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1 décembre 2004 3 01 /12 /décembre /2004 00:22


La-Revolution-Roosevelt.jpg

 


La Révolution Roosevelt
Georges Boris – 1934

 


Chapitre VII : Pronostics

 

Démocratie ou dictature

 

 

 

 

 

 

    Toutes les transformations qui s'opèrent dans l'ordre spirituel, économique et social, s'accompagnent-elles ou seront-elles suivies d'une révolution politique?

    En un sens au moins, on est tenté de répondre par l'affirmative. On voit mal, en effet, comment la vieille constitution, de forme fédérative, pourra à la longue résister à la pression qu'elle subit. L'unité de commandement a été nécessaire dans la bataille contre la crise. Ne le sera-t-elle pas davantage encore pour prévenir la rechute et pour maintenir l'ordre nouveau, dès qu'avec le retour à la santé, se réveilleront les particularismes locaux et les appétits privés? Rien ne prouve cependant que, pour asseoir définitivement la suprématie du pouvoir central, doive intervenir une rupture brusque et violente avec le passé. En dépit du précédent historique de la guerre de Sécession, le marchandage, le compromis, l'adaptation graduelle sont plus conformes à la tradition.

    Mais le grand problème politique est beaucoup moins celui de la lutte entre le fédéralisme et la centralisation, que de savoir si la révolution économique et sociale est compatible avec le maintien du régime démocratique.

    On a dit qu'aux Etats-Unis, règne une dictature : et l'on cite souvent le nom de Roosevelt à côté de ceux de Mussolini et d'Hitler.

    Erreur grossière, confusion ridicule.

    L'art du président, son génie politique c'est précisément d'avoir su imprimer sa direction au gouvernement de l'Amérique, dans le respect absolu des formes démocratiques.

    Sans doute, des pouvoirs plus étendus et nouveaux lui ont été confiés. Mais ils demeurent limités, et comme l'écrit M. Lindley, les objectifs pour lesquels ils peuvent être utilisés, sont nettement définis. Le Parlement qui les a délégués, peut à tout moment les reprendre. Nulle atteinte n'a été portée aux droits du citoyen : la liberté de la presse et de l'opinion, le droit d'association et de réunion demeurent entiers.

    Ses pouvoirs, M. Roosevelt les exerce avec l'accord d'une nation presque unanime : le secret de cet assentiment, c'est que le but qu'il poursuit est de toute évidence le mieux-être du plus grand nombre, et que les seules disciplines qu'il demande visent à atteindre cet idéal. De tels appels au sentiment, à la raison, s'ils sont lancés par un homme probe et loyal, énergique et éloquent, pourquoi n'emporteraient-ils pas la sympathie et la conviction populaires?

    M. Roosevelt a donc confiance dans la démocratie. Il a su établir avec elle un contact intime et permanent. Il la tient constamment au courant de ses actes et de ses intentions, grâce à cet admirable instrument de liaison que peut être la presse, et il réserve le discours radiodiffusé pour les grandes occasions, pour les temps critiques, quand il lui faut user de tout son ascendant afin de rassurer et de convaincre.

    Deux fois par semaine, le président réunit dans son cabinet les journalistes accrédités à la Maison Blanche. Ces conférences se tiennent dans une atmosphère de camaraderie véritable ; c'est à peine si la cordialité est nuancée d'un peu plus d'autorité chez l'un, d'un peu plus de déférence chez les autres. Il règne entre les interlocuteurs une confiance absolue : le président sait qu'aucune de ses paroles ne sera déformée, ni tendancieusement interprétée et que rien de ce qu'il aura dit sous le sceau de la confidence ne sera rapporté. Les journalistes savent de leur côté qu'ils ne seront pas induits en erreur, ni engagés sur de fausses pistes. Après qu'il a fait connaître ses plus récentes décisions, leurs motifs et leurs buts, le président se soumet à un interrogatoire, d'où aucun sujet n'est à priori exclu. Il répond à toutes les questions, quitte à avouer, dans certains cas, son ignorance présente, à invoquer, dans d'autres, l'impossibilité actuelle d'aboutir à une conclusion.

    Le soir même ou le lendemain, paraissent dans tous les journaux non point un compte-rendu de la conférence de presse, donné comme tel, mais, sous chaque rubrique spéciale, les nouvelles de la Maison Blanche.

    Un pareil système ne pouvait être instauré que dans un pays où la presse, dans sa majorité, a la conscience de son devoir professionnel, qui est de donner des informations exactes et de réserver la critique pour les commentaires éditoriaux. Ces conditions existent en Amérique.

    M. Roosevelt a su en profiter. Jamais aux Etats-Unis, et jamais sans doute dans aucun autre pays, l'opinion n'a été mieux renseignée, presque jour par jour, sur ce que l'Exécutif fait et sur ce qu'il cherche à faire. Quant au président lui-même, il peut à son tour étudier les moindres réactions de l'opinion, diriger en conséquence son effort de propagande et parfois modifier sa propre attitude.

    C'est ainsi qu'a été restauré, à l'échelle d'un continent le régime de l'agora athénienne (1).

    Quant au Congrès, il conserve pour paralyser l'action du président tous les moyens dont il n'a cessé d'user dans l'histoire. S'il s'abstient à présent de le faire, c'est qu'il n'est, après tout, lui-même, que l'expression de l'opinion publique. Aussi longtemps qu'elle restera favorable à la politique de M. Roosevelt, le Congrès, sauf quelques révoltes passagères, soutiendra cette politique. Mais qu'un changement intervienne dans le sentiment populaire, aussitôt l'opposition du Parlement contrecarrera les initiatives présidentielles.

    Ce régime essentiellement démocratique a maintenant fonctionné depuis plus d'un an.

    Loin d'entraver la lutte contre la crise, loin d'empêcher la réforme sociale, il les a favorisées l'une et l'autre. Il n'est besoin que de comparer pour s'en convaincre.

    De l'autre côté de l'Atlantique, un peuple renaît à la vie sans qu'il ait fallu le nourrir d'une mystique de violence.




1 - Le mot est de M. Lindley. Op. cit.

 

 

 

 

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