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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

  

    § 1. — L'action et l'association locales se révèlent d'une façon remarquable dans l'histoire de l'Hindoustan. Elles disparaissent sous la domination britannique.


    Dans aucune partie du monde il n'a existé de tendance plus prononcée que dans l'Inde, à l'association volontaire, marque distinctive de la liberté. Dans aucune autre, les plus faibles agglomérations sociales n'ont exercé, à un plus haut degré, le pouvoir de se gouverner elles-mêmes. Chaque village avait son organisation distincte, et sous le régime de ses dispositions simples et « presque patriarcales, les indigènes de l'Hindoustan paraissent avoir vécu — depuis les temps les plus reculés (comparativement) jusqu'à nos jours, — sinon tout à fait exempts des peines et des tourments auxquels les hommes sont soumis plus ou moins dans toutes les classes de la société, du moins jouissant pleinement et individuellement de leur propriété et d'une part considérable de liberté personnelle. Laissez-lui la possession de la ferme que ses ancêtres possédaient, et garantissez-lui, dans leur intégrité, les institutions auxquelles il a été accoutumé depuis son enfance, et l'Hindou, aux moeurs simples, n'aura aucun souci des intrigues et des cabales qui se sont agitées dans la capitale de l'empire. Les dynasties peuvent se remplacer les unes par les autres, de nouvelles révolutions s'accomplir, et ses souverains changer chaque jour ; mais aussi longtemps que sa petite société échappait à la perturbation, tous les autres événements étaient à peine pour lui matière à réflexion. Peut-être ne trouverait-on pas, suris surface de la terre, une race d'êtres humains dont l'attachement au lieu natal puisse soutenir la comparaison avec celui des Hindous. Il n'est pas de privations auxquelles ils hésitassent à se soumettre, plutôt que d'abandonner volontairement le lieu où ils sont nés ; et s'ils en ont été chassés par une oppression continue, ils y reviendront avec un nouvel amour après de longues années d'exil (1)

    La conquête mahométane laissa intactes ces simples et belles institutions. « Chaque village hindou, dit le colonel Briggs, dans son ouvrage sur l'impôt foncier, avait sa municipalité distincte, et il existait un chef héréditaire, comptable, placé à la tête d'un certain nombre de villages, formant un district possédant à la fois une influence locale et une autorité considérables, et certains domaines territoriaux ou biens fonciers. Les Mahométans sentirent bientôt qu'il était politique de ne modifier en aucune façon une institution si complète, et ils profitèrent de l'influence locale de ces fonctionnaires, pour faire accepter à leurs sujets leur domination. »

    L'action locale et l'association locale se révèlent partout d'une façon remarquable dans l'histoire de l'Inde. Ayant de nombreux gouvernants, dont quelques-uns, dans de certaines limites, reconnaissaient la suprématie du souverain placé à une grande distance, les impôts nécessaires pour le soutien du gouvernement étaient lourds, mais — comme ils s'employaient sur les lieux mêmes —si le cultivateur contribuait pour une part trop large de son blé, au moins ce blé se consommait dans un marché voisin, et rien ne sortait du pays. Les manufactures étaient également répandues sur un grand espace, et c'est ainsi qu'avait lieu la demande du travail qui n'était pas indispensable pour l'agriculture. « Sur la côte de Coromandel, dit Orme (2), et dans la province du Bengale, lorsqu'on se trouve à quelque distance d'une grande route ou d'un chef-lieu, il est rare de trouver un village où tous les individus, hommes, femmes et enfants ne soient pas occupés à fabriquer une pièce de toile. « Aujourd'hui, continue-t-il, la plus grande partie des provinces est employée dans cette unique manufacture. » Ses progrès, ainsi qu'il le dit, « n'embrassaient pas moins que le genre de vie de la moitié des habitants de l'Hindoustan. »

    En même temps que le travail était ainsi subdivisé, et que chacun était mis à même de faire des échanges avec son voisin, les échanges entre les producteurs de substances alimentaires, ou de sel, dans une partie du pays, et les producteurs de coton et les fabricants de toile dans une autre, tendaient à donner naissance au commerce avec des individus placés à de plus grandes distances, en deçà ou au-delà des limites de l'Inde même. Le Bengale était célèbre par ses magnifiques mousselines, dont on faisait une consommation considérable, à Delhi, et généralement dans l'inde septentrionale ; tandis que la côte de Coromandel était également célèbre pour l'excellence de ses perses et de ses calicots, et abandonnait à l'Inde occidentale la fabrication des étoffes d'une qualité plus grossière et de qualité inférieure de toute espèce. Sous l'empire de pareilles circonstances, il n'y a pas lieu d'être surpris que le pays fût riche, et que sa population, bien que surchargée d'impôts, et souvent pillée par des armées envahissantes, jouît d'une haute prospérité.

    Depuis l'époque de la bataille de Plassey, événement qui établit la puissance anglaise dans l'Inde, la centralisation se développa avec rapidité, et, ainsi qu'il arrive ordinairement en pareil cas, le pays se remplit d'aventuriers, gens, pour la plupart, sans principes, et dont le but unique était d'amasser une fortune par tous les moyens même les plus iniques, ainsi que le savent bien tous ceux qui connaissent les dénonciations de Burke, empreintes d'une si vive indignation (3). L'Angleterre s'enrichit ainsi, à mesure que l'Inde s'appauvrit, et que la centralisation se consolida de plus en plus.

    Peu à peu la puissance de la Compagnie s'étendit, et partout fut  adopté le principe hindou, que le souverain — comme propriétaire du sol et unique seigneur — avait droit à moitié du produit brut de la terre. Sous les premiers souverains mahométans, cet impôt foncier, aujourd'hui désigné sous le nom de rente, avait été limité à un treizième et depuis à un sixième ; mais sous le règne d'Akbar (au seizième siècle) il fut fixé à un tiers, de nombreux impôts ayant été alors abolis. Avec la décadence et la dissolution graduelle de l'empire, les souverains locaux non-seulement avaient augmenté la taxe, mais encore ils avaient fait revivre plusieurs taxes dont la levée avait été suspendue, en même temps qu'ils en établissaient d'autres de l'espèce la plus vexatoire, qui toutes furent continuées par la Compagnie, pendant qu'on n'accordait aucune réduction sur le fermage (4). De plus la Compagnie ayant le monopole du trafic pouvait fixer arbitrairement les prix de tout ce qu'elle avait à vendre, aussi bien que de tout ce qu'elle avait besoin d'acheter ; et c'est alors que fût établi un autre impôt très-vexatoire au profit du seigneur de la terre absent (5).

    Avec la nouvelle extension de la puissance, les demandes faites par le trésor de la Compagnie augmentèrent, sans qu'il y eût augmentation des moyens à l'aide desquels on pût les satisfaire, l'épuisement étant une conséquence naturelle de l'absentéisme ou de la centralisation, ainsi que l'Irlande l'a si bien prouvé. La possibilité de payer les impôts étant en voie de diminution, il en résulta la nécessité de recourir à la création d'une espèce d'aristocratie foncière, qui serait responsable de leur payement envers le gouvernement ; à cet effet, les droits particuliers des petits propriétaires furent sacrifiés en faveur des zemindars, qui, jusqu'alors, n'avaient été que de simples officiers de la couronne. Devenus dès lors de grands propriétaires fonciers, ils furent constitués maîtres d'une foule de pauvres tenanciers, possédant leurs terres au gré de ces maîtres, et passibles de la torture et de châtiments de toute sorte, s'ils manquaient à payer une rente, dont le montant n'avait d'autre limite que le pouvoir de les contraindre au payement. C'est ainsi que se trouva transplanté dans l'Inde le système des intermédiaires, suivi en Irlande et aux Antilles.

    Toutefois, dans le principe, il fonctionna d'une façon défavorable pour les zemindars eux-mêmes ; les rentes qu'ils s'étaient obligés à percevoir étant si complètement hors de proportion avec les moyens des malheureux tenanciers que la torture même ne pouvait contraindre ceux-ci à les payer ; et il s'écoula même peu d'années avant que les zemindars se liquidassent eux-mêmes, à leur tour, pour faire place à une autre classe de gens « aussi âpres et aussi endurcis qu'ils l'avaient été eux-mêmes. » Ce système n'ayant pas répondu à ce qu'on en attendait, on se détermina ensuite à fixer l'extension de la liquidation permanente et à prendre des arrangements avec chaque petit ryot (6), ou cultivateur, à l'exclusion complète des autorités du village, qui, sous les gouvernements indigènes, avaient réparti les taxes avec tant d'équité. C'est ainsi que fut établi le système de complète centralisation des ryots ; et l'on peut juger quels ont été ses effets, d'après le tableau suivant que nous a retracé M. Fullerton, membre du Conseil de Madras.

    « Imaginez un impôt qui doit être recueilli par l'entremise de milliers de fonctionnaires du fisc, impôt perçu, ou dont il est fait remise, à leur gré, suivant les moyens de payer du possesseur, d'après le produit de sa terre ou de ses biens particuliers ; et, pour encourager chaque individu à remplir le rôle d'espion à l'égard de son voisin, et à faire connaître les moyens de payement de celui-ci, afin de pouvoir s'assurer lui-même plus tard contre une demande extraordinaire, imaginez tous les cultivateurs d'un village exposés, à tout moment, à une demande isolée, pour combler le défaut de payement d'un ou de plusieurs individus de la paroisse. Imaginez des collecteurs pour chaque comté, agissant sous les ordres d'un bureau, d'après un principe avoué, qui consiste à détruire toute concurrence pour le travail, par une égalisation générale des impositions, saisissant les fugitifs et se les renvoyant les uns aux autres. Et enfin, représentez-vous le collecteur comme le seul magistrat ou juge de paix du comté, par l'intermédiaire duquel, uniquement, peut arriver aux tribunaux supérieurs toute plainte au criminel, ou pour grief particulier. Imaginez en même temps que tout fonctionnaire subalterne, employé à la perception de l'impôt foncier, est un officier de police investi du pouvoir d'imposer une amende, d'emprisonner, de mettre au bloc, et de fouetter tout habitant résidant dans sa circonscription, sur une accusation quelconque, sans qu'on défère le serment à l'accusateur, ou que la preuve du délit soit affirmée sous la foi du serment (7). »

    Sous l'empire d'un pareil système, il ne pouvait exister aucune circulation de produits, aucun commerce ; et sans commerce, il ne pouvait, y avoir ni force, ni progrès. Quels que fussent les efforts auxquels se livrait le pauvre cultivateur, il voyait que les profits en étaient exigés pour le bénéfice du trésor ; car on lui réclamait immédiatement une rente plus considérable, toutes les fois qu'il obtenait une augmentation de produits. Dans quelques districts, on a constaté que la part du gouvernement n'était pas moindre que 60 ou 70 % sur la totalité, et cependant, à cette part, il fallait encore ajouter des taxes sur toutes les machines en usage : ce qui nécessitait des interventions de l'espèce la plus inquisitoriale et empêchait tout progrès. En fixant les taxes acquittées par les possesseurs de métiers à tisser, on exigeait que le tisserand fît connaître quel était le nombre de ses enfants et quel secours ils lui prêtaient ; et plus étaient grands les efforts de tous, plus s'élevait le montant de leurs contributions (8).

    Le moulin à huile, le four du potier, les outils de l'orfèvre, la scie du scieur de long, l'enclume du forgeron, les outils du charpentier, le demi-cercle du batteur de coton, le métier du tisserand et le bateau du pécheur, tout fut taxé. On ne laissa échapper aucune espèce de machine ; et, pour prendre ses précautions contre l'emploi d'un travail non soumis à l'impôt, qui serait appliqué soit à la culture de la terre, soit à l'industrie, on alloua de larges rétributions aux dénonciateurs, dans le but d'engager ceux qui ne voulaient pas travailler à devenir les espions de ceux qui travaillaient ; et ce système est encore en vigueur (9).

 

 

 

 

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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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