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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 21:58

  Voici un livre magnifique. Missa sine nomine est souvent présenté comme le dernier volet d'une trilogie débutée par Les enfants Jéromine I et II (livres eux aussi merveilleux mais hélas épuisés). Ernst Wiechert est un écrivain allemand, né le 18 mai 1887 dans la région de Sensburg en Prusse-Orientale, mort le 24 août 1950 à Stäfa en Suisse.




Comment, après une guerre terrible et destructrice, revenir à la vie? Comment garder confiance en l'espèce humaine quand le pire s'est produit?  Qu'est ce qui peut finalement sauver l'humanité? Ce sont ces questions, celles d'un retour à la vie, que pose Ernst Wiechert, de façon simple, douce et poétique.
C'est un roman universel, intemporel, que n'importe qui peut s'approprier, car partout dans le monde cette question de la foi en l'homme est et sera posée. Dans ce beau livre, vous croiserez Mozart, un chanteur de negro spirituals, la nature majestueuse et bien sûr l'homme qui transforme et qui change.


4ème de couverture:
« Mais il semblait que, derrière le grand incendie du ciel, il vit quelque chose : il voyait ce qui chaque soir s'était révélé à lui plus nettement Peut-être pouvait-on appeler cela l'éternité de la vie. » Ce grand ciel embrasé qui sert de toile de fond à Missa sine nomme, c'est l'Allemagne vaincue de 1945, l'Allemagne « année zéro » qui survit dans les décombres. Dans un château dont il a hérité mais qui est occupé par les Américains, Amédée von Liljecrona retrouve ses deux frères qui ont fui la Prusse orientale occupée parles Russes. Il a passé les quatre dernières années de la guerre dans un camp de concentration « Je ne suis plus un chrétien, je suis un fauve. J'ai été dans la fosse aux bêtes, il ne faut plus me parler. » Missa sine nomine est le récit d'un retour parmi les hommes. Toute la profondeur et la beauté de ce livre naissent de l'impossibilité d'un retour progressif. Il faudra pour vivre à nouveau une véritable conversion à la vie. Une offrande sans nom.


Un autre fan de Wiechert, François Bayrou, qui parle ici des Enfants Jéromine:
"Le roman qui a accompagné toute ma vie, personne ne le connaît (Rires.) C’est un roman de minoritaire, dira-t-on. Le roman qui a accompagné toute ma vie est un roman allemand. Je regrette de ne pas parler allemand, ne serait-ce que pour pouvoir lire ce roman dans le texte. C’est un écrivain tout à fait extraordinaire qui s’appelle ErnstWiechert. Le plus grand roman de Wiechert –il y en a beaucoup de formidables- s’appelle Les enfants Jéromine (...)  Les enfants Jéromine, un roman magnifique et profond. C’est la forêt. Ce sont des paysans. Des forestiers. Des charbonniers. C’est sur ce monde-là, à la fois la vie d’un jeune garçon qui, fils de pauvres, va devenir médecin pour sauver les siens, et en même temps, sur cette vie individuelle, vient se superposer le choc de l’arrivée du nazisme. C’est un magnifique roman. Je ne sais pas qui, parmi ceux qui m’écouteront, trouveront ce livre. Il est dans la collection Livre de Poche. Je me bats pour qu’on le réédite. Epuisé souvent, on peut encore le trouver parce que je plaide beaucoup pour ce beau, simple et magnifique roman. Les Enfants Jéromine. Publicité gratuite."


"... Et parfois, il feuillette les partitions que ses frères ont sauvées en même temps que les instruments de musique. Il suit le défilé des signes noirs et entend les sons qui furent jadis.
C'est une des grandes énigmes de la vie, qu'un signe noir ait le sens d'un son et que ce son , lié à d'autres, ait le sens d'un état de l'âme, d'une tristesse ou d'un éclair du regard.
Une grande énigme, que la vibration d'une corde soit aussi la vibration de l'âme et que le frémissement de la corde ne soit cependant rien de plus qu'une loi du nombre, exprimable par une formule, alors que la de l'âme ne s'exprime que par un sourire sur les lèvres ou une larme au bord des paupières...
" Missa sine Nomine (extrait)

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 21:12
couscous.jpgJ'aime beaucoup moins le couscous maintenant
 
L'histoire: 
A Sète, Monsieur Beiji, la soixantaine, divorcé, est mis à la retraite. Il décide d'ouvrir un restaurant à couscous sur un bateau abandonné. Ses familles, l'ancienne et la nouvelle, se laissent peu à peu gagner par ce rêve.

C'est LE film de l'année selon les critiques de Paris (allez voir ici).


Ce que j'en pense:
Des scènes vraiment interminables, filmées sans interruption, des mouvements de caméra à vous donner la nausée (véridique!), une histoire qui aurait pu être touchante mais qui est à peine esquissée, une image laide, pas d'idée, pas d'émotion, pas de rêve. Le seul point positif : l'actrice Hafsia Herzi.
Allez, quelques détails du film: une longue, inutile et pathétique scène des voleurs de mobylette; une insupportable scène d'hystérie de femme trompée; une horrible scène de danse du ventre d'un "érotisme" d’une grande vulgarité, mais qui soulève l’enthousiasme des "haloufs" (cochons) éméchés "français" (caricaturaux), etc. Tout prend des proportions énormes, au point que l'on a qu'une seule envie : secouer et baffer tous les personnages!



Je ne peux m'empêcher de rajouter ces terribles commentaires de spectateurs en colère:

Ce film qu'on nous présente comme humaniste et populaire, n'est qu'un conglomérat informe de tranches de vie sous forme de documentaire. un documentaire complaisant sur la misère matérielle et surtout intellectuelle du prolétariat, à destination de bobos en mal d'authenticité, ayant éventuellement des tendances à l'auto-flagellation... Le vieux mythe du bon sauvage en quelque sorte, revu et corrigé au goût du jour. J'ai rarement vu un truc aller aussi loin dans le domaine du bien pensant-isme et du politiquement correct... Les valeurs humanistes qu'on voudrait attribuer à ce film ne sont qu'une excuse pour une apologie du misérabilisme...où est l'humanisme là dedans ?

Ou bien :L'unanimisme dithyranbique de la critique en dit long sur la lâcheté et le degré de corruption mentale qui règne dans les médias.

Ou encore: Si vous pensez que le cinéma doit faire rêver un minimum, fuyez ce film, et fuyez les critiques de presse bien-pensants-politiquement-corrects qui en font l'apologie : ils ne sont plus en phase avec la réalité, la vraie.



Parce que justement le problème ici, c'est que ce film est présenté comme une oeuvre "humaniste". Parce que maintenant, dès qu'on filme les basses couches sociales, c'est de l'humanisme. Dès qu'on montre la misère du monde, c'est de l'humanisme. Le moindre blabla en bas d'une cage d'escalier, c'est de l'humanisme.
Veut-on vraiment détruire cette belle idée?


Pour savoir ce que j'entends par "film humaniste" allez dans la catégorie "Livres, cinéma" de ce blog.

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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 07:31
tokill.jpg
To Kill a Mockingbird

Version française: Du silence et des ombres

Réalisé par Robert Mulligan (1962)
Avec Gregory Peck, Mary Badham, Phillip Alford, Brock Peters et Robert Duvall.


Voici une petite merveille d'humanisme, à la Ford ou à la Capra. C'est l'histoire d'Atticus Finch, un avocat dans le sud des États-Unis (Alabama) des années 30. Il doit défendre un homme noir accusé de viol. Le récit, raconté à travers les souvenirs et le regard de ses enfants Scout et Jem (formidables), est parsemé de détails sur la vie et les mentalités de l'époque. Les jeunes enfants prennent petit à petit conscience de l'importance du combat de leur père qui suscite l'hostilité d'une partie de la population. Je ne raconte pas plus l'histoire car il y a un fort suspense tout au long du film (surtout dans la deuxième partie, celle du procès).
To kill a Mockingbird est avant tout un film poignant, universel et intemporel. Y sont abordés les thèmes de la justice, du respect, de l'amour, des préjugés et du racisme. Atticus Finch (superbement interprété par Gregory Peck), qui élève seul ses deux enfants, représente un homme droit, aimant et juste. A ce sujet, l'American Film Institute a classé Atticus Finch premier parmi les 100 plus grands héros de films. Notons aussi que ce film a été désigné "Culturellement signifiant" par la Bibliothèque du Congrès.
Pour terminer, il faut signaler que ce film possède une photo magnifique qui joue avec l’ombre et la lumière et crée ainsi une ambiance mystérieuse pour décrire les peurs infondées, la confrontation des enfants avec le monde des adultes et le racisme stupide des villageois contre le noir accusé de meurtre.
Un chef-d'oeuvre.

mockingbird3.jpg

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28 septembre 2007 5 28 /09 /septembre /2007 11:44
camus.jpg
"Le Premier homme" est le roman auquel travaillait Albert Camus au moment de mourir. Dans cette oeuvre aux accents autobiographiques, il évoque avec tendresse et émotion ses souvenirs d'enfance.

J'ai aujourd'hui choisi de vous présenter un petit extrait du long chapitre (40 pages) que Camus consacre à l'école et plus particulièrement à son instituteur. On y retrouve les grandes valeurs de l'école républicaine: l'éducation pour tous indépendamment des déterminismes sociaux, l'instruction comme moyen de liberté intellectuelle, le pouvoir libérateur et enthousiasmant de la culture et du savoir.



(…) Ensuite c'était la classe. Avec M. Bernard, cette classe était constamment intéressante pour la simple raison qu'il aimait passionnément son métier. Au-dehors, le soleil pouvait hurler sur les murs fauves pendant que la chaleur crépitait dans la salle elle-même pourtant plongée dans l'ombre des stores à grosses rayures jaunes et blanches. La pluie pouvait aussi bien tomber comme elle le fait en Algérie, en cataractes interminables, faisant de la rue un puits sombre et humide, la classe était à peine distraite. Seules les mouches par temps d'orage détournaient parfois l'attention des enfants. Elles étaient capturées et atterrissaient dans les encriers, où elles commençaient une mort hideuse, noyées dans les boues violettes qui emplissaient les petits encriers de porcelaine à tronc conique qu'on fichait dans les trous de la table. Mais la méthode de M. Bernard, qui consistait à ne rien céder sur la conduite et à rendre au contraire vivant et amusant son enseignement, triomphait même des mouches. Il savait toujours tirer au bon moment de son armoire aux trésors la collection de minéraux, l'herbier, les papillons et les insectes naturalisés, les cartes, qui réveillaient l'intérêt fléchissant de ses élèves. Il était le seul dans l'école à avoir obtenu une lanterne magique et, deux fois par mois, il faisait des projections sur des sujets d'histoire naturelle ou de géographie. En arithmétique, il avait institué un concours de calcul mental qui forçait l'élève à la rapidité d'esprit. Il lançait à la classe, où tous devaient avoir les bras croisés, les termes d'une division, d'une multiplication ou parfois d'une addition un peu compliquée. Combien font 1267 + 691. Le premier qui donnait le résultat juste était crédité d'un bon point à valoir sur le classement mensuel. Pour le reste, il utilisait les manuels avec compétence et précision... Les manuels étaient toujours ceux qui étaient en usage dans la métropole. Et ces enfants qui ne connaissaient que le sirocco, la poussière, les averses prodigieuses et brèves, le sable des plages et la mer en flammes sous le soleil, lisaient avec application, faisant sonner les virgules et les points, des récits pour eux mythiques où des enfants à bonnet et cache-nez de laine, les pieds chaussés de sabots, rentraient chez eux dans le froid glacé en traînant des fagots sur des chemins couverts de neige, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent le toit enneigé de la maison où la cheminée qui fumait leur faisait savoir que la soupe aux pois cuisait dans l'âtre. Pour Jacques, ces récits étaient l'exotisme même. Il en rêvait, peuplait ses rédactions de descriptions d'un monde qu'il n'avait jamais vu, et ne cessait de questionner sa grand-mère sur une chute de neige qui avait eu lieu pendant une heure vingt ans auparavant sur la région d'Alger.
(…) Seule l'école donnait à Jacques et à Pierre ces joies. Et sans doute ce qu'ils aimaient si passionnément en elle, c'est ce qu'ils ne trouvaient pas chez eux, où la pauvreté et l'ignorance rendaient la vie plus dure, plus morne, comme refermée sur elle-même; la misère est une forteresse sans pont-levis.
(…) Non, l'école ne leur fournissait pas seulement une évasion à la vie de famille. Dans la classe de M. Bernard du moins, elle nourrissait en eux une faim plus essentielle encore à l'enfant qu'à l'homme et qui est la faim de la découverte. Dans les autres classes, on leur apprenait sans doute beaucoup de choses, mais un peu comme on gave les oies. On leur présentait une nourriture toute faite en les priant de vouloir bien l'avaler. Dans la classe de M. Germain (véritable nom de l‘instituteur), pour la première fois ils sentaient qu'ils existaient et qu'ils étaient l'objet de la plus haute considération: on les jugeait dignes de découvrir le monde. Et même leur maître ne se vouait pas seulement à leur apprendre ce qu'il était payé pour leur enseigner, il les accueillait avec simplicité dans sa vie personnelle, il la vivait avec eux, leur racontant son enfance et l'histoire d'enfants qu'il avait connus, leur exposait ses points de vue, non point ses idées, car il était par exemple anticlérical comme beaucoup de ses confrères et n'avait jamais en classe un seul mot contre la religion, ni contre rien de ce qui pouvait être l'objet d'un choix ou d'une conviction, mais il n'en condamnait qu'avec plus de force ce qui ne souffrait pas de discussion, le vol, la délation, l'indélicatesse, la malpropreté (...)



Lettre qu'Albert Camus envoya à son instituteur au lendemain de son prix Nobel:


19 novembre 1957

Cher Monsieur Germain,

J'ai laissé s'éteindre un peu le bruit qui m'a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n'ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j'en ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé.
Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur. Mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l'âge, n'a pas cessé d'être votre reconnaissant élève. Je vous embrasse de toutes mes forces.

Albert Camus
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20 septembre 2007 4 20 /09 /septembre /2007 09:41
actualit---democratie.jpg

Actualité de la démocratie athénienne
Jacqueline de Romilly
170 pages
Bourin Editeur




Ceux qui parcourent régulièrement ce blog savent maintenant que mon objectif principal est de faire "revivre" quelques trésors du passé et de retrouver des bases de réflexion pour aborder les problèmes d'aujourd'hui. La tradition de l'humanisme classique reste selon moi la plus pertinente car elle aborde des notions universelles et intemporelles concernant l'homme et la nature : vérités objectives et universelles, liberté de l'homme (libre arbitre et responsabilité), recherche de la vérité, amour (ou Agapè).
Voici un très bon livre qui pourra peut-être apporter quelques réponses à la crise politique et morale que traverse notre pays aujourd'hui. Jacqueline de Romilly, célèbre helléniste, tente dans ces entretiens de nous faire découvrir la flamme qui a pu inspirer la Grèce du Ve siècle avant JC. Attention, ce n'est pas un vulgaire "copié-collé" d'une période à une autre : la démarche ici est de mieux comprendre ce qu'ont voulu et exprimé les Athéniens à travers leurs principes, valeurs et idéaux. L'auteur tente de souligner la spécificité de la pensée grecque, son universalité et plus particulièrement son approche de la nature humaine.
Inspirant et enthousiasmant.


Quelques extraits :


Son approche de l'éducation:

(...) Les enfants apprenaient à lire et à compter, et - chose intéressante - ils lisaient Homère. Dans le Protagoras de Platon, Protagoras évoque cette lecture d'Homère en disant que les enfants y trouvent des modèles d'actions généreuses grâce aux conduites des héros. Nous touchons ici à ce qui est à mes yeux essentiel: l'idée que la transmission par les textes littéraires est une transmission de valeurs parce que l'on y trouve des modèles d'action.
(...) Je viens de dire que la démocratie exigeait une éducation qui transmette les valeurs; non pas des valeurs imposées comme s'il s'agissait de réglementation, mais les valeurs dans lesquelles nous avons choisi de vivre et que nous intégrons comme habitude intellectuelle. Or, ma grande idée est que l'enseignement moderne, depuis un grand nombre d'années, a fait fausse route en s'orientant vers les connaissances pratiques, en donnant des recettes toutes faites, en ne fournissant que des connaissances que l'on puisse vendre aussitôt sorti des classes. Mais ce faisant, il a perdu de vue ce qui me semble être son but essentiel: la formation de l'esprit, du point de vue intellectuel comme du point de vue des valeurs.
(...) Les jeunes élèves parcourent ces textes qui représentent souvent des actions généreuses ou héroïques, des souffrances, de la tendresse, de la beauté. Je ne dis pas que toute la classe sera émue, mais chacun peut l'être à un moment. Et, croyez-moi, même les plus butés pourront être frappés au beau milieu d'un texte par un exemple qui restera marquant et bien vivant. Même un cancre pourra être ému par un passage. Un grand nombre de ces textes émanent de la démocratie athénienne et sont donc très proches des valeurs liées à toute démocratie. Un professeur pourra expliquer quatre lignes d'un texte en une heure de cours mais réaliser quelque chose d'absolument magnifique pour la transmission de ces valeurs.
Je voudrais d'ailleurs ajouter que cette initiation à la pensée et aux valeurs, ne faisant pas appel à une tradition nationale, me paraît présenter un grand avantage pour les enfants qui ne sont pas d'origine française et en particulier ceux qui vivent dans les banlieues. Il ne s'agit pas avec le latin et le grec de passer d'une culture vivante à une autre, mais de remonter à une source accessible à tous et qui peut devenir commune à tous.
Ce cas particulier mis à part, je crois et je sais par expérience que le contact avec ces textes est extraordinairement enrichissant.

Sur l'universalité de la pensée grecque:

(...) Je veux dire que les Grecs en général et les Athéniens en particulier avaient tendance à tout exprimer sous une forme qui soit assez générale et universelle pour dépasser la simple actualité.
Selon moi, ce qui caractérise la pensée grecque dans tous les domaines, c'est de tendre toujours vers l'universel; c'est-à dire de prendre ce qu'il y a de plus important et qui peut s'appliquer pour d'autres cultures, en d'autres moments, pour d'autres hommes. J'ai consacré beaucoup d'études à Thucydide, l'historien de la guerre du Péloponnèse au Ve siècle. C'est quand même extraordinaire de le voir écrire qu'il souhaite que son histoire soit utile pour que l'on puisse voir clair non seulement dans les évènements passés mais aussi dans ceux qui, à l'avenir, du fait du caractère humain qui est le leur, pourraient être semblables ou analogues. C'est aller chercher, par-delà les petits détails concrets ou les noms propres, quelque chose qui touche à une autre époque et qui saisit ce qui est humain, ce qui peut être récurrent.
Le même esprit se retrouve dans tous les genres qui ont été pratiqués à cette époque. Et ils sont nombreux, ces genres! Précisément à cause de cette tendance à l'universel, ils ont survécu jusqu'à nous à travers les siècles. Or, partout on retrouve la même tendance. Ainsi pour la philosophie qui a pris un tour nouveau au Ve siècle; Socrate a renouvelé la réflexion en s'intéressant à l'homme, à ses devoirs, à ses problèmes, qui se posent en tout temps. Il nous ramène à cet essentiel. Et après lui, c'est presque toute la philosophie qui a suivi. La tragédie, normalement, ne s'intéresse qu'à des héros, à des légendes, à des meurtres comme ceux des Atrides ou de la famille d'Œdipe, ou à des héroïnes comme Phèdre ou Médée. Ces histoires apparemment très éloignées de nous sont traitées en tant qu'image des problèmes humains, des questions de justice, de la culpabilité. Prenez le cas d'Antigone, c'est le problème de savoir s'il faut obéir à une règle de l'État ou à la loi divine, et comment concilier les deux. C'est un problème qui se pose à chacun de nous en divers moments. Et je crois qu'il en est de même pour la pensée politique. Au lieu de nous laisser des traités particuliers sur des problèmes qui se discutaient à l'Assemblée sur telle indemnité ou telle mesure financière, ils ont laissé dans leurs œuvres des études générales sur ce qu'est une démocratie, ce qu'elle doit chercher, comment elle doit vivre. Et c'est pour cela que cette démocratie, tellement différente du point de vue pratique, du point de vue de sa dimension, des procédés et des façons de vivre, a encore un sens et peut encore avoir une utilité pour nous aujourd'hui.
(...) Cette réflexion de l'Athènes du Ve siècle nous touche encore directement parce qu'elle n'était pas enfermée dans l'actualité de ce même Ve siècle. Je crois donc que le contact avec cet idéal, ces valeurs, ces grands principes, peut encore avoir pour nous un effet moralement stimulant en nous aidant à retrouver l'élan démocratique; et il peut aussi avoir un effet intellectuellement précieux en nous permettant de mieux comprendre les problèmes fondamentaux qui commandent le destin de notre démocratie actuelle. C'est bien pourquoi ces textes si proches par l'inspiration et si nettement orientés vers les idées générales, même dans la tragédie, peuvent encore nous toucher aujourd'hui et prendre dans notre crise politique actuelle une utilité directe.
La nature des textes grecs est telle qu'ils exercent une double influence. Par la ferveur et les fréquents retours à ces grands principes, ils raniment en nous un élan moral et une sensibilité à ces valeurs. Et, en même temps, par la précision et le niveau de leurs analyses, ils invitent chacun à une réflexion plus poussée sur ces principes mêmes dont le dévoiement est aujourd'hui à la racine de tous nos problèmes.


Présentation de l'éditeur:

Il est difficile d'être jeune aujourd'hui. Difficile de croire en un monde et une société où le mot " crise " n'a jamais été autant prononcé. Que faire ? Une révolution ? Baisser les bras ? Non. Il nous faut renouer avec le principe même notre démocratie, retrouver l'élan de ses premiers pas afin de remettre en route une société en panne. Actualité de la Démocratie athénienne est un dialogue entre deux générations. Qui mieux que Jacqueline de Romilly, la célèbre helléniste, pouvait apporter à un jeune homme qui s'interroge des réponses utiles pour comprendre le monde d'aujourd'hui ? Il ne s'agit pas, dans ces entretiens, de résoudre la crise contemporaine par les formules du passé, mais de donner à une génération nouvelle un éclairage et des éléments qui peuvent lui permettre de se déterminer et de choisir son rôle dans la société à venir.
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10 mars 2007 6 10 /03 /mars /2007 03:10

Titre original :
Mr Smith Goes to Washington (M. Smith au sénat)

Réalisé par Frank Capra en 1939
Avec James Stewart, Jean Arthur...

Résumé: Jefferson Smith (épatant James Stewart) est très aimé des Boys Rangers, un club de jeunes garcons qu'il dirige. Cet homme populaire et naïf est une affaire pour le gouverneur Hopper et son chef politique Jim Taylor, qui en font un sénateur idéal pour couvrir leurs sombres histoires. Mr. Smith devient alors vite la risée du Congrès et est, malgré lui, compromis dans une affaire louche. Apres un moment de découragement et grâce à sa secrétaire, il prend la parole au Senat et la garde vingt-trois heures durant...

Voici un film magnifique, optimiste, humaniste et engagé. C'est l'âge d'or hollywoodien. Cette période unique a vu émerger un cinéma reposant sur des valeurs morales fortes: idéalisme, optimisme, progrès, foi en l'homme et en sa capacité de résoudre des problèmes. C'est l'époque des grands réalisateurs comme Hawks, Capra, Ford...
Mr smith est un film attachant. Le personnage de James Stewart est un naïf qui croit aux valeurs profondes de l'Amérique et de la politique: la liberté, l'honnêteté et l'intérêt général. Ce film est un réquisitoire féroce contre les compromis et la corruption. Capra attaque aussi le lobby de la presse, gardien d'un ordre établi, prêt à tout pour un scoop. Il dénonce avec virulence la manipulation des foules et le contrôle des esprits
La première projection de Mr. Smith au sénat eu lieu le 17 octobre 1939 en présence de 4 000 personnalités politiques du pays. Beaucoup d'entre elles désapprouveront ce film qu'elles jugent comme une mise en cause de la respectabilité sénatoriale et de l'indépendance de la presse.
En 1939, Capra était conscient de l'évolution idéologique de son Italie natale : la démocratie risquait d'être renversée partout en Europe. Fervent défenseur des fondements gouvernementaux de son pays d'adoption, dont la constitution américaine, il tient à affirmer publiquement et cinématographiquement ses convictions. Il livre alors un film naïf à première vue, mais duquel se dégage une sincère honnêteté.
La dernière demi-heure où Mr Smith garde la parole au Sénat pendant 24 heures pour défendre son projet de loi est absolument bouleversante. La scène où il lit devant les élus médusés le Corinthien 1-13 est particulièrement belle.
Un grand film, superbement réalisé.





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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 00:09
Lessing
Nathan Le Sage
Editeur: Flammarion, bilingue
416 pages




Par son théâtre et ses écrits critiques, Lessing (1729-1781) est une figure centrale de l'Aufklärung (forme allemande du mouvement philosophique et littéraire qui s’est développé en Europe entre environ 1660 et 1770 et qui se caractérisait par la foi dans la raison humaine, l'image d’un Dieu grand architecte, confiance dans l’homme, dans les capacités de son entendement, optimisme, croyance au progrès).
Avec Nathan le Sage, il porte le débat religieux sur la scène. L'action se situe à Jérusalem au cours de la troisième croisade (1189-1192). Les trois religions monothéistes, incarnées par trois personnages, s'y affrontent: le judaïsme (Nathan le Sage), l'islam (Saladin), le christianisme (le Templier). Un conte de Boccace a fourni à Lessing le modèle de l'épisode où le juif, interrogé sur la vraie religion, répond par la parabole des trois anneaux. Lessing en a fait le centre de sa pièce pour appuyer un idéal de fraternité. C'est une magnifique leçon de tolérance et de dialogue des cultures.

Je rajoute le commentaire de Messer Gaster:
 
Rappelons en passant que le modèle que Lessing a choisi pour son personnage de Nathan est en fait son meilleur ami : le grand penseur juif et humaniste Moses Mendelssohn (1729-1786). Figure clef de l’Aufklärung, il est aussi quelqu’un d’incontournable dans le judaïsme. D’ailleurs, on fait souvent référence aux « trois Moïse » (le premier, celui des Dix Commandements, Moïse Maïmonide et enfin Moïse Mendelssohn). Mendelssohn accomplira un travail considérable pour l’émancipation des juifs et pour briser le ghetto : faire connaître la culture classique humaniste aux juifs et faire connaître la tradition humaniste du judaïsme aux non juifs. Il était en particulier imprégné de la philosophie de Leibniz et déclarait à son sujet : « A toi, immortel Leibniz, j’édifie un mémorial éternel dans mon cœur ! Sans ton aide, j’aurais été perdu à jamais. Je ne t’ai jamais rencontré mais tes écrits impérissables m’ont guidé sur le chemin de la vraie philosophie, à la connaissance de moi-même et de mes origines. Y a-t-il un esclavage plus lourd à porter que celui où la raison est en désaccord avec le cœur ? » Eminent philosophe, Mendelssohn n’était jamais déconnecté du monde dans lequel il vivait. Pour lui, « la philosophie pratique est plus importante que la philosophie spéculative dans la mesure où elle est reliée directement avec le bonheur de l’homme ; elle offre à la tête bien faite autant de matière à réfléchir que le cœur, la possibilité d’enquêter sur soi-même en toute rigueur et de se former à la vertu et à la vraie sagesse ». Et d’ajouter : « Le stade le plus élevé de la sagesse est incontestablement de faire le bien. Quiconque reste au niveau inférieur – la philosophie spéculative – doit se contenter du sort qui consiste à disposer des poteaux indicateurs ou des bornes sur le chemin menant à la félicité. »
Pour revenir à Nathan le Sage, certains pensent que cette œuvre aurait influencé Mozart pour son opéra L’enlèvement au sérail qui sera créée à peine trois après la pièce de Lessing. Il est vrai que l’esprit de cet opéra est très proche de celui de Nathan le Sage.

 


 

Extrait de Nathan le Sage, La parabole des trois anneaux:

NATHAN

Il y a des siècles de cela, en Orient, vivait un homme qui possédait un anneau d'une valeur inestimable, don d'une main chère. La pierre était une opale, où se jouaient mille belles couleurs, et elle avait la vertu secrète de rendre agréable à Dieu et aux hommes quiconque la portait animé de cette conviction. Quoi d'étonnant si l'Oriental la gardait constamment au doigt, et prit la décision de la conserver éternellement à sa famille? Voici ce qu'il fit: il légua l'anneau au plus aimé de ses fils, et il statua que celui-ci, à son tour, léguerait l'anneau à celui de ses fils qui lui serait le plus cher, et que perpétuellement le plus cher, sans considération de naissance, par la seule vertu de l'anneau, deviendrait le chef, le premier de sa maison.
- Entends-moi, Sultan.

SALADIN

Je t'entends. Poursuis!

NATHAN

Ainsi donc, de père en fils, cet anneau vint finalement aux mains d'un père de trois fils qui tous trois lui obéissaient également, qu'il ne pouvait par conséquent s'empêcher d'aimer tous trois d'un même amour. À certains moments seulement, tantôt celui-ci, tantôt celui-là, tantôt le troisième - lorsque chacun se trouvait seul avec lui et que les deux autres ne partageaient pas les épanchements de son cœur - lui semblait plus digne de l'anneau, qu'il eut alors la pieuse faiblesse de promettre à chacun d'eux. Les choses allèrent ainsi, tant qu'elles allèrent. Mais la mort était proche, et le bon père tombe dans l'embarras. Il a peine à contrister ainsi deux de ses fils, qui se fient à sa parole. Que faire? Il envoie secrètement chez un artisan, auquel il commande deux autres anneaux sur le modèle du sien, avec l'ordre de ne ménager ni peine ni argent pour les faire de tous points semblables à celui-ci. L'artiste y réussit. Lorsqu'il apporte les anneaux au père, ce dernier est incapable de distinguer son anneau qui a servi de modèle. Joyeux et allègre, il convoque ses fils, chacun à part, donne à chacun sa bénédiction, et son anneau, et meurt. - Tu m'écoutes, n'est-ce pas, Sultan?

SALADIN (qui, ému, s'est détourné de lui)

J'écoute, j'écoute! Viens-en bientôt à la fin de ton histoire. Est-elle proche?

NATHAN

J'ai fini. Car la suite, désormais, se conçoit d'elle-même. À peine le père mort, chacun arrive avec son anneau, et chacun veut être le chef de la maison. On enquête, on se querelle, on s'accuse. Peine perdue: impossible de prouver quel anneau était le vrai. (Après une pause, pendant laquelle il attend la réponse du Sultan). Presque aussi impossible à prouver qu'aujourd'hui pour nous - la vraie croyance.

SALADIN
Comment? c'est là toute la réponse à ma question?..

NATHAN

Mon excuse simplement si je ne me risque pas à distinguer les trois anneaux, que le père a fait faire dans l'intention qu'on ne puisse pas les distinguer.

SALADIN

Les anneaux! Ne te joue pas de moi! Je croirais, moi, qu'on pourrait malgré tout distinguer les religions que je t'ai nommées, jusque dans le vêtement, jusque dans les mets et les boissons!

NATHAN

D'accord, sauf en ce qui regarde leurs raisons. Toutes en effet ne sont-elles pas fondées sur l'histoire? Écrite ou transmise? Et l'histoire ne doit-elle pas être crue uniquement sur parole, par la foi? N'est-ce pas? Or, de qui met-on le moins en doute la parole et la foi? Des siens, n'est-il pas vrai?
De ceux de notre sang, n'est-il pas vrai? De ceux qui nous ont depuis l'enfance donné des preuves de leur amour, n'est-il pas vrai? Qui ne nous ont jamais trompés que là où il était meilleur pour nous d'être trompés? Comment croirais-je moins mes pères que toi les tiens? Ou inversement! Puis-je te demander d'accuser tes ancêtres de mensonge pour ne pas contredire les miens? Ou l'inverse? C'est également vrai pour les chrétiens. Ne trouves-tu pas?

SALADIN (à part)

Par le Dieu vivant! cet homme a raison. Je ne puis que me taire.

NATHAN

Mais revenons à nos anneaux. Comme je l'ai dit, les fils se citèrent en justice et chacun jura au juge qu'il tenait directement l'anneau de la main du père - ce qui était vrai - après avoir obtenu de lui, depuis longtemps déjà, la promesse de jouir un jour du privilège de l'anneau - ce qui était non moins vrai! Le père, affirmait chacun, ne pouvait pas lui avoir menti; et, avant de laisser planer ce soupçon sur lui, ce père si bon, il préférerait nécessairement accuser de vol ses frères, si enclin fût-il par ailleurs à ne leur prêter que les meilleures intentions. Il saurait bien, ajoutait-il, découvrir les traîtres, et se venger.

SALADIN

Et alors, le juge? J'ai grand désir d'entendre le verdict que tu prêtes au juge. Parle!

NATHAN

Le juge dit : « Si vous ne me faites pas, sans tarder, venir céans votre père, je vous renvoie dos à dos. Pensez-vous que je sois là pour résoudre des énigmes? Ou bien attendez-vous que le vrai anneau se mette à parler? Mais, halte! J'entends dire que le vrai anneau possède la vertu magique d'attirer l'amour : de rendre agréable à Dieu et aux hommes. Voilà qui décidera!
Car les faux anneaux, eux, n'auront pas ce pouvoir! Eh bien: quel est celui d'entre vous que les deux autres aiment le plus? Allons, dites-le! Vous vous taisez? Les anneaux n'ont d'effet que pour le passé? Ils ne rayonnent pas au-dehors?
Chacun n'aime que lui-même? Oh, alors vous êtes tous les trois des trompeurs trompés! Vos anneaux sont faux tous les trois. Il faut admettre que le véritable anneau s'est perdu. Pour cacher, pour compenser la perte, le père en a fait faire trois pour un.

SALADIN

Superbe! Superbe!

NATHAN

Et en conséquence, continua le juge, si vous ne voulez pas suivre le conseil que je vous donne en place de verdict, allez-vous-en! Mon conseil, lui, est le suivant: prenez la situation absolument comme elle est. Si chacun de vous tient son anneau de son père, alors que chacun, en toute certitude, considère son anneau comme le vrai. Peut-être votre père n'a-t-il pas voulu tolérer plus longtemps dans sa maison la tyrannie d'un seul anneau? Et il est sûr qu'il vous a tous trois aimés, et également aimés, puisqu'il s'est refusé à en opprimer deux pour ne favoriser qu'un seul. Allons! Que chacun, de tout son zèle, imite son amour incorruptible et libre de tout préjugé! Que chacun de vous s'efforce à l'envi de manifester dans son anneau le pouvoir de la pierre! Qu'il seconde ce pouvoir par sa douceur, sa tolérance cordiale, ses bienfaits, et s'en remette à Dieu! Et quand ensuite les vertus des pierres se manifesteront chez les enfants de vos enfants; alors, je vous convoque, dans milIe fois mille ans, derechef devant ce tribunal. Alors, un plus sage que moi siégera ici, et prononcera. Allez!  Ainsi parla le juge modeste.

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10 janvier 2007 3 10 /01 /janvier /2007 08:13

Helen Keller, Sourde, muette, aveugle. Histoire de ma vie.
275 pages
Editeur : Payot (24 mars 2001)
Collection : Petite bibliothèque Payot


Ne vous fiez pas au titre qui peut paraître un peu "Nouveau Détective". Helen Keller est née en 1880. A 19 mois, frappée par une grave maladie, elle reste aveugle, sourde et muette. Ce livre n'est pas une autobiographie banale. Nous y voyons comment cette jeune fille privée des sens qui mettent le plus en rapport avec le monde extérieur, y a suppléé  par un effort continu et est parvenue à un haut degré de connaissance. Ces pages reflètent un véritable drame dans les ténèbres. Elles nous font assister à l'éveil (difficile), puis au développement progressif de ce qu'il y a de meilleur en l'individu : l'intelligence et le coeur. Deux facteurs y concourent : la volonté tenace du sujet, Helen Keller, et l'amour persévérant de son admirable éducatrice, Anne Sullivan.
Helen Keller nous montre surtout que l'être humain n'est pas déterminé que par ses sens. Elle a appris le langage par l'activité de son esprit et aussi, par l'amour. L'homme n'est pas un perroquet ou un singe savant qui répète bêtement des formules toutes faites. Ce livre propose au contraire une méthode pédagogique basée sur la curiosité naturelle de l'enfant, sur sa capacité de faire des découvertes en faisant des expériences. C'est aussi un hymne à la joie d'apprendre en découvrant le beau monde qui nous entoure.
Helen Keller fit un parcours scolaire remarquable: elle apprit l'allemand, le français, le grec, le latin. Elle devint l'une des femmes les plus cultivée du XXème siècle. Ses poètes favoris étaient Goethe et Schiller: "Hugo, goethe, Schiller et tous les grands poètes de toutes les grandes nations sont les interprètes des choses éternelles, et mon esprit les suit avec déférence, dans les régions où la Beauté, la Vérité et la Bonté sont une".
Pour finir, je vous conseille aussi une bonne adaptation cinématographique de cette histoire: Miracle en Alabama (The miracle worker) d'Arthur Penn (1962).


"Si le le violon est l'instrument de musique le plus parfait, alors le Grec est le violon de la pensée humaine".

"Aucun pessimiste n'a jamais découvert les secrets des étoiles, navigué jusqu'à des terres inconnues, ou ouvert un nouveau chemin pour l'esprit humain". Helen keller


Helen Keller reçoit un Oscar


Helen Keller et Graham Bell


Helen Keller et Anne Sullivan

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11 décembre 2006 1 11 /12 /décembre /2006 08:07
Jean Zay, Souvenirs et solitude (précédé de Jean Zay, ministre de l'intelligence française, préface de Pierre Mendès France)
Editeur: L'Aube
380 pages

Voici un très beau livre. Il passionnera ceux qui s'intéressent à l'éducation, au Front populaire et à l'époque trouble de 1939-1945. C'est un journal, tenu par Jean Zay, nommé (à 31 ans!) ministre de l'éducation nationale dans le gouvernement de Léon Blum. Condamné à la prison à vie par le régime de vichy, il meurt en 1944, assassiné par des miliciens. C'est en prison qu'il écrit ce livre remarquable où s'entrecroisent un passé conté avec humour et un présent souvent très émouvant.
C'est aussi un précieux témoignage sur la période qui précède la seconde guerre mondiale. Jean Zay évoque ses souvenirs et décrit admirablement de l'intérieur les batailles ménées au sein de son ministère mais aussi dans tout le gouvernement. Il revient, sans dogmatisme, sur les différentes réformes effectuées au sein de l'éducation nationale (nouveaux programmes et instructions de 1938, l'école unique, sa pédagogie...). Freinet dira de lui: "Je puis affirmer que si nous avions, dans l'histoire de l'évolution scolaire française, quelques lustres aussi riches en innovations hardies que ces deux dernières années, il y aurait bientôt quelque chose de changé dans l'éducation française".
Avec une profonde humanité, Jean Zay, tout au long du livre, nous fait part de ses réflexions sur l'homme, la liberté, l'espoir et l'engagement.



Quelques extraits de Souvenirs et solitude:

Sur la finance (pensez à la situation actuelle, tristement comparable):

"Quand on étudiera les causes de notre impréparation militaire et de la décripitude du gouvernement parlementaire, il faudra inscrire en bonne place l'orthodoxie financière. De 1932 à 1940 - je parle de ce que j'ai vu -, au milieu de tant de débats désordonnés, il y eut un sujet "tabou": le libéralisme monétaire et financier; une discussion interdite: celle du contrôle des changes.
Vous pouviez librement couvrir de boue le chef de l'Etat et ses ministres, nier effrontément nos engagements internationaux les plus évidents, désavouer le gouvernement de votre pays en pleine négociation diplomatique, donner tort à la France devant l'étranger. Bravo! C'était de bonne guerre... Mais il vous était défendu de critiquer la mystique de l'équilibre budgétaire, sous peine d'être considéré comme un traître et accusé de provoquer des catastrophes. Une puissante cohorte veillait jalousement sur le respect de la sainte orthodoxie: au premier rang, se distinguaient la presse et ses chroniqueurs spécialisés, les économistes, les banquiers, les partis conservateurs. Mais, derrière ces troupes de choc, se dessinait toujours la toute-puissante inspection des Finances. Le premier résultat de cet état de choses a été la paralysie gouvernementale."

Sur la captivité:

"Anatole France a écrit au sujet du lieutenant-colonel Picquart : «Cette liberté intérieure, la plus précieuse de toutes, ses persécuteurs ne purent la lui ôter. Dans la prison où ils l'enfermèrent, il était libre, plus libre qu'eux. Ses lectures abondantes, ses propos calmes et bienveillants, ses lettres pleines d'idées hautes et sereines, attestaient la liberté de son esprit. C'est eux, ses persécuteurs et ses calomniateurs, qui étaient prisonniers, prisonniers de leurs mensonges et de leurs crimes. Des témoins l'ont vu, paisible, souriant, indulgent, derrière les barrières et les grilles.» Heureux l'homme qui a inspiré ces lignes! Et que ne donnerait-on, en 1941, pour les mériter à son tour?"
"Lorsque le prisonnier constate qu'il ne songe plus à l'évasion, il apprend par là, non qu'il en a reconnu l'impossibilité, encore moins qu'il a abouti à l'acceptation ou à la résignation, mais bien qu'il a enfin réalisé la suprême conquête: celle de sa liberté intérieure. C'est que désormais les grilles n'existent plus pour lui. Il a trouvé dans le travail, dans la réflexion, dans l'indifférence aux plaisirs perdus, l'évasion véritable, celle qui, insensible aux entraves corporelles, ouvre à son esprit les plus vastes espaces et lui découvre des libertés qu'il eût ignorées sans son épreuve."

Sur l'éducation:

"Dans le domaine proprement pédagogique, l' organisation des «loisirs ou activités dirigées» constitua la principale nouveauté. Le samedi après-midi fut réservé à une classe dans laquelle il serait fait appel de cent manières à l'activité spontanée de l'élève. Il s'agissait d'éveiller ses aptitudes ou ses dons, de favoriser ses goûts les plus sains, de le préparer à la vie, bref de rendre l'enseignement plus vivant: «Faites constamment appel à l'activité de l'enfant, en accordant quelque confiance à sa liberté», précisaient les instructions de 1938. L'imagination des maîtres, jointe à celle des élèves, aboutit, dans une atmosphère joyeuse et souvent enthousiaste, à des résultats étonnants."


Jean Zay

Dos de couverture:

En 1936, Jean Zay devient le plus jeune ministre jamais nommé à l'Éducation nationale et à ce qu'on n'appelle pas encore la Culture, dans le gouvernement de Front populaire de Léon Blum. Partisan de la fermeté envers Hitler et de l'intervention en Espagne, il sera sans relâche attaqué par l'extrême droite française comme républicain, juif et franc-maçon, et constamment désigné comme un homme à abattre. En octobre 1940, il est condamné à la déportation par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand aux ordres de Vichy, et emprisonné à Riom jusqu'au jour où - le 20 juin 1944 - des miliciens viennent l'arracher à sa prison pour l'abattre dans un bois. Dans sa cellule, Jean Zay écrit au jour le jour, tout en s'attachant à composer un volume dont il espère qu'il sera un jour publié. Souvenirs et solitude nous fait entendre, comme à travers les murs d'une prison et à travers le temps, le récit, pudique mais précis, de la vie d'un détenu. On y lit aussi les réflexions qu'inspirent à cet homme politique de premier plan son action passée, la situation de la France sous la collaboration et l'avenir d'un pays dont il ne désespère jamais. " En tuant Jean Zay, écrit Patrick Pesnot - le monsieur X de France Inter -, en faisant disparaître son corps, ses assassins n'auront pas réussi à le condamner au silence. Son journal de prison nous reste un document irremplaçable qui témoigne de la profonde humanité du personnage et de son esprit novateur. " Et Pierre Mendès France, l'ami, disait : " Il est demeuré de Jean, pour les hommes et les femmes de ma génération, et surtout pour ceux qui l'ont approché, connu et admiré, une image exceptionnelle de lumière, d'intelligence et d'humanité... Ceux qui l'ont assassiné ont porté un coup non seulement à ceux qui l'ont aimé, mais au pays tout entier. "

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17 novembre 2006 5 17 /11 /novembre /2006 07:55
Martin Luther King, Minuit, quelqu'un frappe à la porte
232 pages
Editeur: Bayard (4 avril 2000)

Martin luther king
, tout le monde le connaît, mais finalement presque personne ne l'a vraiment lu.
C'est un peu comme Don quichotte de Cervantes, on en parle, mais on n'ose pas vraiment s'attaquer à ce grand roman de 1000 pages.

Ce livre est une collection de onze des grands sermons du pasteur noir, retranscrits à partir des enregistrements originaux (cinq sont inédits). Ils sont précédés chacun d'une introduction qui explique le contexte dans lequel ils ont eu lieu, par une personnalité proche.

Ces sermons sont très beaux, inspirés et enthousiasmants. Luther King n'hésitait pas à parler de Socrate à des gens qui souvent ne savaient que très peu lire. On  sent chez lui une volonté permanente d'éduquer la population, de l'élever au-delà de sa triste condition et de lui rendre sa dignité d'homme, sa dignité de penser et d'agir.
On y voit aussi un combat qui sort des frontières. Luther King pense à l'Afrique, à son besoin de développement et d'industrialisation. Cet homme devenait dangereux...
Difficile de retenir ses larmes en lisant ces sermons, tant ils sont portés par un amour puissant, universel et bienveillant. (Sur l'Agapè, lire aussi cet article).
Martin Luther King, c'est l'Amérique que j'aime, avec Franklin Roosevelt, Douglass (ici), Lincoln, Benjamin Franklin...
Bonne lecture.

"La violence est aussi inefficace qu'immorale. Elle est inefficace parce qu'elle engendre un cycle infernal conduisant à l'anéantissement général."

"L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité ; seule la lumière le peut. La haine ne peut pas chasser la haine ; seul l’amour le peut."

"Une loi ne pourra jamais obliger un homme à m’aimer mais il est important qu’elle lui interdise de me lyncher."

PS: C'est une belle idée de cadeau pour noël!
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