Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Travaux


Etude sur la nature
des mouvements écologistes
et leurs véritables objectifs



L'héritage de
Franklin Delano Roosevelt


boris 

La révolution Roosevelt 

Georges Boris


Moulin.jpgL'héritage du
Conseil National
de la Résistance

Quelques textes de
Vladimir I. Vernadski

henry charles carey
Principes de la science sociale
de Henry Charles Carey

Friedrich List
Le Système national
d'économie politique
de Friedrich List

Friedrich Von Schiller

Le Droit des Gens
d'Emerich De Vattel

 

Recherche

Page d'accueil
- Cliquez ici -

Fusion,
enfin les archives !
22 février 2007 4 22 /02 /février /2007 00:06

(...) Enfin, le commun idéal qui exalte et unit les prolétaires de tous les pays les rend plus réfractaires tous les jours à l'ivresse guerrière, aux haines et aux rivalités de nations et de races. Oui, comme l'histoire a donné le dernier mot à la République si souvent bafouée et piétinée, elle donnera le dernier mot à la paix, si souvent raillée par les hommes et les choses, si souvent piétinée par la fureur des événements et des passions. Je ne vous dis pas: C'est une certitude toute faite. Il n'y a pas de certitude toute faite en histoire. Je sais combien sont nombreux encore aux jointures des nations les points malades d'où peut naître soudain une passagère inflammation générale. Mais je sais aussi qu'il y a vers la paix des tendances si fortes, si profondes, si essentielles, qu'il dépend de vous, par une volonté consciente, délibérée, infatigable, de systématiser ces tendances et de réaliser enfin le paradoxe de la grande paix humaine, comme vos pères ont réalisé le paradoxe de la grande liberté républicaine.
Œuvre difficile, mais non plus œuvre impossible. Apaisement des préjugés et des haines, alliances et fédérations toujours plus vastes, conventions internationales d'ordre économique et social, arbitrage international et désarmement simultané, union des hommes dans le travail et dans la lumière: ce sera, jeunes gens, le plus haut effort et la plus haute gloire de la génération qui se lève.
Non, je ne vous propose pas un rêve décevant, et ne vous propose pas non plus un rêve affaiblissant. Que nul de vous ne croie que dans la période encore difficile et incertaine qui précédera l'accord définitif des nations, nous voulons remettre au hasard de nos espérances la moindre parcelle de la sécurité, de la dignité, de la fierté de la France. Contre toute menace et toute humiliation, il faudrait la défendre: elle est deux fois sacrée pour nous, parce qu'elle est la France, et parce qu'elle est humaine.
Même l'accord des nations dans la paix définitive n'effacera pas les patries, qui garderont leur profonde originalité historique, leur fonction propre dans l' œuvre commune de l'humanité réconciliée. Et si nous ne voulons pas attendre, pour fermer le livre de la guerre, que la force ait redressé toutes les iniquités commises par la force, si nous ne concevons pas les réparations comme des revanches, nous savons bien que l'Europe, pénétrée enfin de la vertu de la démocratie et de l'esprit de paix, saura trouver les formules de conciliation qui libéreront tous les vaincus des servitudes et des douleurs qui s'attachent à la conquête. Mais d'abord, mais avant tout il faut rompre le cercle de fatalité, le cercle de fer, le cercle de haine où les revendications même justes provoquent des représailles qui se flattent de l' être, où la guerre tourne après la guerre en un mouvement sans issue et sans fin, où le droit et la violence, sous la même livrée sanglante, ne se discernent presque plus l'un de l'autre, et où l'humanité déchirée pleure de la victoire de la justice presque autant que de sa défaite.
Surtout, qu'on ne nous accuse point d'abaisser et d'énerver les courages. L'humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd'hui, ce n'est pas de maintenir sur le monde la sombre nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante, dont on peut toujours se flatter qu'elle éclatera sur d'autres. Le courage, ce n'est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre; car le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c'est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c'est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces; c'est de garder dans les lassitudes inévitables l'habitude du travail et de l'action. Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c'est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu'il soit : c'est de ne pas se rebuter du détai1 minutieux ou monotone; c'est de devenir, autant que l'on peut, un technicien accompli, c'est d'accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l'action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendues. Le courage, c'est d'être tout ensemble et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe. Le courage, c'est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l'approfondir, de l'établir et de la coordonner cependant à la vie générale. Le courage, c'est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser, pour qu'aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés. Le courage, c'est d'accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l'art d'accueillir d'explorer la complexité presque infinie des faits et des détails et cependant d'éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l'organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes. Le courage c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir, mais de n'en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel; c'est d'agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l'univers profond, ni s'il lui réserve une récompense. Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques.
Ah! vraiment, comme notre conception de la vie est pauvre, comme notre science de vivre est courte, si nous croyons que, la guerre abolie, les occasions manqueront aux hommes d'exercer et d'éprouver leur courage, et qu'il faut prolonger les roulements de tambour qui dans les lycées du premier Empire faisaient sauter les cœurs ! Ils sonnaient alors un son héroïque; dans notre vingtième siècle, ils sonneraient creux. Et vous, jeunes gens, vous voulez que votre vie soit vivante, sincère et pleine. C'est pourquoi je vous ai dit, comme à des hommes, quelques-unes des choses que je portais en moi."
Partager cet article
Repost0
21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 00:07


(...) Et ceux-là aussi seront justifiés, qui le placent plus haut encore. Car le prolétariat dans son ensemble commence à affirmer que ce n'est pas seulement dans les relations politiques des hommes, c'est aussi dans leurs relations économiques et sociales qu'il faut faire entrer la liberté vraie, l'égalité, la justice. Ce n'est pas seulement la cité, c'est l'atelier, c'est le travail, c'est la production, c'est la propriété qu'il veut organiser selon le type républicain. A un système qui divise et qui opprime, il entend substituer une vaste coopération sociale où tous les travailleurs de tout ordre, travailleurs de la main et travailleurs du cerveau, sous la direction de chefs librement élus par eux, administreront la production enfin organisée.
Messieurs, je n'oublie pas que j'ai seul la parole ici et que ce privilège m'impose beaucoup de réserve. .le n'en abuserai point pour dresser dans cette fête une idée autour de laquelle se livrent et se livreront encore d'âpres combats. Mais comment m'était-il possible de parler devant cette jeunesse qui est l'avenir, sans laisser échapper ma pensée d'avenir? .le vous aurais offensés par trop de prudence; car quel que soit votre sentiment sur le fond des choses, vous êtes tous des esprits trop libres pour me faire grief d'avoir affirmé ici cette haute espérance socialiste, qui est la lumière de ma vie.
Je veux seulement dire deux choses, parce qu'elles touchent non au fond du problème, mais à la méthode de l'esprit et à la conduite de la pensée. D'abord, envers une idée audacieuse qui doit ébranler tant d'intérêts et tant d'habitudes et qui prétend renouveler le fond même de la vie, vous avez le droit d'être exigeants. Vous avez le droit de lui demander de faire ses preuves, c'est-à-dire d'établir avec précision comment elle se rattache à toute l'évolution politique et sociale, et comment elle peut s'y insérer. Vous avez le droit de lui demander par quelle série de formes juridiques et économiques elle assurera le passage de l'ordre existant à l'ordre nouveau. Vous avez le droit d'exiger d'elle que les premières applications qui en peuvent être faites ajoutent à la vitalité économique et morale de la nation. Et il faut qu'elle prouve, en se montrant capable de défendre ce qu'il y a déjà de noble et de bon dans le patrimoine humain, qu'elle ne vient pas le gaspiller, mais l'agrandir. Elle aurait bien peu de foi en elle-même si elle n'acceptait pas ces conditions.
En revanche, vous, vous lui devez de l'étudier d'un esprit libre, qui ne se laisse troubler par aucun intérêt de classe. Vous lui devez de ne pas lui opposer ces railleries frivoles, ces affolements aveugles ou prémédités et ce parti pris de négation ironique ou brutale que si souvent, depuis un siècle même, les sages opposèrent à la République, maintenant acceptée de tous, au moins en sa forme. Et si vous êtes tentés de dire encore qu'il ne faut pas s'attarder à examiner ou à discuter des songes, regardez en un de vos faubourgs ! Que de railleries, que de prophéties sinistres sur l'œuvre qui est là ! Que de lugubres pronostics opposés aux ouvriers qui prétendaient se diriger eux-mêmes, essayer dans une grande industrie la forme de la propriété collective et la vertu de la libre discipline! L'œuvre a duré pourtant: elle a grandi: elle permet d'entrevoir ce que peut donner la coopération collectiviste. Humble bourgeon à coup sûr, mais qui atteste le travail de la sève, la lente montée des idées nouvelles, la puissance de transformation de la vie. Rien n'est plus menteur que le vieil adage pessimiste et réactionnaire de l'Ecclésiaste désabusé: «II n'y a rien de nouveau sous le soleil. » Le soleil lui-même a été jadis une nouveauté, et la terre fut une nouveauté, et l'homme fut une nouveauté. L'histoire humaine n'est qu'un effort incessant d'invention, et la perpétuelle évolution est une perpétuelle création.
C'est donc d'un esprit libre aussi, que vous accueillerez cette autre grande nouveauté qui s'annonce par des symptômes multipliés : la paix durable entre les nations, la paix définitive. Il ne s'agit point de déshonorer la guerre dans le passé. Elle a été une partie de la grande action humaine.
Et l'homme l'a ennoblie par la pensée et le courage, par l'héroïsme exalté, par le magnanime mépris de la mort. Elle a été sans doute et longtemps, dans le chaos de l'humanité désordonnée et saturée d'instincts brutaux, le seul moyen de résoudre les conflits ; elle a été aussi la dure force qui, en mettant aux prises les tribus, les peuples, les races, a mêlé les éléments humains et préparé les groupements vastes.
Mais un jour vient, et tout nous signifie qu'il est proche, où l'humanité est assez organisée, assez maîtresse d'elle-même pour pouvoir résoudre, par la raison, la négociation et le droit, les conflits de ses groupements et de ses forces. Et la guerre, détestable et grande tant qu'elle est nécessaire, est atroce et scélérate quand elle commence à paraître inutile.
Je ne vous propose pas un rêve idyllique et vain. Trop longtemps les idées de paix et d'unité humaines n'ont été qu'une haute clarté illusoire qui éclairait ironiquement les tueries continuées. Vous souvenez-vous de l'admirable tableau que vous a laissé Virgile de la chute de Troie? C'est la nuit: La cité surprise est envahie par le fer et le feu, par le meurtre, l'incendie et le désespoir. Le palais de Priam est forcé et les portes abattues laissent apparaître la longue suite des appartements et des galeries. De chambre en chambre, les torches et les glaives poursuivent les vaincus; enfants, femmes, vieillards se réfugient en vain auprès de l'autel domestique que le laurier sacré ne protège pas contre la mort et contre l'outrage : le sang coule à flots, et toutes les bouches crient de terreur, de douleur, d'insulte et de haine.
Mais par-dessus la demeure bouleversée et hurlante, les cours intérieures, les toits effondrés laissent apercevoir le grand ciel serein et paisible et toute la clameur humaine de violence et d'agonie monte vers les étoiles d'or: «Ferit aurea sidera clamor. » De même, depuis vingt siècles et de période en période, toutes les fois qu'une étoile d'unité et de paix s'est levée sur les hommes, la terre déchirée et sombre a répondu par des clameurs de guerre.
C'était d'abord l'astre impérieux de Rome conquérante qui croyait avoir absorbé tous les conflits dans le rayonnement universel de sa force. L'empire s',effondre sous le choc des barbares, et un effroyable tumulte répond à la prétention superbe de la paix romaine. Puis ce fut l'étoile chrétienne qui enveloppa la terre d'une lueur de tendresse et d'une promesse de paix. Mais atténuée et douce aux horizons galiléens, elle se leva dominatrice et âpre sur l'Europe féodale. La prétention de la papauté à apaiser le monde sous sa loi et au nom de l'unité catholique ne fit qu'ajouter aux troubles et aux conflits de l'humanité misérable.
Quoi donc? La paix nous fuira-t-elle toujours? Et la clameur des hommes, toujours forcenés et toujours déçus, continuera-t-elle à monter vers les étoiles d'or, des capitales modernes incendiées par les obus, comme de l'antique palais de Priam, incendié par les torches? Non, non! et malgré les conseils de prudence que nous donnent ces grandioses déceptions, j'ose dire, avec des millions d'hommes, que maintenant la grande paix humaine est possible, et si nous le voulons, elle est prochaine. Des forces neuves y travaillent: la démocratie, la science méthodique, l'universel prolétariat solidaire. La guerre devient plus difficile, parce qu'avec les gouvernements libres des démocraties modernes, elle devient à la fois le péril de tous par le service universel, le crime de tous par le suffrage universel. La guerre devient plus difficile, parce que la science enveloppe tous les peuples dans un réseau multiplié, dans un tissu plus serré tous les jours de relations, d'échanges, de conventions; et si le premier effet des découvertes qui abolissent les distances est parfois d'aggraver les froissements, elles créent à la longue une solidarité, une familiarité humaine qui font de la guerre un attentat monstrueux et une sorte de suicide collectif (...)

Suite et fin demain...
Partager cet article
Repost0
20 février 2007 2 20 /02 /février /2007 00:09

Le discours à la jeunesse de Jaurès est l'un de ses plus connu. Il y dévoile sa conception de l'engagement, de la vie et de l'action. C'est un hymne à la vie, à la vérité, à la paix, à la liberté et à l'idéalisme. Ce discours émouvant a été prononcé en 1903 dans le lycée d'Albi où Jaurès fut professeur.



" C'est une grande joie pour moi de me retrouver en ce lycée d'Albi et d'y reprendre un instant la parole. Grande joie nuancée d'un peu de mélancolie; car lorsqu'on revient à de longs intervalles, on mesure soudain ce que l'insensible fuite des jours à ôté de nous pour le donner au passé. Le temps nous avait dérobés à nous-mêmes, parcelle à parcelle, et tout à coup c'est un gros bloc de notre vie que nous voyons loin de nous. La longue fourmilière des minutes emportant chacune un grain chemine silencieusement, et un beau soir le grenier est vide.

Mais qu'importe que le temps nous retire notre force peu à peu, s'il l'utilise obscurément pour des œuvres vastes en qui survit quelque chose de nous? Il y a vingt-deux ans, c'est moi qui prononçais ici le discours d'usage. Je me souviens (et peut-être quelqu'un de mes collègues d'alors s'en souvient-il aussi) que j'avais choisi comme thème: les Jugements humains. Je demandais à ceux qui m'écoutaient de juger les hommes avec bienveillance, c'est-à-dire avec équité, d'être attentifs, dans les consciences les plus médiocres et les existences les plus dénuées, aux traits de lumière, aux fugitives étincelles de beauté morale par où se révèle la vocation de grandeur de la nature humaine. Je les priais d'interpréter avec indulgence le tâtonnant effort de l'humanité incertaine.
Peut-être, dans les années de lutte qui ont suivi, ai-je manqué plus d'une fois envers des adversaires à ces conseils de généreuse équité. Ce qui reste vrai, à travers toutes nos misères, à travers toutes les injustices commises ou subies, c'est qu'il faut faire un large crédit à la nature humaine; c'est qu'on se condamne soi-même à ne pas comprendre l'humanité, si on n'a pas le sens de sa grandeur et le pressentiment de ses destinées incomparables.
Cette confiance n'est ni sotte, ni aveugle, ni frivole. Elle n'ignore pas les vices, les crimes, les erreurs, les préjugés, les égoïsmes de tout ordre, égoïsme des individus, égoïsme des castes, égoïsme des partis, égoïsme des classes, qui appesantissent la marche de l'homme, et absorbent souvent le cours du fleuve en un tourbillon trouble et sanglant. Elle sait que les forces bonnes, les forces de sagesse, de lumière, de justice, ne peuvent se passer du secours du temps, et que la nuit de la servitude et de l'ignorance n'est pas dissipée par une illumination soudaine et totale, mais atténuée seulement par une lente série d'aurores incertaines.
Oui, les hommes qui ont confiance en l'homme savent cela. Ils sont résignés d'avance à ne voir qu'une réalisation incomplète de leur vaste idéal, qui lui-même sera dépassé; ou plutôt ils se félicitent que toutes les possibilités humaines ne se manifestent point dans les limites étroites de leur vie.
Ils sont pleins d'une sympathie déférente et douloureuse pour ceux qui ayant été brutalisés par l'expérience immédiate ont conçu des pensées amères, pour ceux dont la vie a coïncidé avec des époques de servitude, d'abaissement et de réaction, et qui, sous le noir nuage immobile, ont pu croire que le jour ne se lèverait plus. Mais eux-mêmes se gardent bien d'inscrire définitivement au passif de l'humanité qui dure les mécomptes des générations qui passent. Et ils affirment, avec une certitude qui ne fléchit pas, qu'il vaut la peine de penser et d'agir, que l'effort humain vers la clarté et le droit n'est jamais perdu. L'histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l'invincible espoir.
Dans notre France moderne, qu'est-ce donc que la République? C'est un grand acte de confiance. Instituer la République, c'est proclamer que des millions d'hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action; qu'ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l'ordre; qu'ils sauront se combattre sans se déchirer; que leurs divisions n'iront pas jusqu'à une fureur chronique de guerre civile, et qu'ils ne chercheront jamais dans une dictature même passagère une trêve funeste et un lâche repos. Instituer la République, c'est proclamer que les citoyens des grandes nations modernes, obligés de suffire par un travail constant aux nécessités de la vie privée et domestique, auront cependant assez de temps et de liberté d'esprit pour s'occuper de la chose commune. Et si cette République surgit dans un monde monarchique encore, c'est d'assurer qu'elle s'adaptera aux conditions compliquées de la vie internationale sans entreprendre sur l'évolution plus lente des autres peuples, mais sans rien abandonner de sa fierté juste et sans atténuer l'éclat de son principe.
Oui, la République est un grand acte de confiance et un grand acte d'audace. L'invention en était si audacieuse, si paradoxale, que même les hommes hardis, qui, il y a cent dix ans, ont révolutionné le monde, en écartèrent d'abord l'idée. Les Constituants de 1789 et de 1791, même les Législateurs de 1792 croyaient que la monarchie traditionnelle était l'enveloppe nécessaire de la société nouvelle. Ils ne renoncèrent à cet abri que sous les coups répétés de la trahison royale. Et quand enfin ils eurent déraciné la royauté, la République leur apparut moins comme un système prédestiné que comme le seul moyen de combler le vide laissé par la monarchie. Bientôt cependant, et après quelques heures d'étonnement et presque d'inquiétude, ils l'adoptèrent de toute leur pensée et de tout leur cœur. Ils résumèrent, ils confondirent en elle toute la Révolution. Et ils ne cherchèrent point à se donner le change. Ils ne cherchèrent point à se rassurer par l'exemple des républiques antiques ou des républiques helvétiques et italiennes. lis virent bien qu'ils créaient une œuvre nouvelle, audacieuse et sans précédent.
Ce n'était point l'oligarchique liberté des républiques de la Grèce, morcelées, minuscules et appuyées sur le travail servile. Ce n'était point le privilège superbe de la république romaine, haute citadelle d'où une aristocratie conquérante dominait le monde, communiquant avec lui par une hiérarchie de droits incomplets et décroissants qui descendait jusqu'au néant du droit, par un escalier aux marches toujours plus dégradées et plus sombres, qui se perdait enfin dans l'abjection de l'esclavage, limite obscure de la vie touchant à la nuit souterraine. Ce n'était pas le patriciat marchand de Venise et de Gênes. Non, c'était la République d'un grand peuple où il n'y avait que des citoyens et où tous les citoyens étaient égaux. C'était la République de la démocratie et du suffrage universel. C'était une nouveauté magnifique et émouvante.
Les hommes de la Révolution en avaient conscience. Et lorsque dans la fête du 10 août 1793, ils célébrèrent cette Constitution, qui pour la première fois depuis l'origine de l'histoire organisait dans la souveraineté nationale la souveraineté de tous, lorsque artisans et ouvriers, forgerons, menuisiers, travailleurs des champs défilèrent dans le cortège, mêlés aux magistrats du peuple et ayant pour enseignes leurs outils, le président de la Convention put dire que c'était un jour qui ne ressemblait à aucun autre jour, le plus beau jour depuis que le soleil était suspendu dans l'immensité de l'espace! Toutes les volontés se haussaient, pour être à la mesure de cette nouveauté héroïque. C'est pour elle que ces hommes combattirent et moururent. C'est en son nom qu'ils se décimèrent. Et ils concentrèrent en elle une vie si ardente et si terrible, ils produisirent par elle tant d'actes et tant de pensées, qu'on put croire que cette République toute neuve, sans modèles comme sans traditions, avait acquis en quelques années la force et la substance des siècles.
Et pourtant que de vicissitudes et d'épreuves avant que cette République que les hommes de la Révolution avaient crue impérissable soit fondée enfin sur notre sol! Non seulement après quelques années d'orage elle est vaincue, mais il semble qu'elle s'efface à jamais de l'histoire et de la mémoire même des hommes. Elle est bafouée, outragée; plus que cela, elle est oubliée. Pendant un demi-siècle, sauf quelques cœurs profonds qui gardaient le souvenir et l'espérance, les hommes la renient ou même l'ignorent. Les tenants de l'ancien régime ne parlent d'elle que pour en faire honte à la Révolution : «Voilà où a conduit le délire révolutionnaire ! » Et parmi ceux qui font profession de défendre le monde moderne, de continuer la tradition de la Révolution, la plupart désavouent la République et la démocratie. On dirait qu'ils ne se souviennent même plus.
Guizot s'écrie: "Le suffrage universel n'aura jamais son jour." Comme s'il n'avait pas eu déjà ses grands jours d'histoire, comme si la Convention n'était pas sortie de lui.
Thiers, quand il raconte la Révolution du 10 Août, néglige de dire qu'elle proclama le suffrage universel, comme si c'était là un accident sans importance et une bizarrerie d'un jour. République, suffrage universel, démocratie, ce fut, à en croire les sages, le songe fiévreux des hommes de la Révolution. Leur œuvre est restée, mais leur fièvre est éteinte et le monde moderne qu'ils ont fondé, s'il est tenu de continuer leur œuvre, n'est pas tenu de continuer leur délire.
Et la brusque résurrection de la République, reparaissant en 1848 pour s'évanouir en 1851, semblait, en effet la brève rechute dans un cauchemar bientôt dissipé.
Et voici maintenant que cette République qui dépassait de si haut l'expérience séculaire des hommes et le niveau commun de la pensée que, quand elle tomba, ses ruines mêmes périrent et son souvenir s'effrita, voici que cette République de démocratie, de suffrage universel et d'universelle dignité humaine, qui n'avait pas eu de modèle et qui semblait destinée à n'avoir pas de lendemain, est devenue la loi durable de la nation, la forme définitive de la vie française, le type vers lequel évoluent lentement toutes les démocraties du monde.
Or, et c'est là surtout ce que je signale à vos esprits, l'audace même de la tentative a contribué au succès. L'idée d'un grand peuple se gouvernant lui-même était si noble qu'aux heures de difficulté et de crise elle s'offrait à la conscience de la nation. Une première fois en 1793 le peuple de France avait gravi cette cime, et il y avait goûté un si haut orgueil que toujours sous l'apparent oubli et l'apparente indifférence, le besoin subsistait de retrouver cette émotion extraordinaire. Ce qui faisait la force invincible de la République, c'est qu'elle n'apparaissait pas seulement de période en période, dans le désastre ou le désarroi des autres régimes, comme l'expédient nécessaire et la solution forcée. Elle était une consolation et une fierté. Elle seule avait assez de noblesse morale pour donner à la nation la force d'oublier les mécomptes et de dominer les désastres. C'est pourquoi elle devait avoir le dernier mot. Nombreux sont les glissements et nombreuses les chutes sur les escarpements qui mènent aux cimes ; mais les sommets ont une force attirante.
La République a vaincu parce qu'elle est dans la direction des hauteurs, et que l'homme ne peut s'élever sans monter vers elle. La loi de la pesanteur n'agit pas souverainement sur les sociétés humaines, et ce n'est pas dans les lieux bas qu'elles trouvent leur équilibre. Ceux qui, depuis un siècle, ont mis très haut leur idéal ont été justifiés par l'histoire (...)


La suite demain...
Partager cet article
Repost0
19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 00:06



Le discours le plus célèbre de Martin Luther King, prononcé le 28/08/1963, lors de la marche sur Washington, devant 250 000 personnes. (Vidéo et discours complet ici)



"Je fais un rêve" (Vidéo en bas)


J'ai fait un rêve, qu’un jour, cette nation se lèvera et vivra la vrai signification de sa croyance : "Nous tenons ces vérités comme allant de soi, que les hommes naissent égaux."
J'ai fait un rêve, qu’un jour, sur les collines de terre rouge de la Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

J'ai fait un rêve, qu’un jour même l’état de Mississippi, un désert étouffant d'injustice et d'oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice.

J'ai fait un rêve, que mes quatre enfants habiteront un jour une nation où ils seront jugés non pas par la couleur de leur peau, mais par le contenu de leur caractère.

J'ai fait un rêve aujourd'hui

J'ai fait un rêve, qu’un jour l'état de l'Alabama, dont le gouverneur actuel parle d'interposition et de nullification, sera transformé en un endroit où des petits enfants noires pourront prendre la main des petits enfants blancs et marcher ensemble comme frères et soeurs.

J’ai fait un rêve aujourd'hui.

J'ai fait un rêve, qu’un jour, chaque vallée sera levée, chaque colline et montagne sera nivelée, les endroits rugueux seront lissés et les endroits tortueux seront faits droits, et la gloire du Seigneur sera révélée, et tous les hommes la verront ensemble.

Ceci est notre espoir.

C'est avec cet espoir que je rentre au Sud. Avec cette foi, nous pourrons transformer les discordances de notre nation en une belle symphonie de fraternité. Avec cette foi, nous pourrons travailler ensemble, prier ensemble, lutter ensemble, être emprisonnés ensemble, nous révoltons pour la liberté ensemble, en sachant qu'un jour nous serons libres.

Quand ce jour arrivera, tous les enfants de Dieu pourront chanter avec un sens nouveau cette chanson patriotique, "Mon pays, c'est de toi, douce patrie de la liberté, c'est de toi que je chante. Terre où reposent mes aïeux, fierté des pèlerins, de chaque montagne, que la liberté retentisse."

Et si l'Amérique veut être une grande nation, ceci doit se faire. Alors, que la liberté retentisse des grandes collines du New Hampshire. Que la liberté retentisse des montagnes puissantes de l’état de New York. Que la liberté retentisse des hautes Alleghenies de la Pennsylvanie!
Que la liberté retentisse des Rocheuses enneigées du Colorado !
Que la liberté retentisse des beaux sommets de la Californie!
Mais pas que ça, que la liberté retentisse des Stone Mountains de la Georgie!
Que la liberté retentisse des Lookout Mountains du Tennessee!
Que la liberté retentisse de chaque colline et de chaque taupinière du Mississippi!
Que la liberté retentisse!
Quand nous laisserons retentir la liberté, quand nous la laisserons retentir de chaque village et de chaque lieu-dit, de chaque état et de chaque ville, nous ferons approcher ce jour quand tous les enfants de Dieu, Noirs et Blancs, Juifs et Gentils, Catholiques et Protestants, pourront se prendre par la main et chanter les paroles du vieux spiritual noir, "Enfin libres! Enfin libres! Dieu Tout-Puissant, merci, nous sommes enfin libres!"

 

Partager cet article
Repost0
13 février 2007 2 13 /02 /février /2007 07:28


(…) Où sont les grandes manifestations de l'art?
Zola continue son œuvre qui se déroule monotone, sans apporter une conclusion. Cette œuvre puissante et pesante n'éveille plus la curiosité du public: l'oreille s'y habitue comme au bruit d'une gare. Daudet a soutiré à Tartarin ses dernières tarasconnades. On eût pu croire que la magnifique splendeur d'art de l'Exposition universelle allait se refléter en œuvres originales: il y avait dans cette vaste architecture de fer et de brique une conception nouvelle de l'art et de la vie. C'était l'art des foules immenses apaisées par la justice et éprises de lumière. Mais on dirait que ce sublime effort collectif de la pensée française n'a pas été compris. Il n'y a plus qu'un moyen aujourd'hui de faire du grand art, c'est de faire de la grande politique. L'art ne peut se renouveler en tout sens qu'en s'inspirant de la démocratie elle-même en ce qu'elle a de plus hardi et de plus noble. Il faut, donc que nous agrandissions toutes nos institutions politiques, économiques et sociales, pour que le peuple puisse y entrer en foule, comme il entrait dans la prodigieuse enceinte du Champ de Mars.

Lorsque tous les travailleurs auront dans l'ordre économique et social leur part de libre action et de souveraineté; quand tout individu dans le monde du travail fera partie d'un ensemble harmonieux et puissant, l'usine elle-même et l'atelier auront leur beauté architectonique. Lorsqu'une grandiose architecture sociale fondée sur l'égalité abritera le peuple tout entier, l'existence quotidienne de tout homme sera belle et noble; l'art ne fera qu'un avec la vie, et il traduira sans cesse dans des formes originales et familières les joies, les souffrances, les labeurs, les rêves d'un peuple de frères.
Mais non, l'Exposition universelle est restée pour la plupart un symbole incompris. Ils ne voient pas que, par son ampleur ordonnée et son origine collective, elle a été la figure de la société nouvelle que nous rêvons, et qu'il n'y a plus de grand art possible, dans nos sociétés où tous les humbles aspirent à la vie d'homme, que l'art qui aura un caractère social et humain.
A ceux qui nous reprochent de n'être que des politiciens qui ne peuvent vivre sans une agitation factice, parce que nous déplorons l'indifférence morne où est tombé l'esprit public, nous avons le droit de dire: La politique se tait maintenant; où sont vos œuvres?
Qu'avez-vous ajouté à la vie humaine? De quoi parlent les hommes quand ils se rencontrent et ont-ils quelque chose à se dire? Pour nous, nous croyons que la vie de l'esprit ne peut plus être séparée de la vie sociale. Il n'y a plus de haute inspiration individuelle possible, si l'humanité tout entière n'est pas comme inspirée.
Vous contemplerez de belles formes de statues, mais la société humaine vous apparaîtra tout à coup comme un limon pétri par le hasard, la misère et la force. Et les blanches statues mortes qui se profilent dans les musées vous fatigueront jusqu'au dégoût tant que la vivante humanité n'aura pas pris la forme de la justice. Vous échapperez à la platitude de l'heure présente en vous réfugiant dans les grands poètes: Hugo, le Dante, Eschyle. Mais, de toutes les profondeurs de leurs vers sonores et mystiques sortent des appels vers le droit; si ces appels vibrent en vous, vous vous tournerez vers la vie, et vous comprendrez qu'il n'y a qu'un moyen pour l'humanité tout entière d'être un poète aussi, plus grand que tous les grands poètes, c'est de donner un corps à leurs rêves, et de faire une réalité de ce qui fut en eux image et pressentiment.
Vous êtes pleins de ces choses et vous sortez dans la rue ; vous ne rencontrez que des ombres muettes et tristes qui circulent dans le brouillard en évitant de se heurter; vous voudriez leur demander si elles vivent, si la vie est quelque chose, si elle a un sens, si les hommes ne pourraient pas lui en donner un, s'il ne vaudrait pas mieux s'entendre pour connaître et goûter la vie que se disputer misérablement les moyens de vivre; mais vous sentez qu'elles ne vous répondraient pas: elles glissent à deux pas de vous, mais séparées de vous par une de ces profondeurs étranges comme on en voit dans les rêves. Vraiment, aujourd'hui, Faust renoncerait à courir le monde; il resterait avec ses vieux bouquins et ses cornues, et il ne redemanderait plus la jeunesse dans une société qui ne veut plus être jeune.
Pas de politique, pas d'art, pas de religion. J'entends par là qu'il n'y a plus une conception supérieure de la vie et de la destinée humaine qui soit d'accord avec la science et acceptée par l’ensemble des hommes (…)


Fin d'année, extrait de "La Dépêche" du 1er janvier 1891
Partager cet article
Repost0
6 février 2007 2 06 /02 /février /2007 07:15
Abraham Lincoln (1809-1865)


Après la sanglante bataille de Gettysburg (19 novembre 1863), qui marque le tournant de la guerre, le Président Lincoln prononce un magnifique discours, près du champ de bataille. Il s’agissait d’inaugurer un cimetierre dédié aux 8000 soldats tombés pendant la bataille. Le discours de Lincoln, prononcé au milieu de la guerre, est d'une inspiration aussi élevée que la Déclaration d'indépendance. En quelques mots, Lincoln  rappelle les valeurs sur lesquelles son pays a été fondé et pour lesquelles il est prêt à lutter. Cette force de conviction et ce rappel à l’union et la démocratie resteront gravés dans l’histoire.


"Il y a quatre-vingt sept ans nos pères donnèrent naissance sur ce continent à une nouvelle nation conçue dans la liberté et vouée à la thèse selon laquelle tous les hommes sont créés égaux.

Aujourd'hui nous sommes engagés dans une grande guerre civile dont le but est de vérifier si cette nation, ou toute autre nation conçue dans un tel esprit et vouée à une telle cause, peut être viable.
Nous sommes réunis sur un des grands champs de bataille de cette guerre.
Nous sommes venus pour faire d'une partie de ce champ un lieu sacré, où pouuront jouir de leur dernier repos ceux qui ont donné leur vie pour que cette nation puisse vivre.
Il était à la fois opportun et approprié que nous agissions ainsi.
Mais, en toute vérité, il ne nous est possible ni de dédier, ni de consacrer, ni de bénir cette terre.
Les braves, morts ou vivants, qui se sont battus en ce lieu l'ont consacré bien au-delà de nos pauvres moyens d'ajouter à leur oeuvre ou de la décrier. Le monde aura à peine remarqué les propos que nous tenons en ce lieu et il n'en conservera qu'un souvenir éphémère, mais il n'oubliera jamais ce qu'ils y ont fait.
C'est plutôt nous les vivants qui devons nous concacrer à la tâche inachevée, mais si noblement conduite à son apogée par ceux qui se sont battus ici. C'est plutôt à nous qu'il appartient de nous consacrer au grand défi qui nous attend. Puissent ces morts à qui nous rendons hommage accroître notre attachement à la cause qui fut l'objet de leur ulitme et complet dévouement.
Puissions-nous, par notre détermination, faire en sorte que ces morts ne soient pas morts en vain, que cette nation, à l'ombre de Dieu, puisse renaître dans la liberté...et que le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ne disparaisse pas de la surface de la terre.

Partager cet article
Repost0
31 janvier 2007 3 31 /01 /janvier /2007 08:07

Martin Luther King, "I've been to the mountain top", troisième et dernière partie. Partie 2

Le livre des semons, ici



Audio
en bas


(...) Et au moment d'arriver à Jéricho, quinze ou vingt minutes plus tard, vous vous trouvez à près de huit cents mètres au-dessous du niveau de la mer. C'est une route dangereuse. Au temps de Jésus on appelait cet endroit la «passe sanglante ». Vous savez, il est possible que le prêtre et le lévite aient vu cet homme allongé et se soient demandé si les brigands n'étaient pas encore dans les parages. Peut-être même ont-ils cru que l'homme faisait seulement semblant. Qu'il feignait d'avoir été dévalisé et blessé pour les piéger sur-le-champ, les tromper pour se saisir d'eux tout soudain et plus aisément. (Oh oui.) Aussi la première question que le lévite avait posée était-elle: «Si je m'arrête pour aider cet homme, que va-t-il m'arriver? »

Mais le Bon Samaritain était alors passé. Et il avait posé la question à l'envers: «Si je ne m'arrête pas pour aider cet homme, que va-t-il lui arriver? » Telle est la question qui se pose à vous ce soir. Ce n'est pas: «Si je m'arrête pour aider les éboueurs, que va-t-il en être de mon travail?» Ce n'est pas: «Si je m'arrête pour aider les éboueurs, que va-t-il en être de toutes ces heures que j'ai l'habitude de passer à mon bureau de pasteur chaque jour et chaque semaine? » La question n'est pas: «Si je m'arrête pour aider cet homme dans le besoin, que va-t-il m'arriver? » Elle est: «Si je ne m'arrête pas pour aider les éboueurs, que va-t-il leur arriver? » Voilà la question.
Dressons-nous ce soir avec plus encore d'empressement. Levons-nous avec une plus grande détermination. Marchons, en ces jours décisifs, en ces jours de défi, pour faire de l'Amérique ce qu'elle doit être. Nous avons une chance de faire de l'Amérique une nation meilleure. Et je veux remercier Dieu, une fois encore, de m'avoir permis d'être ici avec vous.

Vous savez, il y a plusieurs années, j'étais à New York, en train de dédicacer le premier livre que j'avais écrit. Et pendant que j'étais assis, en train de dédicacer des livres, une femme noire, une démente, a surgi. La seule question que j'ai entendue de sa bouche a été: «Êtes-vous Martin Luther King? » Sans lever les yeux de ce que j'étais en train d'écrire, j'ai répondu: «Oui. » Et la minute d'après j'ai senti un coup dans la poitrine. Avant même de m'en rendre compte, j'avais été poignardé par cette démente.
J'ai été rapidement expédié à l'hôpital de Harlem. C'était par un sombre après-midi de samedi. Et cette lame m'avait traversé. Et les rayons X ont révélé que la pointe de la lame avait frôlé l'aorte, la principale artère. Une fois que celle-ci est perforée, votre propre sang vous étouffe; c'en est fini de vous. Le New York Times du lendemain matin disait que si j'avais éternué, je serais mort.
Eh bien, quatre jours plus tard environ, après l'opération, après que ma poitrine eut été ouverte et que la lame eut été extraite, on me permettait déjà de me promener dans une chaise roulante à l'intérieur de l'hôpital. On me permettait de lire une partie du courrier qui me parvenait; de tous les États-Unis et de toutes les parties du monde me parvenaient des lettres pleines de gentillesse. J'en ai lu un bon nombre, mais il en est une que je n'oublierai jamais. J'avais reçu des messages du président et du vice-président. J'ai oublié ce que disaient ces télégrammes. J'avais reçu la visite et une lettre du gouverneur de l'État de New York, mais j'ai oublié ce que disait sa lettre.
Mais il y avait une autre lettre qui venait d'une petite fille, d'une jeune fille, une élève du lycée de White Plains. Et j'ai regardé cette lettre, et je ne l'oublierai jamais. Elle disait seulement: «Cher pasteur King, je suis en seconde au lycée de White Plains. » Elle disait: « Bien que cela ne devrait pas compter, je voudrais mentionner que je suis blanche. l'ai appris par le journal le malheur qui vous est arrivé et combien vous souffrez. Et j'ai lu que si vous aviez éternué vous seriez mort. Et je vous écris simplement pour vous dire que je suis bien heureuse que vous n'ayez pas éternué. » Je veux vous dire que je suis heureux, moi aussi, de ne pas avoir éternué. Car si j'avais éternué, je n'aurais pas été là en 1960 quand les étudiants ont commencé à occuper, dans tout le Sud, les comptoirs des lieux de restauration. Et je savais que s'ils s'asseyaient devant ces comptoirs, ils n'en étaient pas moins debout, dressés pour ce qu'il y avait de meilleur dans le rêve américain; et je savais qu'ils ramenaient toute la nation aux grandes sources de la démocratie, profondément creusées dans le sol par les pères fondateurs, auteurs de notre Déclaration d'indépendance et de notre Constitution (...)
Si j'avais éternué, je ne me serais pas trouvé là en 1962, quand les Noirs d'Albany, en Géorgie, ont décidé de redresser l'échine. Et chaque fois que des hommes et des femmes redressent l'échine, ils peuvent aller où ils veulent, car personne ne peut monter sur votre dos tant que vous vous tenez droit.
Si J'avais éternué, je ne me serais pas trouvé là en 1963 quand les Noirs de Birmingham, dans l'Alabama, ont soulevé la conscience de la nation et fait adopter le projet de loi sur les droits civiques.
Si j'avais éternué, je n'aurais pas eu l'occasion d'essayer, un peu plus tard, la même année, d'évoquer devant les Américains un rêve que j'avais fait.
Si j'avais éternué, je ne serais pas allé à Selma, dans l'Alabama, assister au grand mouvement qui s'y est déroulé.
Si j'avais éternué, je ne serais pas à Memphis pour voir toute une communauté serrer les rangs autour de nos frères et sœurs éprouvés.
Je suis très heureux de ne pas avoir éternué.
J'ai quitté Atlanta ce matin; au moment du décollage de l'appareil, nous étions six, le pilote nous a dit par l'interphone: «Nous sommes désolés d'avoir du retard, mais nous avons le pasteur Martin Luther King à bord. Et pour être sûrs que tous les sacs avaient été examinés, pour être sûrs que rien de mal n'arriverait à l'avion, il nous a fallu tout vérifier soigneusement. Nous avons fait surveiller l'appareil toute la nuit. » Et je suis arrivé à Memphis. Certains commençaient à énumérer ou à commenter les menaces qui circulaient. Et ce que voulaient me faire certains de nos frères blancs dont l'âme était malade.
Eh bien, je ne sais pas ce qui va arriver maintenant. Nous avons devant nous des journées difficiles. Mais peu m'importe ce qui va m'arriver maintenant, car je suis allé jusqu'au sommet de la montagne. Je ne m'inquiète plus. Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps. La longévité a son prix. Mais je ne m'en soucie guère maintenant. Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite. Et il m'a permis d'atteindre le sommet de la montagne. J'ai regardé autour de moi. Et j'ai vu la Terre promise. Il se peut que je n'y pénètre pas avec vous. Mais je veux vous faire savoir, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre promise. Ainsi je suis heureux, ce soir. Je ne m'inquiète de rien. Je ne crains aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur.

Cet objet nécessite un plugin pour être lu ou le fichier n'est pas accessible.
Vous pouvez tenter d'ouvrir directement le fichier par ce lien.
Partager cet article
Repost0
31 janvier 2007 3 31 /01 /janvier /2007 07:55

Discours de Martin Luther King, "Je suis allé jusqu'au sommet de la montagne", deuxième partie. Première partie ici.

Audio en bas


(...) Nous ne nous laisserons pas arrêter par des matraques. Notre mouvement de non-violents est passé maître dans l'art de désarmer la police. Celle-ci ne sait plus que faire. Je l'ai vu bien souvent. Je me rappelle qu'à Birmingham, dans l'Alabama, au cours du grandiose combat que nous y avons livré, nous sortions chaque jour de l'église baptiste de la 16è rue, nous sortions par centaines. Et Connor-le-Taureau avait donné l'ordre de lancer les chiens sur nous, et on avait amené les chiens. Mais nous sommes simplement passés devant les chiens en chantant: «J'vais laisser personne me faire rebrousser chemin.» Et le lendemain Connor-le-Taureau a dit: «Branchez les lances d'incendie. » Et comme je vous l'ai dit l'autre soir, Connor-leTaureau ne connaissait pas l'Histoire. Il connaissait des lois physiques qui, d'une façon ou d'une autre, ne s'appliquaient pas à la transphysique que nous connaissions. Et le fait est qu'il existe un feu dont aucune eau ne peut avoir raison. Et nous sommes passés devant les lances d'incendie. Nous avions tous connu l'eau. Les baptistes et certains de ceux qui étaient parmi nous avaient connu l'immersion du baptême; les méthodistes et d'autres avaient été baptisés par aspersion; tous nous connaissions l'eau. Cela ne nous a pas arrêtés.
Et nous sommes passés devant les chiens, et nous les avons regardés: et nous sommes passés devant les lances d'incendie, et nous les avons regardées, et nous nous sommes contentés de continuer à chanter: « Au-dessus de ma tête, je vois planer la liberté. » Et ensuite, nous avons été jetés dans les paniers à salade de la police, où nous étions parfois serrés comme des sardines en boîte. Et on nous y entassait, et le vieux Connor disait « Emmenez -les»; et on nous emmenait, mais nous montions dans les paniers à salade en chantant « Nous l'emporterons ». Et de temps à autre, nous nous retrouvions en prison et nous pouvions voir que les gardiens, en nous regardant à travers les judas, étaient touchés par nos prières, émus par nos paroles et nos hymnes.
Et il y avait là une puissance à laquelle Connor-le-Taureau ne pouvait se mesurer: et c'est ainsi que nous avons transformé notre Taureau en bœuf et que nous avons gagné la bataille de Birmingham.
Nous devons nous donner à ce combat jusqu'au bout. Rien ne serait plus désastreux que de nous arrêter en chemin, à Memphis.
Nous devons en finir. Quand nous aurons notre manifestation, il faut que vous y participiez. Même si cela signifie que vous devez planter là votre travail, même si cela signifie que vous devez sécher l'école, soyez présents. Pensez à vos frères. Vous pouvez ne pas faire grève.
Mais ou bien nous progresserons tous ensemble, ou bien nous coulerons tous ensemble.
Un jour, un homme vint à Jésus,. il voulait soulever certaines questions sur des sujets capitaux dans la vie. A l'occasion, il voulait duper Jésus et lui montrer qu'il en savait plus long que Jésus lui-même, et ainsi le plonger dans la confusion. Eh bien, l'affaire aurait pu tourner au débat philosophique ou théologique. Mais Jésus a ramené la question sur la terre, et il l'a située en un passage dangereux entre Jérusalem et Jéricho. Et il a parlé d'un certain homme qui était tombé sur des brigands et avait été laissé pour mort. Vous vous rappelez qu'un lévite et un prêtre sont passés de l'autre côté de la route. Et il ne se sont pas arrêtés pour lui venir en aide. Puis un homme d'une autre race est passé par là. Et il est descendu de sa monture et ne s'est pas contenté de laisser à un autre le soin d'exercer sa pitié. Il a administré les premiers secours et aidé celui qui en avait besoin. Et Jésus de conclure: c'est lui qui a fait preuve de bonté, c'est lui qui a fait preuve de grandeur, car il a été capable de projeter son « moi» sur un « toi », et de se soucier de son frère.
Vous savez, nous avons fait un grand effort d'imagination pour chercher à comprendre pourquoi le prêtre et le lévite ne se sont pas arrêtés. Parfois on dit qu'ils étaient pressés de se rendre à quelque rencontre religieuse - quelque assemblée ecclésiastique - et qu'il leur fallait poursuivre leur route vers Jérusalem pour ne pas arriver en retard à leur réunion. D'autres fois, on allègue qu'il existait une prescription selon laquelle celui qui va célébrer une cérémonie religieuse ne doit toucher aucun corps humain pendant les vingt-quatre heures qui précèdent la cérémonie. Et de temps à autre, on commence à se demander si, peut-être, ils n'allaient pas à Jérusalem ou à Jéricho en vue d'organiser une «Association pour améliorer la sécurité sur la route de Jéricho ». C'est une possibilité. Peut-être pensaient-ils que mieux valait traiter le mal à la racine, plutôt que de se laisser détourner de leur effort par un cas individuel.
Mais je vous dirai ce que me suggère mon imagination. Il est possible que ces hommes aient pris peur. Voyez-vous, la route de Jéricho est une route dangereuse. Je me rappelle la première fois où Mrs King et moi sommes allés à Jérusalem. Nous avons loué une voiture pour nous rendre de Jérusalem à Jéricho. Et aussitôt que nous nous sommes trouvés sur cette route, j'ai dit à ma femme: «Je comprends pourquoi Jésus a utilisé cette parabole.» C'est une route pleine de tournants et de méandres. Elle est vraiment propice aux embuscades.
Vous sortez de Jérusalem qui est à quatre cents kilomètres, ou plutôt à quatre cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Et au moment d'arriver à Jéricho, quinze ou vingt minutes plus tard, vous vous trouvez à près de huit cents mètres au-dessous du niveau de la mer (...)

(Désolé pour la coupure un peu abrupte!)


Cet objet nécessite un plugin pour être lu ou le fichier n'est pas accessible.
Vous pouvez tenter d'ouvrir directement le fichier par ce lien.
Partager cet article
Repost0
30 janvier 2007 2 30 /01 /janvier /2007 07:27


Voici un magnifique et émouvant discours de
Martin Luther King,  "Je suis allé  jusqu'au sommet de la montagne". Je vous propose de l'écouter (audio en bas) tout en lisant la traduction en français. Version en anglais, ici.

Ce sermon, prononcé à Memphis le 3 avril 1968, sera le dernier du pasteur. Martin Luther King sera assassiné le lendemain. C'est une sorte de testament, beau à pleurer.


(...) " Eh bien, je ne sais pas ce qui va arriver maintenant. Nous avons devant nous des journées difficiles. Mais peu m'importe ce qui va m'arriver maintenant, car je suis allé jusqu'au sommet de la montagne. Je ne m'inquiète plus. Comme tout le monde, je voudrais vivre longtemps. La longévité a son prix. Mais je ne m'en soucie guère maintenant. Je veux simplement que la volonté de Dieu soit faite. Et il m'a permis d'atteindre le sommet de la montagne. l'ai regardé autour de moi. Et j'ai vu la Terre promise. Il se peut que je n'y pénètre pas avec vous. Mais je veux vous faire savoir, ce soir, que notre peuple atteindra la Terre promise. Ainsi je suis heureux, ce soir. Je ne m'inquiète de rien. Je ne crains aucun homme. Mes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur."



Première partie:


«Je suis allé jusqu'au sommet de la montagne»

    Voyez-vous, si je me trouvais au début des temps avec la possibilité d'avoir une vue générale panoramique sur toute l'histoire du genre humain jusqu'à nos jours, et si le Tout-Puissant me demandait:
«Martin Luther King, à quelle époque veux-tu vivre? », je m'en irais mentalement en Égypte et je verrais le peuple de Dieu entamer sa marche magnifique pour s'évader des sombres donjons d'Égypte à travers la mer Rouge, et franchir le désert vers la Terre promise. Mais en dépit de sa magnificence, je ne m'y arrêterais pas.
Je poursuivrais ma route jusqu'en Grèce et transporterais mon esprit sur le mont Olympe. Et je verrais Platon, Aristote, Socrate, Euripide et Aristophane assemblés autour du Parthénon, en train de discuter des grandes et éternelles questions que pose la réalité. Mais je ne m 'y arrêterais pas.
Je poursuivrais ma route jusqu'aux beaux jours de l'Empire romain. J'y verrais les événements survenus sous de grands chefs et de grands empereurs. Mais je ne m'y arrêterais pas.
Je parviendrais même jusqu'aux temps de la Renaissance et admirerais rapidement tout ce que la Renaissance a apporté à la vie culturelle et esthétique de l'homme. Mais je ne m'y arrêterais pas.
J'irais même là où vivait celui dont je porte le nom, et je verrais Martin Luther clouer ses quatre-vingt-quinze thèses sur la porte de l'église de Wittenberg. Mais je ne m'y arrêterais pas.
Je parviendrais même à l'année 1863 et observerais un président hésitant nommé Abraham Lincoln se résoudre finalement à signer la proclamation d'émancipation. Mais je ne m'y arrêterais pas.
Je parviendrais même au début des années 30 et verrais un homme se colleter avec les problèmes que pose la banqueroute de son pays et crier:« Nous n'avons rien à craindre que la crainte. » (Roosevelt) Mais je ne m'y arrêterais pas.
Bizarrement, je me tournerais vers le Tout-Puissant et lui dirais:
«Si Tu m'accordes de vivre juste quelques années dans la seconde moitié du XXè siècle, je serais heureux. » C'est là une demande bizarre, car le monde est sens dessus dessous.
Notre nation est malade. Le pays est en proie à des troubles. La confusion règne partout. C'est là une demande bizarre. Mais d'une façon ou d'une autre, vous ne voyez les étoiles que s'il fait assez noir pour cela. Et je vois Dieu à l'œuvre, en cette période du XXè siècle.
Quelque chose est en train d'arriver à notre monde. Les masses populaires se dressent. Et partout où elles s'assemblent aujourd'hui - que ce soit à Johannesburg, en Afrique du Sud, à Nairobi, au Kenya, à Accra, au Ghana, dans la ville de New York, à Atlanta, en Géorgie, à Jackson, au Mississippi, ou à Memphis, dans le Tennessee - le cri est toujours le même: « Nous voulons être libres. » Et une autre raison pour laquelle je suis heureux de vivre à notre époque, c'est que nous nous trouvons, par force, à un point où il faudra nous colleter avec les problèmes que les hommes ont tenté d'empoigner pendant toute leur histoire, sans que l'urgence soit telle qu'ils s'y trouvent forcés. Mais il y va maintenant de notre survie. Les hommes depuis des années déjà parlent de la guerre et de la paix.
Désormais, ils ne peuvent plus se contenter d'en parler; ils n'ont plus le choix entre la violence et la non-violence en ce monde; c'est la non-violence ou la non-existence. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.
Il en va de même pour ce qui concerne la révolution en faveur des droits de l'homme: si rien n'est fait de toute urgence dans le monde entier pour sortir les peuples de couleur de leurs longues années de pauvreté, des longues années pendant lesquelles ils ont été maltraités et laissés à l'abandon, c'est le monde entier qui ira à sa perte. Aussi suis-je heureux que Dieu m'ait permis de vivre à notre époque pour voir ce qui s'y passe. Et je suis heureux qu'il m'ait accordé de me trouver aujourd'hui à Memphis.
Je peux me rappeler, je peux me rappeler le temps où les Noirs se contentaient de tourner en rond, comme l'a dit si souvent Ralph, se grattant là où ça ne les démangeait pas, riant quand on ne les chatouillait pas. Mais ce temps est entièrement révolu. Nous parlons sérieusement désormais et nous sommes déterminés à obtenir notre juste place dans ce monde du Bon Dieu. Et c'est là tout ce dont il s'agit.
Nous ne sommes engagés dans aucune protestation négative, dans aucune discussion négative vis-à-vis de personne. Nous disons que nous sommes déterminés à être des hommes. Nous sommes déterminés à être des personnes. Nous affirmons, nous affirmons que nous sommes des enfants du Bon Dieu. Et si nous sommes des enfants du Bon Dieu, nous n'avons pas à vivre comme on veut nous forcer à vivre.
Qu'est-ce que cela signifie en cette importante période de l'Histoire? Cela signifie qu'il nous faut rester ensemble. Il nous faut rester ensemble et maintenir notre unité. Vous savez, chaque fois que le Pharaon voulait prolonger le temps de l'esclavage en Égypte, il utilisait sa recette favorite pour y parvenir. Laquelle? Dresser les esclaves les uns contre les autres. Mais quand les esclaves sont unis, il se passe quelque chose à la cour du Pharaon, et celui-ci ne peut les maintenir en esclavage. Quand les esclaves s'unissent, c'est le commencement de la fin de l'esclavage. Maintenons notre unité. (...)

Deuxième partie demain

Partager cet article
Repost0
29 janvier 2007 1 29 /01 /janvier /2007 08:15

Après Leibniz, continuons notre exploration de l'économie physique. Voici quelques extraits de la lettre encyclique "Populorum progressio" de Paul VI, consacrée à l’engagement social de l’Église dans le monde. Publiée en mars 1967, il y est question de développement, de justice et de paix. Point fort: "Le développement est le nouveau nom de la paix". Une piste de réflexion toujours intéressante pour les problèmes d'aujourd'hui.



Populorum progressio - Extraits

Le développement


Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme. Comme l’a fort justement souligné un éminent expert : « Nous n’acceptons pas de séparer l'économique de l'humain, le développement des civilisation où il s'inscrit. Ce qui compte pour nous, c'est l'homme, chaque homme, chaque groupement d'hommes, jusqu'à l'humanité tout entière ».


Vocation à la croissance

Dans le dessein de Dieu, chaque homme est appelé à se développer, car toute vie est vocation. Dès la naissance, est donné à tous en germe un ensemble d'aptitudes et de qualités à faire fructifier : leur épanouissement, fruit de l'éducation reçue du milieu et de l'effort personnel, permettra à chacun de s'orienter vers la destinée que lui propose son créateur. Doué d'intelligence et de liberté, il est responsable de sa croissance, comme de son salut. Aidé, parfois gêné par ceux qui l'éduquent et l'entourent, chacun demeure, quelles que soient les influences qui s'exercent sur lui, l'artisan principal de sa réussite ou de son échec : par le seul effort de son intelligence et de sa volonté, chaque homme peut grandir en humanité, valoir plus, être plus.


Devoir personnel...

Cette croissance n'est d'ailleurs pas facultative. Comme la création tout entière est ordonnée à son créateur, la créature spirituelle est tenue d'orienter spontanément sa vie vers Dieu vérité première et souverain bien. Aussi la croissance humaine constitue-t-elle comme un résumé de nos devoirs. Bien plus, cette harmonie de nature enrichie par l'effort personnel et responsable est appelée à un dépassement. Par son insertion dans le Christ vivifiant l'homme accède a un épanouissement nouveau, à un humanisme transcendant, qui lui donne sa plus grande plénitude : telle est la finalité suprême du développement personnel.


...et communautaire


Mais chaque homme est membre de la société; il appartient à l'humanité tout entière. Ce n'est pas seulement tel ou tel homme, mais tous les hommes qui sont appelés à ce développement plénier. Les civilisations naissent, croissent et meurent. Mais, comme les vagues à marée montante pénètrent chacune un peu plus avant sur la grève, ainsi l'humanité avance sur le chemin de l'histoire. Héritiers des générations passées et bénéficiaires du travail de nos contemporains, nous avons des obligations envers tous, et ne pouvons nous désintéresser de ceux qui viendront agrandir après nous le cercle de la famille humaine. La solidarité universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir.


La destination universelle des biens

« Emplissez la terre et soumettez-la » : la Bible, dès sa première page, nous enseigne que la création entière est pour l'homme, à charge pour lui d'appliquer son effort intelligent à la mettre en valeur, et, par son travail, la parachever pour ainsi dire à son service.
Si la terre est faite pour fournir à chacun les moyens de sa subsistance et les instruments de son progrès, tout homme a donc le droit d'y trouver ce qui lui est nécessaire. Le récent Concile l'a rappelé : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu elle contient à l'usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité . » Tous les autres droits, quels qu'ils soient, y compris ceux de propriété et de libre commerce, y sont subordonnés : ils n'en doivent donc pas entraver, mais bien au contraire faciliter la réalisation, et c'est un devoir social grave et urgent de les ramener à leur finalité première.


L'industrialisation

Nécessaire à l'accroissement économique et au progrès humain, l'introduction de l'industrie est à la fois signe et facteur de développement. Par l'application tenace de son intelligence et de son travail, l'homme arrache peu à peu ses secrets à la nature, tire de ses richesses un meilleur usage. En même temps qu'il discipline ses habitudes, il développe chez lui le goût de la recherche et de l'invention, l'acceptation du risque calculé, l'audace dans l'entreprise, l'initiative généreuse, le sens des responsabilités.


Capitalisme libéral

Mais un système s'est malheureusement édifié sur ces conditions nouvelles de la société, qui considérait le profit comme motif essentiel du progrès économique, la concurrence comme loi suprême de l'économie, la propriété privée des biens de production comme un droit absolu, sans limites ni obligations sociales correspondantes. Ce libéralisme sans frein conduisait à la dictature à bon droit dénoncée par Pie XI comme génératrice de « l'impérialisme international de l'argent  ». On ne saurait trop réprouver de tels abus, en rappelant encore une fois solennellement que l'économie est au service de l'homme . Mais s'il est vrai q'un certain capitalisme a été la source de trop de souffrances, d'injustices et de luttes fratricides aux effets encore durables, c'est à tort qu'on attribuerait à l'industrialisation elle-même des maux qui sont dus au néfaste système qui l’accompagnait. Il faut au contraire en toute justice reconnaître l'apport irremplaçable de l'organisation du travail et du progrès industriel à l'œuvre du développement.


Le travail

De même, si parfois peut régner une mystique exagérée du travail, il n'en reste pas moins que celui-ci est voulu et béni de Dieu. Créé à son image, « l'homme doit coopérer avec le créateur à l'achèvement de la création, et marquer à son tour la terre de l'empreinte spirituelle qu'il a lui-même reçue».
Dieu qui a doté l'homme d'intelligence, d'imagination et de sensibilité, lui a donné ainsi le moyen de parachever en quelque sorte son œuvre : qu'il soit artiste ou artisan, entrepreneur, ouvrier ou paysan, tout travailleur est un créateur. Penché sur une matière qui lui résiste, le travailleur lui imprime sa marque, cependant qu'il acquiert ténacité, ingéniosité et esprit d'invention. Bien plus, vécu en commun, dans l'espoir, la souffrance, l'ambition et la joie partagés, le travail unit les volontés, rapproche les esprits, et soude les cœurs: en l'accomplissant, les hommes se découvrent frères.


Le développement est le nouveau nom de la paix

Les disparités économiques, sociales et culturelles trop grandes entre peuples provoquent tensions et discordes, et mettent la paix en péril. Comme nous le disons aux pères conciliaires au retour de notre voyage de paix à l'O.N.U : «  La condition des populations en voie de développement doit être l'objet de notre considération, disons mieux, notre charité pour les pauvres qui sont dans le monde - et ils sont légions infinies - doit devenir plus attentive, plus active, plus généreuse ». Combattre la misère et lutter contre l'injustice, c'est promouvoir, avec le mieux-être, le progrès humain et spirituel de tous, et donc le bien commun de l'humanité. La paix ne se réduit pas à une absence de guerre, fruit de l'équilibre toujours précaire des forces. Elle se construit jour après jour, dans la pour suite d'un ordre voulu de Dieu, qui comporte une justice plus parfaite entre les hommes.

Tous Solidaires

Dans ce cheminement, Nous sommes tous solidaires. A tous, Nous avons voulu rappeler l’ampleur du drame et l’urgence de l’œuvre à accomplir. L’heure de l’action a maintenant sonné: la survie de tant d’enfants innocents, l’accès à une condition humaine de tant de familles malheureuses, la paix dans le monde, l’avenir de la civilisation sont en jeu. A tous les hommes et à tous les peuples de prendre leurs responsabilités.



Partager cet article
Repost0