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3 janvier 2005 1 03 /01 /janvier /2005 00:26

LIVRE DEUXIEME: La théorie

 

Chapitre XI : L'industrie manufacturière et le commerce

 

-----------------

 Friedrich ListFriedrich List

 


 

 

 

 

    Nous n’avons parlé jusqu’ici que des rapports entre l’agriculture et l’industrie manufacturière, parce que ce sont elles qui constituent les éléments essentiels de la production nationale, et que, si l’on n’a pas au préalable une idée claire de ces rapports, on ne saurait comprendre exactement la fonction et le rôle particuliers du commerce ; sans doute le commerce aussi est productif, comme le soutient l’école, mais il l’est tout autrement que l’agriculture et que l’industrie manufacturière. Celles-ci fournissent des marchandises, tandis que le commerce n’est que l’intermédiaire de l’échange des marchandises entre les agriculteurs et les manufacturiers, entre les producteurs et les consommateurs (1). Il suit de là que le commerce doit être réglé suivant les intérêts et les besoins de l’agriculture et de l’industrie manufacturière, et non l’agriculture et l’industrie manufacturière suivant les intérêts et les besoins du commerce.
   
    Mais l’école a pris justement le contre-pied de cette maxime, en adoptant pour devise le mot du vieux Gournay : laissez faire, laissez passer, mot qui n’est pas moins agréable aux brigands, aux fourbes et aux fripons qu’aux commerçants, et qui, par cela seul, est déjà suspect. Cette opinion insensée qui sacrifie les intérêts de l’industrie manufacturière et de l’agriculture aux prétentions du commerce, à une liberté absolue dans ses mouvements, est une conséquence naturelle de cette théorie qui ne se préoccupe que des valeurs et jamais des forces productives, et qui considère le monde entier comme une république de marchands une et indivisible. L’école ne s’aperçoit pas que le commerçant peut atteindre son but, qui consiste à acquérir des valeurs par la voie de l’échange, même aux dépens des agriculteurs et des manufacturiers, aux dépens des forces productives, que dis-je ? de l’indépendance de la nation. Il ne s’inquiète nullement, et la nature de ses opérations et de son but l’en dispense, de rechercher l’influence que les marchandises qu’il importe ou qu’il exporte peuvent exercer sur la moralité, sur la prospérité et la puissance du pays. Il importe des poisons tout aussi bien que des remèdes. Il énerve des nations entières au moyen de l’opium et de l’eau-de-vie. Que, par l’importation légale ou par la contrebande, il procure à des centaines de milliers d’individus de l’occupation et du pain, ou qu’il les réduise à la mendicité, cela lui importe peu pourvu qu’il réalise un profit. Si ses compatriotes affamés essayent d’échapper par l’émigration à la misère qu’ils endurent dans leur patrie, il gagne encore des valeurs échangeables en les transportant. En temps de guerre il approvisionne l’ennemi d’armes et de munitions. Il vendrait à l’étranger, si c’était possible, jusqu’aux champs labourables et aux prairies, et, après avoir fait argent du dernier morceau de terre, il s’embarquerait sur son navire et s’exporterait lui-même (2).
   
    Il est donc clair que les intérêts des commerçants en particulier et celui du commerce de la nation entière sont deux choses essentiellement distinctes. Aussi Montesquieu dit : « Ce qui gêne le commerçant, ne gêne pas pour cela le commerce, et il n’est jamais moins croisé par les lois que dans les pays de la servitude (3). » Le commerce dérive de l’industrie manufacturière et de l’agriculture, et, de nos jours, une nation ne saurait voir un négoce important soit au dedans soit au dehors, si elle n’a poussé chez elle à un haut degré de perfection ces deux branches principales de la production. Autrefois, il est vrai, on a vu des villes ou des ligues de villes trouver chez des manufacturiers et chez des agriculteurs étrangers les éléments d’un grand commerce intermédiaire ; mais, depuis que les grands États agricoles, manufacturiers et commerçants sont apparus, il ne peut plus être question d’un commerce intermédiaire tel que celui que possédait la Hanse. Dans tous les cas, ce commerce est si précaire de sa nature, qu’il mérite à peine d’être cité a côté de celui qui a pour base la production propre du pays.

    Les objets les plus importants du commerce intérieur sont les denrées alimentaires, le sel, les combustibles, les matériaux de construction, les étoffes, puis les outils et instruments de l’agriculture et de l’industrie manufacturière, et les produits bruts des champs et des mines qui servent de matières premières aux fabriques. Dans un pays où l’industrie manufacturière est parvenue à un haut point de perfection, ce commerce intérieur est incomparablement plus considérable que dans une contrée purement agricole. Dans cette dernière, l’agriculteur réduit à peu près sa consommation à sa production particulière. Faute d’une demande active de produits de diverses espèces ainsi que de voies de communication, il est obligé de produire lui-même toutes les choses dont il a besoin, quelle que soit la nature spéciale de son fonds de terre ; faute de moyens d’échange, lui-même fabrique la plupart des objets manufacturés qui lui sont nécessaires. Les combustibles, les matériaux de construction, les denrées alimentaires et les minéraux n’ont, en l’absence de routes commodes, qu’un marché fort borné, et ne peuvent être exportés à de grandes distances. Avec ce marché limité, avec cette demande restreinte des produits agricoles, il n’y a point de stimulant à l’épargne et à la formation du capital. Aussi, dans ces pays purement agricoles, le capital consacré au commerce intérieur est-il presque nul ; aussi tous les produits, exposés aux vicissitudes de la température, y présentent-ils des fluctuations de prix extraordinaires ; aussi la cherté et la famine y sont-ils d’autant plus craindre que la nation est adonnée plus exclusivement à l’agriculture.

    C’est le développement des manufactures indigènes, les voies de communication perfectionnées que celles-ci provoquent et l’accroissement de la population qui font naître le commerce intérieur ; il devient alors dix ou vingt fois plus considérable que les transactions intérieures de la nation purement agricole, cinq ou dix fois plus que son commerce extérieur le plus florissant. Que l’on compare le commerce intérieur de l’Angleterre avec celui de la Pologne et de l’Espagne, et l’on y trouvera la confirmation de cette remarque.

    Le commerce extérieur des nations agricoles de la zone tempérée, tant qu’il se borne aux denrées alimentaires et aux matières brutes, ne peut être considérable :

Premièrement, parce que la nation agricole ne trouve de débouché que dans un petit nombre de nations manufacturières qui pratiquent elles-mêmes l’agriculture, et qui, grâce à leurs fabriques et l’étendue de leur commerce, la pratiquent avec beaucoup plus d’habileté : un tel débouché n’est donc jamais ni certain ni constant. Le commerce de produits ruraux est toujours une affaire de spéculation, dont les profits reviennent en majeure partie aux négociants spéculateurs, mais qui ne tourne point à l’avantage des agriculteurs et de la force productive du pays ;

En second lieu, parce que l’échange des produits agricoles contre les articles fabriqués de l’étranger est fréquemment interrompu par des mesures restrictives et par des guerres ;

Troisièmement, parce que ce commerce n’intéresse que le littoral de la mer et des fleuves, mais non l’intérieur, c’est-à-dire la plus grande partie du territoire national ;

Quatrièmement, enfin, parce que la nation manufacturière peut trouver son intérêt à tirer des denrées alimentaires et des matières brutes d’autres contrées étrangères ou de colonies nouvellement fondées. C’est ainsi que l’écoulement des laines allemandes en Angleterre est restreint par les provenances de l’Australie, le débouché des vins de France et de l’Allemagne dans le même pays par celles de l’Espagne, du Portugal et de la Sicile ainsi que de Madère, des Açores et du Cap, et le débit des bois de la Prusse par les importations du Canada. Déjà même on s’est mis en campagne pour approvisionner l’Angleterre en majeure partie de coton des Indes orientales. Si les Anglais réussissent à rouvrir l’ancienne route du commerce, si le nouvel état du Texas s’affermit, si la civilisation fait des progrès en Syrie et en Égypte, au Mexique et dans les États de l’Amérique du Sud, les planteurs de coton de l’Amérique du Nord comprendront aussi que le marché intérieur procure la demande la plus sûre, la plus constante et la plus durable.

    Dans la zone tempérée, le commerce extérieur dérive en majeure partie des manufactures nationales, et il ne peut être conservé ni accru qu’au moyen de l’industrie manufacturière.

    Une nation qui produit aux prix les plus bas toute espèce d’articles fabriqués, peut seule nouer des relations commerciales avec les peuples de toutes les zones et de tous les degrés de civilisation ; seule elle peut pourvoir à tous leurs besoins ou en créer chez eux de nouveaux, prenant en retour des matières brutes et des denrées de toute sorte. Une telle nation peut seule charger à bord de ses bâtiments la variété d’objets que réclame une contrée lointaine et dépourvue de manufactures. Ce n’est que lorsque les frets d’aller couvrent déjà les dépenses du voyage qu’on peut composer la cargaison de retour d’articles de moindre valeur.

Les importations des peuples de la zone tempérée consistent principalement en produits de la zone torride, tels que sucre, café, coton, tabac, thé, matières tinctoriales, cacao, épices, en articles désignés sous le nom de denrées coloniales. La grande masse de ces denrées est payée avec des objets manufacturés. Ce sont ces échanges qui expliquent surtout les progrès de l’industrie dans les pays manufacturiers de la zone tempérée et ceux de la civilisation et du travail dans les contrées de la zone torride. Ils constituent la division du travail et l’association des forces productives sur l’échelle la plus vaste ; il n’exista dans l’antiquité rien de pareil à cet état de choses qui est l’ouvrage des Hollandais et des Anglais.

    Avant la découverte de la route du Cap, l’Orient surpassait de beaucoup l’Europe dans les manufactures. Excepté des métaux précieux, de faibles quantités de draps, de toiles, d’armes, de quincaillerie et quelques objets de luxe, les marchandises européennes n’y trouvaient presque point de débouchés. Le transport par terre enchérissait les retours tout autant que les envois. Quant aux produits agricoles et aux objets fabriqués communs, à supposer un excédant de production en Europe, il ne pouvait être question de les vendre en échange des soieries et des cotonnades, du sucre et des épices de l’Orient. Quoi qu’on ait écrit sur l’importance du commerce de l’Orient à cette époque, on ne doit l’entendre que relativement ; ce commerce n’était important que pour l’époque, il était insignifiant comparativement à ce qu’il est aujourd’hui.

    Le commerce des produits de la zone torride devint plus actif, du jour où l’Europe tira de l’Amérique une grande masse de métaux précieux et qu’elle communiqua directement avec l’Orient au moyen de la route du Cap. Néanmoins il ne pouvait acquérir un vaste développement tant que l’offre de l’Orient en objets manufacturés excéderait sa demande.

    Ce commerce doit son importance actuelle aux colonisations des Européens dans les Indes orientales et occidentales, dans l’Amérique du Nord et dans celle du Sud, à la transplantation de la canne à sucre, du caféier, des plantes qui donnent le coton, le riz, l’indigo, etc. à l’introduction des nègres en qualité d’esclaves dans l’Amérique et dans les Indes occidentales, puis aux succès remportés pas les fabricants de l’Europe sur ceux des Indes orientales, et à l’extension sur le globe de la domination des Hollandais et des Anglais ; deux nations, qui, au contraire des Espagnols et des Portugais, ont cherché et trouvé la fortune plutôt dans l’échange d’objets manufacturés contre des denrées coloniales que dans des extorsions.

    A l’heure qu’il est, ce commerce occupe la portion la plus considérable de la grande navigation marchande de l’Europe ainsi que du capital commercial et manufacturier qu’elle consacre au négoce extérieur ; et les denrées qui, chaque année, pour une valeur de plusieurs centaines de millions, sont expédiées de la zone torride vers la zone tempérée, se soldent, à peu d’exceptions près, avec des objets manufacturés.

    L’échange des denrées coloniales contre des objets manufacturés profite sous plus d’un rapport aux forces productives des pays de la zone tempérée. Ces articles, par exemple le sucre, le café, le thé, le tabac, servent en partie comme stimulants à la production agricole et manufacturière, en partie comme moyens d’alimentation ; la fabrication des objets nécessaires pour solder les denrées coloniales donne de l’occupation à un plus grand nombre de bras ; les travaux manufacturiers peuvent être exécutés sur une plus grande échelle, partant avec plus d’avantage ; plus de navires, plus de marins et plus de négociants trouvent de l’emploi ; et, la population croissant par ces causes diverses, la demande des produits de l’agriculture du pays s’accroit aussi dans une proportion énorme.

    C’est cette corrélation entre l’industrie manufacturière de la zone tempérée et la production de la zone torride qui fait que les Anglais consomment moyennement deux ou trois fois plus de denrées coloniales que les Français, trois ou quatre fois plus que les Allemands, cinq ou dix fois plus que les Polonais.

    On peut juger de l’extension dont la production coloniale est susceptible par un calcul approximatif de la superficie qu’emploie aujourd’hui la culture des denrées coloniales qui entrent aujourd’hui dans le commerce.

    Si nous estimons la consommation actuelle du coton à 10 millions de quintaux (environ 500 millions de kilog.) (4) et le produit d’un acre de terre (0 hectare 404 671) seulement à 8 quintaux (406 kilog.), nous trouvons que cette production ne demande pas plus de 1 million 1/4 d’acres (environ 500 000 hectares) (5). Les quantités de sucre qui entrent dans le commerce étant calculées à 14 millions de quintaux (environ 700 millions de kilog.) et le produit d’un acre à 10 quintaux (507 kilog.), il suffirait pour toute cette production de 1 million 1 /2 d’acres (environ 600 000 hectares).

    Si nous prenons pour les autres articles, café, riz, indigo, épices, etc. autant d’espace que pour les deux principaux, l’ensemble des denrées coloniales sur lesquelles opère aujourd’hui le commerce n’exigerait pas plus de 7 à 8 millions d’acres (2 800 000 à 3 200 000 hectares), surface qui n’est probablement pas le quinzième de celle qui est propre à ces cultures.

    Les Anglais dans les Indes orientales, les Français dans les Antilles, les Hollandais à Java et à Sumatra, nous ont fourni des preuves matérielles de la possibilité de les étendre immensément.

    L’Angleterre, notamment, a quadruplé son importation en coton des Indes orientales, et les journaux anglais affirment hardiment qu’au bout de quelques années, surtout si elle réussit à prendre possession de l’ancienne route des Indes orientales, cette contrée pourra lui fournir toutes les denrées coloniales nécessaires à sa consommation. Cette espérance ne paraîtra pas exagérée si l’on considère l’immense étendue de l’empire anglo-indien, la fertilité du sol et le bas prix de la main-d’oeuvre dans cette région.

    En même temps que l’Angleterre exploitera les Indes orientales, les progrès des cultures hollandaises dans les îles suivront leur cours ; la dissolution de l’empire turc rendra à la production une grande partie de l’Afrique ainsi que l’Asie occidentale et centrale, les habitants du Texas étendront sur tout le Mexique la civilisation nord-américaine ; des gouvernements réguliers s’établiront dans l’Amérique du Sud et favoriseront l’exploitation d’un sol dont la fécondité n’a pas de bornes.

    En produisant ainsi beaucoup plus de denrées qu’ils ne l’ont fait jusqu’à présent, les pays de la zone torride acquerront les moyens d’acheter aux pays de la zone tempérée beaucoup plus d’objets manufacturés, et cet agrandissement de leurs débouchés mettra ces derniers en état de consommer des quantités plus considérables de denrées coloniales. Grâce à ce développement de la production et à cet accroissement des moyens d’échange, le commerce entre les agriculteurs de la zone torride et les manufacturiers de la zone tempérée, c’est-à-dire le grand commerce du globe, s’accroîtra dans l’avenir avec bien plus de rapidité encore que dans le siècle écoulé.

    Cet essor du grand commerce du globe, tel qu’il est déjà, tel qu’on doit l’espérer avec le temps, doit être rapporté à plusieurs causes aux progrès remarquables de l’industrie manufacturière, au perfectionnement des voies de communication par terre et par eau, et aux grands événements du monde politique.

    Par les machines et par diverses inventions, la fabrication imparfaite de l’Orient a été anéantie au profit de l’industrie manufacturière de l’Europe ; celle-ci a été mise en état de fournir aux contrées de la zone torride des masses de produits fabriqués à bas prix, leur donnant ainsi des motifs de développer leurs forces productives.

    Par le perfectionnement des voies de communication, les pays de la zone torride ont été sensiblement rapprochés de ceux de la zone tempérée ; leurs relations sont devenues moins dangereuses et plus rapides, moins coûteuses et plus régulières ; elles s’amélioreront encore à un degré incalculable, lorsque la navigation à la vapeur se sera généralisée et que les chemins de fer auront envahi jusqu’à l’intérieur de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique du Sud.

    Par la séparation de l’Amérique du Sud d’avec l’Espagne et le Portugal et par la dissolution de l’empire turc, une vaste étendue de terres est tombée dans le domaine commun ; ces pays, les plus fertiles du monde, attendent avec impatience que les peuples civilisés, par une cordiale entente, les guident dans la voie de la sécurité et de l’ordre, de la civilisation et de la prospérité ; elles demandent avant tout qu’on leur apporte des objets manufacturés, et qu’on prenne en retour les denrées de leur climat.

    On le voit, il y a là pour toutes les régions de l’Europe et de l’Amérique du Nord appelées à être manufacturières un assez vaste champ pour faire prospérer leurs fabriques, pour accroître leur consommation en produits de la zone torride et pour développer dans la même proportion leurs relations directes avec les pays de cette zone.


 


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1 - On a prétendu, dans ces derniers temps, que le commerce n’est pas productif, que l’agriculture et l’industrie manufacturière seules le sont ; d’où l’on a conclu le monopole du commerce entre les mains de l’État. Cette hérésie était permise à ceux qui, dans le siècle dernier, confondaient le commerce avec l’échange, et qui, de plus, attribuaient au mot production un sens qu’il ne peut avoir ; elle ne l’est plus depuis que le commerce et la production ont été exactement définis. Il est évident que l’industrie qui transporte les marchandises, qui les met à la portée des consommateurs, qui les distribue, ajoute à la valeur de ces marchandises, et qu’elle est par conséquent productive. En soutenant que le commerce est productif à sa manière, en ce sens qu’il est l’intermédiaire des échanges entre les agriculteurs et les manufacturiers, List, on doit le remarquer, ne prête nullement son autorité à une pareille erreur. (H. R.)

2 - Quelles que soient les exagérations auxquelles la maxime du laissez passer a donné lieu, la liberté du commerce, on doit le dire, n’a jamais été réclamée dans l’intérêt particulier des commerçants. Les physiocrates la demandaient au nom des intérêts agricoles : « Le commerce extérieur, disait Quesnay, 5e Observation sur le Tableau économique, doit être toujours fort libre, débarrassé de toutes gênes et exempt de toutes impositions, parce que ce n’est que par la communication qu’il entretient entre les nations qu’on peut s’assurer constamment le meilleur prix possible des productions du territoire. » Smith et ses disciples ont combattu la protection comme une immixtion du gouvernement dans l’industrie, et comme un obstacle à une division rationnelle du travail en général. On sait que, dans certains pays, les agriculteurs ou les manufacturiers sont tout aussi attachés à la théorie libérale que peuvent l’être les commerçants ; et les commerçants eux-mêmes, le plus généralement, lui sont favorables ou contraires, suivant que les intérêts agricoles ou industriels auxquels leurs propres intérêts se lient en comportent ou non l’application.
    Il est évident que ce passage a été inspiré à List par un mouvement de mauvaise humeur à l’égard du commerce des ports anséates et des grandes places de foire de l’Allemagne. Les reproches qu’il adresse aux négociants pourraient être tout aussi bien adressés aux agriculteurs et aux manufacturiers ; il accuse les premiers, par exemple, de fournir à l’ennemi en temps de guerre des armes et des munitions ; mais ceux qui produisent ces munitions et ces armes sont-ils moins coupables envers leur pays ? La vérité est que les intérêts particuliers d’une classe quelconque de producteurs peuvent être quelquefois en désaccord avec l’intérêt général. Il est curieux de voir un adversaire du laissez faire ou du laisser passer se rencontrer, peut-être sans le savoir, avec le chef de l’école du laissez passer ou du laissez faire. Quesnay a écrit que l’intérêt particulier du commerçant et L’intérêt de la nation sont opposés. (H. R.)

3 - Esprit des lois, liv. XX, chap. xii.

4 - Le quintal anglais = 50 kilog. 797.

5 - La puissance productive des différentes plantations de coton est extrêmement inégale ; elle varie depuis deux ou trois quintaux par acre jusqu’à huit ou dix, Récemment, dans l’Amérique du Nord, on a découvert une espèce de colon, qui, sur la terre la plus fertile, rapporterait quinze quintaux par acre, Au reste, une moyenne de huit quintaux par acre nous paraît à nous même un peu élevée. En revanche, notre moyenne de dix quintaux pour le sucre est beaucoup trop faible, attendu que des terres ordinaires, dans une récolte médiocre, produisent entre dix et vingt quintaux. Mais, que notre estimation du produit de toutes les denrées de la zone torride soit trop forte ou trop faible, notre argument sur l’immense développement dont leur culture est susceptible n’en est nullement affecté.

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