Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Travaux


Etude sur la nature
des mouvements écologistes
et leurs véritables objectifs



L'héritage de
Franklin Delano Roosevelt


boris 

La révolution Roosevelt 

Georges Boris


Moulin.jpgL'héritage du
Conseil National
de la Résistance

Quelques textes de
Vladimir I. Vernadski

henry charles carey
Principes de la science sociale
de Henry Charles Carey

Friedrich List
Le Système national
d'économie politique
de Friedrich List

Friedrich Von Schiller

Le Droit des Gens
d'Emerich De Vattel

 

Recherche

Page d'accueil
- Cliquez ici -

Fusion,
enfin les archives !
1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

henry_charles_carey.jpg

TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE X :

DES CHANGEMENTS DE LIEU DE LA MATIÈRE.

 

    § 3. — Plus le commerce est parfait parmi les hommes, plus est grande la tendance à faire disparaître les obstacles qui subsistent à l'association. Le progrès de l'homme, dans quelque direction que ce soit, suit un mouvement constant d'accélération.



    La nécessité d'effectuer des changements de lieu, est un obstacle qu'oppose la nature à la satisfaction des désirs de l'homme ; et il était nécessaire que cet obstacle existât afin que ses facultés fussent excitées à faire des efforts pour l'écarter. Ces facultés existent chez tous les hommes, mais elles restent à l'état latent, lorsqu'elles ne sont pas mises en éveil pour agir, par le sentiment de l'avantage qui doit résulter d'un accroissement dans le pouvoir d'entretenir des rapports avec ses semblables. Plus est grande la facilité des relations, plus sont appréciés leurs avantages, et plus devient profonde la conviction de pouvoir réaliser de nouveaux progrès, dans le but de faire disparaître complètement l'obstacle qui s'oppose aux rapports directs et réciproques entre les hommes, c'est-à-dire le commerce. Dans les premiers âges de la société cet obstacle est assez sérieux pour devenir presque insurmontable ; et c'est pourquoi nous voyons, même de nos jours, qu'en même temps que la valeur des denrées sur le lieu de consommation, est la plupart du temps assez considérable pour les mettre en quelque sorte hors de la portée de tout autre individu que le riche, leur valeur sur le lieu de production est assez faible pour maintenir celui qui les produit dans un état de pauvreté, et le retenir dans la position d'un homme esclave, non-seulement de la nature, mais encore de son semblable. Celui qui produit le sucre du Brésil, ne peut se procurer les vêtements qui doivent couvrir sa nudité, en même temps que celui qui produit les étoffes de l'Angleterre, est également hors d'état de se procurer le sucre nécessaire pour l'alimentation de sa famille, et la sienne propre. Si les choses sont nécessairement ainsi, cela ne résulte d'aucun défaut dans les arrangements de la Providence, la nature rémunérant libéralement les efforts des deux producteurs, et remplissant son rôle de manière à leur permettre d'être bien vêtus et bien nourris ; mais cela résulte d'une erreur dans les arrangements pris par les individus. L'Anglais et le Brésilien se procureraient d'abondantes provisions de subsistances, seraient bien vêtus et deviendraient plus libres, si le premier pouvait obtenir tout le drap qu'il a donné en échange de son sucre, et le second tout le sucre qu'il a donné en échange de son drap, et c'est, parce qu'une portion si considérable est absorbée avant d'arriver de l'un des deux producteurs à l'autre, que la condition de tous deux se rapproche tellement de l'état d'esclavage.

    Il n'y a que trente ans, le prix d'un boisseau de froment, dans l'Ohio, était d'un tiers moins élevé que celui auquel on le vendait à Philadelphie ou à New-York ; toute la différence se trouvant absorbée dans le trajet du producteur au consommateur. Le premier n'obtenait, conséquemment, qu'une petite quantité d'étoffes en échange de ses substances alimentaires, et le second peu de substances alimentaires en échange de ses étoffes. Tout récemment, le blé était abondant en Castille, tandis que l'Andalousie qui fait partie du même royaume que la Castille, s'adressait à l'Amérique pour ses approvisionnements de subsistances. De nos jours, les subsistances sont gaspillées dans une partie de l'Inde, tandis que des millions d'individus périssent par la famine dans une autre. Il en est de même partout, en l'absence de cette diversité de travaux qui constitue un marché dans le pays même, ou dans son voisinage. « En Russie, dit un voyageur moderne, une saison propice et une récolte abondante ne garantissent pas au fermier une année fructueuse. » Les prix dépendant, ainsi que cela a lieu, des accidents et des changements qui surviennent dans les pays éloignés, peuvent, continue-t-il, être tout à coup tombés si bas, qu'aucune combinaison matérielle de circonstances ne peut devenir avantageuse pour lui. « Il se trouve ainsi victime de circonstances » sur lesquelles il ne peut exercer aucun empire quel qu'il soit. « Complètements hors d'état d'agir lui-même sur le prix des grains, ce prix dépend de la demande faite pour les pays étrangers, des facilités de communication et de sa position par rapport à eux, ainsi que d'une foule d'autres causes pouvant agir accidentellement sur un pays immense (mais où la population est peu compacte) subissant à ses points extrêmes, l'influence de températures très-différentes, exposé dans le cours de la même année, à la disette et à l'abondance qui ont lieu sur des points éloignés du territoire, entre lesquels c'est pur hasard s'il existe un moyen quelconque de communication (1) ». Le tableau offert ici, est celui de toutes les contrées purement agricoles ; leurs récoltes sont presque complètement absorbées par les frais de transport, à cause de la distance excessive à laquelle le consommateur se trouve placé à l'égard du producteur. De là vient que l'esclavage, ou le servage, règne dans les pays où les travaux ne sont pas diversifiés.
    
    Il y a soixante ans, l'utilité des produits de l'Ohio était très-insignifiante, si insignifiante qu'il fallait, disait-on alors, tout ce qu'une acre de terre pouvait rendre « pour payer une culotte. » Il y a trente ans, l'utilité de ces produits avait augmenté considérablement, mais cependant elle était très-ordinaire, la plus grande partie étant appliquée à nourrir les individus et les chevaux qui transportaient ces produits au marché ; tandis que la valeur de toutes les denrées dont le fermier avait besoin, était tellement considérable, qu'il fallait 15 tonnes de froment pour payer une seule tonne de fer. La population de cet État exerçait alors peu d'empire sur la nature ; mais à mesure qu'elle a pris de l'accroissement, elle a obtenu cet empire, et maintenant elle jouit de la richesse, parce qu'elle a écarté quelques-uns des obstacles qui entravaient le commerce.

    C'est à cause de cela, qu'en même temps que l'utilité de leurs propres produits a augmenté considérablement, à raison de la diminution de la part proportionnelle de ceux-ci, nécessaire pour nourrir les hommes et les animaux employés au transport des denrées, la valeur du fer a diminué à tel point qu'on peut aujourd'hui s'en procurer six ou huit tonnes, en échange de la même quantité de froment qu'on eût alors donnée en échange d'une seule tonne. Comme conséquence de ce fait, il arrive qu'une seule année permet au fermier d'augmenter la quantité et la qualité de ses instruments de culture, plus qu'il ne pouvait le faire autrefois en vingt ans ; il substitue alors le mouvement continu du râteau traîné par des chevaux et des machines à moissonner et à battre le blé, au mouvement constamment interrompu du râteau à la main, de la faux et du fléau ; il peut s'appliquer plus promptement à écarter les obstacles qui subsistent encore, et qui résultent de la nécessité d'effectuer les changements du lieu. Plus les routes sont bien entretenues, plus est considérable la demande des instruments ; et plus celle-ci est considérable, plus est grande la tendance à la réalisation de ce fait : le meunier, le forgeron, le charpentier, le fileur et le tisserand venant prendre place près du fermier, en même temps que se manifeste un grand accroissement dans le mouvement de la société, dans l'attrait du foyer, et dans la faculté de s'associer avec les peuples étrangers.

    La puissance de l'homme sur la nature tend ainsi à se développer constamment, et chaque période de son progrès vers la puissance est accompagnée, naturellement et nécessairement, d'une diminution dans la résistance que la nature oppose à ses efforts. Il y a, conséquemment, tendance constante à l'accélération du mouvement ; et la quantité de mouvement d'un corps est, comme le lecteur le sait, ainsi que son poids, multipliée par sa vitesse. Les sentiers de piste indiens des six Nations doivent avoir coûté une plus grande somme d'efforts qu'il n'en a fallu postérieurement pour établir, déblayer et construire la route d'État ; et celle-ci, à son tour, a été une oeuvre d'un travail plus sérieux que ne l'a été, il y a quelques années, la construction du chemin de fer. La route à barrière de péages, de Baltimore à Cumberland, dont le parcours est de 180 milles, était, il n'y a que quarante ans, une oeuvre d'une telle importance, qu'on fit appel au trésor fédéral pour supporter les frais de construction ; mais aujourd'hui le nombre des chemins de fer s'accroît si rapidement que la population de la vallée de l'Ohio peut déjà choisir entre ces chemins si nombreux, lorsqu'elle veut visiter les villes de l'Océan Atlantique. Le Santa-Maria, ce grand navire de Christophe Colomb, ne jaugeait que 90 tonneaux, et cependant la construction d'un pareil bâtiment était, alors, une affaire bien plus sérieuse que ne l'est, aujourd'hui, celui d'un steamer qui accomplirait le même voyage en moins de semaines qu'il ne fallut de mois à Colomb. Là, comme partout, le premier pas exige les efforts les plus considérables et donne les résultats les plus faibles. A chaque pas nouveau, la valeur de l'homme augmente et celle des denrées diminue ; et nous constatons aussi un accroissement dans la richesse dont il peut disposer, accroissement qui lui donne de nouvelles facilités pour en acquérir une nouvelle.

    Jusqu'à ce jour nous n'avons encore fait qu'un pas dans cette direction. Le pouvoir de devenir utile à l'homme est une force qui se trouve à l'état latent dans toute la matière qui l'environne ; mais partout le développement de cette force est retardé par la difficulté inhérente à la réalisation des changements de lieu. Le sauvage est forcé d'abandonner sur le sol, pour être dévorée par les oiseaux de proie, la partie la plus précieuse du gibier que sa chasse lui a procuré ; tandis que l'individu qui vit en société avec son semblable peut utiliser non-seulement la chair, mais encore la peau, les os et même les parties non encore digérées, contenues dans l'estomac. L'homme isolé abat l'immense palmier pour obtenir le chou qui couronne son sommet ; laissant le tronc devenir la proie des vers ; mais l'homme vivant en société utilise non-seulement le tronc, mais les branches, l'écorce et même les feuilles. Les individus peu nombreux et disséminés qui cultivent les terrains ingrats d'un nouvel établissement, portent leurs denrées alimentaires et leur laine à un marché éloigné, perdant ainsi l'engrais et ajoutant aux frais de transport l'épuisement du sol, et le temps d'arrêt d'activité qui en résulte pour leur terre, tandis que l'homme associé à son semblable épargne tous ces frais et rend son terrain plus fertile à chaque nouvelle récolte. L'homme isolé parcourt de vastes espaces de terrains riches en charbon de terre et en minerais métalliques, et continue de rester pauvre ; mais l'homme associé à son semblable utilise ces dépôts et perfectionne les instruments qui lui servent à produire les substances alimentaires ; et plus il persévère dans cette voie, plus augmente le pouvoir de s'associer de nouveau et de combiner ses efforts. Considérons ce fait partout où vous voudrez, nous verrons qu'à mesure que les hommes peuvent se réunir, ils conquièrent la faculté de commander les services de la nature ; améliorant leurs routes en même temps qu'ils diminuent leur dépendance des instruments de transport, et transportant des tonneaux de produits avec moins d'efforts qu'il n'en fallait pour déplacer le poids de plusieurs livres ; bien que chaque année, successivement, ils se trouvent de plus en plus capables de condenser leurs matières premières en drap et en fer, et de diminuer ainsi le poids des denrées qu'il faut transporter.
 

 

 

 

 

 

Table des matières - Suite

Partager cet article

Repost 0
Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
commenter cet article

commentaires