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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 08:44
Leibniz (1646-1716) est l'archétype du génie universel. Il fut l'interlocuteur de toute l'Europe savante et politique de son temps et l'auteur d'une oeuvre monumentale. Mathématicien et juriste, il se consacra également à la logique et à la métaphysique, à l'histoire et à la physique, etc., tout en déployant une intense activité diplomatique (jusqu'en chine).

Toute sa vie, Leibniz travailla à fonder des Académies ou Sociétés savantes en Prusse, Russie, ou dans l'Empire Allemand... Cette diffusion scientifique au coeur de la société visait à éduquer la population, qui pouvait ainsi admirer les productions et les résultats d'une pensée scientifique et ainsi vouloir mieux connaître, dans la mesure de ses moyens, le système général du monde sur lequel cette pensée s'appuie. Leibniz travailla aussi avec de grands dirigeants, "car gagner l'esprit d'un seul homme tel que le Tsar, ou tel monarque de Chine, et le tourner aux véritables biens, en lui inspirant un zèle pour la gloire de Dieu et pour la perfection des hommes, c'est plus faire que si on gagnait cent batailles, car de la volonté de tels hommes dépendent plusieurs millions des autres" (lettre 1697).
La pensée politique de Leibniz prend donc avec l'académie, "palais de la découverte", sa dimension complète. Ses projets aboutissent à une sorte de "révolution tranquille" au coeur même de l'Etat, qui ensuite, diffuse les progrès de la science dans toute la société.
A lire aussi cet autre texte de Leibniz, ici et celui-ci sur l'économie physique. Enfin, ce dernier texte, sur l'harmonie du monde.
Et maintenant voici pour vous, chers lecteurs, l'extrait (fameux) d'un petit mémoire bien intentionné...


Mémoire pour les personnes éclairées et de bonnes intentions (1692)  - extraits -

1° Il est rare de rencontrer des personnes à qui ce Mémoire soit propre; il y en a pourtant et peut-être plus qu'on en pense (quoi qu'on ait pas toujours l'occasion de les connaître) et c'est pour elles que je l'ai dressé.
2° Je trouve qu'encore les hommes éclairés et de bonnes intentions se laissent emporter le plus souvent par le torrent de la corruption générale et ne se livrent pas avec assez de force aux moyens de s'en tirer et de faire du bien.
3° Deux choses en sont causes: le défaut de l'attention ou de l'application dans chacun en particulier et le défaut de l'intelligence ou communication entre eux. On est diverti par les soins ordinaires de la vie et lors même qu'on a assez de force ou assez d'application d'esprit pour voir ce qu'il faut faire. On ne trouve que rarement les gens auxquels on oserait s'ouvrir là-dessus. Les hommes ne songent ordinairement qu'à la bagatelle et il est tellement hors d'usage de penser au solide que cela passe presque pour ridicule.
4° Ce Mémoire est fait pour représenter comment il faudrait remédier à ces deux défauts de l'application et de la communication et si Dieu y donne sa bénédiction, j'espère encore y contribuer encore  pour quelque chose pourvu que j'aie le bonheur de rencontrer des personnes qui prennent à coeur ce qui est le plus important et le plus solide.
5° Je soutiens donc que les hommes pourraient être incomparablement plus heureux qu'ils ne sont et qu'ils pourraient faire en peu de temps des grands progrès pour augmenter leur bonheur s'ils voulaient s'y prendre comme il faut. Nous avons en main des moyens excellents pour faire en dix ans plus qu'on ne ferait sans cela en plusieurs siècles si nous nous appliquions à les faire valoir et ne faisons pas tout autre chose qu'il faut faire.
(...)
8° Je trouve que la principale cause de cette négligence, outre la légèreté naturelle et inconstante de l'esprit humain, est le désespoir de réussir dans lequel le scepticisme est compris. Car comme ces soins de remédier à nos maux et de contribuer au bien commun, ne peuvent guères tomber que dans les esprits au-dessus du vulgaire, il se trouve par malheur que la plupart de ces esprits, à force de penser aux difficultés et à la vanité des choses humaines, commence à désespérer de la découverte de la vérité et de l'acquisition d'un bonheur solide. Ainsi, se contentant de mener un train de vie aisée, ils se moquent de tout, et laissent aller les choses, ce qui vient de ce qu'ils ont assez d'esprit et de pénétration pour s'apercevoir des défauts, mais non assez d'application à trouver les moyens de les surmonter.
9° Pour moi, je mets en fait ce grand principe de la métaphysique aussi bien que de la morale; que le monde est gouverné par la plus parfaite intelligence qui soit possible, ce qui fait qu'il le faut considérer comme une monarchie universelle dont le chef est tout puissant et souverainement sage, et dont les sujets sont tous les esprits; c'est à dire toutes les substances capables d'intelligence ou de société avec Dieu, et que tout le reste n'est que l'instrument de la gloire de Dieu et de la félicité des esprits, et par conséquent tout l'univers est fait pour les esprits, en sorte qu'il puisse contribuer à tout bonheur le plus qu'il est possible.
10° Il s'ensuit de cela un autre principe qui est purement de pratique, c'est que plus les esprits sont de bonne volonté et portés à contribuer à la gloire de Dieu, ou, ce qui est la même chose, au bonheur commun, plus ils prendront part à ce bonheur eux-mêmes (...)
11° Cela étant établi, toute personne éclairée doit juger que le vrai moyen de s'assurer pour toujours de son vrai bonheur particulier, c'est de chercher la satisfaction dans les occupations qui tendent au bien général (...) Or, ce bien sincère, autant que nous pouvons y contribuer, est l'acheminement à la perfection des hommes, tant en les éclairant pour connaître les merveilles de la souveraine substance qu'en les aidant à lever les obstacles qui empêchent le progrès de nos lumières.
12° Pour contribuer véritablement au bonheur des hommes, il faut leur éclairer l'entendement; il faut fortifier leur volonté dans l'exercice des vertus, c'est à dire dans l'habitude d'agir suivant la raison, et il faut tâcher enfin d'ôter les obstacles qui les empêchent de prouver la vérité et de suivre les véritables biens.
13° Pour éclairer l'entendement, il faut perfectionner l'art de raisonner, c'est à dire la méthode de juger et d'inventer qui est la véritable logique et comme la source de toutes les connaissances. De plus, il faut faire enregistrer comme dans un inventaire général les vérités de conséquence qui sont déjà trouvées et qui se rencontrent non seulement dans les livres, mais encore parmi les hommes de toutes sortes de professions. Et il faut enfin prendre des mesures propres à faire faire des recherches et des expériences pour avancer à l'avenir autant qu'il est possible (...)
14° Pour rendre la volonté des hommes meilleure, on peut donner de bons préceptes, mais il n'y a que sous l'autorité publique qu'on les peut mettre en pratique. Le grand point est le redressement de l'éducation qui doit consister à rendre la vertu agréable et à la faire tourner comme en nature;  mais quand on y a manqué dans la jeunesse, il faut avoir recours à la bonne compagnie et aux exemples, à une représentation vraie du bien et du mal pour faire aimer l'un et haïr l'autre (...)
15° Les obstacles de notre bonheur, c'est à dire de la raison et de la vertu qui viennent de l'esprit même, cessent par les remèdes déjà marqués; mais les empêchements qui sont hors de notre esprit viennent de notre corps ou de la fortune, et pour rendre les hommes les plus heureux qu'il est possible, il faut chercher encore les moyens de conserver leur santé et de leur donner les commodités de la vie. Ainsi, il faut examiner la nature des corps de l'univers, tant pour y trouver les merveilles de la sagesse divine que pour reconnaître en quoi ils peuvent servir à notre conservation et même à notre plus grande perfection. Ainsi l'avancement de la science naturelle et des beaux-arts est d'une très grande importance.
16° Mais outre l'histoire de la nature corporelle, il est encore important de connaître l'histoire humaine et les arts et sciences qui en dépendent. Elle comprend l'histoire universelle des temps, de la géographie des lieux, la recherche des antiquités et des anciens monuments, comme médailles, inscriptions, manuscrits, etc., la connaissance des langues et ce qu'on appelle la philologie qui renferme encore les origines étymologiques; j'ajoute encore l'histoire littéraire qui nous apprend les progrès de nos connaissances, et ce que nous devons aux autres aussi bien que le moyen de trouver chez les auteurs les notices dont on a besoin (...)
(...)
Le moyen le plus grand et le plus efficace de parvenir à toutes ces choses et d'augmenter le bonheur général des hommes en les éclairant, en les tournant au bien et en les exemptant des incommodités fâcheuses, autant qu'il est faisable, serait de pouvoir persuader aux grands princes et aux principaux ministres, de faire des efforts extraordinaires pour procurer de si grands biens et faire jouir nos temps des avantages qui, sans cela, ne seront réservés qu'à la postérité assez éloignée. Et il est constant qu'outre la gloire immortelle, ils en retireraient des utilités immenses et travailleraient même à leur propre perfection et satisfaction; car rien n'est plus digne des grandes âmes que la connaissance et l'exécution de ce qui fait le bonheur des hommes, et découvre les grandeurs de Dieu qui nous donnent de l'admiration et de l'amour pour lui; mais, outre cela, les grands, par ces moyens, auraient des sujets plus vertueux et plus propres à les bien servir; et les personnes de loisirs et de moyens, au lieu de s'amuser à  des bagatelles, à des plaisirs criminels et ruineux, et à des cabales, trouveraient leur satisfaction à être curieux de ce qu'on appelle virtuosi; et les grands même, ou leurs enfants ou proches, seraient souvent sauvés dans les maladies dangereuses et délivrés des maux qui nous paraissent maintenant invincibles, à cause du peu d'application qu'on fait paraître encore pour l'avancement de la médecine et de la physique d'usage. Enfin, les arts de paix et de guerre fleuriraient merveilleusement dans leurs Etats, tant pour mieux résister aux ennemis par terre et par mer, que pour cultiver et peupler le pays par la navigation, le commerce, les manufactures et la bonne police ou économie.

Extrait tiré du livre Le droit et la raison, éditions Vrin (1994)

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commentaires

ADALWULF 02/09/2006 21:34

Bonjour à toi Kevin,Je vois que tu es toujours d'attaque !Super ton article sur le Grand Leibniz !Moi je suis un over en ce moment mais je prépare mon retour !Amicalement,A-W

kévin 06/09/2006 21:36

Merci AW, à bientôt pour de bons articles!

thierry Leblanc 29/08/2006 11:37

Magnifique!  Surprenant qu'il ne soit pas plus enseigné au lycée ou en Fac!
Bonne continuation!