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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 18:13

general-de-gaulle.jpg   Le 18 juin 2010, le général de Gaulle prononce, depuis le Ciel , un appel à la résistance invitant les Français et les braves de toute l'Humanité à refuser la capitulation, à résister et à combattre. *

  " Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête de certains pays , ont formé des gouvernements.

   Ces gouvernements, alléguant la défaite de nos Nations, se sont mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat et s'agenouiller devant les maîtres de la haute finance.

   Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force financière, médiatique et machiavélique de l'ennemi.

   Infiniment plus que leur nombre, ce sont les basses manœuvres, la destruction méthodique des nations souveraines, la tactique des puissances de la haute finance qui nous font reculer. Ce sont les discours d'illusionnistes, les manoeuvres de leurs valets aux ordres, la tactique des féodalités financières qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.

   Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

   Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

   Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a une vaste histoire derrière elle. Elle peut faire bloc et faire renaitre l'Esprit de Résistance avec l'Empire des braves gens qui tiennent le cap et continuent la lutte. Elle peut, comme d'autres pays, utiliser sans limites l'immense force des peuples opprimés de notre Humanité humiliée et manipulée.

   Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force de leurs manipulations, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force de résistance supérieure. Le destin du monde est là.

   Moi, Général de Gaulle, actuellement au Ciel, j'invite les Français et tous les braves qui se trouvent en ce monde ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les citoyens, ingénieurs et les ouvriers spécialistes, les chômeurs pauvres victimes de la haute finance qui se trouvent sur cette terre ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi et ceux qui défendent les grands idéaux de la Résistance et de son Prestigieux programme que j'ai défendu toute ma vie et que les traîtres à l'Humanité tentent de détruire méthodiquement.

   Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

   Que renaisse l'Esprit de résistance. "

 

 

 

* Merci à Jean-Christophe LAGRANGE, qui a posté cette belle idée le 25/04/2010 quelque part sur le web.

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 22:43
   Deux historiens parlent de la France, l'un en juillet 1943, et l'autre en novembre 2009.
   Le premier, Marc Bloch, dans "Pourquoi je suis républicain",tente d'isoler la racine de la trahison des élites françaises en 1940, et constate que cette trahison a une origine lointaine, constitutive d'une certaine manière du caractère versatile de la France face aux défis de l'histoire, et que la cause de cette tradition anti-patriotique, anti-souveraineté, anti-républicaine de nos élites reste à éliminer.
   Le second, Tzvetan Todorov, dans "Menace sur la démocratie", nous brosse
comme en écho le portrait de la situation contemporaine, en décrivant l'opposition entre la tradition de l'intérêt général (défendu par la démocratie) et celle de la liberté individuelle (dont la définition est accaparée par l'idéologie ultra-libérale).
   Les deux textes ne sont pas vraiment parallèles, mais on y trouve selon moi les mêmes grandes structures d'idées, la même dénonciation d'un parti de trahison qui va chercher à l'étranger, pour s'en faire le serviteur en France, la puissance qui lui manque pour soumettre le peuple et abolir la souveraineté nationale - Totalitarisme fasciste en 1940 ; Le Marché, ou "monisme" ultralibéral, en 2009 ; Tous les deux créatures de la City -.

  Je vous propose de lire ces deux textes, celui de Marc Bloch d'abord, puis celui de Tzvetan Todorov. Bonne lecture.

Pourquoi je suis républicain1

   Me demander pourquoi je suis républicain, n'est-ce pas déjà l'être soi-même? N'est-ce pas admettre, en effet, que la forme du pouvoir peut être l'objet d'un choix mûrement délibéré de la part du citoyen, que la communauté ne s'impose donc pas à l'homme, qu'elle ne le constitue pas par l'éducation et la race jusque dans ses dispositions les plus intimes et de façon nécessaire, qu'il peut sans sacrilège examiner le groupe dont il fait partie parce qu'enfin la société est faite pour lui et doit le servir à atteindre sa fin.

   Pour tous ceux qu'unit cette croyance, il est en effet des principes communs en matière politique. La cité étant au service des personnes, le pouvoir doit reposer sur leur confiance et s'efforcer de la maintenir par un contact permanent avec l'opinion. Sans doute cette opinion peut-elle, doit-elle être guidée, mais elle ne doit être ni violentée ni dupée, et c'est en faisant appel à sa raison que le chef doit déterminer en elle la conviction. Aussi doit-il avant tout distinguer les aspirations profondes et permanentes de son peuple, exprimer en clair ce que celui-ci dénie parfois bien confusément et le révéler pour ainsi dire à lui-même. Un tel débat ne peut être mené à bien que dans la sécurité. L'Etat au service des personnes ne doit ni les contraindre ni se servir d'elles comme d'instruments aveugles pour des fins qu'elles ignorent. Leurs droits doivent être garantis par un ordre juridique stable. La tribu qu'une passion collective soude à son chef est ici remplacée par la cité que gouvernent les lois. Les magistrats soumis eux-mêmes à ces lois et tenant d'elles leur autorité s'opposent au chef, lui-même loi vivante et dont l'humeur et les passions donnent à la communauté toutes ses impulsions.

   Mais suit-il de là que la cité réglée par les lois soit nécessairement de forme républicaine et ne peut-on concevoir une monarchie légitime, où sur le roc solide de la monarchie héréditaire puisse être construit un ordre politique stable ? Bien des peuples étrangers, nos voisins anglais, notamment, n'ont-ils pas réussi une oeuvre de ce genre et n'y aurait-il pas avantage les imiter ? Telles sont les questions que se posent, paraît-il, encore un certain nombre de Français. Il convient d'y répondre et de montrer pourquoi, dans la France de 1943, un ordre politique digne de ce nom ne peut se fonder en dehors d'une forme républicaine.

   Qu'on s'en réjouisse ou qu'on s'en plaigne, qu'on le blâme ou qu'on le loue, le passé est acquis et il ne dépend pas de nous de le refaire. L'histoire de ce pays l'a marqué et de telle sorte qu'il est impossible de le refondre.
C'est un fait que la monarchie pour faire l'unité de la France a contraint à la soumission les innombrables pouvoirs locaux surgis à l'époque féodale. C'est un fait que contente de les avoir soumis, elle n'a pas cherché à les détruire. Deux conceptions opposées du pouvoir royal s'affrontaient dans les esprits : l'une faisait du roi le serviteur de l'intérêt général, placé au-dessus de tous parce qu'au service de tous et chargé par suite de faire disparaître toute exception à la loi, tout privilege. L'autre voyait, au contraire, en lui le gardien de tous les droits acquis, la clé de voûte de l'édifice social et de ses innombrables organismes aux diverses fonctions, le pouvoir qui échappant à l'élection consolidait par sa seule présence le principe de hiérarchie dans l'Etat, bref le protecteur même du privilège.

   Entre ces deux conceptions, la monarchie ne sut jamais choisir. Son inertie même la livra aux privilégiés qui surent la compromettre à force de l'entourer. Populaire aux temps lointains où le peuple voyait en elle une protection contre les féodaux, elle avait déjà vers la fin du XVIIIe siècle perdu une grande part de la confiance de la nation. Lorsque, au cours d'une crise décisive, la France prit conscience d'elle-même et voulut fonder sur la base de l'égalité devant la loi un ordre social nouveau, la monarchie tomba du côté où elle penchait ; elle prit parti pour les privilégiés contre son peuple et n'hésita pas dans cette intention à faire appel à l'étranger. Entre le pouvoir royal et la souveraineté de la nation, la question était désormais posée et le couperet qui trancha la tête de Louis XVI tranchait par là même ce tragique débat. C'est un fait que dès ce moment un retour de la monarchie ne se trouvait qu'en proclamant la culpabilité de la France, et que reconnaître la souveraineté nationale obligeait en revanche à reconnaître aussi la justice du châtiment qui avait frappé la trahison du roi.

   C'est sans doute une lourde épreuve pour le peuple français que d'avoir été contraint à un tel choix. Encore un coup, il ne dépend plus de nous d'y échapper. Force nous est bien de reconnaître que la nation, dans son ensemble, a choisi et qu'elle s'est prononcée pour l'égalité devant la loi et pour la souveraineté nationale. Une minorité, par malheur, a refusé de s'incliner devant cette décision. Certains persistaient à revendiquer  à tout prix les privilèges d'une classe supérieure. D'autres en plus grand nombre pensaient que l'ordre social fondé sur le privilège avait un caractère sacré et qu'on ne pouvait s'en affranchir sans impiété. Ainsi se formait en France un parti hostile à tout le cours de l'histoire de France, parti sans cesse vaincu et qui, aigri par ses défaites, prenait peu à peu l'habitude de penser et de sentir contre la nation, au point de ne plus attendre d'autres succès que les désastres de la France. Dès 1814 et 1815, il avait salué dans l'invasion étrangère l'occasion de rétablir la monarchie et l'ordre social qu'elle symbolisait pour lui, et il s'efforcait ensuite de soutenir cet ordre par une politique si directement contraire à l'opinion que trois jours suffisaient à renverser la monarchie restaurée, sans que nul dans tout le pays se levât pour la défendre.

   Le désastre de 1870, rendant le pouvoir une fois de plus vacant, permit de poser plus nettement que jamais la question. Le prétendant au trône, le comte de Chambord, lia l'idée monarchique de façon inoubliable à la tradition contre-révolutionnaire : société hiérarchisée fondée sur la volonté divine en dehors de tout appel à la nation. C'est sur cette affirmation qu'il joua et perdit la couronne ; par un débat long et paisible, en dehors de toute violence, la nation se prononça pour la République et de telle façon qu'il n'est pas de décision plus claire et mieux délibérée. Le temps dès lors a pu passer, bien des illusions ont pu naître. On a pu croire que maîtresses de l'armée et des grandes administrations d'Etat, les classes dirigeantes françaises avaient prétendu confisquer à leur profit le patriotisme et qu'il ne leur restait plus rien du passé de trahison. Il a suffi de bien peu pour dissiper cette erreur. Le patriotisme des aristocrates s'est révélé une attitude destinée à obtenir du peuple la soumission à l'Etat, tant qu'elles en tiendraient la direction. Du jour où en 1932 elles craignirent de la perdre, du jour où en 1936 leurs craintes se confirmèrent, elles se retrouvèrent d'instinct prêtes à en appeler à l'étranger contre leur peuple. Leur manque de désir de la victoire créa dans tout le pays une atmosphère propice à la défaite et, venue enfin la débâcle, c'est avec une sorte de soulagement qu'elles se préparèrent à exercer le pouvoir sous la tutelle et au profit de l'ennemi.

   Il n'est pas possible de supprimer d'un trait de plume ce passé. Qu'on le veuille ou non, la monarchie a pris aux yeux de toute la France une signification précise. Elle est comme tout régime, le régime de ses partisans, le régime de ces Français qui ne poursuivent la victoire que contre la France, qui veulent se distinguer de leurs compatriotes et exercer sur eux une véritable domination. Sachant que cette domination ne serait pas acceptée, ils ne la conçoivent établie que contre leur peuple pour le contraindre et le soumettre, et nullement à son profit. Ce n'est pas un homme, si ouvert et si sympathique soit-il, qui peut changer un tel état de choses.

   La République, au contraire, apparaît aux Français comme le régime de tous, elle est la grande idée qui dans toutes les causes nationales a exalté les sentiments du peuple. C'est elle qui en 1793 a chassé l'invasion menaçante, elle qui en 1870 a galvanisé contre l'ennemi le sentiment français, c'est elle qui, de 1914 à 1918, a su maintenir pendant quatre ans, à travers les plus dures épreuves, l'unanimité française ; ses gloires sont celles de notre peuple et ses défaites sont nos douleurs. Dans la mesure où l'on avait pu arracher aux Français leur confiance dans la République, ils avaient perdu tout enthousiasme et toute ardeur, et se sentaient déjà menacés par la défaite et dans la mesure où ils se sont redressés contre le joug ennemi, c'est spontanément que le cri de Vive la République! est revenu sur leurs lèvres. La République est le régime du peuple. Le peuple qui se sera libéré lui-même et par l'effort commun de tous ne pourra garder sa liberté que par la vigilance continue de tous. Les faits l'ont aujourd'hui prouvé : l'indépendance nationale à l'égard de l'étranger et la liberté intérieure sont indissolublement liées, elles sont l'effet d'un seul et même mouvement. Ceux qui veulent à tout prix donner au peuple un maître accepteront bientôt de prendre ce maître à l'étranger. Pas de liberté du peuple sans souveraineté du peuple, c'est-à-dire sans République.

Marc Bloch

1. Les Cahiers politiques, organe clandestin du C.G.E. (Comité général d'études de la Résistance), n° 2, juillet 1943, p. 9, D Réponse d'un historien

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Menaces sur la démocratie

   Les démocraties sont sorties victorieuses de leur affrontement avec le totalitarisme, et elles ne sont pas vraiment mises en danger par les théocraties qui s'installent ici ou là. En revanche, elles sont menacées par des dérives qui proviennent de l'intérieur d'elles-mêmes.

   La démocratie libérale repose sur deux principes, deux formes d'autonomie. La souveraineté du peuple d'une part, qui assure l'égalité de tous les citoyens et la défense du bien commun. La liberté des individus d'autre part, à l'intérieur d'une sphère soustraite à tout contrôle collectif. Si ces principes ne s'opposent pas directement, des tensions naissent parfois entre eux. Et pour cause : le pouvoir du peuple est remis entre les mains de ses dirigeants, or ceux-ci sont des êtres humains comme les autres. Montesquieu, premier représentant de la pensée libérale en France, mettait déjà en garde : "C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser."

   Pour pallier ce danger, les démocraties ont favorisé un double pluralisme. Celui des partis garantissant la diversité des opinions politiques ; et celui des autorités qui, en s'incarnant dans des institutions autonomes, se limitent mutuellement. L'abus de pouvoir consiste à le monopoliser. On en a vu une illustration avec la précédente administration américaine, qui, au nom de la raison d'Etat, en était venue à légaliser la torture. En France, les menaces sur la démocratie prennent une autre forme.

   L'exemple classique de cet abus, c'est la tentation du pouvoir exécutif d'orienter la pratique de la justice. Ainsi, on a vu le président de la République engager des poursuites judiciaires dans un procès (celui de l'"affaire Clearstream"), devenant ainsi simultanément juge et partie. "Je fais confiance à la justice", a-t-il déclaré pour témoigner de son impartialité, mais il aurait pu ajouter : d'autant plus que la carrière des juges dépend directement de moi ! Pendant l'été, un autre procès (celui du "gang des barbares") a attiré l'attention. Au lendemain du jugement, les représentants officiels de la communauté juive ont demandé que les peines prononcées soient aggravées ; la garde des sceaux a immédiatement abondé dans leur sens, la justice se mettant ainsi au service des groupes de pression et des considérations partisanes. Le président de l'Union syndicale des magistrats ne pouvait que constater à regret : "La politique a repris ses droits sur la justice."

   L'autonomie des grands médias par rapport au pouvoir exécutif n'est pas moins indispensable. La France n'a pas atteint le degré de confusion entre ces instances que connaît l'Italie, où le président du conseil contrôle plusieurs chaînes de la télévision publique, tout en possédant quelques chaînes privées... Toutefois, en vertu d'une récente modification des règles, c'est le gouvernement, et non une instance autonome, qui choisit les dirigeants des médias publics. La justification de ce changement est cocasse : c'est, dit-on, pour éviter l'hypocrisie, car de toute façon l'instance "autonome" obéissait déjà aux ordres ! L'on sait bien que l'hypocrisie est un hommage rendu par le vice à la vertu, mais on peut l'éliminer de deux manières opposées : soit en laissant le vice s'afficher, soit en essayant de l'écarter. Les nominations qui ont suivi cette décision ont été perçues comme liées à des intérêts personnels. Vont dans le même sens les intimidations subies par divers journalistes : un rédacteur de Libération est placé en garde à vue et subit des fouilles humiliantes pour une affaire de diffamation, un journaliste du Monde l'est à son tour parce qu'il couvre une manifestation considérée comme indésirable.

   Pour rester fidèle aux principes de la démocratie, le pouvoir exécutif doit préserver l'autonomie non seulement des autres pouvoirs, mais aussi de certaines activités, telle la recherche de connaissance. Condorcet, autre représentant de la pensée libérale, formulait ainsi cette exigence à l'époque de la Révolution : "La puissance publique n'a pas droit de décider où réside la vérité, où se trouve l'erreur." Cet interdit s'est trouvé transgressé à l'occasion de l'"affaire Geisser", pendant l'été. Vincent Geisser, chercheur au CNRS, a entamé une enquête sur les enseignants issus des migrations maghrébines. En 2007, la direction administrative lui demande d'interrompre ses recherches ; on découvre à cette occasion qu'au CNRS un "fonctionnaire de sécurité et de défense" est chargé de surveiller toutes les recherches sociologiques et sociopolitiques jugées "sensibles", et notamment celles concernant l'islam. On apprend aussi que ce type d'intervention n'est pas exceptionnel et que le même fonctionnaire a écrit à d'autres chercheurs pour exprimer sa désapprobation de leurs opinions ou études. Sur le fond, la décision du CNRS ne peut que laisser perplexe : faut-il interdire une recherche de peur que ses résultats ne déplaisent au pouvoir ? Autant casser tous les thermomètres pour s'assurer que la fièvre ne monte pas.

   Les principes de morale acceptés par tous représentent également une limite à l'exercice du pouvoir politique. Benjamin Constant, autre classique de la pensée libérale, affirmait au début du XIXe siècle : "Toute loi qui ordonne la délation n'est pas une loi ; toute loi portant atteinte à ce penchant qui commande à l'homme de donner un refuge à quiconque lui demande asile n'est pas une loi." Or l'article L. 622-1 du code des étrangers stipule que toute personne qui fournit une aide à un étranger dont les papiers ne sont pas en règle, serait-ce en lui offrant un repas, est passible de cinq ans de prison et de 30 000 euros d'amende. Et, nonobstant les dénégations du ministère de l'identité nationale, cette menace est bel et bien mise à exécution, pour décourager toute aide à ces indésirables. Dans le même but, les manifestations publiques en leur faveur sont réprimées avec violence (un sympathisant y a récemment perdu un oeil). Le pluralisme peut-être le plus important pour le bon fonctionnement de la démocratie est celui qui repose sur l'indépendance mutuelle du politique et de l'économique. Cette exigence impose d'abord aux dirigeants politiques une hygiène morale. Leur pouvoir et leur visibilité ont comme contrepartie des obligations plus strictes que celles des citoyens ordinaires : leur conduite doit être exemplaire. Ils ne doivent pas s'exposer au soupçon de partialité ou de complicité avec les puissances économiques ou travailler simultanément ici et là ; il ne faut pas que les membres proches de leur famille profitent de leurs privilèges d'un côté pour s'assurer des avantages de l'autre. Le népotisme, le "pantouflage", la corruption ne sont pas d'invention récente ; ils n'en restent pas moins inacceptables. L'autonomie de l'action économique était mise en question par le pouvoir totalitaire, qui privilégiait les choix politiques (des magasins vides, la pénurie permanente). Aujourd'hui, c'est l'autonomie du politique qui se trouve ébranlée, sous des pressions venues de plusieurs côtés. La globalisation fait que les acteurs de la vie économique échappent au contrôle des gouvernements locaux : à la première entrave, l'entreprise multinationale déplace ses usines dans un pays plus accueillant. A l'intérieur de chaque pays, l'idéologie ultralibérale ne laisse pas davantage de place à l'action politique. Cette idéologie doit en effet être distinguée de la pensée libérale classique.

   Alors que celle-ci respecte et défend la pluralité des forces et des principes à l'oeuvre dans un pays, l'ultralibéralisme est un monisme, il prône la soumission de la société à une force unique, celle du marché illimité. Partant d'un postulat anthropologique fantaisiste, selon lequel l'individu se suffit à lui-même, et réduisant ledit individu à un animal aux besoins exclusivement économiques, l'ultralibéralisme ne laisse aucune place pour le pouvoir politique, qui est pourtant responsable du bien commun.

   La monarchie, même élective, n'est pas la démocratie. En théorie, nos institutions restent fidèles aux principes démocratiques ; en pratique, il leur arrive d'être transformées en simples façades d'un pouvoir absolu et personnalisé. Comment, ensuite, exiger des habitants des cités ce que n'incarnent pas les dirigeants du pays ? La démocratie repose sur un équilibre fragile entre les composantes de la société ; en ce moment, des signes nombreux indiquent que cet équilibre est mis en danger.

Tzvetan Todorov

Né en 1939 à Sofia, Tzvetan Todorov est Historien des idées et essayiste, et directeur de recherches honoraire au CNRS. Son oeuvre a été couronnée par le prix du Prince des Asturies en 2008.
Son dernier ouvrage en date, "La Signature humaine" (Seuil, 474 p., 23 €), représente son propre parcours d'intellectuel à travers un choix d'essais et d'articles qui dessinent un humanisme du temps présent.

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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 18:04
   En naviguant aujourd'hui sur la page d'accueil du Figaro,  j'ai découvert un article de monsieur François Delétraz, particulièrement enthousiasmant, sur une aventure d'une beauté extraordinaire propre à renforcer l'amour de son prochain et la foi en l'avenir. Les lecteurs ne s'y sont d'ailleurs pas trompé, il suffit de lire les commentaires qu'ils ont déposés.

   Monsieur Delétraz nous présente, dans l'article "Kinshasa, une symphonie héroïque", l'Orchestre Symphonique Kimbanguiste, crée et dirigé par le pasteur Papa Armand
Diangienda, à Kinshasa. Cet orchestre symphonique est le seul de toute l'Afrique centrale.
Vous pouvez découvrir les musiciens qui composent cet orchestre grâce aux magnifiques portraits, très émouvants, de monsieur Vincent Boisot, ici :
L'ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE KINSHASA  •  Kinshasa, République Démocratique du Congo  •  Juin 2009 et là :KINSHASA, UNE SYMPHONIE HEROIQUE  •  Kinshasa, République Démocratique du Congo  •  Juin 2009.

   C'est donc avec le coeur encore empli de la joie offerte par l'Orchestre Symphonique Kimbanguiste de Kinshasa que je me fais l'écho de cet article, que je reproduis ici (l'auteur me pardonnera) :


Kinshasa, une symphonie héroïque

Cet orchestre symphonique est unique car il est le seul d'Afrique centrale. En dépit d'un cruel manque de moyens, il parvient à un niveau musical étonnant. Reportage émouvant avec ces amateurs qui aiment tant la musique classique qu'ils lui consacrent tous leurs loisirs.

   Inoubliable émotion de voir le seul orchestre symphonique d'Afrique centrale donner un concert classique sur un stade d'un quartier pauvre de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. Rien de plus touchant que ces milliers de spectateurs dépourvus de tout suspendus à l'écoute de cette musique qui, dit-on là-bas, « fait dormir ». Kinshasa la « Belle », devenue par les effets conjugués de la guerre et de la corruption Kinshasa la « Poubelle », est en effet plus réputée pour la musique qui fait danser des nuits entières. «Nous sommes les colonisateurs musicaux de l'Afrique», disent fièrement les Kinois. Pour le classique, c'est autre chose et cet unique orchestre essuie les plâtres. Mais entendre cette foule applaudir un extrait de Nabucco et réclamer unbis a quelque chose d'irréel.


   Extraordinaire histoire que celle de l'Orchestre symphonique kimbanguiste. L'OSK, comme on l'appelle, est né de l'idée d'un pasteur de l'Eglise kimbanguiste (voir encadré), « Papa Armand », de son vrai nom Armand Diangienda, qui transforma la fanfare accompagnant les offices en un véritable orchestre. Ayant eu la chance de faire des études en Belgique puis aux Etats-Unis, il était revenu au pays doté d'un diplôme de commandant de bord et de très bonnes bases de piano. Il travailla comme pilote jusqu'au jour où le Fokker 27 de la compagnie Scibe Zaïre qui l'employait s'écrasa au sol. Un accident qu'il prit comme «un signe», le signe qu'il devait prendre la relève au sein de son Eglise, dont il est devenu l'une des figures majeures.


   Dans le quartier de Monkonto, Papa Armand officie dans une grande maison toute verte, une «parcelle», comme on dit là-bas, où les fidèles affluent chaque dimanche pour assister à des offices qui durent des heures. Mais, soir après soir, cette bâtisse résonne de tout autre accent : c'est la répétition de l'orchestre. Après leur travail, les musiciens, tous amateurs, viennent en bus, en taxi collectif, certains après avoir marché - «fait les pieds», selon l'expression locale - pendant plus d'une heure. Papy, le pharmacien, joue du tuba ; Nicole, la couturière, est second violon, comme Chantal, qui vend des pains sur le marché. Laddy, qui installe des antennes GSM, est hautboïste ; Marc, qui est« lavandier » et a créé son propre petit pressing, fait du violoncelle depuis douze ans, tout comme Joséphine, qui est sur le marché dès l'aube pour y vendre des omelettes. Johnny, le laborantin de l'hôpital kimbanguiste, situé à l'autre bout de la ville, est au basson ; Pauline, la choriste, vend des fleurs artificielles sur le marché ; Yasmine, qui est étudiante en informatique, compare sa clarinette à la tour Eiffel. Nathalie, toujours accompagnée de son petit garçon de 3 ans, décore les voitures pour les mariages et joue chaque soir de la flûte traversière. Tous prennent place à leur pupitre et répètent assidûment. Platini, alto, enchaîne sans relâche quelques mesures de Ravel. Plus loin, les trompettes insistent sur un passage difficile de Carl Orff. Brando, le premier violon, se concentre sur Beethoven, puis est rejoint par deux voisins de pupitre pour peaufiner une phrase des Feux d'artifice de Haendel.


   Coup de baguette du maestro, silence. Ce soir, c'est le quatrième mouvement de la Neuvième Symphonie de Beethoven qui est au programme. Les chœurs s'installent, la répétition peut commencer. S'ils chantent en anglais, c'est qu'ils ont reçu des partitions dans cette langue. Et qu'ils n'en ont pas d'autres. Car cet orchestre manque de tout. L'OSK doit d'avoir commencé son existence à un curieux hasard qui lui a permis d'acheter très bon marché un lot important d'instruments chinois de mauvaise qualité. Des instruments avec lesquels les musiciens travaillent encore. Par exemple, sur huit violoncelles, trois sont corrects. Quant aux cinq autres, même un débutant français n'en voudrait pas. Il n'y a pas de crin pour les archets des violons ? Qu'à cela ne tienne, on le remplace par du fil de Nylon pour canne à pêche. «En visite à Paris, je suis entré dans un magasin pour acheter du crin; j'ai été sidéré par le prix et je suis ressorti les mains vides», raconte Papa Armand.«Quand les cordes viennent à manquer, nous les remplaçons par des câbles de frein de vélo, un pour le mi, deux pour le la, trois pour leet quatre pour le sol», confie Didier Maketa, le réparateur. Il manque aussi de colophane, cette résine de pin qui empêche les cordes de grincer et à laquelle il substitue un mélange de son invention.


   Malgré tous ces handicaps, les mélomanes seraient surpris de la qualité de cet orchestre qui a de quoi faire rougir certains orchestres régionaux de l'Hexagone. Car, à Kinshasa, l'orchestre doit faire face à une autre difficulté de taille : la formation. Dans cette capitale de l'un des plus grands pays d'Afrique, il n'y a pas de professeur de hautbois, de tuba, de flûte traversière... Alors les musi ciens ont abordé le jeu instrumental d'une manière tout à fait inhabituelle : après le passage par le solfège imposé par Papa Armand, c'est tout seuls qu'ils ont appris à découvrir, puis à maîtriser leur instrument. Un travail par mimétisme en écoutant des disques ou en visionnant des interprétations au café internet qui jouxte l'église. Depuis que Philippe Pascot, le conseiller régional de la Région Ile-de-France, s'est pris d'affection pour cet orchestre, des stages de formation ont pu être organisés sur place. Des chefs d'orchestre, des professeurs se sont déplacés là-bas pour des sessions de quinze jours. «La volonté est telle que les élèves font des progrès inouïs. Ils notent tout ce que nous disons pour pouvoir travailler après notre départ. En fait, nous leur proposons une métho de pour avancer», raconte Jérôme Hilaire, du conservatoire d'Evry, qui s'est déjà rendu quatre fois à Kinshasa.


   Mais le grand concert approche et, lors des répétitions, la tension se fait de plus en plus palpable. C'est en effet la première fois que l'orchestre va se produire ainsi devant un si large public en plein air, et cela à l'occasion de la Fête de l'indépendance du Congo. Deux heures avant le premier coup de baguette, les musiciens partent à pied vers le stade où ils vont jouer, traversent un marché où les vendeurs les interpellent. Une foule, qui s'est habillée comme seuls les Africains savent le faire, les attend patiemment. Et c'est un véritable triomphe qui accueillera un programme composé de Dvorak, Beethoven, Verdi, Carl Orff et Haendel. Les quelques officiels présents, de l'ambassadeur de France au minis tre Nzanga Mobutu, tous habitués de ces manifestations culturelles, en sont eux-mêmes surpris. L'orchestre a gagné son pari. Le temps d'un soir, la musique classique a été un événement populaire à Kinshasa. Ce faisant, elle a ouvert la porte à de plus grandes ambitions : faire connaître cette musique en Afrique et, pourquoi pas, un jour, effectuer une grande tournée en France.

 

François Delétraz

 

 

Monsieur Delétraz offre aussi sur son blog l'accès à plusieurs vidéos de la vie de l'orchestre, que vous trouverez ci-dessous :



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20 juillet 2009 1 20 /07 /juillet /2009 23:11

   Alors que le quarantième anniversaire de l'alunissage de l'équipage d'Appolo 11 approche, permettez-moi de vous offrir l'extraordinaire discours de John Fitzgerald Kennedy, donné le 12 septembre 1962 à Houston sous un soleil de plomb, devant une population rassemblée sur le stade de football de l'université de Rice, Houston, Texas.

Le 12 septembre 1962, c'est en quelque sorte le jour où les Etats-Unis ont décidé d'emmener l'humanité dans l'espace.

Vous trouverez ci-dessous la vidéo intégrale de ce discours en anglais, suivi de la traduction de votre serviteur, qui s'est donné un peu de mal, merci.

Joyeux anniversaire, et une pensée à Philippe Jamet.



Discours à l’université Rice sur l’effort spatial de la nation.
Président John F. Kennedy



Houston, Texas, 12 septembre 1962   

    Président Pitzer, monsieur le vice-président, gouverneur, membre du congrès Thomas, sénateur Wiley, et membre du congrès Miller, monsieur Webb, monsieur Bell, messieurs les scientifiques, distingués invités, et mesdames et messieurs :


    J’apprécie que votre président ait fait de moi un professeur associé honoraire, et je vous assure que ma première leçon sera très brève.

    Je suis enchanté d’être ici, et tout particulièrement en cette occasion.

    Nous sommes rassemblés dans cette université réputée pour son savoir, dans une ville remarquée pour son progrès, dans un état reconnu pour sa puissance, et nous nous trouvons avoir besoin des trois, car nous sommes assemblés en une heure de changement et de défi, en une décennie d’espoir et de peur, en un âge de connaissance autant que d’ignorance. Plus nos connaissances s’accroissent, plus notre ignorance apparaît au grand jour.

    Malgré le fait frappant que la plupart des plus grands scientifiques que le monde ait connu soient vivants et actifs de nos jours, malgré le fait que la population active scientifique de cette nation double tous les 12 ans en affichant un taux de croissance trois fois supérieur à celui de notre population générale, malgré tout cela, la vaste étendue de l’inconnu, des questions sans réponse et de l’inachevé continue à être largement supérieure à notre compréhension collective.

    Nul ne peut entièrement saisir quelle distance nous avons parcourue, ni à quelle vitesse ; mais condensez, si vous le voulez bien, les 50 000 ans de l’histoire humaine connue en une période d’un demi-siècle seulement. En ces termes, nous en savons très peu sur les 40 premières années, si ce n’est qu’à la fin de celles-ci l’homme évolué avait appris à se servir de la peau des animaux pour se vêtir. Puis, il y a environ 10 ans, toujours en ces termes, l’homme émergea de ses grottes pour se construire d’autres types d’abri. Cela ne fait que cinq années que l’homme a appris à écrire et à utiliser un chariot à roues. Cela ne fait que deux ans que le Christianisme a pris son essor. L’imprimerie n’est apparue que cette année, et cela ne fait que deux mois, sur l’ensemble de cette durée de cinquante années de l’histoire humaine, que la machine à vapeur a fourni une nouvelle source de puissance.

    Newton explora la signification de la gravité. La lumière électrique, le téléphone, l’automobile et l’avion ne sont devenus disponibles que le mois dernier. Ce n’est que la semaine dernière que nous avons développé la pénicilline, la télévision et l’énergie nucléaire, et aujourd’hui, si le nouveau vaisseau spatial américain atteint Vénus, nous aurons littéralement atteint les étoiles avant ce soir minuit.

    C’est une vitesse à couper le souffle, et une telle vitesse ne peut éviter de créer de nouveaux malheurs tout en faisant disparaître les anciens, de nouvelles ignorances, de nouveaux problèmes, de nouveaux dangers. Assurément, les perspectives spatiales naissantes nous promettent des coûts élevés et de nombreuses épreuves, mais aussi d’immenses récompenses.

    C’est pourquoi il n’est pas surprenant que certains préféreraient que nous restions ici à nous reposer encore un peu, à attendre. Mais cette ville de Houston, cet état du Texas, ce pays des Etats-Unis ne furent pas construits par ceux qui attendaient, se reposaient, et regardaient vers le passé. Ce pays fut conquis par ceux qui allaient de l’avant – et il en sera de même de l’espace.

    William Bradford, écrivant en 1630 sur la fondation de la colonie de la baie de Plymouth, disait que toute œuvre grande et honorable s’accompagne de grandes difficultés, et que les deux doivent être entreprises et surmontées avec courage et responsabilité.

    Si cette histoire encapsulée de notre progrès nous apprend quelque chose, c’est que l’homme, dans sa quête de la connaissance et du progrès, est déterminé et ne peut être dissuadé. L’exploration spatiale ira de l’avant, que nous nous y joignions ou non, c’est une des plus grandes aventures de tous les temps, et aucune nation prétendant guider d’autres nations ne peut envisager de rester à la traîne dans la course à l’espace.

    Ceux qui nous précédèrent s’assurèrent que ce pays puisse chevaucher les premières vagues des révolutions industrielles, les premières vagues des inventions modernes et la première vague de l’énergie nucléaire, et cette génération n’a pas l’intention de sombrer dans les remous de l’âge de l’espace naissant. Nous avons l’intention d’y participer – nous avons l’intention d’en être les guides. Car les yeux du monde sont dorénavant tournés vers l’espace, vers la Lune et les planètes au-delà, et nous avons fait vœu de ne pas voir cet espace gouverné par l’étendard hostile de la conquête, mais par la bannière de la liberté et de la paix. Nous avons fait vœu de ne pas le voir rempli d’armes de destruction de masse, mais d’outils de connaissance et de compréhension.

    Cependant les vœux de cette nation ne peuvent être accomplis que si nous sommes premier et, par conséquent, nous avons bien l’intention de l’être. Pour faire bref, notre primauté scientifique et industrielle, nos espoirs de paix et de sécurité, nos obligations envers nous-mêmes autant qu’envers nos prochains, tout cela exige de nous cet effort, afin de résoudre ces mystères, de les résoudre pour le bien de tous les hommes, et de devenir la première parmi les nations voyageant dans l’espace.

    Nous hissons les voiles sur cette nouvelle mer car il s’y trouve de nouvelles connaissances à conquérir, et de nouveaux droits à gagner, et ils doivent êtres gagnés et utilisés pour le progrès de tous les peuples. Car la science spatiale, comme la science nucléaire et toutes les technologies, n’a pas de conscience propre. Qu’elle devienne une force bénéfique ou maléfique dépend de l’homme, et c’est seulement si les Etats-Unis occupent une position de prééminence que nous pouvons aider à décider si ce nouvel océan sera une mer de paix ou un nouveau théâtre de guerre terrifiant. Je ne dis pas que nous ne devrions – ou que nous ne devrons – nous préparer contre l’utilisation abusive hostile de l’espace, pas plus que nous ne nous préparons contre l’usage hostile de la terre et de la mer, mais je dis que l’espace peut être exploré et maîtrisé sans nourrir les feux de la guerre, sans répéter les erreurs que l’homme a commises en posant sa marque sur ce globe qui est le nôtre.

    Il n’y a ni querelle, ni préjudice, ni conflit national dans l’espace pour l’instant. Ses dangers sont hostiles à tous. Sa conquête mérite le meilleur de toute l’humanité, et ses opportunités de coopération pacifique pourraient bien ne jamais se représenter. Mais, diront certains, pourquoi la Lune ? Pourquoi en faire notre but ? Et ils pourraient tout aussi bien demander : pourquoi gravir la plus haute montagne ? Pourquoi, il y a trente-cinq ans, traverser l’Atlantique ? Pourquoi Rice joue contre Texas ?

    Nous choisissons d’aller sur la Lune. Nous choisissons d’aller sur la Lune, et de faire d’autres choses
encore, non parce que cela est facile, mais bien parce que cela est difficile, parce que ce but nous servira à organiser et à mesurer le meilleur de nos énergies et de nos capacités, parce que ce défi est celui que nous voulons accepter, celui que nous refusons de retarder, et celui que nous avons l’intention de remporter ; et les autres aussi.

    C’est pour ces raisons que je considère la décision prise l’an dernier de faire passer nos efforts spatiaux à la vitesse supérieure comme l’une des plus importantes de mon mandat à la présidence.

    Dans les dernières 24 heures, nous avons visité les bâtiments en cours de création en vue de la plus grande et plus complexe exploration de l’histoire de l’homme. Nous avons senti le sol trembler, l’air vibrer, lors du test d’une fusée d’accélération de la Saturn C-1, dont la puissance est plusieurs fois supérieure à celle de l’Atlas qui a lancé John Glenn, produisant une puissance équivalent à 10 000 automobiles ayant l’accélérateur au plancher. Nous avons vu le site où cinq moteurs-fusées F-1, chacun aussi puissant que les huit moteurs de la Saturn combinés, seront montés ensemble afin de construire la nouvelle fusée Saturn, qui sera assemblée dans un bâtiment en cours de construction à Cap Canaveral et aussi haut qu’un immeuble de 48 étages, aussi large qu’un quartier urbain, et aussi long que deux longueurs de ce terrain.

    Lors de ces derniers 19 mois, pas moins de 45 satellites ont circulé autour de la Terre. Près de 40 d’entre eux furent « fabriqués aux Etats-Unis d’Amérique », et était bien plus sophistiqués, transmettaient bien plus de connaissances aux peuples du monde, que ceux de l’Union Soviétique.

    Le vaisseau spatial Mariner actuellement en route vers Vénus est le plus compliqué des instruments de l’histoire de l’espace. La précision de ce voyage revient à faire atterrir entre les lignes du 40ème yard de ce stade un missile tiré depuis Cap Canaveral.

    Les satellites de positionnement aident nos navires à sécuriser leurs trajets. Les satellites Tiros nous ont transmis des alertes sans équivalent sur les ouragans et les tempêtes, et feront de même pour les feux de forêt et les icebergs.

    Nous avons connu des échecs, mais les autres aussi, même s’ils refusent de l’admettre. Et qu'ils évitent d'en faire étalage
.

    Ce qui est sûr, c'est que nous sommes dominés, et que nous serons dominés encore quelque temps en ce qui concerne les vols habités. Mais nous n’avons pas l’intention de rester derrière, et dans cette décade, nous rattraperons le retard et continuerons à avancer.

    Le progrès de notre science et de notre éducation sera enrichi par les nouvelles connaissances de notre univers et de notre environnement, par les nouvelles techniques d’étude, d’exploration et d’observation, par les nouveaux outils et ordinateurs pour l’industrie, la médecine, la maison aussi bien que l’école. Les institutions à vocation technologique, telles que Rice, engrangeront la récolte de ces gains.

    Et pour finir, l’effort spatial, par lui-même, pourtant encore dans l’enfance, a déjà créé un grand nombre de nouvelles entreprises, et des dizaines de milliers de nouveaux emplois. L’aérospatial et les industries apparentées génèrent de nouveaux besoins d’investissement et de personnels qualifiés, et cette ville, cet état, cette région, apporteront une large part de cette croissance. Ce qui était il y a peu encore l’avant-poste le plus éloigné de la vieille frontière de l’Ouest sera l’avant-poste le plus avancé de la nouvelle frontière de la science et de l’espace. Houston, votre ville de Houston, avec son centre de vol spatial habité, deviendra le cœur d’une grande communauté de scientifiques et d’ingénieurs. Durant les 5 prochaines années, l’Administration Nationale Aéronautique et Spatiale s’attend à doubler ici le nombre de scientifiques et d’ingénieurs, à augmenter ses dépenses de salaires et d’équipements à 60 millions de $ par an ; à investir environ 200 millions de $ dans des usines et des laboratoires ; et à diriger ou à contracter pour de nouveaux efforts spatiaux plus d’un milliard de $, à partir de ce centre, dans cette ville.

    C’est certain, tout cela nous coûte une énorme quantité d’argent. Le budget spatial de cette année est trois fois ce qu’il était en janvier 1961, et est supérieur aux budgets spatiaux combinés des huit dernières années. Ce budget est aujourd’hui de 5 400 millions de $ par an – une somme estomaquante –, bien qu’elle soit inférieure à ce que nous dépensons chaque année en cigarettes et cigares. Les dépenses spatiales augmenteront bientôt encore un peu, de 40 cents par personne et par semaine, à plus de 50 cents par semaine pour chaque homme, femme et enfant des Etats-Unis, car nous avons donné à ce programme une haute priorité nationale – même si je sais qu’il s’agit dans une certaine mesure d’un acte de foi et d’imagination, car nous ne savons pas quels bénéfices nous en tirerons –. Mais si je vous disais, mes chers concitoyens, que nous allons envoyer sur la Lune, à 300 000 kilomètres de la station de contrôle de Houston, une fusée géante de plus de 100 mètres de haut, la longueur de ce terrain de football, fabriquée avec de nouveaux alliages métalliques, dont certains n’ont pas encore été inventés, capable de supporter une chaleur et une pression plusieurs fois supérieures à ce qui a jamais été expérimenté, assemblée avec une précision supérieure à celle des meilleures montres, transportant tous les équipements nécessaires à la propulsion, au guidage, au contrôle, aux communications, à l’alimentation et à la survie, accomplir une mission jamais tentée, vers un corps céleste inconnu, puis que nous la ferons revenir sauve sur la Terre, où elle rentrera dans l’atmosphère à une vitesse de près de 40 000 kilomètres/heure, provoquant une température atteignant la moitié de celle qui règne à la surface du Soleil – presque aussi chaude que celle d’ici aujourd’hui (Rires)-, que nous voulons faire ceci, et le faire bien, et le faire les premiers avant que cette décade ce soit écoulée – alors nous devons être audacieux.


(Pause)


    C’est moi qui fait tout le travail ici ; n’hésitez pas à vous rafraîchir une minute.

 

(Rires)

    Bien, je pense que nous allons réussir tout ça, et je pense que nous devons payer pour ce qui doit l’être. Je ne pense pas que nous devons gaspiller de l’argent, mais je pense que nous devons réussir ce boulot. Et cela sera fait dans la décade des années soixante. Cela sera peut-être fait alors que certains d’entre vous seront encore à l’école dans ce collège ou cette université. Cela sera fait durant le mandat présidentiel d’une des personnes qui sont assises ici sur cette plate-forme. Mais cela sera fait. Et avant la fin de la décade.

    Je suis enchanté que cette université ait une part active à l’envoi d’un homme sur la Lune, dans le grand effort national des Etats-Unis d’Amérique.

    Il y a de nombreuses années, le grand explorateur britannique George Mallory, qui mourut sur le Mont Everest, s’entendit demander pourquoi il voulait le grimper. Il répondit : « parce qu’il est là ».

    Hé bien, l’espace est là, et nous allons le grimper, et les étoiles et les planètes sont là, et de nouveaux espoirs, de nouvelles connaissances, la paix sont là. C’est pourquoi, avant de nous embarquer, nous demandons la bénédiction de Dieu dans cette aventure, la plus hasardeuse, dangereuse et grande aventure vers laquelle l’homme ait jamais navigué.

    Merci.

(traduction de Jean-Gabriel Mahéo)

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Address at Rice University on the Nation's Space Effort

President John F. Kennedy
Houston, Texas
September 12, 1962


     President Pitzer, Mr. Vice President, Governor, Congressman Thomas, Senator Wiley, and Congressman Miller, Mr. Webb, Mr. Bell, scientists, distinguished guests, and ladies and gentlemen:

     I appreciate your president having made me an honorary visiting professor, and I will assure you that my first lecture will be very brief.

     I am delighted to be here and I'm particularly delighted to be here on this occasion.

     We meet at a college noted for knowledge, in a city noted for progress, in a State noted for strength, and we stand in need of all three, for we meet in an hour of change and challenge, in a decade of hope and fear, in an age of both knowledge and ignorance. The greater our knowledge increases, the greater our ignorance unfolds.

     Despite the striking fact that most of the scientists that the world has ever known are alive and working today, despite the fact that this Nation¹s own scientific manpower is doubling every 12 years in a rate of growth more than three times that of our population as a whole, despite that, the vast stretches of the unknown and the unanswered and the unfinished still far outstrip our collective comprehension.

     No man can fully grasp how far and how fast we have come, but condense, if you will, the 50,000 years of man¹s recorded history in a time span of but a half a century. Stated in these terms, we know very little about the first 40 years, except at the end of them advanced man had learned to use the skins of animals to cover them. Then about 10 years ago, under this standard, man emerged from his caves to construct other kinds of shelter. Only five years ago man learned to write and use a cart with wheels. Christianity began less than two years ago. The printing press came this year, and then less than two months ago, during this whole 50-year span of human history, the steam engine provided a new source of power.

     Newton explored the meaning of gravity. Last month electric lights and telephones and automobiles and airplanes became available. Only last week did we develop penicillin and television and nuclear power, and now if America¹s new spacecraft succeeds in reaching Venus, we will have literally reached the stars before midnight tonight.

     This is a breathtaking pace, and such a pace cannot help but create new ills as it dispels old, new ignorance, new problems, new dangers. Surely the opening vistas of space promise high costs and hardships, as well as high reward.

     So it is not surprising that some would have us stay where we are a little longer to rest, to wait. But this city of Houston, this State of Texas, this country of the United States was not built by those who waited and rested and wished to look behind them. This country was conquered by those who moved forward--and so will space.

     William Bradford, speaking in 1630 of the founding of the Plymouth Bay Colony, said that all great and honorable actions are accompanied with great difficulties, and both must be enterprised and overcome with answerable courage.

     If this capsule history of our progress teaches us anything, it is that man, in his quest for knowledge and progress, is determined and cannot be deterred. The exploration of space will go ahead, whether we join in it or not, and it is one of the great adventures of all time, and no nation which expects to be the leader of other nations can expect to stay behind in the race for space.

     Those who came before us made certain that this country rode the first waves of the industrial revolutions, the first waves of modern invention, and the first wave of nuclear power, and this generation does not intend to founder in the backwash of the coming age of space. We mean to be a part of it--we mean to lead it. For the eyes of the world now look into space, to the moon and to the planets beyond, and we have vowed that we shall not see it governed by a hostile flag of conquest, but by a banner of freedom and peace. We have vowed that we shall not see space filled with weapons of mass destruction, but with instruments of knowledge and understanding.

     Yet the vows of this Nation can only be fulfilled if we in this Nation are first, and, therefore, we intend to be first. In short, our leadership in science and in industry, our hopes for peace and security, our obligations to ourselves as well as others, all require us to make this effort, to solve these mysteries, to solve them for the good of all men, and to become the world's leading space-faring nation.

     We set sail on this new sea because there is new knowledge to be gained, and new rights to be won, and they must be won and used for the progress of all people. For space science, like nuclear science and all technology, has no conscience of its own. Whether it will become a force for good or ill depends on man, and only if the United States occupies a position of pre-eminence can we help decide whether this new ocean will be a sea of peace or a new terrifying theater of war. I do not say the we should or will go unprotected against the hostile misuse of space any more than we go unprotected against the hostile use of land or sea, but I do say that space can be explored and mastered without feeding the fires of war, without repeating the mistakes that man has made in extending his writ around this globe of ours.

     There is no strife, no prejudice, no national conflict in outer space as yet. Its hazards are hostile to us all. Its conquest deserves the best of all mankind, and its opportunity for peaceful cooperation many never come again. But why, some say, the moon? Why choose this as our goal? And they may well ask why climb the highest mountain? Why, 35 years ago, fly the Atlantic? Why does Rice play Texas?

     We choose to go to the moon. We choose to go to the moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard, because that goal will serve to organize and measure the best of our energies and skills, because that challenge is one that we are willing to accept, one we are unwilling to postpone, and one which we intend to win, and the others, too.

     It is for these reasons that I regard the decision last year to shift our efforts in space from low to high gear as among the most important decisions that will be made during my incumbency in the office of the Presidency.

     In the last 24 hours we have seen facilities now being created for the greatest and most complex exploration in man's history. We have felt the ground shake and the air shattered by the testing of a Saturn C-1 booster rocket, many times as powerful as the Atlas which launched John Glenn, generating power equivalent to 10,000 automobiles with their accelerators on the floor. We have seen the site where five F-1 rocket engines, each one as powerful as all eight engines of the Saturn combined, will be clustered together to make the advanced Saturn missile, assembled in a new building to be built at Cape Canaveral as tall as a 48 story structure, as wide as a city block, and as long as two lengths of this field.

     Within these last 19 months at least 45 satellites have circled the earth. Some 40 of them were "made in the United States of America" and they were far more sophisticated and supplied far more knowledge to the people of the world than those of the Soviet Union.

     The Mariner spacecraft now on its way to Venus is the most intricate instrument in the history of space science. The accuracy of that shot is comparable to firing a missile from Cape Canaveral and dropping it in this stadium between the the 40-yard lines.

     Transit satellites are helping our ships at sea to steer a safer course. Tiros satellites have given us unprecedented warnings of hurricanes and storms, and will do the same for forest fires and icebergs.

     We have had our failures, but so have others, even if they do not admit them. And they may be less public.

     To be sure, we are behind, and will be behind for some time in manned flight. But we do not intend to stay behind, and in this decade, we shall make up and move ahead.

     The growth of our science and education will be enriched by new knowledge of our universe and environment, by new techniques of learning and mapping and observation, by new tools and computers for industry, medicine, the home as well as the school. Technical institutions, such as Rice, will reap the harvest of these gains.

     And finally, the space effort itself, while still in its infancy, has already created a great number of new companies, and tens of thousands of new jobs. Space and related industries are generating new demands in investment and skilled personnel, and this city and this State, and this region, will share greatly in this growth. What was once the furthest outpost on the old frontier of the West will be the furthest outpost on the new frontier of science and space. Houston, your City of Houston, with its Manned Spacecraft Center, will become the heart of a large scientific and engineering community. During the next 5 years the National Aeronautics and Space Administration expects to double the number of scientists and engineers in this area, to increase its outlays for salaries and expenses to $60 million a year; to invest some $200 million in plant and laboratory facilities; and to direct or contract for new space efforts over $1 billion from this Center in this City.

     To be sure, all this costs us all a good deal of money. This year¹s space budget is three times what it was in January 1961, and it is greater than the space budget of the previous eight years combined. That budget now stands at $5,400 million a year--a staggering sum, though somewhat less than we pay for cigarettes and cigars every year. Space expenditures will soon rise some more, from 40 cents per person per week to more than 50 cents a week for every man, woman and child in the United Stated, for we have given this program a high national priority--even though I realize that this is in some measure an act of faith and vision, for we do not now know what benefits await us. But if I were to say, my fellow citizens, that we shall send to the moon, 240,000 miles away from the control station in Houston, a giant rocket more than 300 feet tall, the length of this football field, made of new metal alloys, some of which have not yet been invented, capable of standing heat and stresses several times more than have ever been experienced, fitted together with a precision better than the finest watch, carrying all the equipment needed for propulsion, guidance, control, communications, food and survival, on an untried mission, to an unknown celestial body, and then return it safely to earth, re-entering the atmosphere at speeds of over 25,000 miles per hour, causing heat about half that of the temperature of the sun--almost as hot as it is here today--and do all this, and do it right, and do it first before this decade is out--then we must be bold.

     I'm the one who is doing all the work, so we just want you to stay cool for a minute. [laughter]

     However, I think we're going to do it, and I think that we must pay what needs to be paid. I don't think we ought to waste any money, but I think we ought to do the job. And this will be done in the decade of the sixties. It may be done while some of you are still here at school at this college and university. It will be done during the term of office of some of the people who sit here on this platform. But it will be done. And it will be done before the end of this decade.

     I am delighted that this university is playing a part in putting a man on the moon as part of a great national effort of the United States of America.

     Many years ago the great British explorer George Mallory, who was to die on Mount Everest, was asked why did he want to climb it. He said, "Because it is there."

     Well, space is there, and we're going to climb it, and the moon and the planets are there, and new hopes for knowledge and peace are there. And, therefore, as we set sail we ask God's blessing on the most hazardous and dangerous and greatest adventure on which man has ever embarked.

     Thank you.

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18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 12:40
Franklin Delano Roosevelt
Looking Forward
Le regard vers demain


The John Day Company, New York - Imprimé en mars 1933


Chapitre sept :
Qu'en est-il de l'agriculture ? (autres chapitres)


    La question de la protection sociale a toujours été associée à ce qui devait être entreprit au profit des populations des centres industriels surpeuplés. Des plans pour un rétablissement de l’équilibre économique ont été dans le passé mis en œuvre, sans tenir compte des réalités, dans ces mêmes environnements. La civilisation industrielle, l’éclat du progrès mécanique, ont presque fait oublier qu’un tiers de la population des États-Unis dépend du blé et du coton, par exemple, pour assurer sa vie et son pouvoir d’achat.

    Nous admettons tous qu’il n’existe pas de solution unique qui, par elle-même, pourrait apporter la prospérité immédiate à toute la population agricole du pays. Pour ma part, j’ai quatre raisons de le savoir. J’ai vécu dans une ferme de l’état de New-York pendant cinquante ans ; j’ai dirigé une ferme dans l’état de Géorgie pendant huit ans ; depuis que je suis engagé dans la vie publique, je me suis attaché à voyager à travers tout le pays, et ce faisant j’ai conservé un intérêt pratique de première main envers les problèmes fermiers de différentes régions ; et enfin, en tant que Gouverneur de l’état de New-York, dont la production agricole est aujourd’hui la cinquième ou sixième des états, je me suis dévoué pendant quatre ans à bâtir un programme pour l’agriculture.

    Au risque de répéter certains détails déjà mentionnés dans des chapitres précédents, je me vois obligé de citer certains exemples pour illustrer la mise en place de ce programme. Les impôts locaux furent réduits de vingt-quatre millions. Les subventions de l’état pour les routes furent redistribuées sur une base kilométrique et non plus sur la base d’estimation, de sorte que les communautés rurales puissent jouir exactement des mêmes privilèges quant à l’amélioration de leurs chemins de terre que ceux dont jouissent les riches communautés périurbaines. Le même principe fut appliqué aux écoles rurales. L’état prit en charge la totalité du coût de construction et de réparation des voies du système autoroutier rural. L’état paya l’essentiel de la suppression des passages à niveaux de sorte que la sécurité puisse être offerte  tant aux districts les plus pauvres qu’aux plus riches. Les budgets attribués à la protection de la santé rurale furent augmenté. L’étude sur l’usage des sols fut lancée – comme je l’ai décrite mon commentaire sur l’utilisation de la terre. En addition, les lois relatives aux entreprises coopératives et aux transports de produits agricoles ont été révisées pour mieux favoriser l’intérêt du fermier. Des lois furent votées et mises en œuvre pour créer un nouveau système d’organisation du crédit rural pour répondre à l’urgence créée par l’effondrement des banques rurales.

    Bien que tous ces exemples soient des mesures d’urgence qui peuvent être appliquées dans les autres états, elles ne devraient être considérées que comme de simples adjonctions au succès de l’action beaucoup plus vaste que doit entreprendre le gouvernement fédéral.

    Il n’y a aucune raison de discuter plus longuement de la détresse sévère dans laquelle se trouvent les fermiers d’Amérique. Ils ne reçoivent pour leurs produits les prix aussi bas, voire inférieurs, qu’aux pires moments de l’histoire des Etats-Unis. Le cycle économique n’a laissé des six millions et demi de familles fermières qu’une ombre de paysannerie. Ces familles représentent vingt-deux pour cent de la population des Etats-Unis. En 1920, elles recevaient quinze pour cent du revenu national, en 1925 onze pour cent, en 1928 environ neuf pour cent, et dans certaines estimations récentes tirées des chiffres du ministère de l’agriculture des Etats-Unis le revenu agricole a chuté jusqu’à sept pour cent.

    Cinquante millions d’hommes, de femmes et d’enfants de notre pays sont directement concerné par le présent et l’avenir de l’agriculture. Cinquante ou soixante millions d’autres, qui travaillent dans le commerce et l’industrie au sein de nos petites ou grandes communautés administratives, sont enfin en train de comprendre le fait évident que leurs vies et leurs avenirs sont profondément concernés par la prospérité de l’agriculture. Ils s’aperçoivent de plus en plus qu’ils n’y aura plus de débouchés pour leurs produits tant que les cinquante millions de leurs concitoyens américains directement attachés à l’agriculture ne recevront pas le pouvoir d’achat leurs permettant d’acheter les produits de la ville.

    Notre vie économique aujourd’hui est une toile d’une seule pièce. Quelle que soit notre vocation, nous sommes forcé de reconnaître que, bien qu’ayant suffisamment d’usines et de machines dans les Etats-Unis pour satisfaire tous nos besoins, ces usines se trouveront partiellement fermées et les machines arrêtées si le pouvoir d’achat de cinquante millions de personnes reste faible ou inexistant.

    Si nous allons à la racine du problème, nous trouverons que ce dont souffre l’agriculture, c’est du manque présent d’égalité. Elle n’a pas eu sa chance dans notre système économique. Les nécessités que nos fermiers achètent coûtent neuf pour cent de plus qu’en 1914. Les produits qu’ils vendent leurs rapportent quarante-trois pour cent de moins qu’alors. Ces chiffres, du 1er août 1932, authentifiés par le ministère de l’agriculture, signifient que le dollar fermier de cette date valait à cette date moins de la moitié de ce qu’il représentait avant la Guerre Mondiale.

    Cela signifie que nous devons trouver un remède à une situation qui oblige les fermiers à échanger deux wagons de productions pour acheter les choses pour lesquelles ils n’en échangeaient qu’un en 1914.

    Voici deux faits indéniables tirés des douze dernières années. Premièrement, les trois dernières administrations ont complètement échoué à comprendre le problème agricole du point de vue national, où à établir des plans de soutien ; et deuxièmement, elles détruisirent les marchés extérieurs de nos surplus exportables, en commençant par la loi tarifaire Fordney-McCumber et en finissant par la loi tarifaire Grundy, violant ainsi les principes élémentaires du commerce international et forçant la riposte des autres nations du monde.

    Je ne peux me retenir plus longtemps à cet endroit d’exprimer ma stupéfaction que, face à cette riposte – inévitable du jour où la loi Grundy  fut votée, et prévue par tous les observateurs compétents dans et hors la nation –aucune mesure pour y faire face ou pour atténuer ses conséquences ne fut prise ou même envisagée par l’administration nationale. J’expliquerai plus loin les solutions à mettre en œuvre. Mais arrêtons-nous un moment pour examiner la question du soutien agricole permanent dans une perspective à long-terme. J’aborderai le court-terme plus tard. Je suggère les mesures permanentes suivantes :

    Premièrement, la réorganisation du ministère de l’agriculture est nécessaire dans le but de construire un programme de planification agricole nationale.

    Ce ministère à réussi de très bonne choses, mais je connais assez les tuyauteries gouvernementales pour savoir que le développement d’un ministère est souvent irrégulier et hasardeux. Il est toujours facile d’ajouter des fonctions à un ministère, puisque cela signifie plus de postes à occuper. En ce qui concerne particulièrement le ministère de l’agriculture, éliminer les fonctions superflues, supprimer les postes inutiles, et rediriger les activités habituelles vers des buts plus fructueux est une tâche qui doit et qui sera entreprise.

    Secondement, mettre en œuvre une politique précise en vue de l’utilisation planifiée des terres.

    Troisièmement, réduire les taxes agricoles et en répartir plus équitablement la charge.

    Ces trois objectifs sont de ceux qui nécessiteront un développement lent. Ils constituent des fondations nécessaires pour le futur.

    Face aux problèmes immédiats de détresse, il est cependant nécessaire d’appliquer des remèdes à l’efficacité rapide. Telle est la nécessité immédiate d’un meilleur financement des hypothèques agricoles, dans le but de les soulager des variations excessives de taux d’intérêts et de la sinistre menace de saisie. Il a beaucoup été fait lors du dernier Congrès pour couvrir, pour liquéfier et pour faire porter par le gouvernement fédéral une partie des dettes des compagnies ferroviaires, des banques, des infrastructures publiques et des industries en général. Une sorte de geste fut fait pour le financement du logement urbain et périurbain. Mais pratiquement rien ne fut fait pour supprimer la menace de la dette pesant sur les foyers agricoles.

    Mon but est de diriger toute l’énergie dont je suis capable vers des projets solides afin de soulager cette détresse, et je suis en particulier prêt à insister pour que le crédit fédéral soit accordé aux banques, aux compagnies d’assurances, aux compagnies des prêts et aux sociétés qui détiennent dans leurs actifs des hypothèques agricoles ; mais que ces crédits ne soit donnés qu’à la condition que toute l’assistance possible soit accordée à l’emprunteur sur hypothèque lorsque le prêt est sain, dans le but d’éviter la saisie. Et ces conditions doivent êtres appliquées. Une baisse des taux d’intérêts et la priorité aux remboursements du principal sauveront des milliers de fermes et leurs propriétaires. Et dans le même mouvement, nous devons donner à ceux qui ont perdus le titre de leur ferme – titre détenu maintenant par des institutions qui sollicite des crédits auprès d’agences gouvernementale – l’opportunité préférentielle récupérer leur propriété.

    En guise d’aide immédiate supplémentaire à l’agriculture, nous devrions abroger ces dispositions de la loi qui forcent le gouvernement fédéral à intervenir sur le marché pour acheter, vendre et spéculer sur les produits fermiers, dans une futile tentative de réduction des surplus agricoles. Nous devrions avoir une planification de la production agricole telle qu’elle permettrait de réduire les surplus et de rendre inutile dans les années suivantes de les brader sur les marchés extérieurs afin de soutenir les prix domestiques. Ce résultat a été obtenu dans d’autres nations ; pourquoi pas en Amérique ?

    Un autre besoin à mettre en œuvre immédiatement est de fournir un moyen d’obtenir, par des efforts gouvernementaux, une réduction substantielle de la différence entre les prix des produits que vend le fermier et ceux des produits qu’il achète. L’un des moyens de corriger ces disparités est de restaurer le commerce international grâce à des réajustements de tarifs douaniers.

    Cette politique tarifaire consiste dans une large mesure à négocier des accords bilatéraux avec les autres nations, en leurs permettant de nous vendre des biens, en échange de quoi ils nous laisserons leurs vendre les biens et les récoltes que nous produisons. L’application efficace de ce principe restaurera le flux du commerce international et le premier résultat de cela sera de soutenir substantiellement le fermier américain en le débarrassant de ses surplus. Mais il est admis que pour pouvoir prendre le relais, le temps que le commerce international soit rétabli – et cela peut prendre un peu de temps, puisqu’une nouvelle négociation douanière ne peut être accomplie qu’au prix de plusieurs années – nous devons trouver des moyens d’offrir au fermier un avantage qui lui donnera dans le plus court délai possible l’équivalent de ce que l’industriel protégé bénéficie grâce au tarif. Les fermiers expriment cela en une seule phrase : « Nous devons rendre le tarif efficace. »

    Dans les dernières années, de nombreux plans ont été imaginés dans ce but. Aucun n’a été essayé. Les circonstances sont si complexes qu’aucun homme ne peut dire, sans aucun doute, que tel plan est applicable à toutes les cultures, ou même que tel est meilleur que tel autre relativement à telle culture. Il est un point que je veux souligner avec la plus grande emphase possible : il n’y a aucune raison de désespérer simplement parce que des défauts ont été trouvés par certaines personnes dans ces plans, ou parce que certains de ces plans ont été rejetés par des dirigeants sérieux au profit de nouveaux. Le fait que tant d’études et de recherches sérieuses sur ce problème aient été accomplies selon tant de point de vue par tant de gens est, selon mon opinion, matière à assurance plutôt qu’à désespoir. Une telle abondance d’information a été accumulée, tant de possibilités explorées, de si nombreux et compétents esprits impliqués, et plus important encore, l’immense éducation sur le sujet fournie pour et par les agriculteurs eux-mêmes, que les temps sont mûrs pour que des dirigeants profonds et capables ayant suivis depuis le début ces développements puissent se concentrer maintenant sur les éléments fondamentaux du problème, sur la nature pratique de sa solution, et soient prêts mettre tout cela en œuvre.

    Durant l’année passée, nombre de nos industrialistes sont arrivés à la conclusion que, depuis le grand déclin de notre commerce extérieur, le principal espoir de redressement industriel repose dans une méthode applicable et conséquente permettant  de régler le problème des surplus agricoles. Le soutien à l’essai d’un plan mettant en œuvre la protection tarifaire semble être devenu universel.

    A l’égard de tout ceci, mon but sera d’organiser les éléments conflictuels des différents plans, de me servir des bénéfices des longues recherches et examens de ceux-ci, de coordonner les efforts afin qu’un accord puisse être obtenu sur les détails d’une politique spécifique visant à remettre l’agriculture sur un pied d’égalité économique avec les autres industries.

    L’objectif est clair. Ce qui est requis est évident : il s’agit de donner à la portion des récoltes consommées sur le sol des États-Unis un soutien équivalent à celui d’une protection tarifaire afin d’en payer aux agriculteurs un prix adéquat.

    Les spécificités du plan, sur lesquelles la plupart des responsables agricoles raisonnables sont tombés d’accord, correspondent pour l’essentiel à ce qui suit :

    Le plan doit fournir aux producteurs de surplus de denrées alimentaires et de produits de base, tels que le blé, le coton, le maïs (sous forme de porcs) et le tabac, un avantage tarifaire par rapport aux prix mondiaux équivalent à l’avantage dont bénéficient les produits industriels, et cet avantage différentiel doit être appliqué de sorte que l’augmentation du pouvoir d’achat et de la solvabilité du revenu agricole ne stimule pas de productions supplémentaires, additionnelles.

    Le plan doit s’autofinancer. L’agriculture n’a à aucun moment cherché - et ne cherche pas – à avoir un accès au trésor public tel que celui qui fut fourni lors de la tentative futile et coûteuse de stabilisation des prix par le Bureau Fédéral Agricole. Elle ne recherche que l’égalité des chances et des tarifs des industries productives.

    Le plan ne doit pas utiliser de mécanismes qui pourraient forcer nos clients européens  à riposter pour cause de dumping. Il doit être basé sur le principe de rendre le tarif efficace et direct dans son application.

    Le plan doit se servir des agences existantes et, autant qu’il est possible, être décentralisé dans son administration de sorte que la responsabilité principale de son succès reviendra aux localités de ce pays plutôt qu’à une nouvelle machinerie bureaucratique de Washington.

    Le plan doit fonctionner presque complètement sur une base coopérative et son effet doit être d’améliorer et de renforcer un mouvement coopératif. Il devrait de plus être conçu de sorte qu’il puisse être retiré dès que l’urgence aura cessé et dès que des marchés étrangers normaux auront été rétablis.

    Le plan doit être, tant que cela est possible, basé sur le volontariat. J’aime l’idée selon laquelle le plan ne devrait pas être mis en œuvre tant qu’il n’aura pas reçu le soutien d’une raisonnablement grande proportion des producteurs de denrées exportables, qui en seront les bénéficiaires. Il doit être organisé de sorte que ses avantages iront à celui qui y participe.

    Tout ceci me semble être les spécifications essentielles d’un plan réalisable. Il va sans dire qu’afin de déterminer les détails nécessaires à la solution d’un problème si vaste, de nombreux esprits doivent se rencontrer et de nombreux hommes travailler ensembles. Et c’est de ceux qui ont eu l’expérience la plus large du problème et qui bénéficient au plus haut degré de la confiance des agriculteurs de la nation qu’une telle coopération doit nécessairement provenir. Loin de chercher à éviter en aucune manière les responsabilités, je me rendrai disponible pour offrir la plus vaste aide possible. Je crois que, pour la première fois de notre histoire économique, une solution à ce problème est clairement établie.

   
Franklin Delano Roosevelt, 1932


Texte original ici

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7 juin 2009 7 07 /06 /juin /2009 22:13
[...]  Cette spontanéité provenant de la musique en fait un patrimoine commun et non un objet de luxe. C'est ce qui fait qu'un enfant peut jouer du violon à la maison, pendant que son père travaille à l'ébénisterie. C’est ce qui fait qu'une petite fille peut jouer de la clarinette à la maison, pendant que sa mère s'affaire aux travaux domestiques. L'idée est que la famille participe avec fierté et joie aux activités des orchestres et chœurs auxquels ses enfants appartiennent. L’immense monde spirituel que produit la musique, et qui existe déjà en elle-même, finit par triompher de la pauvreté matérielle. Dès qu'un enfant apprend à jouer d'un instrument, il n'est plus  pauvre, il évolue et se dirige vers un niveau professionnel, et deviendra plus tard un véritable citoyen. Il va sans dire que la musique est la meilleure prévention contre la prostitution, la violence, les mauvaises habitudes, et contre tout ce qui peut dégrader la vie d'un enfant.

[...]Je crois que pour affronter une telle crise, seuls l'art et la religion peuvent fournir des réponses appropriées aux peuples, à leurs aspirations les plus profondes, et aux exigences historiques de notre temps. L'éducation, comme synthèse de la sagesse et du savoir, est le moyen de se battre pour une société plus parfaite, plus consciente, plus noble et plus juste.

[...] Ne mettant plus la société au service de l'art, et moins encore au service d'un monopole d'élite, mais mettant l'art au service de la société, au service du plus faible, au service de l'enfant, au service de l’infirme, au service du plus vulnérable, au service de tous ceux qui revendiquent la justice à travers leur condition humaine et la conquête de leur dignité.


                                 José Antonio Abreu, Discours de remerciement du TED prize (extraits)


    Depuis Juillet 2007, le monde est entré dans la phase finale de désintégration du système économique et politique hérité des révolutions culturelles, scientifiques et politiques issues de la Renaissance, de l’élan philosophique et culturel classique des XVIIe et XVIIIe siècles et des luttes pour l’indépendance des peuples, et du combat contre l’impérialisme britannique et ses rejetons totalitaires (fascisme, communisme) du XXe siècle.

    Cette crise est appelée « crise des subprimes », mais c’est confondre le symptôme avec la maladie. L’effondrement économique, culturel et social auquel nous assistons aujourd’hui prend ses racines dans le virage anti-classique des cultures occidentales au XIXe siècle (romantisme, matérialisme, nihilisme), qui a eu des répercussions terribles dans tous les domaines de pensée de la culture humaine. Son essence en est la négation de la liberté naturelle de l’homme, liberté qui n’est que le pouvoir de faire le bien, et non pas le droit de faire n’importe quoi comme l’ont cru – et le croient encore – les « Boomers », les soixante-huitards, génération qui a tout reçu, et qui veut tout garder.

    Formellement, les caractéristiques de l’attaque actuelle contre la civilisation sont nées dans les réflexions totalitaires du XXe siècle qui, ce n’est pas un hasard, émanent systématiquement de l’empire britannique. Pourquoi ? Parce que le système international d’états-nations agro-industriels, son système d’économie politique national protectionniste orienté vers le développement intérieur, sa culture de promotion des pouvoirs cognitifs de l’individu, du bien-être social et de l’intérêt général, constitue une menace mortelle contre l’empire, dont la puissance et la richesse ne provient que du pillage, de l’esclavage, de l’abrutissement et de la guerre de tous contre tous.

    L’attaque, donc, dont nous voyons les conséquences finales aujourd’hui, a débuté à l’heure de la mort de Franklin Delano Roosevelt, dès qu’Harry Truman a aligné la politique des USA avec celle de l’empire britannique, en trahison flagrante de l’intention rooseveltienne de mettre fin une bonne fois pour toute à cet empire et ses traditions pestilentielles (voir « Mon Père m’a dit », d’Elliot Roosevelt). Crimes contre l’humanité (Hiroshima, Nagasaki), trahison des alliances (discours du rideau de fer de Churchill), trahison des promesses de soutien à l’indépendance des nations contre le retour du système colonial (reconquêtes bestiales par les puissances coloniales de leurs ex-possessions), épuration politique anti-rooseveltienne (Maccarthysme), le trumanisme est une tache sur l’histoire des Etats-Unis et du monde.

    Cet élan vers le retour de l’hégémonie impériale a été stoppé temporairement par les présidences de Dwight D. Eisenhower et John F. Kennedy, qui utilisèrent à plein la position privilégiée des Etats-Unis parmi les nations (première puissance agro-industrielle, monnaie de référence mondiale, excellence du système national d’économie politique américain, et puissance militaire incomparable) pour freiner les dérives d’alors vers une troisième guerre mondiale, vœu des impériaux d’alors pour détruire la civilisation agro-industrielle. Cette résistance ouvrit la voie à un élan extraordinaire de progrès médical, scientifique, politique et culturel. De nombreux pays conquirent leur indépendance et, copiant le système national d’économie politique américain, entreprirent leur transition économique. Les niveaux de vie s’accrurent rapidement, l’espérance de vie des populations augmenta et la mortalité infantile s’effondra, les transformations radicales des systèmes agricoles et proto-industriels mirent ces nations sur les rails du progrès, l’instruction publique s’offrit à tous partout.

    L’enthousiasme, l’espoir, l’optimisme étaient partout, et l’an 2000 était vu comme un genre d’Eldorado du futur humain.

    Puis vint la réaction impériale. Une victoire politico-militaire étant impossible contre les états-nations, c’est par la terreur, la destruction de la culture et de l’économie que passera le combat. Les années soixante virent donc les assassinats et évictions de nombreux leaders politiques, économiques, religieux, culturels, dans une campagne de meurtres organisée à l’échelle mondiale, accompagnée de campagne de répressions extrêmement brutales des mouvements sociaux. En Asie, en Afrique et en Amérique du Sud, le mouvement de développement fut stoppé net par des boucheries innommables, des coups d’états, des guerres parfois. Dans le monde occidental, on réserva aux populations instruites, cultivées et qualifiées un traitement de choix : la contre-culture, couplée au démantèlement des souverainetés économiques nationales et à la mise en œuvre d’une austérité artificielle.

    Le but de la contre-culture est d’éliminer dans les populations la foi en l’homme et en l’avenir, de supprimer l’enthousiasme, l’espoir et l’optimisme d’après-guerre, qui culminèrent avec le succès de la mission Apollo 11, auquel s’identifia l’humanité. Pour combattre cela, le mouvement contre-culturel produisit des œuvres promouvant l’irrationalisme, l’hédonisme radical (drogues, sexe et rock’n roll) et l’écologisme, et s’introduisit dans les écoles, les universités, les conservatoires et les médias de masse en lançant une chasse aux sorcières réussie contre les tenants des structures culturelles de l’époque.

    « Flower power » là-bas, Mai 68 ici, des mouvements similaires furent lancés partout dans les nations de la sphère occidentale, visant à faire des baby-boomers et des générations suivantes les agents de leur propre esclavage au profit de l’empire britannique, empire qui changea dans le même temps de forme pour devenir un réseau bancaire et financier mondialisé centré à Londres.

    Pendant que les boomers goûtaient aux plaisirs contre-culturels, les agents politiques et économiques de l’empire démantelèrent le système de Bretton Woods, séparèrent toutes les monnaies d’une quelconque référence économique physique, interdirent aux nations le pouvoir d’émettre leur crédit et soumirent le monde entier aux usuriers de Londres et d’ailleurs.

    Trente ans plus tard, une bulle financière poussant l’autre, le parasitisme financier est devenu en termes d’accumulation de « valeur » plusieurs centaines de fois plus gros que l’économie réelle des nations. Le système devait craquer. C’est par les subprimes que la fêlure fatale s’amorça.

    Depuis deux ans, l’économie mondiale se désintègre, et son effondrement franchit étape par étape tout les points de non-retour qui nous permettraient de virer de bord et d’éviter ce que certains appellent un « nouvel âge des ténèbres ». Depuis deux ans, les responsables politiques en place ont fait la preuve de leur nullité, de leur imbécillité et pour certain de leur nocivité criminelle. Depuis deux ans, les populations sont stupéfiées devant la menace de cette crise, ne trouvant ni leaders, ni ressources en elle-même, pour l’aider à en sortir.

    Au contraire !

    Alors que le modèle protectionniste agro-industriel a fait historiquement et avec éclat ses preuves, nos chefs, nos élites, nos experts prétendent que ce modèle est le dernier des derniers, qu’en vérité il est nuisible, et que ceux qui le défendent sont de dangereux populistes démagogiques, presque des fascistes. Et puis, disent-ils, ce modèle agro-industriel, n’est-il pas un danger pour la Terre ?

    Et pour détourner l’attention du peuple de cette solution, on fait appel à l’alliance sacrée de l’écologiste et du financier, ennemie de l'agriculteur,
de l’ouvrier et de l’entrepreneur. On synthétise trente ans de pessimisme contre-culturel anti-humain, qu’on érige en nouvelle religion pré-chrétienne sur le modèle du culte de la Mama pacha, de Gaïa, de la Terre-mère, et on en fait un film.

    "Home".

    Le contre-évangile selon Yann Arthus-Bertrand, financé entre autre par le milliardaire anti-culture François-Henri Pinault et par des fondations du Prince Charles, filmé par Luc Besson, digne élève des techniques de propagandes de Leni Riefensthal, avec des textes écrit par deux malthusiens radicaux : Al Gore et Lester Brown.


    Quant je regarde le niveau auquel nous nous sommes abaissés pour tolérer la litanie de mensonges et d’insultes dont est constitué ce film, je me demande si une relance économique suffira à nous sortir, en terme systémique, de la crise. Car les questions de la culture, de la solidité du lien social, de l’harmonie des relations entre les individus, de la foi en soi et en autrui, ne peuvent-être résolues uniquement par les grands travaux, par une banque nationale, par l’emploi pour tous.

    Faire l’impasse sur la nécessaire transformation culturelle qui doit accompagner la renaissance économique, c’est se condamner à rechuter tous les quart de siècle, à n’être qu’un jouet dans les mains de l’empire.

    Il existe un exemple extraordinaire de transformation culturelle nationale réussie, rendant aux citoyens leur liberté, leur souveraineté, et le sens de l’union et du bien commun. Cette expérience, qui a commencée en 1975 au Vénézuela, a été lancée par l’économiste, chef d’orchestre et un temps ministre de la culture José Antonio Abreu, et est un succès merveilleux, une véritable révolution des cœurs et des esprits. On l’appelle là-bas « El Sistema » (« le système »).

    C’est pourquoi je vous propose de regarder le documentaire suivant, où José Antonio Abreu, à l’occasion de la remise du prix TED, explique la raison du « Sistema ». Le texte qui l’accompagne est la traduction de son intervention. Vous trouverez ensuite un documentaire en anglais de l’émission 60 minutes de CBS sur le « Sistema ».


(Sous-titrage en français ici)

La traduction, tirée d'une transcription anglaise de ce discours, est de Pascale. La voici :

Chers amis, Mesdames et Messieurs,

Je suis ravi aujourd’hui de me voir décerner le prix TED, au nom de tous les illustres professeurs de musique, artistes et enseignants du Venezuela qui m’ont accompagnés, de manière désintéressée et loyale, dans la création et le développement du système national d’orchestres et de chœurs des jeunes.

Dès mon plus jeune âge, j’ai voulu être musicien et, Dieu merci, j’ai réussi. J’ai eu tout le soutien nécessaire de mes professeurs, de ma famille et de ma communauté. Toute ma vie, j’ai souhaité que chaque petit Vénézuelien ait cette même chance. De ce désir a germé l’idée de faire de la musique une réalité, profonde et entière, pour mon pays.

A la première répétition, j’ai pressenti un avenir brillant, car elle représentait un grand défi pour moi. On m’avait fait don de 50 pupitres qui devait servir à une centaine de jeunes, mais seuls 11 enfants sont venus. Je me suis dit : « Soit j’abandonne, soit je multiplie ces enfants ». J’ai décidé de relever le défi et ce soir-là, j’ai promis à ces 11 élèves que notre orchestre deviendrait un des plus importants au monde.

Il y a 2 mois, je me suis souvenu de cette promesse, lorsque je lus un article du London Times écrit par un célèbre critique anglais se demandant qui pourrait bien gagner la coupe du monde des orchestres. Il cita 4 grands orchestres mondiaux et un 5e, le nôtre : l’orchestre symphonique des jeunes vénézuéliens. Aujourd’hui, nous pouvons dire que l’art en Amérique latine, n’est plus un monopole d’élite et qu’il est devenu un droit social, un droit pour tous.

Il n'y a pas de différence ici entre classes, entre noirs ou blancs, fortunés ou pas. Simplement, si vous êtes doué, si vous avez la vocation et la volonté d'être ici, vous pouvez venir partager et faire de la musique avec nous.

Lors de la tournée récente de l'orchestre de jeunes Simon Bolivar, aux États-Unis et en Europe, nous avons vu combien notre musique pouvait émouvoir profondément le jeune public ; nous avons vu les enfants et les adolescents se ruer sur la scène pour recevoir les vestes de nos musiciens ; nous avons eu des applaudissements, dépassant parfois les 30 minutes, qui semblaient ne devoir jamais s’arrêter, nous avons vu le public, après le concert, sortir dans la rue et porter nos jeunes en triomphe. C'était un triomphe artistique, mais aussi une profonde sympathie émotionnelle entre le public des nations les plus avancées du monde et la jeunesse musicienne d'Amérique latine, comme celle du Venezuela, qui donne à ces publics un message de musique, de vitalité, d'énergie, d'enthousiasme et de force.

Dans leur essence, l'orchestre et le chœur sont bien plus que des structures artistiques, ils sont des exemples et des écoles de vie sociale, car chanter et jouer ensemble signifie coexister intimement en tendant vers la perfection et l'excellence, en suivant une discipline stricte d'organisation et de coordination, en cherchant une interdépendance harmonique de voix et d'instruments. C'est ainsi qu'ils construisent un esprit de solidarité et de fraternité, développant leur propre estime, favorisant les valeurs éthiques et esthétiques véhiculées par la musique. C'est pourquoi la musique est extrêmement importante dans l'éveil de la sensibilité, dans la construction de valeurs et dans l'apprentissage des enfants à enseigner aux autres.

Après tout ce temps ici, la musique, c'est la vie, rien d'autre. La musique, c'est la vie.

Chaque adolescent et chaque enfant de notre programme a sa propre histoire, et elles ont toute leur importance et leur signification pour moi. Il y a par exemple l'histoire d'Edicson Ruiz. C’est un garçon d'une paroisse de Caracas qui a assisté avec passion à ses cours de contrebasse à l'orchestre des jeunes de San Augustin. Grâce à ses efforts, et à l’appui de sa mère, de sa famille et de sa communauté, il est devenu un des membres principaux de la section de contrebasses de l'orchestre philharmonique de Berlin. Nous avons un autre exemple connu : Gustavo Dudamel. Il a fait partie de l’orchestre d'enfants de sa ville natale, Barquisimeto. Il est ensuite devenu violoniste et chef d'orchestre. Il est devenu le chef des orchestres juniors du Venezuela, et dirige aujourd'hui l’un des plus grands orchestres du monde, le philharmonique de Los Angeles. Il a la responsabilité des orchestres de jeunes du Venezuela. Il a aussi dirigé le Symphonique de Gothenburg, et c'est un exemple imbattable pour les jeunes musiciens d'Amérique latine et du monde.

La structure du système se base sur un nouveau style de direction, souple, adapté aux caractéristiques de chaque communauté et région, et qui est au service de 300 000 enfants issus des classes moyenne et pauvre dans tout le Venezuela. Il s’agit d’un programme de sauvetage social et de transformation culturelle profonde conçu pour toute la société vénézuélienne sans aucune distinction de quelque sorte, mais accordant une attention particulière aux groupes sociaux les plus vulnérables et les plus exposés.

L'effet du système se ressent dans trois sphères fondamentales : la sphère personnelle/sociale, la sphère familiale et la sphère communautaire. Dans la sphère personnelle/sociale, les enfants des orchestres et des chœurs renforcent leur côté intellectuel et émotionnel. La musique devient une source de développement des dimensions de l'être humain, élevant ainsi l'esprit et amenant l'homme à un plein épanouissement de sa personnalité. Les profits émotionnels et intellectuels sont alors immenses : l'acquisition de principes de direction, d'enseignement et d'apprentissage ; le sens de l'engagement et de la responsabilité, la générosité et le dévouement ; et la contribution individuelle à l'achèvement de grands buts collectifs. Tout cela mène au développement de l'estime et de la confiance en soi.

Mère Teresa insistait sur quelque chose qui m'a beaucoup impressionné : ce qu’il y a de plus triste et de plus tragique dans la pauvreté, ce n'est pas le manque de pain ou d’un toit, mais le sentiment de n'être personne, de ne pas être quelqu’un, le manque d'identification, le manque de reconnaissance. Le développement d'un enfant au sein de l'orchestre et de la chorale lui procure une identité noble et en fait un modèle pour sa famille et sa communauté. Il devient meilleur élève à l’école car cela lui insuffle un sens de responsabilité, de discipline, de persévérance et de ponctualité qui va beaucoup l’aider en classe.

Côté famille, le soutien des parents est inconditionnel. L’enfant devient un modèle pour eux, c'est très important pour un enfant pauvre. Lorsqu’il découvre l’importance qu’il a pour sa famille, il commence à rechercher de nouvelles façons de s'améliorer et aspire à un mieux pour lui-même et pour les autres. Il aspire aussi à une amélioration sociale et économique pour sa propre famille. Tout cela forme une dynamique sociale constructive et croissante. La grande majorité de nos enfants appartient, comme je l'ai déjà dit, aux couches les plus vulnérables de la population vénézuélienne. Cela les encourage à embrasser de nouveaux rêves, de nouveaux buts et à progresser dans les différentes opportunités offertes par la musique.

Finalement, dans la sphère de la communauté, les orchestres se révèlent être des espaces créatifs de culture, source d'échange de sens nouveaux. Cette spontanéité provenant de la musique en fait un patrimoine commun et non un objet de luxe. C'est ce qui fait qu'un enfant peut jouer du violon à la maison, pendant que son père travaille à l'ébénisterie. C’est ce qui fait qu'une petite fille peut jouer de la clarinette à la maison, pendant que sa mère s'affaire aux travaux domestiques. L'idée est que la famille participe avec joie et fierté aux activités d’orchestre et de chorale auxquels ses enfants appartiennent. L’immense monde spirituel que produit la musique, et qui est déjà existant en elle-même, finit par triompher de la pauvreté matérielle. Dès qu'un enfant apprend à jouer d'un instrument, il n'est plus  pauvre, il évolue et se dirige vers un niveau professionnel, il deviendra plus tard un véritable citoyen. Il va sans dire que la musique est la meilleure prévention contre la prostitution, la violence, les mauvaises habitudes, et contre tout ce qui peut dégrader la vie d'un enfant.

Il y a quelques années, l'historien Arnold Toynbee a dit que le monde souffrait d’une énorme crise spirituelle. Pas d’une crise économique ou sociale, mais spirituelle. Je crois que pour affronter une telle crise, seuls l'art et la religion peuvent fournir des réponses appropriées aux peuples, à leurs aspirations les plus profondes, et aux exigences historiques de notre temps. L'éducation comme synthèse de la sagesse et du savoir est le moyen de se battre pour une société plus parfaite, plus consciente, plus noble et plus juste.

Avec passion, enthousiasme et respect, nous témoignons de notre solidarité avec TED pour son extraordinaire humanisme, la hauteur et la dignité de son idéal, et pour sa promotion ouverte et généreuse des valeurs de la jeunesse. Nous espérons que TED pourra contribuer fondamentalement et pleinement à la construction de cette nouvelle ère de l'enseignement musical, dans laquelle les buts sociaux, communs, spirituels de l'enfant et de l'adolescent deviendront un phare et un but pour une vaste mission sociale. Ne mettant plus la société au service de l'art, et moins encore au service d'un monopole d'élite, mais mettant l'art au service de la société, au service du plus faible, au service de l'enfant, au service de l’infirme, au service du plus vulnérable, au service de tous ceux qui revendiquent la justice à travers leur condition humaine et la conquête de leur dignité.

(Musique)

(Applaudissements)

Nous sommes maintenant en direct de Caracas pour écouter le souhait du maestro Abreu.


Voici mon souhait : je souhaite que vous aidiez à créer un programme spécial de formation pour 50 jeunes musiciens doués, passionnés par leur art et par la justice sociale, et œuvrant au développement du système aux les États-Unis et ailleurs. Merci beaucoup.

(Pour aider à la réalisation de ce vœu, rendez-vous sur tedprize.org)



Voici le reportage de l'émission CBS 60 Minutes sur le Sistema :


L'article qui l'accompagne, en anglais, est aussi très intéressant.

Et voici enfin un autre documentaire (en anglais, désolé) sur l'un des élèves les plus célèbres du Sistema, le chef d'orchestre Gustavo Dudamel :


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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 23:19
le-cnr---la-lib-ration.jpg    "Les Jours Heureux", tel est le nom du programme du Conseil national de la Résistance, conçu et diffusé à travers toute la France en 1944 afin de préparer la libération du territoire et la renaissance de la nation française, après cinq années de trahison et de pillage par les trusts financiers et industriels, cinq années de fascisme vichyssois soutenu par le nazisme hitlérien, cinq années de chasse à l'homme politique et ethnique, cinq années enfin d'esclavage, de pillage et de meurtres.

    Malgré cette barbarie radicale et réactionnaire, le peuple français a, pendant ces cinq années, appris le combat de l'ombre contre la toute puissance de la force brute, a remplacé sous les pieds de l'ennemi le granit de la peur et du désespoir par le sable mouvant de la rebellion et de la soif de liberté. Le courage des hommes du CNR et de la résistance a été forgé au feu le plus vif qui soit, celui de la terreur radicale, du meurtre, de la torture. Ceux qui en sont morts sont devenus immortels, ceux qui ont survécus et vaincus nous ont légué notre nation telle que nous la connaissons aujourd'hui. Nous leurs devons la vie, ils sont nos Pères.

    J'ai quarante ans cette année. Je vois la crise financière ravager les nations. Je vois les gouvernements tout céder aux banques, puis se tourner vers les peuples en disant "Payez !", et bientôt "Mourez !". Je bous ! Un ami m'a confié aujourd'hui qu'il comprenait mieux dorénavant comment la Révolution de 1789 avait dérivé vers la Terreur de 1793. C'est effectivement ce que je ressens, mais il faut garder son sang froid, les opportunités n'ont pas toutes disparues.

    J'ignore ce que les Britanniques ont menacé de faire, lors du G20 de Londres en Novembre dernier si on ne leur obéissait pas, mais il a été immédiatement visible que la terreur s'était emparée de nos chefs d'états : ils sont devenus fous ! Plus question de Nouveau Bretton Woods, plus question de relance industrielle et infrastructurelles, plus question de faire payer les banques et non les gens. Non, d'une seule voix, les voici à parler de "relance verte", de "réforme de santé publique", de "réduction des dépenses publiques".

    Plus de 10 000 milliards de dollars/euros offerts à Londres et à Wall-Street, tous les titres "toxiques" protégés par les banques centrales en échange de liquidité - alors que le coût réel de ces titres est très exactement de 0 $/€.

    Pendant ce temps, les Fillon et consorts nous déclarent très sérieusement qu'il va falloir réduire les dépenses publiques ! Pendant ce temps, Dexia coule un hôpital français en supprimant la ligne de crédit de fonctionnement, et Bachelot veut mettre des financiers à la tête des hôpitaux ! Pendant ce temps, Attali, ce traître, trouve que la pandémie de grippe qui s'annonce pourrait fort bien inspirer aux peuples de la Terre la terreur nécessaire à l'instauration d'un gouvernement mondial... la terreur ! Pendant ce temps, les travailleurs paniquent, sont dans la rue, tentent de s'organiser malgré les sabotages des directions syndicales - devenues kapos - et la pétrification de la gauche traditionnelle ! On commence à enfermer des syndicalistes sous prétexte de sabotage et de déprédations, alors que les responsables politiques ne se cachent même plus pour exprimer leur mépris des revendications sociales des manifestants.

    Depuis Novembre, depuis Londres, tout a été fait à l'envers. Ce n'est pas une erreur. Les lignes de front du combat à venir sont de plus en plus nettes, les Français doivent se préparer à ne céder ni à la terreur ni à la brutalité - dont ce gouvernement tentera très certainement d'user - et à reconquérir l'héritage volé du Conseil National de la Résistance.

    Nous sommes les petits-enfants de la Renaissance de 1945, dont les principes sont inscrit dans le Programme du CNR et dans le préambule de la Constitution française de 1946, repris en 1958 en préambule de la Constitution de la Vème République.

Je vous les présente ci-dessous, l'un après l'autre :


PROGRAMME DU CONSEIL NATIONAL DE LA RESISTANCE

Née de la volonté ardente des Français de refuser la défaite, la Résistance n’a pas d’autre raison d’être que la lutte quotidienne sans cesse intensifiée.

Cette mission de combat ne doit pas prendre fin à la Libération. Ce n’est, en effet, qu’en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l’image de sa grandeur et la preuve de son unité.

Aussi les représentants des organisations de la Résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R., délibérant en assemblée plénière le 15 mars 1944, ont-ils décidé de s’unir sur le programme suivant, qui comporte à la fois un plan d’action immédiate contre l’oppresseur et les mesures destinées à instaurer, dès la Libération du territoire, un ordre social plus juste.


I - PLAN D’ACTION IMMÉDIATE

Les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Expriment leur angoisse devant la destruction physique de la Nation que l’oppresseur hitlérien poursuit avec l’aide des hommes de Vichy, par le pillage, par la suppression de toute production utile aux Français, par la famine organisée, par le maintien dans les camps d’un million de prisonniers, par la déportation d’ouvriers au nombre de plusieurs centaines de milliers, par l’emprisonnement de 300.000 Français et par l’exécution des patriotes les plus valeureux, dont déjà plus de 50.000 sont tombés pour la France.

Ils proclament leur volonté de délivrer la patrie en collaborant étroitement aux opérations militaires que l’armée française et les armées alliées entreprendront sur le continent, mais aussi de hâter cette libération, d’abréger les souffrances de notre peuple, de sauver l’avenir de la France en intensifiant sans cesse et par tous les moyens la lutte contre l’envahisseur et ses agents, commencée dès 1940.

Ils adjurent les gouvernements anglais et américain de ne pas décevoir plus longtemps l’espoir et la confiance que la France, comme tous les peuples opprimés de l’Europe, a placés dans leur volonté d’abattre l’Allemagne nazie, par le déclenchement d’opérations militaires de grande envergure qui assureront, aussi vite que possible, la libération des territoires envahis et permettront ainsi aux Français qui sont sur notre sol de se joindre aux armées alliées pour l’épreuve décisive.

Ils insistent auprès du Comité Français de la Libération Nationale pour qu’il mette tout en oeuvre afin d’obtenir les armes nécessaires et de les mettre à la disposition des patriotes. Ils constatent que les Français qui ont su organiser la résistance ne veulent pas et d’ailleurs ne peuvent pas se contenter d’une attitude passive dans l’attente d’une aide extérieure, mais qu’ils veulent faire la guerre, qu’ils veulent et qu’ils doivent développer leur résistance armée contre l’envahisseur et contre l’oppresseur.

Ils constatent, en outre, que la Résistance Française doit ou se battre ou disparaître ; qu’après avoir agi de façon défensive, elle a pris maintenant un caractère offensif et que seuls le développement et la généralisation de l’offensive des Français contre l’ennemi lui permettront de subsister et de vaincre.

Ils constatent enfin que la multiplication des grèves, l’ampleur des arrêts de travail le 11 Novembre qui, dans beaucoup de cas, ont été réalisés dans l’union des patrons et des ouvriers, l’échec infligé au plan de déportation des jeunes français en Allemagne, le magnifique combat que mènent tous les jours, avec l’appui des populations, dans les Alpes, dans le Massif Central, dans les Pyrénées et dans les Cévennes, les jeunes Français des maquis, avant garde de l’armée de la Libération, démontrent avec éclat que notre peuple est tout entier engagé dans la lutte et qu’il doit poursuivre et accroître cette lutte.

En conséquence, les représentants des organisations de résistance, des centrales syndicales et des partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R.

Déclarent que c’est seulement par l’organisation, l’intensification de la lutte menée par les forces armées, par les organisations constituées, par les masses, que pourra être réalisée l’union véritable de toutes les forces patriotiques pour la réalisation de la libération nationale inséparable, comme l’a dit le Général De Gaulle, de l’insurrection nationale qui, ainsi préparée, sera dirigée par le C.N.R, sous l’autorité du C.F.L.N, dès que les circonstances politiques et militaires permettront d’assurer, même au prix de lourds sacrifices, son succès.

Ils ont l’espoir que les opérations de la Libération du pays, prévues par le plan de l’état major interallié, pourront ainsi être, le cas échéant, avancées grâce à l’aide apportée par les Français dans la lutte engagée contre l’ennemi commun, ainsi que l’a démontré l’exemple glorieux des patriotes corses.

Ils affirment solennellement que la France qui, malgré l’armistice, a poursuivi sans trêve la guerre, entend plus que jamais développer la lutte pour participer à la libération et à la victoire.

***

Pour mobiliser les ressources immenses d’énergie du peuple français, pour les diriger vers l’action salvatrice dans l’union de toutes les volontés, le C.N.R décide :

D’inviter les responsables des organisations déjà existantes à former des comités de villes et de villages, d’entreprises, par la coordination des formations qui existent actuellement, par la formation de comités là où rien n’existe encore et à enrôler les patriotes non organisés.

Tous ces comités seront placés sous la direction des comités départementaux de la libération (C.D.L). Ils seront soumis à l’autorité des C.D.L qui leur transmettront, comme directives, la plate-forme d’action et la ligne politique déterminée par le C.N.R.

Le but des ces comités sera, à l’échelon communal, local et d’entreprise, de faire participer de façon effective tous les Français à la lutte contre l’ennemi et contre ses agents de Vichy, aussi bien par la solidarité et l’assistance active à l’égard des patriotes sous l’impulsion et le soutien donnés aux revendications vitales de notre peuple. Par dessus tout, leur tâche essentielle sera de mobiliser et d’entraîner les Français qu’ils auront su grouper à l’action armée pour la Libération.

Ces comités devront, selon les circonstances et en se conformant aux instructions données par les C.D.L, appuyer et guider toutes les actions menées par les Français contre toutes les formes d’oppression et d’exploitation imposées par l’ennemi, de l’extérieur et de l’intérieur.

Ces comités devront :

1) Développer la lutte contre la déportation et aider les réfractaires à se cacher, à se nourrir, à se vêtir et à se défendre, enlevant ainsi des forces à l’ennemi et augmentant le potentiel humain de la résistance ;

2) Traquer et punir les agents de la Gestapo et de la Milice de DARNAND ainsi que les mouchards et les traîtres ;

3) Développer l’esprit de lutte effective en vue de la répression des nazis et des fascistes français ;

4) Développer, d’une part, la solidarité envers les emprisonnés et déportés ; d’autre part, la solidarité envers les familles de toutes les victimes de la terreur hitlérienne et vichyssoise ;

5) En accord avec les organisations syndicales résistantes, combattre pour la vie et la santé des Français par une lutte quotidienne et incessante, par des pétitions, des manifestations et des grèves, afin d’obtenir l’augmentation des salaires et traitements, bloqués par Vichy et les Allemands, et des rations alimentaires et attributions de produits de première qualité, réduites par la réglementation de Vichy et les réquisitions de l’ennemi, de façon à rendre à la population un minimum de vital en matière d’alimentation, de chauffage et d’habillement ;

6) Défendre les conditions de vie des anciens combattants, des prisonniers, des femmes de prisonniers, en organisant la lutte pour toutes les revendications particulières ;

7) Mener la lutte contre les réquisitions de produits agricoles, de matières premières et d’installations industrielles pour le compte de l’ennemi ; saboter et paralyser la production destinée à l’ennemi et ses transports par routes, par fer et par eau ;

8) Défendre à l’intérieur de la corporation agricole les producteurs contre les prélèvements excessifs, contre les taxes insuffisantes, et lutter pour le remplacement des syndicats à la solde de Vichy et de l’Allemagne par des paysans dévoués à la cause de la paysannerie française.

Tout en luttant de cette façon et grâce à l’appui de solidarité et de combativité que développe cette lutte, les comités de villes, de villages et d’entreprises devront en outre :

   a) Renforcer les organisations armées des Forces Françaises de l’Intérieur par l’accroissement des groupes de patriotes : groupes francs, francs-tireurs et partisans, recrutés en particulier parmi les réfractaires ;

   b) En accord avec les états majors nationaux, régionaux et départementaux des F.F.I, organisées milices patriotiques dans les villes, les campagnes et les entreprises, dont l’encadrement sera facilité par des ingénieurs, techniciens, instituteurs, fonctionnaires et cadres de réserve, et qui sont destinés à défendre l’ordre public, la vie et les biens des Français contre la terreur et la provocation, assurer et maintenir l’établissement effectif de l’autorité des Comités départementaux de la Libération sur tout ce qui aura été ou sera créé dans ce domaine pour le strict rattachement aux F.F.I dont l’autorité et la discipline doivent être respectées par tous.

Pour assurer la pleine efficacité des mesures énoncées ci-dessus, le C.N.R prescrit que l’état major national des Forces Françaises de l’Intérieur, tout en préparant minutieusement la coopération avec les Alliés en cas de débarquement, doit :

1) Donner ordre à toutes les formations des F.F.I de combattre dès maintenant l’ennemi en harcelant ses troupes, en paralysant ses transports, ses communications et ses productions de guerre, en capturant ses dépôts d’armes et de munitions afin d’en pourvoir les patriotes encore désarmés ;

2) Faire distribuer les dépôts d’armes encore inutilisés aux formations jugées par lui les plus aptes à se battre utilement dès à présent et dans l’avenir immédiat ;

3) Organiser de façon rationnelle la lutte suivant un plan établi avec les autorités compétentes à l’échelon régional, départemental ou local, pour obtenir le maximum d’efficacité ;

4) Coordonner l’action militaire avec l’action de résistance de la masse de la nation en proposant pour but aux organisations régionales paramilitaires d’appuyer et de protéger les manifestations patriotiques, les mouvements revendicatifs des femmes de prisonniers, des paysans et des ouvriers contre la police hitlérienne, d’empêcher les réquisitions de vivres et d’installations industrielles, les rafles organisées contre les réfractaires et les ouvriers en grève et défendre la vie et la liberté de tous les Français contre la barbare oppression de l’occupant provisoire.

***


Ainsi, par l’application des décisions du présent programme d’action commune, se fera, dans l’action, l’union étroite de tous les patriotes, sans distinction d’opinions politiques, philosophiques ou religieuses. Ainsi se constituera dans la lutte une armée expérimentée, rompue au combat, dirigée par des cadres éprouvés devant le danger, une armée capable de jouer son rôle lorsque les conditions de l’insurrection nationale seront réalisées, armée qui élargira progressivement ses objectifs et son armement.

Ainsi, par l’effort et les sacrifices de tous, sera avancée l’heure de la libération du territoire national ; ainsi la vie de milliers de Français pourra être sauvée et d’immenses richesses pourront être préservées.

Ainsi dans le combat se forgera une France plus pure et plus forte capable d’entreprendre au lendemain de la libération la plus grande œuvre de reconstruction et de rénovation de la patrie.


II - MESURES À APPLIQUER DÈS LA LIBÉRATION DU TERRITOIRE

Unis quant au but à atteindre, unis quant aux moyens à mettre en oeuvre pour atteindre ce but qui est la libération rapide du territoire, les représentants des mouvements, groupements, partis ou tendances politiques groupés au sein du C.N.R proclament qu’ils sont décidés à rester unis après la libération :

1) Afin d’établir le gouvernement provisoire de la République formé par le Général de Gaulle pour défendre l’indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle ;

2) Afin de veiller au châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration ;

3) Afin d’exiger la confiscation des biens des traîtres et des trafiquants de marché noir, l’établissement d’un impôt progressif sur les bénéfices de guerre et plus généralement sur les gains réalisés au détriment du peuple et de la nation pendant la période d’occupation ainsi que la confiscation de tous les biens ennemis y compris les participations acquises depuis l’armistice par les gouvernements de l’axe et par leurs ressortissants, dans les entreprises françaises et coloniales de tout ordre, avec constitution de ces participations en patrimoine national inaliénable ;

4) Afin d’assurer :

  l’établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;

  la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression ;

  la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’Etat, des puissances d’argent et des influences étrangères ;

  la liberté d’association, de réunion et de manifestation ;

  l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance ;

  le respect de la personne humaine ;

  l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi ;

5) Afin de promouvoir les réformes indispensables :

   a) Sur le plan économique :

  l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ;

  une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des Etats fascistes ;

  l’intensification de la production nationale selon les lignes d’un plan arrêté par l’Etat après consultation des représentants de tous les éléments de cette production ;

  le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques ;

  le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes, agricoles et artisanales ;

  le droit d’accès, dans le cadre de l’entreprise, aux fonctions de direction et d’administration, pour les ouvriers possédant les qualifications nécessaires, et la participation des travailleurs à la direction de l’économie.

   b) Sur le plan social :

  le droit au travail et le droit au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ;

  un rajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ;

  la garantie du pouvoir d’achat national pour une politique tendant à une stabilité de la monnaie ;

  la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d’un syndicalisme indépendant, doté de larges pouvoirs dans l’organisation de la vie économique et sociale ;

  un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ;

  la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, le rétablissement des délégués d’atelier ;

  l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, améliorant et généralisant l’expérience de l’Office du blé, par une législation sociale accordant aux salariés agricoles les mêmes droits qu’aux salariés de l’industrie, par un système d’assurance conte les calamités agricoles, par l’établissement d’un juste statut du fermage et du métayage, par des facilités d’accession à la propriété pour les jeunes familles paysannes et par la réalisation d’un plan d’équipement rural ;

  une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours ;

  le dédommagement des sinistrés et des allocations et pensions pour les victimes de la terreur fasciste.

   c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales.

   d) La possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction et d’accéder à la culture la plus développée, quelle que soit la situation de fortune de leurs parents, afin que les fonctions les plus hautes soient réellement accessibles à tous ceux qui auront les capacités requises pour les exercer et que soit ainsi promue une élite véritable, non de naissance mais de mérite, et constamment renouvelée par les apports populaires.

Ainsi sera fondée une République nouvelle qui balaiera le régime de basse réaction instauré par Vichy et qui rendra aux institutions démocratiques et populaires l’efficacité que leur avaient fait perdre les entreprises de corruption et de trahison qui ont précédé la capitulation.

Ainsi sera rendue possible une démocratie qui unisse au contrôle effectif exercé par les élus du peuple la continuité de l’action gouvernementale.

L’union des représentants de la Résistance pour l’action dans le présent et dans l’avenir, dans l’intérêt supérieur de la patrie, doit être pour tous les Français un gage de confiance et un stimulant. Elle doit les inciter à éliminer tout esprit de particularisme, tout ferment de division qui pourrait freiner leur action et ne servir que l’ennemi.

En avant donc, dans l’union de tous les Français rassemblés autour du C.F.L.N et de son président le général De Gaulle !

En avant pour le combat, en avant pour la victoire afin que VIVE LA FRANCE !

LE CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE


Ce programme de combat est la source du préambule de la Constitution de 1946, repris en 1958, que voici donc :

Préambule de la Constitution de 1946

  1. Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. Il réaffirme solennellement les droits et libertés de l'homme et du citoyen consacrés par la Déclaration des droits de 1789 et les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République.

2. Il proclame, en outre, comme particulièrement nécessaires à notre temps, les principes politiques, économiques et sociaux ci-après :

3.
La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme.

4. Tout homme persécuté en raison de son action en faveur de la liberté a droit d'asile sur les territoires de la République.

5. Chacun a le devoir de travailler et le droit d'obtenir un emploi. Nul ne peut être lésé, dans son travail ou son emploi, en raison de ses origines, de ses opinions ou de ses croyances.

6. Tout homme peut défendre ses droits et ses intérêts par l'action syndicale et adhérer au syndicat de son choix.

7. Le droit de grève s'exerce dans le cadre des lois qui le réglementent.

8. Tout travailleur participe, par l'intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu'à la gestion des entreprises.

9. Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité.

10. La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement.

11. Elle garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence.

12. La Nation proclame la solidarité et l'égalité de tous les Français devant les charges qui résultent des calamités nationales.

13.
La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat.

14. La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n'entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple.

15. Sous réserve de réciprocité, la France consent aux limitations de souveraineté nécessaires à l'organisation et à la défense de la paix.

16.
La France forme avec les peuples d'outre-mer une Union fondée sur l'égalité des droits et des devoirs, sans distinction de race ni de religion.

17. L'Union française est composée de nations et de peuples qui mettent en commun ou coordonnent leurs ressources et leurs efforts pour développer leurs civilisations respectives, accroître leur bien-être et assurer leur sécurité.

18. Fidèle à sa mission traditionnelle, la France entend conduire les peuples dont elle a pris la charge à la liberté de s'administrer eux-mêmes et de gérer démocratiquement leurs propres affaires ; écartant tout système de colonisation fondé sur l'arbitraire, elle garantit à tous l'égal accès aux fonctions publiques et l'exercice individuel ou collectif des droits et libertés proclamés ou confirmés ci-dessus.



Voilà ce qu'est notre pays. Voilà ce qu'on est en train de nous arracher. Soyons prêt.

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 21:45
    Chers amis lecteurs, je suis heureux de vous annoncer que le travail de traduction des textes et discours de Franklin Delano Roosevelt a repris.

   Voici donc le chapitre six du livre de campagne de 1932 "Looking Forward", intitulé en américain Shall we really progress, dans lequel le futur président présente les résultats de son expérience en tant que gouverneur de l'état de New York dans la lutte contre le chômage et la misère des personnes âgées, et dans la mise en place de systèmes d'assurance chômage et vieillesse.

   Il y a un point remarquable que je tenais à souligner dans le projet d'assurance chômage de FDR, et qui devrait être appliqué immédiatement en France : les contributions des employeurs au système ne sont pas mises en commun, mais versées sur des comptes spécifiques de la société elle-même et conservées en vue d'indemniser pendant une certaine durée l'éventuel employé licencié.

   Cette mesure de non-mise en commun des contributions des employeurs à l'assurance chômage visait à empêcher les grandes compagnies cherchant à maximiser constamment leurs profits à faire porter le coût de leurs écrémages réguliers de main d'oeuvre sur le grand nombre des petites et moyennes entreprises, qui elles ne licencient individuellement que très rarement tout en cotisant régulièrement. Les législateurs de l'époque, autour de Roosevelt, reprochaient aux différents systèmes d'assurance chômage qui étaient apparus en Europe au cours des années 20-30 cette politique de "pot commun", qui faisait ainsi la part belle aux cartels et à leurs politiques de chaos social.

   A ma connaissance, nous sommes en France toujours dans cette situation, où les très nombreuses PME-PMI du pays, qu'elles le veuillent ou non, payent - cher - les dégraissages saisonniers et conjoncturels des grandes compagnies ou de leurs sous-traitants, ainsi que leurs délocalisations - pour cause de shareholder value -, alors qu'elles-même ne licencient que très rarement et recherchent plutôt le profit par l'accumulation de compétence, la stabilité et le développement.

   Les PME-PMI françaises payent donc pour des compagnies parasitaires sous le contrôle d'actionnaires avides qui ne savent mesurer le profit qu'en terme financier. La méthode de Roosevelt consistait à faire constituer par chaque compagnie un fond d'assurance chômage sous sa responsabilité, duquel elles devraient tirer les indemnisations des employés qu'elles licencieraient et selon un minimum légal et une durée maximum de dix semaine par douze mois. La durée peut sembler courte, mais il faut savoir que ce programme d'assurance chômage faisait partie du programme de relance du New Deal, par lequel Franklin Roosevelt a fait créer des millions d'emplois correctement rémunérés.

  M'est avis que cette méthode, si elle était appliqué en France, refroidirait brutalement le goût des actionnaires pour les dégraissages et les délocalisations, et soulagerait nettement les PME-PMI stables et régulières.

   N'est-ce pas ?

   Bonne lecture



Franklin Delano Roosevelt

Looking Forward
Le regard vers demain


The John Day Company, New York - Imprimé en mars 1933


Chapitre six :
Progresserons-nous vraiment ? (autres chapitres)


    Notre inquiétude grandissante au sujet de l’augmentation du coût du gouvernement est due au fait que la charge des taxes semble croître si rapidement que beaucoup pensent qu’elle deviendra intolérable dans les années à venir. D’ors et déjà, cette charge affecte radicalement nos vies. Mais mis à part les extravagances, inefficacités et gaspillages, nous ne pouvons nier que cette croissance des coûts est dans une large mesure due à cette nouvelle conception du gouvernement, qui prend en compte le progrès du bonheur et de la sécurité de tout le peuple.

    Il y a eu une nette augmentation du nombre de services d’état mis à la disposition des hommes et femmes ordinaires. Ces services ne sont en général pas connus de ceux qui sont les plus susceptibles de se plaindre des très graves injustices sociales de notre temps ; ils exigent plus de services, n’étant pas familier avec ceux déjà existant. Cela mène souvent à leurs duplications. La véritable question qui nous fait face est de savoir si nous allons laisser nos difficultés économiques et notre inefficacité organisationnelle contrarier le développement sain et fondamental de notre civilisation. De mon point de vue, nos objectifs sociaux devraient soutenir notre combat contre ces problèmes.

    Deux plans particuliers concernant la sécurité sociale, en train de prendre forme, ont un impact vital sur la totalité de notre civilisation américaine présente et future. Les vies de quatre-vingt dix pour cent de nos concitoyens – tous ceux qui doivent travailler et qui ne vivent pas de leurs investissements – sont concernées par le risque du chômage (même ceux qui par bonheur sont actuellement employés) et par la possibilité d’avoir besoin d’une assistance extérieure, arrivés à un âge avancé. Jusqu’à présent, le public ne s’est pas beaucoup préoccupé d’y trouver des solutions, car premièrement, en tant que jeune nation, de nouvelles ressources se sont ouvertes à nous, et secondement, parce que les sciences sociales sont encore dans leur premier âge, et que jusqu’à récemment la pauvreté, la faim et le besoin ont été dans une large mesure traité comme des maux nécessaires et inévitables.

    Il nous faut impérativement passer brièvement en revue les conditions existantes afin de pouvoir mettre à plat ce que nous cherchons à corriger. Nous pouvons et devons penser à l’échelle nationale, étant donné que chaque état et chaque région affrontent les mêmes problèmes et sont affectés par les problèmes de chacun des autres. Un cas de 1929 illustre ce fait. Lorsque l’industrie automobile, à Detroit, licencia plusieurs centaines de milliers de travailleurs de leurs usines locales, quarante mille d’entre eux vinrent dans l’état de New-York chercher du travail – un mouvement de masse à travers près d’un tiers du continent. Aujourd’hui, du fait que la nation est énormément industrialisée, la fermeture de dix pour cent de l’industrie est très nettement ressentie dans chaque communauté.

    L’absurdité de la nouvelle théorie économique qui fut imposée à la nation en 1928 et 1929 selon laquelle, contrairement à tous les enseignements de l’Histoire, la constance du travail continuerait indéfiniment selon une échelle croissante pourvu que la politique de salaires élevés, combinée avec une campagne commerciale agressive afin d’éliminer les stocks, soit maintenue, est dorénavant évidente. On prétendait pouvoir tout vendre, tout écouler, pourvu que tout le monde travaille et gagne un bon salaire. En conséquence, si toutes les familles possédaient chacune une voiture et un poste de radio en 1930, elles auraient besoin en 1940 de deux voitures et deux postes de radio, et de trois de chaque en 1950 – l’ancienne théorie du point de saturation ayant été entièrement abandonnée. Le refus d’admettre la vieille loi de l’offre et de la demande était déjà en soi suffisamment criminel, mais il fallut encore y ajouter le spectacle d’officiers gouvernementaux et de pontes de la finance jonglant avec les chiffres afin de déformer les faits. Lorsque qu’entre douze et quinze travailleurs sur cent sont sans emploi quelle que soit l’industrie, il n’est ni honnête ni utile de leur affirmer que le marché de l’emploi est pratiquement revenu à une situation normale, quelles que soient les raisons, toutes purement psychologiques, qui pourraient gêner la production.

    La vérité, c’est que nous nous trouvons au milieu d’un nouveau tour de roue du cycle économique, et que la production a dans la plupart des cas dépassé la consommation. A cette crise domestique est venue s’ajouter une extraordinaire chute de nos exportations. En examiner la raison serait ici hors-sujet.

    Ensuite, nous devons examiner l’effet des derniers processus de fabrication et de commercialisation. Le résultat des soi-disant méthodes d’efficience est que l’âge maximum d’aptitude à l’emploi n’est plus dorénavant de soixante-cinq à soixante-dix ans, mais a chuté pour n’être plus que de quarante-cinq à cinquante ans. Bien que ces pratiques ne soient heureusement pas universelles, un nombre croissant d’employeurs n’ont plus embauché que des jeunes hommes et femmes, et lorsqu’il fallut licencier ce furent les plus vieux employés qui partirent en premier. Ce qui signifie que le problème de la retraite, qui était fixé il y a encore quelques années par consentement mutuel à soixante-dix ans, est aujourd’hui avancé pour inclure des milliers de personnes dans leurs cinquante et soixante ans. Le pourcentage de ce changement du au désastre des dernières années ne sera vraisemblablement jamais connu, mais cela n’altère pas la probabilité que ce changement  continue à s’accroître.

    Pour résumer la situation actuelle, nous faisons face ici à une situation hautement complexe – où le chômage et les besoins de la retraite deviennent de plus en plus emmêlés, où le remède de l’un doit prendre en compte l’autre, où l’aide gouvernementale doit être pensée selon des principes économiques et scientifiques plutôt que d’être jetée en vrac par charité ou pour cause d’hystérie politique.

    A en juger du passé et du présent, le chômage existera toujours parmi nous en tant que nation, variant selon les cycles économiques. Certaines tendances et étapes sont traitées différents secteurs et différentes industries dans le but de lisser, partiellement du moins, ses pics et creux. Par exemple, nous tendons vers la semaine de cinq jours. Cela signifie l’emploi de plus de gens ou, du moins, le licenciement de moins de gens, ce que produit aussi le mouvement vers la réduction des heures travaillées par jours.

    Puis nous avons ce mouvement vers une meilleure planification du travail, le système dit de Cincinnati, qui garanti au travailleur une période définie d’activité, disons quarante-huit semaine sur un an, pour laquelle il ou elle est embauché ; à ce mouvement, nous pouvons ajouter l’étalement des périodes travaillées, la coopération entre les différentes lignes industrielles et l’accélération des constructions publiques et privées en temps de dépression.

    Il est bon de constater que pratiquement tous les gouvernements d’état ont admis l’urgence de la situation et ont mis en œuvre des actions résolues. Par exemple, en 1930, la législature de l’état de New-York me confia, en tant que gouverneur, un crédit de quatre-vingt dix millions de dollars pour des travaux publics, soit vingt millions de dollars de plus que l’année précédente. Et donc, de même, les municipalités et les comtés de l’état multiplièrent ce total par quatre. Ces actions, cependant, sont des mesures d’urgences, sur lesquelles on ne peut nécessairement pas compter lors des futures périodes de chômage puisque les dettes des gouvernements locaux ont augmenté à des niveaux alarmants, voire dangereux.

    Des remèdes plus permanents ont été mis en œuvre dans différentes parties du pays. Par exemple, à New-York, un comité que j’ai appointé, composé de quatre hommes d’affaires, d’un responsable syndical et du commissaire d’état à l’industrie, réfléchit sur les problèmes industriels généraux et s’accorda sur le principe de garantir un emploi régulier en mettant en œuvre une planification attentive au sein même des industries. Toutes ces réflexions et ces plans, cependant, souffrent  d’un manque sérieux de statistiques et de faits ; ainsi, il était aisé de savoir avec une précision suffisante combien de personne étaient employées, mais très difficile d’obtenir des chiffres précis sur le nombre de personnes sans emploi. Voici un besoin fondamental à satisfaire pour l’organisation publique et privée, de manière à connaître l’entière vérité sur la situation du chômage. Les déclarations des hauts responsables à Washington ont été discréditées – bien qu’il soit évident que le peuple ait le droit de connaître la vérité.

    En outre, la planification industrielle, bien qu’elle soit excellente dans le cas des grands employeurs qui, dans certains cas, sont capables d’établir leur prévision de production une année ou plus à l’avance, est beaucoup moins réalisable pour le petit employeur ou pour celui dont l’entreprise ne produit qu’un type de produit.

    Les conclusions sont, là encore, évidentes. Une planification attentive, une réduction du temps de travail, des données plus complètes, des travaux publics et une douzaine d’autres palliatifs seront à même dans le futur de réduire le chômage, particulièrement en période de dépression industrielle, mais tous ces moyens mis ensemble n’élimineront pas le chômage. Il y aura certainement dans notre histoire future des périodes où, pour des raisons économiques ou politiques, nous nous trouverons forcé de traverser plusieurs années de difficultés, les une après les autres. Nous subirons lors de ces périodes des « accidents » de chômage, comme nous en avons connu dans le passé ; comme, par exemple, lors de changements tels que le remplacement des produits cotonniers par des produits en soie artificielle ; ou comme lors de la dépression de la scène dramatique suite à l’avènement du cinématographe et des films parlants. Et aussi, nous verrons de nouvelles inventions comparables à l’arrivée de l’automobile, et nous subirons peut-être de nouvelles pertes sur les marchés étrangers. Certains de ces changements sont prévisibles, d’autres non. Et contre ceux-ci, la seule réponse semble être l’assurance, sous une forme ou une autre.

    Nous en viendrons à l’assurance-chômage dans ce pays tout aussi certainement que nous en sommes arrivés à couvrir les travailleurs victimes d’accidents industriels, aussi certainement que nous nous trouvons aujourd’hui sur le point d’assurer contre les besoins de la retraite et du troisième âge.

    Quatre-vingt dix pour cent du chômage est entièrement en dehors de la responsabilité du travailleur. D’autres nations et gouvernements ont mis en œuvre différents systèmes assurant leurs travailleurs lorsque frappe le chômage. Pourquoi devrions-nous, dans les quarante-huit états de notre Union, craindre d’entreprendre cette tâche ?

    Il nous est bien sûr nécessaire de nous garder contre deux graves dangers. L’assurance contre le chômage ne doit pas, pour cause de lacune ou autre, devenir une simple allocation encourageant l’oisiveté et contrariant ainsi son objectif initial. Il devrait être possible, en développant un système d’assurance chômage, de tracer une ligne nette et solide contre tout homme ou femme qui refuse d’accepter une proposition de travail, et il devrait être possible aussi d’alterner l’emploi de sorte que personne ne se trouve incapable de trouver un poste pendant plus de deux à trois mois à la fois. L’autre danger est qu’il y aura une tendance naturelle à faire reposer le coût de l’assurance chômage sur les revenus courants du gouvernement. Il est clair que l’assurance chômage doit être établie sur une base actuarielle, et que les cotisations doivent être faites par les salariés eux-mêmes. Idéalement, un système d’assurance chômage bien conçu devrait être autofinancé, et une étude attentive et intelligente des faits et des lois statistiques peut rendre cela possible.

    Les suggestions faites par la Commission Inter-état sur l’Assurance Chômage dans son rapport du début de l’année 1931, à l’attention de la conférence des gouverneurs sur le chômage convoquée par moi, méritent d’être suivies d’actes. Cette commission était composée de représentants de six des sept états industriels de l’Est – New York, Ohio, Pennsylvanie, New Jersey, Massachussetts et Connecticut.

    Le plan que ses membres conçurent est solide et soigneusement encadré. Il fournirait des provisions contre l’irrégularité de l’activité industrielle, offrirait des encouragements à la régularisation de l’industrie et maintiendrait le moral et la fierté du travailleur, si essentiels aux citoyens d’une démocratie. Il contient une différence radicale d’avec tous les plans européens, en ce qu’il évite totalement la mise en commun des réserves et des fonds de secours, recommandant que chaque employeur par ses versements constitue sa propre réserve et que celle-ci ne sera en aucune manière versée à un fond commun.

    Ces versements seront des contributions correspondant à deux pour cent de la masse salariale de l’employeur, qui seront réduites à un pour cent dès que les réserves accumulées dépasseront cinquante dollars par employé. L’allocation maximum sera de dix dollars par semaine ou cinquante pour cent du salaire de l’employé, au moins élevé des deux, et la période maximum d’allocation sera de dix semaines par période de douze mois. Les versements de chaque employeur constitueront la réserve salariale de sa compagnie, qui ne sera pas versée à un fond commun. Il est suggérée la création d’une Administration du Chômage constituée de trois membres, représentant l’un les travailleurs, le second l’industrie et le troisième la population générale.

    Il y est recommandé que les états agissent promptement afin d’étendre leurs services d’emplois publics, puisqu’aucun système d’assurance chômage ne peut remplir sa mission sans les échanges d’un système d’emploi correctement organisé et efficacement dirigé.

    La Commission du Chômage encouragera les actions coopératives entre les compagnies et les industries, car les mesures les plus efficaces permettant d’obtenir la plus grande stabilisation ne peuvent être accomplies que par une seule firme.

    Le rapport indique deux raisons fondant sa recommandation de contribution au fond par les employeurs : premièrement, « l’employé ne devrait pas, selon notre jugement, être requis de réduire encore ses revenus pour cause de payement de contribution aux réserves » ; secondement, « la responsabilité financière de l’employeur impliquée par le plan servirait d’incitation continuelle à éviter autant que possible les licenciements ».

    En recommandant que les payements de chaque employeur constituent la réserve d’assurance chômage de sa société et qu’ils ne soient par versés à un fond commun, le rapport espère éviter ce qui « a été généralement admis, même par les critiques sympathisants des pratiques européennes, comme ayant eu des résultats malheureux ». Lorsque le système de fond commun est utilisé, selon le rapport, « les industries à l’activité irrégulière, rendues capables d’obtenir du fond commun des allocations pour leurs travailleurs licenciés, pourraient être tenté de faire porter leur responsabilité et le coût de leurs licenciements par les industries plus stables et profitables. Dans la mesure où un licenciement est du à une direction inattentive ou indifférente, ou à l’incapacité de prendre des précautions appropriées pour le futur, la mise en commun des réserves risque d’avoir l’effet de perpétuer de telles pratiques antiéconomiques, et pourrait en conséquence échouer à offrir les incitations à la régularisation que les nombreux avocats de l’assurance chômage en espéraient ».

    Je pense que ces suggestions sont réalisables, aussi simples que la nature de telles actions le permet, et devraient être sérieusement reprises.

    Avec les plans d’assurance retraite d’ors et déjà en train de prendre forme dans l’état de New York, étant votés et mis en œuvre, malgré les difficultés financières du moment, il me semble qu’il est certain que nous allons continuer à progresser le long de ces axes de protection sociale. Il est stupéfiant de voir quelle révolution a eu lieu dans les esprits dans un espace de temps si court – vingt ans auparavant, ces manières d’envisager les devoirs du gouvernement n’auraient éveillé que des rires ou de l’appréhension publique.

    Aujourd’hui, nul besoin d’une longue démonstration pour prouver que l’assurance retraite est logiquement et inévitablement liée entièrement au problème du chômeur et que l’on peut réellement y faire quelque chose. Chacun sait que les hommes et femmes âgés ne sont plus capables de se soutenir eux-mêmes par leur travail, et qu’ils rejoignent pour cette raison les rangs des chômeurs exactement comme s’ils avaient été victimes de licenciements industriels. La seule différence est que leur licenciement n’est plus temporaire, mais permanent.

    Il est bien entendu inévitable que ces problèmes soient résolus étape par étape. Par exemple, le passage de la loi sur la sécurité des personnes âgées dans l’état de New York en 1930 n’a été qu’une étape vers la résolution du problème général. La nouvelle loi ne s’applique qu’aux hommes et femmes de plus de soixante-dix ans, mais elle est fondée sur la théorie correcte selon laquelle il est moins cher et meilleur pour les bénéficiaires de vivre dans leurs maisons durant leurs dernières années que de devenir des pensionnaires d’institutions.

    Cette loi de l’état de New York n’a pu aller aux véritables racines de la misère des personnes âgées. Elle n’a mis en place aucune mécanique pour la constitution de qui pourrait devenir en temps voulu un fond d’assurance, auquel l’état et les travailleurs, et éventuellement les employeurs, contribueraient. Le coût de la présente loi sera porté pour moitié par l’état et pour moitié par les comtés de l’état. Elle pourra fort bien suffire en tant que mesure de dépannage pour faire face à l’urgence de la situation de ceux qui aujourd’hui manquent de tout, mais elle doit être élargie dans son application, se passer définitivement de l’aide de l’état et des comtés et établir un système d’assurance, duquel le travailleur deviendra un réel partenaire en tant qu’individu le jour même où il ou elle commencera à gagner sa vie dans la société.

    Ces situations sociales ne peuvent se contenter de réponses hasardeuses. Les principes de l’assurance peuvent être appliqués à la résolution des problèmes du chômage et de la retraite. C’est une saine proposition d’affaire. Il serait bien plus radical de suggérer que les gouvernements locaux et d’états dussent, dans les jours à venir, verser les pensions et les allocations à ceux qui sont dans le besoin.

    Il est essentiel que chacun des états cherche à résoudre ces problèmes. Il est probable qu’ils s’y attaqueront en utilisant des méthodes bien différentes les unes des autres. C’est là cependant l’un des grands avantages de notre système de quarante-huit souverainetés séparées et distinctes. Certains états auront sans aucun doute plus de succès que d’autres. Mais nous pourrons apprendre, en comparant et en échangeant les idées. Il n’y a eu jusqu’ici que très peu d’échanges ; qu’ils soient dorénavant nombreux, actifs et intelligents.


Franklin Delano Roosevelt, 1932



Texte original ici

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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 16:56


LE DROIT DES GENS

--- The Law Of Nations ---

 

 

 

 

 

LE DROIT DES GENS

OU PRINCIPES DE LA LOI NATURELLE,

Appliqués à la conduite & aux affaires des Nations & des Souverains.


PAR M. DE VATTEL

 

 

 

Nihil est enim illi principi Deo, qui omnem hunc mundum regit, quod quidem in terris fiat, acceptius, quam concilia coetusque hominum juste fociati, quae Civitates appellantur. CICER. Scipion.


 

 

Tome II : Livre IV
DOC

 

 

A LONDRES, MDCCLVIII


Livre I

Livre II

Livre III

°°°--------------------------------ooo0ooo--------------------------------°°°



LIVRE IV

         Du rétablissement de la Paix, & des Ambassades.

 


CHAPITRE I

         De la Paix, & de l’obligation de la cultiver.

 

§.1 Ce que c’est que la Paix

2 Obligation de la cultiver

3 Obligation du Souverain à ce même égard

4 Etendue de ce devoir

5 Des perturbateurs de la paix

6 Jusqu'où on peut continuer la guerre

7 Paix, fin de la Guerre

8 Effets généraux de la Paix

 


CHAPITRE II

         Des Traités de Paix.

 

§.9 Ce que c'est que le Traité de Paix

10 Par qui il peut être conclu

11 Des aliénations faites par le Traité de paix

12 Comment le Souverain peut disposer dans le Traité de ce qui intéresse les particuliers

13 Si un Roi prisonnier de guerre peut faire la paix

14 Si l’on peut faire la pais avec un Usurpateur

15 Alliés compris dans le Traité de paix

16 Les Associés doivent traiter chacun pour Soi

17 De la Médiation

18 Sur quel pied la paix peut se conclure

19 Effet général du Traité de paix

20 De l’Amnistie

21 Des choses dont le Traité ne dit rien

22 Des choses qui ne sont pas comprises dans la Transaction ou dans l’Amnistie

23 Les Traités anciens, rappellés & confirmés dans le nouveau, en font partie.

 


CHAPITRE III

         De l’exécution du Traité de paix.

 

§.24 Quand la Traité commence à obliger

25 Publication de la paix

26 Du tems de l’exécution

27 Une excuse légitime doit être admise

28 La promesse tombe, quand l’acceptant en a lui-même empêché l’exécution

29 Cessation des Contributions

30 Des fruits de la chose restituée ou cédée

31 En quel état les choses doivent être renduës

32 De l’interprétation du Traité de paix ; qu'elle se fait contre celui qui a donné la Loi

33 Du nom des pays cédés

34 La restitution ne s'entend pas de ceux qui se sont donnés volontairement

 


CHAPITRE IV

         De l’observation & de la rupture du Traité de Paix.

 

§.35 Le Traité de paix oblige la Nation & les Successeurs

36 Il doit être fidèlement observé

37 L’exception prise de la crainte, ou de la force, ne peut en dégager

38 En combien de manières un Traité de paix peut se rompre

39 1°, Par une conduite contraire à la nature de tout Traité de paix

40 Prendre les armes pour un sujet nouveau, ce n'est pas rompre le Traité de paix

41 S'allier dans la fuite avec un ennemi, ce n'est pas non plus rompre le Traité

42 Pourquoi il faut distinguer entre une Guerre nouvelle & la rupture du Traité

43 La juste défense de Soi-même ne rompt point le Traité de paix

44 Des sujets de rupture qui ont pour objet des Alliés

45 2°, Le Traité se rompt par ce qui est opposé à sa nature particulière

46 3°, Par la violation de quelque Article

47 La violation d'un seul Article rompt le Traité entier

48 Si l’on peut distinguer à cet égard entre les Articles plus ou moins importans

49 De la peine attachée à la violation d'un Article

50 Des délais affectés

51 Des empéchemens insurmontables

52 Des atteintes données au Traité de paix par les sujets

53 Ou par des Alliés

54 Droits de la Partie lésée, contre celle qui a violé le Traité

 


CHAPITRE V

         Du Droit d'Ambassade, ou du Droit d'envoyer & de recevoir des Ministres Publics.

 

§.55 Il est nécessaire que les Nations puissent traiter & communiquer ensemble

56 Elles le font par le moyen des Ministres Publics

57 Tout Etat souverain est en droit d'envoyer & de recevoir des Ministres Publics

58 L’Alliance inégale, ni le Traité de Protection n'ôte pas ce Droit

59 Du Droit des Princes & Etats de l’Empire à cet égard

60 Des Villes qui ont le Droit de Bannière

61 Ministres des Vicerois

62 Ministres de la Nation, ou des Régens, dans l’Interrègne

63 De celui qui trouble un autre, dans l’exercice du Droit d'Ambassade

64 De ce qui est permis à cet égard en tems de Guerre

65 On doit recevoir le Ministre d'une Puissance amie

66 Des Ministres résidens

67 Comment on doit admettre les Ministres d'un ennemi

68 Si l’on peut recevoir les Ministres d'un Usurpateur & lui en envoyer

 


CHAPITRE VI

         Des divers ordres de Ministres Publics, du Caractère réprésentatif, & des honneurs qui sont dûs aux Ministres.

 

§.69 Origine des divers ordres de Ministres Publics

70 Du Caractère réprésentatif

71 De l’Ambassadeur

72 Des Envoyés

73 Des Résidens

74 Des Ministres

75 Des Consuls, Agents, Députés, Commissaires &c.

76 Des Lettres de Créance

77 Des Instructions

78 Du droit d'envoyer des Ambassadeurs

79 Des honneurs qui sont dûs eux Ambassadeurs

 


CHAPITRE VII

         Des Droits, Privilèges & Immunités des Ambassadeurs & autres Ministres Publics.

 

§.80 Respect dû aux Ministres Publics

81 Leur personne est sacrée & inviolable

82 Protection particulière qui leur est dûe

83 Du tems où elle commence

84 De ce qui leur est dû dans les Pays où ils passent

85 Ambassadeurs passans en pays ennemi

86 Ambassades entre ennemis

87 Des Hérauts, Trompettes& Tambours

88 Les Ministres, les Trompettes &c. doivent être respectés même dans une Guerre Civile

89 On peut quelquefois refuser de les admettre

90 Ils faut éviter à leur égard tout ce qui sent l’insulte

91 Par qui & à qui ils peuvent être envoyés

92 Indépendance des Ministres étrangers

93 Conduite que doit tenir le Ministre Etranger

94 Comment on peut le réprimer, 1°, à l’égard des délits communs

95 2°, Pour les fautes commises contre le Prince

96 Droit de chasser un Ambassadeur coupable ou justement suspect

97 Droit de le réprimer par la force, s'il agit en ennemi

98 De l’Ambassadeur qui forme des Conjurations & des Complots dangereux

99 De ce qui est permis contre lui, selon l’exigence du cas

100 D'un Ambassadeur qui attente à la vie du Prince          

101 Deux exemples remarquables sur la question des Immunités des Ministres Publics

102 Si l’on peut user de réprésailles envers un Ambassadeur

103 Consentement des Nations sur les Privilèges des Ambassadeurs

104 Du libre exercice de la Religion

105 Si l’Ambassadeur est exempt de tous impôts

106 De l’obligation fondée sur l’usage & la Coûtume

107 Du Ministre dont le Caractère n’est pas public

108 D’un Souverain qui se trouve en pays étranger

109 Des Députés des Etats

 


CHAPITRE VIII

         Du Juge de l’Ambassadeur, en matiére Civile.

 

§.110 L’Ambassadeur est exempt de la Jurisdiction Civile du pays ou il réside

111 Comment il peut s'y soumettre volontairement

112 D'un Ministre sujet de l’Etat auprès duquel il est employé

113 Comment l’exemption du Ministre s'étend à ses biens

114 L’exemption ne peut s'étendre aux effets appartenans à quelque trafic que fera le Ministre

115 Non plus qu'aux Immeubles, qu'il possède dans le pays

116 Comment on peut obtenir justice contre un Ambassadeur


 

CHAPITRE IX

         De la Maison de l’Ambassadeur, de son Hôtel & des Gens de sa suite.

 

§.117 De l’Hôtel de l’Ambassadeur

118 Du Droit d'asyle

119 Franchise des Carrosses de l’Ambassadeur

120 De la suite de l’Ambassadeur

121 De l’Epouse & de la famille de l’Ambassadeur

122 Du Sécrétaire de l’Ambassade

123 Des Courriers & des Dépêches de l’Ambassadeur

124 Autorité de l’Ambassadeur sur les Gens de sa suite

125 Quand finissent les droits de l’Ambassadeur

126 Des cas où il faut de nouvelles lettres de Créances

127 Conclusion

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 12:00


LE DROIT DES GENS

--- The Law Of Nations ---

 

 

 

 

 

LE DROIT DES GENS

OU PRINCIPES DE LA LOI NATURELLE,

Appliqués à la conduite & aux affaires des Nations & des Souverains.


PAR M. DE VATTEL

 

 

 

Nihil est enim illi principi Deo, qui omnem hunc mundum regit, quod quidem in terris fiat, acceptius, quam concilia coetusque hominum juste fociati, quae Civitates appellantur. CICER. Scipion.


 

 

Tome II : Livre III
DOC

 

 

A LONDRES, MDCCLVIII


Livre I

Livre II

Livre IV

°°°--------------------------------ooo0ooo--------------------------------°°°



LIVRE III

De la Guerre.

 

CHAPITRE I

           De la Guerre & de ses différentes espèces, & du Droit de faire la guerre.

 

§.1 Définition de la Guerre
2 De la Guerre publique
3 Du Droit de faire la guerre
4 Il n'appartient qu’à la Puissance Souveraine
5 De la Guerre défensive & de la Guerre offensive

 

CHAPITRE II

           De ce qui sert à faire la Guerre, de la levée des Troupes &c. de leurs Commandans, ou des Puissances subalternes dans la Guerre.

 

§.6 Des instruments de la Guerre
7 Du droit de lever des Troupes
8 Obligation des Citoyens ou Sujets
9 Enrôllemens, levée des Troupes
10 S’il y a des exemptions de porter les armes
11 Solde & logement des Gens de guerre
12 Des Hôpitaux & Hôtels d'Invalides
13 Des soldats mercénaires
14 Ce qu'il faut observer dans leur engagement
15 Des enrôllemens en pays étrangers
16 Obligation des soldats
17 Des Loix Militaires
18 De la Discipline Militaire
19 Des Puissances subalternes dans la guerre
20 Comment leurs promesses obligent le Souverain
21 En quels cas leurs promesses ne lient qu'elles seules
22 De celle qui s'attribuë un pouvoir qu’elle n'a pas
23 Comment elles obligent leurs inférieurs


CHAPITRE III

           Des justes Causes de la Guerre.

 

§.24 Que la Guerre ne doit point être entreprise sans de très-fortes raisons
25 Des Raisons justificatives & des Motifs de faire la guerre
26 Quelle est en général la juste Cause de la guerre
27 Quelle Guerre est injuste
28 Du but de la Guerre
29 Les raisons justificatives & les motifs honnêtes doivent concourrir pour faire entreprendre la Guerre
30 Des motifs honnêtes & des motifs vicieux
31 Guerre dont le sujet est légitime & les motifs vicieux
32 Des Prétextes
33 Guerre entreprise pour la seule utilité
34 Des peuples qui font la guerre sans raisons & sans motifs apparens
35 Comment la Guerre défensive est juste, ou injuste    

36 Comment elle peut devenir juste contre une offensive, qui étoit juste dans son principe
37 Comment la Guerre offensive est juste, dans une Cause évidente
38 Et dans une Cause douteuse
39 La Guerre ne peut être juste des deux côtés
40 Quand réputée cependant pour légitime
41 Guerre entreprise pour punir une Nation
42 Si l’accroissement d'une Puissance voisine peut autoriser à lui faire la guerre
43 Seul & par lui-même, il ne peut en donner le droit
44 Comment les apparences du danger donnent ce droit
45 Autre cas plus évident
46 Autres moyens toûjours permis, pour se mettre en garde contre une grande Puissance
47 De l’Equilibre Politique
48 Moyens de le maintenir
49 Comment on peut contenir, ou même affoiblir celui qui rompt l’équilibre
50 Conduite que l’on peut tenir avec un Voisin, qui fait des préparatifs de Guerre

 

CHAPITRE IV

           De la Déclaration de Guerre, & de la Guerre en forme.

 

§.51 Déclaration de Guerre, & sa nécessité
52 Ce qu'elle doit contenir
53 Elle est simple, ou conditionelle
54 Le droit de faire la guerre tombe, par l’offre de conditions équitables
55 Formalités de la Déclaration de Guerre
56 Autres raisons, qui en rendent la publication nécessaire
57 La Guerre défensive n'a pas besoin de déclaration
58 En quel cas on peut l’omettre, dans une Guerre offensive
59 On ne peut point l’omettre par réprésailles
60 Du tems de la Déclaration
61 Devoir des habitans, dans le cas où une Armée étrangère entre dans le pays avant que de déclarer la Guerre
62 Commencement des hostilités
63 Conduite que l’on doit tenir envers les sujets de l’Ennemi qui se trouvent dans le pays lors de la Déclaration de Guerre
64 Publication de la Guerre, Manifestes
65 Décence & modération, que l’on doit garder dans les Manifestes
66 Ce que c'est que la guerre légitime & dans les formes
67 Il faut la distinguer de la Guerre informe & illégitime
68 Fondement de cette distinction


CHAPITRE V

           De l’Ennemi, & des choses appartenantes à l’Ennemi.

 

§.69 Ce que c'est que l’Ennemi
70 Tous les sujets de deux Etats qui se font la guerre, sont ennemis
71 Et demeurent tels en tous lieux
72 Si les femmes & les enfans sont au nombre des ennemis
73 Des choses appartenantes à l’Ennemi
74 Elles demeurent telles par-tout
75 Des choses neutres, qui se trouvent chez l’ennemi
76 Des Fonds possédés par des Etrangers en pays ennemi
77 Des choses duës par un tiers à l’Ennemi

 

CHAPITRE VI

           Des Associés de l’Ennemi ; des Sociétés de Guerre, des Auxiliaires, des subsides.

 

§.78 Des Traités rélatifs à la Guerre
79 Des Alliances Défensives & des Alliances Offensives
80 Différence des Sociétés de Guerre & des Traités de sécours
81 Des Troupes Auxiliaires
82 Des subsides
83 Comment il est permis à une Nation de donner du sécours à une autre
84 Et de faire des Alliances pour la Guerre
85 Des Alliances qui se font avec une Nation actuellement en guerre          

86 Clause tacite en toute Alliance de Guerre
87 Refuser du sécours pour une Guerre injuste, ce n'est pas rompre l’Alliance
88 Ce que c'est que le Casus Fœderis
89 Il n'existe jamais pour une Guerre injuste
90 Comment il existe pour une Guerre défensive
91 Et dans un Traité de garentie
92 On ne doit pas le sécours, quand on est hors d'état de le fournir, ou quand le salut public seroit exposé
93 De quelques autres cas, & de celui ou deux Confédérés de la même Alliance se font la guerre
94 De celui qui refuse les sécours dûs en vertu d'une Alliance
95 Des Associés de l’Ennemi
96 Ceux qui font Cause commune sont Associés de l’Ennemi
97 Et ceux qui l’assistent sans y être obligés par des Traités
98 Ou qui ont avec lui une Alliance offensive
99 Commuent l’Alliance défensive associe à l’Ennemi
100 Autre Cas
101 En quel cas elle ne produit point le même effet
102 S'il est besoin de déclarer la Guerre aux Associés de l’Ennemi


CHAPITRE VII

           De la Neutralité, & du passage des Troupes en pays neutre.

 

§.103 Des Peuples neutres
104 Conduite que doit tenir un peuple neutre
105 Un Allié peut fournir le sécours qu'il doit, & rester neutre
106 Du droit de demeurer neutre
107 Des Traités de Neutralité
108 Nouvelle raison de faire ces Traités
109 Fondement des règles sur la neutralité
110 Comment on peut permettre des Levées, prêter de l’argent, ou vendre toute sorte de choses, sans rompre la neutralité
111 Du Commerce des Nations neutres avec celles qui sont en guerre
112 Des Marchandises de contrebande
113 Si l’on peut confisquer ces marchandises
114 De la visite des Vaisseaux neutres
115 Effets de l’Ennemi sur un vaisseau neutre
116 Effets neutres sur un vaisseau ennemi
117 Commerce avec une Place assiégée
118 Offices impartiaux des Peuples neutres
119 Du passage des Troupes en pays neutre
120 On doit demander le passage
121 Il peut être refusé pour de bonnes raisons
122 En quel cas on peut le forcer
123 La crainte du danger peut autoriser à le refuser
124 Ou à exiger toute sûreté raisonnable
125 Si l’on est toûjours obligé de se prêter à toute sorte de sûretés
126 De l’égalité qu'il faut garder, quant au passage, entre les deux parties
127 On ne peut se plaindre de l’Etat neutre qui accorde le passage
128 Cet Etat peut le refuser par la crainte des maux qu'il lui attireroit de la part du parti contraire
129 Et pour éviter de rendre son pays le théatre de la guerre
130 De ce qui est compris dans la concession du passage
131 Sûreté du passage
132 On ne peut exercer aucune hostilité en pays neutre
133 Ce pays ne doit pas donner retraite à des Troupes, pour attaquer de nouveau leurs ennemis
134 Conduite que doivent tenir ceux qui passent dans un pays neutre
135 On peut refuser le passage pour une guerre Manifestement injuste


CHAPITRE VIII

           Du Droit des Nations dans la Guerre, & I°. De ce qu’on est en droit de faire & de ce qui est permis, dans une Guerre juste, contre la personne de l’Ennemi.

 

§.136 Principe général des droits contre l’Ennemi dans une Guerre juste
137 Différence de ce qu’on est en droit de faire, & de ce qui est seulement permis ou impuni entre ennemis
138 Du droit d'affoiblir l’Ennemi par tous moyens licites en eux-mêmes
139 Du droit sur la personne de l’Ennemi
140 Bornes de ce droit. On ne peut tuer un ennemi qui cesse de résister
141 D'un cas particulier, Où l’on peut lui refuser la vie
142 Des réprésailles
143 Si l’ennemi peut punir de mort un Commandant de Place, à Cause de sa défense opiniâtre
144 Des Transfuges & Déserteurs
145 Des femmes, enfans, vieillards & infirmes
146 Des Ministres de la Religion, des Gens de Lettres &c.
147 Des Laboureurs & en général de tout le peuple désarmé
148 Du droit de faire des prisonniers de guerre
149 On ne peut faire mourir un prisonnier de guerre
150 Comment on doit traiter les prisonniers de guerre
151 S'il est permis de tuer des prisonniers que l’on ne peut garder ou nourrir
152 Si l’on peut rendre esclaves les prisonniers de guerre
153 De l’échange & du rachat des prisonniers
154 L’Etat est obligé de les délivrer
155 S'il est permis de faire affamer ou empoisonner un ennemi
156 Si l’on peut se servir d'armes empoisonnées
157 Et empoisonner les fontaines
158 Dispositions qu'il faut conserver envers l’ennemi
159 Des ménagemens pour la personne d'un Roi ennemi

 

CHAPITRE IX

           Du Droit de la Guerre à l’égard des choses qui appartiennent à l’Ennemi.

 

§.160 Principes du droit sur les choses qui appartiennent à l’ennemi
161 Du droit de s'en emparer
162 De ce qu’on ôte à l’Ennemi par forme de peine
163 De ce qu’on lui retient pour l’obliger à donner une juste satisfaction
164 Du Butin
165 Des Contributions
166 Du dégât
167 Des ravages & des incendies
168 Quelles choses on doit épargner
169 Du bombardement des villes
170 Démolition des Forteresses
171 Des Sauve-gardes
172 Règle générale de modération sur le mal que l’on peut faire à l’ennemi
173 Règle du Droit des Gens Volontaire, sur le même sujet


CHAPITRE X

           De la Foi entre Ennemis ; des stratagêmes, des ruses de Guerre, des Espions & de quelques autres pratiques.

 

§.174 Que la Foi doit être sacrée entre ennemis
I75 Quels sont les Traités, qu'il faut observer entre ennemis
176 En quelles occasions on peut les rompre
177 Du Mensonge
178 Des stratagèmes & ruses de guerre
179 Des Espions
180 Des pratiques pour séduire les gens de l’ennemi
181 Si l’on peut accepter les offres d'un Traité
182 Des intelligences doubles

 

CHAPITRE XI

           Du Souverain qui fait une Guerre injuste.

 

§.183 Une Guerre injuste ne donne aucun droit
184 Combien est coupable le Souverain qui l’entreprend
185 à quoi il est tenu
186 Difficulté de réparer les maux qu’il a faits
187 Si la Nation & les gens de guerre sont tenus à quelque chose

 

CHAPITRE XII

           Du Droit des Gens Volontaire, par rapport aux effets de la Guerre en forme, indépendamment de la justice de la Cause.

 

§.188 Que les Nations ne peuvent presser entre-elles la rigueur du Droit Naturel
189 Pourquoi elles doivent admettre les règles du Droit des Gens Volontaire
190 La Guerre en forme doit être regardée, quant aux effets, comme juste de part & d'autre
191 Tout ce qui est permis à l’un, est permis à l’autre
192 Le Droit Volontaire ne donne que l’impunité à celui dont les armes sont injustes

 

CHAPITRE XIII

           De l’acquisition par Guerre, & principalement de la Conquête.

 

§.193 Comment la Guerre est un moyen d'acquérir
194 Mesure du droit qu'elle donne
195 Dispositions du Droit des Gens Volontaire
196 Acquisition des choses mobiliaires
197 De l’acquisition des Immeubles, ou de la Conquête
198 Comment on peut en disposer validement
199 Des conditions auxquelles on acquiert une Ville conquise
200 Des terres des particuliers
201 De la Conquête de l’Etat entier
202 A qui appartient la Conquête
203 Si l’on doit remettre en Liberté un Peuple, que l’Ennemi avoit injustement conquis

 

CHAPITRE XIV

           Du Droit de Postliminie

 

§.204 Définition du Droit de Postliminie
205 Fondement de ce Droit
206 Comment il a lieu
207 S’il a lieu chez les Alliés
208 Il n'a pas lieu chez les Peuples neutres
209 Quelles choses se recouvrent par ce Droit
210 De ceux qui ne peuvent retourner par Droit de Postliminie
211 Ils jouissent de ce Droit quand ils sont repris
212 Si ce Droit s'étend à leurs biens aliénés par l’ennemi
213 Si une Nation qui a été entiérement conquise peut jouïr du Droit de Postliminie
214 Du Droit de Postliminie pour ce qui est rendu à la paix
215 Et à l’égard de ce qui est cédé à l’ennemi
216 Le Droit de Postliminie n'a plus lieu après la paix
217 Pourquoi il a toûjours lieu pour les prisonniers
218 Ils sont libres même, s'ils se sauvent dans un pays neutre
219 Comment les droits & les obligations des prisonniers subsistent
220 Du Testament d'un prisonnier de guerre
221 Du Mariage
222 De ce qui est établi, par rapport au Droit de Postliminie, par ses Traités, ou par la Coûtume

 

CHAPITRE XV

           Du Droit des Particuliers dans la Guerre

 

§.223 Les sujets ne peuvent commettre des hostilités sans ordre du Souverain
224 Cet ordre peut être général ou particulier
225 Source de la nécessité d'un pareil ordre
226 Pourquoi le Droit des Gens a dû adopter cette règle
227 A quoi se réduit l’ordre général de courrir sus
228 De ce que les particuliers peuvent entreprendre sur présomption de la volonté du Souverain
229 Des Armateurs
230 Des Volontaires
231 De ce que peuvent faire les soldats & les subalternes
232 Si l’Etat doit dédommager les sujets des pertes qu’ils ont souffertes par la Guerre

 

CHAPITRE XVI

           De diverses Conventions, qui se font dans le cours de la Guerre.

 

§.233 De la Trève & de la Suspension d'armes
234 Elle ne finit point la Guerre
235 La Trève en particulière, ou universelle
236 Trève générale & à longues années
237 Par qui ces Accords peuvent être conclus
238 Ils engagent la foi du Souverain
239 Quand la Trève commence à obliger
240 Publication de la Trève
241 Des actions des sujets contre la Trève
242 Violation de la Trève
243 Du cas où l’on est convenu d'une peine pour l’infracteur
244 Du tems de la Trève
245 Des effets de la Trève, de ce qui est permis, ou non, pendant sa durée. 1ère Règle : Chacun peut faire chez-soi ce qu’il a droit de faire en pleine paix
246 2ème Règle : on ne peut profiter de la Trève, pour faire ce que les hostilités ne laissoient pas le pouvoir d'éxécuter
247 Par exemple, continuer les travaux d'un siège, ou réparer les brèches
248 Ou faire entrer du sécours
249 Distinction d'un cas particulier
250 D'une Armée, qui se retire pendant une suspension d'armes
251 3ème Règle : Ne rien entreprendre dans les lieux disputés, mais y laisser toutes choses en état
252 Des lieux abandonnés par l’ennemi, & de ceux qu'il néglige de garder
253 On ne peut recevoir, pendant la Trève, les sujets qui veulent se révolter contre leur prince
254 Bien moins les inviter à la trahison
255 On ne peut saisir, pendant la Trève, les personnes ou les biens des ennemis
256 Du Droit de Postliminie pendant la Trève
257 On peut aller & venir pendant la Trève
258 De ceux qui sont retenus par un obstacle invincible, après l’expiration de la Trève
259 Des conditions particulières ajoûtées aux Trèves
260 A l’expiration de la Trève, la Guerre recommence, sans nouvelle déclaration
261 Des Capitulations, & par qui elles peuvent être concluës
262 Des Clauses qu’elles peuvent contenir
263 Observations des Capitulations & son utilité
264 Des promesses faites à l’ennemi par des particuliers


CHAPITRE XVII

           Des Saufconduits & Passeports, & Questions sur la Rançon des prisonniers de guerre.

 

§.265 Ce que c’est qu’un Saufconduit & un Passeport
266 De quelle Autorité il émane
267 Il ne peut se transporter d’une personne à l’autre
268 Etenduë de la sûreté promise
269 Comment il faut juger du droit que donne un Saufconduit
270 S’il comprend le bagage & les Domestiques
271 Le Saufconduit accordé au Père, ne comprend pas sa famille
272 D’un Saufconduit donné en général pour quelqu’un & sa suite
273 Du terme du Saufconduit
274 D’une personne retenuë au-delà du terme, par une force majeure
275 Le Saufconduit n’expire pas à la mort de celui qui l’a donné
276 Comment il peut être révoqué
277 D’un Saufconduit avec la clause, pour autant de tems qu’il nous plaira
278 Des conventions qui concernent le rachat des prisonniers
279 Le droit d’exiger une rançon peut se transférer
280 De ce qui peut annuler la Convention, faite pour le prix de la rançon
281 D’un prisonnier, mort avant que d’avoir payé sa rançon
282 D’un prisonnier relâché à condition d’en faire délivrer un autre
283 De celui qui est pris une seconde fois, avant qu’il ait payé sa prémière rançon
284 De celui qui est délivré, avant qu’il ait reçû la liberté
285 Si les choses que le prisonnier a pû conserver lui appartiennent
286 De celui qui est donné en ôtage, pour l’élargissement d'un prisonnier

 

 

CHAPITRE XVIII

           De la Guerre Civile.

 

§.287 Fondement des droits du Souverain contre les rebelles

288 Qui sont les rebelles
289 Emotion populaire, soulèvement, Sédition
290 Comment le Souverain doit les réprimer
291 Il doit tenir ce qu’il a promis aux rebelles
292 De la Guerre Civile
293 La Guerre Civile fait naître deux partis indépendans
294 Ils doivent observer les Loix communes de la Guerre
295 Distinction des effets de la Guerre Civile, suivant les cas
296 Conduite que doivent tenir les Nations étrangères

 

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