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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

henry_charles_carey.jpg

TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 11. — Histoire naturelle du commerce. Classification et démonstration des sujets, de l'ordre, de la succession, et de la coordination des classes de producteurs, d'individus chargés du transport et de consommateurs de produits industriels. Les analogies de la loi universelle.

    
    Un arbre se conformant dans ses dispositions de structure aux conditions que nous avons décrites plus haut, ainsi qu'on peut le voir dans le diagramme présenté ci-contre, et ses ramifications de racines et de branches, servant à démontrer l'histoire naturelle du commerce sociétaire, il peut y avoir un certain avantage à présenter, avec quelque détail, les faits démonstratifs qui lui correspondent. Admettons donc que la tige est le commerce, dans le sens où nous entendons ce mot, et que les racines lui sont subordonnées. Dans le premier état de la société, c'est-à-dire l'état de chasseur, la seule affaire de l'homme consiste dans l'appropriation, les animaux sauvages et leurs produits, les végétaux et les fruits, poussés sans qu'il y ait donné ses soins et développés sans qu'il les ait cultivés, devenant sa proie. Dans cette période, il n'existe ni trafic, ni industrie manufacturière, ni agriculture ; et la jeune plante, dans des circonstances parallèles, ne montre que les branches primitives et les racines les plus élevées, dont la production n'est que peu avancée. N'ayant point de termes pour décrire d'une façon précise les périodes moins importantes du développement social, les états sauvage, pastoral et patriarcal que nous traversons pour arriver à cet état auquel le trafic et le transport des denrées donnent leur caractère propre, le diagramme ci-contre, ainsi que le lecteur le verra, offre nécessairement des lacunes dans les branches nécessaires pour leur démonstration méthodique.Arbres des industries

    Dans la seconde époque, la propriété étant détenue en vertu d'un titre un peu plus stable que la simple occupation et la possession manuelle, le trafic naît et se fonde sur sa reconnaissance réciproque. Le changement de lieu s'effectuant alors par les moyens ses plus grossiers de transport, l'eau et l'air, —branches-racines —sont les forces naturelles que l'on met donc en oeuvre pour l'accomplissement de ce but ; le canot et le bateau à voile utilisent les rivières et les vents. Le marin et le marchand, et le voiturier par la voie de terre avec son chameau, ou son boeuf, ou son cheval, et peut-être son chariot, forment alors les parties importantes du système sociétaire.

    Immédiatement après, dans l'ordre successif, viennent les manufactures correspondant avec les racines qui sont les troisièmes dans le rang occupé ; car, parmi les sujets primitifs, qui marquent cette époque, les minéraux et les terres sont essentiels à la fois comme matériaux et comme instruments.. Toutefois, longtemps auparavant, le sauvage a été accoutumé à opérer des changements dans la forme de la matière ; son arc a été fabriqué avec du bois, et la corde de son arc avec les nerfs du daim ; son canot l'a été avec une écorce, en même temps qu'on l'a muni d'une peau de bête en guise de voile ; mais c'est vers une époque un peu plus avancée du progrès humain qu'il nous faut tourner nos regards, en ce qui concerne les travaux des hommes se rattachant à la transformation des minerais en instruments, ou du coton et de la laine en vêtements. Les métaux précieux, l'or, l'argent et le cuivre, se trouvant tout prêts ou à peu près pour les besoins, ainsi que les fruits et les animaux sauvages, sont employés de bonne heure pour l'ornement ; mais le fer, ce grand instrument de civilisation, et le charbon minéral, cet agent si important qui sert à transformer le fer natif, ne comptent que parmi les derniers triomphes de l'homme sur les forces puissantes de la nature.

    Ce sont donc les métaux, et les terres, branches-racines, qui correspondent à la branche principale, dans leur rapport nécessaire et dans la date de leur développement. C'est l'époque du progrès scientifique ; et c'est là que, en conséquence, nous rencontrons des phénomènes exactement d'accord avec ceux que nous avons observés par rapport à l'occupation de la terre, et sur lesquels a déjà été appelée l'attention du lecteur. Le cultivateur des terrains fertiles est mis à même de revenir, avec une augmentation de force, aux terrains plus ingrats qui avaient été occupés en premier lieu ; et il arrive alors que, développant leurs qualités latentes, il les place au premier rang sur la liste, où, jusqu'à ce jour, ils ne figuraient qu'au dernier, ainsi qu'on l'a vu sur une si grande échelle en Angleterre et en France (2).

    Pareillement, la science de la période plus récente se repliant sur le commerce grossier de la période plus ancienne, découvre les éléments cachés des règnes végétal et animal, et les propriétés chimiques et mécaniques des fluides liquides et élastiques, et les place sous l'empire de l'homme, augmentant ainsi sa force dans une proportion considérable, tandis qu'elle diminue, dans une proportion correspondante, la résistance offerte à ses efforts ultérieurs. L'eau, employée d'abord uniquement comme breuvage, ou, à cause de la faculté qu'elle possède, de porter un bateau ou un navire, l'eau maintenant fournit de la vapeur ; et l'air, qui n'était d'abord apprécié que comme indispensable aux besoins de la respiration, ou comme du vent pour enfler la voile, l'air se résout maintenant dans les gaz qui le composent, et devient propre à fournir la lumière et la chaleur ; en même temps que de mille autres manières il seconde les efforts, ou contribue aux jouissances de l'homme. Les mondes animal et végétal, qui, dans les premiers âges n'avaient donné au sauvage que des aliments et des remèdes, maintenant lui fournissent des acides, des alcalis, des huiles, des gommes, des résines, des drogues, des substances tinctoriales, des parfums, des poils, de la soie, de la laine, du coton et du cuir, et lui donnent par l'application de l'habileté et de la science manufacturières des vêtements, des habitations, tout ce qui contribue au bien-être et au luxe de la vie, sous les formes les plus variées de l'embellissement et de l'usage.

    Vient ensuite, et la dernière, l'agriculture qui embrasse, nécessairement, les découvertes et les influences de toutes les époques plus anciennes sur le progrès accompli en science et en pouvoir. Commençant grossièrement dans l'état sauvage, l'agriculture se développe un peu à l'époque du trafic ; mais, pour son développement le plus considérable, elle attend l'âge des manufactures, celui du développement scientifique, où l’on voit l'homme ayant déjà obtenu, dans une grande proportion, l'empire et la direction des forces naturelles destinées à son usage. S'appropriant les éléments tout formés de la nature, elle commande le secours du trafic et du transport, tandis qu'elle contraint de se mettre à son service toutes les forces chimiques et mécaniques fournies par l'âge des manufactures, embrassant ainsi tout le progrès de chaque époque précédente. Elle réclame non-seulement les secours de la physiologie végétale et animale et de la chimie organique et inorganique, mais encore les commodités et les applications de l'âge du transport, telles qu'elles se révèlent dans les routes, les navires et les ponts, et toutes les forces chimiques et mécaniques de l'âge des manufactures ; trouvant ainsi ses sujets, ses instruments et ses agents, dans les matériaux et dans les forces de toutes les branches du commerce humain, qui se sont développées antérieurement.

    Les branches secondaires de l'arbre indiquent la production successive des actions des diverses classes ; et c’est ainsi qu'il se fait qu'à la branche du sommet, après le chasseur viennent le soldat, l'homme d'État, et le rentier, tous individus non-producteurs, se développant dans leur ordre, procédant de la même tige, et en même temps que la civilisation augmente ; mais diminuant dans leur nombre proportionnel, à mesure que la société se développe de plus en plus. Dans l'état d'enfance cette branche placée au faîte — dans le monde naturel ou social — formait l'arbre tout entier.

    La branche suivante, la transportation, donne naissance aux voituriers par terre et par eau et aux trafiquants en marchandises (3), et finalement, lorsque la science et la civilisation sont arrivées à leur point de maturité, aux ingénieurs ; mais la proportion, par rapport à la masse d'individus dont la société se compose, diminue à mesure que les facultés de l'homme se développent de plus en plus, et que la société revêt de plus en plus sa forme naturelle.

    La troisième branche, consistant dans les changements chimiques et mécaniques de la forme, et engendrant à mesure qu'elle s'accroît, les ouvriers, les architectes, mineurs, machinistes et les nombreuses variétés d'autres professions, compense considérablement, et au-delà, les classes qui vivent de l'appropriation, du trafic et de la transportation.

    En dernier lieu, nous avons la branche des agriculteurs qui se subdivise, successivement, en celles des éleveurs de bestiaux et de volailles, des laitiers, des jardiniers ordinaires, de ceux qui cultivent les arbres fruitiers, et des laboureurs chargés d'accomplir la grande fonction fondamentale de producteurs, pour tous les autres travailleurs qui concourent à l'oeuvre du commerce social.

    Le lecteur ne doit pas perdre de vue, dans la théorie des parallèles que nous essayons ici, le souvenir de ce fait, que notre figure ne peut donner que la représentation contemporaine gle la distribution des diverses fonctions dans la société. Les branches placées au sommet sont en réalité les dernières produites par suite du développement de notre arbre ; et les premières poussées, se résolvent, par le changement de forme et l'accroissement de la substance dans les mères-branches, celles qui sont placées au plus bas de l'arbre parvenu à sa perfection ; mais l'identité des mères-branches est, en réalité, aussi bien perdue dans les autres branches de l'arbre qu'elle l'est dans la succession des fonctionnaires de l'État ; les chasseurs d'une race se transformant dans la série de leurs descendants en transportateurs, en manufacturiers et en savants cultivateurs du sol, successivement et à l'aide de développement de la civilisation. Le Breton indigène, ayant passé successivement par l'effet de la génération et de la régénération, dans toutes les formes de l'individu, nous apparaît aujourd'hui dans l'aristocratie anglaise ; mais l'individu qui lui correspond, en Australie, est encore un chasseur et un sauvage. Les appropriateurs de sa classe changeant, avec le changement des temps, se présentent à nous maintenant sous la forme de soldats, d'hommes d'État et de rentiers. Le non-producteur primitif faisait sa proie de ce que lui offrait la nature ; et les individus qui correspondent à ce non-producteur, chacun dans la voie qu'ils se sont tracée, font aujourd'hui leur proie de la société et de son industrie, et vivent aux dépens du commerce. Le sauvage le plus grossier était, de son temps, la branche la plus élevée de l'arbuste et vivait de pillage. Le soldat, de nos jours, est comme lui un spoliateur privilégié ; en même temps que l'homme d'État vit des impôts, et que le rentier de l'État tire tout son entretien des contributions levées sur toutes les classes qui contribuent au développement du commerce.

    Dans sa position relative, la branche du sommet est, conséquemment, encore à sa place ; et en parcourant tous les changements qui ont eu lieu dans le système général, elle a toujours occupé, et doit occuper toujours une position qui correspond au rapport établi entre les appropriateurs de l'espèce à l'égard des travailleurs de la société. On voit aussi, que dans l'échelle de la prééminence, la classe des transportateurs occupe sa place véritable. Le propriétaire du navire et le trafiquant en marchandises viennent, pour le rang et le pouvoir, après l'homme d'État, comme le transportateur suit le chasseur ; les deux classes à leur tour dominant la société, jusqu'au moment où l'industrie et le talent, ainsi que des relations intimes entre les individus, développent dans une population l'idée de se gouverner elle-même, et diminuent ainsi la puissance des classés qui s'occupent de trafic et de gouvernement.

    Les agriculteurs sont les derniers à se développer et à conquérir leur force légitime, mais ici nous rencontrons une difficulté résultant de l'insuffisance du langage ; il n'existe point de mots qui expriment convenablement la différence essentielle entre la culture sauvage, barbare et patriarcale, et la culture civilisée et savante de la terre. La différence entre les deux est tellement profonde qu'on ne peut les appeler du même nom général ; et nous ne faisons allusion maintenant qu'aux différences entre la culture à l'état d'enfance, de jeunesse et de maturité, pour rendre compte de ce fait que l'agriculture privée de lumières est éclipsée par les autres branches du commerce humain, jusqu'à l'instant où la fonction si importante de la production en tout genre, nécessaire pour satisfaire les besoins les plus élevés du monde, se développe et acquiert la perfection à laquelle elle est destinée et qu'elle doit atteindre, forcément, et en dernière analyse. Ce résultat étant obtenu et le cône étant géométriquement et socialement placé en équilibre sur la base de la science, les harmonies dans la distribution seront complètes.

    La racine pivotante s'enfonce plus profondément, et les branches se développent à mesure que l'arbre s'élève dans l'air. Les éléments impondérables, — la lumière, la chaleur et l'électricité, — sont les derniers parmi les éléments soumis à l'empire de l'homme et appropriés aux besoins de la vie. Le feu et l'eau, sous leurs formes et dans leur action sont naturellement connus de bonne heure ; mais ce n'est qu'à une époque avancée de progrès que leurs forces mécaniques et chimiques sont soumises à la direction de l'homme. La lumière était quelque peu comprise au siècle de la peinture ; mais ce n'est que d'aujourd'hui qu'elle est devenue l'esclave docile des arts, dans la photographie appliquée des portraits ; l'électricité est employée pour la transmission des nouvelles et le traitement des maladies ; mais considérée comme puissant moteur, ou comme force mécanique — devant remplacer le travail humain, — nous ne sommes encore pour ainsi dire qu'au seuil de la découverte. L'agriculture compte sur ces agents et sur le développement de la météorologie pour régir, en souveraine, sa sphère spéciale de service dans la vie de l'homme.

    Dans le cheval et dans l'homme, la disposition des parties constituantes qui donne la plus grande force étant de la beauté la plus élevée, il en devait être de même par rapport aux agglomérations d'individus qui forment les sociétés.

    A chaque pas fait dans la direction que nous avons indiquée plus haut, la société acquiert une individualité plus parfaite, ou la faculté plus complète de se gouverner elle-même ; et plus cette faculté est entière, plus est grande la disposition de cette société à concerter ses efforts avec ceux des autres sociétés de l'univers, et plus est considérable son pouvoir de s'associer avec elles sur la base d'une stricte égalité. Ce qui a lieu pour les individus a lieu également pour les communautés sociales. Plus est parfaite l'individualité de l'homme, plus est grande sa disposition à l'association, et plus est complète sa faculté de combiner ses efforts avec ceux des autres hommes ; et ici nous trouvons une nouvelle preuve du caractère d'universalité des lois qui régissent la matière sous toutes ses formes, depuis le roc jusqu'au sable et à l'argile, éléments dans lesquels il se décompose ; et de là, en remontant et traversant les végétaux et les animaux pour arriver aux sociétés humaines.

 

 

 

 


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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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