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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE IV :

DE L'OCCUPATION DE LA TERRE.

 

    § 3. — Marche de la colonisation aux États-Unis.


    
    On voit les premiers colons de race anglaise s'établir sur le sol stérile de Massachussett et fonder la colonie de Plymouth. Le continent américain tout entier était devant eux, mais comme tous les colonisateurs, ils n'avaient à prendre que ce qu'ils pouvaient obtenir avec les moyens dont ils disposaient. D'autres établissements se formèrent à Newport et à New-Haven, et de là on peut, en suivant leurs traces, les voir longer le cours des fleuves, mais en tout cas occuper les terrains plus élevés, abandonnant le défrichement des bois et le dessèchement des marais à leurs successeurs plus riches. Si l'on demandait au lecteur de désigner les terrains de l'Union qui semblent le moins destinés à produire des subsistances, son choix tomberait sur les terrains rocheux d'abord occupés par les hardis puritains ; et s'il se plaçait alors sur les hauteurs de Dorchester, près de Boston, et qu'il jetât les regards autour de lui, il se trouverait environné de preuves de ce fait : que tout ingrat qu'était en générale le sol de Massachussett, les parties les plus riches restent encore incultes ; tandis que, parmi les parties cultivées, les plus productives sont celles qui ont été appropriées aux besoins de l'homme dans ces cinquante dernières années.

    Si nous jetons maintenant les yeux sur New-York, nous voyons qu'on a procédé de même. Le sol improductif de l’île Manhattan et les terrains élevés des rives opposées ont appelé d'abord l'attention, tandis que les terrains plus bas et plus riches, qui se trouvent tout à fait à portée du cultivateur, restent même jusqu'à ce jour, incultes et non-soumis au drainage. En suivant la population, nous la voyons longer le cours de l'Hudson jusqu'à la vallée des Mohicans, et là s'établir près de la source du fleuve sur des terrains qui n'exigent que peu de défrichement ou de drainage. Si nous avançons davantage vers l'Ouest, nous voyons le premier chemin de fer suivre la succession des terrains plus élevés sur lesquels on trouve les villages et les bourgs des plus anciens colons ; mais si nous suivons la route nouvelle et directe, nous la voyons traverser les terrains les plus fertiles de l'État qui ne sont encore ni cultivés ni desséchés.

    En considérant ensuite l'histoire même de ces bourgs et de ces villages, nous constatons qu'eux-mêmes sont arrivés tard dans l'ordre d'établissement. Il y a soixante ans, Geneva existait à peine, et la route, de ce point à Canandaigua, n'était qu'un sentier tracé par des Indiens, sur lequel on ne trouvait encore que deux familles établies ; mais en portant, de là, nos regards vers le sud, dans la direction des hautes terres qui confinent à la Pennsylvanie, nous trouvons partout des traces d'occupation. C'est là qu'a été créé le domaine considérable acquis par M. Pulteney, et qu'un établissement s'est formé sur la petite baie de Coshocton ; les terrains environnants sont représentés comme étant d'une très-grande valeur, « à raison de l'absence complète de toutes les maladies périodiques, particulièrement les fièvres intermittentes », dont eurent tant à souffrir, on ne l'ignore pas, les premiers colons qui s'établirent sur les terrains fertiles des parties basses (4).

    Dans le New-Jersey, nous les trouvons occupant les terrains élevés, vers les sources des fleuves, tandis qu'ils négligent les terrains plus bas qui ne peuvent se drainer (5). Cet État abonde aussi en beau bois de construction, couvrant un sol riche qui n'a besoin que d'être défriché, pour donner au travailleur une rémunération plus ample qu'aucun autre mis en culture n'en a donné depuis un siècle, lorsque la terre était plus abondante et la population peu nombreuse. Sur le bord du Delaware, nous voyons les quakers choisissant les sols plus légers qui produisent le pin, tandis qu'ils évitent les sols plus fertiles et plus gras du rivage opposé de la Pennsylvanie. Chaque colon choisit également les parties plus élevées et plus asséchées de son exploitation rurale, abandonnant les prairies, dont un grand nombre, même aujourd'hui, restent dans l'état de nature, tandis que d'autres ont été soumises au drainage pendant ces dernières années. Les meilleures portions de chaque ferme sont, invariablement, celles qui ont été le plus récemment mises en culture, tandis que les terrains les plus ingrats des divers lieux aux alentours sont ceux où l'on voit les plus anciens bâtiments d'exploitation rurale. Si nous avançons encore à travers les terrains sablonneux de l'État en question, nous trouvons des centaines de petites clairières depuis longtemps abandonnées par leurs propriétaires, attestant la nature du sol que cultivent les individus, lorsque la population est peu nombreuse et que le terrain fertile est très-abondant. Après avoir défriché les terres qui produisent le chêne, ou drainé celles qui donnent le cèdre blanc, ils abandonnent celles qui produisent le pin de cet État, le plus misérable de tous les arbres de ce genre.

    Les Suédois ont formé un établissement à Lewistown et à Christiane, sur le sol sablonneux du Delaware. Traversant cet État vers l'entrée de la baie de Chesapeake, nous trouvons, dans les petites villes en décadence d'Elkton et de Charlestown, autrefois les centres d'une population assez active, une nouvelle preuve du peu de fertilité des terres occupées primitivement, lorsque les belles prairies, au milieu desquelles se trouvent aujourd'hui les fermes les plus riches de cet État, étaient en grand nombre, mais considérées comme sans valeur. Penn vient après les Suédois, et, profitant des dépenses qu'ils ont faites et de leur expérience, choisit les terrains élevés sur le Delaware, à environ douze milles au nord de l'emplacement qu'il choisit ensuite pour sa ville, près du confluent de cette rivière et du Schuylkill. En partant de ce dernier point, et suivant la ligne de l'établissement, nous constatons qu'il ne se développe pas d'abord en descendant vers les riches prairies, mais en remontant et longeant les hauteurs entre les deux rivières, où l'on aperçoit encore, sur une étendue de plusieurs milles, d'anciens établissements qui attestent les desseins des premiers colonisateurs. Si nous passons sur la rive droite ou la rive gauche de la rivière, nous reconnaissons, dans la nature des constructions, des preuves d'une occupation et d'une culture plus récentes. Sur les cartes des premiers temps, les terrains fertiles, situés dans le voisinage de la Delaware, depuis New-Castle ; et presque à la limite atteinte par la marée montante, à une distance de plus de soixante milles, sont notés comme formant de vastes étendues, et, de plus, marqués de points indiquant des arbres, pour montrer qu'ils n'ont pas encore été défrichés, tandis que tous les terrains élevés sont divisés en petites fermes (6). En passant au nord et à l'ouest, nous voyons les plus anciennes habitations toujours à une grande distance de la rivière ; ce n'est qu'à des époques plus récentes, que l'accroissement de la population et de la richesse a amené la culture au bord de l'eau. A chaque nouveau mille que nous parcourons, nous trouvons des preuves plus nombreuses de la culture récente des terrains de meilleure qualité. Partout nous rencontrons maintenant des fermes sur les flancs des collines, tandis que les terrains bas deviennent de plus en plus âpres et incultes. Plus loin encore, la culture abandonne presque partout le bord de la rivière ; et si nous en recherchons la trace, nous devons passer en deçà dans des lieux où, à une certaine distance, nous trouverons des fermes qui ont été exploitées pendant cinquante ans ou davantage. Si maintenant, suivant l'ancienne route qui forme aux alentours des sinuosités, et cherchant évidemment des collines à traverser, nous nous enquiérons de la cause qui prolonge ainsi la distance, nous apprenons que cette route a été faite pour les convenances des premiers colons ; si, au contraire, nous suivons les routes nouvellement tracées, nous voyons qu'elles se maintiennent constamment sur les terrains bas et fertiles soumis en dernier lieu à la culture (7).

    En revenant an fleuve et continuant notre course, les arbres deviennent de plus en plus nombreux, et le terrain à prairies de moins en moins drainé et occupé, jusqu'à ce qu'enfin, au moment où nous remontons les petits embranchements de la rivière, la culture disparaît et les bois primitifs restent intacts, toutes les fois, du moins, que les besoins de l'industrie houillère, de date toute récente, n'ont pas amené à les abattre. Si nous voulons voir le terrain choisi par les premiers colons, il nous suffira de gravir le flanc de la colline, et sur le plateau supérieur nous trouverons des maisons et des fermes, dont quelques-unes ont cinquante ans d'existence et qui aujourd'hui, pour la plupart, sont abandonnées. En traversant les montagnes, nous voyons près de leur sommet, les habitations des premiers colons, qui choisissaient le terrain où croit le pin, facile à défricher, et auxquels les souches de sapin fournissaient tantôt du goudron, tantôt des matières destinées à remplacer les chandelles que la pauvreté ne leur permettait pas d'acheter. Immédiatement après, nous nous trouvons dans la vallée de la Susquehanna, sur les terrains à prairies, dont la nature nous est révélée par la grande dimension des arbres qui les couvrent, mais sur lesquels la bêche ni la charrue n'ont pas encore laissé leur empreinte. Ainsi les terrains fertiles sont abondants, mais le colon préfère ceux qui sont moins riches ; les dépenses qu'il faudrait faire pour défricher les premiers dépasseraient leur valeur après le défrichement. En descendant la petite rivière, nous atteignons le Susquehanna, et à mesure que nous avançons, nous voyons la culture descendre des collines, les vallées sont de plus en plus déboisées ; les prairies et les bestiaux apparaissent, signes irrécusables d'un accroissement de richesse et de population.

    En passant à l'ouest et remontant la Susquehanna, l'ordre est encore interverti. La population diminue, la culture tend à abandonner les bas-fonds sur le bord de la rivière et à gravir les flancs des collines. Si, quittant la rivière et gravissant les bords, nous passons au pied des hauteurs de Mancy, la route que nous suivons traversera un beau terrain calcaire, dont la fertilité ayant été moins évidente pour les premiers colons, il en est résulté que de vastes superficies de ce même terrain, contenant des centaines d'acres, passèrent de main en main en échange d'un dollar ou même d'une cruche de whisky. Ils préféraient les terrains qui produisent le chêne, parce qu'ils pouvaient écorcer ces arbres et les détruire ensuite par le feu. Avec l'accroissement de la population et de la richesse, on les voit revenir aux terrains qu'ils avaient d'abord dédaignés, combinant les terrains de qualité supérieure avec ceux de qualité secondaire, et obtenant pour leur travail une rémunération bien plus considérable. Si maintenant nous pouvions considérer le pays à vol d'oiseau, il nous serait facile de suivre très-exactement le cours de chaque petit ruisseau, à cause du bois qui reste encore sur ses bords, remarquable au milieu des terrains plus élevés et défrichés des lieux avoisinants. En atteignant la source de la rivière, nous nous retrouvons au milieu de la culture, et nous voyons que là, comme partout ailleurs, les colons ont choisi les terrains élevés et secs sur lesquels ils pouvaient commencer leur oeuvre avec la charrue, de préférence aux terrains plus fertiles qui exigeaient l'emploi de la hache. Si au lieu de tourner au sud dans la direction des comtés plus anciens, nous portons nos regards au nord vers les comtés nouvellement colonisés, nous verrons que le chef-lieu de la population occupe toujours les terrains les plus élevés, près de la source des divers petits cours d'eau qui y prennent leur point de départ. Si nous passons à l'ouest et que nous traversions la crête de l'Alleghany jusqu'aux sources de l'Ohio, l'ordre des faits est de nouveau renversé. La population, d'abord disséminée, occupe les terrains plus élevés ; mais à mesure que nous descendons la rivière, les terrains plus bas sont de plus en plus cultivés, jusqu'au moment où nous nous trouvons enfin à Pittsburg, au milieu d'une population compacte, consacrant toute son activité à combiner la houille, la pierre à chaux et le minerai de fer, dans le but de préparer une machine qui permette au fermier de l'ouest de fouiller profondément le terrain dont, jusqu'à ce jour, il n'a fait qu'écorcher, pour ainsi dire, les couches superficielles, et de défricher et de drainer les terrains fertiles des bas-fonds sur les bords de la rivière, au lieu des terrains plus élevés et plus secs dont il faisait jusqu'alors ses moyens de subsistance.

    Les premiers colons de l'Ouest choisirent constamment les terrains plus élevés, abandonnant à leurs successeurs les terrains plus bas et plus fertiles. Malgré la fécondité du sol, on évitait et on évite encore les vallées situées immédiatement dans le voisinage des rivières, à raison du danger des fièvres qui, encore aujourd'hui, enlèvent en si grand nombre, les individus émigrant vers les États de fondation récente. La facilité de recueillir quelque faible récolte poussait toujours à choisir le terrain le plus promptement cultivable, et aucun autre ne remplissait mieux ce but qu'un terrain couvert de peu de bois et débarrassé de broussailles. Par suite de la chute constante des feuilles et de leur décomposition, le sol était demeuré couvert d'une légère moisissure, ce qui empêchait l'herbe de pousser ; et en faisant périr les arbres, pour laisser pénétrer le soleil, les colons purent obtenir une faible rémunération de leur travail. Le principal but à atteindre, le but vraiment important, était d'avoir un emplacement sec pour y construire une habitation ; et conséquemment, on vit le colon choisir toujours les hauteurs ; la même raison qui l'empêchait de commencer l'oeuvre du drainage artificiel agissant avec la même énergie relativement au terrain nécessaire pour la culture (8).

    En arrivant au Wisconsin, le voyageur trouve le premier colon de cet État, appartenant à la race blanche, placé sur le terrain le plus élevé connu sous le nom du Gros-Rempart, et il suit les anciennes routes le long des crêtes sur lesquelles se trouvent les petits bourgs et les villages créés par les individus qui ont dû commencer en ces lieux l'oeuvre de la culture. Quelquefois il traverse une prairie humide dans laquelle peut se trouver le terrain le plus riche de l'État et « la terreur du premier émigrant (9). »

    En descendant l'Ohio et en arrivant au confluent de ce fleuve et du Mississipi, nous perdons de vue tous les indices qui attestent l'existence d'une population, sauf le 1e pauvre bûcheron qui risque sa santé, dans le labeur auquel il se livre pour se procurer le bois destiné à la construction des nombreux bateaux à vapeur. Là, pendant des centaines de milles, nous traversons le terrain le plus riche couvert d'arbres gigantesques ; malgré toutes ses qualités productives, il reste sans valeur, pour tous les besoins de la culture ; n'étant pas protégé par des digues, il est exposé aux inondations du fleuve, et le voisinage de ce dernier est funeste à la vie et à la santé ; des millions d'acres de terre possédant les qualités qui les rendent propres à récompenser le plus amplement le travailleur restent sans être défrichés, ou drainés, tandis que les terrains plus élevés et plus ingrats sont soumis à la culture (10).

    En descendant plus loin nous rencontrons la population et la richesse se préparant à gravir le Mississippi, et abandonnant les bords du golfe du Mexique. Des digues ou levées protégent contre l'invasion du fleuve, et l'on aperçoit de magnifiques plantations, sur une terre semblable sous tous les rapports à la région sauvage et sans culture qu'on vient de laisser derrière soi. Si maintenant le voyageur veut chercher les habitations des premiers colons, il doit laisser le bord de la rivière et gravir les hauteurs ; et à chaque pas il trouvera une nouvelle preuve de ce fait, que la culture commence invariablement par les sols les moins fertiles ; si vous demandez aux colons pionniers pourquoi ils dépensent leur labeur sur le sol ingrat des hauteurs tandis qu'il y a abondance de sols fertile, leur réponse sera invariablement celle-ci : qu’ils peuvent cultiver le premier, tel qu'il se comporte, tandis qu'ils ne peuvent cultiver les seconds. Le pin des collines est petit et l’on peut s'en débarrasser facilement ; puis il fournit du combustible, en même temps que ses souches fournissent la lumière artificielle. Essayer de défricher le terrain qui porte le gros bois de construction serait pour le colon une cause de ruine. Si, au lien de descendre le Mississipi nous remontons le Missouri, le Kentucky, le Tennessee, ou la rivière Rouge, nous constatons invariablement : que plus la population est compacte et plus la masse de richesse est considérable, plus aussi les bons terrains sont cultivés ; qu'à mesure que la population diminue, en même temps que nous nous rapprochons des sources des cours d'eau et que la terre devient plus abondante, la culture s'éloigne du bord des rivières, la quantité de bois et des terres à prairies non drainées augmente, et que les habitants disséminés obtiennent des couches superficielles du sol, une rémunération moins considérable pour leur travail, en même temps que diminue leur pouvoir de se procurer facilement les choses nécessaires à la vie et tout ce qui contribue à leur commodité et à leur bien-être. Si nous traversons le Mississipi pour pénétrer dans le Texas, nous trouvons la ville d'Austin, siège du premier établissement américain, placé sur le Colorado, tandis que des millions d'acres du plus beau bois et des plus belles terres à prairies du monde, complètement inoccupées, ont été négligées, comme ne pouvant rembourser les frais de simple appropriation. Si nous portons nos regards sur la colonie espagnole de Bexar, nous y constaterons une nouvelle démonstration du même fait universel, à savoir la tendance complète de la colonisation à se porter vers les sources des cours d'eau.

    Si nous tournons les yeux vers les États atlantiques du sud, nous rencontrons partout la preuve de ce même fait si important. Les plus riches terrains de la Caroline du nord, sur une étendue de plusieurs millions d'acres, ne sont jusqu'à ce jour, ni défrichés ni drainés, tandis qu'on y voit sur tous les autres points des individus dépensant leur labeur sur des terrains peu fertiles qui ne leur rendent que de trois à cinq boisseaux par acre. La Caroline du sud possède des millions d'acres des plus beaux terrains à prairies et autres, susceptibles de donner d'immenses revenus au cultivateur, et qui n'attendent que le développement de la richesse et de la population ; et il en est de même dans la Géorgie, la Floride et l'Alabama. Les terres les plus fertiles de l'ouest, du sud et du sud-ouest, sont tellement dépourvues de valeur que le Congrès en a fait une concession, sur une étendue de près de 40 millions d'acres, aux États dans lesquels elles se trouvent situées, et ceux-ci les ont acceptées.

    Les faits sont partout les mêmes, et s'il était possible de trouver une exception apparente, elle ne ferait que prouver la règle. Par la même raison que le colon se bâtit une hutte de bois afin de se pourvoir d'un abri jusqu'à ce qu'il puisse en avoir un construit en pierre, il commence à cultiver là où il peut faire usage de sa charrue, et éviter ainsi le danger de mourir de faim, qui résulterait de ses efforts pour s'en servir dans les lieux où cela lui serait impossible, et où les fièvres, suivies de la mort, seraient l'inévitable résultat de ses tentatives. Dans tous les cas que l'histoire nous a transmis, lorsqu'on a voulu essayer de former des établissements sur des terrains fertiles, ou ils ont échoué complètement, ou leur progrès a été très-lent ; et ce n'est qu'après des efforts répétés qu'ils ont prospéré. Le lecteur qui désire avoir une preuve de ce fait, et de la nécessité absolue de commencer par les terrains moins fertiles, peut l'obtenir en étudiant l'histoire des colonies françaises dans la Louisiane et à Cayenne, et en comparant leurs échecs répétés avec le développement constant des colonies formées dans la région du Saint-Laurent, où se sont formés des établissements nombreux et assez prospères, sur des points où la terre est maintenant considérée comme presque complètement sans valeur, parce qu'on peut obtenir ailleurs avec très-peu de travail des terrains de meilleure qualité. Il peut se convaincre surabondamment en comparant le développement calme, mais constant, des colonies établies sur les terrains stériles de la Nouvelle-Angleterre, avec les échecs multipliés de la colonisation sur les terrains plus fertiles de la Virginie et de la Caroline. Ces derniers ne pourraient être mis en culture par des individus travaillant pour eux-mêmes. Aussi voyons-nous les plus riches colons acheter des nègres et les forcer d'accomplir leur tâche, tandis que le travailleur libre va chercher les terrains légers et sablonneux de la Caroline du nord. Aucun individu abandonné à lui-même ne commencera l'oeuvre de la culture sur les terrains riches, parce que c'est alors que ceux-ci donnent le moindre rapport ; et c'est sur ces terrains, dans tous les pays nouveaux du monde, que la condition du travailleur se trouve la pire, le travail y étant entrepris avant que ne se soit formée l'habitude de l'association, qui ne vient qu'avec l'augmentation de la richesse et de la population. Le colon qui cherchait les terrains élevés et légers obtenait des moyens de subsistance, bien que la rémunération de son travail fût très-faible. S'il eût entrepris de drainer les riches terrains du marais Terrible (11), il serait mort de faim, ainsi que cela est arrivé à ceux qui ont colonisé l'île fertile de Roanoke.

 

 

 


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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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