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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

henry_charles_carey.jpg

TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 3. — Causes de perturbation qui tendent à arrêter le mouvement sociétaire. Dans la période de l'état de chasseur, la force brutale constitue la seule richesse de l'homme. Le commerce commence avec le trafic à l'égard de l'homme, des os, des muscles et du sang.

    
    Dans le tableau que nous avons offert jusqu'à ce moment des mouvements des premiers colons, nous les avons représentés comme chefs des deux uniques familles résidant sur une île, chacune d'elles jouissant d'une parfaite sécurité pour sa personne et sa propriété, toutes deux pouvant approprier à leurs besoins et à leurs desseins tout le produit de leur travail et, conséquemment, arriver à un accroissement de richesse, de prospérité et de bonheur. Mais les choses ne se sont passées de la sorte en aucun pays du globe. Dans tous il a existé des causes de perturbation, tendant considérablement à arrêter les progrès de l'homme ; mais conformément à la loi de composition des forces, on a regardé comme juste de faire voir quelle eût été la marche des événements, si de semblables causes n'eussent pas existé. Cela fait nous pouvons maintenant soumettre à un examen intime ces perturbations, dans le but de constater de quelle manière chacune d'elles a tendu à produire la suite des actes consignés dans nos ouvrages d'histoire.

    A cet effet, aux deux individus qui occupent l’île, ajoutons-en un troisième, remarquable par la force de son bras, capable, s'il le veut, de dicter des lois à ses compagnons de colonisation et disposé à vivre de leur travail au lieu de vivre du sien propre. Se plaçant entre eux, il dit à A, qui occupe l'une des parties de l’île et possède un canot : « Apporte-moi ton poisson. Cela te donnera moins de peine que tu n'en aurais à le transporter, en traversant l’île, et j'arrangerai les conditions de l'échange entre toi et B. » Au second il dit : « Apporte-moi tes oiseaux, tes lapins et tes écureuils, et je négocierai les conditions auxquelles tu pourras te procurer du poisson. »

    Ace discours, les deux habitants de l'île pourraient objecter qu'ils étaient tout à fait compétents pour faire leurs échanges personnels, et qu'ils épargneraient ainsi les frais nécessités par l'emploi d'un agent ; et s'ils étaient unis, ils pourraient opposer une résistance efficace à la réalisation de ses désirs. Comme il est probable que tout effort semblable pour s'associer déjouerait son désir de vivre à leurs dépens, il devient indispensable que celui-ci empêche autant que possible tout ce qui ressemblerait à un concert d'efforts entre eux ; il suscite donc des conflits. Et la discorde engendre la faiblesse et la pauvreté, là même où l'association eût produit la richesse et la force. Plus ils mettent entre eux de distance, plus est considérable la proportion du produit de leur travail que le troisième occupant s'approprie ; et de cette façon, en même temps qu'ils deviennent, chaque jour, plus dépendants de sa volonté, sa richesse et sa puissance augmentent constamment.

    Cependant leurs familles prenant de l'accroissement, l'idée vient à quelques-uns des plus intelligents, que leur situation pourrait s'améliorer, en adoptant des mesures tendant à leur permettre de combiner leurs efforts et leur travail. Bien que A ne possède qu'un arc et des flèches, il n'existe aucune raison pour que son fils ne puisse posséder un canot ; et autour de lui la mer abonde en poissons. Bien que B ne possède qu'un canot, il serait facile à son fils de se procurer un arc et des flèches ; et dès lors le père et le fils pourraient échanger du poisson contre de la viande, sans être obligés de traverser avec de grands frais pour le transport, et en se soumettant aux demandes du trafiquant qui s'est ainsi placé en travers de la route. Cependant cet accroissement dans la puissance d'association et dans la continuité de mouvement, ne cadre pas avec les desseins de celui-ci, auquel le trafic fournit le moyen de vivre dans l'abondance, aux frais des pauvres individus qui dépendent de lui, et il ne permettra pas que cet accroissement ait lieu. Comme il est riche, il peut payer les auxiliaires nécessaires pour maintenir son autorité ; et parmi les enfants de ses voisins, il en est quelques-uns qui aimeraient mieux vivre du travail d'autrui que de leur propre travail. Pauvres et débauchés, ils sont prêts à vendre leurs services à qui leur donnera le pouvoir de manger, de boire et de vivre joyeusement, à la condition qu'ils l'aideront dans ses efforts pour empêcher toute relation par un intermédiaire ; et c'est alors que le brigand à gages fait son apparition sur la scène.

    Il faut maintenant des impôts plus considérables, et pour les obtenir, de nouveaux efforts sont nécessaires dans le but d'empêcher que l'association ait lieu à l'intérieur, ou l'échange au dehors, sans payer de redevance au trésor du trafiquant. A chaque pas, dans cette direction, nous constatons une diminution dans le pouvoir de construire une machine à l'aide de laquelle on obtient l'empire sur la nature, ou l'on donne de l'utilité aux diverses substances destinées à l'usage de l'homme ; nous constatons une augmentation dans la valeur de toutes les denrées indispensables à l'homme, résultant de l'augmentation des obstacles à surmonter avant de pouvoir se les procurer, une diminution dans la valeur de l'homme, en même temps qu'une diminution dans ses progrès vers la richesse, le bonheur et la puissance. Nous pouvons maintenant examiner jusqu'à quel point le tableau que nous avons présenté est d'accord avec les faits consignés dans l'histoire.

    A défaut de la richesse, ou du pouvoir de commander les services de la nature qui caractérise l'origine de la société, l'homme est forcé de ne compter que sur ses efforts isolés, pour se procurer les choses nécessaires à la vie. Ses facultés intellectuelles étant alors à peine développées d'une façon quelconque, il est obligé de se reposer presque entièrement sur ses facultés physiques ; et comme ces dernières sont nécessairement, et prodigieusement différentes chez les divers individus, il existe à cette époque la plus profonde inégalité de conditions. L'enfant et la femme sont alors les esclaves de leurs parents et de leurs maris, tandis que les individus que l'âge ou la maladie a rendus incapables de travailler, deviennent, à leur tour, esclaves de leurs enfants et sont généralement délaissés pour mourir faute de nourriture.

    Dans la période de la vie de chasseur, lorsque l'homme ne fait que s'approprier les dons spontanés de la nature, la force brutale constitue son unique richesse. Forcé de se livrer à un exercice constant et pénible pour chercher ses aliments, en même temps qu'il manque des vêtements nécessaires pour entretenir la chaleur animale, la déperdition de force est considérable et il lui faut, en conséquence, d'amples provisions de subsistances ; ainsi qu'il est démontré par ce fait, qu'on n'alloue pas aux chasseurs et aux trappeurs de l'ouest moins de huit livres de viande par jour.

    C'est ainsi que les besoins de l'homme sont très-grands, tandis que sa puissance est très-faible. Il faut, dit-on, huit cents acres de terre équivalant à une étendue d'un mille et un quart carré, pour fournir à l'homme, à l'état de chasseur, la même quantité de subsistances que l'on pourrait obtenir d'une acre de terre soumise à la culture. Les famines, étant conséquemment fréquentes, les individus sont forcés, parfois, d'avoir recours aux aliments les plus nauséabonds ; et c'est ainsi que nous trouvons, d'une part les mangeurs de terre et de l'autre les mangeurs d'hommes, tous deux appartenant à cette période de la société où l'espèce homme est la moins abondante, et peut exercer à son gré le droit de choisir entre les terrains fertiles et les terrains ingrats qui sont alors si abondants. Mais comme l'homme n'est que l'esclave de la nature, elle lui offre, lorsqu'il veut occuper les terrains fertiles, des obstacles assez complètement insurmontables, pour le forcer, ainsi que nous l'avons vu, à commencer en tout pays par les terrains les plus ingrats, ceux dont les qualités naturelles les rendent moins propres à rémunérer le travailleur. Les subsistances ont donc une grande valeur, parce qu'on ne se les procure qu'au prix d'efforts infinis.

    Le gibier devenant plus rare chaque année, les famines deviennent plus fréquentes et entraînent avec elles la nécessité de changer de lieu. Ce changement, à son tour, engendre la nécessité de déposséder les heureux possesseurs des lieux où l'on peut se procurer plus facilement les subsistances ; et c'est ainsi qu'il arrive que le manque de pouvoir sur la nature force l'homme, en tous pays, de devenir le voleur de son semblable. La terre où il était né n'ayant pour lui que peu d'attrait, — son séjour n'y ayant guère été qu'une suite constante de souffrances par suite du manque d'aliments, —il est toujours prêt à changer de demeure pour se mettre en quête de pillage, ainsi que nous le voyons se pratiquer chez les Comanches et autres tribus sauvages de l'ouest. Il en a été de même partout. L'histoire du monde, lorsqu'on parcourt ses annales, nous montre les peuples résidant sur les terrains plus élevés et plus ingrats, ceux des monts Himalaya, les premiers Germains, les Suisses et les Highlanders, pillant ceux auxquels leurs habitudes paisibles avaient permis d'accumuler la richesse et de cultiver des terrains plus fertiles.

    Dans les premiers âges de la société, comme il n'existe guère de propriété d'aucune espèce, nous constatons que partout les hommes forts se sont approprié de vastes portions de terre, tandis que les autres hommes, les femmes et les enfants, ont été transformés en propriété, réduits en esclavage et forcés de travailler pour des maîtres qui remplissent l'office de trafiquants, se plaçant entre ceux qui produisaient et ceux qui voulaient consommer ; et ravissant tout le fruit des travaux des premiers, en même temps qu'ils ne laissaient aux seconds que ce qui leur était absolument nécessaire pour soutenir leur existence. Toute la préoccupation du propriétaire se bornant à empêcher un concert quelconque d'efforts entre ses esclaves, plus ce but est atteint complètement, plus est constamment considérable la proportion des produits retenus par lui, et plus est faible celle qui se partage entre ceux qui avaient travaillé pour produire et ceux qui avaient besoin de consommer les produits.

    Le commerce commence ainsi avec le trafic d'os, de muscles, de sang, le trafic de l'homme. Le guerrier achète ses denrées au meilleur marché possible ; il les vole au milieu de la nuit, brûlant les villages de ceux qui les possèdent, massacrant les hommes, et réduisant en captivité les femmes et les enfants. Sa gloire se mesure par le nombre de ses meurtres, et sa richesse augmente avec le butin qu'il a pu s'assurer. Gardant pour ses besoins et ses desseins autant de prisonniers qu'il lui en faut, il vend les autres à d'autres trafiquants, qui, les ayant achetés au meilleur marché, transportent ailleurs leur propriété, cherchant le marché le plus cher pour la revendre avec le profit le plus considérable.

    A cette époque de la société on trouve toujours les hommes au milieu des hautes terres de l'intérieur, ou sur les petites îles hérissées de rochers, telles que celles de la mer Ionienne et de la mer Égée, dans lesquelles la formation d'un sol propre à la culture est assurément une opération très-lente à accomplir. Comme il n'existe point de route, les voies de communication par terre sont très-difficiles et le petit nombre de celles qui existent sont entretenues au moyen de barques ou de navires, pour la construction et la mise en oeuvre desquels ces populations d'insulaires sont aptes de bonne heure ; et c'est ainsi, conséquemment, que le commerce se développe d'abord dans une proportion quelque peu considérable. Cependant les facilités du commerce étant accompagnées d'une égale facilité pour piller et massacrer les populations des côtes, et entraver tout commerce qui ne tournerait pas au profit du trafiquant, la piraterie et le trafic se développent naturellement de conserve. Avec le temps, toutefois, la population augmentant, on trouve plus profitable de se fixer aux lieux où les échanges doivent se faire nécessairement pour y lever des impôts sur ceux qui font les échanges ; et c'est ainsi que l'on a vu s'élever de grandes villes sur les emplacements où furent autrefois Tyr, Sidon, Corinthe, Palmyre, Venise, Gênes, et d'autres encore dont l'accroissement était dû exclusivement au commerce.

 

 

 

 

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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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