts. Pendant trois longues années j’ai sillonné ce pays, prêchant que les gouvernements – fédéraux, d’état ou locaux – coûtaient trop. Je ne cesserai pas ce prêche. En guise de programme d’action immédiat, nous devons abolir les fonctions inutiles. Nous devons éliminer les fonctions gouvernementales qui ne sont pas nécessaires – les fonctions qui, en réalité, ne sont pas absolument essentielles à la continuité du Gouvernement. Nous devons fusionner, réunir les subdivisions du Gouvernement, et, comme n’importe quel citoyen, renoncer aux luxes que nous ne pouvons plus nous payer.

   Par notre exemple même à Washington, nous aurons l’opportunité de montrer la voie de l’économie aux gouvernements locaux, car il faut bien se rappeler que sur chaque dollar d’impôt de n’importe lequel des états de la nation, quarante pour cent sont versés au Trésor à Washington D. C., dix ou douze pour cent seulement aux capitales d’état, et quarante-huit pour cent sont consumés par les coûts des gouvernements locaux des comtés, villes et villages.

   À vous et par vous, mes amis, je propose que les gouvernements de tous genres, grands comme petits, soient rétablis solvables et que l’exemple soit donné par le Président des Etats-Unis et son Cabinet.

   Puisque l’on parle de donner l’exemple, je tiens à féliciter cette convention pour avoir eu le courage d’écrire bravement dans sa déclaration de principes ce que l’immense majorité de ceux assemblés ici pense vraiment du Dix-huitième Amendement [NdT : la Prohibition]. Cette Convention veut son abrogation. Votre candidat veut son abrogation. Et je suis convaincu que les États-Unis d’Amérique veulent son abrogation.

   La plateforme sur laquelle j’ai mené pour la seconde fois campagne pour le poste de gouverneur, il y a deux ans, contenait en substance la même disposition. Le sentiment dominant de la population de mon état, qu’a montré le vote de cette année, est partagé, je le sais, par celles de nombreux autres états. Je vous le dis, à partir de ce jour, le Dix-huitième Amendement est condamné. Et lorsque cela arrivera, nous, démocrates, auront le devoir, à raison comme moralement, de rendre les états capables de se protéger contre l’importation de liqueurs alcoolisées lorsque de telles importations violent leurs lois d’états. Nous devons à raison et moralement empêcher le retour du tripot.

   Pour revenir au sujet aride de la finance, puisqu’elle lie tout ensemble – le Dix-huitième Amendement avait aussi quelque chose à voir avec la finance – en vue d’une planification complète de la reconstruction des grands groupes de crédit, y compris le crédit du Gouvernement, je remarque la place importante accordée à cette précieuse déclaration dans la plateforme ci-adoptée, appelant à ce que la lumière soit faite sur les problèmes des titres financiers, étrangers comme domestiques, qui sont offert à la vente aux investisseurs.

   Mes amis, vous et moi, citoyens de bon sens, savons qu’il serait salutaire de protéger les épargnes du pays contre la malhonnêteté d’escrocs et contre l’absence d’honneur de certaines personnes haut-placées de la finance. La publicité est l’ennemie de la malhonnêteté.

   Et maintenant, un mot sur le chômage, et incidemment sur l’agriculture. J’ai  privilégié l’utilisation de certains types de travaux publics comme moyens d’urgence supplémentaire destiné à stimuler l’emploi, et l’émission d’obligations afin de les financer, mais j’ai souligné qu’aucun résultat économique ne peut être obtenu si nous nous contentons de construire pour construire, de construire sans un but nécessaire. De tels travaux, bien sûr, devraient autant que possible être rentables, si l’on compte les financer par des émissions d’obligations. Et pour diffuser tous ces projets le plus largement possible, nous devons agir clairement afin de réduire la durée de la journée et de la semaine de travail.

   Utilisons un peu de sens commun et de sens des affaires. Juste un exemple : nous savons qu’un moyen immédiat et très prometteur de secours pour les sans-emplois et l’agriculture proviendra d’un vaste plan de conversion des millions d’acres de terres pauvres et inutilisées en terrains forestiers exploitables, par reforestation. Rien qu’à l’est du fleuve Mississippi, il se trouve des dizaines de millions d’acres de fermes abandonnées, de terrains déboisés, qui se couvrent maintenant de broussailles sans valeurs. Savez-vous que chaque nation européenne a une politique d’aménagement territorial précise, et ce depuis plusieurs générations ? Nous n’en avons aucune. Par conséquent, nous risquons dans un futur proche l’érosion des sols et une pénurie de bois. Il est évident que la prévoyance économique et la création immédiate d’emplois marchent main dans la main lorsqu’il s’agit de répondre au besoin de reforestation de ces grands espaces.

   En mettant cela en œuvre, nous pouvons donner du travail à un million d’hommes. Voilà le genre de travaux publics rentables, et par conséquent finançables par l’émission d’obligations, sécurisées par le fait que la croissance de ces immenses cultures fourniront une assurance adéquate aux investissements.

   Oui, j’ai un programme très clair pour créer de l’emploi par ce moyen. Je l’ai mis en œuvre, et continue aujourd’hui, dans l’état de New-York. Je sais que le parti démocrate peut le mettre en œuvre avec succès dans la nation. Cela mettra les gens au travail, et c’est un exemple de ce que nous allons devoir entreprendre.

   Ensuite, en vue d’apporter une aide supplémentaire à l’agriculture, nous savons parfaitement bien – mais l’avons-nous manifesté et déclaré suffisamment clairement et explicitement ? – que nous devons immédiatement abroger les dispositions légales qui obligent le gouvernement à intervenir sur le marché afin d’acheter, de vendre et de spéculer sur les produits agricoles, tentant ainsi vainement d’en réduire les surplus. Et celles-ci sont le fait de gens qui parlent de tenir le gouvernement éloigné du monde des affaires ! La meilleure manière d’aider l’agriculteur est de trouver un arrangement qui, en plus de le soulager de charges ruineuses, agira en vue de réduire les surplus de denrées principales qui encombrent le marché. Notre cible doit être d’ajouter aux prix internationaux des principaux produits un tarif protecteur d’une valeur raisonnable, afin de donner à l’agriculture la même protection que celle dont bénéficie aujourd’hui l’industrie.

   Et en échange de cette augmentation immédiate de leur revenu, je suis convaincu que les agriculteurs de cette nation seront finalement d’accord avec une telle planification de leurs productions, qui permettra de réduire les surplus et de rendre obsolète pour les années à venir la dépendance envers les dumpings de ces surplus à l’étranger afin de soutenir les prix domestiques. Ce résultat a été obtenu dans d’autres nations ; pourquoi pas aussi en Amérique ?

   Les dirigeants et économistes agricoles, dans l’ensemble, reconnaissent qu’un plan basé sur ce principe est un premier pas souhaitable vers la reconstruction de l’agriculture. Il n’offre pas en lui-même un programme complet, mais il servira dans une grande mesure et à long terme à supprimer le risque d’un surplus sans être soumis constamment à la menace permanente d’un dumping mondial. Au final, la réduction volontaire des surplus fait partie de notre objectif, mais une longue persistance [de mauvaises pratiques – NdT.] et le fardeau présent des surplus existants rendent nécessaire la réparation des importants dégâts actuels par la mise en œuvre de mesures d’urgences immédiates.

   Un plan tel que celui-ci, mes amis, ne coûte pas un centimes au gouvernement, ni ne l’oblige à continuer d’intervenir dans les affaires ou la spéculation.

   Quant à la formulation effective d’une loi, je crois que le parti démocrate se tient prêt à être guidé par n’importe lequel des groupements agricoles que ces groupements mêmes auront désigné. Voilà un principe sain ; et j’appelle ici de nouveau à l’action.

   Un dernier mot sur l’agriculteur : je suis certain que chaque délégué de cette salle habitant en ville sait pourquoi je mets tant l’accent sur celui-ci. C’est parce que la moitié de notre population, plus de cinquante millions d’individus, dépendent de l’agriculture ; et, mes amis, si ces cinquante millions d’individus n’ont pas d’argent, pas de liquidités, pour acheter ce qui est produit dans les villes, celles-ci souffrent tout autant, si ce n’est plus, que la campagne.

   C’est pourquoi nous allons cette année faire comprendre aux électeurs que cette nation n’est pas seulement une nation d’indépendance, mais qu’elle est, si nous voulons survivre, destinée à être une nation d’interdépendance – villages et villes, Nord et Sud, Est et Ouest. C’est notre but, et ce but sera compris par les gens de ce pays, où qu’ils vivent.

   Oui, le pouvoir d’achat de la moitié de notre population, dépendante de l’agriculture, a disparu. Les hypothèques agricoles atteignent près de dix milliards de dollars aujourd’hui et la charge des intérêts sur ceux-ci seuls sont de cinq cents soixante millions par an. Mais ce n’est pas tout. Le fardeau des impôts causé par des gouvernements locaux inefficaces et dispendieux est un facteur additionnel. Cependant, notre préoccupation la plus immédiate doit être la réduction du poids des intérêts de ces hypothèques.

   Le réescompte des hypothèques agricoles dans le cadre de salutaires restrictions doit être étendu et devra, dans le futur, être conditionné à la réduction des taux d’intérêts. Les amortissements, les échéances devront de même dans cette crise être étalés avant que le réescompte ne soit autorisé, lorsque le débiteur hypothécaire est en grandes difficultés. Cela, mes amis, est un autre exemple d’un secours immédiat et réalisable : de l’action.

   Je vise à faire la même chose, et cela est faisable, pour le petit propriétaire de nos villes et villages. Nous pouvons alléger son fardeau et développer son pouvoir d’achat. Éloignez, mes amis, le spectre de taux d’intérêts trop élevés. Éloignez le spectre de la date d’échéance pour quelque temps. Sauvez les foyers ; sauvez les foyers pour des milliers de familles respectables, et chassez le spectre de l’insécurité d’entre nous.

   De toutes les tonnes d’imprimés, de toutes les heures de déclamation, de récriminations, de défenses, de tous les plans bien inspirés de Washington et de tous les états, il émerge ce grand et simple fait, d’une pureté cristalline, que durant les dix dernières années une nation de cent-vingt millions d’individus a été menée par les dirigeants républicains à ériger sur ses frontières un inexpugnable enchevêtrement de fils barbelés par le moyen de l’instrumentalisation des politiques tarifaires, ce qui nous a isolé de tous les autres êtres humains du reste du monde. J’approuve l’admirable déclaration sur les tarifs de la plateforme de cette convention. Elle protégera l’entreprise et le travail américain. Par nos actions passées, nous avons invité et reçu les représailles des autres nations. Je leur propose une invitation à oublier le passé, à s’asseoir avec nous à la table, amicalement, et à préparer avec nous le rétablissement du commerce mondial.

   Allez chez l’entrepreneur. Il sait ce que les tarifs lui ont rapportés. Allez chez l’ouvrier. Il sait pourquoi les biens restent en stocks. Allez chez l’agriculteur. Il sait comment les tarifs ont participé à sa ruine.

   Nos yeux sont enfin ouverts. Enfin, le peuple américain est prêt à reconnaître que la direction républicaine avait tort et que la démocratie a raison.

   Mon programme, duquel je ne peux vous entretenir que de ces quelques points, est fondé sur ce simple principe moral : le bien-être et la sûreté d’une nation dépendent en premier de ce que la grande masse du peuple souhaite et nécessite ; et en second, de ce qu’elle l’obtient ou non.

   Que veux plus que tout le peuple américain ? je pense qu’il veux deux choses : du travail, avec toutes les valeurs morales et spirituelles qui l’accompagne ; et avec celui-ci, un niveau raisonnable de sécurité – de sécurité pour eux-mêmes, pour leurs femmes et enfants. Travail et sécurité sont bien plus que des mots, que des faits. Ce sont les valeurs spirituelles, le véritable but vers lequel nos efforts de reconstruction doivent nous diriger. Ce sont les valeurs que ce programme a l’intention de conquérir ; ce sont les valeurs que les dirigeants actuels n’ont pas pu accomplir.

   Nos dirigeants républicains nous disent que ce sont les lois économiques – sacrées, inviolables, inchangeables – qui causent les paniques que nul n’aurait pu prévoir. Mais pendant qu’ils jacassent sur ces lois économiques, hommes et femmes souffrent de la faim. Nous devons affirmer fermement que les lois économiques ne sont pas faites par la nature. Elles  par les hommes.

   Oui, lorsque – et non si – lorsque nous en auront l’opportunité, le gouvernement fédéral fera preuve d’audace dans son mandat pour soulager la détresse. Pendant des années, Washington a balancé entre mettre sa tête dans le sable et déclarer qu’il n’y avait pas parmi nous tant d’indigents nécessitant nourriture et vêtement que ça, pour ensuite dire que c’était aux états de s’en occuper, s’il y en avait tant. Au lieu de mettre en oeuvre il y a deux et demi ce qu’ils essayent de faire aujourd’hui, ils n’ont eu de cesse que de le repousser au jour suivant, à la semaine suivante, au mois suivant, jusqu’à ce que la conscience de l’Amérique exige de l’action.

   Je dis que si la responsabilité première du secours reste du ressort des structures locales, depuis toujours, le gouvernement fédéral a cependant toujours eu et a encore la responsabilité permanente du bien-être public au sens large. Il remplira bientôt ce devoir.

   Et maintenant, encore quelques mots sur nos plans pour les quatre prochains mois. En venant ici plutôt qu’en attendant une notification formelle, j’ai clairement signifié que je crois que nous devrions éliminer les cérémonies dispendieuses et que nous devrions mettre en marche immédiatement, ce soir, mes amis, le mécanisme nécessaire à une présentation adéquates des problématiques à l’électorat de la nation.

   J’ai pour ma part d’importantes responsabilités en tant que gouverneur d’un grand état, responsabilités qui en ces temps sont plus ardues et plus graves que dans les périodes précédentes. J’ai malgré tout bon espoir que je serai capable de faire un certain nombre de courtes visites dans différents endroits de la nation. Mes voyages auront comme principal objectif l’étude sur le terrain, de la bouche des hommes et femmes de tous lieux et de tous métiers, des conditions réelles et des besoins de chaque partie interdépendante de notre pays.

   Un dernier mot : de chaque crise, chaque tribulation, chaque désastre, l’humanité émerge avec une part plus grande de connaissance, une plus haute dignité, une résolution plus pure. Aujourd’hui nous avons traversé une période de relâchement intellectuel, de morale décadente, une ère d’égoïsme, chez les hommes et femmes et entre les nations. N’accusez pas le seul gouvernement de cela. Accusons-nous à part égale. Soyons franc et reconnaissons cette vérité que nombreux sont parmi nous ceux qui ont fait serment d’allégeance à Mammon, que les profits de la spéculation, d’une vie facile sans labeur, nous ont détournés des anciennes barricades. Afin de revenir à des standards plus élevés, nous devons abandonner les faux prophètes et rechercher de nouveaux chefs choisis par nous.

   Jamais auparavant dans l’histoire américaine n’ont été, comme aujourd’hui, présentées avec un tel contraste les différences essentielles entre les deux principaux partis américains. Les dirigeants républicains n’ont pas seulement échoués dans les affaires matérielles, ils ont échoués dans l’idéal national, car dans le désastre ils n’ont offert aucun espoir, n’ont montré aucun chemin permettant au peuple de s’en sortir et de retrouver un peu de sécurité et de sûreté dans notre vie américaine.

   À travers la nation, hommes et femmes, oubliés par la philosophie politique du gouvernement des dernières années, lèvent les yeux vers nous tous ici pour être guidé et pour une opportunité plus équitable de participer à la distribution de la richesse nationale.

   Dans les fermes, dans les grandes régions métropolitaines, dans les petites villes et les villages, des millions de citoyens chérissent l’espoir que leur ancien niveau de vie et de spiritualité n’a pas disparu pour toujours. Ces millions de peuvent ni ne doivent espérer en vain.

   Je vous promets, je m’y engage, à une nouvelle donne pour le peuple américain. Nous tous ici assemblés, établissons-nous nous-mêmes prophètes d’un nouvel ordre de compétence et de courage. Ceci est plus qu’une campagne politique : c’est un appel aux armes. Donnez-moi votre aide, non pour seulement gagner des votes ; mais pour vaincre dans cette croisade pour rendre l’Amérique à son peuple.

 

 

Franklin Delano Roosevelt,

Chicago, Illinois, le 2 Juillet 1932





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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 18:00

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   Vous trouverez ci-dessous, à titre de documentation, une traduction par votre serviteur de la plate-forme programmatique du parti démocrate pour la campagne présidentielle de 1932, plate-forme adoptée par la Convention Nationale Démocrate réunie à Chicago, Illinois, fin juin 1932.

 

   Cette Convention nomma Franklin Delano Roosevelt son candidat pour l'élection de novembre 1932, qu'il remporta, et à partir de laquelle il sauva son pays et changea le monde, contre l'empire britannique et les fascismes promus par lui sur les cinq continents.

 

   Bonne lecture.

 

 

 

Plate-forme du parti démocrate

pour la campagne présidentielle de 1932National Democratic Convention 1932-copie-127 juin 1932, Chicago, Illinois

 

 

   En ces temps de détresse économique et sociale, le parti démocrate affirme sa conviction que les causes principales de cette situation furent les politiques désastreuses, poursuivies par nos gouvernements depuis la Guerre Mondiale, d’isolation économique, de soutien à la fusion de sociétés concurrentielles dans des monopoles et d’encouragement à l’indéfendable expansion et contraction du crédit au profit d’intérêts privés, au dépend du public.

   Ceux qui furent responsables de ces politiques ont abandonné les idéaux pour lesquels fut gagnée la guerre et ont gâché les fruits de la victoire, rejetant ainsi la plus grande opportunité historique d’apporter la paix, la prospérité et le bonheur à notre peuple et au monde.

   Ils ont ruiné notre commerce international, détruit les valeurs de nos denrées et de nos produits, paralysé notre système bancaire, volés à des millions de nos citoyens leurs épargnes, et privés des milliers d’autres encore de travail, produit ainsi une immense pauvreté et poussé le gouvernement dans une situation de détresse financière sans précédente en temps de paix.

   Le seul espoir d’améliorer les conditions présentes, de relancer l’emploi, d’offrir un secours durable à la population, et de remettre la nation dans le fier état de bonheur domestique et de prépondérance financière, industrielle, agricole et commerciale mondiale, se trouve dans un changement drastique des politiques économiques gouvernementales.

   Nous croyons qu’une plate-forme partisane est un engagement avec le peuple afin d’avoir [sic], fidèlement respectée par le parti lorsqu’investit du pouvoir, et que le peuple a le droit de connaître en langage clair les termes du contrat auquel il lui est demandé de souscrire. Nous déclarons que le document ci-après constitue la plate-forme du parti démocrate :

   Le parti démocrate promet solennellement de mettre en œuvre par des actions appropriées les principes, politiques et réformes ci-dessous préconisées, et d’éradiquer les politiques, méthodes et pratiques ci-dessous condamnées.   

 

 

   Nous recommandons une réduction drastique et immédiate des dépenses gouvernementales par la dissolution des services et commissions inutiles, le regroupement des ministères et des agences, et l’élimination des prodigalités afin d’obtenir l’économie de plus de vingt-cinq pour cent du coût de fonctionnement du gouvernement fédéral. Et nous appelons le parti démocrate dans les états à produire avec zèle l’effort nécessaire à l’obtention d’un résultat proportionné.

   Nous sommes favorables au maintien du crédit national par le moyen d’un budget fédéral annuellement équilibré sur la base d’estimations exécutives précises des recettes fiscales, levées par un système de taxation appuyé sur le principe de la capacité à payer.

   Nous préconisons une monnaie solide, protégée contre tout danger, et une conférence monétaire internationale convoquée à l’initiative de notre gouvernement afin d’examiner la réhabilitation de l’argent et d’autres questions s’y rapportant.

   Nous recommandons des tarifs douaniers compétitifs, dont les recettes seront versées au Trésor, accompagnés d’une commission d’enquête douanière indépendante des interférences de l’exécutif, des accords douaniers réciproques avec les autres nations, et une conférence économique internationale dont le but sera de rétablir le commerce international et de faciliter les échanges.

   Nous recommandons l’extension du crédit fédéral aux états afin de fournir du secours aux chômeurs partout où les ressources en diminution des états les rendent incapables de porter secours aux nécessiteux ;
   Nous recommandons l’extension du programme fédéral de constructions utiles et nécessaires réalisée [sic] dans l’intérêt du public, tels que des systèmes de contrôle des inondations et des voies navigables.

   Nous recommandons la distribution de l’emploi par la réduction des heures travaillées et le soutien à la réduction de la durée de travail hebdomadaire, en commençant par appliquer ce principe aux services gouvernementaux ;
   Nous recommandons la planification prévisionnelle des travaux publics.

   Nous recommandons la mise en place d’assurances chômages et d’assurances retraites sous l’autorité des états.

   Nous sommes pour le redressement de l’agriculture et de l’industrie fondamentale de la nation ;
   Pour de meilleurs financements des hypothèques agricoles par des agences bancaires accréditées, à bas taux d’intérêt et suivant un plan d’amortissement, en privilégiant le rachat des fermes et des maisons vendues après saisie ;
   Pour l’extension et le développement du mouvement coopératif agricole et des contrôles efficaces contre les surplus de récoltes, de manière à ce que nos agriculteurs puissent tirer des bénéfices décents du marché domestique ;
   Pour la mise en œuvre de toutes les mesures constitutionnelles à même de soutenir les agriculteurs de sorte qu’ils reçoivent pour les denrées de première nécessité des prix supérieurs aux coûts de production.

   Nous recommandons une armée et une marine adaptée à la défense nationale, sur la base d’un examen de tous les faits concernant les structures existantes, afin que le peuple en temps de paix ne se trouve pas écrasé par une dépense qui approche rapidement le milliard de dollars annuellement.

   Nous recommandons le renforcement et l’application impartiale des lois anti-trusts, afin de prévenir l’apparition de monopoles et de pratiques commerciales abusives, et la révision de celles-ci en vue d’une meilleure protection du travail et des petits producteurs et distributeurs ;
   La conservation, le développement et l’utilisation de la puissance hydraulique nationale dans l’intérêt public ;
   Le retrait du gouvernement de tous les périmètres de l’entreprise privée, à l’exception de ceux où il est nécessaire pour le développement des travaux publics et des ressources naturelles dans l’intérêt général.

   Nous recommandons la protection des petits investisseurs en requérant que toutes les offres d’actions et d’obligations domestiques et étrangères soient déclarées au gouvernement et présentent dans leurs publicités les véritables informations concernant les bonus, commissions, le principal investi et les intérêts du vendeur ;
   La régulation  par la puissance fédérale dans son intégralité :
      a) des compagnies holding qui vendent des titres dans le commerce inter-état ;
      b) des tarifs des sociétés en charge de services publics qui opèrent sur plusieurs états ;
      c) du commerce de titres et de denrées ;
   Nous préconisons des méthodes plus rapides de réalisation d’actifs en vue d’aider les déposants de banques temporairement fermées, et une supervision plus stricte des banques nationales afin de protéger les déposants et de d’empêcher que leur argent soit utilisé pour spéculer, au détriment du crédit local ;
   La séparation d’avec les banques commerciales de leurs sociétés de courtage, et le divorce de celles-ci d’avec les banques d’investissements, et des restrictions supplémentaires envers les banques de réserve fédérale contre l’usage des mécanismes de la réserve fédérale dans des buts spéculatifs.

   Nous recommandons l’entière justice et générosité envers tous nos anciens combattants qui ont souffert de handicaps ou de maladies résultants du service effectué en temps de guerre, ainsi que pour ceux qui leur sont à charge.

   Nous préconisons une politique étrangère ferme, incluant le désir de paix envers le monde entier et le règlement des désaccords internationaux par l’arbitrage ;
   La non-interférence dans les affaires des autres nations ;
   Le respect sacré des traités et le maintien de la bonne foi et de la bonne volonté dans les obligations financières ;
   L’adhésion à la Cour internationale avec les réserves nécessaires ;
   Le Pacte de Paris abolissant l’usage de la guerre comme outil de politique nationale, qui sera mis en place grâce à des dispositions organisant consultations et conférences en cas de menaces de violation de traité ;
   Des accords internationaux pour la réduction des armements et pour la coopération avec les nations de l’hémisphère occidental en vue de maintenir l’esprit de la doctrine Monroe ;
   Nous nous opposons à l’annulation des dettes dues aux Etats-Unis par les nations étrangères ;
   Nous recommandons l’indépendance pour les Philippines, et le statut final d’état pour Porto-Rico ;
   L’emploi de citoyens américains pour les opérations du Canal de Panama ;

   Nous préconisons la simplification des procédures légales et la réorganisation du système judiciaire afin d’obtenir des jugements rapides, sûrs et à moindre coût.

   Nous recommandons la publication permanente des contributions et des dépenses politiques ; le renforcement de la loi sur les pratiques de corruption, et de sévères pénalités contre le détournement des fonds de campagne électorale.

   Nous réclamons l’abrogation du dix-huitième amendement. Pour sa réalisation, nous demandons que le Congrès propose immédiatement un amendement constitutionnel afin de représenter véritablement [sic] les conventions dans les états appelés à agir exclusivement sur cette proposition ;
   Nous appelons instamment à la mise en œuvre de telles mesures par tous les états en ce qu’elles promeuvent la tempérance, empêchent efficacement la réouverture des tripots, et mettent en lumière le trafic d’alcool et le soumettent à la supervision et au contrôle complet des états.

   Nous exigeons que le gouvernement fédéral exerce réellement son pouvoir pour permettre aux états d’être capables de se protéger contre les importations d’alcools toxiques en violation de leurs lois.

   Dans l’attente de cette abrogation, nous souhaitons la modification immédiate de la loi Volstead, afin de légaliser la fabrication et la vente de bière et autres boissons alcoolisées autorisée par la Constitution et de permettre d’en retirer un revenu décent et très nécessaire.

   Nous condamnons l’usage excessif et inapproprié de l’argent dans les activités politiques.

   Nous condamnons les lobbies rémunérés par des intérêts particuliers afin d’influencer des membres du congrès et autres serviteurs publics par contacts personnels.

   Nous condamnons les actes et déclarations d’officiels publics de haut rang visant à influer sur les cours de bourse.


   Nous condamnons la résistance active ou passive d’officiers administratifs contre tous les efforts fait par les commissions du Congrès de réduire les dépenses inconsidérées du gouvernement et de révoquer les généreuses subventions aux intérêts favorisés.

   Nous condamnons l’extravagance du bureau de l’agriculture, son action désastreuse qui a fait du gouvernement un spéculateur en produits agricoles, et la mauvaise politique consistant à adapter la production agricole à la demande des marchés domestiques.

   Nous condamnons l’abus de pouvoir du département d’état, qui s’est chargé de transmettre des titres étrangers offerts par des banquiers internationaux, en conséquence de quoi des milliards de dollars en obligations douteuses ont été vendues au grand public en faisant croire à une garantie du gouvernement fédéral.

   Et en conclusion, pour accomplir ces projets et pour reconquérir la liberté économique, nous appellons à fournir leurs aux meilleurs efforts les délégués de ce grand parti, dont le fondateur énonça la doctrine qui nous guide aujourd’hui à l’heure de la nécessité pour notre pays :
Droits égaux pour tous ; privilèges spéciaux pour aucun.

 

 

Convention Nationale Démocrate, Chicago, 27 juin 1932
Traduction de Jean-Gabriel Mahéo, libre de droit

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 12:00

boris.jpg    Georges Boris est une personnalité française relativement méconnue, dont l'importance est primordiale pour comprendre la transformation de la République française des années trente aux années soixante. Il représente un des liens les plus importants entre la révolution rooseveltienne et les combats du Front populaire, de la France libre, du Conseil national de la Résistance et de l'élan planificateur mendésiste et gaullien des années cinquante et soixante. Combats dont le gouvernement actuel de traîtres et de corrompus tente par tous moyens d'annihiler les victoires.


    L'un de ses principaux collaborateurs à Londres durant la guerre, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, vient d'honorer sa mémoire en éditant un ouvrage intitulé « Georges Boris, trente ans d’influence », (Gallimard, 2010), livre ayant pour sous titre "Blum, De Gaulle, Mendès France".


    Car Georges Boris est un des plus grands serviteurs de la République au XXième siècle, et a été le conseiller et l'ami des trois plus grands hommes de France, ardent défenseur auprès d'eux de la planification économique, de la reflation productive et de la maîtrise souveraine des puissances d'argent et du crédit. Ces trois conceptions ne sont plus aujourd'hui défendues que par ce candidat à l'élection présidentielle de 2012. Tous les autres sont en train de se battre et de se goinfrer dans la Nef des Fous, alors que le peuple se noie.


    Alors que la Révolution rooseveltienne n'avait pas encore passé sa première année, Georges Boris, face aux mensonges et aux imbécilités de la presse et des experts français de l'époque, écrivit et fit éditer un ouvrage, "La Révolution Roosevelt", que je vous présente ci-dessous.

 

    Vous constaterez que son actualité, passés quelques détails historiques, est frappante : après l'avoir lu, que penserez-vous de l'imbécile "ri-lance", la "relance par la rigueur", de l'avocate des cartels financiers britanniques qui nous sert de ministre des finances, la ci-devant Lagarde ?

 


Bonne lecture.



La-Revolution-Roosevelt.jpg


La Révolution Roosevelt
Georges Boris – 1934

 


Tables des matières

 


Introduction


 

Chapitre I : Bilans comparés


La situation au début 1933


La situation au début 1934



Chapitre II : À la recherche d’une méthode



Chapitre III : Réforme monétaire et financière


1 – L’abandon de l’étalon-or


2 – Le commodity-dollar


3 – Le nouveau Gold-Act


4 – Vers la reflation de crédit


5 – Reflation et étalon international


6 – Les voies et les difficultés de la reflation



Chapitre IV : Les procédés de reflation


1 – Le renflouement des banques


2 – Les travaux publics


3 – Les travaux civils



Chapitre V : Réforme agraire



Chapitre VI : Réforme industrielle (N. R. A.)



Chapitre VI : Pronostics


Le redressement économique par la reflation


Les investissements. Socialisme d'état ou capitalisme privé


La nouvelle idéologie américaine


Changements de structures. Activités futures


Démocratie ou dictature



Annexes



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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 23:26

   Chers lecteurs qui n'avez pas abandonné La Recherche Du Bonheur suite aux deux mois peu productifs qui viennent de s'écouler, votre patience est récompensée ! Ces deux mois n'ont pas été vains !


   J'ai le plaisir de vous présenter Le Système National d'Economie Politique, l'oeuvre majeure de l'économiste Friedrich List, l'homme qui amena à sa maturité la Théorie des forces productives ;

    qui ce faisant détruisit les bases de la Théorie des valeurs des physiocrates, des ultra-libéraux et autres monétaristes ;

    qui, en développant sa Théorie sur les leçons de l'histoire, fournit une fondation indiscutable au protectionnisme national tout autant qu'à la bonne harmonie de la coopération internationale ;

    qui fut le Père conceptuel à l'origine de la naissance des nations agro-industrielles intégrées que l'on vit apparaître au 19ème siècle - dont principalement les Etats-Unis, l'Allemagne, la France et le Japon - dont l'exemple rayonne encore sur la planète entière, comme le montre la politique de développement intérieur des gouvernements chinois et indien (entre autres).

 

   Friedrich List est un Titan.


   Friedrich List, aujourd'hui, nous rappelle que le but d'une nation est la Recherche du Bonheur, et nous offre le meilleur chemin pour mener nos pays ravagés par la subversion financière britannique - la "mondialisation" - vers l'impérative Renaissance que nous devons aux générations futures.


   Outre la Théorie des forces productives, Friedrich List insiste, brièvement mais catégoriquement, sur l'importance primordiale du Crédit Productif Public pour garantir et protéger, lors du développement national, les nouvelles forces productives contre les assauts des parasites et des usuriers de tous poils. A l'échelle internationale, cette politique est la seule assise pérenne pour une paix juste et harmonieuse de toutes les nations, dans la coopération vers un avenir plus parfait.


   Je rappelle que le Crédit Productif Public est strictement interdit en France depuis plus de trente ans, ainsi qu'en Europe par le traité de Lisbonne, ex-traité constitutionnel européen.


     Le Système National d'Economie Politique est par conséquent LA feuille de route pour sortir la France, l'Europe et le monde de la crise financière et des griffes de l'Empire britannique.


   Bonne lecture !

 

 

 

 

SYSTÈME NATIONAL D'ÉCONOMIE POLITIQUE
par FRÉDÉRIC LIST,

 

Friedrich List

 


Traduit de l'allemand par HENRI RICHELOT,
CHEF DE BUREAU AU MINISTÈRE DU COMMERCE,

 

AVEC DEUX PRÉFACES, UNE NOTICE BIOGRAPHIQUE ET DES NOTES PAR LE TRADUCTEUR

 

 

 

 

 

Et la patrie et l'humanité !

 

 

 

 

SECONDE ÉDITION

REVUE, CORRIGÉE ET MISE AU COURANT DES FAITS ÉCONOMIQUES,


PARIS, CAPELLE, LIBRAIRE-ÉDITEUR, Rue Soufflot, 18, près le Panthéon.
1857



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TABLE DES MATIÈRES.

 

 

 

NOUVELLE PRÉFACE DU TRADUCTEUR


PRÉFACE DU TRADUCTEUR (1ère édition)

NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR FRÉDÉRIC LIST

 

 

SYSTÈME NATIONAL D'ÉCONOMIE POLITIQUE

 
PRÉFACE DE L'AUTEUR


INTRODUCTION

 

LIVRE PREMIER. L'HISTOIRE

CHAPITRE

 
I - Les Italiens


II - Les Anséates


III - Les Flamands et les Hollandais


IV - Les Anglais


V - Les Espagnols et les Portugais


VI - Les Français


VII - Les Allemands


VIII - Les Russes


IX - Les Américains du Nord


X - Les leçons de l'histoire



LIVRE DEUXIEME. LA THÉORIE

CHAPITRE

 
I - L'économie politique et l'économie cosmopolite


II - La théorie des forces productives et la théorie des valeurs


III - La division nationale des travaux et l'association des forces productives du pays


IV - L'économie privée et l'économie nationale


V - La nationalité et l'économie de la nation


VI - L'économie publique et l'économie de l'état ; l'économie politique et l'économie nationale


VII - L'industrie manufacturière et les forces productives, personnelles, sociales et politiques du pays


VIII - L'industrie manufacturière et les forces productives naturelles du pays


IX - L'industrie manufacturière et les forces instrumentale, ou capitaux matériels du pays


X - L'industrie manufacturière et l'intérêt agricole


XI - L'industrie manufacturière et le commerce


XII - L'industrie manufacturière et la navigation marchande, la puissance maritime et la colonisation


XIII - L'industrie manufacturière et les instruments de circulation


XIV - L'industrie manufacturière et le principe de conservation et de progrès


XV - L'industrie manufacturière et les stimulants à la production et à la consommation


XVI - La douane comme moyen puissant de créer et d'affermir l'industrie manufacturière du pays


XVII - La douane et l'école régnante



LIVRE TROISIÈME. LES SYSTÈMES

CHAPITRE

 
I - Les économistes italiens


II - Le Système industriel, improprement appelé par l'école Système mercantile


III - Le Système physiocrate ou agricole


IV - Le Système de la valeur échangeable, appelé à tort par l'école Système industriel. - Adam Smith


V - Continuation du précédent - Jean-Baptiste Say et son école



LIVRE QUATRIÈME. LA POLITIQUE

CHAPITRE

 
I - La Suprématie insulaire et les puissances continentales. - Les États-Unis et la France


II - La Suprématie insulaire et l'Association douanière allemande


III - La Politique continentale


IV - La Politique commerciale de la nation allemande

 

 

 

FIN DU SYSTÈME NATIONAL


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