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15 septembre 2006 5 15 /09 /septembre /2006 11:05

En attendant d'autres discours du grand Martin Luther King, voici un extrait de son discours d'acceptation du prix nobel de la paix (1964):


(...) J'accepte aujourd'hui ce prix avec une foi immuable en l'Amérique et une foi hardie dans l'avenir de l'humanité. Je refuse d'admettre l'idée que les lacunes actuelles de la nature humaine rendent l'homme moralement incapable de remplir les devoirs éternels qu'il doit affronter à jamais.

Je refuse d'admettre que l'humanité ne soit qu'une épave ballottée par l'océan de la vie. Je refuse d'admettre que l'humanité soit si tragiquement vouée à la nuit privée d'étoiles du racisme et de la guerre, que l'aube brillante de la paix et de la fraternité ne puisse jamais poindre.

Je refuse d'admettre l'affirmation cynique que chaque nation tour à tour sera aspirée vers le bas par la spirale militariste jusque dans l'enfer de la destruction
thermo-nucléaire. Je crois que la vérité désarmée et l'amour désintéressé auront le dernier mot dans le monde des réalités. C'est pourquoi, même s'il est provisoirement bafoué, le bon droit sera plus fort que le mal triomphant.

Je crois que, même au milieu du fracas des mortiers et du sifflement des balles, il y a une place pour l'espoir de lendemains plus lumineux. Je crois que la justice blessée, gisant inerte dans les rues ensanglantées de nos nations, couverte de poussière et de honte, peut encore être relevée pour régner en souveraine suprême sur les enfants des hommes.
J'ai l'audace de croire que partout les peuples peuvent avoir trois repas par jour pour nourrir leur corps, une éducation et une culture pour nourrir leur pensée, la dignité, l'égalité et la liberté pour nourrir leur esprit. Je crois que des hommes inspirés par l'amour du prochain pourront reconstruire ce qu'ont détruit des hommes inspirés par l'amour de soi. Je continue de croire qu'un jour viendra où l'humanité s'inclinera devant les autels de Dieu pour recevoir la couronne de la victoire sur la guerre et l'effusion de sang, où la bonne volonté animée par la non-violence rédemptrice dictera la loi sur la terre. "Et le lion habitera avec l'agneau et chaque homme s'assoira sans crainte sous sa propre vigne ou son propre figuier et nul n'aura rien à redouter." Je continue de croire que nous vaincrons.

La foi peut nous donner le courage de faire face aux incertitudes du futur. Elle donnera à nos pieds fatigués une force nouvelle pour poursuivre notre route vers la cité de la liberté. Quand nos jours seront obscurcis par la menace de nuages bas et lourds, quand notre ciel nocturne se fera plus noir qu'un millier de minuits, nous saurons que nous sommes pris dans le tourbillon créateur d'une civilisation authentique qui se débat pour naître (...)
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12 septembre 2006 2 12 /09 /septembre /2006 20:51
"Tout objet de beauté est une joie éternelle." John Keats


La “ Dame de Brassempouy ” serait le plus ancien visage humain connu, vieux de 25 000 ans. Son surnom vient du nom d'un village des Landes proche des Pyrénées où elle a été trouvée, dans un gisement du Paléolithique supérieur. Ce visage est une petite pièce d’ivoire sculpté, haute de 3 centimètres et demi environ.
Il y a eu d'autres découvertes de statuettes dans cette région mais seule la Dame a un visage. Et un charme qui en font une des plus belles et émouvantes œuvres d'art du monde.
Il y a 25 000 ans, un artiste a célébré avec les outils d'époque la beauté et la jeunesse. Il y a 25 000 ans, "âge des cavernes barbare et sauvage", un artiste a sculpté sur un minuscule morceau d'ivoire une trace d'humanité et de mystère...


La Dame de Brassempouy est conservée au Musée des Antiquités nationales, à Saint-Germain-en-Laye. L’ivoire étant très sensible aux variations de température, d’hygrométrie et de luminosité, elle ne fait pas partie de l’exposition permanente mais est parfois exhibée dans le cadre d’expositions temporaires.
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5 septembre 2006 2 05 /09 /septembre /2006 15:20
Agé de 23 ans, en 1669, le jeune Leibniz élabore la première version d'une proposition pour la création d'une société à laquelle il donna le nom de "Societas Philadelphica". Cette société - qui devait s'établir en Hollande - devait être la pierre angulaire pour la création d'une nouvelle élite intellectuelle européenne, capable d'élever le niveau moral, intellectuel et culturel de la population, afin qu'elle puisse prendre en charge la reconstruction économique de l'Europe (nous sommes quelques années après la guerre de Trente ans).
Leibniz pensait aussi aux Amériques où il fallait "envoyer des vaisseaux et des colons pour soumettre la Terre entière non par la violence mais par la bonté (...) et pour les mêmes raisons, être capable d'ériger là-bas l'Etat le mieux choisi parmi ceux des plus grandes nations d'Europe".
Ce projet inspira les fondateurs des Etats-Unis d'Amérique, qui donnèrent en 1682 à la capitale de l'Etat de pennsylvanie le nom de Philadelphie. Leibniz peut être considéré comme un des pères fondateurs de la nation américaine.
A lire aussi, cet autre texte de leibniz.


Societas Philadelphica

1° On reconnaît une politique correcte à ce qu'elle est utile à soi-même.
2° La chose la plus utile est ce qui plaît à Dieu. Or, Dieu est un être omnipotent. Et ne pas obéir à l'omnipotence est extrêmement dangereux pour celui qui fait le contraire; à l'opposé, en lui obéissant, on a l'espérance, et étant donné que Dieu est la suprême sagesse, la certitude, d'une grande récompense.
3° Ce qui plaît le plus à Dieu est ce qui contribue à la perfection de l'univers.
4° Ce qui contribue à la perfection de l'univers, sert aussi à la perfection de l'être humain, étant donné que dans le monde sensible, il n'y a pas d'espèce plus parfaite que l'Homme.
5° La perfection de l'être humain consiste dans le fait qu'il est au plus haut degré possible doué intellectuellement et puissant.
6° La sagesse et la puissance de l'être humain reposent sur deux fondements: d'une part, que de nouvelles sciences et de nouveaux arts soient créés et, d'autre part, que les gens deviennent plus familiers avec ce qui est déjà connu.

Source: Fusion
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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 08:44
Leibniz (1646-1716) est l'archétype du génie universel. Il fut l'interlocuteur de toute l'Europe savante et politique de son temps et l'auteur d'une oeuvre monumentale. Mathématicien et juriste, il se consacra également à la logique et à la métaphysique, à l'histoire et à la physique, etc., tout en déployant une intense activité diplomatique (jusqu'en chine).

Toute sa vie, Leibniz travailla à fonder des Académies ou Sociétés savantes en Prusse, Russie, ou dans l'Empire Allemand... Cette diffusion scientifique au coeur de la société visait à éduquer la population, qui pouvait ainsi admirer les productions et les résultats d'une pensée scientifique et ainsi vouloir mieux connaître, dans la mesure de ses moyens, le système général du monde sur lequel cette pensée s'appuie. Leibniz travailla aussi avec de grands dirigeants, "car gagner l'esprit d'un seul homme tel que le Tsar, ou tel monarque de Chine, et le tourner aux véritables biens, en lui inspirant un zèle pour la gloire de Dieu et pour la perfection des hommes, c'est plus faire que si on gagnait cent batailles, car de la volonté de tels hommes dépendent plusieurs millions des autres" (lettre 1697).
La pensée politique de Leibniz prend donc avec l'académie, "palais de la découverte", sa dimension complète. Ses projets aboutissent à une sorte de "révolution tranquille" au coeur même de l'Etat, qui ensuite, diffuse les progrès de la science dans toute la société.
A lire aussi cet autre texte de Leibniz, ici et celui-ci sur l'économie physique. Enfin, ce dernier texte, sur l'harmonie du monde.
Et maintenant voici pour vous, chers lecteurs, l'extrait (fameux) d'un petit mémoire bien intentionné...


Mémoire pour les personnes éclairées et de bonnes intentions (1692)  - extraits -

1° Il est rare de rencontrer des personnes à qui ce Mémoire soit propre; il y en a pourtant et peut-être plus qu'on en pense (quoi qu'on ait pas toujours l'occasion de les connaître) et c'est pour elles que je l'ai dressé.
2° Je trouve qu'encore les hommes éclairés et de bonnes intentions se laissent emporter le plus souvent par le torrent de la corruption générale et ne se livrent pas avec assez de force aux moyens de s'en tirer et de faire du bien.
3° Deux choses en sont causes: le défaut de l'attention ou de l'application dans chacun en particulier et le défaut de l'intelligence ou communication entre eux. On est diverti par les soins ordinaires de la vie et lors même qu'on a assez de force ou assez d'application d'esprit pour voir ce qu'il faut faire. On ne trouve que rarement les gens auxquels on oserait s'ouvrir là-dessus. Les hommes ne songent ordinairement qu'à la bagatelle et il est tellement hors d'usage de penser au solide que cela passe presque pour ridicule.
4° Ce Mémoire est fait pour représenter comment il faudrait remédier à ces deux défauts de l'application et de la communication et si Dieu y donne sa bénédiction, j'espère encore y contribuer encore  pour quelque chose pourvu que j'aie le bonheur de rencontrer des personnes qui prennent à coeur ce qui est le plus important et le plus solide.
5° Je soutiens donc que les hommes pourraient être incomparablement plus heureux qu'ils ne sont et qu'ils pourraient faire en peu de temps des grands progrès pour augmenter leur bonheur s'ils voulaient s'y prendre comme il faut. Nous avons en main des moyens excellents pour faire en dix ans plus qu'on ne ferait sans cela en plusieurs siècles si nous nous appliquions à les faire valoir et ne faisons pas tout autre chose qu'il faut faire.
(...)
8° Je trouve que la principale cause de cette négligence, outre la légèreté naturelle et inconstante de l'esprit humain, est le désespoir de réussir dans lequel le scepticisme est compris. Car comme ces soins de remédier à nos maux et de contribuer au bien commun, ne peuvent guères tomber que dans les esprits au-dessus du vulgaire, il se trouve par malheur que la plupart de ces esprits, à force de penser aux difficultés et à la vanité des choses humaines, commence à désespérer de la découverte de la vérité et de l'acquisition d'un bonheur solide. Ainsi, se contentant de mener un train de vie aisée, ils se moquent de tout, et laissent aller les choses, ce qui vient de ce qu'ils ont assez d'esprit et de pénétration pour s'apercevoir des défauts, mais non assez d'application à trouver les moyens de les surmonter.
9° Pour moi, je mets en fait ce grand principe de la métaphysique aussi bien que de la morale; que le monde est gouverné par la plus parfaite intelligence qui soit possible, ce qui fait qu'il le faut considérer comme une monarchie universelle dont le chef est tout puissant et souverainement sage, et dont les sujets sont tous les esprits; c'est à dire toutes les substances capables d'intelligence ou de société avec Dieu, et que tout le reste n'est que l'instrument de la gloire de Dieu et de la félicité des esprits, et par conséquent tout l'univers est fait pour les esprits, en sorte qu'il puisse contribuer à tout bonheur le plus qu'il est possible.
10° Il s'ensuit de cela un autre principe qui est purement de pratique, c'est que plus les esprits sont de bonne volonté et portés à contribuer à la gloire de Dieu, ou, ce qui est la même chose, au bonheur commun, plus ils prendront part à ce bonheur eux-mêmes (...)
11° Cela étant établi, toute personne éclairée doit juger que le vrai moyen de s'assurer pour toujours de son vrai bonheur particulier, c'est de chercher la satisfaction dans les occupations qui tendent au bien général (...) Or, ce bien sincère, autant que nous pouvons y contribuer, est l'acheminement à la perfection des hommes, tant en les éclairant pour connaître les merveilles de la souveraine substance qu'en les aidant à lever les obstacles qui empêchent le progrès de nos lumières.
12° Pour contribuer véritablement au bonheur des hommes, il faut leur éclairer l'entendement; il faut fortifier leur volonté dans l'exercice des vertus, c'est à dire dans l'habitude d'agir suivant la raison, et il faut tâcher enfin d'ôter les obstacles qui les empêchent de prouver la vérité et de suivre les véritables biens.
13° Pour éclairer l'entendement, il faut perfectionner l'art de raisonner, c'est à dire la méthode de juger et d'inventer qui est la véritable logique et comme la source de toutes les connaissances. De plus, il faut faire enregistrer comme dans un inventaire général les vérités de conséquence qui sont déjà trouvées et qui se rencontrent non seulement dans les livres, mais encore parmi les hommes de toutes sortes de professions. Et il faut enfin prendre des mesures propres à faire faire des recherches et des expériences pour avancer à l'avenir autant qu'il est possible (...)
14° Pour rendre la volonté des hommes meilleure, on peut donner de bons préceptes, mais il n'y a que sous l'autorité publique qu'on les peut mettre en pratique. Le grand point est le redressement de l'éducation qui doit consister à rendre la vertu agréable et à la faire tourner comme en nature;  mais quand on y a manqué dans la jeunesse, il faut avoir recours à la bonne compagnie et aux exemples, à une représentation vraie du bien et du mal pour faire aimer l'un et haïr l'autre (...)
15° Les obstacles de notre bonheur, c'est à dire de la raison et de la vertu qui viennent de l'esprit même, cessent par les remèdes déjà marqués; mais les empêchements qui sont hors de notre esprit viennent de notre corps ou de la fortune, et pour rendre les hommes les plus heureux qu'il est possible, il faut chercher encore les moyens de conserver leur santé et de leur donner les commodités de la vie. Ainsi, il faut examiner la nature des corps de l'univers, tant pour y trouver les merveilles de la sagesse divine que pour reconnaître en quoi ils peuvent servir à notre conservation et même à notre plus grande perfection. Ainsi l'avancement de la science naturelle et des beaux-arts est d'une très grande importance.
16° Mais outre l'histoire de la nature corporelle, il est encore important de connaître l'histoire humaine et les arts et sciences qui en dépendent. Elle comprend l'histoire universelle des temps, de la géographie des lieux, la recherche des antiquités et des anciens monuments, comme médailles, inscriptions, manuscrits, etc., la connaissance des langues et ce qu'on appelle la philologie qui renferme encore les origines étymologiques; j'ajoute encore l'histoire littéraire qui nous apprend les progrès de nos connaissances, et ce que nous devons aux autres aussi bien que le moyen de trouver chez les auteurs les notices dont on a besoin (...)
(...)
Le moyen le plus grand et le plus efficace de parvenir à toutes ces choses et d'augmenter le bonheur général des hommes en les éclairant, en les tournant au bien et en les exemptant des incommodités fâcheuses, autant qu'il est faisable, serait de pouvoir persuader aux grands princes et aux principaux ministres, de faire des efforts extraordinaires pour procurer de si grands biens et faire jouir nos temps des avantages qui, sans cela, ne seront réservés qu'à la postérité assez éloignée. Et il est constant qu'outre la gloire immortelle, ils en retireraient des utilités immenses et travailleraient même à leur propre perfection et satisfaction; car rien n'est plus digne des grandes âmes que la connaissance et l'exécution de ce qui fait le bonheur des hommes, et découvre les grandeurs de Dieu qui nous donnent de l'admiration et de l'amour pour lui; mais, outre cela, les grands, par ces moyens, auraient des sujets plus vertueux et plus propres à les bien servir; et les personnes de loisirs et de moyens, au lieu de s'amuser à  des bagatelles, à des plaisirs criminels et ruineux, et à des cabales, trouveraient leur satisfaction à être curieux de ce qu'on appelle virtuosi; et les grands même, ou leurs enfants ou proches, seraient souvent sauvés dans les maladies dangereuses et délivrés des maux qui nous paraissent maintenant invincibles, à cause du peu d'application qu'on fait paraître encore pour l'avancement de la médecine et de la physique d'usage. Enfin, les arts de paix et de guerre fleuriraient merveilleusement dans leurs Etats, tant pour mieux résister aux ennemis par terre et par mer, que pour cultiver et peupler le pays par la navigation, le commerce, les manufactures et la bonne police ou économie.

Extrait tiré du livre Le droit et la raison, éditions Vrin (1994)
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24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 14:32
Cet extrait d'un discours de Léon Blum, prononcé en 1923, fait référence à l'Allemagne, écrasée par le traité de Versailles. Je ne peux m'empêcher de penser à la situation actuelle au Liban, en Palestine et dans d'autres régions du monde. Je pense ici aussi au traité de Westphalie qui mit fin aux guerres de religion de 1618-1648 et qui établit le cadre juridico-politique de la civilisation occidentale moderne. Ce traité instaura la souveraineté des Etats et les principes d'une paix garantie par le développement mutuel de ces mêmes Etats. Ce traité a été souvent attaqué (explicitement) par les Blair, Bush, Kissinger et consorts.

(...) Il y a eu des temps où la grandeur d'un Etat pouvait se fonder sur la défaite et sur la sujétion des autres; il y a eu des temps où la richesse et la prospérité d'un Etat pouvaient se nourrir de la ruine et de la misère des autres. Ceux qui croiraient que de nos jours on puisse renouveler ces temps accomplis de l'Histoire se bercent de la plus insensée et de la plus fatale des illusions. Toutes les nations d'aujourd'hui, bon gré mal gré, sont solidaires dans la bonne ou la mauvaise fortune. La ruine d'une nation est une cause de misère pour toutes les autres; la prospérité d'une nation -même victorieuse- suppose la prospérité de toutes les autres, même des vaincues. C'est cette solidarité inévitable d'un pays avec tous les autres pays qui constitue le fondement inébranlable de notre action socialiste internationale. C'est en ce sens que l'internationalisme et le patriotisme le plus clairvoyant se confondent (...)
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9 juillet 2006 7 09 /07 /juillet /2006 15:24
Encore un  très bel article de Jean Jaurès sur l'éducation des enfants. Publié en 1888 dans la dépêche de Toulouse, il fait "Aux instituteurs et institutrices" une leçon restée longtemps célèbre et qu'on pourra certainement relire avec profit aujourd'hui. A lire aussi, ce texte.



Faire lire les écoliers



Vous tenez en vos mains l'intelligence et l'âme des enfants: vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n'auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d'une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire: son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu'est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin, ils seront hommes et ils faut qu'ils aient une idée de l'homme, il faut qu'ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères: l'égoïsme aux formes multiples; quel est le principe de notre grandeur: la fierté unie à la tendresse. Il faut qu'ils puissent se représenter à grands traits l'espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l'instinct, et qu'ils démêlent les éléments principaux de cette oeuvre extraordinaire qui s'appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée; il faut leur enseigner le respect et le culte de l'âme en éveillant en eux le sentiment de l'infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c'est par lui que nous triompherons du mal, de l'obscurité et de la mort (...) Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu'il enseigne. Il ne faut pas qu'il récite le soir ce qu'il a appris le matin; il faut, par exemple, qu'il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres; il faut qu'il se soit émerveillé tout bas de l'esprit humain, qui, trompé par les yeux, a pris tout d'abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l'infini de l'espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils; alors, et  alors seulement, lorsque, par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d'une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l'émotion de son esprit. Ah! Sans doute, avec la fatigue écrasante de l'école, il est malaisé de vous ressaisir; mais il suffit d'une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l'ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l'intelligence s'éveiller autour d'eux.
Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l'enseignement aux enfants que de le rapetisser. Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les amener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable: "Les enfants ont en eux des germes, des commencements d'idées." Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde: leur âme recèle des trésors à fleur de terre: il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut pas donc craindre de parler avec sérieux, simplicité et grandeur.
Je dis donc aux maîtres, pour me résumer: lorsque d'une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d'autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années oeuvre complète d'éducateurs. Dans chaque intelligence, il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront.

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24 juin 2006 6 24 /06 /juin /2006 10:45
Un autre extrait du grand Jaurès, tiré du texte "La question religieuse et le socialisme" (1891). Il y a aussi chez Jaurès un substrat religieux, peu connu, souvent caché. Ici, il prend de la hauteur, parvient généreusement à nous toucher et à "créer la raison, la douceur, l'amour". Sa pensée, même lorsqu'il aborde des sujets métaphysiques, n'est jamais séparée de l'action et de l'engagement. C'est ce qui fait sa force.


(...) La science vraie consistera non plus seulement à démêler les rapports extérieurs des êtres et des formes, et à les formuler progressivement en équations algébriques, mais à démêler peu à peu, par la puissance de sympathie de notre âme agrandie, les secrètes aspirations de tous les êtres et de toutes les forces vers l'unité, l'harmonie, la liberté, la vie, la conscience. C'est là déjà ce que la poésie a tenté par de merveilleuses et profondes intuitions. Mais lorsque l'humanité sera tout entière justice, pensée et vie, les puissances de pénétration et de sympathie de la connaissance humaine seront multipliées, et l'humanité illuminant de l'éclair de son âme toutes les formules mathématiques où seront entrés peu à peu les forces et les faits, fera entrer peu à peu la nature même dans son âme. Et là encore elle sera puissance. Enfin, et si l'on me permet de toucher comme en passant à ces hauts mystères, l'esprit de l'homme a toujours pressenti qu'il y avait une étroite corrélation entre l'ordre de la conscience et l'ordre de la nature. C'est là ce qu'ont formulé les religions primitives quand elles ont vu dans la mort naturelle une suite de la mort morale, c'est-à-dire du péché.
 

Et lorsque l'humanité tout entière croit au triomphe définitif de la justice, dit-elle autre chose, sinon que la réalité se prêtera aux exigences de l'idéal ou,  pour employer les paroles de Leibniz, que l'ordre de la nature coïncide avec l'ordre de la grâce. Dès lors, pour l'humanité, supprimer l'égoïsme et la haine qui sont les principes de la mort morale, c'est certainement, en un sens mystérieux encore et que nous n'essaierons point ici de pénétrer, préparer la défaite de la mort dans l'ordre de la nature. Cela seul  peut mourir qui porte en soi-même les principes de la mort, et lorsque la personne humaine a, par son adhésion ferme  à la justice, par son union étroite avec les autres personnes et avec la nature elle-même, éliminé les principes de divisions, c'est-à-dire de mort, qui sont en elle, il est impossible qu'elle disparaisse toute entière et qu'elle ne soit pas protégée contre le néant par l'infini même où elle a établi sa vie. Par là encore et au plus haut degré, l'humanité serait une puissance au sens même où le Christ l'était. Il n'y a donc qu'un moyen à l'heure où nous sommes de sauver l'esprit de la vie qui était dans le christianisme, c'est d'arracher l'humanité à ces injustices extérieures de l'ordre social, qui paralysent le développement de la vie intérieure, de la vie de la pensée et de sympathie, c'est de réaliser la justice dans l'ordre social pour préparer l'union quotidienne et la pénétration familière des âmes dans l'ordre mystique (...)
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20 juin 2006 2 20 /06 /juin /2006 12:41
Voici l'extrait d'un magnifique discours prononcé par Jaurès devant des lycéens de Toulouse, le 31 juillet 1892.
Sa phrase finale a fait l'objet ce jour là "d'interminables ovations". Hollande, Royal, Sarkozy et les autres semblent bien petits face à cet idéaliste.

Développer en soi la puissance de l'âme

(...) Il faut que vous appreniez  à dire "moi", non par les témérités de l'indiscipline ou de l'orgueil, mais par la force de la vie intérieure. Il faut que, par un surcroît d'efforts et par l'exaltation de toutes vos passions nobles, vous amassiez en votre âme des trésors inviolables. Il faut que vous vous arrachiez parfois à tous les soucis extérieurs, à toutes les nécessités extérieures, aux examens de métier, à la société elle-même, pour retrouver en profondeur la pleine solitude et la pleine liberté: il faut que vous lisiez les belles pages des grands écrivains et les beaux vers des grands poètes, que vous vous pénétriez à fond et de leur inspiration et du détail même de leur mécanisme; qu'ainsi leur beauté entre en vous par tous les sens et s'établisse dans toutes vos facultés; que leur musique divine soit en vous, qu'elle soit vous-mêmes; qu'elle se confonde avec les pulsations les plus larges et les vibrations les plus délicates de votre être, et qu'à travers la société quelle qu'elle soit, vous portiez toujours en vous l'accompagnement sublime des chants immortels.
Il faut, lorsque vous étudiez les propriétés du cercle, de la sphère et des sections coniques, que vous vous sentiez frère par l'esprit d'Euclide et d'Archimède et que, comme eux, vous voyiez avec ravissement se développer le monde idéal des figures et des proportions  dont les harmonies enchanteresses se retrouvent ensuite dans le monde réel. Il faut, lorsque vous étudiez en physiciens, par l'observation et le calcul, la subtilité et la complexité mobile des forces, que vous sentiez le prestige de l'univers, relativement stable et toujours mouvant, tremblotant et éternel, et que votre conception positive des choses s'élargisse dans le mystère et dans le rêve comme ces horizons des soirs d'été où la lumière s'éteint, où l'éclair s'allume et où l'oeil croit démêler les subtiles mutations des forces dans l'infini mystérieux.

Alors, jeunes gens, vous aurez développé en vous la seule puissance qui ne passera pas, la puissance de l'âme; alors vous serez haussés au-dessus de toutes les nécessités, de toutes les fatalités et de la société elle-même, en ce qu'elle aura toujours de matériel et de brutal. Alors, dans les institutions extérieures, en quelque manière que l'avenir les transforme, vous ferez passer la liberté et la fierté de vos âmes. Et de quelque façon qu'elle soit aménagée, vous ferez jaillir dans la vieille forêt humaine, l'immortelle fraîcheur des sources.
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15 juin 2006 4 15 /06 /juin /2006 09:40
Le pédagogue et philosophe allemand Johann Friedrich Herbart, né le 4 mai 1776 et mort le 14 août 1841 a été l'un des fondateurs de la pédagogie scientifique moderne. Il enseigna aux universités de Göttingen (1802-1809, 1833-41) et de Koenigsberg(1809-33) et fut l'auteur de nombreuses oeuvres de pédagogie, de psychologie et de philosophie, qui exercèrent une influence primordiale sur la théorie et la pratique de l'éducation en Europe et aux États-Unis. Herbart considérait que la tâche essentielle du professeur consistait à trouver les intérêts déjà existants de l'élève et à mettre ceux-ci en rapport avec l'immense savoir de l'humanité pour aider l'élève à devenir partie intégrante de la vie civilisée.
D'autres articles sur Herbart seront
régulièrement mis en ligne. (Merci à Jean-Gabriel pour son attachement à faire revivre les idées de ces grands penseurs oubliés).

Voici un petit extrait des "Principales Oeuvres Pédagogiques" :

"Pour nous, l'étude d'Homère et des anciens poètes tragiques ne saurait être trop recommandée, car, loin d'être nuisibles, ils peuvent au contraire servir à nous former, parce que nous avons déjà été instruits auparavant dans une religion pure, et que la mythologie nous apparaît sous un jour tout différent ; mais, chez tout penseur de l'antiquité, on sent et on remarque une aspiration de la Providence. Le destin est l'objet de leurs maledictions. Si nos poètes modernes pouvaient à la fois avoir l'imagination des grecs et ne plus se croire obligé de reproduire l'idée de fatalité! Il n'a manqué à Platon que d'achever ce qu'il avait commencé: mais il a traité l'idée de la Providence  avec plus d'art et d'éclat que les modernes! Platon fut sans doute aussi grand poète que philosophe, mais à l'époque où son cercle d'idées s'etait développé, il jugea indigne de lui composer des oeuvres poétiques."

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26 mai 2006 5 26 /05 /mai /2006 13:34

Une compilation d'articles sur le Grand Martin Luther King:

 

I have a dream: texte et vidéo, ici

I've been to the mountain top: texte en français et audio, ici

Lettre de la geôle de Birmingham: texte, ici

Rip Van Winkle / Rester éveillé au sein d'une révolution: texte, ici

Discours d'acceptation du prix nobel de la paix: texte, ici

Livre: Minuit, quelqu'un frappe à ma porte, ici

Aimer ses ennemis, extrait: ici

 

 

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