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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XVIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

    § 5. — Tendance abrutissante du système.


    Plus est parfaite la puissance d'association, plus est grande la tendance à l'égalité de condition résultant du développement des facultés intellectuelles, et, à ce résultat : la chaîne de la société est complète dans tous ses anneaux. Moins cette puissance est considérable, plus est grande la tendance à l'inégalité, résultant du développement de l'intelligence dans une seule portion de la société, et la substitution, dans une autre portion, de la force brutale à l'intelligence, et, à la réalisation de ce fait, le travailleur, devenu un pur instrument entre les mains de ceux qui veulent profiter de ses efforts. La simple force animale, voilà, nous dit-on, ce qu'il faut dans le système anglais ; et de là vient qu'il y a eu si peu de progrès dans le développement de la faculté artistique, tandis que, partout ailleurs sur le continent européen, on a vu cette faculté se développer si rapidement (9). La centralisation détruit la puissance intellectuelle ; car elle tend à obtenir le travail à bas prix au dehors et à l'intérieur, et à diminuer la possibilité d'acheter les produits qui demandent, pour être fabriqués, du goût et du talent. Le marché offert à ces denrées par l'Irlande, le Portugal, la Jamaïque ou l'Inde, ne représente pas le dixième de ce qu'il était il y a cinquante ans ; et, quelque restreint qu'il soit, il diminue chaque année, offrant ainsi une preuve concluante du désavantage du système (anglais), tout en laissant complètement de côté les considérations morales. Les difficultés que l'on déplore aujourd'hui dans les journaux anglais ne sont que le résultat nécessaire d'un système qui exige le travail à bas prix, travail qui n'est jamais que celui d'un esclave.

 

 

 


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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

CHAPITRE XVIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

    § 6. — La centralisation et la démoralisation marchent toujours de conserve.


    Plus la circulation du sang est rapide dans le corps humain, plus il y a de tendance à ce que chaque partie arrive à son complet développement, et plus l'action de l'ensemble est harmonieuse. Plus la circulation est languissante, plus le corps est exposé à la maladie et à la mort. Il en est de même à l'égard des corps sociaux. Le mouvement rapide de circulation en Grèce se révéla dans la création de nombreux centres locaux, et dans l'existence de l'esprit d'association appliqué à tous les buts utiles inconnus jusqu'alors ; mais lorsque, plus tard, Athènes s'établit comme centre unique d'un ensemble de villes soumises à sa domination, la rapidité du mouvement de circulation diminua, et bien que la grande cité devînt de jour en jour plus splendide, sa splendeur ne fit que témoigner le développement de la servitude, cause d'une maladie sociale qui devait aboutir à la mort.

    Dans les temps anciens, les îles Britanniques offraient aux regards de nombreux centres locaux, tels que Londres, Édimbourg et Dublin, sièges des Parlements de l'Angleterre, de l'Écosse et de l'Irlande, en même temps que des autorités locales, dans l'étendue des divers royaumes, dirigeaient les affaires des divers comtés entre lesquels ils se divisaient, et des villes et des bourgs nombreux répandus sur leur surface. Ces centres locaux ont disparu successivement ; depuis longtemps Édimbourg et Dublin ne sont plus que des villes de province, et les villes moins importantes ont vu la direction de leurs affaires passer peu à peu entre les mains des commissaires du gouvernement, dirigeant toutes les opérations locales, du sein du Parlement unique d'un royaume immobilisé.

    Cette législature centrale, étant chargée, ainsi qu'elle l'est d'abord, de la décision des questions qui affectent d'une façon vitale les intérêts de milliers d'individus dans l'Inde, puis d'autres questions d'une haute importance pour les populations du Canada, de l'Australie ou des îles Ioniennes, et enfin du règlement des hôtels garnis et du prix des courses de fiacre de Londres, ou de l'entretien des égouts des villes et villages dans toute l'étendue du royaume, il n'y a guère lieu d'être surpris qu'aujourd'hui la législation, ainsi qu'on nous l'apprend, « entraîne avec elle un labeur si pénible que beaucoup de personnes, parfaitement capables sous d'autres rapports de remplir leurs fonctions au sein du Parlement, ne peuvent ni ne veulent l'entreprendre (10). »

    Dans de telles circonstances, il arrive que le Parlement se trouve assiégé par des individus qui sollicitent un chemin de fer, ou d'autres privilèges, dont la concession ne peut s'obtenir qu'à l'aide d'une habileté et d'artifices consommés, grâce à la possession desquels des agents amassent aujourd'hui d'immenses fortunes ; de telle façon que le système des intermédiaires, qui suit constamment le déclin des centres locaux, s'étend ainsi aux affaires de législation. Jusqu'à ce jour, les dépenses préliminaires de la construction des chemins se sont élevées, dit-on, à plus de 100 millions de dollars (500 millions de francs), et l'on peut constater le résultat du système dans l'établissement de puissantes associations « versées dans tous les détours des salles de commissions, et possédant des fonds et des moyens d'influence suffisants pour tous les cas de contestation, qui les rendent pleinement maîtres des terres et des biens, des individus seulement respectables et paisibles et n'ayant que des moyens limités. Car, chercher dix-neuf individus sur vingt, pour s'opposer à une telle corporation dans les litiges si coûteux du Parlement, « c'est là, nous dit-on, une chose complètement inutile, la balance même du droit, ainsi que l'ajoute l'auteur, étant aussi réellement entravée que si dame Justice elle-même n'avait plus les yeux bandés et la faisait pencher suivant le salaire le plus considérable (11). »

    Taudis que l'Inde ou l'Irlande, le Canada ou l'Australie, obtiennent avec peine d'être entendus, les affaires strictement localcs sont presque entièrement négligées. Il arrive, conséquemment, que la direction des affaires du Pays passe peu à peu sous l'autorité des commissions qui sont créées chaque année, remplaçant les autorités locales qui géraient ces affaires antérieurement (12). La centralisation va croissant ainsi de toute part. Tout récemment on a proposé de faire du gouvernement une vaste compagnie d'assurances sur la vie, qui centraliserait entre ses mains toutes les propriétés administrées aujourd'hui par des compagnies de particuliers. Ceci ne serait qu'un pas nouveau dans la route que l'Angleterre parcourt depuis si longtemps. L'existence de ces compagnies, dans les vastes proportions où elles se développent aujourd'hui, est due entièrement à un système erroné, basé sur l'idée des matières premières et du travail à bas prix, système qui immobilise la terre, remplit les maisons de pauvres, et permet à quelques individus, possesseurs d'une grande richesse, de dominer assez les mouvements du trafic pour en écarter tous ceux dont les moyens pécuniaires sont médiocres et qui ne peuvent dépenser des milliards de livres sterling, dans leurs efforts pour anéantir la concurrence à l'intérieur et au dehors.

 

 

 


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CHAPITRE XVIII :

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    § 7. — L'Acte de Réforme n'a pas réalisé les espérances de ses partisans. Pour quels motifs il n'y a pas réussi.


    L'homme suit une marche constamment progressive, soit en avant, soit en arrière. Chaque pas fait vers la centralisation n'est que le prélude d'un pas nouveau et plus considérable ; et plus de progrès se sont accomplis en ce sens, dans les vingt dernières années qui viennent de s'écouler, qu'il n'en avait été fait dans le siècle précédent.

    On avait beaucoup espéré de la promulgation de l'Acte de Réforme, mais il n'a pas produit le bien qu'on devait en attendre ; et cela, par le motif que toute la politique nationale tend à agrandir le trafic aux dépens du commerce ; au lieu de placer « la franchise réelle entre les mains de la classe indépendante et la plus intelligente de la société, — la classe des artisans, — cette politique, dit M. Toulmin Smith, l'a placée entre les mains d'une classe qui, bien que par suite de l'erreur et de la folie les plus graves, est réellement et d'une façon toujours croissante, grâce à l'influence développée de la centralisation, la moins indépendante de toutes, à savoir, la classe des petits trafiquants et des boutiquiers en détail (13). »

    Le remède ayant échoué, un écrivain distingué nous apprend aujourd'hui que la constitution du Parlement doit être changée assez radicalement pour permettre au ministère, quant à présent, « d'être maître de la majorité » et d'éviter ainsi la nécessité de se livrer à des explications embarrassantes à la Chambre des Communes. « Un gouvernement fort, » à ce qu'on nous assure, est la seule chose nécessaire ; et pour qu'il puisse exister, il faut créer un certain nombre de sièges nouveaux qui seront occupés, non par le peuple, mais par ceux qui sont ou doivent être les serviteurs du peuple. On n'a encore rien vu jusqu'à ce jour qui indique aussi clairement le développement de la centralisation en Angleterre, que la publication de la brochure à laquelle nous faisons allusion en ce moment (14).

 

 

 

 

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CHAPITRE XVIII :

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    § 8. — Amoindrissement dans la puissance de se diriger soi-même au sein du peuple et de la société.


    « Plus un être est imparfait, dit Goethe, plus les parties individuelles dont il se compose se ressemblent l'une à l'autre, et plus ces parties ressemblent au tout. Plus un corps est parfait, plus les parties deviennent dissemblables. Dans le premier cas, les parties sont plus ou moins la répétition de l'ensemble, dans le second, elles en diffèrent complètement. » Jugée d'après ce critérium, la société anglaise devient de plus en plus imparfaite, puisque, d'année en année, elle arrive à n'être plus qu'une corporation de trafiquants, environnée de toute part d'individus qui travaillent pour un salaire. Le petit propriétaire terrien a disparu. Le petit capitaliste devient simple détenteur d'une rente annuelle. Le petit journal quotidien cède la place au gigantesque Times. La centralisation s'accroît constamment, et à chaque phase de son accroissement, les parties se ressemblent de plus en plus, et le tout ressemble davantage aux parties dont il se compose ; le trafic et le transport deviennent chaque année, de plus en plus, le but de toutes les aspirations d'un gouvernement dont la politique est a déterminée par la considération de ce qui est avantageux pour le moment, sans admettre l'examen préalable de cette question s'il y a eu réclamation du droit (15). »

    Plus l'organisation est élevée, — plus est parfait le développement des diverses facultés de l'homme, plus est complet le pouvoir de se gouverner soi-même. Cela est aussi vrai à l'égard des sociétés que nous le voyons à l'égard des individus. Plus est parfaite la puissance d'association et plus est complet le développement des facultés diverses des membres divers qui composent la société, plus est complet son pouvoir de contrôler sa propre action, et moins elle est soumise aux influences extérieures.

    En Angleterre, ainsi que nous le voyons, la puissance d'association décline, et le gouvernement local autonome tend à disparaître ; la centralisation tend à le remplacer avec certitude et rapidité. Aussi nous devons nécessairement remarquer une faiblesse constamment croissante, qui se révèle par le besoin croissant de modifier son système conformément aux exigences des antres nations. Le changement apporté dans les lois sur la navigation a été imposé à l'Angleterre, d'abord par la résistance des États-Unis, et plus tard par celle de la Prusse et des autres puissances.

    Il en a été de même en ce qui concerne la question de protection. Pendant soixante-dix ans, et même en se reportant jusqu'à 1819, les droits sur les manufactures étrangères avaient constamment augmenté. Cette année même, et pendant les cinq années postérieures, plusieurs des sociétés européennes adoptèrent des mesures tendant â la résistance, en même temps que pendant la dernière fut promulgué le premier tarif américain basé sur l'idée de rapprocher l'un de l'autre le fermier et l'artisan, et d'équilibrer ainsi les prix des matières premières et des produits fabriqués. C'est à cette cause qu'il faut attribuer le changement apporté dans les mesures inaugurées par M. Huskisson, en 1825 ; changement qui se proposait constamment l'accomplissement d'un but important et unique, celui d'obtenir à bas prix toutes les matières premières de la fabrication, le blé, le coton ou le travail. La résistance, suivie de succès, de la Russie, la formation du Zollverein allemand, et le tarif américain de 1842 produisirent le changement complet de système qui eut lieu en 1846. La même chose eut lieu relativement aux droits sur le sucre. Les nègres émancipés de la Jamaïque avaient été assurés de la protection contre le sucre fabriqué par les esclaves ; cependant le Brésil força de violer une convention qui avait été bien stipulée. La guerre de Crimée ne doit guère être considérée comme ayant été un acte volontaire de la part du gouvernement, pas plus que la paix faite récemment. Si nous tournons nos regards vers l'Inde, nous voyons que le gouvernement continue la plus injuste des guerres «  parce qu'il ne peut se permettre de laisser voir, même un seul moment, qu'on puisse mettre en doute que sa domination sur l'Inde repose sur la puissance du conquérant (16). »

    On dit cependant que la disparition des entraves imposées au commerce et le rappel des lois sur la navigation ont été la conséquence de l'amélioration des idées, et que ces mesures ont eu lieu par déférence pour l'esprit de progrès du siècle. S'il en était réellement ainsi, cet esprit se serait manifesté dans d'autres directions ; mais c'est ce qui n'a pas lieu, malheureusement. Il ne pouvait exister rien de plus injuste que l'impôt dont on a frappé toute la correspondance entre l'Amérique et le continent de l'Europe ; cependant on a persisté à le maintenir en dépit de toutes les remontrances. La population des Antilles a, depuis plusieurs années et infructueusement, pétitionné pour obtenir une modification dans les droits, qui lui permît de raffiner elle-même son sucre. Les colonies anglaises du Continent, et tout récemment celles de l'Amérique, décidèrent d'établir entr'elles ure réciprocité parfaite, en abolissant tous droits sur leurs produits respectifs ; et en agissant de la sorte, elles ne voulaient que mettre pleinement en pratique les idées produites avec tant d'insistance auprès du Gouvernement des États-Unis, relativement au traité de réciprocité — c'est ainsi qu'on l'appelait — qui venait alors d'être conclu avec le Canada. Cependant lorsqu'on eut soumis la question à l'examen du Gouvernement anglais, la réponse fut que le Gouvernement de Sa Majesté avait la confiance « qu'on ne lui demanderait pas de soumettre à son approbation royale des actes on des ordonnances mettant en pratique des mesures d'une nature semblable, ce qui serait incompatible avec le système impérial du libre échange (17) ! »

    Le peuple espagnol se trouve considérablement lésé par remploi que l'on fait de Gibraltar comme entrepôt de contrebande ; cependant on ne manifeste aucune disposition à rien changer à cet égard ; bien qu'à l'époque où Gibraltar fut cédé, l'une des stipulations du traité portât qu'il ne servirait jamais à une semblable destination. C'est ainsi que le commerce espagnol se trouve sacrifié au traité anglais.

    Le peuple chinois étant contraint, en dépit de toute opposition de la part de son gouvernement, de recevoir annuellement une quantité d'opium d'une valeur de 15 à 20 millions de dollars, on en peut constater le résultat, dans une intempérance croissante, dans une énorme mortalité, et dans une tendance à une résolution de la société chinoise en ses éléments primitifs qui sera suivie d'une anarchie générale ; cependant on retient Hong-Kong comme un appendice nécessaire à l'empire indien, parceque « l'intérêt exige que l'on mette en pratique des mesures complètement injustifiables sur la base du droit. » Telle étant la marche adoptée vis-à-vis des sociétés plus faibles du globe, l'adoption de toute autre, à l'égard de celles qui sont plus fortes, ne peut être attribuée qu'à la diminution du pouvoir de suivre celle qui, depuis si longtemps, a été mise en pratique.

 

 

 


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    § 9. — Toute mesure qui tend à produire une interruption dans le mouvement sociétaire au dehors, tend également à produire un effet identique à l'intérieur.


    L'action et la réaction sont égales et opposées l'une à l'autre ; la balle qui en arrête une autre dans sa course se trouve retardée, sinon complètement arrêtée, dans son propre mouvement vers le point où elle avait été dirigée. Il en est de même à l'égard des Sociétés. Tout mouvement de la France qui tend à arrêter la circulation de l'Allemagne et de l'Italie tend également à produire le même effet a l'intérieur ; et les Français souffrent, lorsque les armées de la France détruisent le commerce de ses voisins. Il en est de même à l'égard de l'Angleterre, relativement à l'Irlande, à l'Inde, aux Antilles, à l'Espagne et à tous les autres pays. Les intérêts réels de toute société doivent être favorisés par l'adoption de mesures tendant à produire l'accroissement du commerce au sein de chacune d'elles et par ce moyen, accroissant la valeur de l'homme, diminuant la valeur de toutes les denrées nécessaires à ses besoins, facilitant le développement de l'intelligence, et permettant ainsi, de plus en plus, aux individus d'associer leurs efforts à ceux de leurs voisins, pour conquérir sur la nature ce pouvoir qui constitue la richesse ; et conséquemment c'est alors qu'on verrait un intérêt personnel éclairé pousser tous les hommes à apporter, dans le maniement des affaires publiques, le même esprit qui devrait animer tout chrétien dans ses rapports avec ses semblables.

    Tel n'a pas été, et très malheureusement, l'esprit dans lequel a été dirigée la politique anglaise. Purement égoïste elle a cherché à anéantir partout le commerce, et à lui substituer partout le trafic ; par ce moyen, diminuant la valeur de l'homme, augmentant la valeur de toutes les denrées dont il avait besoin pour ses desseins, arrêtant le développement de son intelligence, l'empêchant d'obtenir le pouvoir sur les forces de la nature, et le maintenant ainsi dans cet état de pauvreté qui en fait un simple instrument entre les mains du soldat et du trafiquant. C'est pour accomplir ces desseins que le monde entier a été entouré d'une ceinture de colonies, que des alliances ont été conclues et brisées, que des milliards de liv. sterl. ont été dépensés en guerres ruineuses (18), que des milliards d'existences humaines ont été sacrifiés ; et le résultat peut se constater dans ce fait, qu'aujourd'hui elle reste seule debout sur les ruines, qu'elle a faites elle-même.

    Comme elle a arrêté le mouvement de la Société en Portugal, son ancien et fidèle allié, lui est maintenant à charge et devient inutile même pour les besoins du trafic anglais. Il en est de même à l'égard de la Turquie et des Indes orientales et occidentales qui toutes deux sont des sources d'inquiétude et non de profit. Si nous nous rapprochons de l'Angleterre elle-même, l'Irlande — pays qui possède en abondance tous les éléments de richesse — offre aux regards, et pour la première fois dans l'histoire, une nation qui peu à peu disparaît de la surface du globe au sein de la paix la plus profonde. Si nous jetons les regards sur l'Écosse, nous y voyons la terre immobilisée et ceux qui l'occupaient partout expulsés pour faire place aux moutons, tandis que pour ainsi dire des millions d'individus aux alentours sont constamment en danger de mourir de faim (19). Si nous passons de la campagne à cette immense cité commerciale de Glasgow, nous y rencontrons les individus qui ont été expulsés, vivant dans un état de misère complète qui n'a pas été surpassé même en Irlande (20). Arrivés dans l'Angleterre même nous trouvons une métropole qui a pris un développement excessif et une grande ville de commerce, et c'est entre ces divers points que l'on constate presque toute la circulation de l'empire. Telles sont les conséquences funestes d'un trafic mal entendu toujours faisant la guerre et épuisant le pays, et se substituant au commerce toujours pacifique et fortifiant.

 

 



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    § 10. — Alliance constante de la guerre et du trafic.


    Adoptant pour sa devise : «  Navigation, colonies et commerce, » l'Angleterre a glorifié la première et a, conséquemment, cherché à augmenter partout les obstacles qui pouvaient arrêter son propre progrès et celui de l'univers. Pour augmenter le nombre de ses navires, elle avait besoin de colonies, et, pour avoir des colonies, elle s'est engagée dans des guerres presque incessantes (21). Dans le but de trouver de l'emploi pour ses navires, elle s'est faite entrepreneuse pour fournir aux Espagnols des esclaves nègres ; et, afin de pouvoir se procurer des esclaves, elle a suscité des guerres dans toutes les parties de l'Afrique. A mesure que le Portugal, la Turquie et l'Irlande se sont de plus en plus appauvries et épuisées, elle est devenue de plus en plus dépendante de l'Inde ; et à mesure que l'Inde s'est épuisée, il est devenu plus nécessaire de dépeupler la Chine à l'aide de l'opium, et de là la guerre de l'opium. A mesure que ses plus anciennes possessions dans l'Inde s'appauvrirent, on obtint plus facilement des troupes pour porter la guerre dans le Scind, l'Afghanistan, le Punjab et le pays des Birmans. Lorsque la Jamaïque tomba en décadence, on établit le trafic des coolies. Le trafic et la guerre marchent ainsi toujours de compagnie, toujours épuisant les premiers théâtres de leur activité et toujours contraints d'en chercher de nouveaux, en même temps qu'il y a constant accroissement dans la nécessité d'effectuer les changements de lieu, et déclin constant dans la condition de l'individu, tandis que le commerce tend sans cesse à diminuer cette nécessité en hâtant constamment le progrès dans cette condition même.

    Dans le monde physique, aussi bien que dans le monde social, la centralisation détruit la puissance du mouvement. Annihilez l'attraction locale des planètes, et l'éclat du soleil augmenterait momentanément ; mais cet éclat serait le précurseur de la ruine et de la destruction complète de l'individualité du soleil lui-même ; et il doit en être exactement de même dans les affaires des nations. Que la centralisation se développe avec l'extension de l'empire, c'est là un fait prouvé par tous les chapitres de l'histoire du monde ; et c'est donc avec beaucoup de justesse que l'un des plus grands écrivains de l'Angleterre a dit « qu'un vaste empire, semblable à l'or étendu, échange sa force de résistance contre un faible éclat. » la centralisation amenant à sa suite la dépopulation, l'esclavage et la mort, et donnant lieu au besoin d'inventer une théorie de l'excès de population, qui permette aux riches et aux puissants de se consoler par cette croyance, que la pauvreté et la misère dont ils se trouvent entourés doivent être attribuées à la bévue d'un Créateur qui n'est que sagesse, miséricorde et puissance.

 

 

 

 

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Notes de bas de page

 

 

1  « L'évolution du progrès s'empare maintenant d'une autre classe, la plus stationnaire qui existe en Angleterre. Un mouvement prodigieux d'émigration a fait invasion parmi les petits fermiers anglais, particulièrement ceux qui possèdent des terrains gras et argileux, lesquels envisageant une perspective fâcheuse pour la moisson future, et manquant d'un capital suffisant pour opérer sur leurs fermes les grandes améliorations qui leur permettraient de payer leurs anciens fermages, n'ont d'autre alternative que de traverser la mer pour chercher un nouveau pays et de nouvelles terres. Je ne parle pas en ce moment de l'émigration amenée par la manie de l'or, mais seulement de l'émigration forcée, produite par le landlordisme, la concentration des fermes, l'application des machines au sol et l'introduction du système moderne d'agriculture sur une grande échelle. » (Correspondance de la Tribune de New-York.)         Retour

2  COBDEN. Qu'arrivera-t-il après? et après ?
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3  « Les paysans de nos villages sont repoussés sans cesse d'un cottage à l'autre, ou expulsés de leurs cabanes, condamnés à manquer d'un toit quelconque, aussi couramment et avec aussi peu de souci de leurs goûts ou de leur bien-être personnel, que si nous faisions changer de place nos cochons, nos vaches et nos chevaux pour les faire passer d'une étable ou d'un hangar dans un autre. Sils ne peuvent avoir une maison dont le toit abrite leurs têtes, ils se rendent à l'Union et sont répartis, l'homme d'un côté ; la femme de l'autre, et les enfants ailleurs encore. C'est là une affaire réglée. Nos paysans supportent un pareil sort, ou, s'ils ne le peuvent supporter, ils meurent, et c'est chose terminée (de ce côté du tombeau), bien que nous laissions à imaginer à un catholique anglais comment les choses se passeront au grand jour où se rendront les comptes. Nous voulons dire seulement qu'en Angleterre l'oeuvre a été accomplie ; les cottagers ont été exterminés, les petites propriétés abolies, le procédé d'éviction est devenu superflu ; la parole du landlord est passée à l'état de loi, le refuge des mécontents réduit à une maison de travail, et tout cela sans qu'on ait entendu parler d'un coup de fusil, d'un coup de bâton, ou d'un projectile quelconque lancé contre quelqu'un. » (London Times.)
    « Le caractère misérable des maisons de nos paysans, par lui-même et indépendamment des causes qui ont rendu les maisons si misérables, est dégradant et démoralise les pauvres de nos districts d'une manière effrayante. Il provoque l'accroissement maladif et anormal de la population. Les jeunes paysans, dès leurs plus tendres années, sont accoutumés à dormir dans des chambres à coucher où se trouvent des individus des deux sexes, des individus mariés et non mariés. Ils perdent, conséquemment, tout sentiment de ce qu'il y a d'indélicat dans un pareil genre de vie. Ils savent aussi qu'ils ne gagnent rien à différer leurs mariages et à faire des épargnes ; ils savent qu'il leur est impossible, en agissant ainsi, de se procurer des demeures plus confortables, et que, la plupart du temps, ils doivent attendre de longues années avant de pouvoir obtenir une demeure séparée quelconque. Ils comprennent qu'en différant leurs mariages pendant 10 ou 15 ans, ils seront, au bout de ce temps, précisément dans la même position qu'auparavant et qu'ils n'en seront pas mieux pour avoir attendu. Ayant donc perdu tout espoir d'amélioration dans leur position sociale, et tout sentiment de ce qu'il y a d'indélicat à prendre femme chez soi, dans une chambre à coucher déjà occupée par des parents, des frères et des soeurs, ils se marient de bonne heure, souvent, sinon en général, avant 20 ans, et il n'est pas rare qu'ils occupent, dans les commencements de leur mariage, un lit de plus dans la chambre à coucher déjà encombrée de leurs parents. C'est ainsi que se trouve détruit le sentiment de moralité chez les paysans. Cette population ainsi dégradée s'accroit d'une façon anormale, et ses moyens de subsistance sont diminués par la concurrence croissante du nombre croissant d'individus. » (KAY. Condition sociale de l'Europe, tom. I, p. 472.)
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4  Voy. plus haut un extrait de North British Review, ch. IX, note des pages 272-273.
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5  LALOR, l'Argent et les moeurs.
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6   « Une grève considérable de mineurs vient de se terminer en Écosse, les individus ayant cédé après d'horribles souffrances et retournant à leurs travaux la rage dans le coeur. Belles relations humaines, belles relations entre l'homme et son semblable ! Une défiance réciproque, telle est l'attitude ordinaire du chef d'industrie et de l'ouvrier dans ces routes que nous parcourons, particulièrement en Écosse, où le sentiment de l'indépendance personnelle est plus prononcé et plus vif qu'il ne l'est ici. La haute prospérité des grands manufacturiers écossais est l'un des traits les plus caractéristiques de notre époque. Les maîtres de forges achètent des terres en tout lieu, depuis le Tweed jusqu'aux Orcades, rasant ces vieilles maisons charmantes qui ont produit tant d'hommes éminents, — oui, et qui les ont aussi envoyés en Amérique, — comme votre James Buchanan est là pour l'attester et comme l'atteste aussi le juge Haliburton au Canada. Une famille de maîtres de forges, celle des Baird, a acheté le Closeburn des Kirkpatrick, le Stitchell des Pringle, et autres résidences célèbres. C'est l'âge de fer dans toute l'acception du mot. Mais comment se fait-il que l'ouvrier qui produit toute cette grandeur vive si mal ? Ce peut être une très-belle chose de voir un M. Mac Buggins dépasser en richesse un Graham ou un Lindsay, être le flatteur servile d'un Buccleuch et jurer un peu, en pur Écossais, en présence des dames dans un salon. Mais que devient le pauvre M. B..., le visage tout barbouillé, triste, couvert de sueur, avec sa petite famille, à peine nourrie, grandissant comme des païens dans la terre de Knox ? Je voudrais que l'on fit quelque chose pour lui avant qu'il essayât de commettre quelque acte irrégulier dans son intérêt. » (Correspondance de la Tribune de New-York. Juin 1856.)
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7  KAY, Condition sociale de l'Angleterre et de l'Europe, tom. 1, p. 70.
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Ibid., p. 359.
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9  « Nous essayons continuellement de séparer l'ouvrier et l'ouvrage. Nous aimons qu'un individu pense et qu'un autre agisse ; mais, en réalité, les deux ne fleuriront jamais isolément ; la pensée doit diriger l'action, et l'action doit stimuler la pensée, ou bien la masse de la société restera toujours composée ainsi qu'elle l'est aujourd'hui, de penseurs maladifs et d'ouvriers misérables. Ce n'est que par le travail que la pensée peut devenir vigoureuse, et ce n'est que par la pensée que le travail peut devenir heureux. » (North British Review. Voy. plus haut la note de la p. 239 du texte, chapitre IX.)
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10  Nos législateurs sont obligés de passer la moitié de leur temps à débrouiller les mystères de la Compagnie du Dock de Puddle contre Jenkins, relativement à l'extrémité supérieure d'un champ d'une contenance de deux acres, à découvrir les commentaires qui les égareraient, relativement au détour d'une route, à la hauteur d'un pont, ou la chute d'eau relative à un drainage ; et alors il nous faut attendre qu'ils s'occupent immédiatement de prendre des décisions équitables sur notre administration coloniale, sur le gouvernement de l'Inde, sur la conservation de nos principes constitutionnels, ou la politique générale de l'Europe. » (Westminster Review. 1854. Article Réforme constitutionnelle.)
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11  Westminster Review. Janvier 1854.
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12  « La terre de vingt voisins a besoin d'un drainage commun ou d'une route commune. Rien ne peut faire opérer cette amélioration qu'un acte du Parlement qu'il faut obtenir à grands frais, et à trois cents milles du lieu où elle doit s'effectuer. Conséquemment, l'amélioration n'a jamais lieu ; la pensée même en est repoussée comme un songe ; c'est alors qu'arrivent les centralisateurs et les doctrinaires, armés de toutes sortes de blâmes contre les autorités locales et les propriétaires locaux, pour leur manque de connaissance et d'intérêt en de pareilles matières ; immédiatement une grande section de l'administration de la métropole est mise en action pour fournir, — c'est-à-dire pour soustraire artificiellement — aux provinces l'énergie que le système parlementaire lui-même a comprimée à sa source naturelle. De là résultent des dissidences, entre le sentiment des provinces et les ordres venus de la métropole, et un nouvel amoindrissement de tout l'intérêt qu'on éprouvait antérieurement pour le sujet en question. C'est ainsi qu'agissant tour à tour comme cause et comme effet, une bureaucratie compacte tend constamment à se consolider de plus en plus ; et, sans certaines causes qui sont, jusqu'à ce jour, trop fortes pour qu'elle puisse en triompher, nous serions entraînés bientôt sur la pente du système funeste de paralysation de l'Autriche et de la France, malgré toute réforme purement électorale. » (Ibid.)
    « C'est là le plus grand péril de la société anglaise ; le mal est loin d'être aussi grand que chez les nations du continent ; mais l'Angleterre est déjà sur la pente fatale. Il est temps, pour ses hommes d'État, de reconnaître que le désir universel et immodéré des emplois publics est la pire des maladies sociales. Elle répand dans tout le corps de la nation une humeur vénale et servile, qui n'exclut nullement, même chez les mieux pourvus, l'esprit de faction et d'anarchie. Elle crée une foule de gens affamés capables de toutes les fureurs, pour satisfaire leur appétit, et propres à toutes les bassesses dès qu'ils sont rassasiés. Un peuple de solliciteurs est le dernier des peuples : il n'y a pas d'ignominie par où on ne puisse le faire passer. » (MONTALEMBERT. De l'avenir politique de l'Angleterre, cité dans le Blackwood's Magazine. Mai 1856.)
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13  Le Gouvernement local autonome.
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14  W.-R. GREG. Le moyen de sortir d'embarras. Londres, 1855.
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15   « Le gouvernement anglais est tyrannique et porté à empiéter sans cesse partout où il est fort, ainsi qu'il l'est en Asie et dans les colonies, mais souple et complaisant pour les tyrans en Europe, partout où il est faible. Ceux qui ont défendu l'ouverture des lettres de Mazzini par sir James Graham, ne nous convaincront jamais que le cabinet anglais prenait soin des intérêts anglais. On n'a jamais réfuté cette opinion, qu'on avait agi ainsi pour complaire aux odieux gouvernements de Naples et d'Autriche, et que cette conduite causa la mort des frères Bandiera. Lorsque l'Autriche, en 1846, fit invasion dans la république de Cracovie,— république établie et garantie par le traité de Vienne,— et la subjugua, lord Palmerston refusa même de protester contre un pareil acte ; et, depuis, il a continué de bavarder sur le caractère sacré de ce traité, aussi souvent qu'il convient aux puissances despotiques liguées contre les libertés des nations. Ce qu'il faut entendre par «  protection » s'est révélé une fois de plus. Mais qu'est-ce que cela, comparé à notre destruction des libertés du Portugal en 1847, lorsque John Russel était aussi premier ministre ? Il ne tint pas plus de compte du droit à l'égard du Portugal, qu'on ne l'avait fait dix ans auparavant à l'égard du Canada. La question unique fut de savoir s'il nous convenait qu'une révolution juste réussit en Portugal, et la réponse fut négative. Car le royaume de Sardaigne est en voie de réforme. La Suisse est agitée par des mouvements intérieurs ; la Prusse ayant enfin obtenu un parlement pousse ses avantages contre le roi ; bien plus, il y a à Rome un Pape réformateur, et si la révolution réussit en Portugal, l'exemple sera suivi en maint autre lieu : conséquemment, juste ou non, il faut l'étouffer. » (Westminster Review. Juillet 1855. Article : De d'immoralité internationale.)
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16   « Extrait des dépêches de lord Dalhousie, du 12 février 1852 :
    «  La puissance britannique dans l'Inde ne peut songer impunément à montrer, même momentanément, une apparence d'infériorité. Lorsque je répugnerais à croire que notre empire dans l'Inde n'a de stabilité que par l'épée, il est inutile de mettre en doute que notre domination doit surtout s'appuyer sur la puissance du conquérant et doit être maintenue par elle. Le gouvernement de l'Inde ne peut, d'une manière compatible avec sa propre sûreté, apparaître un seul jour dans une attitude d'infériorité, ou espérer de maintenir la paix ou la soumission parmi les princes et les populations innombrables répandus sur l'immense circonscription de l'empire, si pendant un seul jour il laisse mettre en doute la supériorité absolue de ses armes et de sa résolution continue de la soutenir. (Livre-Bleu présenté au Parlement le 4 juin 1852, p. 66, cité dans le Westminster Review, de juillet 1855, p. 35.)
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17  Dépêche de Sir William Molesworth au gouverneur des îles Barbades.
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18  « Tout rocher dans l'Océan où peut se percher un cormoran est occupé par des troupes anglaises et possède un gouverneur, un vice-gouverneur, un garde-magasin et un garde-magasin adjoint et possédera bientôt un archidiacre et un évêque, des collèges militaires pourvus de 34 professeurs, chargés de l'éducation de 17 enseignes par an, ce qui fait une moitié d'enseigne par professeur ; et, en outre, toute espèce d'absurdité... Une guerre juste et nécessaire coûte à ce pays (l'Angleterre), à peu près cent mille livres par minute ; un fouet, quinze mille livres, et un ruban sept mille livres ; le galon pour les tambours et les fifres, neuf mille livres ; une pension pour un individu qui s'est fait casser la tête sous le pôle,— pour un autre qui a eu la jambe cassée sous l'équateur ; des subsides à allouer à la Perse, des fonds secrets pour le Thibet ; une rente annuelle à lady n'importe qui et à ses sept filles, dont le mari a été blessé en quelque lieu où nous ne devons jamais avoir eu de soldats le moins du monde, et le frère aîné renvoyant quatre autres frères au Parlement ; un tel tableau de folie, de corruption et de prodigalité doit paralyser l'activité et détruire la fortune du peuple le plus industrieux et le plus courageux qui ait jamais existé. »(Sidney SMITH.)
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19  « Une enquête récente a fait découvrir que, même dans les districts autrefois renommés pour les beaux hommes et les vaillants soldats, les habitants ont dégénéré et n'offrent plus qu'une race chétive et rabougrie. Dans les sites les plus salubres, sur le flanc des collines faisant face à la mer, leurs enfants affamés offrent aux regards des visages aussi maigres et aussi pâles que ceux qu'on pourrait rencontrer dans l'atmosphère malsaine d'une allée de Londres. Des tableaux encore plus déplorables se présentent dans les hautes terres de l'Ouest, principalement sur les côtes et dans les îles adjacentes. Il s'est rassemblé là une population considérable, si mal pourvue de moyens quelconques de subsistance, que pendant une partie de presque chaque année, 45 000 à 80 000 individus se trouvent réduits à l'indigence et ne peuvent compter absolument que sur la charité. Un grand nombre des chefs de famille occupent des clos attenant à des maisons d'une étendue de 4 à 7 acres ; mais sur ces clos, malgré leur petite contenance et l'extrême stérilité du sol, résident souvent 2, 3 et quelquefois même 4 familles. Naturellement ils vivent de la façon la plus misérable. Les pommes de terre forment la nourriture habituelle ; car le gruau d'avoine, est considéré comme un aliment de luxe qu'il faut réserver pour les beaux jours et les jours de fête ; mais la récolte des pommes de terre mêmes est insuffisante. La provision de l'année est généralement épuisée avant que la récolte suivante soit parvenue à maturité, et les pauvres se trouvent alors dans une situation tout à fait désespérée ; car la loi sur les pauvres est une lettre morte dans le Nord de l'Écosse, et l'absence d'une provision légale pour les individus nécessiteux, n'est qu'imparfaitement suppléée par les cotisations volontaires des propriétaires du sol. » (THORNTON. L'excès de population et son remède, p. 74-76.)
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20  « Les ruelles de Glasgow comprennent une population flottante de 15 000 à 30 000 individus. Ce quartier consiste en un labyrinthe d'allées parmi lesquelles des entrées innombrables conduisent à de petites cours carrées, renfermant un tas de fumier dont la vapeur s'élève au milieu. Quelque révoltant que fût l'aspect extérieur de ces lieux, je n'étais guère préparé à la malpropreté et à l'état misérable de l'intérieur. Dans quelques-uns de ces hôtels garnis (que nous avons visités la nuit) nous trouvâmes un repaire complet d'êtres humains couchés en désordre sur le parquet souvent au nombre de 15 ou 20 ; quelques-uns habillés et d'autres nus ; hommes, femmes et enfants confondus pêle-mêle. Leur lit consistait en une couche de paille moisie mêlée à des chiffons. Il n'y avait généralement que peu, ou point de meubles dans ces habitations ; le seul article de bien-être était le combustible. Le vol et la prostitution forment les principales ressources du revenu de cette population. Il ne parait pas qu'on prenne aucun souci de nettoyer ce pandemonium semblable aux étables d'Augias, ce foyer de crime, de saleté et de contagion, qui existe au centre de la seconde ville de l'Empire. » (SYMONDS. Rapport sur les tisserands travaillant au métier à la main.)
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21  L'histoire des colonies pendant un grand nombre d'années est celle d'une série de pertes et de la destruction du capital ; et si, aux nombreux millions formant le capital privé, qui ont été ainsi gaspillés, nous ajoutions plusieurs centaines de millions, produits des taxes perçues en Angleterre et dépensés à propos des colonies, la perte totale de richesse que les colonies ont occasionnée à la nation anglaise paraîtrait tout à fait exorbitante. (PARNELL.)
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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIX :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

    § 1. — Phénomènes divers qui accompagnent le progrès de la civilisation et le développement de la barbarie.


    A l'aide de l'association avec ses semblables, l'homme obtient le pouvoir sur la nature ; il substitue à l'action de ses bras la vapeur, l'électricité et les autres forces, et il abandonne la culture des sols ingrats des terrains élevés pour les sols riches des terrains d'alluvion, en même temps qu'il obtient un accroissement constant dans la facilité de se procurer les subsistances, les vêtements et l'abri nécessaires pour sa nourriture et l'entretien de son existence.

    Pour mettre les hommes à même de s'associer et de combiner leurs efforts, il faut qu'il y ait diversité dans les modes de travail, diversité qui développe les facultés variées des individus, qui les rend propres à l'association, et qui produit cette richesse d'intelligence à l'aide de laquelle ils peuvent appliquer ces forces à leur service. Le commerce s'accroît avec le développement de l'intelligence et l'augmentation de la richesse. Plus l'accroissement du commerce est rapide, plus il y a tendance à ce que la matière revête les formes sous lesquelles elle est le mieux appropriée aux besoins de l'homme ; plus est régulière et abondante la quantité des subsistances et des moyens de se vêtir, plus se prolonge la durée de la vie et plus est continu et régulier le mouvement de la société ; et plus est considérable la tendance à l'amoindrissement du pouvoir de ceux qui vivent du trafic et du transport des denrées, et à l'accroissement de la liberté humaine.

    Tels sont les faits observés en tout pays d'une civilisation avancée.

    Si nous considérons ensuite ceux où la barbarie fait des progrès, nous trouvons que tous les faits sont directement opposés ; la puissance d'association décline avec la diversité décroissante des travaux ; les individus se bornent de plus en plus à l'unique occupation d'effleurer la surface du sol pour y chercher leur nourriture ; les terrains riches sont depuis longtemps abandonnés, les subsistances deviennent plus rares, les famines et les pestes plus fréquentes, le commerce décline, le trafic devient de plus en plus l'arbitre du sort des malheureux cultivateurs, la population diminue, la chaîne de la société perd de jour en jour quelqu'un des chaînons qui la relient, et la société elle-même tend de plus en plus à revêtir une forme semblable à celle qu'on trouve aujourd'hui parmi les peuplades sauvages, qui souffrent le plus du mal de l'excès de population.

 

 

 


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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIX :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

    § 2. — Dans les pays en progrès, la taxe du transport diminue. Dans les pays en décadence, elle augmente aussi invariablement.


    Dans le premier cas que nous avons retracé, la taxe résultant du transport diminue constamment, en même temps qu'il y a augmentation constante dans l'utilité des produits grossiers de la terre, et diminution également constante dans la valeur des denrées nécessaires pour les besoins de l'homme. Dans le dernier cas, cette taxe augmente aussi régulièrement, en même temps qu'il y a diminution constante de la matière première, et augmentation dans la valeur des subsistances, des moyens de se vêtir et autres produits nécessaires à la vie.

    Dans le premier cas, la terre est de plus en plus divisée, et, en même temps, il y a tendance croissante à sa culture par l'individu qui la possède et à la création de centres locaux, création qui facilite l'association des individus avec leurs semblables et augmente la demande de leurs diverses facultés. Dans le dernier cas, la terre s'immobilise de plus en plus, en même temps qu'il y a tendance croissante à ce que le travail de la culture s'accomplisse à l'aide d'ouvriers salariés ; tendance à la création d'un corps de propriétaires qui ne résident pas (absentees), à la disparition des centres locaux et à l'établissement d'un centre unique d'action ; ce qui diminue ainsi les facilités de l'association et diminue la demande de l'application de la puissance intellectuelle.

    Dans le premier cas, les prix, ou les valeurs en numéraire des produits grossiers de la terre et ceux des produits achevés, tendent constamment à s'équilibrer de plus en plus, en même temps qu'il y a constante augmentation dans la puissance productive du travail et dans la part proportionnelle du travailleur sur l'augmentation du produit, et diminution constante dans la part restante pour les individus qui se placent entre ceux qui produisent et ceux qui ont besoin de consommer. Dans le dernier, ces prix tendent à s'éloigner l'un de l'autre, en même temps qu'il y a diminution, et dans la puissance productive, et dans la part du travailleur sur 4e produit diminué.

    Dans le premier cas, le travail actuel obtient un accroissement constant de pouvoir sur les accumulations du passé. Dans le dernier, les accumulations du passé obtiennent un pouvoir plus grand sur le travail actuel.

    Dans le premier cas, les forces de la nature se concentrent dans l'homme, dont la valeur augmente d'année en année, et qui, de jour en jour, devient plus libre. Dans le dernier, la nature acquiert du pouvoir sur l'homme, dont la valeur diminue chaque jour à mesure qu'il devient de plus en plus asservi.

    Dans le premier cas, la circulation est rapide, en même temps qu'il y a tendance constante à ce que la société revête la forme où la force et la beauté se combinent le plus parfaitement, celle d'un cône ou d'une pyramide. Dans le dernier, la circulation devient de jour en jour plus languissante, et la société tend à revêtir la forme la moins compatible avec la force et la beauté, celle d'une pyramide renversée.

 

 

 

 

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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIX :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

    § 3. — Phénomènes sociaux qui se manifestent dans les histoires de la Grèce, de l'talie, de l'Angleterre, de la Turquie, du Portugal et des colonies anglaises.


    Si nous portons nos regards vers la Grèce au temps de Solon, nous y observons la première catégorie de phénomènes que nous avons décrits plus haut, à savoir : une rapide circulation dans le mouvement de la société, accompagnée de la division de la terre, de la création de centres locaux, d'un accroissement constant de la puissance d'association, d'un développement prodigieux de la puissance intellectuelle et de l'affranchissement de l'individu. Si nous la considérons ensuite à l'époque de Périclès et de ses successeurs, nous voyons la circulation devenir plus languissante, la terre s'immobiliser, les centres locaux diminuer d'importance, en même temps qu'une grande ville centrale s'élève sur leurs ruines, que la demande des facultés intellectuelles diminue, que le paupérisme s'accroit d'année en année, entraînant la nécessité de la colonisation, et réduit de nouveau à l'asservissement les citoyens libres.

    Puis, jetant encore les yeux sur l'Italie, à l'époque où la Campanie nourrissait les habitants de ses nombreuses cités, nous voyons se reproduire les faits qui ont eu lieu dans l'ancienne Grèce. Si nous étudions l'Italie à l'époque de Pompée et de César, nous constatons que la propriété de la terre s'est partout immobilisée, et que ses possesseurs sont devenus des propriétaires absents (1), fixant leur résidence dans une grande ville remplie de pauvres et possédée par des individus trafiquant sur les hommes et l'argent ; nous constatons encore que l'importance des centres locaux a diminué à tel point, qu'ils deviennent presque inconnus dans l'histoire ; que le mouvement de la circulation de la société a cessé ; que la demande des facultés intellectuelles a été remplacée par celle de la simple force brutale pour être employée à étendre la sphère d'opérations, remplaçant ainsi l'Italie et la Sicile, déjà épuisées, par les champs, jusqu'à ce jour intacts, qu'offrent au pillage l'Asie et l'Afrique.

    Si nous considérons ensuite les îles Britanniques, nous voyons pendant une longue suite de siècles des faits semblables à ceux que nous avons observés dans la Grèce et l'Italie anciennes, le mouvement de la circulation de la société augmentant avec l'accroissement progressif dans la variété des travaux, les centres locaux croissant en nombre et en importance, la terre se partageant de plus en plus, la puissance d'association augmentant constamment et l'homme devenant partout plus libre.

    Si de là nous portons nos regards sur l'empire britannique de nos jours, nous voyons la propriété foncière s'immobilisant de plus en plus, ses possesseurs s'adonnant de plus en plus, pour ainsi dire, à l'absentéisme, et ses villes de plus en plus encombrées de pauvres et devenant la propriété des trafiquants d'hommes et d'argent, en même temps que partout, diminue l'importance des centres locaux, que partout le mouvement de circulation de la société devient plus languissant ; que partout on demande ces additions à la population, qui consistent dans la simple force brutale nécessaire pour servir les desseins des individus qui vivent de l'application de leur pouvoir d'appropriation ; et que chaque jour révèle une nécessité croissante de conquérir de nouveaux champs d'opération pour remplacer le Portugal ruiné, la Turquie presque anéantie, l'Irlande épuisée, et les Indes-Orientales et l'Amérique aujourd'hui agonisantes.

    Dans tous les cas de civilisation en progrès, que nous avons déjà livrés à l'examen du lecteur, les faits ont été identiques. Dans tous ceux de civilisation en déclin les preuves de ce déclin même sont exactement semblables. Dans tous, on voit l'absentéisme et l'excès de population croissant dans une proportion exacte et réciproque. Dans tous, les accumulations du passé acquièrent un empire plus considérable sur les travaux du présent (2). Dans tous, la proportion des membres de la société engagés dans l'oeuvre de simple appropriation, est constamment croissante. Dans tous, on voit la société, quittant la forme magnifique et indestructible de la véritable pyramide pour celle de la pyramide renversée. S'en suivra-t-il que dans tous les cas le résultat aura été le même? Notre seule réponse à cette question sera, que la prospérité d'une société basée sur le trafic, s'est toujours trouvée instable ; qu'on a toujours constaté que ses fondements ne reposaient « que sur la poussière d'or et sur le sable, » et qu'il n'existe aucun motif pour croire que ce qui a été toujours vrai, dans le passé, puisse ne pas être vrai dans le présent, ou se trouver faux dans l'avenir.

 

 



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