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Lundi 1 novembre 2004 1 01 /11 /Nov /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VI :

DE LA VALEUR.

 

    § 5. — Quelles sont les choses auxquelles nous attachons l'idée de valeur? Pourquoi y attache-t-on de la valeur? Quel est leur degré de valeur ?


    
    Le lecteur qui désire maintenant vérifier par lui-même l'exactitude des idées qui lui ont été présentées jusqu'à ce moment, peut le faire facilement sans quitter la chambre où il se tient assis. Qu'il porte d'abord les regards autour de lui, et qu'il voie quelles sont les choses auxquelles il attache l'idée de valeur. En se livrant à cet examen, il trouve qu'au nombre de ces choses n'est pas compris l'air qu'il aspire constamment, et sans lequel il ne pourrait vivre. En lisant pendant le jour, il trouve qu'il n'attache aucune valeur à la lumière, ni dans l'été à la chaleur. Si c'est pendant la nuit qu'il se livre à la lecture, il attache une valeur au gaz qui lui fournit la lumière ; et pendant l'hiver au charbon de terre, ou au bois, dont la combustion réchauffe ses membres. En recherchant ensuite pourquoi il attache une idée de valeur à l'une de ces choses et non à l'autre, il trouve que la raison en est, que la première est fournie gratuitement par la nature, en quantités abondantes, et dans les lieux et au moment où l'on en a besoin ; tandis que pour obtenir la dernière, il faut dépenser une certaine somme de travail humain. La nature fournit la houille dans une proportion illimitée et gratuitement, ainsi que l'air ; mais il faut quelques efforts pour amener cette houille au lieu où elle doit être consommée. Les matières dont on fait les chandelles sont également fournies en abondance ; mais pour les changer de lieu et de forme, de manière à les approprier aux besoins de l'homme, il faut appliquer une certaine somme de travail ; et c'est à raison de la nécessité de vaincre l'obstacle qui empêche la satisfaction de nos désirs, que nous apprécions la houille et la chandelle, tandis que nous n'attachons aucune valeur à la lumière du jour, ou à la chaleur de l'été.

    Si le lecteur se demande ensuite combien de valeur il attache au siége sur lequel il est assis, à la table sur laquelle il écrit, au livre qu'il lit, ou à la plume à l'aide de laquelle il trace des caractères, il trouve que cette valeur est limitée par le prix de reproduction ; et que plus il s'est écoulé de temps depuis que ces divers objets ont été fabriqués, plus est considérable l'abaissement de cette valeur au-dessous du prix de production. La plume, qui vient d'être fabriquée à l'instant, peut être remplacée, rien que par la dépense de la même somme de travail qui a été nécessaire pour la produire ; et sa valeur ne change pas. Le siége et la table, qui ont peut-être aujourd'hui dix ans de date, sont tombés aujourd'hui bien au-dessous de leur valeur primitive ; car, depuis cette époque, on a inventé des machines, à l'aide desquelles la vapeur a été appliquée aux diverses opérations qui se rattachent à la fabrication de ces produits ; ceux-ci, conséquemment, ont baissé de valeur comparés au travail, tandis que le travail a haussé comparé avec eux. Le livre qu'il lit est peut-être encore plus ancien ; et depuis qu'il a été imprimé, des perfectionnements ont eu lieu dans l'industrie, perfectionnements qui tendent à diminuer considérablement la somme d'efforts humains nécessaire pour sa reproduction. Le chimiste a fourni les poudres de blanchiment qui ont amélioré la couleur du papier. Le chemin de fer, en diminuant les frottements des véhicules, a diminué les frais de transport des chiffons et du papier. La puissance de la vapeur a remplacé le travail des bras de l'homme, et a permis au fabricant de papier de livrer au dehors, et provenant de la même manufacture, autant de rames qu'il pouvait autrefois fabriquer de mains. La vapeur devient encore un auxiliaire pour transformer le métal en caractères d'imprimerie ; et la presse à vapeur, qui livre des milliers de feuilles par heure, a remplacé la presse à bras qui ne les livrait que par centaines. A chaque accroissement pareil dans l'empire que l'homme conquiert sur la nature, il y a diminution dans la valeur des livres existants comparés à celle du travail, et augmentation dans la valeur du travail comparée à celle des livres, ainsi que le lecteur peut s'en convaincre, en jetant les yeux autour de lui sur sa bibliothèque, et comparant la valeur qu'il attache aujourd'hui aux ouvrages classiques qui sont constamment reproduits, à celle qu'il y attachait dix ou vingt ans auparavant. On peut aujourd'hui se procurer, en échange du travail d'un individu habile, pendant un seul jour, un exemplaire de la Bible, de Milton, ou de Shakespeare, mieux fabriqué que celui qu'on eût obtenu, il y a cinquante ans, en échange du travail d'une semaine ; la conséquence nécessaire de ce fait a été une diminution dans la valeur de tous les exemplaires existant, soit dans les bibliothèques particulières, soit entre les mains des libraires, le prix de reproduction étant la limite que ne peut dépasser la valeur (1).

    En outre, parmi les livres qui sont en sa possession, tous ceux qui ont été reliés il y a quarante ans le sont en peau ; tandis que parmi les livres modernes presque tous le sont en toile. A une époque plus reculée, la toile de coton exigeait, pour sa fabrication, une large dépense de travail humain, et sa valeur était tellement considérable, qu'une quantité de douze ou quinze mètres était tout ce que l'ouvrier pouvait obtenir, au prix des efforts d'une semaine. Mais depuis cette époque, diverses forces naturelles ont été mises en oeuvre pour seconder les efforts du fabricant de toile ; la vapeur a remplacé les doigts qui antérieurement filaient la laine, et les bras qui autrefois tissaient la toile, en même temps que la chimie a accompli une oeuvre analogue à l'aide de la lumière du soleil, et a permis au blanchisseur de toiles de faire, en une heure, ce qui autrefois avait exigé le travail d'une semaine ; et la conséquence de cet accroissement de pouvoir sur la nature a été qu'on peut maintenant obtenir, en retour du travail d'une seule heure, un mètre de toile qui, il y a cinquante ans, eût été une compensation suffisante pour celui d'une demi-journée. Le commerçant, qui eût conservé sur les rayons de son magasin une pièce de toile fabriquée il y a un siècle, aurait constaté nécessairement la diminution constante de sa valeur, en même temps que la diminution des frais qu'exige aujourd'hui sa reproduction. Supposons qu'il continue à garder cette pièce de toile, et à mesure que de nouvelles forces sont appelées au service de l'homme, il peut constater une nouvelle diminution, jusqu'au moment où il ne l'appréciera que comme équivalente au cinquième de la somme de travail, en échange de laquelle elle se vendait primitivement. L'utilité du coton a augmenté considérablement ; mais la valeur de la toile de coton a diminué dans la même proportion ; et tous ces résultats ont eu lieu, parce que la nature qui travaille gratuitement a été, chaque année, rendue plus apte à faire ce qui se faisait autrefois à l'aide du travail de l'homme ; lequel exige une quantité constante de nourriture et de vêtement pour que la machine soit maintenue en état d'accomplir son oeuvre.

 

 

 

 

 

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Publié dans : L'art, l'histoire et les idées - Ecrire un commentaire
Par Jean-Gabriel Mahéo - Voir les 0 commentaires
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