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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

henry_charles_carey.jpg

TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

   

    § 3. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de l'Attique.


    Dans la première période de l'histoire grecque, nous trouvons le peuple de l'Attique divisé en plusieurs petites tribus indépendantes, puis, à la fin, se réunissant sous Thésée, à l'époque où Athènes devint la capitale du royaume. Les tribus de la Béotie s'associèrent pareillement avec Thèbes, et les petits États de la Phocide s'unirent, à leur exemple. La tendance à l'association, qui s'était ainsi manifestée au sein des divers États, se montra bientôt dans les affaires de la Grèce en général, dans l'institution du conseil des amphyctions, des jeux olympiques, etc.

    Pendant une longue période, l'histoire d'Athènes nous apparaît, pour ainsi dire, vide d'événements, à raison de ses progrès calmes et pacifiques. Cette ville a quelquefois des démêlés avec ses voisins ; mais la tendance à l'association étant très-développée, « la paix était la condition habituelle et régulière de leurs rapports réciproques. » La paix amena avec elle un accroissement de population et de richesse si constant, que, longtemps avant l'époque de Solon, les individus livrés au commerce et aux arts mécaniques, formaient un corps riche et intelligent, tandis que, dans tout le reste de l'État, le travail et l'industrie étaient consacrés au développement des trésors cachés au sein de la terre. La faculté de s'associer et l'habitude de l'association augmentèrent constamment, avec ce développement continu de l'individualité, auquel Athènes est redevable de sa place éminente dans l'histoire de l'humanité.

    Sous l'empire de la législation de Solon, la masse entière des citoyens exerçait le droit de vote dans les assemblées populaires ; mais tous n'étaient pas également éligibles aux charges de l'État. D'un autre côté, tous n'étaient pas, au même degré, soumis aux impôts nécessaires pour l'entretien du gouvernement ; les plus lourdes contributions se prélevaient sur la première classe, éligible aux plus hautes fonctions ; ces contributions diminuaient en descendant dans les autres classes, jusqu'à ce qu'elles atteignissent la quatrième, laquelle en était exempte, de même qu'elle était exclue de la magistrature ; et nous trouvons ici la plus équitable répartition des droits et des charges que l'on puisse signaler dans l'histoire du monde. Partout ailleurs la minorité a monopolisé les emplois, en même temps qu'elle levait des impôts sur la majorité, pour subvenir à son propre entretien ; tandis qu'ici le petit nombre de ceux qui étaient en possession des emplois publics payait les contributions, et la majorité, qui était exclue des premières, se trouvait elle-même entièrement affranchie du payement des dernières.

    Dans le siècle qui suit l'établissement de cette organisation, nous voyons l'Attique jouissant d'une paix générale, et croissant par degrés en richesse et en population. Vers la fin de ce siècle, nous trouvons l'État divisé en une centaine de circonscriptions territoriales, dont chacune a son assemblée locale et sa magistrature, chargées de régler les affaires particulières à la localité ; et c'est ainsi que fut constitué un système plus complètement en harmonie avec les grandes lois physiques auxquelles nous avons fait allusion jusqu'à présent, qu'aucun de ceux que le monde eût encore vus, avant la formation définitive des provinces qui composent aujourd'hui les États-Unis. L'action bienfaisante de la paix se révéla encore davantage à cette époque dans ce fait, que le nombre des commettants fut augmenté par l'admission de nombreux esclaves au droit de bourgeoisie, et d'un grand nombre d'étrangers aux droits de cité.

    A partir de la première invasion des Perses qui finit avec la bataille de Marathon, et de l'occupation postérieure de l'Attique par les troupes de Xerxès, il se produisit un changement complet. Les champs avaient été dévastés, les maisons, les bestiaux, les instruments de culture avaient été détruits, et la population avait diminué considérablement. Dès lors nous voyons les Athéniens passer, de l'état d'une démocratie pacifique, où chacun s'occupait à l'intérieur d'associer ses efforts à ceux de ses concitoyens, à celui d'une aristocratie militaire s'efforçant d'entraver l'association au dehors, et se servant de cette puissance perturbatrice comme d'un moyen de s'enrichir. Après avoir amassé des richesses par leurs extorsions et leurs rapines, Cimon et Thémistocle furent en état de s'assurer les services de milliers de misérables dépendant de leur puissance, et qui se montraient dans les rues suivant avec empressement ceux que la guerre venait de rendre leurs maîtres. La pauvreté engendra la soif du pillage, et l'espoir du pillage permit de compléter facilement une armée de terre et d'armer des navires, et bientôt l'armée et la flotte furent employées à soumettre des États et des villes qui, jusqu'alors, avaient été regardés comme des égaux ou des alliés. Ils succombèrent successivement, et le butin acquis par de tels moyens provoqua le désir de nouvelles rapines, en même temps que s'accroissait constamment le pouvoir de satisfaire la convoitise. Athènes était alors devenue la dominatrice des mers, et elle ne permettait à aucun État, ainsi que nous l'apprend Xénophon, de faire le commerce avec un peuple éloigné, s'il ne se soumettait complètement à son impérieuse volonté.

    « C'est de cette volonté, continue-t-il, que dépend l'exportation de l'excédant des produits de toutes les nations. » Et pour être en état de l'exercer d'une façon tout à fait absolue, nous la voyons ensuite amener ses alliés, par persuasion ou par force, à s'exonérer du service personnel, moyennant des contributions en argent, grâce auxquelles presque toute la population athénienne fut retenue an service de l'État.

    La guerre étant devenue alors l'occupation d'Athènes, on voit ses armées répandues en tout lieu, en Égypte et dans le Péloponnèse, à Mégare et à Égine ; et pour être en état d'entretenir ces armées, elle s'empare du trésor public qui est transporté dans la grande cité centrale. Puis nous voyons s'accroître le tribut élevé sur les alliés, qui sont forcés de payer des droits sur toutes les marchandises importées et exportées ; la perception de ces droits est affermée à des individus qui trouvent, dans toute entrave apportée au mouvement social, le moyen d'augmenter leur fortune. De plus, Athènes se déclare elle-même Cour en dernier ressort pour toutes les affaires criminelles et pour la plupart des affaires civiles ; et maintenant la ville étant encombrée de demandeurs en justice, les individus qui forment sa population deviennent des juges toujours prêts à vendre leurs arrêts au plus offrant. Les États eux-mêmes jugent nécessaire d'employer des agents au sein de la cité, et de distribuer des présents, dans l'espoir d'acheter ainsi une protection contre les exigences de l'État souverain.

    A chaque pas fait dans cette direction, la minorité s'enrichit, tandis que la majorité s'appauvrit de plus en plus. On élève des temples, et la splendeur de la ville s'accroît chaque jour. On construit des théâtres, où les Athéniens peuvent gratuitement satisfaire leurs goûts ; mais le droit de vivre ainsi du travail d'autrui étant, à cette heure, regardé comme un privilège dont la jouissance doit être réservée au petit nombre, on procède à une enquête sur les titres au droit de cité ; et par suite, l'exclusion ne va pas à moins de cinq mille individus, qui tous sont vendus comme esclaves. A chaque accroissement de splendeur, nous constatons un accroissement d'indigence, et la nécessité plus impérieuse de transporter une partie de la population, qui doit prendre possession de terres éloignées pour y exercer sur les anciens colons, la même domination que les riches ont appris à exercer à l'intérieur. Le peuple, dont le temps est aujourd'hui complètement employé au maniement des affaires publiques, veut bientôt être payé aux frais du trésor public, et la pauvreté est devenue si générale, qu'une obole, monnaie valant trois cents (15 centimes) est devenue un objet de convoitise comme indemnité pour le service journalier dans les tribunaux.

    La tyrannie et la rapacité se montrant partout et amenant partout une décadence du commerce entre les individus et les États, donnent lieu bientôt à la guerre du Péloponnèse qui se termine par la soumission de l'Attique au pouvoir des Trente tyrans. La propriété privée est alors confisquée, en grande partie, au profit du public ; et pour s'assurer les services du pauvre dans l'oeuvre de spoliation des riches, il est alloué une rémunération triple à ceux qui assistent aux assemblées générales. Les impôts s'accroissent, et à mesure qu'ils deviennent plus considérables, les encouragements à un travail honnête s'affaiblissent d'une manière aussi continue. La population, pour nous servir de l'expression moderne, devient surabondante ; et comme l'homme diminue de valeur, nous voyons s'accroître la soif du pillage et la facilité de se procurer des troupes à l'aide desquelles on peut se l'assurer. La licence et la dissipation deviennent universelles, et les villes sont partout livrées aux déprédations d'hommes stipendiés, toujours prêts à vendre leurs services au plus offrant. Le commandement militaire est brigué comme la seule voie qui conduise à la fortune ; et les richesses ainsi acquises sont dépensées en présents au peuple, grâce auxquels on s'assure ses votes. De nouvelles oppressions amènent ensuite la guerre sociale, qui entraîne avec elle l'extermination de la population mâle, la vente des femmes et des enfants comme esclaves, et la confiscation de tous leurs biens ; et c'est ainsi que désormais nous pouvons suivre le peuple de l'Attique s'épuisant en efforts pour arrêter la marche des autres peuples, jusqu'à ce qu'enfin il ne soit plus, lui-même, qu'un pur instrument entre les mains de Philippe de Macédoine, d'où il passe successivement entre celles d'Alexandre et de ses lieutenants.

    Il est partout visible qu'à partir des guerres persiques, le but des Athéniens a été d'obtenir le monopole du pouvoir, et celui du commerce, comme moyen de s'assurer la jouissance du pouvoir. Plus la ville et son port devenaient l'entrepôt central, plus Athènes pouvait dominer ceux qui dépendaient d'elle, comme d'une place où leurs échanges pouvaient avoir lieu. Elle chassait donc de l'Océan, non seulement les peuples avec lesquels elle était en guerre, mais les bâtiments neutres étaient constamment saisis et retenus par elle, au mépris de la loi ; et ce n'était, qu'avec des difficultés infinies, que les navires et les marchandises ainsi retenus pouvaient être arrachés aux mains des ravisseurs. En lisant l'histoire des procédés de la Maîtresse des Mers de cette époque et celle de ses tribunaux des prises, on ne peut guère éviter d'être frappé de la ressemblance qu'offrent ces procédés avec ceux des temps modernes, à l'époque où les mers étaient balayées des neutres, en vertu du Règlement en 56 articles, des blocus sur le papier, et des Ordonnances rendues en conseil. A chaque pas dans cette direction, correspondait une tendance plus grande à recourir aux embargos et aux prohibitions qui frappaient les relations internationales ; prohibitions qui ne contribuèrent pas peu à amener la guerre du Péloponnèse. Toutes ces mesures tendaient à ralentir le mouvement de la société au dehors ; mais en même temps à produire un amoindrissement dans la puissance d'association volontaire à l'intérieur ; et cet amoindrissement ne fit qu'augmenter, d'année en année, jusqu'à ce qu'un jour cette république jadis si fière, après avoir passé d'abord entre les mains des rois de Macédoine et des proconsuls de Horne, n'est plus représentée que par des troupes d'esclaves ; tandis qu'Atticus restait, pour ainsi dire, le seul propriétaire et le seul améliorateur d'un pays qui, à une époque plus heureuse, avait donné la nourriture et le vêtement, la prospérité et le bonheur à des millions d'individus libres et industrieux.

 

 

 

 

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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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