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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 00:35

london_city.JPG   Comment sortir de la crise financière systémique mondiale, si l'on refuse de reconnaître l'ennemi à abattre, la source des cinquante dernières années d'effondrements financiers, agro-industriels, sanitaire, culturels et moraux des nations ?

 

   Nos hommes politiques, au mieux, refusent d'admettre l'existence de cette puissance nuisible dans leurs proposition de redressement du pays, et inventent des chimères pour justifier de leur aveuglement (l'écologisme décroissant, le marxisme, le libéralisme, la social-démocratie, etc). Au pire, comme Obama ou Sarkozy, ils vont se faire décorer par la vieille Elizabeth Windsor et trahissent leur mandat en mettant leur nation au service de l'Empire et en semant la guerre pour lui partout sur la planète (après la Lybie, la France se déploie au Kenya et en Somalie, figurez-vous...)

 

Mais enfin, pour sauver le monde, il faudra bien en extirper, de force, le cancer de la City et de ses métastases fiscales et coloniales. Car sans l'éradication de la City, c'est immanquablement l'éradication d'une bonne partie du genre humain qui sera inévitable, par la troisième guerre mondiale que celle-ci tente désespérément d'amorcer pour se sauver, comme en 1914 et en 1939.

 

   Je vous présente ci-dessous un article de Bertrand Buisson, cadre et chercheur du mouvement politique Solidarité et Progrès, qui signale la diffusion sur France 5 d'un documentaire exceptionnel sur la City de Londres, que vous pourrez aussi visionner sur cette page.

 

Un grand merci à Mathieu Verboud et à Zadig production pour leur travail, et leur indulgence quant à la diffusion de leur documentaire.

 

 

 

 

   
La télé publique a fait son boulot :

l’empire financier de la City sous les projecteurs !

 

 

La City, la finance en eaux troubles
documentaire de Mathieu Verboud
Zadig productions, 2011, 52mn

 

 

 

Par Bertrand Buisson

France 5 diffusait mardi 18 octobre un film documentaire inédit braquant enfin les projecteurs sur la City de Londres. La City, la finance en eaux troubles a pu montrer aux téléspectateurs français, à une heure de grande écoute, que cette Cité-Etat nichée au cœur de la capitale britannique est non seulement le centre, mais la mère de la mondialisation financière.

Indépendante de la Couronne britannique, la City de Londres est un vestige du monde médiéval dont les privilèges fiscaux et juridiques durent depuis mille ans et lui confèrent le statut envié de paradis fiscal. Mais comme le souligne très bien le film, la City est surtout le centre névralgique d’une nébuleuse offshore internationale. Alors que l’empire colonial anglais fermait officiellement ses portes dans l’après-guerre, la City de Londres a reconverti l’ensemble des possessions et ex-dominions britanniques en paradis fiscaux – Jersey, Guernesey, les Caïmans, les Iles Vierges, les Bahamas, Man, les Bermudes, etc. – tissant ainsi une toile mondiale lui permettant de capter l’ensemble des flux financiers mondiaux, qu’ils soient légaux ou non. Car en effet, ces paradis fiscaux patronnés par la City, ont pour fonction première le secret. Ils servent tout aussi bien à capter et blanchir les centaines de milliards de dollars générés annuellement par le trafic de drogue, qu’à permettre les spéculations les plus folles à n’importe quel opérateur financier ou même acteur économique, puisque l’essentiel des grandes banques, des multinationales et des grandes fortunes y ont des succursales leur permettant d’évacuer revenus et profits afin de contourner l’impôt. Selon les économistes du Tax Justice Network consultés dans le film, l’Etat britannique perdrait 150 milliards de recettes fiscales par an à cause de ce système, alors qu’une austérité de plus en plus féroce s’abat sur les sujets de sa majesté.

Mais ce qu’il nous faut souligner ici, c’est qu’il ne s’agit en rien d’un problème anglais, mais d’un fléau mondial, d’un péril pour l’ensemble de l’humanité. La City de Londres est le centre de la finance mondiale et règne en maître sur le commerce des monnaies, des matières premières et des produits financiers dérivés. Son système offshore aspire la majorité des investissements et du commerce mondiaux, détournant l’argent qui devrait servir à alimenter le développement des peuples et des territoires. Tous les pays du monde perdent des rentrées fiscales, subissent la loi des trafiquants ou du terrorisme à cause de cet empire offshore. Une grande partie des produits de consommation que vous achetez – du kilo de banane à l’ordinateur – échappent à l’impôt aussi bien dans le pays d’origine que dans le pays de destination. Les fortunes qui spéculent sur l’immobilier des grandes capitales, rendant les loyers hors de prix et poussant les travailleurs à l’exode péri-urbain, sont le fruit de ce système. Et d’où croyez-vous que vient l’argent finançant les extravagances du foot-business ? Et les liquidités des banques ? La criminalité en col blanc n’est plus un appendice du système, elle est le système ; et ce système a un nom : Empire britannique.

Les haut fonctionnaires français collaborent avec la City et marchent de plein gré dans ses combines depuis que de Gaulle est parti, la droite comme la gauche ont pactisé pendant 30 ans avec Thatcher et Tony Blair dans cette vaste entreprise de « dérégulation » financière, la majorité des économistes ont préféré ne pas voir ni entendre, et nombre de journalistes ont qualifié de fous ou de conspirationnistes ceux qui ont osé dénoncer et combattre politiquement « l’Empire britannique ».

Maintenant que la télévision publique a braqué ses projecteurs sur l’ennemi, il n’y a plus d’excuse pour ne rien faire, surtout que la charge a été sonnée samedi dernier par Jacques Cheminade, qui a officiellement lancé sa campagne présidentielle sous le slogan « Un monde sans la City ni Wall Street, un grand chantier pour demain »...

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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans Le monde - la presse - l'actu
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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 23:35

grece.jpgVoici une déclaration définitive du peuple grec à l'attention de la City, relayée par le site Solidarité et Progrès.

 

Bonne lecture.

 

 

 

7 juillet 2011 (Nouvelle Solidarité) – Face à l’oppression et au pillage de l’oligarchie financière, l’Assemblée populaire de la Place Syntagma invoque le devoir de résistance inscrit dans sa constitution, exerçant ainsi la pleine souveraineté du peuple alors que les autorités légales ont capitulé. Voici le texte de la déclaration adoptée le 3 juillet à Athènes [1] :



  AVERTISSEMENT ADRESSÉ À LA TROÏKA, AUX BANQUES ET AUX SOI-DISANT INVESTISSEURS, LOCAUX OU ÉTRANGERS, QUI FANTASMENT SUR LES BIENS PUBLICS GRECS 

  Un gouvernement grec déchu et dictatorial qui n’est plus représentatif du peuple de ce pays, vient de voter des lois avec lesquelles il a l’intention de brader les biens publics et les territoires grecs, contre la volonté de la grande majorité du peuple grec.

   Nous informons tous ceux qui y distinguent une occasion d’investissement, que nous ne tarderons pas à renverser ce gouvernement, qui sera appelé rapidement à rendre compte de ses crimes devant le peuple et le pays. Les signatures et les lois sont nulles et non avenues. Elles ne sont pas validées par le peuple grec, qui ne les reconnait pas. 

    Nous mettons en garde tout soi-disant investisseur, qu’il ne lui vienne pas même à l’esprit de s’approcher de quelque vente aux enchère de nos biens publics ou braderie de nos territoires, et encore moins de penser à les acheter. À part le fait qu’il perdra tout ce qu’il a acheté quand nous retrouverons la souveraineté de notre pays en tant que peuple, les sommes qu’il aura dépensées pour ces achats illégitimes ne lui seront pas remboursées. 

    De même nous le prévenons que jusqu’à ce que nous recouvrions le contrôle du pays, dans le cadre de la défense de nos droits tels qu’ils découlent de la constitution grecque [2] mais aussi des droits des peuples et des personnes reconnus internationalement, nous ferons tout ce qui est nécessaire par le biais de notre auto-organisation pour annuler en fait et en acte et pour saboter tous les éventuels investissements de ce type. 

    Que nul soi-disant investisseur n’ose faire ses courses dans les biens publics soldés et les territoires bradés en Grèce, sauf s’il se rend compte des hauts risques que courent ses investissements. Dans ce cas, ses investissements seront "bien reçus" dans notre pays, qui, quand son peuple se voit privé de liberté, sait donner naissance à des héros et se livrer à de haut-faits de résistance. [3]

    L’assemblée populaire de la Place Syntagma, le 3-7-2011.

 




Notes:

[1] cf. le site des indignés grecs : real-democracy.gr.


[2] La Constitution grecque adoptée en 1975 après la chute de la dictature des colonels, dispose clairement d’un droit de résistance (article 120) :

3. L’usurpation, de quelque manière que ce soit, de la souveraineté populaire et des pouvoirs qui en découlent est poursuivie dès le rétablissement du pouvoir légitime, à partir duquel commence à courir la prescription de ce crime.

4. L’observation de la Constitution est confiée au patriotisme des Hellènes, qui ont le droit et le devoir de résister par tous les moyens à quiconque entreprendrait son abolition par la violence.


[3] Dans la déclaration originale, ce passage se réfère directement à l’Amiral Constantin Kanaris, héros de la Guerre d’Indépendance de 1821, et au sabotage par la Résistance du pont ferroviaire stratégique de Gorgopotamos durant l’occupation nazie.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 18:32

fcic-logo.jpg   Chers lecteurs,

 

   voici la seconde traduction en français des conclusions de la Commission d'enquête fédérale sur la crise, plus connue depuis 2 mois sous le titre de "Rapport Angelides", du nom du président de cette commission. La première a été mise en ligne le 7 mars dernier par les animateurs du site Solidarité et Progrès, à cette adresse, au moment ou je finissais celle-ci. Vous pourrez donc comparez les deux, en cas de doute.

 

   Rendu public le 27 janvier dernier, ce document de 662 pages est une charge dévastatrice contre les banques, les agences de notation et les régulateurs, qui y sont désignés comme responsables des causes de cette crise. Il a déclenché une violente réaction des réseaux conservateurs, ultralibéraux et financiers, qui tentent depuis de le décrédibiliser et de s'exonérer de toute responsabilité sur le dos de la population et/ou du gouvernement.

 

   Le président de la Commission, Phil Angelides,FCIC President Phil Angelides ne s'est pas laissé faire, et s'est emparé des ondes pour appeler les citoyens américains - et les autres - à télécharger le rapport, à le lire et à en tirer eux-mêmes les conséquences.

 

   J'ai trouvé intéressant, comme les compagnons de S&P, que les français et francophones profitent aussi des conclusions de cet excellent rapport, qui doit devenir un outil dans la reconquête de la liberté, et que voici :

 

 

 

 

Rapport d’enquête sur la crise financière
Commission d’enquête fédérale sur la crise financière – Etats-Unis d’Amérique

Rapport final de la Commission nationale sur les causes de la crise financière et économique aux Etats-Unis - Traduction à partir de l’édition officielle du gouvernement, par Jean-Gabriel Mahéo - Libre de droit

 

 

Préface


    La Commission d’enquête sur la crise financière a été crée pour « examiner les causes de la crise financière et économique actuelle au Etats-Unis ». Dans son rapport, la Commission présente au Président, au Congrès, et au peuple américain les résultats de cet examen et ses conclusions quant aux causes de la crise.

    Plus de deux ans après le pire de cette crise financière, notre économie, ainsi que nos populations et nos familles, continuent à en subir les conséquences. Des millions d’américains ont perdu leur emploi et leur maison, et l’économie tente difficilement de redémarrer. Ce rapport a pour but de fournir une description historique de ce qui a amené notre système financier et notre économie au bord du précipice et d’aider les décideurs politiques et le public à mieux comprendre comment cette calamité est parvenue à l’existence.

    La Commission a été établie dans le cadre de la loi de lutte contre la fraude et pour la reprise [Fraud Enforcement and Recovery Act] (Droit Public 111-21), adoptée par le Congrès et signée par le Président en mai 2009. Ce groupe indépendant de 10 membres, était composé de citoyens expérimentés dans les domaines tels du logement, de l’économie, de la finance, de la régulation des marchés, de la banque et de la protection des consommateurs. Six de ses membres ont été appointés par la direction démocrate du Congrès, et quatre par la direction républicaine.

    Les instructions statutaires de la Commission ont présenté 22 sujets spécifiques d’enquête et ont appelé à l’examen de l’effondrement d’institutions financières majeures qui avaient failli, ou auraient failli sans l’assistance exceptionnelle du gouvernement. Ce rapport répond à ces mandats. Il a aussi été demandé à la Commission de signaler au procureur général des Etats-Unis,  ainsi qu’à tout procureur général d’état compétent, toute personne ayant, en relation avec cette crise, violé les lois des Etats-Unis. La Commission a rapporté systématiquement de telles violations aux autorités compétentes. Elle a usé de son l’autorité pour émettre des citations à comparaître dans le but d’obtenir témoignages et documents mais, globalement, les entreprises et les individus ont coopéré volontairement avec l’enquête.

    Au cours de ses recherches et investigations, la Commission a examiné des millions de pages, interrogé plus de 700 témoins, et tenu 19 jours d’auditions publiques à New-York, Washington D.C., et dans les localités du pays durement frappées par la crise. La Commission a aussi consulté un grand nombre d’ouvrages concernant la crise, élaborés par des comités du Congrès, des agences gouvernementales, des universitaires, des journalistes, des enquêteurs juridiques etc.

    Dans ce rapport, nous avons tenté d’expliquer en termes clairs et compréhensibles comment notre très complexe système financier fonctionnait, comment ses différents éléments s’organisaient, et comment la crise s’est produite. Ce qui a nécessité des recherches dans de vastes domaines, parfois ésotériques, tels que les prêts hypothécaires et les titrisations, les dérivés, la gouvernance d’entreprise et la gestion du risque. Pour extraire ces questions du domaine de l’abstraction, nous avons conduit des enquêtes particulières sur des firmes financières spécifiques – et dans de nombreux cas sur des aspects spécifiques de ces institutions – dont le rôle a été capital. Ces institutions sont, entre autres, American International Group (AIG), Bear Stearns, Citigroup, Countrywide Financial, Fannie Mae, Goldman Sachs, Lehman Brothers, Merrill Lynch, Moody’s, and Wachovia. Nous avons examiné d’une manière plus générale les rôles et actions d’une multitude d’autres compagnies.

    Nous avons aussi étudié les politiques mises en place les congrès et administrations successifs se rapportant à la question. Nous avons principalement examiné le rôle des responsables politiques et des régulateurs, et notamment de la Corporation d’assurance des dépôts fédérale (Federal Deposit Insurance Corporation – FDIC), du conseil d’administration de la Réserve Fédérale, du Département du logement et du développement urbain, du bureau du contrôleur de la monnaie, du bureau de supervision fédérale des entreprises de logement (et son successeur l’agence fédérale de financement du logement), du bureau de supervision de l’épargne, de la Commission des valeurs mobilières et des échanges (Securities and Exchange Commission – SEC) et du Département du Trésor.

    Bien entendu, il y a de nombreuses choses que la Commission n’a pas faites. Le Congrès ne lui a pas demandé de formuler des recommandations, mais a exigé d’elle qu’elle se plongea dans ce qui avait causé la crise. En ce sens, la Commission a fonctionné en quelque sorte comme le Bureau national de sécurité des transports, qui enquête sur les accidents dans les transports (aviation etc.) afin d’en déterminer les causes et d’en tirer les conséquences. On ne lui a pas plus confié la tâche d’évaluer la loi fédérale (le Troubled Asset Relief Program, connu sous l’acronyme TARP) qui a fourni assistance financière aux institutions majeures du secteur. Cette mission a été confiée au groupe de supervision du Congrès (Congressional Oversight Panel) et à l’inspecteur général pour le TARP.

    Ce rapport n’est pas le seul dépositaire de ce que notre groupe a trouvé. Un site web – www.fcic.gov – accueille une multitude d’informations, bien au-delà de ce qui sera ici présenté. Il contient une quantité de matériaux – documents et emails, vidéos des auditions publiques de la Commission, témoignages et travaux de recherches – qui pourra être étudié pour les années à venir. On peut y trouver la plupart des notes de bas de page. D’autre part, des éléments supplémentaires qui ne peuvent être diffusé pour l’instant, pour différentes raisons, seront rendus publics ultérieurement par l’Administration nationale des archives et enregistrements (National Archives and Records Administration).

    Notre travail est le reflet de l’extraordinaire engagement et des connaissances des membres de la Commission auxquels a été accordé l’honneur de ce service public. Nous avons aussi pu bénéficier du point de vue de milliers d’américains concernés, grâces à leurs lettres et emails. Enfin, nous voulons exprimer notre gratitude aux centaines de personnes et d’organisations qui ont offert à la Commission leur expertise, leurs informations et leur point de vue lors de longs entretiens, témoignages et discussions.

    Nous voulons remercier l’équipe de la Commission, et en particulier Wendy Edelberg, notre directeur exécutif, pour leur professionnalisme, leur passion et les longues heures qu’ils ont consacré à cette mission pour le service de leur pays. Ce rapport n’aurait pas été possible sans leur extraordinaire dévouement.

    Avec ce rapport et le site web, les travaux de la Commission s’achèvent. Nous présentons ce que nous avons trouvé dans l’espoir que les lecteurs pourront en tirer de quoi élaborer leurs propres conclusions, alors que l’histoire de cette crise continue aujourd’hui à s’écrire.

 

 

*              *              *

 

Conclusion de la Commission d’enquête sur la crise financière


La Commission d’enquête sur la crise financière a reçu pour mission d’examiner la crise financière et économique qui a frappé notre pays et d’en expliquer les causes au peuple américain. Nous sommes bien conscients de la signification de cette charge, étant donné la destruction économique dont a souffert l’Amérique suite à la plus grande crise financière depuis la Grande Dépression.

    Notre tâche a été, tout d’abord, de déterminer ce qui s’est passé, et comment, de sorte que nous puissions en comprendre le pourquoi. Nous présentons ici nos conclusions. Nous encourageons les Américains à se joindre à nous et à faire leurs propres évaluations, sur la base des indices rassemblés dans notre enquête. Car si nous ne tirons pas de leçons de l’Histoire, comment serons-nous capable de nous redresser ? Certains à Wall-Street et à Washington, qui ont intérêt à maintenir le status quo, pourraient être tentés d’effacer des mémoires les événements de cette crise, ou de suggérer que nul n’aurait pu la prévoir ou l’empêcher. Ce rapport s’efforce d’exposer les faits, d’identifier les responsabilités, de déconstruire les mythes et de nous aider à comprendre comment tout ceci aurait pu être évité. Nous voulons ici tenter d’enregistrer l’histoire, et non la réécrire ou permettre de la laisser réécrire.

    Afin d’aider nos concitoyens à mieux comprendre, nous leur présentons aussi des conclusions spécifiques à la fin des chapitres des parties III, IV et V de ce rapport.

    Le sujet de ce rapport est d’une grande importance pour la nation. Les graves événements de 2007 et 2008 n’ont été ni de simples cahots, ni une baisse un peu plus accentuée  dans les cycles financiers et ceux des affaires, ce à quoi nous sommes plus ou moins habitués dans un système économique de libre marché. Ils ont constitué une rupture fondamentale – un bouleversement financier, en d’autres termes – qui a fait des ravages dans toutes les collectivités et les communes du pays.

    A l’heure même où ce rapport part à l’impression, plus de 26 millions d’Américains sont sans emploi, n’arrive pas à trouver de travail à temps complet ou ont cessé d’en chercher. Près de quatre millions de familles ont perdu leur maison suite à saisie, et quatre millions et demi d’autres sont engagées dans le processus de saisie ou sont en retard sur le paiement de leur hypothèque. Près d’11 000 milliards de valeurs immobilières se sont évaporées, entraînants avec elles épargnes-retraites et économies d’une vie. Les entreprises, petites ou grandes, ont souffert de la morsure de cette profonde récession. Des causes et des faits dont elle a pu avoir connaissance, la population a conçu avec raison une grande colère. Combien de gens, qui avaient respecté les règles, se trouvent maintenant sans travail et sans perspectives ? Ce sont de vraies personnes, de vraies communautés, qui ont été les dommages collatéraux de cette crise. Son impact sera vraisemblablement ressenti encore durant une génération, et la nation n’a devant elle que des chemins de ronces pour retrouver sa puissance économique.

    Comme beaucoup d’Américains, nous avons débuté notre exploration en sondant nos propres opinions, et avec quelques connaissances préalables des raisons pour lesquelles le système financier le plus solide du monde s’est retrouvé sur le point de s’effondrer. À l’époque même de notre nomination à ce panel indépendant, on avait déjà beaucoup parlé et écrit au sujet de la crise. Pourtant, nous avons tous été profondément frappés par ce que nous avons appris au cours de cette enquête. Nous avons été parfois fascinés, parfois surpris et même choqués par ce que nous avons vu, entendu et lu. Ce fût un cheminement fait de révélations.

    Durant les deux dernières années beaucoup d’attention a été consacrée aux décisions du gouvernement fédéral visant à apporter une assistance financière massive pour stabiliser le système financier et secourir de grandes institutions financières, que l’on estimait systémiquement trop importantes pour les laisser s’effondrer. Ces décisions – et les grandes émotions qui les ont entourées – resteront longtemps un sujet de débat. Mais notre mission était de poser, et de répondre à cette question : comment, en 2008, notre nation fut-elle forcée de choisir entre deux alternatives, aussi sévères et douloureuses l’une que l’autre – à savoir : risquer l’effondrement total de notre système financier et de notre économie, ou injecter des dizaines de milliers de milliards de dollars du contribuable dans ce système et dans une ribambelle de compagnies, alors que des millions d’Américains perdaient leur emploi, leur épargne et leur maison ?

    Dans ce rapport, nous détaillons les événements de cette crise. Mais nous sommes d’avis que, pour commencer, un simple résumé sera utile. Alors que les faiblesses qui ont créées les possibilités d’une crise ont mis des années à se développer, c’est l’effondrement de la bulle immobilière – alimentée par des taux d’intérêts bas, des crédits faciles à profusion, une régulation quasi-inexistante et des hypothèques toxiques – qui a été l’étincelle à l’origine de la série d’événements menant à une véritable crise à l’automne 2008. Des dizaines de milliards de dollars d’hypothèques à risque ont été répandus dans l’ensemble du système financier, les titres de prêts hypothécaires ayant été conditionnés, reconditionnés et vendus aux investisseurs du monde entier. Lorsque la bulle a éclaté, des centaines de milliards de pertes dues à ces hypothèques et à leurs titrisations ont secoué les marchés et les institutions qui avaient développées une exposition importante à ces titres hypothécaires et s’en étaient servis pour garantir d’énormes emprunts. Cela se s’est produit non seulement aux Etats-Unis, mais dans le monde entier. Ces pertes ont été amplifiées par des dérivés tels que des titrisations synthétiques.

    La crise a atteint des proportions séismiques en septembre 2008 avec l’effondrement de Lehman Brothers et la désintégration imminente du géant de l’assurance American InternationalGroup (AIG). La panique, attisée par le manque de transparence des livres de compte des principales institutions financières, couplé avec l’imbroglio des interconnections entre ces institutions prétendues « trop grosse pour faillir », a provoqué le blocage des marchés de crédit. Les échanges ont brutalement cessé ; la bourse s’est effondrée ; l’économie a plongé dans une profonde récession.

    Le système financier que nous avons examiné ne ressemble que très peu à celui de la génération de nos parents. Les changements introduits lors des trois dernières décennies sont impressionnants. Les marchés financiers se sont de plus en plus mondialisés. Les technologies ont transformé l’efficacité, la rapidité et la complexité des instruments financiers et des transactions. L’accès aux capacités de financement est plus important que jamais, alors que leur coût est au plus bas. Enfin, le secteur financier est devenu une force écrasante dans notre économie.

    De 1987 à 2007, le total des dettes détenues par le secteur financier est passé de 3.000 milliards à 36.000 milliards, ce qui représente une croissance de plus du double en proportion du produit intérieur brut. La nature même de la plupart des firmes de Wall-Street s’est transformée – de partenariats privés relativement sérieux en corporations cotées en bourse et prenant des risques de plus en plus grands et diversifiés. En 2005, les 10 plus grandes banques commerciales U.S. détenaient 55% des actifs du secteur, soit plus du double qu’en 1990. À la veille de la crise, en 2006, les profits du secteur financier représentaient 27% du total des profits de toutes les corporations U.S., contre 15% en 1980. La compréhension de cette transformation a été essentielle à l’analyse de la Commission.

    Voici donc nos principales découvertes et conclusions, qui reposent sur les faits contenus dans ce rapport : nous espérons qu’une leçon puisse en être tirée afin d’éviter de futures catastrophes.


    - Nous concluons que la crise financière était évitable.

    La crise a été le résultat d’actions et d’inactions humaines, elle ne vient ni de Mère Nature, ni de modèles informatiques devenus fous. Les capitaines de la finance et les serviteurs publics de notre système financier ont ignoré les avertissements et ne se sont pas souciés de mettre en question, de comprendre et de gérer les risques croissants apparus au sein d’un système essentiel au bien-être du peuple américain. Ils ont commis un énorme ratage, pas une petite maladresse. Bien que les cycles des affaires soient inévitables, il n’y avait aucune raison qu’une crise de cette ampleur éclate. Pour paraphraser Shakespeare, ce n’est pas la faute de notre étoile, mais la nôtre.

    Malgré l’opinion exprimée par de nombreuses personnes de Wall-Street et de Washington, pour qui la crise était imprévisible ou inévitable, il y a a eu des signes précurseurs. Les avoir ignorés ou méprisés, voilà la tragédie. Il y a eu une explosion des prêts subprimes à risques et de leur titrisation, une croissance insoutenable du prix des logement, une multitude de rapports sur des pratiques scandaleuses et prédatrices de prêts, une augmentation spectaculaire de l’endettement hypothécaire des foyers et une croissance exponentielle des activités transactionnelles des firmes financières, des dérivés dérégulés et des marchés de prêts à court termes « repo », entre autres signaux d’alarme. Pourtant, on a laissé faire : les actions significatives pour réprimer ces menaces au bon moment ont été très rares.

     L’échec central de la Réserve Fédérale à endiguer le torrent d’hypothèques toxiques en est le principal exemple, alors qu’il lui était possible d’établir des standards de prêts hypothécaires prudents. Elle était la seule entité habilitée à le faire, et ne l’a pas fait. Ce rapport est rempli de ce type de défaillances : les institutions financières ont créé, acheté et vendu des titres hypothécaires qu’elles n’ont jamais examinés, se sont bien moqués de le faire, ou qu’elles savaient défectueuses ; des entreprises dépendaient de dizaines de milliards de dollars d’emprunts qui devaient être renouvelés chaque jour, lesquels étaient appuyés sur les titres hypothécaires subprimes. Les entreprises comme les investisseurs ont accordé une confiance aveugle aux agences de notations pour l’arbitrage de leurs risques. Qu’attendait-on qu’il arrive sur une autoroute sans limitation de vitesse ni marquages au sol ?


    - Nous concluons aux échecs généralisés des régulations et supervisions financières, qui ont été dévastateurs pour la stabilité des marchés financiers de la nation.

    Les sentinelles n’étaient pas à leurs postes, en grande partie à cause de ces croyances largement partagées en la nature auto-correctrice des marchés et la capacité des institutions financières à se maîtriser. Plus de 30 années de dérégulation et de dépendance envers l’auto-régulation, promues entre autres par l’ancien président de la Réserve Fédérale Alan Greenspan, soutenues par les Congrès et les administrations successifs, et agressivement poussées par la puissante industrie financière à chaque occasion, ont complètement détruit les garde-fous qui auraient pu aider à éviter la catastrophe. Cette approche a laissé s’ouvrir des brèches dans la supervision de secteurs critiques où des dizaines de milliards de dollars étaient en danger, comme le système bancaire parallèle [shadow banking system. Ndt.] ou les marchés de produits dérivés de gré-à-gré [over-the-counter derivatives markets. Ndt.]. Par-dessus cela, le gouvernement a permis que les firmes financières choisissent leurs régulateurs préférés, ce qui lança une course au plus faible régulateur.

    Cependant, nous n’admettons pas l’opinion selon laquelle les régulateurs ne disposaient pas de la puissance nécessaire pour protéger le système financier. Ils disposaient de grandes capacités dans de nombreux secteurs, et ont choisis de ne pas s’en servir. Par exemple, voyons ces trois cas : la Securities and Exchange Commission aurait pu exiger des investisseurs un accroissement du capital minimum et stopper les pratiques à risques dans les grandes banques d’investissement. Elle ne l’a pas fait. La Banque de Réserve Fédérale de New-York et les autres régulateurs auraient pu bloquer les excès de Citigroup dans les jours qui ont précédés la crise. Ils ne l’ont pas fait. Les politiques et les régulateurs auraient pu arrêter le train fou de la titrisation hypothécaire. Ils ne l’ont pas fait. Dans tous les cas, les régulateurs ont continué à garantir que les institutions qu’ils devaient surveiller étaient sûres et solides même lors de la montée des troubles, en ne les dégradant, le plus souvent, qu’à la veille de leur effondrement. Et quand bien même les régulateurs auraient manqué d’autorité, ils auraient pu la réclamer. Trop souvent, il leur a manqué la volonté politique – dans un environnement politique et idéologique qui, à la vérité, lui était hostile – et la force morale pour défier de manière critique les institutions et le système qu’ils avaient pour mission de superviser.

    Des changements dans les systèmes de régulations ont a eu lieu régulièrement au fur et à mesure de l’évolution des marchés financiers. Mais, comme le montre ce rapport, l’industrie financière elle-même a joué un rôle clé dans l’affaiblissement des contraintes régulatrices encadrant les institutions, les marchés et les produits. La Commission ne s’est pas étonnée qu’une industrie d’une telle richesse et d’une telle puissance tente d’exercer des pressions sur les responsables politiques et les régulateurs. De 1999 à 2008, le secteur financier a dépensé, selon les déclarations, 2,7 milliards de dollars en lobbying fédéral ; des individus et des comités d’action politique affiliés à ce secteur ont versé plus de 1 milliards de dollars de contributions de campagne. Ce qui nous a troublé a été le niveau auquel la nation se trouva dépourvue de la puissance et de l’indépendance nécessaire à la supervision requise pour sauvegarder la stabilité financière.


    - Nous concluons que les graves échecs de gouvernance d’entreprise et de gestion de risque dans de nombreuses institutions financières d’importance systémique ont été une cause essentielle de cette crise.

    L’on pense communément dans les grandes firmes financières que l’instinct de conservation protége de prises de risque fatales sans que l’aide d’une solide régulation soit nécessaire, laquelle, prétendent ces firmes, étouffe l’innovation. Beaucoup de ces institutions ont agi de manière irresponsable, prenant trop de risques, et dépendant beaucoup de financements à court-terme. Sous plusieurs aspects, ceci a montré  un changement de mentalité dans ces institutions, en particulier dans les grandes banques d’investissement et les compagnies-holding bancaires, qui ont concentré de plus en plus leurs activités sur la spéculation à risques permettant de dégager de confortables profits. Elles se sont beaucoup trop exposées en acquérant et en soutenant des prêteurs de crédits hypothécaires à haut risque et en créant, conditionnant, reconditionnant et vendant des milliers de milliards de dollars de titres appuyés sur des hypothèques, y compris des produits financiers synthétiques. Comme Icare, ils ne se sont pas inquiétés de voler trop près du Soleil.

    Nombre de ces institutions ont connu une croissance agressive par le biais d’acquisitions mal ficelées et de stratégies d’intégration qui ont rendu plus difficile une gestion efficace. Le PDG de Citigroup a déclaré à la Commission qu’une position de 40 milliards dans des titres hypothécaires n’aurait pas éveillé la moindre attention chez lui, et le co-président de la banque d’investissement de Citigroup a affirmé qu’il consacrait moins d’un pour cent de son temps à ces titres. Dans ces circonstances, trop grand pour faillir signifiait trop grand à gérer.

    Les institutions financières et les agences de notations ont fait confiance aux modèles mathématiques en tant qu’instruments fiables de prédiction des risques, lesquels ont trop souvent remplacé le jugement humain. Trop souvent, la gestion du risque en est devenue la justification.

    Les systèmes de compensation – conçu dans un environnement d’argent facile, de compétition intense et de régulation légère – ont beaucoup trop favorisé le bon coup, le gain à court-terme, sans tenir compte des conséquences à long terme. Ces mécanismes ont encouragé au gros pari – avec des gains énormes en cas de réussite et des pertes limitées en cas d’échec. Ceci est valable pour l’ensemble du secteur – du conseil d’administration au moindre négociant.

    Notre examen a révélé des cas frappant de gouvernance déficiente et irresponsable. Vous lirez ici, entre autres, l’exemple de l’encadrement supérieur d’AIG, ignorant tout des termes et risques associés à l’exposition de la compagnie à hauteur de 79 milliards de dollars dans des titres hypothécaires ; celui de Fannie Mae, à la recherche d’une plus grande part de marché, de plus grands profits et de plus gros bonus, ce qui l’a conduit à augmenter son exposition dans les prêts et titres douteux, alors que le marché plafonnait ; et la coûteuse surprise de la direction de Merrill Lynch, lorsqu’elle s’est aperçue que les 55 milliards de dollars de titres hypothécaires « super-seniors » et prétendument « super-sûrs » avaient causé des milliards de dollars de pertes.


    - Nous concluons qu’une combinaison d’emprunts excessifs, d’investissements risqués et de manque de transparence, a placé le système financier sur une trajectoire de collision avec la crise.

    À l’évidence, cette vulnérabilité est liée  aux échecs de gouvernance d’entreprise et de régulation, mais les faits ont été assez importants pour attirer notre attention.

    Dans les années qui ont précédé la crise, trop d’institutions financières et de foyers se sont endettés jusqu’au cou, devenant ainsi vulnérable à la moindre chute de valeur de leurs investissements. Par exemple, dès 2007, les cinq principales banques d’investissement - Bear Stearns, Goldman Sachs, Lehman Brothers, Merrill Lynch, and Morgan Stanley – ont opéré en s’appuyant sur un capital extraordinairement petit. Selon une estimation, leurs ratios d’effet de levier sont allés jusqu’à 40 pour 1, ce qui signifie que pour 40$ d’actif, il n’y avait qu’1$ de capital pour couvrir des pertes. Une chute de moins de 3% de la valeur des actifs pouvait couler une firme. Pire encore, l’essentiel des emprunts ont été fait à court-terme, sur le marché de crédit au jour-le-jour – il fallait donc les renouveler tous les jours. Par exemple, fin 2007, Bear Stearns disposait de 11,8 milliards de dollars d’actif et présentait un passif de 383,6 milliards, empruntant jusqu’à 70 milliards sur le marché de crédit au jour-le-jour. Pour une petite entreprise disposant de 50 000$ d’actif, cela équivaudrait à emprunter 1,6 millions de dollars, dont il faudrait rembourser chaque jour 296,750$. Ce n’était pas un coup de folie isolé : tout le monde faisait la même chose.

    De plus, l’effet de levier a souvent été dissimulé – grâce aux positions de dérivés, aux entités hors-bilan, et au « maquillage » des rapports financiers mis à la disposition du public investisseur.

    Les deux grandes entreprises sous garantie gouvernementale [Government-sponsored enterprises - GSEs – Ndt.], Fannie Mae et Freddie Mac, ont été les rois de l’effet de levier. Fin 2007, l’effet de levier combiné de Fannie et Freddie, y compris les prêts qu’ils ont accordés et garantis, s’élevait à 75 pour 1.

    Mais les firmes financières n’ont pas été les seules frappées par cette folie de l’emprunt : de 2001 à 2007, l’endettement hypothécaire national a presque doublé, et le montant de la dette hypothécaire par foyer a augmenté de plus de 63%, passant de 91,500$ à 149,500$, alors que les salaires stagnaient. Lors du retournement du marché immobilier, les firmes financières et les foyers, lourdement endettés, ont pris une raclée.

    Le lourd endettement supporté par certaines institutions financières s’accentua en raison des actifs à risque. Alors que les marchés hypothécaire et immobilier débitaient des prêts et des titres toujours plus risqués, beaucoup de ces institutions s’en sont gavées. Fin 2007, Lehman avait accumulé 111 milliards de dollars de possessions et de titres immobiliers résidentiels et commerciaux, c’est-à-dire près du double de ce qu’il détenait deux ans auparavant, et plus de quatre fois son actif total. Et là encore, le risque n’a pas seulement été pris par les grandes firmes financières, mais aussi par les familles. Près d’un emprunteur hypothécaire sur dix avait choisi, entre 2005 et 2007, un prêt « option ARM » [Ajustable Rate Mortgage – hypothèque à taux ajustable, où la part non-payée de la mensualité est reversée au capital, et augmente ainsi par recalcul la valeur de la suivante – Ndt.], ce qui signifie qu’ils ont pu choisir de faire des paiements si bas que le capital de leur hypothèque a augmenté chaque mois.

     Au sein même du système, les dangers de cette dette ont été amplifiés car aucune transparence n’était requise ni souhaitée. Les emprunts massifs à court-terme, combinés à des obligations invisibles aux autres acteurs du marché, ont accentué les chances d’un rapide « détricotage » du système. Dans la première moitié du XXème siècle, nous avions érigés toute une série de protections – la Réserve Fédérale comme prêteur en dernier ressort, l’assurance fédérale des dépôts, de grandes régulations – afin de fournir un rempart contre les déroutes régulières du système bancaire américain au XIXème siècle. Pourtant, au cours des trente dernières années, nous avons permis le développement d’un système bancaire parallèle – opaque et surchargé de dettes à court-terme – qui a rivalisé en taille avec le système bancaire traditionnel. Des composants-clés du marché – comme le marché de prêts de refinancement et ses milliers de milliards de dollars, les entités hors-bilan, et l’utilisation de produits dérivés hors-bilan – ont été dissimulés et dépourvus des protections créées pour empêcher les désintégrations financières.

    Ainsi, lorsque les marchés immobilier et hypothécaire se sont effondrés, l’absence de transparence, les formidables endettements, les prêts à court-terme et les actifs risqués ont été emportés dans la chute. Ce fut la panique. Nous avions semé le vent, nous récoltions la tempête.


    - Nous concluons que le gouvernement était mal préparé à cette crise, et que sa réponse hésitante a renforcé l’incertitude et l’affolement des marchés financiers.

    Dans le cadre de notre mission, il nous a fallu examiner les actions gouvernementales en réponse au développement de la crise, et pas uniquement celles qui l’ont précédé, afin de déterminer si l’une de ces réponses a pu contribuer à, ou exacerber, la crise.

    Comme le montre notre rapport, les principaux responsables politiques – le Département du Trésor, le conseil d’administration de la Réserve Fédérale, et la Banque de Réserve Fédérale de New-York –, les mieux placés pour surveiller nos marchés, n’étaient pas préparés aux événements de 2007 et 2008. D’autres agences ont été aussi largement dépassées. Ils se sont retrouvés handicapés car ils n’avaient pas bien compris le système financier dont ils avaient la supervision, en particulier ses évolutions dans les années qui ont précédés la crise, en grande partie à cause du manque de transparence des principaux marchés. Ils ont pensé que les risques étaient diversifiés, alors qu’en réalité ils étaient concentrés. À maintes reprises, depuis le printemps 2007, responsables politiques et régulateurs ont été pris au dépourvu alors que la contagion se répandait, répondant au cas par cas par des programmes spécifiques destinés à colmater les brèches. Il n’y avait aucun plan stratégique général d’endiguement, car ils ne connaissaient pas les risques et interconnections des marchés financiers. Certains régulateurs ont d’ailleurs reconnu cette erreur. Nous avons permis au système de se développer plus vite que notre capacité à le protéger.

    Il y eu malgré tout une certaine prise de conscience, ou du moins un débat, sur la bulle immobilière : les archives montrent que les principaux officiers publics n’ont pas reconnus les dangers que l’explosion de cette bulle faisait courir au système financier. Tout au long de l’été 2007, le président de la Réserve Fédérale Ben Bernanke et le Secrétaire au Trésor Henry Paulson ont soutenu publiquement que les remous des marchés hypothécaire subprime seraient endigués. Lorsque les fonds d’arbitrage de Bear Stearn, qui avaient énormément investi dans les titres hypothécaires, ont implosé en juin 2007, la Réserve Fédérale s’interrogea sur les implications de cet effondrement. Mais bien qu’un grand nombre d’autres fonds était exposé aux mêmes risques, le cas de ceux de Bear Stearn s’est vu qualifié de « relativement unique ». Quelques jours avant l’effondrement de Bear Stearn en mars 2008, le président de la SEC Christopher Cox s’est dit « à l’aise au sujet des matelas de capitaux » des grandes banques d’investissement. Il a fallu attendre août 2008, quelques semaines avant la prise de contrôle de Fannie Mae et Freddie Mac par le gouvernement, pour que le Département du Trésor comprenne la véritable situation de leurs conditions financières. Et moins d’un mois avant la désintégration de Lehman, la Banque de Réserve Fédérale de New York ne cessait de réclamer des informations sur les expositions créées par ses contrats de dérivés, dont le nombre dépassait 900 000.

    S’ajoute à tout cela la prise en main hésitante des principales institutions financières par le gouvernement durant la crise – la décision de secourir Bear Stearn, puis de placer Fannie Mae et Freddie Mac sous tutelle, suivie des décisions de d’abandonner à son sort Lehman Brothers et ensuite de sauver AIG – qui a accru l’incertitude et la panique du marché.

    Malgré ces remarques, nous respectons et apprécions réellement les efforts fait par le Secrétaire Paulson, le Président Bernanke et Timothy Geithner, ancien président de la Banque de Réserve Fédérale de New-York et actuellement Secrétaire au Trésor, ainsi que de beaucoup d’autres qui ont travaillé à stabiliser notre système financier et notre économie dans des circonstances extrêmement chaotiques et difficiles.


    - Nous concluons qu’il y a eu un effondrement général de la responsabilité et de l’éthique.

    L’intégrité de nos marchés financiers et la confiance publique qui leur est accordée sont essentiels au bien-être économique de notre nation. La solidité et la prospérité du système financier et de notre économie dépendent des notions d’échange juste, de responsabilité et de transparence. Dans notre économie, nous attendons des entreprises et des individus qu’ils poursuivent le profit, tout en produisant des biens et des services de qualité et en se conduisant honnêtement.

    Malheureusement – comme ce fut le cas dans les précédents cycles spéculatifs – nous avons assisté à une érosion des standards de responsabilité et d’éthique, qui ont exacerbé la crise financière. Cela n’était pas universel, mais les fissures se sont développées du sol jusqu’aux grands bureaux exécutif des entreprises. Il en a résulté non seulement des conséquences financières importantes, mais aussi des dommages dans la confiance des investisseurs, des entreprises et du public dans le système financier.

    Par exemple, nous avons découvert que, selon des données, le pourcentage d’emprunteurs qui ont fait défaut sur leurs hypothèques, dès les premiers mois, doubla presque, de l’été 2006 à la fin 2007. Cette donnée indique qu’il se pourrait que ces gens aient pris des hypothèques qu’ils n’avaient pas la capacité, ou l’intention, de rembourser. Nous vous parlerons plus loin de ces courtiers en prêts hypothécaires qui ont reçu des « primes au plus fort rendement » de la part des organismes prêteurs, afin de pousser les emprunteurs à choisir les prêts les plus coûteux et de recevoir ainsi de plus grosses commission. Bien évidemment, ceux qui empruntaient n’en savaient rien. Ce rapport démontre l’incidence croissante des fraudes hypothécaires, qui se sont développées dans des conditions de prêts dégradées et de régulations laxistes. Le nombre de rapports d’activités suspectes – rapports de soupçon de délits financiers déposés par des banques de dépôts et leurs filiales –, concernant des fraudes hypothécaires, a été multiplié par 20 entre 1996 et 2005, puis fit que doubler entre 2005 et 2009. Une étude estime les pertes résultant de fraudes sur les prêts hypothécaires émis entre 2005 et 2007 à 112 milliards de dollars.

    Les prêteurs ont émis des prêts dont ils savaient que les emprunteurs n’auraient pas les moyens de les rembourser, et qui causeraient chez les investisseurs dans les titres hypothécaires des pertes massives. Dès septembre 2004, les dirigeants de Countrywide ont admis que nombre des prêts qu’ils avaient émis pouvaient avoir des « conséquences catastrophiques ». Moins d’un an plus tard, ils avaient souligné que certains des prêts à haut-risque pouvaient entraîner une « catastrophe sur le plan financier, mais aussi sur celui de leur réputation ». Mais cela ne les a pas arrêtés.

    Ce rapport démontre aussi que les principales institutions financières ont réparti, de manière inefficace, les prêts achetés en lots, vendus aux investisseurs. Elles savaient qu’un pourcentage significatif de ces prêts ne répondaient pas à leurs propres règles de garantie, ni à celles de leurs émetteurs. Elles les ont pourtant vendus aux investisseurs. L’examen des nombreux prospectus distribués aux investisseurs montrent que cette information primordiale n’y figurait pas.


    CES CONCLUSIONS doivent être comprises dans un contexte déterminé par la nature humaine, et par la responsabilité individuelle et sociale. Premièrement, faire porter la responsabilité de cette crise à des vices mortels tels que l’avidité et l’orgueil serait simpliste. C’est l’échec à corriger ces faiblesses humaines qui importe.

    Deuxièmement, nous croyons sérieusement que cette crise est issue d’erreurs humaines, d’erreurs d’appréciations et de fautes, qui se sont soldées par des faillites systémiques qui coûtent très cher à la nation. Comme vous le lirez dans ce rapport, certaines entreprises et individus ont agi de manière irresponsable. Cependant, une crise de cette magnitude ne peut pas être l’ouvrage que de quelques agents, et en effet ce n’est pas le cas. Pour autant, l’étendue de la crise ne signifie pas que « tout le monde est fautif » ; nombre d’entreprises et de personnes ne sont pour rien dans les excès qui ont menés au désastre.

    Nous attribuons une responsabilité spéciale aux responsables publics chargés de protéger notre système financier, à ceux qui avaient reçu mandat de diriger nos agences de régulations, et aux dirigeants des compagnies dont les échecs nous ont conduits à la crise. Ces individus ont recherché et accepté des postes aux responsabilités et obligations importantes. L’on attendait d’eux un comportement exemplaire, et dans cette période, ils nous ont abandonné. Aucun n’a dit « stop ».

    Mais nous devons aussi accepter nos responsabilités, en tant que nation, pour ce que nous avons permis. Collectivement, mais sûrement pas unanimement, nous avons toléré ou accepté un système, un ensemble de politiques et d’actes, qui nous ont menés à cette situation.

 

 

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    CE RAPPORT DÉCRIT LES ÉVÉNEMENTS et le système qui ont propulsé notre nation vers la crise. La mécanique complexe  de nos marchés financiers possède plusieurs rouages importants – dont certains ont joué un rôle critique au fur et à mesure que la crise se développait et s’amplifiait. Voici nos conclusions sur des composants spécifiques du système qui ont contribué de manière significative à la désintégration financière.


    - Nous concluons que l’effondrement des standards de prêts hypothécaires et le pipe-line de titrisation hypothécaire ont allumé et répandu le feu de la contagion et la crise.

    Lorsque les prix immobiliers ont chuté et que les emprunteurs hypothécaires firent défaut, les lumières ont commencé à s’éteindre à Wall-Street. Ce rapport démontre la corrosion des standards de prêts hypothécaires et le rôle du pipe-line de titrisation, qui a transporté les hypothèques toxiques de nos quartiers vers les investisseurs du monde entier.

    Beaucoup de prêteurs hypothécaires ont placé la barre si bas qu’ils se sont contenté de faire confiance sur parole aux qualifications de l’emprunteur impatient, en affichant souvent une indifférence voulue envers ses capacités de paiement. Près d’un quart de toutes les hypothèques émises dans la première moitié de 2005 ont été des prêts « interest-only » [l’emprunteur ne remboursait que les intérêts de la mensualité pendant quelques années, puis remboursait ensuite la mensualité complète – Ndt]. La même année, 68% des prêts « option ARM » émis par Countrywide et Washington Mutual n’avaient nécessité que peu, voire pas, de documents de garantie.

    Ces méthodes n’étaient pas secrètes. Alors que les prêts irresponsables, y compris les pratiques prédatrices et frauduleuses, prenaient une position dominante, la Réserve Fédérale ainsi que les autres régulateurs et autorités ont été avertis par tous les secteurs. Pourtant, la Réserve Fédérale ne s’est pas souciée d’accomplir sa mission : « assurer la sûreté et la solidité du système bancaire et financier national et protéger le droit au crédit des consommateurs ». Elle n’a pas su bâtir à temps les digues nécessaires, et les bureaux du Contrôleur de la Monnaie et de la Supervision de la Croissance, enchaînant les querelles territoriales, ont empêché les régulateurs d’état de mettre de l’ordre dans les abus.

    Alors que les banques conservaient dans leurs comptes la plupart de ces hypothèques, d’énormes quantités de monnaie sont arrivées, de la part d’investisseurs internationaux exigeant de pouvoir placer leurs liquidités dans les titres hypothécaires nouvellement créés. Les institutions financières, les investisseurs et les régulateurs, ont semblé croire que le risque avait été dompté : les investisseurs détenaient des titres très bien notés, dont ils étaient sûrs des performances ; les banques pensaient avoir supprimé de leurs livres les prêts les plus risqués ; et les régulateurs voyaient les firmes faire des profits et les coûts du crédit se réduire. Mais chaque niveau du pipe-line de titrisation hypothécaire dépendait de la capacité du niveau suivant à maintenir la demande. Des spéculateurs achetant et revendant des maisons, aux firmes financières qui ont créé titres hypothécaires, obligations adossées à des créances hypothécaires [collateralized debt obligations - CDO. Ndt.], dérivés de CDOs [CDOs squared. Ndt.] et CDOs synthétiques, en passant par les courtiers en hypothèques à la recherche d’emprunteurs, aucun des acteurs de ce pipe-line d’hypothèques toxiques n’avait engagé suffisamment de capital dans le jeu. Ils ont tous cru pouvoir se décharger de leurs risques, à l’instant même, sur le maillon suivant de la chaîne. Ils se sont trompés. Lorsque les emprunteurs ont cessé de rembourser, les pertes – amplifiées par les produits dérivés – se sont engouffrées dans le pipe-line. Et l’on s’est aperçu alors que ces pertes étaient concentrées dans un groupe d’institutions financières d’importance systémique.

    En fin de compte, ce système, qui a permis de créer si efficacement des millions d’hypothèques, s’est avéré extrêmement difficile à démêler. Sa complexité faisait office de barrière dissuasive, empêchant de modifier les hypothèques afin que les familles restent dans leurs maisons, et créant des incertitudes supplémentaires sur la santé du marché immobilier et des institutions financières.


    - Nous concluons que les produits dérivés de gré-à-gré [over-the-counter derivatives – OTCs. Ndt.] ont contribué de manière significative à cette crise.

    La mise en œuvre en 2000 de la législation interdisant la régulation des produits dérivés de gré-à-gré, tant par le gouvernement fédéral que les gouvernements d’états, a représenté un tournant capital.

    Des établissements financiers aux entreprises, aux agriculteurs et aux investisseurs, les produits dérivés ont été utilisés pour se protéger contre, ou spéculer sur, les variations des prix, des taux, des indices ou même sur des événements tels que les défaillances potentielles de service de titres de dettes. Cependant, la supervision étant inexistante, les dérivés de gré-à-gré se sont développé rapidement de manière incontrôlée et invisible, grimpant jusqu’à 673 000 milliards de dollars en montant notionnel. Ce rapport expliquera les conséquences des effets de leviers incontrôlables ; du manque de transparence, de capitaux et de garantie minimum ; de la spéculation ; des interconnexions entre les firmes ; et de la concentration du risque dans ce marché.

    Les dérivés de gré-à-gré ont contribué à la crise de trois manières significatives. Premièrement, un type de dérivé – les dérivés de couvertures sur événements de crédit [credit default swaps - CDS. Ndt.] – a alimenté le pipe-line de titrisation hypothécaire. Les dérivés de couverture ont été vendus aux investisseurs en guise de protection contre les défaillances ou les chutes de valeur des titres hypothécaires appuyés sur des prêts à risques. Des compagnies ont vendu cette protection – dans le cas de AIG, cela représentait 79 milliards de dollars – aux investisseurs qui s’aventuraient sur le tout nouveau marché des titres hypothécaires, permettant ainsi de le lancer et de le développer et, en retour, de soutenir la croissance de la bulle immobilière.

    Deuxièmement, les dérivés de couverture ont été essentiels à la création des CDOs synthétiques, qui sont des paris sur les performances de véritables titres hypothécaires. Ils ont amplifié les pertes consécutives à l’effondrement de la bulle immobilière en permettant d’effectuer de multiples paris sur les mêmes titres, et ont contribué à les répandre à travers tout le système financier. Ainsi, Goldman Sachs a conditionné et vendu pour 73 milliards de CDOs synthétiques entre le 1er juillet 2004 et le 31 mai 2007. Ceux-ci s’appuyaient sur une liste de 3 400 titres hypothécaires, dont 610 étaient référencés au moins deux fois. Il faut ajouter que ces titres ont été aussi référencés de nombreuses fois dans les CDOs synthétiques créés par d’autres établissements.

    Enfin, lorsque la bulle immobilière a explosé, déclenchant la crise, les dérivés étaient au centre de la tempête. AIG, qui n’avait pas obligation de provisionner des réserves de capital en garantie des protections qu’elle vendait, n’a pas pu faire face à ses obligations et a été renflouée. Le gouvernement y a consacré au total 180 milliards de dollars, inquiet que l’effondrement d’AIG puisse déclencher des pertes en cascades dans le système financier mondial. De plus, l’existence de millions de contrats dérivés de tous genres liant entre elles les principales institutions financières – lesquels, de par l’absence de régulation, n’étaient ni visibles ni référencés – a augmenté l’incertitude et amplifié l’affolement, obligeant le gouvernement à prêter précipitamment assistance à ces institutions.


    - Nous concluons que les défaillances des agences de notation ont été des rouages essentiels de la mécanique de destruction financière.

    Les trois agences de notations ont été les principaux promoteurs de l’effondrement financier. Les titres hypothécaires, au cœur de la crise, n’auraient pu être commercialisés et vendus sans leur label d’approbation. Les investisseurs leur ont fait confiance, souvent aveuglément. Dans certains cas, ils étaient obligés d’en obtenir le soutien, sans quoi des standards de capitalisation réglementaires leur étaient imposés. Cette crise n’aurait pas a eu lieu sans le rôle de ces agences. Leurs notations ont permis l’expansion du marché, et leurs dégradations de 2007 à 2008 ont semé le chaos dans les marchés et les établissements financiers.

    Dans notre rapport, vous trouverez des informations sur les défaillances chez Moody’s, dont la Commission s’est servie comme étude de cas. De 2000 à 2007, Moody’s a accordé la note triple-A à près de 45.000 titres hypothécaires. En comparaison, seules six compagnies du secteur privé aux États-Unis ont bénéficié de cette notation début 2010. Rien qu’en 2006, Moody’s a donné la note triple-A à trente titres hypothécaires par jour ouvrable. Les résultats ont été désastreux : 83% des titres hypothécaires notés triple-A cette année-là ont en fin de compte été dégradés.

    Nous vous parlerons aussi des forces en jeu derrière les défaillances de cette société, des modélisations informatiques déficientes, de la pression de la part des établissements financiers qui payaient pour ces notations, de la pression constante pour la conquête de part de marché, du manque de ressources nécessaires au bon fonctionnement malgré des profits records, et de l’absence d’une supervision publique adéquate. Et vous constaterez aussi que, sans l’active participation des agences de notation, le marché des titres hypothécaires n’aurait pas pu être ce qu’il est devenu.


 

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    IL EXISTE PLUSIEURS OPINIONS CONCURRENTES sur l’origine de cette crise. À cet égard, la Commission a entrepris de répondre aux principales questions qui nous ont été posées. Nous allons ici en présenter trois, qui concernent : le capital disponible et l’excès de liquidité, le rôle de Fannie Mae et Freddie Mac [les GSEs, Government sponsored enterprises – entreprises à délégation gouvernementale. Ndt.], et la politique de logement du gouvernement.

    Premièrement, en ce qui concerne l’excès de liquidité : dans notre rapport, nous attirons l’attention sur les politiques monétaires et sur les afflux de capitaux dans les années qui ont précédé la crise. De faibles taux d’intérêts, de grandes quantités de capitaux disponibles, et des investisseurs internationaux cherchant à placer leurs liquidités dans des actifs immobiliers aux États-Unis ; tous ces éléments ont constitué la base de la création d’une bulle de crédit. Ces conditions ont provoqué une augmentation des risques, qui auraient du être perçue par les acteurs du marché, les décideurs et les régulateurs. Cependant, la Commission conclut que l’excès de liquidité n’est pas nécessairement la cause de la crise. Les défaillances, soulignées ci-dessus – y compris l’incapacité de mettre de l’ordre dans les excès des marchés hypothécaires et financiers -, en ont été les causes principales. En effet, la disponibilité de capitaux – tant étrangers que domestiques –, à des prix corrects, est une opportunité d’expansion économique et de croissance si elle est encouragée à s’écouler dans des secteurs productifs.

    Ensuite, nous avons examiné le rôle des GSEs, la Commission ayant considéré dans ce domaine le rôle de Fannie Mae. Ces entreprises à délégation gouvernementale ont utilisé un modèle économique profondément défaillant : elles étaient cotées en bourse tout en bénéficiant du soutien implicite et des subventions du gouvernement, et chargées d’une mission publique. Leurs 5 000 milliards de dollars d’exposition et de part de marché étaient importants. En 2005 et 2006, elles ont décidé d’accroître leurs achats et leurs couvertures d’hypothèques risquées, alors même que le marché immobilier plafonnait. Elles ont usé durant des décennies de leur puissance politique pour repousser toute tentative de régulation efficace et de supervision – dépensant pour cela 164 millions de dollars en lobbying, de 1999 à 2008. Elles ont souffert de la plupart des défaillances issues de la gouvernance d’entreprise et de la gestion de risque existant également dans d’autres firmes financières. Au premier trimestre de 2010, le Département du Trésor leur a fourni un soutien financier de 151 milliards pour les maintenir à flots.

    Nous concluons que ces deux entités ont contribué à la crise, sans en être cause première. Il est remarquable que les titres hypothécaires de ces GSEs aient réussi à conserver l’essentiel de leurs valeurs tout au long de la crise et qu’ils n’aient pas contribué pas aux importantes pertes subies par les firmes financières, qui ont été au centre de la crise financière.

    Les GSEs ont participé à l’expansion des subprimes et autres hypothèques risquées, mais elles ont suivi, bien plus qu’elles n’ont mené, Wall-Street et les autres prêteurs dans cette ruée vers ce miroir aux alouettes. Elles ont acheté les titres hypothécaires hors-GSE les mieux notés, contribuant par leur participation à gonfler la bulle immobilière, mais leurs achats n’ont jamais constitué la majorité du marché. Ils ont représenté 10,5% des titres hypothécaires subprime hors-GSE en 2001, cette part augmentant à 40% en 2004 pour reculer à 28% en 2008. Elles ont assoupli leurs standards de garantie pour acheter ou couvrir des prêts risqués et des titres associés, afin de satisfaire les espoirs de croissance des analystes financiers et des investisseurs, pour reconquérir des parts de marchés, et pour assurer des primes généreuses à leurs dirigeants et employés – justifiant leurs activités par le soutien large et constant des politiques publiques à l’accès à la propriété des ménages.

    La Commission a aussi sondé les performances des prêts achetés ou garantis par Fannie et Freddie. Bien qu’ayant produit des pertes sub

stantielles, les taux de défaut de paiement des prêts des GSEs ont été très nettement inférieurs à ceux des prêts titrisés par les autres établissements financiers. Par exemple, les données compilées par la Commission sur un sous-ensemble d’emprunteurs disposant de scores de crédit similaires – inférieur à 660 – montrent qu’à la fin 2008, la probabilité de défaut des hypothèques GSEs était bien moins sérieuse que celle des titres hypothécaires non-GSEs : 6,2% contre 28,3%.

    Nous avons aussi étudié en profondeur la manière dont les objectifs d’accession à prix abordable à la propriété individuelle du Département du Logement et du Développement Urbain [Housing and Urban Development’s – HUD’s. Ndt.] ont affecté leurs investissements dans les hypothèques risquées. Sur la base d’éléments et d’entretiens avec des douzaines de personnes impliquées dans ce processus, nous avons déterminé que ces objectifs n’ont contribué que marginalement aux engagements de Fannie et Freddie dans ces hypothèques.

    Enfin, sur la question de savoir si les politiques gouvernementales de logement ont été une cause essentielle de la crise : durant des décennies, le gouvernement a encouragé l’accès à la propriété individuelle grâce à une série de mesures d’encouragement, de programmes d’assistance et de mandats. Ces politiques ont été mises en place et promues par plusieurs administrations et Congrès – de fait, les présidents Bill Clinton et George Bush leur avaient fixé des objectifs exigeants.

    En conduisant notre enquête, nous avons scruté avec attention les objectifs d’accession à prix abordable à la propriété individuelle du HUDs, comme nous venons de l’écrire, et la Loi de Réinvestissement dans la Communauté [Community Reinvestment Act – CRA. Ndt.]. La CRA avait été votée en 1977 afin de lutter contre les « listes noires » des banques – une pratique qui consistait à refuser le crédit aux individus et entreprises de certaines communautés, sans tenir compte de leur solvabilité. La CRA oblige les banques et les caisses d’épargne à prêter, à investir et à fournir des services aux communautés dont elles reçoivent des dépôts, tant que cela ne menace ni la sûreté ni la solidité bancaire.

    La Commission conclut que la CRA n’a pas joué de rôle significatif dans les prêts subprimes ou dans la crise. La plupart des prêteurs subprimes n’étaient pas assujettis à cette loi. Les recherches indiquent que seuls 6% des emprunts à fort taux – intermédiaires vers les prêts subprimes – ont été sujets d’une manière ou d’une autre à cette loi. Les prêts effectués par les prêteurs sujets à la CRA, dans les communautés où ils étaient tenus d’en faire, risquaient moitié moins de faire défaut que des prêts similaires vendus dans la même communauté par des émetteurs hypothécaires indépendants non-assujettis à cette loi.

    Nous tenons cependant à faire l’observation suivante sur les politiques de logement du gouvernement, qui ont échoué. En tant que nation, nous avions établi des objectifs élevés afin de favoriser l’accès à la propriété individuelle en permettant l’accès au crédit à des familles qui s’étaient vues auparavant refuser les services des marchés financiers. Mais le gouvernement n’est pas parvenu à s’assurer qu’à cette philosophie de l’opportunité correspondent les réalités pratiques du terrain, comme en a témoigné la défaillance de la Réserve Fédérale et des autres régulateurs à mettre de l’ordre dans les pratiques de prêts irresponsables. L’accès à la propriété individuelle a plafonné en 2004, puis a commencé à décliner. À partir de ce moment, les discours sur l’opportunité se sont trouvés cruellement contredits par la réalité du désastre financier.


 

*              *              *




    LORSQUE CETTE COMMISSION a commencé son travail il y a 18 mois, certains pensaient que les événements de 2008 et leurs conséquences seraient derrière nous au moment de sa mise sous presse. Mais plus de deux ans après l’intervention sans précédent de notre gouvernement fédéral dans nos marchés financiers, notre pays se trouve encore en train de traiter les séquelles de la calamité. Notre système financier est, sous plusieurs aspects, toujours identique à celui qui existait à la veille de la crise. En fait, émergeant des gravats de la crise, le secteur financier U.S. est aujourd’hui plus concentré que jamais entre les mains de quelques grandes institutions d’importances systémiques.

    Bien que nous n’ayons pas été chargés de faire de recommandation d’ordre politique, le véritable but de notre rapport a été de faire le point et de tirer profit de ce qui est arrivé, afin de pouvoir tracer une nouvelle route. Lors de nos enquêtes, nous avons constaté de dramatiques effondrements de gouvernance d’entreprise, de profondes défaillances de la supervision réglementaire, et des failles fatales dans notre système financier. Nous avons aussi remarqué qu’une série de choix et d’actions nous a mené vers une catastrophe à laquelle nous n’étions pas préparés. Voici les questions sérieuses qui devront être traitées et résolues afin de rétablir la confiance dans nos marchés financiers, d’éviter une prochaine crise et de reconstruire un système de capital  qui fournira les fondations d’une nouvelle ère de prospérité commune.

    La plus grande des tragédies serait de tolérer le mythe selon lequel personne n’a rien vu venir, et donc rien pu empêcher. Si nous l’acceptons, alors cela se reproduira.

    Ce rapport ne représente pas la conclusion de l’examen de cette crise par la nation. Il reste encore beaucoup à apprendre, à découvrir et à réparer.

    Ceci est de notre responsabilité à tous. Il nous revient de faire, si nous voulons des résultats différents, des choix différents.

 

 

Fin des conclusions

 
 
 
 
Edition officielle du gouvernement.

For sale by the Superintendent of Documents, U.S. Government Printing Office
Internet: bookstore.gpo.gov Phone: toll free (866) 512-1800; DC area (202) 512-1800
Fax: (202) 512-2104 Mail: Stop IDCC, Washington, DC 20402-0001
SBN 978-0-16-087727-8 

 

 

 

*              *              *

 

 

Membres de la Commission d’enquête sur la crise financière


Président : Phil Angelides

 
Vice Président : L’honn. Bill Thomas


Brooksley Born - Commissaire, Byron Georgiou - Commissaire, Senator Bob Graham - Commissaire, Keith Hennessey - Commissaire, Douglas Holtz-Eakin - Commissaire, Heather H. Murren, CFA - Commissaire, John W. Thompson - Commissaire, Peter J. Wallison - Commissaire


Commissaires ayant voté pour l’adoption du rapport :

Phil Angelides, Brooksley Born, Byron Georgiou, Bob Graham, Heather H. Murren, John W. Thompson


Commissaires en désaccord avec le rapport :

Keith Hennessey, Douglas Holtz-Eakin, Bill Thomas, Peter J. Wallison

 

 

Équipe de la Commission

Wendy Edelberg, Directeur exécutif

Gary J. Cohen, Conseiller juridique

Chris Seefer, Directeur des enquêtes

Greg Feldberg, Directeur des recherches

Shaista I. Ahmed - Hilary J. Allen - Jonathan E. Armstrong - Rob Bachmann - Barton Baker - Susan Baltake - Bradley J. Bondi - Sylvia Boone - Tom Borgers - Ron Borzekowski - Mike Bryan - Ryan Bubb - Troy A. Burrus - R. Richard Cheng - Jennifer Vaughn Collins - Matthew Cooper - Alberto Crego - Victor J. Cunicelli - Jobe G. Danganan - Sam Davidson - Elizabeth A. Del Real - Kirstin Downey - Karen Dubas - Desi Duncker - Bartly A. Dzivi - Michael E. Easterly - Alice Falk - Megan L. Fasules - Michael Flagg - Sean J. Flynn, Jr. - Scott C. Ganz - Thomas Greene - Maryann Haggerty - Robert C. Hinkley - Anthony C. Ingoglia - Ben Jacobs - Peter Adrian Kavounas - Michael Keegan - Thomas J. Keegan - Brook L. Kellerman - Sarah Knaus - Thomas L. Krebs - Jay N. Lerner - Jane E. Lewin - Susan Mandel - Julie A. Marcacci - Alexander Maasry - Courtney Mayo - Carl McCarden - Bruce G. McWilliams - Menjie L. Medina - Joel Miller - Steven L. Mintz - Clara Morain - Girija Natarajan - Gretchen Kinney Newsom - Dixie Noonan - Donna K. Norman - Adam M. Paul - Jane D. Poulin - Andrew C. Robinson - Steve Sanderford - Ryan Thomas Schulte - Lorretto J. Scott - Skipper Seabold - Kim Leslie Shafer - Gordon Shemin - Stuart C. P. Shroff - Alexis Simendinger - Mina Simhai - Jeffrey Smith - Thomas H. Stanton - Landon W. Stroebel - Brian P. Sylvester - Shirley Tang - Fereshteh Z. Vahdati - Antonio A. Vargas Cornejo - Melana Zyla Vickers - George Wahl - Tucker Warren - Cassidy D. Waskowicz - Arthur E. Wilmarth, Jr. - Sarah Zuckerman

 

 

*              *              *

 

Table des matières

Commissaires
Vote des commissaires
Liste du personnel de la Commission
Préface
Conclusions de la Commission d’enquête sur la crise financière


Partie I : La crise à l’horizon

Chapitre 1    Sous nos yeux


Partie II : La mise en place

Chapitre 2    Système bancaire parallèle
Chapitre 3    Titrisation et dérivés
Chapitre 4    Dérégulation Redux
Chapitre 5    Prêts subprimes

Partie III : L’expansion et l’effondrement
Chapitre 6    Expansion du crédit 

Chapitre 7    La mécanique des hypothèques
Chapitre 8    La mécanique des CDO
Chapitre 9    Tous dedans
Chapitre 10    La folie
Chapitre 11    L’effondrement

Partie IV : La désintégration
Chapitre 12    Début 2007 : Inquiétudes sur les taux des subprimes
Chapitre 13    Eté 2007 : interruptions des financements
Chapitre 14    Fin 2007 et début 2008 : Milliards perdus dans les subprimes
Chapitre 15    Mars 2008 : La chute de Bears Stearns
Chapitre 16    Mars à Août 2008 : Préoccupations de risque systémique
Chapitre 17    Septembre 2008 : 

La prise de contrôle de Fannie Mae et Freddie Mac
Chapitre 18    Septembre 2008 : La banqueroute de Lehman
Chapitre 19    Septembre 2008 : Le renflouement d’AIG
Chapitre 20     Crise et panique

Partie V : Les répliques
Chapitre 21    Les retombées économiques
Chapitre 22    La crise des saisies

Vues divergentes
Par Keith Hennessey, Douglas Holtz-Eakin, and Bill Thomas
Par Peter J. Wallison

Appendice A : Glossaire

Appendice B: Liste des auditions et témoins

Notes

Index disponible en ligne sur www.publicaffairsbooks.com/fcicindex.pdf


 

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 21:58

guillon3.jpgUn grand merci à Stéphane Guillon pour cette terrible satire, très drôle et d'une cruelle vérité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 18:24
Claude-Allegre.jpgVoici une excellente tribune de monsieur Claude Allègre, publiée dans les pages Débats du Point, édition du 21 janvier 2010. Il y est extrêmement percutant, polémique, et lie - enfin - très clairement l'écologie à l'impérialisme et à la haute finance spéculative, ce qui ne sera une découverte que pour ceux qui n'ont pas lu la non-moins excellente Etude sur la nature des mouvements écologistes et leurs véritables objectifs.

Son titre est : "Copenhague : le Sud a dit NON!"
Ici, à la recherchedubonheur.com, nous sommes enchantés de lire cela dans la grande presse, et très content de pouvoir vous en faire profiter :




Copenhague : le Sud a dit NON !

la sagesse du sud l'a emporté sur la fausse naïveté impérialiste du nord, qui n'arrive pas à faire le deuil de la fin de sa suprématie.
Claude Allègre


    Copenhague a été un échec, comme - avec quelques autres - je l'avais prévu. Cet échec ne sera pas réparé, parce que les idées qui ont présidé à cette réunion sont fondamentalement erronées et que les intentions, sous-jacentes, n'étaient pas exemptées d'arrière-pensées.

    Car l'idée centrale qui, naturellement, n'était pas affichée comme telle était de faire contrôler le développement des pays du Sud (Chine, Inde, Brésil, Indonésie, Afrique du Sud) par les pays du Nord. Sous le prétexte qu'il faut éviter qu'ils polluent - « notre » planète -, on voudrait leur imposer des quotas et avoir le droit de contrôler la manière dont ceux-ci sont respectés, et par conséquent le rythme de développement de ces pays dits émergents. Bien sûr, ils ne l'accepteront jamais. Si ce n'était pas la volonté de contrôler le développement du Sud - c'est-à-dire l'avenir de la planète -, pourquoi avoir impliqué dans la conférence de Copenhague 192 pays dont 90 % ne dégagent à eux tous que moins du millième des émissions de CO2 ?

    Pourquoi ne pas avoir choisi le sommet de la FAO à Rome pour confronter les chefs d'Etat au fléau de la malnutrition ? Leur détermination à aider la planète aurait été plus crédible !


    De quel droit le Nord pourrait-il dicter au Sud la manière de se développer en obéissant au résultat d'un bilan carbone ? Cette ambition n'est pas nouvelle, elle était déjà présente à Kyoto avec le fameux système des droits à polluer, du marché carbone, qui ne sont rien de plus que l'ancien système des indulgences, instauré par l'Eglise catholique pour racheter ses péchés sous certaines conditions.

    Les pollueurs peuvent continuer à le faire en rachetant leurs droits à polluer aux pays pauvres. Certes, ces derniers reçoivent un prix pour cela, mais ce prix correspond à l'assurance d'un non-développement. Comme le disait avec force un chef d'Etat africain : « Vous nous offrez de nous développer avec des voitures électriques et du photovoltaïque, mais c'est plus cher et moins fiable que les sources d'énergie que vous utilisez vous-même dans les pays du Nord. »

    Naturellement, ce marché n'était pas distinct des excès coupables de la planète fric et du système des produits dérivés qui nous ont conduits à la crise. La banque américaine Lehman Brothers, qui nous a si promptement entraînés vers le désastre, n'avait-elle pas mis en route un programme joliment nommé Business of Climate Change, avec comme conseillers - excusez du peu - Al Gore et l'alarmiste scientifique en chef Hansson ?

    L'un des anciens numéros deux de l'Onu, homme clé dans cette affaire, qui fut à l'origine des sommets de Rio et de Kyoto, Maurice Strong, et qui fut aussi obligé de quitter l'Onu après des micmacs en Irak dans la première guerre du golfe, ne siège-t-il pas dans le Chicago Climate Exchange, l'un des centres du business carbone ? Et, avec un esprit d'entreprise aussi audacieux que naïf, ne se proposait-il pas d'en installer un en Asie pour organiser un marché carbone chinois ?

    Tout ce merveilleux Meccano est fondé, comme dans le cas des banques, sur un modèle informatique de prédiction du climat que l'on sait désormais plus qu'incertain, et probablement faux. Mais, en filigrane, derrière cette organisation il y a aussi la volonté de faire gouverner le monde par une escouade de fonctionnaires internationaux choisissant les comités d'experts, décidant de ce qui est bon pour le monde et manoeuvrant comme à la parade les chefs d'Etat, aussi heureux de se retrouver ensemble autour du magnifique projet de sauver la planète qu'incapables de hiérarchiser les enjeux. Patatras ! Le bon sens des pays du Sud l'a emporté, jetant bas tous les beaux projets.

    L'Amérique, qui n'est pas prête à sacrifier son économie à des chimères, fussent-elles baptisées scientifiques, accompagne ce mouvement. Témoin la rencontre d'Obama à huis clos avec la Chine, l'Inde, le Brésil, mais sans l'Europe. L'Europe, elle aussi animée par une troupe de technocrates anonymes qui rêvaient d'un grand marché carbone européen dans lequel certains se seraient sans nul doute investis, continue à faire des moulinets. Elle devrait réaliser qu'elle devient le seul espace au monde où la décroissance est désormais une réalité durable. La sagesse du Sud l'a emporté sur la fausse naïveté impérialiste du Nord, qui n'arrive pas à faire le deuil de la fin de sa suprématie ! Il reste que des problèmes gigantesques et urgents se posent à la planète. Ainsi la pénurie d'eau et de nourriture qui, dès aujourd'hui, détruit chaque jour des milliers de vies, et notamment celles d'enfants. La démographie galopante de certains pays pauvres, qui va induire des migrations humaines qu'aucune politique restrictive des pays d'accueil ne pourra contrôler. Dans les pays et entre les pays, les inégalités s'accroissent et ne pourront éternellement être tolérées avec ce spectre désormais mondialisé qui s'appelle chômage et pauvreté.

    Le monde ne pourra retrouver une nouvelle croissance plus harmonieuse que par l'innovation et l'adaptation aux changements climatiques, par la création de richesses et une meilleure distribution de ces dernières. Mais pas par des quotas, des taxes, des interdictions et encore moins par la décroissance !

    Messieurs les chefs d'Etat, réveillez-vous, sortez du monde virtuel, des projections séculaires. Occupez-vous des peuples, de leurs besoins immédiats, des questions urgentes car, par-delà la planète qu'il faut certes « gérer », il y a l'homme. L'homme, quand en sera-t-il question ?


Publié le 21/01/2010 N°1949 Le Point
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Published by Claude Allègre pour Le Point - Jean-Gabriel Mahéo - dans Le monde - la presse - l'actu
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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 21:05
georgebailey1.jpg   C'est depuis 2007 que la folie bancaire et financière a été révélée au monde comme étant ce qu'elle est : une vaste escroquerie, une attaque contre les peuples, menée par des barbares dont la capitale se trouve à Londres. Mais en 2007, ils commandaient encore à nos chefs d'états et à nos représentants.

   En conséquence, depuis deux ans et demi, ce sont toutes les solutions qu'il ne fallait pas choisir que les chefs politiques du monde ont mises en œuvre (destruction des structures publiques républicaines : santé, école, retraites, justice, etc.), tout en endossant les dettes des banques et des compagnies d'assurances en échanges de leur simple parole - je n'exagère pas - qu'ils ne recommenceront pas, pendant que le système mondial de banques centrales inondait de liquidités les pires spéculateurs pour qu'ils accroissent encore leur emprise sur les économies des nations.

   Aujourd'hui, la ruine menace la plupart des individus et des nations, les banques ont des bilans encore pires qu'en 2007, et les chefs politiques ne savent plus où donner de la tête pour les plus honnêtes, ou continuent d'appliquer le programme pour les plus vils, dont notre président de la république.

   Mais le vent a tourné déjà depuis un moment : l'alliance Chine-Russie-Inde a décidé de survivre à l'effondrement de l'empire britannique, les génocidaires de la couronne impériale ont complètement perdu le contrôle de la conférence de Copenhague, et le peuple américain rugit face à l'incompétence et au vice qui tentent de l'écraser depuis la Maison-Blanche et Wall-Street (succursale londonienne bien connue).

   Outre la violente réaction contre la parodie criminelle de programme de santé "universel" proposé par Obama, qui n'intéresse que les compagnies de santé privées, les pharmaceutiques, et les apologues de l'euthanasie - avec leur rapport qualité/coût des soins - et la catastrophe des saisies immobilières qui a rempli depuis deux ans les villages de tentes à travers tous les États-Unis, c'est maintenant aux banques de tenter de presser le citron des derniers américains disposant encore de revenus, en leur imposant des pénalités de prêteurs sur gages et des hausses arbitraires de taux d'intérêts selon leur besoin de liquidités.
   Rappelons que ces banques ont reçu des contribuables de la planète entière des milliers de milliards de dollars et d'euros de la part des banques centrales et des nations (vous avez payé, cher français, pour eux aussi, si si !).

   Mais toutes les orgies ont une fin, heureusement. Aux USA arrivent les élections de mi-mandat, où les élus qui ont soutenu le plan de sauvetage bancaire, comme ceux qui soutiennent le plan Obama de santé "publique", vont se faire laminer par la population enragée. Dans le même temps, Ariana Huffington, du Huffington Post, l'un des sites politiques les plus consultés aux USA, a lancé une campagne qui connaît un développement viral, et qui est à même de faire fermer - littéralement - les principales banques de Wall-Street, sans mettre en danger ce qui reste de l'économie physique US.

   Cette campagne s'appelle "Move Your Money", "Bouge ton argent" en français. Un excellent article en parle sur le site Rue 89. Voici ci-dessous la vidéo de campagne qui se propage dans tous les foyers américains, avec la traduction française à la suite :




Traduction :

Il était une fois en Amérique...

Voix off : "Voici George Bailey. Le voici lorsqu'il avait 12 ans."

Des hommes tels que George Bailey dirigent de petites banques locales.


Père de George Bailey, Peter Bailey : "Tu sais, George, je pense que, d'une manière modeste, nous faisons quelque chose d'important. Nous satisfaisons un besoin fondamental : le désir d'avoir un toit et une cheminée à soi."

Ils en gagnaient correctement leur vie, mais ils rendaient aussi meilleure la vie des gens.

George Bailey : "Entrez dans le château Martini ! Que joie et prospérité règnent ici à jamais."

Mais ailleurs, des hommes tels que M. Potter avait une autre idée.


M. Potter : "Et quel est le résultat ? Une populace mécontente et paresseuse au lieu d'une classe ouvrière économe."
George Bailey : "Souvenez-vous que cette populace dont vous parlez, travaille, fait vivre cette ville, y naît et y meurt."

La cupidité d'hommes tels que M. Potter nous a plongé dans la Grande Dépression.

Taxi : "Il se passe quelque chose de bizarre à la banque, George."
George Bailey : "Je vous en supplie, ne faites pas ça ! Si Potter met la main sur cette banque de prêts et constructions, on ne verra plus une seule maison décente se construire dans cette ville !"

Congressiste US: "Ce ne sont pas ces gens à qui l'on devrait demander de payer pour le renflouement !"
Autre congressiste US : "La plupart d'entre vous, si ce n'est tous, qui êtes engagé dans ces activités, avez en réalité créé cette crise !"

Ils ont développé des institutions de plus en plus grosses, de moins en moins régulées, en ne se souciant pas de leurs clients.

Journaliste : "Bank Of America est trop grande pour qu'on la laisse s'effondrer..."
Sénateur US: "Donc, ce que vous dites, c'est que ces quatorze banques sont trop grandes pour qu'on les laisse s'effondrer ?"
Timothy Geithner, actuel secrétaire au Trésor : "Je ne pense pas, sénateur, que j'utiliserais cette formule, mais..."

Lorsque la panique a frappé, Potter et ses semblables se sont saisisl'occasion d'exploiter l'insécurité du peuple.


M. Potter : "Avez-vous vraiment relancé vos clients pour qu'ils paient leurs traites hypothécaires ?"
Peter Bailey : "Les temps sont durs, M. Potter, beaucoup sont au chômage."
M. Potter : "Hé bien, faites les saisir !"
Peter Bailey : "Je ne peux pas faire ça ! Ces familles ont des enfants !"
M. Potter : "Hé, ce ne sont pas mes enfants !"

Présentatrice Gerri Willis : "Toutes les grandes villes du pays constatent une très forte hausse du nombres de gens ayant perdu leur maison."

Mais les banques telles que la Bailey Building & Loans ont continué à soutenir leurs clients, en les gardant à flots à travers la crise.

George Bailey : "Très bien. Maintenant, Madame Thompson, combien voulez-vous ?"
Mme Thompson : "Mais c'est votre argent !"
George Bailey : "Ne vous inquiétez pas pour ça. Combien voulez-vous ?"
Mme Thompson : "Je peux me débrouiller avec 20 dollars..."
George Bailey : "20 dollars, très bien..."
Mme Thompson : "...et je veux vous signer un papier..."
George Bailey : "Vous ne me signez rien du tout. Je vous connais, je sais que vous me rembourserez quand vous pourrez, c'est bien."

Pour aggraver encore les choses, M. Potter et ses semblables se sont abaisser jusqu'à voler l'argent durement gagné des contribuables.


Présentateur : "Des millions et des millions de dollars sont payés sous forme de bonus par le géant des assurances AIG."
Autre présentateur : "Les 20 plus grandes banques renflouées ont reçus 283 milliards de dollars payés par les contribuables, et les dirigeants de ces 20 banques en péril ont malgré tout reçu d'énormes salaires."

George Bailey : "Nous devons retrouver cet argent ! Oncle Billy, écoute, réalises-tu ce qui va nous arriver si nous ne le retrouvons pas ?"

Représentant Kucinich : "Les banques thésaurisent l'argent."
Représentant Elijah Cummings : "Cela reviens à prendre ces dollars durement gagnés par les citoyens américains, pour les gifler avec !"

George Bailey : "Où est cet argent ? Te rends-tu compte de ce que cela signifie ? Cela signifie la banqueroute, le scandale, la prison ! L'un de nous deux va finir en prison, hé bien, ce ne sera pas moi !"

Pendant un moment, même George Bailey sembla sur le point de se soumettre à Potter. Se soumettre à Potter !

Mais le peuple de Bedford Falls eut une meilleure idée.

Citoyen de Bedford Falls : "Je n'aurais pas de toit au dessus de ma tête sans toi, George !"

Citoyenne américaine : "Je  me suis tourné vers la personne avec qui je suis en affaire depuis plusieurs années, et cela n'a posé aucun problèmes."
Commentateur : "Cette personne était le dirigeant d'une banque locale. Les banques comme la sienne ont des fonds à prêter, alors que les grandes banques ont diminué, voire cessé, leurs prêts."

Représentant Michael Capuano : "Je n'ai plus un seul centime dans vos banques ! Plus un seul ! Parce que je ne veux pas que mon argent soit placé dans des CDOs (obligations adossés à des actifs) ou des Credit Default Swaps (dérivés de riques sur les crédits), pour servir à verser de gigantesques bonus !"

Cette année, ne vous contentez pas de regarder "La vie est belle"
(Capra 1946 ndt)

Prenez une grande résolution.


Si vous aimez George Bailey,

retirez votre argent de chez les Potter.

Déplacez votre argent.

Pour en savoir plus sur le transfert sans risque de votre argent, hors des banques principales, vers de petites institutions locales, visitez

www.moveyourmoney.info

Si vous laissez votre argent dans les grandes banques, ils s'en serviront pour payer les lobbyistes qui empêcheront le Congrès de réparer le système.,,

Donc,

Déplacez votre argent.


George Bailey : "Une chose encore : La ville a besoin de cette misérable entreprise, ne serait-ce que pour éviter aux gens d'avoir à ramper devant Potter quand ils auront besoin d'aide."

www.moveyourmoney.info


Vraiment, que la vie est belle !




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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 23:38
explosion.jpgLes compagnons de S&P, qui suivent de très près les crimes et les manoeuvres catastrophiques des banques, des banques centrales et des gouvernements, depuis plus longtemps que le "début" de la crise en 2007, tirent un bilan désastreux des deux dernières années de "sauvetage" du système bancaire internationale, qui se résume à cela :
ils font la même chose qu'avant, mais pire !

Voilà ce qu'ils en disent :




   11 janvier 2010 (Nouvelle Solidarité) – Si Nicolas Sarkozy et d’autres dirigeants du G8 se gargarisent encore d’avoir moralisé le capitalisme et évité la chute du système, ils risquent encore d’avoir quelques sueurs froides. Selon les dernières statistiques financières, les banques s’adonnent avec entrain aux mêmes spéculations qu’avant (le premier round de) la crise financière. A commencer par les produits dérivés, ces titres totalement virtuels permettant de parier sur les tendances futures avec des effets de leviers énormes. Les secteurs les plus prisés par les « investisseurs » ? Les matières premières et les monnaies.


   Les chiffres publiés par l’agence fédérale américaine qui supervise les banques, l’Office of the Comptroller of Currency, sont sans appel : les banques américaines ont joué sur 204 000 milliards de dollars de produits dérivés au troisième trimestre de 2009. C’est 14 fois le PIB américain et surtout 34% de plus qu’avant la crise de l’été 2007. Evidemment, les « too big to fail » de Wall Street (JP Morgan, Goldman Sachs, Bank of America, Citibank et Wells Fargo), dont la position dominante a été renforcée par les plans de renflouement Bush-Obama, représentent 97% de ces volumes ! Preuve qu’ils sont encore plus gros qu’avant leur faillite.


   Si certains se défendent que ces valeurs ne sont que des montants nominaux, jetons un œil sur l’exposition officielle de ces banques (ce qu’elles avouent comme « risque » dans leurs bilans) : 484 milliards de dollars au 3e trimestre 2009 contre seulement 199 milliards en juin 2007 ! +150% d’exposition au risque pour un montant 5 fois supérieur à leurs capitaux propres.


   Au niveau mondial, selon la Banque des règlements de comptes internationaux (BRI), en juin dernier, l’activité sur les dérivés dépassait les 600 000 milliards (10 fois le PIB mondial), 17% de plus qu’en juin 2007 mais encore inférieur au plus haut de 2008.


   C’est pour cela que la BRI a réuni ce week-end à Bâle les principaux banquiers centraux et privés, afin de discuter des « excès de risque », ou en d’autres termes : « Comment éviter un effondrement inévitable. »

Même le Financial Times, porte-voix de la City de Londres, s’alarme de cette nouvelle folie spéculative semblable à celle qui avait mené le système à la faillite. Dans sa tribune du 7 janvier, John Authers écrit : « On a rarement vu les marchés revenir aussi promptement sur les lieux du crime (…) Pétrole et métaux, monnaies des pays exportateurs de matières premières et marchés émergents (…) [les investisseurs] se ruent là où les bulles explosaient il y a encore un an. Le pétrole, qui avait perdu plus de 100 dollars par baril, est revenu à un plus haut post-crise de 82,5 dollars (…) les monnaies sujettes au « carry trade » suivent la remontée de ces prix (…) le Chicago Board Options Exchange Vix Index, qui mesure la volatilité ou les ‘craintes’ sur la bourse américaine, est à son plus bas depuis la crise (…) le retour de l’optimisme en Occident a conduit les investisseurs à faire exactement les mêmes paris qu’avant la crise. »


   En France, les banques sont en si bonne santé que la Société Générale, après avoir déprécié ses actifs de 12,5 milliards d’euros, vient d’annoncer la création d’une structure de « cantonnement » (comprendre fosse à purin) pour y déverser 38 milliards d’euros d’actifs toxiques.


   N’attendons pas le 2e round de la crise financière, qui se soldera par un KO, pour mettre le système en banqueroute organisée et établir un système de crédit à taux de change fixes entre les monnaies souveraines de chaque nation. C’est une question de survie immédiate, car cette fois-ci, il n’y aura plus d’argent pour les banques et les Etats aussi feront faillite.

 

 

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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 22:53
   Monsieur Laurent Berthod est un compagnon blogueur humaniste. Il se dit kantien, moi, je suis plutôt leibnizien, mais ça n'est pas très important, nous feraillons parfois ensemble sur certains sites anti-humains, contre les idéologies nauséabondes de la contre-culture et de l'écologisme radical.

   Laurent est actuellement très en pointe sur le Climate-Gate, et nous transmet sa revue de presse du 26 novembre 2009 sur l'affaire des fichiers piratés de l'unité de recherche climatique de l'université d'East Anglia
, dirigé par le docteur Phil Jones, et affiliée au Hadley Center, d'où sont sorties toutes les données qui constituent les preuves des rapports du GIEC.

   Cette manne documentaire est traitée par les enthousiates du site skyfall, dont le remarquable MiniTax, qui sont sur le pont depuis le début, à traduire et publiciser les emails et les données.

    Voici donc cette revue de presse :


La revue de presse à propos du piratage du CRU (Unité de recherche climatique) de l’Université d’East Anglia, unité rattachée au Hadley Centre est très instructive.


Rappelons d’abord brièvement les faits.

Le CRU fournit les données climatiques terrestres aux climatologues du monde entier, notamment à ceux du GIEC. Il a toujours refusé de communiquer les données brutes qu’il collecte partout dans le monde. Il ne diffuse que des données traitées.

Il y a quelques jours ses fichiers informatiques ont été piratés et les données recueillies, notamment un peu plu de mille courriers électroniques échangés entre chercheurs, publiées sur Internet.


Que disent ces mails, dont aucun n’a fait à ce jour l’objet de démenti de la part des auteurs ?

Ces mails révèlent des manœuvres peu reluisantes :

- corruption du processus de relecture par les pairs (peer-revew) et de publication dans les revues à comité de lecture
- manipulation les données
- dissimulation de données soumises à l’obligation de publicité, allant jusqu’à la destruction de preuves dans le cadre d’une enquête de la Chambre des Lords
- affichage d’un consensus de façade
- dénigrements de collègues scientifiques
- refus de donner certaines données aux journaux insuffisamment dociles,
- tentatives d’intimidation pour modifier la ligne éditoriale d’un journal,
- évasion fiscale,
- utilisation curieuse de certains fonds…


Extrait du Wall Street Journal du 21 novembre :

Une lecture partielle des courriels démontre que, dans beaucoup de cas, les climatologues révèlent que leurs propres travaux ne sont pas concluants. Dans d’autres courriels, ils discutent de comment dissimuler des désaccords entre eux afin de présenter une position « unifiée » du changement climatique. Dans au moins un courriel, on conseille à ces climatologues de « renforcer » leurs conclusions au sujet du changement climatique et d’événements climatiques extrêmes parce que les responsables gouvernementaux d’un pays préparaient « un gros événement médiatique ».


Le lundi 23 novembre et le mardi 24, que nous disent les journaux Français ? Presque rien. Contrairement à la presse anglo-saxonne et au journal Suisse Le Temps, ils minimisent l’affaire, cachent à leurs lecteurs les enjeux, en prétendant que tout ça n’est fait que pour torpiller Copenhague. Peut-être, mais ils n’en apportent pas le moindre élément de preuve. D’autres hypothèses sont émises par des gens aussi sérieux que nos brillants journalistes français. Mais, pour s’être trop engagée et s’être mouillée jusqu’au cou, notre presse nationale a du mal à faire machine arrière. Seule Rue 89, qui n’est pas vendue en kiosque et n’est lisible que sur Internet sauve in-extremis le peu d’honneur qui reste au journalisme français.


Qu’est-ce qui fait si peur à nos journalistes ?

Pendant des années les journalistes français :


1° Ont donné la parole exclusivement aux pontes du GIEC (Ils continuent de plus belle depuis lundi).


2° On relayé les communiqués des terroristes de Greenpeace et des incompétents notoires que sont Hulot, Yann Arthus Bertrand et le WWF.


3° N’ont jamais informé leurs lecteurs de la lettre ouverte signée par soixante scientifiques internationaux spécialisés dans des disciplines relatives au climat, adressée le 6 avril 2006 au Premier Ministre canadien, Stephen Harper, contestant les thèses du GIEC, ni du “Report of the nongovernmental international panel on climat change” intitulé en français “C’est la nature, et non l’activité humaine qui détermine le climat”, publié le 3 mars 2008 par un panel international de vingt-quatre scientifiques de haut niveau, ni de la pétition dite de l’Oregon, signées par 9000 docteurs en science. http://laurent.berthod.over-blog.fr/article-34341953.html


4° N’ont jamais donné la parole au grand climatologue Richard Lindzen. http://laurent.berthod.over-blog.fr/article-rechauffement-climatique-la-science-sacrifiee-sur-l-autel-de-la-pensee-unique-37873266.html


5° Ont refusé d’écouter Allègre et Courtillot qu’ils ont traités de falsificateurs, agonis d’injures et trainés dans la boue, traitant le premier de vieux fou solitaire et le second de falsificateur. http://laurent.berthod.over-blog.fr/article-36541957.html


6° N’ont même pas signalé à leurs lecteurs les doutes sérieux que commençaient à émettre quelques solides piliers du GIEC à Genève en septembre dernier. http://laurent.berthod.over-blog.fr/article-36121133.html


7° Ont méprisé leurs lecteurs, dont certains d’une culture scientifique très supérieure à la leur, qui allaient farfouiller un peu plus loin qu’eux.


Aujourd’hui ils ne comprennent pas pourquoi la presse française se meurt.


Laissons, provisoirement, le mot de la fin à Keith Briffa du CRU, dans un e-mail révélé par le piratage :

“Je me suis donné beaucoup de mal pour trouver un équilibre entre les besoins de la science et ceux du GIEC qui ne sont pas toujours les mêmes.”


Bibliographie :

Daily Telegraph
http://blogs.telegraph.co.uk/news/jamesdelingpole/100017393/climategate-the-final-nail-in-the-coffin-of-anthropogenic-global-warming/

Guardian
http://www.guardian.co.uk/commentisfree/cif-green/2009/nov/23/global-warming-leaked-email-climate-scientists?showallcomments=true#CommentKey:ec106fea-3008-4b59-ba57-dbc1aaddeff4

Wall Street Journal
http://online.wsj.com/article/SB10001424052748704888404574547730924988354.html

Le temps
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/85ab676a-d7ae-11de-a5a2-539eee1162dc/Une_conspiration_des_scientifiques

Rue 89
http://eco.rue89.com/2009/11/23/le-climategate-de-la-recherche-sur-le-rechauffement-127022

Le Monde
http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/11/23/les-courriels-de-climatologues-divulgues-pour-les-discrediter_1270700_3244.html

Libération
http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2009/11/climatologues-pirat%C3%A9s-blogosph%C3%A8re-en-folie.html

Libération
http://www.ecrans.fr/Des-e-mails-pirates-pour-faire,8612.html

L’Express
http://www.lexpress.fr/actualite/environnement/des-e-mails-pirates-pour-discrediter-des-climatologues_830355.html

Le Point
http://www.lepoint.fr/actualites-technologie-internet/2009-11-23/rechauffement-climat-un-laboratoire-pirate-a-quelques-jours-du-sommet-de/1387/0/398056

Le Nouvel Observateur
http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/environnement/le_sommet_de_copenhague/20091123.OBS8555/des_documents_sur_le_rechauffement_climatique_pirates.html

 

Laurent Berthod

 

Last, but not least, Le Figaro, s'est enfin fendu d'un article sur l'affaire, bien discipliné, bien dans la ligne :

http://www.lefigaro.fr/environnement/2009/11/26/01029-20091126ARTFIG00024-batailles-sur-le-climat-autour-d-e-mails-voles-en-angleterre-.php


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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 22:14
Je vous présente ici l'interview de l'économiste Frédéric Lordon, parue dans Télérama. C'est passionnant, et ça change des sorciers qui nous enfument depuis deux ans. Ce n'est pas encore du Cheminade, mais on s'approche...

Partie I :


LE MONDE BOUGE
- De plus en plus concentré, le système bancaire qui émerge de la crise est encore plus dangereux que le précédent, estime cet économiste pas comme les autres, qui explique dans la première partie de cette interview pourquoi il ne faut rien attendre du G20 de Pittsburgh. Pour Frédéric Lordon, l'unique solution passe par une refonte totale de tout le cadre de la finance internationale. Première partie.


Frédéric Lordon - Léa Crespi pour Télérama


Frédéric Lordon a fait le choix d'une participation rare dans les médias, convaincu qu'il y a moins à gagner qu'à perdre à leur fréquentation, surtout quand on développe, comme lui, une pensée anticonformiste et très structurée contre la déréglementation financière. A la veille d'un nouveau sommet du G20 dont il n'attend rien, cet économiste, directeur de recherche au CNRS, estime que les principaux dirigeants n'ont pas pris la mesure du cataclysme financier de 2008 et qu'il n'est plus temps d'aménager le cadre du capitalisme mais d'en changer. Radical et argumenté.

Un an après la faillite de Lehman Brothers, qui mettait le système bancaire mondial au bord de l'explosion, le G20 se réunit pour la troisième fois en vue d'adopter de nouvelles dispositions pour tenter d'encadrer la finance internationale. Que faut-il attendre de ce nouveau sommet ?

Il est à craindre qu'une fois passé le vacarme de la communication officielle triomphante et de tous ses aimables échos médiatiques, on s'aperçoive de nouveau que les mesures du G20 de Pittsburgh persistent à ne pas être à la hauteur de l'événement. Au point où nous en sommes, la vraie ligne de partage apparaît de plus en plus clairement entre ceux (minoritaires) qui pensent que le choc a été tel que le cadre de la finance doit être radicalement refondu, et ceux qui pensent s'en tirer en lui donnant simplement le nombre minimum de tours de vis. Bricoler dans le cadre ou refaire le cadre : voilà la vraie alternative. Où se situe le G20 dans cette affaire ? Poser la question, c'est déjà y répondre.


“On a créé des mastodontes de la finance encore plus ‘déspécialisés’ qu'auparavant, véritables foyers de risque systémique ambulants.”

Le système financier qui émerge de la crise n'est-il pas pire que le précédent, dans la mesure où les banques qui ont survécu forment un oligopole d'établissements financiers encore plus énormes et interdépendants qu'avant, au point qu'aucun Etat ne pourra à l'avenir se permettre d'en laisser sombrer un seul ?


Absolument. Parmi toutes les tares qui ont coproduit le désastre financier et ses suites dans l'économie réelle, il en est deux notoires qui tiennent à la taille des établissements financiers et à leur « déspécialisation ».

La crise de 1929 avait conduit à une stricte séparation des banques de marché et des banques commerciales (c'est le Glass-Steagall Act) pour éviter que les déboires des premières ne contaminent les secondes et ne diffusent leurs effets dans toute l'économie réelle. Le drame de la politique, c'est que même les événements les plus cuisants sont à mémoire déclinante, aussi l'administration Clinton a-t-elle joyeusement abrogé cette disposition alors qu'elle offrait un remarquable pare-feu. Les grandes banques ont été laissées libres de devenir des « supermarchés de la finance » couvrant absolument tous les « métiers », à commencer par la gamme complète des activités de marché. En cas de gamelle, non seulement ces banques mettent en péril la masse de leurs dépôts mais transmettent le choc financier à l'économie réelle via le canal du crédit, resserré à mort pour rétablir au plus vite leur situation financière.

Or, le processus de restructuration d'urgence qui s'est opéré à partir de l'automne 2008 a fait reprendre des banques à l'agonie par d'autres qui l'étaient un peu moins. Résultat, on a créé des mastodontes de la finance (à l'image de JP Morgan Chase/Bear-Stearns/Washington Mutual) encore plus « déspécialisés » qu'auparavant, véritables foyers de risque systémique (1) ambulants, et que leur taille gigantesque abonne dès maintenant au sauvetage public garanti lors du prochain accident. On peut difficilement faire plus catastrophique. A défaut d'une réduction très sévère des activités de marché, la respécialisation est impérative. C'est le minimum de confiner les banques de marché, en prise directe avec ce foyer d'instabilité que sont les marchés de capitaux, et de les tenir à la plus grande distance possible des banques commerciales, dont la « régularité » est vitale au financement de l'économie réelle.

Existe-t-il deux visions de la régulation financière qui partageraient les Etats-Unis et l'Angleterre d'un côté, l'Europe continentale autour de l'Allemagne et la France de l'autre ?

C'est peut-être l'idée en vogue la plus complaisamment diffusée... et la plus fausse. A l'aune de mon critère du « cadre », il n'est pourtant pas difficile de s'en apercevoir. On peut en avoir l'indice à observer avec quelle agitation les dirigeants, Nicolas Sarkozy en tête évidemment, s'efforcent de pousser sur le devant de la scène les questions périphériques des paradis fiscaux et des bonus - au passage, « pousser » ne voulant pas dire « régler ». Ça fait toujours quelques profits rhétoriques et politiques opportunément ramassés et à moindre coût. Certes, les paradis fiscaux et les bonus posent des questions de justice sociale de première importance. Mais la contribution des premiers à la crise est très faible, et celle des seconds, évidemment plus significative, n'est pas pour autant décisive, en tout cas on ne saurait ramener la crise au seul « problème des bonus ». La comédie de la dissension euro-américaine opportunément mise en scène autour de ces sujets secondaires a le bon goût de cacher une convergence fondamentale sur l'essentiel : la préservation du cadre général de la finance de marché, moyennant quelques contraintes supplémentaires de supervision. Or le problème est là : on reste dans le paradigme du « laisser faire et surveiller » alors qu'il faudrait basculer dans celui de l'« interdire et rembobiner ».


“La finance a acquis ce formidable pouvoir d'écrire ses propres règles du jeu.”

Il n'y aurait donc pas une volonté de faire évoluer le système plus fortement d'un côté que de l'autre ?

Une des grandes raisons qui font obstacle à la transformation du système bancaire tient à l'incroyable confusion qui a mêlé élites financières et élites politiques. Ainsi, la finance a acquis ce formidable pouvoir d'écrire ses propres règles du jeu. Lorsque le conseiller spécial et occulte de Nicolas Sarkozy pour la gestion de la crise financière s'appelle Michel Pébereau, président non exécutif de BNP Paribas, que pensez-vous de la probabilité d'une réforme radicale ? Le cas de François Pérol est plus caricatural encore. Celui-ci est successivement directeur adjoint de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Economie et des Finances, associé-gérant chez Rothschild & Cie, où il supervise la formation de Natixis, brillante réussite, et le début de rapprochement entre les Caisses d'Epargne et les Banques Populaires, puis secrétaire général adjoint de l'Elysée, où il gère la déconfiture bancaire puis la finalisation du rapprochement Caisses d'Epargne/Banques Populaires... dont il va finalement prendre la présidence, et tournez manège. Pendant vingt ans, bon nombre d'analyses médiatiques ont mis ce genre de choses sur le compte d'une épouvantable singularité française à base de relations incestueuses entre l'Etat et les grandes entreprises. Sauf que c'est pire encore aux Etats-Unis ! Des anciens patrons de Goldman Sachs se succèdent à la tête du Trésor américain, pour y faire la politique de leurs intérêts passés et futurs, et c'est en fait tout Wall Street qui campe au Capitole comme à la Maison-Blanche pour tenir la plume aux rédacteurs des nouvelles régulations.

Pourquoi prôner une réduction drastique de l'espace laissé à la finance dans l'économie mondiale ?

Toute analyse sérieuse constate l'exorbitant privilège de profitabilité dont jouit la finance de marché. Il faut tout de même se souvenir que le taux de rémunération normal du capital, c'est le taux d'intérêt... soit quelques %. Or, le taux de rendement des capitaux propres des grandes entreprises industrielles du CAC 40 tourne déjà à 15-20 %, et celui des départements « banque d'investissement » monte communément... à 40 % ! Est-il concevable que dans une économie croissant et rémunérant le « capital ordinaire » à quelques % se perpétue une telle enclave de profitabilité ? Il ne faut pas aller plus loin pour comprendre que l'industrie financière se battra jusqu'à la dernière goutte de sang pour protéger ce paradis. Il n'est pas de véritable refonte des structures de la finance hors de l'objectif stratégique de la ramener à l'ordre normal de la profitabilité. A voir l'ampleur du chemin qu'il va falloir lui faire parcourir à reculons, on comprend qu'il faille envisager de lui appliquer une action des plus brutale.


“Il faut ramener les banques à des choses rudimentaires - des produits d'épargne simples - et peu rémunératrices.”

Vous êtes également un ardent partisan de la « désophistication » de la finance...


Mettre en cause l'innovation financière n'est pas une position aisée à tenir - l'« innovation » : mot sacré qui a partie liée avec le « progrès »... On peine pourtant à trouver des vertus génériques et incontestables à l'innovation financière, tant elle s'est montrée toxique dans la crise présente. La complexité des produits perd jusqu'aux opérateurs eux-mêmes et brouille les évaluations du risque. Il est temps de procéder à une « désescalade » en matière de complexification financière. Il faut ramener les banques à des choses rudimentaires - des produits d'épargne simples, sur livret par exemple - et peu rémunératrices. L'attrait du glamour de la sophistication financière n'est pas pour rien dans la dérive qui a mené à la catastrophe. Le métier de la banque doit redevenir terne et ennuyeux. C'est le seul moyen de le rendre à nouveau stable. Or cette stabilité est impérative car les banques sont dépositaires d'un bien public vital, à savoir la sûreté des dépôts des particuliers. C'est une responsabilité immense qui devrait justifier de sévères contreparties, et notamment celle de ne pas avoir la licence de faire n'importe quoi.

Les mesures prises pour encadrer les bonus en France sont-elles de nature à vraiment les réguler ?


La question est plutôt : pourquoi ces règles seraient-elles mieux appliquées que celles du G20 de Londres, qui étaient déjà supposées être décisives ? La supervision de leur bonne exécution est confiée au régulateur, en l'occurrence la Banque de France. Exercera-t-elle son pouvoir, et avec quelle force ? A voir l'énorme faillite régulatrice dont nous sortons, il y a de quoi être sceptique. A voir également l'admirable constance dans la provocation de la finance, qui verse à nouveau des bonus alors que nous ne sommes pas sortis de la crise et que le scandale est tout chaud, il faut se demander ce qu'il restera de tout ça d'ici quelques années, une fois revenus au « business as usual ». Pour ma part, je suis favorable à une suppression complète des bonus. Aucune des objections mécaniquement opposées à ce genre de proposition ne tient. L'argument du mérite individuel est une fable. La performance des traders dépend bien plus du compartiment de marché où ils se trouvent que de leur génie propre. A la fin des années 90, un trader sur obligations pouvait bien déployer tout son génie, il était voué à gagner infiniment moins que le dernier des lourdauds du « desk actions ». Sitôt digéré le krach Internet, c'est sur les produits structurés et les dérivés de crédit qu'il fallait être pour faire de l'argent. La conjoncture du « mérite » est changeante... Accessoirement, on pourrait s'interroger sur l'existence d'un système de rémunération qui engendre des inégalités aussi faramineuses. Et se demander comment justifier de pareilles rémunérations rapportées à l'utilité sociale de l'industrie financière. Il n'y a pas un ralentissement de croissance depuis vingt-cinq ans, pas une montée de chômage qui ne soit le corrélat d'un accident financier.


“Qu'on garde les plus maladroits des traders, au moins on devra ne leur confier que des choses assez simples.”

Après les capitaux, ce sont les traders dont vous voulez organiser l'exode ?

Exactement ! Et même en priorité celui des « meilleurs ». Qu'on garde les plus maladroits, au moins on devra ne leur confier que des choses assez simples. Dès lors qu'on prend la perspective de la désophistication de la finance, l'exode des traders n'est plus un problème, c'est un élément de la solution.


“Vous serez bien en peine de conclure quoi que ce soit des communiqués du G20…”

Vous contestez l’efficacité des recommandations contre les paradis fiscaux adoptées lors des deux précédents G20, celles qui pourraient être prises à Pittsburgh vous semblent-elles plus sérieuses ?

Vous serez bien en peine de conclure quoi que ce soit des communiqués du G20, la question subsidiaire étant toujours : comment s’assurer que les mots trouveront force exécutoire ? Les gouvernements se sont emparés de la question des paradis fiscaux car elle leur paraissait de nature à se refaire une réputation à moindre frais en matière de réorganisation de la finance. Mais, depuis le G20 de Londres, les listes des « juridictions non coopératives » de l’OCDE se sont soudainement allégées, et ceci sur la base de simples déclarations d’intention. Dans le bras de fer qui a opposé l'IRS [ndlr : le fisc américain] à la banque suisse UBS, les services fiscaux américains ont obtenu la communication de 4 000 noms alors qu'il en demandaient 52 000, un chiffre lui-même sans doute largement sous-évalué. En France, on nous agite une liste de 3 000 noms de contribuables. Très bien, j'attends la suite.


“La république mondiale n'est pas exactement à l'ordre du jour…”

De nombreux économistes, comme le Prix Nobel Joseph Stiglitz, appellent à un surcroît de régulation internationale et à la construction d'institutions politiques mondiales capables de contrebalancer le poids de la finance internationale. La solution ne réside-t-elle pas là ?

C'est la nouvelle gentille doxa en matière de mondialisation : la mondialisation économique est allée un peu trop loin un peu trop vite ; il suffit que la mondialisation politique la rattrape et nous donne les bonnes institutions. Malheureusement, c'est ignorer que la construction d'institutions dotées de réels pouvoirs régulateurs suppose des conditions de puissance qu'on ne trouve que par l'adossement à une véritable communauté politique. Or la république mondiale n'est pas exactement à l'ordre du jour. Les appels incessants à la coordination mondiale sont devenus le passeport pour le statu quo ou le compromis a minima - on ne le voit que trop à propos de la finance. Il est donc temps d'oublier cette chimère fuyante d'une mondialisation politique pour trouver des cohérences économico-politiques là où elles peuvent être constituées, c'est-à-dire à l'échelle régionale. De ce point de vue, l'Europe a évidemment une carte à jouer. Elle constitue une zone d'activité financière autosuffisante capable d'adopter unilatéralement un degré supérieur de réglementation financière sans que les capitaux extra-européens qui choisiraient de ne plus s'y investir lui manquent. A voir l'actuelle physionomie de l'Europe, le progrès à accomplir est considérable. Mais, à l'inverse des fantasmes de gouvernement mondial, c'est au moins un chemin dont le commencement est tracé et dont on peut imaginer le terme, et le sens.

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Partie II

LE MONDE BOUGE - L'analyse de la crise financière par Frédéric Lordon est assez éloignée du discours dominant véhiculé par les médias. Dans la deuxième partie de l’entretien qu’il nous a accordé, cet économiste radical passe en revue les mesures prises par les gouvernements pour lutter contre la crise, propose ses solutions et avoue espérer une… crise politique majeure, seule susceptible de réformer le système en profondeur.


Quelle est votre analyse de la crise financière que nous venons de traverser ?

On peut l’analyser en soi, à condition de ne pas manquer sa dimension épiphénoménale et symptomatique. La crise proprement financière est l’expression, dans la sphère des marchés de capitaux, d’une crise économique structurelle bien plus profonde. Nous vivons depuis vingt ans dans ce qu’on peut appeler, pour faire simple, un « capitalisme de basse pression salariale » ou, pour être plus précis, un capitalisme de déréglementation à dominante financière. Dans cette configuration historique du capitalisme, les entreprises sont en permanence confrontées à la double contrainte des actionnaires et de la concurrence. Il s’ensuit une pression constante sur les coûts, et notamment ceux les plus faciles à réduire : les coûts salariaux. Or, contradiction déjà vue par Marx et Keynes en leur temps, le salaire est le facteur de solvabilisation de la demande. Autrement dit, la faiblesse des salaires pose un problème de sous-consommation chronique. Le néolibéralisme a proposé deux solutions pour répondre à ce problème : 1) allonger la durée du temps de travail (traduction française : « travailler plus pour gagner plus »), 2) faire du crédit aux ménages la béquille permanente de la consommation. Toute l’industrie financière s’est offerte à rendre viable cette trajectoire, notamment à l’aide de la technique de la titrisation, qui a permis de propulser dans l’économie des volumes de crédits supplémentaires astronomiques. La dette des ménages, drogue dure d’un régime de croissance à basse pression salariale, a ainsi été poussée jusqu’à ses dernières limites. L’économie américaine a vécu des années sur ce système avant qu’il n’implose. Aujourd’hui, le taux d’endettement des ménages américains par rapport à leur revenu disponible atteint 120 %. Au Royaume-Uni, il est même de 140 %. C’est du délire. En France, il se situe entre 65 et 70 %, mais a doublé par rapport à 1995, date d’entrée dans un régime de mondialisation franche.

“Il y a des paires de claques qui se perdent.”

Le destin des pays occidentaux est-il de vivre au rythme des bulles spéculatives (Internet, l’immobilier...) ?

Tant qu'on ne modifie pas radicalement les structures de la finance, la réponse est oui. En témoigne d’ailleurs la succession quasi métronomique des crises depuis que la déréglementation financière a été lancée, au milieu des années 80 : krach des actions en 1987, crise financière-immobilière du début des années 90, crises du Système monétaire européen de 1992 et 1993, krach obligataire américain et crise des Tesobonos mexicains en 1994, crises financières internationales de 1997 et 1998, krach Internet de 2000-2002, enfin crise des subprimes en 2007... Or, sous la variété phénoménale de ces crises, qui semblent au premier regard toutes différentes les unes des autres, il faut bien voir l’identité profonde des mécanismes à l’œuvre tels qu’il s’expriment, les invariants structuraux des marchés de capitaux déréglementés. Tant que l’action politique ne s’en prendra pas directement à cette structure-là, les mêmes causes produiront les mêmes effets. Et si l’événement « subprime » a été d’une taille exceptionnelle, il ne semble pourtant pas avoir encore suffi pour qu’on en prenne le chemin…

Dans les réponses politiques traditionnelles apportées à la crise (plan de relance, augmentation de la dette publique, soutien aux banques, prime à la casse...), lesquelles vous ont semblé pertinentes et efficaces ?
Dans le registre de l'intervention d'urgence, tout ce qui a été fait était pertinent. Il fallait agir sur tous les fronts : rachat d'actifs pourris, recapitalisation, accès élargi à la liquidité, stimulation budgétaire.
 
“Aux Etats-Unis, il aurait fallu subventionner les ménages pour leur permettre de repayer leur dette immobilière.”

Pouvait-il y avoir d'autres modalités d'intervention ?

Oui. La crise a débuté sur un problème de dette immobilière de grande taille mais gérable… si on le prend à temps. Le gouvernement américain a réagi à l’automne 2008 en mettant 700 milliards de dollars sur la table pour soutenir les banques et racheter leurs actifs avariés. Je pense qu’il aurait fallu les utiliser non pas à renflouer les banques directement mais à renflouer les ménages pour renflouer les banques. En d’autres termes : subventionner les ménages en situation de défaut pour leur permettre de repayer leur dette immobilière. Cette solution présentait, à mon sens, trois avantages. Un : elle lissait la charge pour les finances publiques sur les calendriers de paiement des prêts immobiliers – soit entre 20 et 30 ans – au lieu d'avoir à sortir 700 milliards de dollars en quelques mois. Deuxièmement, en restaurant les ménages dans leur statut d'emprunteur solvable, on rétablissait la continuité des flux de paiement sur les dettes immobilières, donc les cash flows des produits dérivés, et par là même on ramenait ces derniers instantanément à leur valeur initiale. Il n'y avait ainsi plus d'actifs avariés et les marchés de crédit retrouvaient immédiatement un fonctionnement normal. Le dernier avantage était politique, et ce n’est pas le moindre : qui ne voit le puissant effet de légitimation d’un plan qui vient d’abord au secours des ménages avant de venir à celui des banques ?...

Pourquoi, le gouvernement américain n'a-t-il pas envisagé ce type d'option ?

Pour une raison simple : dans la culture politique et idéologique américaine, les faillis sont responsables de leur sort, on ne viendra donc pas à leur secours… sauf quand ce sont d'énormes banques. On connaît la formule : « too big to fail » (trop gros pour pouvoir faire faillite) ; elle est en fait implicitement complétée par : « too small to bail » (trop petit pour être sauvé). Des ménages expulsés, Henry Paulson, ancien patron de Goldman Sachs devenu secrétaire au Trésor américain, se fout comme de l’an quarante. Mais il ne peut pas rester insensible au sort de son ancienne maison et de tous ses anciens collègues de Wall Street. On sauvera donc les banques par un mélange inavouable de rationalité économique et de solidarité de classe.

Il faut cependant ajouter autre chose : la solution du renflouement des ménages était à date fraîcheur limitée. Elle cesse d’être pertinente début novembre 2008 au moment où on bascule dans la récession, qui se met à fonctionner comme une redoutable machine à produire endogènement de la mauvaise dette. Il y a là une raison supplémentaire de rendre la contraction du crédit encore plus sévère… et aussi de ne pas s’étonner qu’en dépit des concours publics, les banques soient restées les deux pieds dans le même sabot au moment où on attendait d’elles qu’elles reprêtent : même avec la meilleure volonté du monde, il est rationnel pour une banque agissant isolément de se retenir de prêter dans une conjoncture aussi adverse, sauf à prendre le risque de voir ses nouveaux crédits tourner aussitôt en mauvaises dettes. Surmonter cet effet demandait que toutes les banques recommencent à prêter de manière coordonnée, créant ainsi les conditions d’une reprise globale… et de leur propre succès collectif. Mais, précisément, en économie de marché, il n’existe aucune instance à même de produire une coordination de ce genre. Il n’y a pas trente-six solutions en cette matière : seul l’Etat est en position de produire de la coordination à grande échelle, qui était ici impérativement requise, et dont le marché était incapable. C’est pourquoi, il aurait fallu à l’automne dernier envisager la nationalisation intégrale du secteur bancaire, en vue d’un redémarrage d’ensemble du crédit et d’une sortie rapide de la récession.

Je n’ignore pas les spasmes que suscite immédiatement ce genre de proposition : « L’Etat est incompétent, comment imaginer lui confier la gestion des banques… » Je pose simplement la question suivante : à la lumière de la crise ouverte depuis deux ans, peut-on faire pire en matière de gestion bancaire que le secteur privé ? Je rappelle que l’estimation de printemps du FMI chiffre à 4 100 milliards de dollars l’ensemble des pertes du système bancaire mondial – brillante réussite du triomphal secteur privé, vraiment. J’ajoute cependant que, mesure d’urgence, la nationalisation intégrale du secteur bancaire était à mes yeux une solution transitoire, demandant à être dépassée dans le sens d’une refonte radicale des structures bancaires, en direction de ce que j’appelle un « système socialisé du crédit ».

“Le grand emprunt national ? C'est de la pure communication plébiscitaire.”

La décision du gouvernement de lancer un grand emprunt national en 2010 vous semble-t-elle pertinente ?

C'est de la pure communication plébiscitaire. En l’état actuel des choses, si l’on veut s'endetter à moindre coût, c'est sur les marchés qu'il faut le faire.

Au 31 juillet, le déficit du budget de l’Etat atteignait 109 milliards d’euros contre 51,3 un an plus tôt, la charge de la dette (1 414 milliards d’euros en juin dernier, source INSEE) coûte elle à l’Etat entre 60 et 70 milliards d’euros chaque année (plus que le produit de l’impôt sur le revenu). Dans ces conditions, le gouvernement ne sera-t-il pas contraint à une hausse des impôts pour faire face à ses engagements ?
La phase aiguë de la crise, à l’automne 2008, ne laissait aucun choix : il était rationnel de transformer une crise de dette privée mortelle tout de suite en une crise de dette publique dangereuse plus tard. Evidemment c’est la finance elle-même, pour le sauvetage de laquelle ces risques de dette publique ont été pris, qui vient maintenant s’en plaindre, et peut-être d’ici quelque temps créer quelque catastrophe dans ce compartiment de marché. Il y a des paires de claques qui se perdent. Pour le reste, on sait bien que la résolution de ce problème n’admet que quatre solutions : couper dans les dépenses, augmenter les impôts, faire défaut ou provoquer de l'hyper-inflation. La plus évidente serait évidemment la mise à contribution sévère de tous les « intéressés », sociétés financières et banquiers-traders enrichis.

Pour la plupart des gens, sortir de la récession, c’est surtout retrouver un travail. Existe-t-il des mesures spécifiques que pourrait prendre le gouvernement pour empêcher que le chômage ne s'accroisse ?


Non. Soit on accepte une refonte radicale du système financier et une transformation profonde des structures présentes du capitalisme, notamment de la contrainte actionnariale et de la contrainte concurrentielle, et on peut espérer mettre sur pied une nouvelle dynamique de la croissance et de l’emploi ; soit on maintient le statu quo et on en sera réduit aux expédients habituels qui n’offrent que des marges de manœuvre de second ordre.

“Je nous vois nous installer dans une période longue de croissance molle et de chômage durablement élevé.”

L’histoire nous a appris que des sociétés peuvent totalement se déliter sous le choc d’une récession majeure. Ce risque vous semble-t-il d’actualité ?

Plus maintenant. Il faut tout de même rappeler qu’entre le 15 septembre et le 15 octobre 2008, nous sommes passés à deux doigts de la réalisation du risque systémique, qui est, avec l’hyper-inflation, l’événement destructeur maximal. Heureusement les gouvernements ont sorti tout ce qu’il fallait pour nous faire faire deux pas en arrière du bord du gouffre. Pour la suite, je n'ai pas trop cru au scénario de l'effondrement comme en 1929. En Europe, l'Etat providence garde une place importante, et les revenus qu'il verse ont la vertu de stabiliser la demande et de permettre d'amortir les chocs macro-économiques. Mais tous les problèmes du « capitalisme de basse pression salariale » restent pendants, plus encore avec la mise en panne des techniques financières de relais par le crédit aux ménages. C’est pourquoi je nous vois plutôt nous installer dans une période longue de croissance molle et de chômage durablement élevé. Dans ces conditions, si craquements il y a, ils viendront de la sphère politique, et d’un corps social qui n’en pourra plus du cumul inégalités-stagnation salariale-précarisation.

“La faillite des médiateurs politiques, médiatiques, syndicaux est totale. Les salariés sont abandonnés sans aucune perspective d’ensemble.”

Cet été, les salariés de Continental se sont moins battus pour l’emploi que pour le montant de leur indemnité de départ. Y voyez-vous une forme de résignation sociale ?

Que pourraient-ils faire d'autre ? On ne peut pas demander aux acteurs d’un conflit local de lutter contre des forces globales écrasantes. Lutter en pratique sur l’enjeu de l’emploi n’a presque plus de sens hors d’une mise en question d’ensemble de la configuration présente du capitalisme, c’est-à-dire d’une analyse globale et d’un projet politique alternatif de même échelle. Mais qui pose le problème en ces termes dans l’espace politique actuellement ? La faillite des médiateurs politiques, médiatiques, syndicaux est totale. Les salariés sont abandonnés sans aucune perspective d’ensemble. Entretemps, ce qu’on leur fait vivre est la source de telles souffrances qu'on fabrique des gens qui n'ont plus rien à perdre. Comme en face, les pouvoirs économiques et politiques restent sourds en pensant, non sans raison cynique d’ailleurs, qu'une fois de plus ils pourront traverser la période en faisant le dos rond, il n’est pas étonnant que des salariés estiment n’avoir pas d’autres choix que d’en arriver à des solutions extrêmes pour se faire entendre. C'est ce qu'on fait ceux de Continental, et ce n’est pas moi qui leur jetterai la pierre. Je pense qu’on verra se multiplier ce type de foyers, la vraie question étant : se trouvera-t-il une force quelconque capable de les organiser, de dégager leur cohérence commune et d’en faire un mouvement de transformation sociale et politique ? Il suffit de poser le problème en ces termes pour se guérir de toute éruption d’optimisme mal contrôlée… Il m’arrive de penser que l’ordre social d’aujourd’hui est tellement verrouillé que sa transformation profonde n’a plus d’autre solution que la crise politique majeure. J’avoue l’avoir espérée au début de l’année, mais l’ébullition de cet hiver est étonnamment retombée. Pour autant, je ne crois pas que le mécontentement ait régressé, bien au contraire. Il attend juste une occasion et des mises en forme politiques pour se manifester à nouveau.


Propos recueillis par Olivier Milot


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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 15:19
   Alors qu'en Europe, et dans le monde développé (agro-industrialisé), s'installe la folie décroissante et génocidaire, sous la forme de multiples réformettes - énergies "renouvelables", taxe carbone, marché "cap-and-trade" du co2, interdiction arbitraire des ampoules à filaments, euthanasie, etc... -, sous le contrôle strict de la dictature financière de la City de Londres et de son chef la vieille ci-devant Elizabeth Windsor, la voix ougandaise de Fiona Kobusingye s'élève, pleine de bon sens.
   Fiona Kobusingye, ougandaise, est coordinatrice du Congrès pour l'Egalité Raciale (CORE) et de la brigade "Tuons les moustiques vecteurs de malaria maintenant" (Kill Malarial Mosquitoes Now Brigade). Elle bénéficie de tribunes dans la presse américaine conservatrice, où elle peut exprimer publiquement l'effroi qu'elle ressent face à la dictature mondiale du fascisme vert de la City et de ses projets pour l'Afrique.
   L'article qui suit, paru en anglais sur le site web américain Townhall.com, a été traduit en français et publié sur le site skyfall.free.fr (le site des nouvelles fraîches sur le réchauffement climatique). Larecherchedubonheur.com partage entièrement le point de vue de l'auteur, dont on peut affirmer sans trop de risque qu'il se fait l'écho du sentiment des peuples des PVDs face aux diktats et menaces des assassins financiaro-écologistes mondiaux.
   Bonne lecture.




La vraie crise climatique africaine


Fiona Kobusingye, le 29 juillet 2009

 


   La vie en Afrique est souvent pénible, paupérisée et courte. Le SIDA tue 2,2 millions d’Africains chaque année selon les rapports du WHO (World Health Organisation). Les affections pulmonaires causent 1,4 millions de décès, la malaria 1 million de plus, les maladies intestinales 700.000. Des maladies qui pourraient être prévenues par de simples vaccinations tuent encore 600.000 personnes par an, alors que la guerre, la malnutrition et la vie dans des bidonvilles immondes envoie un nombre supplémentaire incalculable de parents et d’enfants vers des morts prématurées.

   Et, néanmoins, jour après jour, on dit aux Africains que la plus grande menace à laquelle ils ont à faire face est le réchauffement global.


   Des conférences, des articles de presse, de programmes de télévision, des cours scolaires et des “dialogues” à sens unique répètent sans cesse la revendication. On nous dit que se servir de pétrole, ou même de brûler du bois et du charbon de bois surchauffera dangereusement notre planète, fera fondre les glaces, noiera les villes côtières, et causera des tempêtes, sécheresses, maladies et disparitions.Plus de 700 climatologues et 31.000 autres scientifiques disent que l’humanité et le dioxyde de carbone n’ont que des effets minimes sur la température et le climat de la Terre et qu’il n’y a pas de crise de réchauffement global. Mais leurs opinions et leurs études ne sont jamais invitées ou même tolérées dans ces forums sur la “crise climatique”, particulièrement lors des “conférences ministérielles” montées avec les finances des Nations Unies. Al Gore refuse de débattre avec l’un quelconque de ces experts, ou même interdit les questions qu’il n’a pas approuvées à l’avance.
Fiona Kobusingye distribuant des fournitures scolaires en Ouganda Fiona Kobusingye distribuant des fournitures scolaires en Ouganda.

   Au contraire, on dit aux Africains que le changement climatique “est une menace plus grave que le SIDA”. Plus grave que la mort de 2,2 millions d’Africains chaque année ? Nous sommes prévenus qu’il serait “pratiquement impossible de s’adapter à la perte des glaciers de l’Antarctique Ouest”, qui ferait monter le niveau des mers “5 à 15 mètres”. Cela aurait une répercussion certaine sur nos communautés côtières. Mais est-ce vraisemblable ? La température moyenne annuelle dans l’Antarctique est de moins 50 degrés F! L’été dans la Péninsule Ouest dure à peine deux mois et atteint peut-être 10 degrés au-dessus de zéro quelques heures par jour. Même Mr Gore et les modèles informatiques de l’ONU ne parlent pas d’une augmentation de 85 degrés F toute l’année. Donc comment cette glace est supposée fondre ? N’oublions pas que le niveau des mers s’est élevé de 120 mètres depuis le dernier Age Glaciaire. Est-ce que les alarmistes du réchauffement global pensent que les hommes des cavernes ont causé cela ? A l’évidence, de puissantes forces naturelles ont fait aller et venir ces anciens glaciers – et sont cause de sécheresses, inondations et changement climatiques qui ont affecté l’Afrique, la Terre, ses animaux et ses peuples durant des millions d’années.

   Considérons seulement l’Afrique du Nord, avec ses vallées verdoyantes, ses hippopotames et ses villages heureux s’est transformée soudain en Désert du Sahara il y a 4.000 ans. Les scientifiques ne savent pas pourquoi, mais ce n’était probablement pas la faute des pharaons d’Egypte construisant des pyramides et conduisant des chars. Cependant, le problème réel n’est pas une science discutable ou fausse, des revendications hystériques et des modèles informatiques sans valeur qui prédisent des désastres de réchauffement climatique. C’est que cela est utilisé pour justifier qu’on dise aux Africains qu’ils ne doivent pas construire des centrales électriques à charbon ou à gaz naturel.C’est l’absence presque totale d’électricité qui nous empêche de créer du travail et de devenir des sociétés modernes. Ces politiques TUENT.

   L’espérance de vie moyenne de l’Africain est inférieure à ce qu’elle était aux Etats Unis et en Europe il y a 100 ans. Mais on dit aux Africains que nous ne devrions pas nous développer, ou avoir de l’électricité parce que, maintenant que ces pays sont riches au-delà de ce que peuvent imaginer les Africains, ils sont préoccupés par le réchauffement climatique. Al Gore et le directeur de l’Onu pour la climatologie nous disent que le monde doit aller vers une diète énergétique. Hé bien, nous avons des nouvelles pour eux : les Africains sont déjà à la diète énergétique, nous mourons de faim ! Al Gore consomme plus d’électricité en une semaine que 28 millions d’Ougandais en une année. Et ces politiques anti-électricité nous enfoncent dans la pauvreté. Ne pas avoir d’électricité signifie que des millions d’Africains n’ont pas de réfrigérateurs pour conserver la nourriture et les médicaments.

   En dehors de zones privilégiées de nos grandes villes, les gens n’ont pas de lumière, d’ordinateurs, d’hôpitaux et d’écoles modernes, d’air conditionné – ou de bureaux, d’usines et de magasins pour produire et créer de bons emplois. Ne pas avoir d’électricité signifie maladie et mort. Cela signifie des millions de morts par affections pulmonaires, parce qu’ils doivent cuisiner et se chauffer avec des feux ouverts ; par maladies intestinales causées par de la nourriture gâtée ou de l’eau impropre ;de la malaria, tuberculose, rubéole et autres maladies que nous pourrions prévenir ou soigner si nous avions l’infrastructure médicale appropriée.

   Est-ce qu’un hypothétique réchauffement d’ici cent ans est pire que ça ?


   Dire aux Africains qu’ils ne peuvent pas avoir d’électricité et de développement économique – à l’exception de ce qui peut être produit à partir de quelques éoliennes ou de petits panneaux solaires – est immoral. C’est un crime contre l’humanité. Pendant ce temps, la Chine et l’Inde construisent des centrales à charbon chaque semaine pour tirer leur population de la pauvreté. Ainsi, même si l’Afrique reste pauvre – et si les USA et l’Europe passent aux éoliennes et aux centrales nucléaires – les niveaux de dioxyde de carbone continueront à s’élevée durant des décennies. Pire encore, les croisés du réchauffement global ne nous disent pas seulement de nous passer d’électricité. Ils font aussi campagne contre les biotechnologies. Comme les fermiers Américains, Brésiliens et Sud Africains vous le diront, les semences biotech augmentent les rendements, réduisent l’usage des pesticides, nourrissent plus de monde et aident les fermiers à gagner plus d’argent. Des variétés nouvellement développées peuvent résister à la sécheresse – de celles que l’Afrique a déjà subi et dont certains disent qu’elles augmenteront avec le réchauffement global.

   Des radicaux de l’environnement s’opposent même aux insecticides et au puissant DDT, que le Ministre Ougandais de la Santé utilise conjointement à des moustiquaires et des médicaments modernes pour éliminer la malaria. Ils disent que le réchauffement aggravera la malaria. C’est ridicule car la maladie était répandue dans toute l’Europe, les Etats Unis et même la Sibérie. L’Ouganda et l’Afrique doivent cesser de s’inquiéter de ce que disent les Occidentaux, les Nations Unies et Al Gore. Nous devons nous concentrer sur nos propres besoins, ressources et opportunités.

   Nous n’avons pas besoin de plus d’aide – particulièrement du genre qui majoritairement corrompt les fonctionnaires qui mettent l’argent sur des comptes privés, tiennent des conférences de propagande sur le réchauffement global et laissent leur propre peuple dans la pauvreté. Nous n’avons pas besoin que des pays riches nous promettent assistance pour le changement climatique (peut-être, quelquefois dans dix ans), si nous promettons de ne pas nous développer. Nous devons arrêter d’agir comme des sauvages ignorants, qui pensent que les éclipses solaires signifient que les dieux sont en colère après eux, et demandent à des sorciers de faire revenir le soleil. Nous devons cesser d’écouter des sorciers du réchauffement climatique qui s’enrichissent en nous disant de conserver notre mode de vie “indigène”, nos vies de pauvreté.

   Nous avons besoin de commerce, de production, d’électricité et de carburant pour le transport afin d’alimenter des économies industrielles modernes. Nous devons faire que ce font la Chine et l’Inde – nous développer – et commercer plus avec eux. C’est comme cela que nous obtiendrons les emplois, la prospérité, la santé et la qualité de l’environnement que nous méritons.

 

 

Fiona Kobusingye


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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans Le monde - la presse - l'actu
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