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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 00:16


Voici un extrait du très beau discours de Jean Jaurès, "Internationalisme et patriotisme". Dans ce passage, Jaurès évoque sa vision du patriotisme, opposée à un patriotisme "terrien" basé sur la propriété. La patrie pour Jaurès participe aussi, directement, de toute l'évolution de l'humanité. C'est dans ce discours qu'il dira cette formule finale: "Un peu d'internationalisme éloigne de la patrie; beaucoup d'internationalisme y ramène". Patriote et citoyen du monde.

 

 

(...) Humble fille des champs qui avait vu les douleurs et les angoisses des paysans qui l'entouraient, mais pour qui ces détresses mêmes n'étaient que l'exemple prochain d'une douleur plus auguste et plus vaste, la douleur de la royauté dépouillée, de la nation envahie. Il n'y a dans son âme, dans sa pensée, rien de local, rien de terrien, elle regarde bien au-delà des champs de Lorraine. Son cœur de paysanne est plus grand que toute paysannerie. Il bat au loin avec les bonnes villes investies par l'étranger. Vivre aux champs, ce n'est pas nécessairement s'absorber aux choses de la terre. Dans le bruit naissant et dans la cohue grossière des cités, le rêve de Jeanne eût été sans doute moins libre, moins audacieux et moins vaste. La solitude a protégé la hardiesse de sa pensée, et elle vivait d'autant mieux avec la grande communauté de la patrie qu'elle pouvait sans trouble, emplir l'horizon silencieux d'une douleur et d'une espérance qui allaient au-delà.
Ce n'est pas une révolte de paysanne qui montait en elle; c'est toute une grande France qu'elle voulait délivrer, pour la mettre ensuite dans le monde au service de Dieu, de la chrétienté et de la justice. Son dessein lui paraît si religieux et si grand qu'elle aura le courage, pour l'accomplir, de résister même à l'Eglise et de se réclamer d'une révélation supérieure à toute révélation. Elle dira aux docteurs qui la pressent de justifier par les livres saints ses miracles et sa mission : «Il y a plus de choses dans le livre de Dieu que dans tous vos livres.» Parole prodigieuse et qui est en quelque façon à l'opposé de l'âme paysanne, dont la foi est faite surtout de tradition. Mais que nous sommes loin du patriotisme ou incertain ou étroit et dur de la propriété terrienne! C'est au plus haut de l'azur rayonnant et doux que Jeanne entendait les voix divines de son cœur (...)

  jaures2.jpg

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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 00:42

Voici la lettre émouvante de Henri Fertet
, jeune résistant exécuté par les allemands.
Elève intelligent et appliqué,
Henri Fertet intègre, pendant les vacances de l'été 1942, un groupe de résistance dirigé par Marcel Simon, jeune agriculteur de 22 ans, à Larnod, à quelques kilomètres de Besançon.
En février 1943, constitué d'une trentaine de membres, le groupe intègre l'organisation des Franc-Tireurs et Partisans (FTP) et devient le Groupe-franc "Guy Mocquet" qui s'organise rapidement dans la lutte clandestine. Henri Fertet participe à trois opérations : l'attaque du poste de Montfaucon le 16 avril 1943 pour s'emparer d'un dépôt d'explosifs puis le 7 mai suivant, la destruction d'un pylône à haute-tension à Châteaufarine. Le 12 juin 1943, il prend part également à l'attaque d'un commissaire des douanes allemand. Mais activement recherché le groupe va subir de nombreuses arrestations.
Henri Fertet,
arrêté par les Allemands le 3 juillet 1943, sera condamné à mort par les nazis et exécuté le 26 septembre 1943, après 87 jours d’emprisonnement et de torture.
Il avait 16 ans.



" Chers Parents,

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je  n'en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j'ai souffert dans ma cellule, ce que j'ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces 87 jours de cellule, votre amour m'a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait.

Vous ne pouvez vous douter de ce que je vous aime aujourd'hui car, avant, je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arrivé à l'amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre, un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué. J'espère qu'il ne faillira pas à cette mission sacrée.

Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement nos plus proches parents et amis; dites-leur ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands parents, mes oncles, tantes et cousins, Henriette. Donnez une bonne poignée de main chez M. Duvernet; dites un petit mot à chacun. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu'il m'a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant, mes camarades de lycée. A ce propos, Hennemann me doit un paquet de cigarettes, Jacquin mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez « Le Comte de Monte-Cristo » à Emourgeon, 3 chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40  grammes de tabac que je lui dois.

Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman, mais qu'elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d'épée gaulois.

Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les français soient heureux, voila l'essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

Pour moi, ne vous faites pas de soucis. Je garde mon courage et ma belle humeur jusqu'au bout, et je chanterai « Sambre et Meuse » parce que c'est toi, ma chère petite maman, qui me l'as apprise.

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N'admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir.

Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée; mais c'est parce que j'ai un petit crayon. Je n'ai pas peur de la mort; j'ai la conscience tellement tranquille.

Papa, je t'en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c'est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au Ciel.

« Qu'est-ce que cent ans ? »

Maman, rappelle-toi :
« Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs
qui, après leur mort, auront des successeurs. »

Adieu, la mort m'appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C'est dur quand même de mourir.
Mille baisers. Vive la France.
Un condamné à mort de 16 ans
                                                                                                                                                   
 H. Fertet
Excusez les fautes d'orthographe, pas le temps de relire.

Expéditeur : Henri Fertet
Au Ciel, près de Dieu. "

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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 00:11
jaures2.jpg

Un extrait du discours "Pour la laïque".


(...) "La démocratie, messieurs, nous en parlons quelquefois avec un dédain qui s'explique par la constatation de certaines misères, de certaines vulgarités; mais si vous allez au fond des choses, c'est une idée admirable d'avoir proclamé que, dans l'ordre politique et social d'aujourd'hui, il n'y a pas d'excommuniés, il n'y a pas de réprouvés, que toute personne humaine a son droit.
Et ce ne fut pas seulement une affirmation; ce ne fut pas seulement une formule; proclamer que toute personne humaine a un droit, c'est s'engager à la mettre en état d'exercer ce droit par la croissance de la pensée, par la diffusion des lumières, par l'ensemble des garanties réelles, sociales, que vous devez à tout être humain si vous voulez qu'il soit en fait ce qu'il est en vocation, une personne libre.
Et voilà comment, par l'ardeur intérieure du principe de raison, par la revendication des foules éveillées par l'idée du droit à l'espérance, la démocratie politique tend à s'élargir en démocratie sociale, et l'horizon devient tous les jours plus vaste devant l'esprit humain en mouvement.
Ah ! messieurs, nos collègues de droite nous reprochent parfois de n'avoir pas de base métaphysique à notre morale. Ils nous reprochent d'être obligés ou de nous réfugier dans l'ancienne morale dépouillée de ses sanctions, ou de nous humilier dans l'humilité de la morale pratique et domestique.
Ils oublient que, dans la dure nature dont elle subit encore les lois, l'humanité cherche à créer une forme sociale où toutes les personnes humaines seraient vraiment libres et, par la pratique de la justice, seraient harmonisées les unes aux autres, lorsque nous créons ce fait, lorsque nous faisons jaillir dans l'univers aveugle et brutal cette possibilité, cette réalité de liberté et d'harmonie, nous jetons dans l'univers, nous, dans la réalité, le fondement d'une interprétation idéaliste du monde.
Leibniz n'opposait pas substantiellement la matière à l'esprit. Pour lui, la matière était la force à l'état de confusion et d'exclusion, l'esprit, la même force à l'état d'organisation, d'harmonie et de lumière.
Mais c'est lui qui, pour distinguer, par leurs qualités, la matière de l'esprit, disait cette parole incomparablement belle : « Les corps s'empêchent, les esprits ne s'empêchent pas. »
Je dis que fabriquer, que produire, que créer une société où toutes les personnes auraient un droit certain et, par la certitude de la garantie sociale, seraient harmonisées les unes avec les autres, c'est faire œuvre de spiritualité profonde, non pas de spiritualité abstraite, factice, détachée, mais de spiritualité réelle et concrète qui s'empare de tous les éléments du monde naturel pour les transfigurer.
Et, en même temps, j'ajoute que la démocratie moderne n'a pas interdit à l'esprit humain les grands élans, les grandes audaces de spéculation. Il est facile de railler la multiplicité, l'apparente contradiction, le prompt effondrement des systèmes ; mais je dis que, de toutes ces synthèses, que ce soient celles de la philosophie allemande, ou anglaise, ou française, il reste toujours, pour l'esprit de l'homme, une habitude des hauteurs. Elles sont comme ces sentiers qui restent frayés vers les sommets, et qui, même s'ils se dégradent par intervalles et ne peuvent plus porter nos pas, conduisent du moins nos regards jusqu'à la cime (...)"

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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 04:08

Voici quelques extraits d'un magnifique article du grand Jaurès paru en 1890 dans "La dépêche".
Et dire que le petit Sarkozy "s'inspire" de cet homme. Quelle misère...




Au clair de lune

(…) Ce qui me fâche dans la société présente, ce ne sont pas seulement les souffrances matérielles qu'un régime meilleur pourrait adoucir; ce sont les misères morales que développent l'état de lutte et une monstrueuse inégalité.
Le travail devrait être une fonction et une joie; il n'est bien souvent qu'une servitude et une souffrance.
Il devrait être le combat de tous les hommes unis contre les choses, contre les fatalités de la nature et les misères de la vie; il est le combat des hommes entre eux, se disputant les jouissances par la ruse, l'âpreté au gain, l'oppression des faibles et toutes les violences de la concurrence illimitée. Parmi ceux-là même qu'on appelle les heureux, il n'est presque point d'heureux, car ils sont pris par les brutalités de la vie; ils n'ont presque pas le droit d'être équitables et bons sous peine de ruine; et dans cet état d'universel combat, les uns sont esclaves de leur fortune comme les autres sont esclaves de leur pauvreté! Oui, en haut comme en bas, l'ordre social actuel ne fait que des esclaves, car ceux-là ne sont pas des hommes libres qui n'ont ni le temps ni la force de vivre par les parties les plus nobles de leur esprit et de leur âme.
(…)
Au contraire, quand le socialisme aura triomphé, quand l'état de concorde succèdera à l'état de lutte, quand tous les hommes auront leur part de propriété dans l'immense capital humain, et leur part d'initiative et de vouloir dans l'immense activité humaine, tous les hommes auront la plénitude de la fierté et de la joie; ils se sentiront, dans le plus modeste travail des mains, les coopérateurs de la civilisation universelle, et ce travail, plus noble et plus fraternel, ils le règleront de manière à se réserver toujours quelques heures de loisir pour réfléchir et pour sentir la vie.
Ils comprendront mieux le sens profond de la vie, dont le but mystérieux est l'accord de toutes les consciences, l'harmonie de toutes les forces et de toutes les libertés. Ils comprendront mieux et ils aimeront l'histoire, car ce sera leur histoire, puisqu'ils seront les héritiers de toute la race humaine. Enfin, ils comprendront mieux l'univers: car, en voyant dans l'humanité le triomphe de la conscience et de l'esprit, ils sentiront bien vite que cet univers, dont l'humanité est sortie, ne peut pas être, en son fond, brutal et aveugle, qu'il y a de l'esprit partout, de l'âme partout, et que l'univers lui-même n'est qu'une immense et confuse aspiration vers l'ordre, la beauté, la liberté et la bonté. C'est d'un autre œil et d’un autre coeur qu'ils regarderont non seulement les hommes leurs frères, mais la terre et le ciel, le rocher, l'arbre, l'animal, la fleur et l'étoile.
Voilà pourquoi il est permis de penser à ces choses en plein champ et sous le ciel étoilé : oui, nous pouvons prendre à témoin de nos sublimes espérances la nuit sublime où s'élaborent en secret des mondes nouveaux; nous pouvons mêler à notre rêve de douceur humaine l'immense douceur de la nature apaisée.

(…) Le progrès humain est entré dans sa période silencieuse, qui n'est pas la moins féconde. Pascal disait en regardant le ciel qui se déploie sous nos tètes: «Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie ». Pour moi, au sortir des périodes électorales, des polémiques de presse et de toute notre agitation verbale, il me console et me rassure. L'univers sait faire son œuvre sans bruit, sans qu'aucune déclamation retentisse dans les hauteurs, sans qu'aucun programme flamboyant s'intercale dans la tranquillité des constellations (…)

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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 06:32
Alexander Hamilton (1755-1804)

 
Qu'est-ce-que l'économie physique?
Continuons notre enquête avec Alexander Hamilton, qui créa la première banque nationale des Etats-Unis. Par opposition au système de banques centrales privées (comme aujourd'hui), le système de banque nationale donne à l'Etat la capacité unique d'émettre du crédit et, par conséquent, de diriger ce crédit vers une activité nécessaire à l'intérêt général. On parle ici de "crédit productif". Sans banque nationale, les pays sont impuissants face à la piraterie financière.
Alexander Hamilton était un homme politique américain, homme d'Etat, financier, intellectuel, officier militaire et fondateur du parti fédéraliste. Juriste constitutionnaliste des plus brillants, il fut un délégué influent de la convention constitutionnelle américaine en 1787 et était l'auteur le plus éminent du Fédéraliste(The Federalist Papers) (1788), l'interprétation la plus importante jamais écrite sur la Constitution. Il fut le premier et plus influent secrétaire du trésor. Il avait beaucoup d'influence sur le reste du gouvernement et la formation de sa politique, y compris la politique étrangère. Il soutint l'idée d'une défense nationale forte, des finances nationales solides basées sur une dette nationale liant le gouvernement national aux hommes riches du pays, et un système banquaire fort. Son Rapport sur les Manufactures imaginait une nation industrielle dans ce qui était alors un pays rural. Il soutenait les aides aux industries naissantes.
 

Autres documents sur l'économie physique, ici (Lincoln) et (Paul VI) et encore (Leibniz) ou même (Roosevelt).


Rapport sur une banque nationale, présenté au congrès américain en 1790.

Source: Fusion


Le Secrétaire rapporte respectueusement: « [...] Qu'une banque nationale est un instrument de première importance en vue d'une administration prospère des finances et serait de la plus grande utilité pour les opérations en rapport avec la promotion du crédit public [...] Voici quelques-uns des principaux avantages d'une telle banque:
L’augmentation du capital actif ou productif d'un pays.
L‘or et l'argent, s'ils sont utilisés simplement comme instrument d'échange et d'aliénation ont été dénommés non sans raison capital mort [improductif, NdR]; mais s'ils sont déposés dans une banque, pour devenir la base de la circulation de papier [monnaie fiduciaire ou scripturale, NdR], qui prend leur caractère et place comme signes ou représentants de la valeur, alors ils acquièrent la vie ou, en d'autres termes, une qualité active et productrice [...] il va de soi, par exemple, qu'une monnaie détenue dans son coffre par un marchand qui attend une opportunité pour l'employer, ne produit rien jusqu'à ce que l'opportunité se présente.
Mais, si au lieu de séquestrer son argent de cette manière, il le dépose à la banque ou l'investit dans le capital d'une banque, il apporte un profit dans l'intervalle [...]. Son argent ainsi déposé ou investi constitue un fonds, à partir duquel lui-même ou d'autres peuvent emprunter des quantités bien plus élevées. C'est un fait bien établi que les banques en bon crédit peuvent faire circuler une plus grande somme que la quantité qu'elles détiennent effectivement en or ou en argent. [...]
L'une des propriétés des banques est d'accroître le capital actif du pays [...] l'argent de tel particulier, alors qu'il est déposé en sécurité à la banque ou investi en action, est en mesure de satisfaire aux besoins d'autres, sans pour autant être soustrait de son propriétaire [...].
Cela génère un profit supplémentaire, venant de ce qui est payé par d'autres pour l'usage de son argent, alors que lui-même n'est pas en mesure d'en faire usage; la monnaie est ainsi dans un état d'incessante activité. [...]
La faculté de la banque de prêter et de faire circuler une somme supérieure au montant de son actif en pièces métalliques génère, au service du commerce et de l'industrie, une augmentation nette du capital. Les achats et les créations d'entreprise peuvent en général être réalisés par une somme donnée en papier bancaire ou en crédit, aussi efficacement qu'une somme égale d'argent et d'or. Ainsi, en contribuant à élargir la masse des entreprises industrielles et commerciales, les banques deviennent les nourrices de la richesse nationale [...].
Qu'est-ce que la richesse? [...]
La richesse intrinsèque d'une nation ne se mesure pas par l'abondance du métal précieux qu'elle recèle, mais par la quantité et les productions de son travail et de son industrie [...]. Il est certain que la stimulation de l'industrie à l'aide d'un système de crédit papier adapté et bien régulé, est à même de compenser, et au-delà, la perte d'une partie de l'or et de l'argent d'une nation [...]. Une nation qui n'a pas de mines sur son sol doit obtenir le métal précieux d'ailleurs, généralement en échange des produits de son travail et de son industrie. La quantité qu'elle possèdera sera en principe déterminée par le solde, favorable ou défavorable, de sa balance commerciale; c'est-à-dire selon la proportion entre sa capacité à répondre à la demande étrangère et son besoin dé marchandises étrangères, soit la différence entre le montant de ses importations et le montant de ses exportations. Ainsi, l'état de l'agriculture et des manufactures, la quantité et la qualité de la main-d'œuvre et de l'industrie doivent influencer et déterminer l'accroissement ou la réduction du stock d'or et d'argent.
Si tout cela est vrai [...], des banques bien constituées [...] augmentent de différentes façons le capital actif du pays. C'est précisément cela qui génère l'emploi, qui anime et accroît le travail et l'industrie. Toute addition qui contribue à mettre en oeuvre une plus grande quantité des deux, tend à créer une plus grande quantité des produits des deux: et, en fournissant plus de biens pour l'exportation, conduit à une balance commerciale plus favorable et en conséquence à l'introduction d'or et d'argent.
Le soutien à l'industrie est [...] d'une plus grande utilité pour corriger une balance commerciale déficiente qu'aucune réduction dans les dépenses des ménages ou des individus: et la stagnation de l'industrie plongera à coup sûr le déséquilibre que ne pourra supprimer une politique de restriction des dépenses.
Pourquoi une banque nationale?
(Hamilton donne plusieurs raisons pour lesquelles des banques privées existantes ne peuvent jouer le rôle de banque nationale et pourquoi une nouvelle banque doit être créée). [...] La dernière raison [...] est la nécessité de se protéger d'influences étrangères qui pourraient s'infiltrer dans la direction d'une banque. Une prudence raisonnable interdit à toute personne qui ne serait pas citoyen des Etats-Unis de devenir le directeur de la Banque nationale, ou que des étrangers non résidents puissent influencer la désignation de directeurs par le vote de leurs représentants [...].
On doit considérer qu'une telle banque n'est pas du ressort de la propriété privée, c'est une machine politique de la plus haute importance pour l'Etat. »
 

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30 mars 2007 5 30 /03 /mars /2007 08:18

Les Châtiments est un recueil de poèmes satiriques de Victor Hugo, publié en 1853. À la suite du coup d'État du 2 décembre 1851 qui voit l'arrivée au pouvoir du prince Louis-Napoléon Bonaparte, Hugo s'est exilé. Ces vers sont, pour le poète, une arme destinée à discréditer et abattre le régime de Napoléon III auquel Hugo voue une fureur vengeresse et un mépris sans bornes.


Préface:

« Le faux serment est un crime.

« Le guet-apens est un crime.
« La séquestration arbitraire est un crime.
« La subornation de fonctionnaires publics est un crime.
« La subornation de juges est un crime.
« Le vol est un crime.
« Le meurtre est un crime.
« Ce sera un des plus douloureux étonnements de l'avenir que, dans de nobles pays qui, au milieu de la prostration de l'Europe, avaient maintenu leur constitution et semblaient être les derniers et sacrés asiles de la probité et de la liberté, ce sera, disons-nous, l'étonnement de l'avenir que dans ces pays-là il ait été fait des lois pour protéger ce que toutes les lois humaines, d'accord avec toutes les lois divines, ont dans tous les temps appelé crime.
« L'honnêteté universelle proteste contre ces lois protectrices du mal.
« Pourtant, que les patriotes qui défendent la liberté, que les généreux peuples auxquels la force voudrait imposer l'immoralité, ne désespèrent pas; que, d'un autre côté, les coupables, en apparence tout-puissants, ne se hâtent pas trop de triompher en voyant les pages tronquées de ce livre.
« Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres des peuples et qui ne sont que les tyrans des consciences, l'homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d'accomplir son devoir tout entier
« La toute-puissance du mal n'a jamais abouti qu'à de efforts inutiles. La pensée échappe toujours à qui tente de l'étouffer. Elle se fait insaisissable à la compression; elle se réfugie d'une forme dans l'autre. Le flambeau rayonne; si or l'éteint, si on l'engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et l'on ne fait pas la nuit sur la parole; si l'on met un bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l'on ne bâillonne pas la lumière.
« Rien ne dompte la conscience de l'homme, car la conscience de l'homme, c'est la pensée de Dieu.

Victor Hugo

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24 mars 2007 6 24 /03 /mars /2007 07:56

Voici un nouveau discours courageux de
Franklin Delano Roosevelt (autre discours ici). Il explique, avec beaucoup de pédagogie, la bataille énorme qu'il mène contre les "marchands du Temple" et les "requins" de la finance. Sa politique ambitieuse du New-Deal avait pour but de permettre à l'Etat de reprendre le contrôle d'une économie dévastée par les prédateurs de la grande finance. Il a réussi.

Espérons que ces questions fondamentales seront présentes dans l'élection présidentielle de 2007.


Discours de roosevelt:

"Les compagnies Holdings ont été la cause de maux très graves qui doivent disparaître, si nous voulons avancer dans les différentes branches de l'activité commerciale. La forme de la Compagnie Holding est telle qu'elle se prête aux combinaisons secrètes, frauduleuses et aux mauvaises gestions. Elle est, en principe, une super-société, artificielle, destinée à donner une consigne commune à des affaires plus ou moins apparentées. Certaines remplissent ces conditions, honnêtement et avec profit pour tous ceux qui y participent; malheureusement, les tentations sont trop grandes et d'autres abusent de la concentration de pouvoirs financiers entre les mains de quelques individus, pour servir des intérêts purement égoïstes.
Ces compagnies avaient été créées par des groupes entreprenants, elles donnaient un pouvoir plus étendu d'administration, facilitaient les combinaisons de vente ou de financement entre les sociétés, rendaient facile l'écoulement des valeurs. Le public fut pris au mirage et confondit grandeur avec honnêteté.
Dans le passé, les besoins urgents de notre industrie pouvaient justifier la création des compagnies holding, mais les irrégularités insolentes et les pertes gigantesques qui se sont produites, appellent un contrôle serré.
Auparavant, les grandes industries étaient dirigées par leurs propriétaires. Aujourd'hui, il en est autrement ; les actions des sociétés sont entre les mains du public qui ne manifeste pas la moindre curiosité de connaître les usines ou les bureaux des affaires dans lesquelles il a investi ses capitaux. Il n'a aucun sentiment de la fierté que donne le sens de la propriété ou de l’association dans une entreprise dont les produits sont les fruits de son travail et de son intelligence. Le contrôle est dans des mains anonymes, et souvent même, assuré par une autre société détenant la majorité des actions.
Quand les affaires se développèrent au point de ne pouvoir être administrées par un seul individu, les Conseils d'administration considérèrent les intérêts qu'ils géraient comme autant de gages avec lesquels ils pouvaient spéculer; ils devinrent trop souvent le fief de quelques puissants seigneurs, dans lequel le petit actionnaire n’avait pas droit au chapitre. On oublia qu’un porteur de dix actions possédait le droit de demander une gestion efficace et honnête autant que le porteur de mille titres.
Des ressources plus vastes étant nécessaires, les banquiers en profitèrent; de nombreux financiers sans scrupule ne s’occupèrent que de la vente des titres sans s'inquiéter de la marche des sociétés. Plus ils vendaient, plus ils gagnaient; malgré cela, ils inventaient des procédés et des excuses pour des lancements toujours nouveaux.
La tragédie et la désillusion d’aujourd'hui sont la conséquence inévitable de ce contrôle conjoint par le monde des affaires la finance ; les résultats que nous voyons n’auraient pas eu lieu sans cette collusion qui a annihilé toute moralité, en respectant, peut-être, la lettre de la loi. La Commission fédérale de l’industrie peut fournir avec une évidence incontestable des faits, des chiffres, des cas précis de vols, de renseignements erronés, de corruption et d'abus de ventes de titres. Des directeurs sans conscience, signaient des contrats illégaux pour leur profit, beaucoup plus que pour celui de la Société qui, grassement, les payait, recevaient des émoluments fantastiques pour des soi-disant services rendus à titre d'experts, avaient pour principe de cacher ce qui se passait à l'intérieur de leur  Société. Comptes truqués, dissimulation d’actifs, confusion délibérément créée par d’innombrables accords entre compagnies, enquêtes arrêtées au de procédés retors, mais légaux, ne sont qu'une partie des abus qu’on peut leur reprocher.
Quel recours pouvait avoir le petit actionnaire, même s'il avait connaissance de ces trafics?
Si, au nom de la morale, on demandait à ces gens-là : « Que pense votre conscience de ces procédés ? », ils répondraient : « l'essentiel pour nous est de ne pas contrevenir à la loi» ou bien « Combien de temps avons-nous encore pour continuer ces opérations ? » Ainsi, ces compagnies holding, qui affectaient par leurs manœuvres le bien-être et le bonheur de milliers d'hommes et de femmes, étaient le plus souvent conduites et inspirées par des considérations les plus viles. Nous devons, en conséquence, faire la lumière sur ces agissements pour que, une fois le public au courant, de telles irrégularités ne puissent plus se produire.
Nous devons avoir un système uniforme de comptabilité.
Les actionnaires, dûment représentés, doivent avoir le droit, à tout moment, d'examiner la copie des délibérations du Conseil, les contrats de chaque Compagnie avec ses directeurs ou administrateurs ou avec d'autres compagnies. Les noms de chaque actionnaire avec le nombre d'actions possédées par lui, doit pouvoir être connu. Les irrégularités cesseraient automatiquement si les directeurs savaient qu'ils sont surveillés.
Les exploitations financières, sans frein ni contrôle, ont été une des causes principales de la tragique condition ou nous nous trouvons. Les consolidations, les fusions inutiles ont jeté des milliers de gens dans la rue. Le public est en droit d'avoir confiance dans les méthodes et dans les hommes qui manient les capitaux. Nous sommes à même de la lui redonner, en nettoyant la maison et en la tenant propre.
Au risque de me répéter, j’aimerais exprimer ce que j'ai déjà à dit : « Si nous devons restreindre les opérations du spéculateur, du manipulateur et du financier, c'est pour protéger l'individualisme et non pour l'entraver. » Ceux qui assurent le contrôle des grandes combinaisons industrielles et financières, doivent donner satisfaction aux exigences du public. Ils n'ont pas voulu être des hommes d'affaires, mais des « princes de la propriété ». Nous rappellerons qu'ils doivent assumer avec compétence les responsabilités inhérentes à leur position, travailler pour le bien commun et non pour eux-mêmes. Ils doivent à l'occasion sacrifier leur propre intérêt pour le bénéfice tous.
C'est alors que le Gouvernement entre en jeu. Quand le « requin », le concurrent sans moralité, le lanceur d'affaires sans pondération, un Ishmael ou un Insull refusent de se plier aux méthodes saines qui assurent le bien-être des masses et menacent de conduire l'industrie à l'anarchie, le Gouvernement doit prendre immédiatement les mesures propres à faire cesser cet état de choses".

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18 mars 2007 7 18 /03 /mars /2007 06:44

Continuons nos recherches dans le domaine de l'économie physique (voir ici). Ce discours d'Abraham Lincoln, prononcé en 1860, met en exergue les principes philosophiques de base du système
américain d'économie politique. Lincoln utilise la Bible pour démontrer que l'homme, en utilisant des découvertes et des inventions, a accompli des avancées considérables dans sa marche vers le progrès. Le futur président identifie la distinction fondamentale entre l'homme et l'animal dans la capacité humaine de changer, de manière continue, son mode de travail, grâce à ces découvertes et inventions.

Source: Fusion


" L ' ensemble du monde créé est une mine, et l'homme un mineur.
L’ ensemble de la Terre, et tout ce qu'elle contient, tout ce qui la recouvre et l'entoure, y compris l'homme lui-même, dans sa nature physique, morale et intellectuelle, de même que ses susceptibilités, sont autant de chemins infinis par lesquels celui-ci, depuis le premier d'entre eux, allait tracer sa destinée.
Au commencement, la mine n'était point exploitée et le mineur se tenait au-dessus d'elle, debout, nu et sans aucun savoir.
Les poissons, les oiseaux, les créatures rampantes ne sont en rien des mineurs, elles ne font que se nourrir et se loger. Les castors construisent des maisons; mais ils ne les construisent pas différemment aujourd'hui, ni mieux qu'ils ne le faisaient il y a cinq mille ans. Les fourmis et les abeilles font des réserves de nourriture pour l'hiver; mais elles le font de la même manière que lorsque Salomon les donnait en exemple, pour leur grande prudence, au paresseux.
L'homme n'est pas le seul animal qui travaille; mais il est le seul à améliorer sa manière de travailler. Cette amélioration, il l'accomplit par les découvertes et les inventions. Sa première découverte importante fut de se rendre compte qu'il était nu; et sa première invention fut de se couvrir d'une feuille de vigne. Cet article simple, la feuille de vigne, semble avoir été l'origine du vêtement -la chose à laquelle près de la moitié du labeur humain a été consacré depuis. L'avancée la plus importante qu'il ait jamais accomplie en relation avec l'habillement fut l'invention du filage et du tissage. La machine à filer le coton, de même que le métier mécanique, inventés dans les temps modernes, qui sont des améliorations, n'équivalent pas les arts anciens du filage et du tissage. Le filage et le tissage amenèrent dans les domaines de l'habillement une grande abondance et une grande variété de matière première. La laine, les poils de plusieurs types d'animaux, le chanvre, le lin, le coton, la soie, et peut-être d'autres articles, furent tous d'une grande utilité, fournissant des vêtements non seulement adaptés aux temps humides et secs, à la chaleur et au froid, mais également susceptibles d'êtres ornementés avec beaucoup de finesse. Quand, et où exactement le filage et le tissage furent inventés, nous ne le savons guère. Lors de sa première rencontre avec Adam et Eve, après l'automne, le Tout Puissant « fit des tuniques de peau et les en vêtit» (Genèse III : 21).
La bible ne fait aucune autre allusion, avant le déluge, à l'habillement. Mais peu après le déluge les deux fils de Noé couvrirent leur père d'un vêtement; à partir de quel matériau, cela n'est pas mentionné (Genèse IX: 23).
Abraham mentionne « un fil », de manière à indiquer que le filage et le tissage étaient en usage à son époque (Genèse XN: 23), et fait référence, un peu plus loin, à cet art commun. Des caleçons de lin sont mentionnés et on dit que « toutes les femmes habiles filèrent de leurs mains» (Exode XXXV: 25), puis que « toutes les femmes que leur cœur y portait en raison de leur habileté, filèrent le poil de chèvre )} (Exode XXXV: 26). Le travail du « tisserand» est mentionné (Exode XXXV: 35). Dans le livre de Job, un très ancien livre, dont la date n'est pas exactement connue, la navette du tisserand est mentionnée.
La plus ancienne allusion connue au filage et au tissage est celle faite par Abraham; et elle fut faite environ deux mille ans après la création de l'homme, et maintenant il y a presque quatre mille ans.
Les auteurs profanes pensent que ces arts trouvèrent leur origine en Egypte; et cela n'est pas contredit, ni rendu improbable, par quoi que ce soit dans la Bible; car l'allusion d'Abraham, telle qu'elle fut mentionnée, ne fut faite qu'après son séjour en Egypte.
La découverte des propriétés du fer et la fabrication d'outil en fer doivent être, parmi les découvertes et inventions importantes, les plus anciennes. Nous pouvons à peine imaginer faire quoi que ce soit sans l'usage d'outils en fer. En fait, le marteau en fer doit avoir été bien nécessaire pour fabriquer le premier marteau en fer.
Mais une pierre a probablement servi de substitut. Comment le bois pour l'Arche aurait-il pu être obtenu sans une hache? Il me semble qu'une hache, ou un miracle, était indispensable. Correspondant à ce premier besoin de fer, nous trouvons au moins une mention très ancienne à son propos. Tubal-Caïn était« l'ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer» (Genèse IV: 22). Tubal-Caïn était le septième parmi les descendants d'Adam; et il naquit environ mille ans avant le déluge.
Après le déluge, des mentions fréquentes sont faites du fer et d'instruments en fer. «Objet de fer» dans Nombres XXXV: 16; «lit de fer» dans Deutéronome III: 11; « fournaise pour le fer» dans Deutéronome N: 20 ; « outil de fer» dans Deutéronome XXVII : 5. Dans Deutéronome XIX: 5, une mention très distincte de « la hache pour abattre un arbre» est faite; puis aussi dans Deutéronome VIII: 9, la terre promise est décrite comme le «pays où il y a des pierres de fer et d'où tu extrairas, dans la montagne, le bronze ». Etant donnée la mention fréquente du bronze en relation avec le fer, il n'est pas improbable que le bronze - peut-être ce que nous appelons maintenant le cuivre - ait été utilisé par les anciens pour les mêmes usages que le fer.
Les transports -le déplacement des personnes et des biens d'un endroit à un autre - auraient été utiles, sinon même nécessaires, dès l'émergence de l'homme.
Grâce à ses capacités de locomotion, et sans l'aide des découvertes et des inventions, il pouvait se déplacer avec une facilité considérable ; il pouvait même transporter des charges légères avec lui. Mais il souhaita très rapidement diminuer le travail requis alors qu'il pouvait, en même temps, étendre son champ d'intervention. Dans ce domaine, chars et navires furent ses inventions les plus importantes. L'utilisation de la roue et de l'axe est connue depuis si longtemps qu'il est difficile, sans réflexion, de lui assigner une date précise. I;allusion écrite la plus ancienne à son égard est celle concernant un « char» (Genèse XLI :43). C'était en Egypte, lorsque Joseph fut nommé gouverneur par le Pharaon, environ deux mille cinq cents ans après la création d'Adam. Que le char mentionné fut une voiture munie de roues et tirée par des animaux est suffisamment clair dans la mention de « roues de chars» (Exodus XN : 25), et dans la mention de chars en relation avec des chevaux dans le même chapitre, versets 9 et 23. Cela suffit, pour l'instant, en matière de transport terrestre.
Maintenant, en ce qui concerne le transport sur l'eau, j'ai décidé, peut-être sans autorité suffisante, d'utiliser le terme « bateau» pour désigner tout bâtiment voguant sur l'eau. Le bateau est indispensable à la navigation. Il n'est pas probable que le principe philosophique sur lequel est basée l'utilisation du bateau - c'est-àdire le principe selon lequel toute chose peut flotter si elle ne peut pas couler sans déplacer un poids d'eau plus grand que le sien - fusse connu, ou même envisagé lorsque les premiers bateaux furent construits. La vue d'un corbeau se tenant sur un bout de bois à la dérive le long d'une rivière peut avoir suggéré au sauvage l'idée qu'il puisse lui-même monter sur un bout de bois, ou même deux bouts liés ensembles pour pouvoir se rendre de l'autre côté de la rivière. Une telle suggestion pourrait être à l'origine de la navigation; ce qui n'est pas improbable, car il en fut réellement ainsi. L’idée principale fut ainsi générée; et tout ce qui vint par la suite n'était qu'une amélioration, ou des ajouts auxiliaires à cette idée première.
Comme l'homme est un animal terrestre, on pouvait s'attendre à ce qu'il puisse apprendre à se déplacer sur la terre avant l'eau. Pourtant la traversée de courants, trop profonds pour y patauger, serait une nécessité pour lui. Si nous laissons de côté l'Arche, qui peut être considérée comme résultant plus du miracle que de l'invention humaine, la première référence à un bâtiment naviguant sur l'eau est la mention de « vaisseaux» par Jacob (Genèse XLIX: 13). Ce n'est que lorsque nous atteignons le livre d'Esaïe que nous rencontrons la mention de « rames» et de « voiles ».
Pour ce qui est de la nourriture humaine, les premiers besoins furent satisfaits à partir de la végétation terrestre, et il était par conséquent naturel que les premiers soins fussent consacrés à assister la végétation. En conséquence nous trouvons que même avant sa chute, l'homme avait été placé dans le jardin d'Eden pour « le cultiver et le garder ». Et lorsque le labeur, à cause de la première transgression, fut par la suite imposé sur sa race comme punition - un sort - nous trouvons le premier homme né -le premier héritier du sort - qui « cultivait le sol ». Ceci était le commencement de l'agriculture; et même si, tant en terme de temps que d'importance, elle se situe à la tête de toutes les branches de l'industrie, elle tire moins de bénéfice de la découverte et de l'invention que presque toutes les autres. La charrue, d'origine très ancienne; et les moissonneuses batteuses, ou autres inventions modernes sont, à ce jour, les principales avancées dans l'agriculture. Même la plus ancienne d'entre elles, la charrue, n'aurait pu être conçue sans qu'une conception préalable ait été établie et mise en pratique:
je veux dire la conception ou l'idée de substituer d'autres forces de la nature à la puissance musculaire de l'homme. Ces autres forces aujourd'hui utilisées sont principalement la force de l'animal, la puissance du vent, du courant et de la vapeur.
Grimper sur le dos d'un animal et faire en sorte qu'il nous transporte n'est pas si évident. Je pense que le dos d'un chameau ne nous aurait jamais suggéré une telle chose. Mais cela était néanmoins quelque chose de grande importance. La première occasion où cela fut mentionné est lorsqu' « Abraham se leva tôt, sella son âne» (Genèse XXII: 3) avant de sacrifier Isaac en holocauste; mais l'allusion à la selle indique que l'idée de monter un animal était en usage depuis un certain temps; car il est fort probable qu'ils montaient sans selle dans un premier temps, au moins jusqu'à l'invention de la selle.
L’idée, une fois conçue, de monter un animal, devait bientôt être étendue aux autres espèces. Nous trouvons par conséquent que lorsque le serviteur d'Abraham se mit à la recherche d'une femme pour Isaac, il prit dix chameaux avec lui; et lors du voyage de retour « Rébecca et ses servantes se levèrent, montèrent sur les chameaux et suivirent l'homme» (Genèse XXN: 61).
Le cheval aussi, en tant que monture, est mentionné très tôt. La Mer Rouge passée, Moïse et les enfants d'Israël chantèrent « je chante pour Yahvé car il s'est couvert de gloire, il a jeté à la mer cheval et cavalier» (Exode XV: 1). Voyant que les animaux pouvaient porter les hommes, il devint rapidement évident qu'ils pouvaient également porter d'autres charges. Ainsi, nous trouvons que Joseph et son frère, lors de leur première visite en Egypte, « chargèrent le grain sur leurs ânes et s'en allèrent» (Genèse XLII: 26).
Il devint aussi évident que les animaux pouvaient être utilisés pour tirer des charges, en plus de les porter sur leur dos; et donc des charrues et chariots furent utilisés aussitôt pour être mentionnées à plusieurs reprises dans les livre de Moïse (Deutéronome XXll : la; Genèse XLI: 43 ; XLVI : 29 ; Exode XIV : 25).
De toutes les forces de la nature, je pense que le vent contient la plus large quantité de puissance motrice - c'est-à-dire le pouvoir de déplacer les choses. Prenez n'importe quel lieu de la surface terrestre - l'Illinois, par exemple; toute la puissance exercée par la totalité des hommes, des bêtes, de l'eau courante, de la vapeur, au-dessus et sur lui, n'équivaudra pas la centième partie de celle exercée par le souffle du vent sur le même endroit. Et pourtant il n'a pas acquis, jusqu'à maintenant dans l'histoire du monde, une valeur proportionnelle de puissance motrice. Il est largement utilisé, de manière avantageuse, dans la navigation, pour le déplacement des voiliers. Ajoutez à ceci quelques moulins à vent, quelques pompes et c'est à peu près tout. Le fait qu'il n'y ait jusqu'à maintenant aucune manière de le contrôler, de le diriger; qu'il soit également aussi imprévisible - tantôt si doux qu'il peut à peine soulever une feuille, tantôt si brutal qu'il peut détruire une forêt entière - représente sans aucun doute une difficulté insurmontable. Jusqu'à maintenant, le vent n'a pu être apprivoisé, sa force n'a pu être domestiquée, et il est possible que ceci soit à l'avenir l'une des plus grandes découvertes à faire. Que les difficultés de contrôler cette puissance soient très grandes est illustré par le fait qu'elles ont été perçues et qu'on ait tenté de les résoudre depuis plus de trois mille ans; car cette puissance a été appliquée aux vaisseaux à voiles au moins depuis l'époque du prophète EsaÏe.
Pour ce qui concerne les courants comme force motrice, c'est-à-dire son application aux moulins et autres machines par l'intermédiaire de la « roue à eau» - une chose maintenant bien connue et largement utilisée, mais qui n'est pas mentionnée dans la bible, même si l'on pense qu'elle était utilisée par les romains. Le langage de notre Sauveur « deux femmes moudront au moulin, etc. » indique que, même dans la ville densément peuplée de Jérusalem, il y avait alors des moulins opérés par la force humaine - puisqu'il n'y avait à cette époque rien d'autre que la force humaine pour les faire tourner.
L'usage avantageux de la vapeur est sans aucun doute une découverte moderne. Pourtant, déjà deux mille ans avant aujourd'hui, la puissance de la vapeur avait non seulement été observée, mais un jouet ingénieux avait été fabriqué et mû par elle à Alexandrie, en Egypte. Ce qui semble étrange est que ni l'inventeur du jouet, ni personne longtemps après lui, n'ait constaté que la vapeur puisse mouvoir une machine utile aussi bien qu'un jouet."

Machine à vapeur

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16 mars 2007 5 16 /03 /mars /2007 07:21

Voici un très beau discours de
Franklin Delano Roosevelt. Ceux, qui comme moi, n'ont connu que Mitterrand et Chirac ont du mal à imaginer qu'il n'y a pas si longtemps des hommes politiques courageux prononçaient des discours qui avaient du sens et qui pouvaient inspirer. C'est pourquoi je tente sur ce blog de publier régulièrement des discours de grands hommes politiques. Il est encore temps de découvrir et de s'inspirer de Jaurès, de Gaulle, Mendes, Roosevelt, Luther King, Lumumba ou même Lincoln... non?



Discours de Roosevelt:

A chaque jour inaugural depuis 1789 le peuple a retrouvé son esprit de sacrifice envers les Etats-Unis.
Au Jour Inaugural de Washington, le devoir du peuple était de créer une nation et de s'unifier.
Au Jour Inaugural de Lincoln, le devoir du peuple était de sauver l'unité de la nation d'un péril intérieur.
En ce jour, le devoir du peuple est de sauver l'unité de la nation et ses institutions d'un péril extérieur.
Le moment est venu pour nous de nous arrêter un instant au milieu du cours rapide des événements et de faire notre bilan, nous rappeler quelle a été notre place dans l'histoire, redécouvrir ce que nous sommes et ce que nous pouvons être. Si nous ne le faisons pas, nous courrons le réel péril de l'inaction.
La vie des nations n'est pas déterminée par le nombre des années, mais par la vitalité de l'esprit humain. La vie d'un homme est de 70 ans, un peu plus, un peu moins. La vie d'une nation est la force de sa volonté à vivre.
Il y a des hommes qui en doutent. Il y a des hommes qui croient que la démocratie comme forme de gouvernement et comme forme de vie est limitée ou mesurée par une sorte de destin secret et artificiel, -que, pour une raison inexpliquée, la tyrannie et l'esclavage sont la vague montante de l'avenir - et que la liberté est une marée descendante.
Mais nous, Américains, savons que ce n'est pas vrai.
Il y a huit ans, quand la vie de cette République semblait paralysée par une terreur mortelle, nous avons prouvé que cela n'était pas vrai. Nous étions dans l'étourdissement d'un choc, mais nous avons agi. Nous avons agi vite, avec audace, et d'une manière décisive.
Ces dernières années ont été des années actives, des années fructueuses, pour le peuple de cette démocratie, car elles nous ont apporté une plus grande sécurité, et, je l'espère, une meilleure compréhension de ce que les buts de la vie ne peuvent s'évaluer en mesures matérielles.
Cette expérience d'une démocratie qui a survécu à une crise intérieure, qui a rejeté bien des choses mauvaises, qui a construit de nouveaux cadres sur des plans durables, et qui, à travers tout cela, a maintenu la démocratie, est absolument vitale pour notre présent et notre avenir.
En effet, tout a été fait dans le cadre de la séparation des trois pouvoirs de la Constitution des Etats-Unis. Les branches coordonnées du Gouvernement continuent à fonctionner librement; la Déclaration des Droits demeure inviolée. La liberté du vote est complètement maintenue. Les prophètes du déclin de la démocratie ont vu leurs sinistres prédictions réduites à néant.
La démocratie n'agonise pas. Nous le savons, car nous l'avons vue renaître et gagner du terrain. Nous savons qu'elle est immortelle, car elle repose sur initiative d'hommes et de femmes réunis dans une tâche collective - une tâche entreprise et menée à bien par la libre expression d'une libre majorité.
Nous le savons, parce que la démocratie, seule de toutes les formes de gouvernement, utilise la pleine force de la volonté éclairée des hommes.
Nous le savons, parce que la démocratie a construit une civilisation sans limite, susceptible de progrès indéfini dans l'amélioration des conditions de vie.
Nous le savons, car si nous regardons au fond des choses, nous voyons qu'elle continue à s'étendre sur chaque continent, car elle est là plus humaine et la plus moderne, et en réalité, la moins attaquable de toutes les formes de société humaine.
Une nation, comme une personne, a un corps, un corps qui doit être nourri, vêtu et logé, entraîné et reposé, d'une façon adaptée aux buts de notre époque.
Une nation, comme une personne, a un esprit, un esprit qui doit être informé et tenu en alerte, qui doit avoir conscience de lui-même, connaître les espoirs et les besoins de ses voisins, - tous les autres pays qui vivent dans un monde qui va se rétrécissant -.
Et une nation, comme une personne, a quelque chose de plus profond, quelque chose de plus durable, quelque chose de plus que la somme de tous ses composants, et c'est ce quelque chose qui importe le plus pour l'avenir, qui demande la protection sacrée de son présent. C'est quelque chose qu'il est difficile, presque impossible de désigner par un seul, un simple mot; et cependant, nous comprenons tous ce qu'elle est -l'âme -la foi de l'Amérique. C'est le produit des siècles. Elle est née au milieu des foules de ceux qui - venus de bien des pays - les uns de classe élevée, mais pour la plupart des gens simples - ont cherché ici, il y a longtemps et récemment, la liberté plus librement.
L'aspiration à la démocratie n'est pas une nouveauté dans l'histoire humaine, c'est cette histoire elle même. Elle imprégnait la des populations primitives, elle flamboyait à nouveau au Moyen-Age et elle fut inscrite dans la Grande Charte.
Aux Amériques, son impulsion a été irrésistible. L'Amérique a été le Nouveau Monde dans toutes les langues, non pas parce que ce continent a été une terre nouvellement découverte, mais parce que tous ceux qui sont venus ici croyaient créer sur ce continent une vie nouvelle - une vie qui serait nouvelle par la liberté.
Sa vitalité était inscrite dans notre propre Pacte de Mayflower, dans la Déclaration d'Indépendance, dans la Constitution des Etats-Unis et dans le Discours de Gettysburg.
Ceux qui sont venus les premiers ici pour atteindre les buts de leurs désirs et les millions qui les ont suivis, et la race qui en est issue, n'ont pas cessé d'avancer constamment et conséquemment vers un idéal qui, lui-même, a gagné du terrain, en taille et en précision, à chaque génération.

Déclaration d'indépendance, 04 juillet 1776

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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 00:07

Tiré du texte De l'origine des choses prises à sa racine, un extrait de la pensée optimiste du grand Leibniz.


(...) Ainsi nous trouvons la raison dernière de la réalité, tant des essences que des existences, dans un être unique qui est nécessairement et sans conteste plus grand que le monde, supérieur et antérieur au monde, puisque c'est à lui que non seulement les existences renfermées dans ce monde, mais encore les possibles doivent leur réalité. Cette raison ne peut être cherchée que dans une seule source, à cause de la liaison de toutes ces choses entre elles. Il est manifeste que les choses existantes,jaillissent continuellement de cette source, qu'elles ont été et sont produites par elle, car on ne voit pas pourquoi un état du monde s'en écoulerait plutôt q'un autre, l'état d'aujourd'hui plutôt que celui d'hier. On voit clairement aussi, comment Dieu agit, non pas seulement physiquement, mais encore librement, qu'en lui n'est pas seulement la cause efficiente, mais aussi la fin des choses, et qu'il ne manifeste pas seulement sa grandeur ou puissance dans la machine de 1'univers déjà construite, mais aussi sa bonté ou sagesse dans le plan de la construction. Et afin qu'on ne puisse croire que je confonde ici la perfection morale ou bonté avec la perfection métaphysique ou grandeur, pour qu'on ne puisse, tout en admettant celle-ci, nier celle-là, il faut prendre garde à cette conséquence de ce qui a été dit, à savoir que le monde n'est pas seulement le plus parfait physiquement ou bien, si 1'on préfère, métaphysiquement, parce qu'il contient la série des choses qui présente le maximum de réalité en acte, mais qu'il est encore le plus parfait possible moralement, parce que la  perfection morale est en effet, pour les esprits eux-mêmes, une perfection physique. D'où il suit que le monde est non seulement une machine très admirable, mais encore qu'il est, en tant que composé d'esprits, la meilleure des républiques,celle qui leur dispense le plus de bonheur ou de joie possible, la perfection physique des esprits consistant en cette félicité.
Mais, dira-t-on, c'est le contraire que nous constatons dans le monde; c'est pour les meilleurs, bien souvent, que les choses vont le plus mal,ce ne sont pas seulement des bêtes innocentes, mais encore des hommes innocents qui sont accablés de maux, tués parfois même avec une extrême cruauté, si bien que le monde, surtout si l'on considère le gouvernement du genre humain, ressemble plutôt à un chaos confus qu'à 1'oeuvre bien ordonnée d'une sagesse suprême. Que telle soit la première apparence, je l'accorde. Mais dès qu'on examine les choses de plus près, 1'opinion contraire s'impose. Il est à priori certain, par les arguments mêmes qui ont été exposés, que toutes choses et à plus forte raison les esprits recoivent la plus grande perfection possible.

Il est en effet injuste, comme disent les juristes, de juger avant d'avoir examiné la loi tout entière. Nous ne connaissons qu'une partie infime de l'éternité qui se prolonge dans l'immensité; car les quelques milliers d'années dont l'histoire nous a conservé la mémoire sont très peu de chose. Et cependant c'est d'après cette expérience minime que nous jugeons témérairement de l'immensité et de l'éternité semblables à des hommes qui, nés et élevés dans une prison ou, si l'on veut, dans les salines souterraines des Sarmates, croiraient qu'il n'y a pas dans le monde d'autre lumière que la méchante lampe, à peine suffisante pour diriger leur pas.
Regardons un très beau tableau, et couvrons-le ensuite de manière à n'en apercevoir qu'une minuscule partie: que verrons-nous dans celle-ci, même en l'examinant de très près et surtout même quand nous nous en approchons de plus en plus, sinon un certain amas confus de couleurs, fait sans choix et sans art ? Et cependant, en écartant le voile et en regardant le tableau tout entier de la distance convenable, on comprendra que ce qui avait l'air d'une tache faite au hasard sur la toile, est l'effet de l'art consommé du peintre. Ce qui arrive à l'œil dans la peinture, arrive également à l'oreille dans la musique. Les plus grands compositeurs entremêlent très souvent les accords de dissonances, pour exciter et pour inquiéter l'auditeur qui, anxieux du dénouement, éprouve d'autant plus de joie, lorsque tout rentre dans l'ordre. C'est au point que nous retirons du plaisir de certains dangers insignifiants ou de certaines épreuves pénibles, parce qu'ils nous font prendre conscience ou nous permettent de tirer orgueil de notre puissance et de notre fe1icité, Pareillement encore lorsque nous regardons des saltimbanques danser au milieu de poignards ou faire des sauts périlleux, nous prenons plaisir à notre frisson de peur même. Et nous jouons souvent avec les enfants, en faisant semblant pour rire, de les lancer en les lâchant à demi. Ainsi fit une guenon qui saisit Christian roi de Danemark, alors encore enfant ,enveloppé de ses langes, le porta au haut du toit et, au milieu de l'anxiété générale, le rapporta comme en riant ,sain et sauf, dans son bureau. Pour la même raison,on se lasse de se nourrir toujours de mets doux; il faut les alterner avec des choses aigres, acides et mêmes amères qui excitent le goût. Qui n'a pas goûté des choses amères, ne mérite pas les douceurs et même ne les appréciera pas. C'est la loi même du plaisir, qu'il ne se maintient pas au même degré, car il engendre la satiété, il nous engourdit au lieu de nous réjouir.

Ce que nous avons dit, que le désordre dans une partie peut se concilier avec l'harmonie du tout, ne doit pas être entendu en ce sens, qu'il ne serait tenu aucun compte des parties, comme s'il suffisait que le monde, considéré dans son ensemble fût parfait, alors que le genre humain pourrait être misérable, ou comme s'il n'y avait, dans l'univers, aucun souci de la justice ou de notre propre sort, ainsi que le pensent quelques-uns qui ne jugent pas assez sainement de l'ensemble des choses. Car il faut savoir que, de même que dans une république bien organisée on a soin que chacun ait autant de bonheur que possible, de même l'univers ne serait pas assez parfait si l'intérêt de chacun n'était pris en considération, autant du moins que l'harmonie universelle le permet. Il n'y a pas, à cet égard, de meilleure mesure que la loi même de la justice, ordonnant que chacun ait sa part de la perfection de l'univers, que sa félicité soit proportionnelle à sa vertu et à son zèle pour le bien commun, zèle auquel se ramène ce que nous appelons charité ou amour de Dieu. En cela seul consiste aussi,selon le jugement de savants théologiens, la force et la puissance de la religion chrétienne. On ne doit pas non plus s'étonner que, dans l'univers, les esprits soient l'objet d'une telle sollicitude, puisqu'ils reflètent le plus fidèlement l'image du suprême Auteur et que leur relation à celui-ci n'est pas tant celle de la machine au constructeur (ce qui est vrai de toutes les créatures), que celle du citoyen à son prince. Ajoutez que les esprits dureront autant que l'univers même, qu'ils expriment et concentrent en quelque manière le tout en eux-mêmes, si bien qu'on pourrait dire qu'ils sont des parties totales.

En ce qui concerne particulièrement les afflictions des gens de bien, on peut tenir pour certain qu'elles tourneront à leur avantage. Ce n'est pas vrai seulement du point de vue théologique, mais encore du point de vue physique, de même que le grain jeté dans la terre souffre avant de porter des fruits. Et l'on peut dire en général que les afflictions sont, pour un temps, des maux, mais que leur résultat est un bien, puisqu'elles sont des voies abrégées vers la plus grande perfection. Tout comme, dans les choses physiques, les liquides qui fermentent lentement s'améliorent aussi plus lentement, tandis que ceux dont l'imagination est plus violente, rejettent certains éléments au dehors avec plus de force, et se clarifient ainsi plus rapidement. On pourrait dire à propos de ces maux qu'on recule pour mieux sauter. Ce que je viens de dire n'est pas seulement agréable et réconfortant, c'est la vérité même. Et j'estime en général, que dans l'univers il n'y a rien de plus vrai que le bonheur, ni rien de plus agréable et de plus doux que la vérité.

Pour que la beauté et la perfection universelles des œuvres de Dieu atteignent leur plus haut degré, tout l'univers, il faut le reconnaître, progresse perpétuellement et avec une liberté entière, de sorte qu'il s'avance toujours vers une civilisation supérieure. De même, de nos jours, une grande partie de notre terre est cultivée, et cette partie deviendra de plus en plus étendue. Et bien qu'on ne puisse nier que de temps en temps certaines parties redeviennent sauvages et sont détruites ou ravagées, cela doit être entendu comme nous venons d'interpréter les afflictions des hommes, à savoir, que la destruction et le ravage mêmes favorisent la conquête future d'un plus grand bien, de façon que nous profitions en quelque manière du préjudice.

Objectera-t-on, qu'à ce compte, il y a longtemps que le monde devrait être un paradis ? La réponse est facile. Bien que beaucoup de substances aient déjà atteint une grande perfection, la divisibilité du continu à l'infini fait que toujours demeurent dans l'insondable profondeur des choses des éléments qui sommeillent, qu'il faut encore réveiller, développer, améliorer et, si je puis dire, promouvoir à un degré supérieur de culture. C'est pourquoi le progrès ne sera jamais achevé.
 
(...) Et cependant, en écartant le voile et en regardant le tableau tout entier de la distance convenable, on comprendra que ce qui avait l'air d'une tache faite au hasard sur la toile, est l'effet de l'art consommé du peintre (...)

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