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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 09:00

 

Franklin Delano ROOSEVELT
Président des États-Unis

 


SUR

LA BONNE VOIE

(ON OUR WAY)


New-Deal-NRA.jpg 

 


Traduit de l'Anglais par
PIERRE DUTRAY

 

1934


Les Éditions
DENOËL ET STEELE
19, rue Amélie, 19
PARIS

 

 

 

 


    CHAPITRE IX

    Pour les affaires étrangères, davantage même que pour les affaires intérieures, une nation a besoin d'avoir une politique générale permanente. La paix du monde est de la sorte fortifiée, parce que chaque nation peut ainsi se régler d'une manière plus stable sur les faits et gestes de ses voisins. L'inquiétude, la défiance du monde proviennent, en grande partie, de l'incertitude des politiques étrangères et de leur absence d'adhésion à des principes précis et désintéressés.

    Les chefs des gouvernements doivent, nécessairement, énoncer les directives de leurs pays respectifs. Voilà pourquoi des règlements internationaux ont si souvent représenté les ambitions personnelles de chefs ou les machinations de groupes particuliers plutôt que les intentions et les désirs réels du peuple, dans n'importe quel pays.

    Il y a eu, depuis un siècle et demi, bien des contradictions dans nos rapports officiels avec le reste du monde; et pourtant, j'ai la ferme conviction que le peuple américain dans son ensemble a suivi une politique d'une continuité beaucoup plus grande que celle de maints de ses chefs ou de ses gouvernements.

    J'ai cherché, en conséquence, à aborder le problème des relations extérieures dans un esprit qui, à mon avis, guide la grande majorité des citoyens dans toutes les parties de notre pays.

    Dans mon discours inaugural, j'avais fait brièvement allusion aux affaires étrangères, en insistant sur cette pensée que les Etats-Unis, dans leur rapport avec les autres pays, devraient avant tout se consacrer à une politique de « bon voisinage ». La première fois que j'eus l'occasion de développer cette pensée, ce fut le 12 avril, lors de la session extraordinaire du Comité directeur de l'union panaméricaine. J'ai cherché à définir en termes simples quels devaient être les rapports réciproques des vingt et une républiques d'Amérique :

 

 

 

    « Je me réjouis, en cette occasion, de participer à la célébration de la « journée panaméricaine » et d'adresser, au nom du peuple des Etats-Unis, un salut fraternel à nos républiques soeurs d'Amérique. La célébration de la « journée panaméricaine » dans cet édifice consacré à la bonne volonté et à la coopération internationale, montre que parmi les peuples de cet hémisphère règne une unité de pensée et de but. C'est une manifestation de l'idéal commun: aide mutuelle, entente réciproque et solidarité des esprits.

    « N'est-elle pas réconfortante la pensée qu'en ce jour les citoyens des vingt et une républiques américaines concentrent leur attention sur les liens historiques, culturels, économiques et sociaux qui les rattachent l'une à l'autre? Un idéal commun, une communauté d'intérêts, en même temps qu'un esprit de coopération ont fait comprendre que le bien-être d'un pays dépend en grande partie de celui de ses voisins. C'est sur ces bases que l'on a fondé le panaméricanisme.

    « Cette célébration commémore un mouvement basé sur une politique de coopération fraternelle. Dans mon discours inaugural, j'ai déclaré que « je voudrais que ce pays se consacrât à une politique de bon voisinage, par voisin, j'entends celui qui se respecte lui-même et, de ce fait, respecte les droits d'autrui; le voisin qui respecte ses obligations, la sainteté des accords avec un monde de voisins ». Jamais, dans le passé, l'expression de « bon voisinage » ne m'a paru aussi pleine de sens que maintenant dans les relations internationales. Jamais le besoin et le profit d'une coopération entre voisins sous toutes les formes de l'activité humaine, ne se sont faits aussi vivement sentir qu'aujourd'hui.

     « L'amitié entre nations comme entre individus, exige que l'on sonne le rassemblement de toutes les forces de l'humanité de manière à créer une atmos phère de compréhension et de collaboration étroites. Elle implique des obligations et des responsabilités réciproques, car ce n'est que par le respect sincère des droits d'autrui et par une exécution scrupuleuse des obligations qui y correspondent, qu'une vraie fraternité peut régner parmi tous les membres de la communauté.

    « Les qualités essentielles d'un vrai panaméricanisme sont exactement celles qui sont incluses dans l'expression de bon voisinage, c'est-à-dire, la compréhension mutuelle et, grâce à cette compréhension, une appréciation sympathique des points de vue d'autrui. C'est seulement en agissant en conformité avec ces principes que nous pouvons espérer construire un édifice dont la confiance, l'amitié et la bonne volonté seront les pierres angulaires.

    « C'est dans cet esprit que toutes les républiques américaines montrent une profonde compréhension de la doctrine de Monroe dont on a tant parlé depuis plus d'un siècle. Elles comprennent que cette doctrine avait, et a encore, pour but, de maintenir l'indépendance des peuples du continent américain, en empêchant les puissances des autres continents de mettre la main sur une portion quelconque du territoire actuellement indépendant dans cette région du globe.

    « Les républiques américaines, avec les années, comprennent plus clairement que cette doctrine panaméricaine de défense implique que chaque Etat américain doit reconnaître l'indépendance des autres Etats américains. Chacun de nous doit grandir par le progrès de la civilisation et du bien-être social et non par l'acquisition de territoire au détriment du voisin.

    « Dans cet esprit de compréhension et de collaboration mutuelles sur le continent, il est impossible que vous et moi ne soyons pas émus par toute querelle à main armée entre nos voisins. Je n'hésite donc pas à vous dire à vous, membres honorables du Comité directeur de l'union pan-américaine, que je considère les conflits actuels entre quatre de nos républiques soeurs comme des pas en arrière.

    « Votre américanisme et le mien doivent être un édifice bâti sur la confiance, cimenté par une sympathie qui n'admet que l'égalité et la fraternité. Il trouve sa source et son essence dans le coeur des hommes; il siège dans le temple de l'intelligence.

    « Nous tous, nous avons des problèmes particuliers et, à parler franchement, l'intérêt de nos propres citoyens doit, chaque fois, primer. Mais il est également vrai qu'il est d'une importance vitale pour chaque nation de ce continent que tous les gouvernements américains entreprennent immédiatement tout ce qu'il sera possible de faire pour abolir les barrières douanières, restrictions inutiles et artificielles qui arrêtent actuellement entre les peuples des républiques américaines les courants profitables du commerce.

    « Je suis heureux de vous transmettre ce message à vous, messieurs qui appartenez au Comité directeur de l'union pan-américaine, car je considère l'union comme l'expression ultime de l'unité spirituelle des deux Amériques.

    « C'est à cette unité ferme et agissante que l'humanité doit tendre; elle est un des éléments indispensables à la stabilité des affaires mondiales.

    « Pour terminer, puis-je me permettre une allusion à la cérémonie qui va se dérouler dans la matinée, cérémonie au cours de laquelle le Gouvernement de Venezuela offrira à l'union panaméricaine le buste d'un grand chef et d'un grand patriote américain, Francisco de Miranda? Je m'associe à cet hommage. »

 

 

 

    Il ne se passa rien de saillant dans nos rapports avec les autres pays d'Amérique jusqu'au moment des troubles de Cuba de l'été dernier.

    Au début d'avril, les principales nations du monde tinrent des conversations en vue de la prochaine

    conférence économique internationale. Lorsque, un an auparavant, l'on avait proposé cette grande réunion, on pensa avec raison qu'elle fournirait l'occasion de discuter librement et d'une manière salutaire les nombreux problèmes économiques, financiers, commerciaux et sociaux. Un comité spécial avait préparé un programme très intéressant qui envisageait beaucoup de sujets. Il est juste de dire, je pense, que l'on s'assignait comme but principal, de rechercher les moyens d'abaisser les barrières douanières, de développer entre les nations l'échange des marchandises et des produits agricoles — en d'autres termes de rétablir le commerce mondial. Evidemment, les problèmes financiers et monétaires étaient une partie de ce programme, mais une partie seulement, et la stabilisation des taux d'échange en vigueur entre l'Angleterre, la France et les Etats-Unis ne formaient qu'une fraction de cette partie.

    Ce fut dans l'intention d'examiner l'ensemble du programme que j'invitai un grand nombre de chefs de pays à venir à Washington au mois d'avril et de mai. C'est ainsi que nous firent l'honneur de leur visite, le Premier Ministre de Grande-Bretagne, M. Mac Donald; le Premier Ministre du Canada, M. Bennett; M. Herriot, de France; le Ministre des Finances d'Italie, M. Jung; l'Ambassadeur de la République Argentine, M. Le Breton; le Ministre des Finances d'Allemagne, M. Schacht; le Ministre des Finances du Mexique, M. Pani; le Ministre des Finances de Chine, M. Soong; Señor Brasil du Brésil; le vicomte Ishii du Japon; Señor Torrès du Chili et des représentants diplomatiques des autres nations à Washington.

    Nos conversations furent générales, touchèrent à beaucoup de sujets. Elles n'ont été en aucune manière limitées à la stabilisation de la livre, du franc et du dollar. Elles envisagèrent bien davantage la manière d'abaisser les barrières douanières par des accords de réciprocité et la possibilité de découvrir et d'appliquer des solutions mondiales à des problèmes mondiaux. Si j'insiste sur ce point, c'est par suite des événements de Londres et de l'échec qui menaçait la Conférence mondiale du désarmement qui se tenait alors à Genève.

    Cette conférence organisée sous les auspices de la Société des Nations mais qui en était nettement distincte, avait reçu, dès le début, l'appui enthousiaste du Gouvernement américain. Elle avait fait du chemin et s'engageait dans la discussion d'un programme concret relatif aux armées de terre et aux armements existants, qui proposait de réduire progressivement la force armée et les armes offensives de ces armées.

    Au début de mai, il apparaissait que l'attitude du Gouvernement allemand allait entraver les conversations en cours : des visées européennes et raciques se faisaient jour aux dépens des intérêts mondiaux.

    Je sentis qu'il serait utile d'adresser à ce moment un appel aux chefs de tous les gouvernements du monde, afin non seulement d'empêcher l'échec de la Conférence du désarmement mais encore d'exposer un principe clair, précis et pratique sur lequel elle pourrait se guider pour continuer son oeuvre. Le message suivant a au moins le mérite de jeter un peu d'huile sur ces eaux agitées:

 

 

 

    « Un voeu ardent du peuple de mon pays m'incite, en ma qualité de chef de gouvernement, à faire appel à vous et par votre intermédiaire, au peuple de votre nation. Ce voeu est de voir la paix assurée par des mesures pratiques de désarmement et de nous voir tous conduire à la victoire notre lutte commune contre le chaos économique.

    « Dans ce double but, les nations ont convoqué deux grandes conférences mondiales. Le bonheur, la prospérité, la vie même des hommes, des femmes et des enfants du monde entier sont liés aux décisions que leurs gouvernements prendront dans un proche avenir. L'amélioration des conditions sociales, le respect public des droits individuels de l'homme et l'application de la justice sociale dépendent de ces décisions.

    « La Conférence économique mondiale se réunira bientôt et devra aboutir promptement à un résultat. Le monde attend des délibérations longuement retardées. La conférence devra rétablir l'ordre à la place du chaos actuel, par une stabilisation des devises, par la libération du commerce mondial et par une action internationale en vue de relever le niveau des prix. Elle devra, en un mot, compléter les programmes individuels intérieurs de restauration économique par une action internationale sage et avisée.

    « La Conférence du désarmement travaille depuis plus d'un an, et, jusqu'à présent, elle n'a pu arriver à des conclusions satisfaisantes. Des intentions confuses se heurtent encore dangereusement. Il est de notre devoir de nous efforcer à amener des résultats pratiques, grâce à une action concertée tendant à procurer le plus grand bien au plus grand nombre.

    « Devant l'impérieux appel de ce noble devoir, les obstacles mesquins doivent être balayés et les aspirations étroites oubliées. Une victoire égoïste est toujours destinée à devenir, en dernier ressort, une défaite. L'établissement d'une paix durable pour notre génération, dans toutes les parties du monde, est le seul but digne de nos suprêmes efforts.

    « Si nous demandons quelles sont les raisons des armements qui, en dépit des leçons et des tragédies de la grande guerre, demeurent un fardeau pesant plus lourdement aujourd'hui que jamais sur les peules de la terre, il est clair que la réponse est double : 1° le désir, avoué ou caché, de la part des gouvernements, d'élargir leurs territoires aux dépens d'une autre nation. Je crois qu'une petite minorité seulement de gouvernements ou de peuples nourrit un tel dessein; 2° la crainte qu'ont les nations d'être envahies. Je crois que l'immense majorité des peuples se croit obligée de conserver des armements excessifs parce qu'ils craignent que quelque acte d'agression soit commis contre eux, et non parce qu'ils désirent eux-mêmes, devenir agresseurs.

    « Cette crainte est justifiée. Les armes offensives modernes sont beaucoup plus puissantes que les armes défensives. Les fortifications aux frontières, les tranchées, les fils de fer barbelés, la défense des rites, en un mot les fortifications fixes, ne sont plus imprenables, lorsqu'elles sont attaquées par des avions, l'artillerie lourde mobile, ces cuirassés terrestres que l'on appelle chars d'assaut, et les gaz asphyxiants.

    « Si toutes les nations consentent unanimement à éliminer de leur possession et à abolir l'usage des armes qui permettent le succès de l'attaque, de ce fait les systèmes de défense deviendront automatiquement imprenables et les frontières ainsi que l'indépendance de tous les pays seront hors de danger.

    « L'objet ultime de la Conférence du désarmement doit être l'élimination totale de toutes les armes offensives. L'objet immédiat est une réduction substantielle de certaines de ces armes et l'élimination de beaucoup d'autres.

    « Le Gouvernement des Etats-Unis est d'avis que le programme pour la réduction immédiate des armes offensives, en discussion actuellement à Genève, n'est qu'un premier pas vers notre but final. Nous ne croyons pas que les mesures immédiates proposées aillent assez loin. Cependant, le Gouvernement des Etats-Unis envisage avec satisfaction les mesures actuellement proposées et exercera son influence en vue de l'accomplissement de nouveaux progrès successifs dans la voie du désarmement.

    « Pour parler le plus clairement possible, il existe trois mesures à prendre sur lesquelles l'on doit s'entendre au cours des présentes délibérations :

    « 1° Il faut immédiatement prendre une première mesure définitive en vue de cet objectif ainsi que le plan Mac Donald l'a indiqué d'une manière générale;

    « 2° Il faut s'accorder sur le temps nécessaire et la procédure à suivre pour prendre les mesures ultérieures;

    « 3° II faut convenir que, pendant que les premières mesures et celles qui suivront seront prises, aucun pays n'augmentera ses armements existants au delà des limites imposées par les traités.

    « Mais, comme la paix du monde doit être assurée pendant l'entière durée du désarmement, je propose, en conséquence, une quatrième mesure à prendre conjointement avec et dépendant totalement de l'accomplissement suivant de ces propositions et sujette aux droits découlant des traités existants :

    « Que toutes les nations du monde signent un pacte solennel et définitif de non-agression; qu'elles reconnaissent solennellement les obligations qu'elles ont contractées de limiter et réduire leurs armements et, à condition que ces obligations soient fidèlement observées par toutes les puissances signataires, qu'elles conviennent individuellement de n'envoyer aucune force armée de quelque nature que ce soit au delà de leurs frontières.

    « Le bon sens indique que si une nation puissante refuse de se joindre dans un esprit de véritable sincérité aux efforts communs en vue d'assurer la paix politique et économique, efforts entrepris les uns à Genève, les autres à Londres, tout progrès dans ce sens sera retardé et finalement anéanti.

    « Dans ce cas, le monde civilisé, à la recherche de ces deux formes de paix, saura où placer la responsabilité de la faillite. J'insiste pour qu'aucune nation ne s'expose à encourir une telle responsabilité, et pour que toutes les nations réunies dans ces importantes conférences traduisent en actes la politique qu'elles préconisent. C'est là le seul moyen d'obtenir la paix politique et économique.

     « J'espère que votre gouvernement voudra participer à la réalisation de ce but. »

 

 

 

    En même temps, je mis le Congrès au courant de ce que j'avais fait, dans le message suivant :

 

 

 

    « Pour l'information du Congrès,

    « Je vous communique ci-joint le message que j'ai adressé ce matin aux Souverains et aux Présidents des nations qui participent à la Conférence du désarmement et à la Conférence mondiale monétaire et économique.

    « J'ai été contraint à ce geste parce qu'il était devenu de plus en plus évident que le maintien de la paix et de la stabilité politique et économique du monde est menacé par des politiques égoïstes et à courte vue, par des actes et des menaces d'actes.

    « Le désir sincère d'une écrasante majorité de nations de voir maintenues la paix et la stabilité se heurte à l'obstruction entêtée d'une très faible minorité, exactement comme dans le domaine national, la bonne volonté de la majorité dans le monde des affaires, du travail et dans tous les autres domaines, est très souvent tenue en échec par quelques égoïstes.

    « Les aspirations vers de meilleures conditions de vie et de paix, profondément ancrées chez le peuple américain, sont partagés par les masses populaires dans chaque pays.

    « Dans mon message aux diverses nations, j'ai souligné parmi les moyens d'arriver à ce but la nécessité pratique de réduire les armements.

    « II est grand temps pour nous et pour chaque pays de comprendre ce fait évident que l'invasion d'une nation ou la destruction d'une souveraineté nationale peut être prévenue seulement par l'élimination des armes qui rendent aujourd'hui des événements semblables possibles.

    « Cette élimination augmenterait la sécurité relative d'une petite nation à l'égard d'une grande. En outre les défenses permanentes constituent une charge non renouvelable pour les budgets gouvernementaux, tandis que de vastes armées continuellement pourvues d'armes offensives perfectionnées, constituent une charge renouvelable.

    « Cela plus que tout autre facteur, est, aujourd'hui, à l'origine des déficits gouvernementaux et des menaces de banqueroute.

    « Le chemin vers le désarmement est le désarmement.

    « Le moyen de prévenir l'invasion est de la rendre impossible. J'ai demandé un accord entre les nations sur quatre mesures pratiques et simultanées :

     « 1° Sur l'élimination par séries et par étapes des armes de guerre offensives;

    « 2° Sur l'adoption immédiate de la première étape;

    « 3° Sur une décision visant à ce que, pendant que ces mesures seront prises, aucun pays n'augmente ses armements existants au delà et au-dessus des limitations imposées par les traités;

    « 4° Sur une décision tendant, sous réserve des stipulations des traités, à ce qu'aucune nation, durant la période de désarmement, ne puisse envoyer aucune force armée ou de nature quelconque au delà de ses propres frontières.

    « Notre peuple sait que les armes offensives ne sont nécessaires que si d'autres nations en possèdent, et il y renoncera librement si toutes les nations du monde font de même.

    « Dans le domaine intérieur, le Congrès a travaillé en accord sympathique avec moi à l'amélioration des conditions sociales, à la protection des droits de la personnalité humaine et au développement de la justice sociale. Dans mon message aux nations, j'ai évoqué les mêmes buts. C'est pour consolider ces grands biens de l'humanité que nous cherchons la paix en débarrassant le monde des armes d'agression et d'attaque. »

 

 

 

    C'est avec un profond sentiment de regret qu'aujourd'hui, en cette fin de février 1934, plusieurs mois après ce message, nous ne pouvons enregistrer aucun gain substantiel dans la voie de la Conférence du désarmement. La répugnance que certains gouvernements et, j'ai le regret de le dire, certains peuples manifestent à renoncer à leurs visées d'expansion territoriale ou d'agrandissement de leur empire est cause que les Etats-Unis doivent borner leur tâche à répéter qu'ils consentiront à s'unir aux autres nations dès que ces dernières s'entendront sur un plan de désarmement, pratique et utile. Notre pays se tient prêt à signer tout pacte mondial qui réduira loyalement et équitablement les armements et libérera la population mondiale de dépenses excessives et de la crainte perpétuelle de l'invasion et de l'attaque.

    Dans le dessein de participer à nouveau, pour un bref laps de temps, à la Conférence économique, la délégation américaine ayant à sa tête le Secrétaire d'Etat Hull, quitta Washington dans les derniers jours du mois de mai. Très peu de temps après son arrivée, on s'aperçut que les délégations de certaines nations étaient décidées à fixer comme condition préalable â la discussion sérieuse de toute autre question la stabilisation immédiate et définitive du dollar, du franc et de la livre.

    Les bruits qui couraient à ce sujet prirent tant d'ampleur que, le 15 juin, le Secrétaire au Trésor Woodin jugea nécessaire de faire la déclaration suivante :

 

 

 

    « On vient de soumettre à mon attention différents rapports venus de Londres, selon lesquels les délégués américains se seraient entendus sur une forme de stabilisation. Pareils rapports ne correspondent à rien de réel.

    « Toute proposition relative à la stabilisation aurait due être soumise au Président et au Trésor or nous n'en avons pas reçu.

    « Les délibérations qui portent sur ce sujet à Londres, n'ont qu'un seul but: tâter le terrain. On ne conclura un accord sur ce sujet qu'à Washington et nulle part ailleurs. »

    Il est inutile de discuter les détails de la conférence. Le Secrétaire d'Etat et d'autres membres de la délégation américaine tentèrent tout pour obtenir des résultats pratiques dans les autres parties du programme. Ils ne purent aboutir à un accord sur l'emploi et l'achat de l'or. Mais des nations qui constituaient ce qu'on nomma le « bloc de l'or » formulèrent leurs exigences en disant aux soixante nations de la conférence :

    « Nous ne discuterons rien, nous ferons échouer la conférence si les Etats-Unis ne consentent tout d'abord à la stabilisation immédiate des monnaies. »

 

 

 

    Ce pays, et toutes les autres nations savaient que nous entreprenions un grand programme de restauration nationale — un programme qui exigeait la hausse des prix. — Ils savaient qu'aucun être humain, à ce moment, ne pouvait déterminer avec exactitude où l'on pourrait fixer pour le dollar, le franc et la livre, un point de stabilisation même provisoire.

    Les choses prirent un tel cours à Londres que le besoin de parler clairement et sans équivoque se fit sentir. Au point que le 2 juillet, j'adressai le message suivant au Secrétaire d'Etat et aux autres membres de la délégation américaine de Londres :

 

 

 

    « Ce serait, à mon sens, une catastrophe prenant les proportions d'une tragédie mondiale si la grande Conférence des nations, convoquée pour amener une stabilité financière plus réelle et permanente et une prospérité plus grande pour les peuples de toutes les nations, se laissait, avant tout effort sérieux pour examiner un problème de cet ordre, distraire de cette tâche par des propositions suggérant une expérience purement temporaire, intéressant exclusivement les échanges monétaires de quelques nations. Une telle action, une telle diversion, montre une absence singulière de sens des proportions et un oubli des objets plus vastes pour lesquels la conférence avait été convoquée.

    « Je ne crois pas que l'insistance à obtenir une telle action puisse servir d'excuse à persévérer dans les erreurs économiques primordiales qui sont, pour une grande part, à la base de la crise mondiale. Le monde ne se laissera pas bercer plus longtemps de l'illusion qu'il y aurait à poursuivre une stabilité provisoire, et probablement artificielle, pour le compte de quelques grands pays seulement.

    « L'équilibre du système économique intérieur d'un pays est un plus grand facteur de bien-être que la valeur de sa devise ou, en d'autres termes, que la valeur des devises des autres pays. C'est pour cette raison que la réduction des dépenses d'un gouvernement, que l'équilibre de ses revenus et son exactitude dans le service de ses dettes contribuent, pour une si large part, à la stabilité future. Aussi, à des fétiches trop anciens et à l'action des banquiers soi-disant internationaux substitue-t-on les efforts pour instituer des devises nationales, pour donner à ces devises un pouvoir d'achat continu qui ne varie pas sensiblement par rapport aux produits de première nécessité et aux besoins de la civilisation moderne.

    « Permettez-moi d'être franc et de vous dire que les Etats-Unis recherchent un dollar tel que, passée une génération, il ait le même pouvoir d'achat et la même valeur pour le règlement des dettes que celui que nous voulons assurer dans un avenir prochain.

    « Cet objectif est de plus de prix, pour le bien des autres nations, que l'établissement d'un cours fixe, pendant un mois ou deux, par rapport au franc ou à la livre.

    « Notre but général est la stabilisation permanente des devises de chaque nation. L'or, ou l'or et l'argent, peut parfaitement rester une réserve métallique; mais le moment n'est pas de dissiper toutes les réserves.

    « Quand le monde élaborera des politiques concertées entre la majorité des pays pour réaliser des budgets équilibrés et parvenir à ce que les nations vivent selon leurs moyens, alors nous pourrons discuter utilement de la meilleure distribution de l'or et de l'argent du monde et de leur rôle comme réserve aux devises nationales.

    « Le rétablissement du commerce mondial est un facteur important, tant en ce qui concerne les moyens qu'en ce qui concerne les résultats. Là, encore, la fixation de cours provisoires n'est pas la vraie réponse. Plutôt devons-nous adoucir les embargos en vigueur pour faciliter les échanges de produits que certains pays possèdent et que d'autres ne possèdent pas.

    « La conférence a été réunie pour apaiser, et peut-être guérir, des maux économiques fondamentaux. Elle ne doit pas être distraite de cet effort.

 

 

 

    Le Secrétaire Hull, par son attitude énergique courageuse empêcha la conférence de s'ajourner définitivement. Il rendit possible, nous l'espérons tous, une reprise des discussions dans le domaine général des relations internationales.

    La situation intérieure de Cuba dans la première partie du mois d'août nécessita l'envoi d'un petit nombre de navires de guerre et de gardes-côtes dans certains ports proches du lieu de résidence de citoyens américains. Je fis la déclaration suivante, le 13 août :

 

 

 

    « Aux dernières nouvelles, des troubles intérieurs accompagnés d'actes de violence, éclatent en plusieurs parties du Cuba parmi certains éléments de la population.

    « Dans ces circonstances, je me sens contraint de prendre des précautions extraordinaires, uniquement dans le but de sauvegarder et de protéger l'existence des citoyens américains de Cuba. Je me vois donc forcé d'envoyer un certain nombre de vaisseaux sur différents points de la côte cubaine.

    « Le changement de gouvernement à Cuba est conforme à la Constitution et aux lois de ce pays, et cette mesure de précaution, destinée à assurer la protection des citoyens américains jusqu'au rétablissement des conditions normales, ne saurait être interprétée comme une intervention dans les affaires intérieures du Cuba.

    « Je donne des instructions précises aux commandants de chaque navire.

    « Le peuple américain sympathise de tout coeur avec la population cubaine dans sa détresse économique, et fait des voeux pour que l'ordre soit promptement rétabli. Le Gouvernement américain, par l'entremise des autorités cubaines constituées, aidera dans la mesure du possible les habitants de l’île qui se trouvent dans la détresse. »

 

 

 

    A dater de ce moment, notre gouvernement poursuivit une politique de non-intervention en harmonie avec les principes qu'il avait posés. Les Etats-Unis ne reconnurent pas officiellement le gouvernement provisoire car il nous semblait qu'il n'avait pas l'appui de tout le peuple cubain. Au début de l'année 1934, toutefois, un nouveau gouvernement fut constitué sous la présidence de M. Mendicta. Au cours des troubles de Cuba, nous restâmes en contact étoit avec les autres républiques américaines. Nous leur communiquâmes tous les renseignements que nous possédions et nous cimentâmes, je l'espère, des rapports francs et amicaux.

    Au mois de novembre une délégation que conduisait le secrétaire d'Etat partit pour la conférence des Etats américains qui se tenait à Montevideo. Cette conférence eut des résultats très réconfortants dont le succès s'étendit dans les deux Amériques.

    Je n'avais jamais cessé, depuis mon entrée en charge, de sentir l'absurdité qu'il y avait à empêcher les Etats-Unis d'entretenir tout rapport, officiel ou non, avec la Russie. L'échange des lettres amicales suivantes, au mois d'octobre, prépara les voies à une visite de M. Litvinoff et à une reprise des relations diplomatiques avec la Russie pour le mois suivant.

 

 

 

    MAISON BLANCHE,
    Washington, le 10 octobre 1933.

    Mon cher Président,

    « Depuis le début de mon entrée en charge, je n'ai cessé de songer à tenter un effort qui mettra fin aux rapports anormaux qui existent actuellement entre les cent-vingt-cinq millions d'habitants des Etats-Unis et les cent soixante millions d'habitants de la Russie.

    « Il serait des plus regrettable que ces deux grands peuples entre lesquels une heureuse tradition de plus d'un siècle avait noué, à leur avantage réciproque, les liens de l'amitié, ne pussent maintenant disposer d'un système qui leur permît de communiquer directement l'un avec l'autre.

     « Les difficultés créées par cette cette situation anormale sont graves, mais à mon sens, elles ne sont pas insolubles; de plus, seules des conversations franches et amicales, peuvent écarter ces difficultés. Si vous partagez mon sentiment, il me serait agréable de recevoir des délégués de votre choix, avec lesquels j'aborderais personnellement tous les points pendants entre nos deux pays.

    « La participation à ces discussions n'engagerait évidemment aucune des deux nations à prendre des mesures ultérieures. Elle indiquerait un désir sincère de résoudre d'une manière satisfaisante les problèmes qui les concerne. J'émets le voeu que ces conversations amènent de bons résultats pour nos deux peuples.

    « Veuillez me croire, mon cher Président, très sincèrement votre

    « FRANKLIN D. ROOSEVELT. »

    M. MIKHAIL KALININ,
   Président du Comité Exécutif Central de l'Union Soviétique, Moscou.

 


 

    Moscou, 17 octobre, 1933.

 

    Mon cher Président,

    «  J'ai reçu votre message du 10 octobre.

    « J'ai toujours considéré comme des plus anormale et des plus regrettable la situation des seize dernières années au cours desquelles on vit deux grandes républiques — les Etats-Unis d'Amérique et l'Union des Républiques Soviétiques Socialistes privées des moyens habituels de communications et des bénéfices que ces relations auraient pu procurer. Je constate avec plaisir que, vous aussi, vous êtes arrivé à la même conclusion.

    « Sans aucun doute, les difficultés qui s'élèvent ou peuvent s'élever entre deux pays, ne peuvent se résoudre que lorsque des relations directes existent entre eux; d'autre part, on ne peut conserver le moindre espoir de résoudre ces difficultés si ces relations n'existent pas. Je me permettrai en outre d'exprimer l'opinion que la situation anormale, à laquelle vous faites, à bon droit, allusion dans votre message, produit un effet défavorable non seulement sur les intérêts des deux Etats en question mais encore sur la situation générale internationale, en augmentant les éléments d'inquiétude, en entravant les efforts pour la consolidation de la paix mondiale et en encourageant les forces qui aspirent à troubler cette paix.

    « Conformément à ce qui est dit plus haut, je suis heureux d'accepter votre proposition d'envoyer aux Etats-Unis un représentant du Gouvernement Soviétique, afin de discuter avec vous les questions qui intéressent nos deux pays. Le Gouvernement Soviétique déléguera M. Litvinoff, commissaire du peuple aux affaires étrangères, qui viendra à Washington au moment que fixeront nos deux gouvernements.

    « Veuillez me croire, mon cher Président, très sincèrement vôtre,

    « MIKHAIL KALININ. »

    M. FRANKLIN-ROOSEVELT,
    Président des Etats-Unis d'Amérique.
 Washington.

 

   

    C'est ainsi, par l'échange de ces simples lettres, que fut rétablie après plusieurs années l'amitié qui de tout temps avait uni les peuples de Russie et des Etats-Unis.

    Le dîner donné le 26 décembre au jour anniversaire de la naissance de Woodrow Wilson me fournit l'occasion de définir les tendances de la politique extérieure du peuple américain. Je déclarai:

 

 

 

    « La compréhension doit être le terrain sur lequel croîtront les fruits de l'amitié. » Ces paroles prononcées par le président Wilson dans son discours à Mobil en 1913 peuvent parfaitement servir de déclaration à la politique du Gouvernement des Etats-Unis. Cette politique s'applique également à la compréhension de nos problèmes intérieurs et de nos relations internationales.

    « Woodrow Wilson était professeur et quand il employait le mot « compréhension » il l'entendait non pas au sens des hommes d'état et des chefs politiques, des chefs d'entreprises et des rois de finance; il l'appliquait plutôt aux peuples de l'univers qui vont constamment apprendre à l'école des vérités premières, de telle manière qu'eux et leurs voisins puissent mener une vie plus sûre, plus heureuse et plus complète.

    « Sur tous les continents, dans tous les pays, Woodrow Wilson a facilité la compréhension entre les peuples. On peut admettre, je pense, que les événements de ces dix derniers mois, plus que dans aucune autre période analogue de notre histoire, ont amené les personnes à s'intéresser au gouvernement, aux problèmes du gouvernement et aux intentions du gouvernement; pourtant cet intérêt et cette compréhension récents, le peuple américain n'aurait pu les manifester si Woodrow Wilson ne lui avait donné l'élan et ne l'avait mis sur la voie de la compréhension dans son discours d'il y a vingt ans.

    « Dans ce discours prononcé à Mobile, le président Wilson le premier, a fait cette déclaration nette que « les Etats-Unis ne chercheront jamais plus à conquérir un seul mètre de territoire », et les Etats-Unis ont adopté cette déclaration. Le président Wilson est allé plus loin en ajoutant — s'adressant particulièrement à nos voisins d'Amérique latine — que les intérêts matériels ne primeraient jamais la liberté humaine.

    « Néanmoins, par suite, en grande partie, des bouleversements qu'apporta la grande guerre, on n'a pu appliquer entièrement cette politique de désintéressement. Nous tous, nous avons là notre part de responsabilité.

    « Je n'hésite pas à dire que si j'avais participé à la campagne politique dans quelque autre pays, j'aurais été fortement tenté de miser sur les craintes de mes compatriotes et d'accuser les Etats-Unis de tendances impérialistes en vue d'un agrandissement égoïste.

    « En tant que citoyen de quelque autre république, j'aurais pu difficilement croire en l'altruisme de la plus riche république américaine. En particulier, j'aurais pu trouver difficile d'approuver l'occupation du territoire des autres républiques, même à titre de mesure temporaire.

    «Il m'apparaît donc clairement, en tant que Président de la République des Etats-Unis, que le moment est venu d'ajouter à la déclaration du président Wilson cette nouvelle déclaration: la politique précise des Etats-Unis s'opposera dorénavant à toute intervention armée.

    « Le maintien d'un gouvernement constitutionnel dans les autres pays d'Amérique ne crée pas une obligation sacrée pour les seuls Etats-Unis. Le maintien de la loi et la bonne marche d'un gouvernement dans cet hémisphère intéresse avant tout chaque nation, prise, en particulier, à l'intérieur de ses propres frontières. Ce n'est que, si et lorsque le désordre sévit dans les autres pays du continent, que cette situation intéresse ces derniers. J'insiste sur ce point que, dans ce cas, cette situation intéresse le continent tout entier, où nous sommes tous voisins.

    « C'est la compréhension de cette doctrine, — non pas seulement par les dirigeants, mais encore par les peuples de toutes les républiques — qui a permis à la conférence de Montevideo d'aboutir au résultat qu'elle a obtenu. L'état d'esprit qui existe actuellement entre les nations de l'Amérique tout entière est le meilleur que l'on ait pu constater, à n'importe quelle époque que l'on remonte.

    « Nous sommes fiers de rendre hommage au secrétaire d'Etat, M. Cordell Hull, qui a participé à l'obtention de ce résultat.

    « Dans le reste du monde, la succession des événements n'a pas permis, ces derniers temps, aux projets du président Wilson d'aboutir.

    « Un observateur superficiel dirait que cet échec provient de la recrudescence du nationalisme dans le monde. Mais un tel observateur veut parler d'un nationalisme pris au sens étroit et restrictif, et de cette sorte de nationalisme que, dans chaque pays, l'immense majorité du peuple appuierait.

    « Je m'oppose à cette représentation de la population actuelle de l'univers.

    « Ce n'est pas aux populations que l'on peut reprocher de menacer la paix, mais à leurs dirigeants politiques.

    « Le courageux appel adressé par le président Wilson au monde pour bannir toute guerre future, frappa l'imagination des masses. Mais, pour le plus grand nombre des soi-disant hommes d'Etat réunis à Paris pour établir un traité de paix ou prétendu tel en 1919, cet appel resta lettre morte. Je vis ce spectacle de mes propres yeux, j'entendis leurs paroles de mes propres oreilles. Avantages politiques, prestige personnel, agrandissement national, tels furent les soucis au milieu desquels la Société des Nations vit le jour; dès son enfance, elle en supporta le lourd handicap.

    « Malgré tout, grâce à la Société des Nations, directement ou indirectement à ses principes, tous les Etats du monde ont tâtonné à la recherche d'un moyen meilleur que ceux qu'ils avaient utilisés jusque là pour régler leurs différends.

    « La Société des Nations a fourni l'occasion de nombreuses rencontres diplomatiques : elle a servi à organiser des débats internationaux, et en maintes occasions, elle a aidé à la réglementation de l'hygiène, du travail, du commerce et de l'éducation; enfin, elle a permis le règlement de nombreuses disputes, grandes et petites, entre nations grandes et petites.

    « Aujourd'hui, plus que jamais, les Etats-Unis coopèrent ouvertement avec l'organisme de Genève.

    « Je crois traduire les pensées de mes compatriotes si j'affirme que les anciennes politiques, les anciennes alliances, les combinaisons et balances de pouvoirs, se sont avérées inefficaces pour le maintien de la paix mondiale. La Société des Nations, en encourageant, comme elle le fait, l'extension des pactes de non-agression, les accords sur la réduction des armements, est le pilier sur lequel s'échafaude la paix mondiale.

    « Nous ne sommes pas membres de la Société des Nations et nous n'envisageons pas de le devenir. Mais nous lui apportons toute notre coopération dans tout domaine qui, en dehors de la politique, représente un effort sincère pour protéger la vie et le bien-être des peuples du monde entier, par opposition à la vie et au bien-être des dirigeants politiques et à tout mouvement de tendance impérialiste.

    « Si vous évaluez la population du globe à un milliard et demi d'habitants, vous ne risquerez pas de vous tromper en déclarant que quatre-vingt-dix pour cent au moins de ces êtres se contentent de nos jours des limites territoriales de leurs pays respectifs et qu'en outre ils consentiraient à réduire leurs armements si toutes les autres nations promettaient de faire de même. Derrière ce qui menace la paix mondiale, il y a la crainte et peut-être même la possibilité que les dix autres pour cent ne suivent un gouvernement qui recherche l'expansion territoriale au détriment des voisins et qui, sous divers prétextes, refuse de réduire ou d'arrêter les armements, même si tous les autres gouvernements adhèrent à un pacte de non-agression et de réduction des armements.

    « Si ces dix pour cent se laissent persuader par les quatre-vingt-dix autres pour cent de mettre à exécution leurs propres pensées et de ne pas se laisser mener, la paix, efficace, permanente, réelle, régnera dans le monde entier. Notre propre pays a ramené, à des conditions pratiques et raisonnables, les mesures immédiates à prendre pour atteindre ce but final.

    « A cette intention, j'ai déclaré à chaque nation :

    « 1° Que toutes les nations acceptent d'éliminer, au cours d'une période de quelques années et progressivement, toutes les armes offensives qu'elles possèdent et qu'elles acceptent également de ne plus en fabriquer de nouvelles.

    « Ceci ne garantit pas une nation contre l'invasion, à moins que le droit de fortifier ses propres frontières au moyen de défenses permanentes et non mobiles ne lui soit donné ainsi que le droit de s'assurer, en recourant à une inspection internationale permanente, que ses voisins ne fabriquent pas d'armes offensives ou ne conservent pas celles qu'ils possèdent déjà.

    « 2° Qu'il soit simplement déclaré qu'aucune nation ne permettra à ses forces militaires de franchir ses propres frontières; une telle action serait considérée par l'humanité comme un acte d'agression et, comme telle, serait condamnée par l'humanité.

    « 3° Un tel accord général pour la suppression de l'agression et des armes offensives n'aurait évidemment aucune valeur pour le monde si toutes les nations, sans exception, ne signaient un accord solennel. Si une grande majorité de nations signaient cet accord à la condition précise qu'il entrerait en vigueur seulement lorsque toutes les nations l'auraient signé, il serait relativement aisé de déterminer quelles sont les nations qui, en ce temps de lumière, consentent à s'inscrire, au regard de I'histoire, dans les rangs de cette minorité qui croit encore à l'utilité de l'épée dans l'invasion et l'attaque des territoires voisine.

    « Je n'ai pas émis cette proposition avant de m'assurer, après un examen serré, que l'immense majorité des hommes et des femmes de mon pays, aussi bien que celle du monde entier, reconnaît la valeur de l'objectif fondamental que j'ai exposé et est résolue à suivre la route qui y conduit. Les chefs politiques de beaucoup de ces peuples présentent et présenteront arguments, excuses et rectifications nébuleuses, voire ridicules, pour justifier l'échec de ces propositions généreuses. Mais je leur affirme que les hommes et les femmes au nom de qui ils parlent sont tellement en avance sur cette école de politiciens, que nous pourrions obtenir immédiatement un accord mondial sur la paix mondiale si les peuples du monde parlaient eux-mêmes.

    « De tout temps, jusqu'à la guerre mondiale de 1914-1918, les guerres ont été faites par les gouvernements. Woodrow Wilson a mis en doute la nécessité de ces guerres s ce qui a donné à penser aux peuples qui créent et qui changent leurs gouvernements. Ils se sont demandés avec Woodrow Wilson s'ils ne pourraient pas, un jour, empêcher eux-mêmes les gouvernements de faire la guerre.

    « Proposons à la nouvelle génération, en reprenant simplement le mot de Wilson, que dorénavant, au lieu de guerres faites par les gouvernements, on jouisse d'une paix faite par les peuples. »

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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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