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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 21:00

   Voici une réflexion de Vladimir I. Vernadsky sur la montée en puissance de la Noosphère - le principe de l'action créatrice de l'humanité - dans et sur la biosphère, et sur son influence croissante sur l'organisation et le progrès de la Vie dans l'univers, écrite en 1944.

   On y trouve aussi une certaine ironie, très discrète, dans le contraste entre la méthodologie scientifique apparement défendue par lui et les hypothèses qui constituent le reste du texte, notamment celle sur l'évolution. La rigueur extrême du régime politique soviétique en pleine lutte existentielle contre le fascisme européen, et la dictature scientifique de Trofim Denissovitch Lyssenko, exigeaient cette discrétion : d'éminents scientifiques russes avaient déjà été envoyés par ce dernier mourir au goulag, pour crime de "science bourgeoise".

   Le Lyssenkisme n'admettait que le matérialisme et l'empirisme comme support de la recherche scientifique, et émettre une hypothèse ou s'appuyer sur un concept métaphysique pour soutenir une démonstration pouvait littéralement tuer.

   Mais Vladimir Vernadsky était, dans le monde scientifique russe, l'une des personnalités les plus importantes, et cela lui donnait une certaine liberté : en Russie, le scientifique a toujours été placé très haut dans l'estime du peuple et du gouvernement, quelle que soit sa forme.

   Mais revenons à notre texte. "La Biosphère et la Noosphère" amène le lecteur à comprendre ce que signifie - scientifiquement - le concept de Noosphère, et à comprendre que les stupidités écolo-bobo-New-Age qu'on a glissé dans ce terme n'ont définitivement rien à y faire. Vernadsky prophétise un XXIème siècle "noosphérique", où l'humanité libre et créatrice pourra étendre la biosphère partout, y compris hors des limites de la planète Terre.

 

   Bonne lecture

 

   P.S. : Vous trouverez un exemple de l'action noosphérique de transformation de la biosphère dans cette superbe étude :

Afrique : de la Mer intérieure de Roudaire à la Révolution bleue

 

 

 

 

La Biosphère et la Noosphère


VERNADSKY.jpg
VLADIMIR I. VERNADSKI
(Autres textes ici)


Publié dans American Scientist en janvier 1945.

(texte extrait de la revue Fusion n°106, titré "Nucléaire : les 50 prochaines années".)

 

 

 

    Nous atteignons le point culminant de la Deuxième Guerre mondiale. En Europe, la guerre a repris en 1939 après une interruption de vingt et un ans ; cela fait cinq ans qu'elle dure en Europe de l'Ouest et trois ans de notre côté, en Europe de l'est. Quant à l'Extrême-Orient, elle y a repris dès 1931 et se trouve déjà dans sa douzième année. Une guerre d'une telle ampleur, d'une telle durée et d'une telle violence est un phénomène jamais vu dans l'histoire de l'humanité et dans celle de la biosphère en général. De surcroît, elle a été précédée par la Première Guerre mondiale qui, tout en étant moins meurtrière, a un lien de causalité avec la guerre actuelle.

    Dans notre pays, cette Première Guerre a abouti à une forme nouvelle d'Etat sans précédent dans l'histoire, non seulement dans le domaine de l'économie mais également dans les aspirations nationales. Du point de vue du naturaliste (et, je pense, de celui de l'historien) un phénomène historique d'une telle envergure peut et doit être examiné comme une partie d'un grand processus géologique terrestre unique, et pas simplement comme un processus historique.

    La Première Guerre mondiale eut un impact absolument décisif sur mon travail scientifique et changea radicalement ma conception géologique du monde. C'est dans cette atmosphère que je développai une conception de la nature que j'avais oubliée à cette époque et qui eut pour effet de me sembler nouvelle : une conception géochimique et biogéochimique, embrassant l'ensemble de la nature vivante et non vivante suivant le même point de vue. J'ai passé les années de cette guerre plongé dans un travail scientifique créatif, toujours orienté dans la même direction.

    Il y a vingt deux ans, en 1915, l'Académie des sciences créa une commission pour les études des forces productives de notre pays, appelée KEPS. Cette commission, que je présidais, joua un rôle important dans la période critique de la Première Guerre. Dans la tourmente de cette époque et d'une manière totalement inattendue, il apparut clairement à l'Académie des sciences que la Russie tsariste ne possédait aucune notion précise de ce que l'on appelle aujourd'hui « matière première stratégique », et que nous devions rapidement collecter et approfondir les données éparses afin de combler nos lacunes. Malheureusement, au début de la Deuxième Guerre mondiale, il ne restait que la partie la plus bureaucratique de la commission, le « Conseil des Forces productives » et il devint nécessaire de restaurer le reste en toute hâte.

    En abordant l'étude des phénomènes géologiques d'un point de vue géochimique et biogéochimique, nous pouvons appréhender l'ensemble de la nature qui nous entoure dans le même aspect atomique. Inconsciemment, une telle approche coïncide, pour moi, avec ce qui caractérise la science du XXème siècle et la distingue de celle des siècles passés. Le XXème siècle est le siècle de l'atome.

    A cette période, en 1917-1918, je me trouvais, par hasard, en Ukraine, et dans l'impossibilité de retourner à Saint-Pétersbourg avant 1921. Durant toutes ces années, quel que fut le lieu de ma résidence, mes pensées se tournaient vers les manifestations géochimiques et biogéochimiques de la nature qui nous entoure : la biosphère. Je dirigeais ma lecture et ma réflexion sur ce sujet de manière intensive et systématique. J'exposais mes conclusions successives, au fur et à mesure de leur formation, à travers des rapports et des conférences dans les villes où je résidais : Yalta, Poltava, Kiev, Simferopol, Novorossisk, Rostov, etc.... Où que je fusse, j'avais l'habitude de lire tout ce qui était disponible sur ce sujet. Je mis de côté, autant que je le pus, toutes les aspirations philosophiques et j'essayais de me baser uniquement sur les faits fermement établis de manière scientifique et empirique et sur les généralisations, ce qui me permettait parfois d'émettre des hypothèses. A la place du concept de « vie», j'introduisis le concept de « matière vivante », qui semble maintenant bien établi en science. « La matière vivante » est la totalité des organismes vivants. C'est une généralisation scientifique, empirique, de faits empiriques indiscutables connus de tous, observables facilement et avec précision. Le concept de « vie » déborde souvent des limites du concept de « matière vivante » ; il entre dans les domaines de la philosophie, du folklore, de la religion et des arts. Tout cela est en dehors de la notion de « matière vivante ».

    Dans la vie d'aujourd'hui, intense et complexe, l'on peut oublier que soi-même et l'ensemble de l'humanité à laquelle l'on est partie intégrée, sont inséparablement connectés à la biosphère (cette partie de la planète où ils vivent). Nous parlons habituellement de l'homme comme d'un individu qui se déplace librement sur notre planète et qui, librement, construit sa propre histoire. Jusqu'ici, ni les historiens, ni les savants dans le domaine des humanités, ni même, à un certain point, les biologistes, ont consciemment pris en compte les lois de la nature de la biosphère (enveloppe de la terre), unique lieu où la vie peut exister. L'homme est un élément indivisible de la biosphère. Et cette « inséparabilité » commence seulement à nous apparaître avec précision. En réalité, il n'existe pas d'organisme vivant existant dans un état libre sur terre. Tous les organismes vivants sont inséparablement et perpétuellement connectés (tout d'abord et de manière évidente par l'alimentation et la respiration) avec leur environnement matériel-énergétique.

    Caspar Wolf (1733-1794), le remarquable académicien de Saint-Pétersbourg qui a dédié sa vie entière à la Russie, exprima cela brillamment dans son livre publié en allemand à Saint-Pétersbourg en 1789, année de la Révolution française : Sur la force particulière et efficace, caractéristique de la substance des plantes et des animaux. Contrairement à la majorité des biologistes de son temps, il s'appuie sur Newton plutôt que sur Descartes.

    L'humanité, en tant que matière vivante, est liée de manière inséparable aux processus matériels-énergétiques d'une enveloppe géologique spécifique de la terre appelée « biosphère ». Elle ne peut être physiquement indépendante de la biosphère ne serait-ce qu'un seul instant.


    LE PRINCIPE DE HUYGENS
   
    Le concept de « biosphère», c'est à dire « le domaine de la vie», a été introduit en biologie par Lamarck (1744-1829) à Paris au début du XIXème siècle, et en géologie par Edward Suess (1831-1914) à Vienne à la fin du XIXème siècle. Dans notre XXème siècle, il y a une toute nouvelle compréhension de la biosphère. Elle émerge comme un phénomène planétaire de nature cosmique. En biogéochimie, nous devons considérer que la vie (les organismes vivants) n'existe pas uniquement sur notre planète, dans la biosphère terrestre. Il me semble que ceci a été établi saris l'ombre d'un doute, jusqu'à maintenant, pour toutes les planètes de type terrestre, c'est-à-dire pour Vénus, la Terre et Mars. Au laboratoire biogéochimique de l'Académie des sciences de Moscou, qui, été renommé Laboratoire des Problèmes Géochimiques depuis le regroupement avec l'Institut microbiologique de l'Académie des sciences (dirigé par l'académicien B.L. Isachenko), nous avions, dès 1940, établi la vie cosmique comme sujet d'étude scientifique. Ce travail fut interrompu durant la guerre mais il reprit à la première occasion.

    L'idée de la vie comme phénomène cosmique est présente dans les archives scientifiques depuis longtemps. Déjà, à la fin du XVIIème siècle, le hollandais Christian Huygens (1629-1695) dans son dernier ouvrage Cosmotheoros, publié après sa mort, formulait cette question. Sur l'initiative de Pierre 1er, le livre fut publié à deux reprises en Russie dans la première partie du XVIIIème siècle. Huygens y établit la généralisation scientifique suivante : « la vie est un phénomène cosmique et, d'une façon ou d'une autre, est nettement distincte de la matière non-vivante ». J'ai récemment appelé cette généralisation « le principe de Huygens ».

    Par son poids, la matière vivante constitue une partie infinitésimale de la planète, et ce, de tous temps géologiques, ce qui signifie qu'elle est « géologiquement éternelle ». La matière vivante est concentrée dans une fine couche, plus ou moins épaisse, de la troposphère sur la terre ferme (dans les champs et les forêts) et se répand dans l'océan tout entier. Elle représente à peine 0,25% de la masse de la biosphère. Sur la terre ferme, la couche continue de la biosphère atteint une profondeur d'un peu moins de trois kilomètres en moyenne. La matière vivante n'existe pas en dehors de la biosphère.

    Sa morphologie change durant toute la course du temps géologique, selon les lois de la nature. I'histoire de la matière vivante s'exprime elle-même comme une lente modification des formes d'organismes vivants qui sont connectés génétiquement, de génération en génération, d'une manière ininterrompue. Cette idée, soulevée de tous temps dans la recherche scientifique, acquit en 1859 une base solide grâce aux travaux de Charles Darwin (1809-1882) et de Wallace (1822-1913). Elle fut présentée dans la doctrine de l'évolution des espèces pour les plantes et les animaux, ainsi que pour l'homme. Le processus évolutionniste est une caractéristique unique de la matière vivante. Il n'y en a aucune manifestation dans la matière non vivante. Dans l'ère cryptozoïque, les mêmes minéraux et rochers sont formés de la même manière qu'aujourd'hui. Les seules exceptions concernent les corps naturels bio-inertes connectés d'une façon ou d'une autre avec la matière vivante.

    Le changement dans la structure morphologique de la matière vivante observé dans le processus d'évolution conduit inévitablement à un changement dans sa composition chimique. Cette question requiert maintenant une vérification expérimentale. En collaboration avec l'Institut paléontologique de l'Académie des sciences, nous l'avons incorporée dans les travaux planifiés pour 1944.

    Tandis que la quantité de matière vivante est négligeable par rapport à la matière non vivante et à Ia masse bio-inerte, les roches biogéniques constituent une large partie de la masse de la biosphère et vont bien au-delà des frontières de la biosphère. En vertu du phénomène de métamorphisme, elles se sont converties en une enveloppe granitique, perdant toute trace de vie, et ne font plus alors partie de la biosphère. L'enveloppe granitique de la Terre est la zone des biosphères précédentes. Dans le livre de Lamarck, Hydrogéologie (1802), qui contient de nombreuses et remarquables idées, la matière vivante, comme je l'ai compris, se trouve à l'origine des principales roches de notre planète. Lamarck n'a jamais accepté la découverte de Lavoisier (1743-1794). J.B. Dumas (1800-1884), un autre grand chimiste et jeune contemporain de Lamarck, qui se pencha sur la chimie de la matière vivante, avait reconnu depuis longtemps l'importance de la découverte de Lavoisier et adhérait également à l'idée de l'importance quantitative de la matière vivante dans la structure des roches de la biosphère.

 

 

    LA CÉPHALISATION, AXE DE L'ÉVOLUTION

    Les contemporains de Darwin, J. D. Dana (1813-1895) et J. Le Conte (1823-1901), grands géologues américains (Dana était aussi minéralogiste et biologiste) expliquèrent, avant même 1859, la généralisation empirique selon laquelle l’évolution de la matière vivante avance dans une direction définie. Ce phénomène a été appelé par Dana « céphalisation », et par Le Conte « ère psychozoïque ». Dana, comme Darwin, adopta cette idée lors de son voyage autour du monde, qui débuta en 1838 deux ans après le retour de Darwin à Londres, et qui se prolongea jusqu'en 1842.

    Il faut noter ici que l'expédition durant laquelle Dana parvint à ses conclusions sur la céphalisation, les récifs de corail, etc.... était associée, historiquement, aux recherches sur l'Océan Pacifique, réalisées lors des voyages des marins Russes, en particulier par Kruzenshtern (1770-1846). Publiées en allemand, elles inspirèrent l'avocat américain John Reynolds qui organisa le premier voyage de recherche océanique américain. Il débuta ce travail en 1827, au moment où un compte rendu de l'expédition de Kruzenshtern parvenait en Allemagne. C'est seulement onze ans plus tard, en 1838, que ses efforts constants aboutirent à la concrétisation de son expédition. II s'agissait de l'expédition Wilkes, qui permit de prouver l'existence de l'Antarctique.

    Les notions empiriques d'une direction définie des processus d'évolution, même s'il n'y eut aucune tentative théorique pour les fonder, s'approfondirent au cours du XVIIIème siècle. Buffon (1707-1788) parla du « royaume de l'homme », en raison de son importance géologique. L'idée d'évolution lui était étrangère. Elle l'était aussi pour Agassiz (1807-1873), qui présenta l'idée d'ère glaciaire. C'était une période d'impétueux épanouissement dans la géologie. Agassiz admettait que, géologiquement, le royaume de l'homme était arrivé, mais, à cause de ses principes théologiques, il s'opposait à la théorie de l'évolution. Le Conte souligne que Dana, qui, formellement avait un point de vue proche de celui d'Agassiz, accepta, à la fin de sa vie, l'idée de l'évolution dans son interprétation darwinienne. La différence entre « l'ère psychozoïque » de Le Conte et la « céphalisation » de Dana disparaissait alors. C'est à regretter que, particulièrement dans notre pays, cette importante généralisation empirique soit encore hors du champ de vision de nos biologistes.

    Le bien-fondé du principe de Dana (qui semble être en dehors de l'horizon de nos paléontologistes) peut aisément être vérifié sur les bases de tous les traités modernes de paléontologie. Le principe n'embrasse pas seulement l'ensemble du domaine des animaux, mais il se révèle lui-même clairement dans chaque type d'animal. Dana soulignait que durant le cours du temps géologique, sur au moins deux millions d'armées et probablement bien plus, il se produisit un processus irrégulier de croissance et de perfectionnement du système nerveux central, débutant avec les crustacés (il utilisa cette étude pour établir son principe), les mollusques (céphalopodes), et finissant par l'homme. C'est ce phénomène qu'il appelait « céphalisation ». Le cerveau, une fois qu'il a atteint un certain niveau dans le processus d'évolution, n'est pas sujet à une rétrogression, il peut uniquement progresser.

 

 

    L'AVÈNEMENT DE LA NOOSPHÈRE

    Partant de la notion du rôle géologique de l'homme, le géologue A.P. Pavlov (1854-1929), dans la dernière année de sa vie, parlait de l'ère anthropogénique dans laquelle nous vivons aujourd'hui. Bien qu'il n'ait pas pris en compte la possibilité de destruction des valeurs spirituelles et matérielles dont nous sommes témoins à peine dix ans après sa mort, avec l'invasion barbare des Allemands et de leurs alliés, il insistait avec raison sur le fait que l'homme est devenu, sous nos yeux, une force géologique puissante et toujours croissante. Cette force s'est formée de manière imperceptible au fil du temps, coïncidant avec un changement dans la situation de l'homme sur notre planète (et tout d'abord dans sa situation matérielle). Pour la première fois dans l'histoire de la Terre, au XXème siècle, l'homme connaît et embrasse l'ensemble de la biosphère, complétant ainsi la carte géographique de la planète et colonisant son entière surface. L'humanité devient un facteur unique dans la vie de la terre. Il n'existe pas d'endroit sur terre où l'homme ne puisse vivre s'il le désire. Notre peuple qui séjourna sur les glaces flottantes du pôle Nord en 1937-1938 l'a prouvé. Parallèlement, grâce à des techniques puissantes et aux réussites de la pensée scientifique, telles que la radio et la télévision, l'homme est à présent capable de parler instantanément à n'importe qui et de n'importe quel endroit de la planète s'il le souhaite. Le transport aérien a atteint une vitesse de plusieurs centaines de kilomètres par heure, et n'est pas encore parvenu à ses limites. Tout cela est le résultat de la « céphalisation », de la croissance du cerveau humain et du travail dirigé par ce cerveau.

    L'économiste L Brentano mit en lumière la signification planétaire de ce phénomène par un calcul saisissant : si un mètre carré était assigné à chaque être humain, et si tous les hommes étaient rassemblés côte à côte, ils n'occuperaient même pas l'espace constitué par le petit lac de Constance, qui se trouve entre la Suisse et la Bavière. Le reste de la surface de la Terre serait vide d'êtres humains. Ainsi donc, l'ensemble de l'humanité représente une portion insignifiante de la planète. Sa force ne dérive pas de sa matière, mais de son cerveau. Si l'homme comprend cela, et ne l'utilise pas pour sa propre destruction, un avenir immense s'offre à lui dans l'histoire géologique de la biosphère.

    Le processus géologique de l'évolution montre l'unité biologique et l'égalité de tous les hommes, l'Homo Sapiens et ses ancêtres, le Sinanthrope et les autres ; leur lignée dans le mélange des races blanches, rouges, jaunes et noires évolue sans cesse sur d'innombrables générations. C'est une loi de la nature. Toutes les races sont capables de se croiser et d'avoir une progéniture fertile. Dans un contexte historique, comme par exemple dans une guerre d'une ampleur identique à celle dans laquelle nous nous trouvons, l'homme qui suit ces lois finit par gagner. Personne ne peut s'op¬poser impunément au principe de l'unité de tous les hommes, qui est une loi de la nature. J'use ici du terme « loi de la nature » car il est de plus en plus utilisé dans les sciences physiques et chimiques, dans le sens d'une généralisation empirique établie avec précision.

    Le processus historique est en train de changer radicalement sous nos propres yeux. Pour la première fois, l'intérêt des masses d'un côté, et la pensée libre des individus de l'autre, détermine le cours de la vie de l'humanité et procure les critères pour définir l'idée de la justice. L’humanité, comme un tout, est en train de devenir une force géologique puissante. Apparaît alors le problème de la reconstruction de la biosphère dans l'intérêt de l'humanité pensant librement comme une entité unique. Ce nouvel état de la biosphère auquel nous approchons sans nous en rendre compte est la noosphère.

    Dans une conférence que j'ai donnée à la Sorbonne en 1922-1923, j'acceptais comme base de la biosphère les phénomènes biogéochimiques. Certaines parties de ces conférences furent publiées dans mon livre, Études de Géochimie, paru d'abord en français en 1924, puis traduit en russe en 1927. Le mathématicien français le Roy, philosophe bergsonien, prit comme point de départ la base biogéochimique de la biosphère et introduisit, dans ses conférences au Collège de France, le concept de noosphère comme l'étape géologique à travers laquelle la biosphère est en train de passer. Il souligna qu'il était parvenu à cette idée grâce à la collaboration de son ami Teilhard de Chardin, grand géologue et paléontologue qui travaille aujourd'hui en Chine.

    La noosphère est un phénomène géologique nouveau sur notre planète. Pour la première fois, l'homme y devient une force géologique à grande échelle. Il peut et doit reconstruire le domaine de sa vie par son travail et sa pensée, le rebâtir radicalement par rapport au passé. Ainsi s'ouvrent devant lui des possibilités créatrices toujours plus grandes. Peut-être la génération de nos petits enfants verra-t-elle cet épanouissement.

 

 

    COMMENT LA PENSÉE PEUT-ELLE MODIFIER LES PROCESSUS DE LA MATIÈRE ?

    Voici qu'apparaît une nouvelle énigme. La pensée n'est pas une forme d'énergie. Comment alors peut-elle changer les processus matériels ? Cette question n'a toujours pas été résolue. A ma connaissance, elle fut posée la première fois par un scientifique Américain né à Lvov, le mathématicien et biophysicien Alfred Lotka. Mais il ne fut pas capable d'y répondre. Selon Goethe (1740-1832), grand poète et grand scientifique, en science nous pouvons seulement savoir comment une chose se produit, mais nous ne pouvons pas savoir pourquoi elle se produit.

    Avec l'avènement de la noosphère, nous voyons autour de nous, à chaque étape, les résultats empiriques de cet « incompréhensible » processus. Le fer natif est rare dans la nature, il est aujourd'hui produit à des milliards de tonnes. L'aluminium natif, qui n'existait pas auparavant sur notre planète, est maintenant fabriqué à grande échelle. Il en va de même pour un nombre incalculable de combinaisons chimiques artificielles (la « culture » biogénique des minéraux) nouvellement créées. Le nombre de ces minéraux artificiels est en augmentation constante. Cela comprend toutes les matières premières stratégiques. L’apparence de notre planète, la biosphère, subit chimiquement une transformation opérée par l'homme de manière consciente et bien plus encore de manière inconsciente. L'homme change physiquement et chimiquement l'enveloppe aérienne de la terre ainsi que les eaux naturelles. Au XXème siècle, à cause des avancées de la civilisation, les mers et la partie des océans proche des côtes changent d'une manière toujours plus marquée. L'homme doit à présent prendre de plus en plus de mesures afin de préserver, pour les générations futures, la richesse des océans qui n'appartiennent encore à personne. D'autre part, il crée de nouvelles espèces d'animaux et de plantes. Les contes de fée semblent possibles dans l'avenir ; l'homme s'évertue à aller au-delà des frontières de la planète, dans l'espace. Et il le fera sans doute. Aujourd'hui, dans la grande tragédie historique que nous traversons, nous ne pouvons que réaliser que nous avons choisi, de manière intuitive, le chemin qui mène droit à la noosphère. Je dis « de manière intuitive » car l'ensemble de l'humanité est en train d'agir dans cette direction. Les historiens et les responsables politiques commencent seulement à comprendre le processus de la nature à partir de ce point de vue. L’approche de Winston Churchill (1932) en tant qu'historien et chef politique est très intéressante.

    La noosphère est la dernière des nombreuses étapes de l'évolution de la biosphère dans l'histoire géologique. L'itinéraire de cette évolution commence seulement à nous apparaître plus clairement à travers l'étude de certains aspects du passé géologique de la biosphère. Laissez-moi vous citer quelques exemples. Il y a cinq cents millions d'années, durant le Cambrien, des formations à partir des squelettes d'animaux riches en calcium apparaissent pour la première fois dans la biosphère ; celles à partir de plantes apparaissent il y a plus de deux milliards d'années. Cette fonction du calcium dans la matière vivante, à présent fortement développée, fut un des plus importants facteurs du changement géologique de la biosphère. Un changement tout aussi important de la biosphère se produisit de moins 110 à moins 70 millions d'années durant le Crétacé, et plus particulièrement à la période tertiaire. C'est à cette époque que les vertes forêts, que nous aimons tant, prirent naissance. Il s'agit là d'un autre grand stade évolutionniste, analogue à la noosphère. C'est probablement dans ces forêts que l'homme est apparu il y a environ 15 à 20 millions d'années.

    Aujourd'hui nous vivons une période de nouveau changement fondamental dans la biosphère. Nous entrons dans la noosphère. Ce nouveau processus prend place dans un moment tourmenté, au cours d'une guerre mondiale destructrice. Mais ce qui importe c'est que nos idéaux démocratiques soient en accord avec le processus géologique, avec les lois de la nature et avec la noosphère. Par conséquent, nous pouvons regarder l'avenir avec confiance. Il est entre nos mains. Ne laissons pas cet avenir nous échapper.

 

 

Vladimir I. Vernadsky, Union des Républiques Socialiste Soviétiques, 1944

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commentaires

Donatien 18/12/2010 17:13



Jean-Gabriel,


Comme toujours, je n'ai rien contre un échange plus rugueux tant qu'il demeure non-violent
(pas de risque) et dans le respect mutuel. Je crois que la ligne jaune du respect mutuel est à 2 doigts d'être franchie des 2 côtés. Pour continuer à progresser, nous devons, tous les deux, faire
un effort de tolérance et de compréhension.


Je crains que vous ne fassiez pas preuve de tolérance en m'accusant de faire l'apologie de
génocides, de la misère, de la maladie, de la souffrance, en m'accusant de mentir, d'être "intoxiqué" de croire en des idées stupides etc.


De plus, j'ai l'impression que vous n'essayez pas de comprendre mon opinion puisque vous
m'assimilez à un porte-parole du "mouvement malthusien génocidaliste international". Pour comprendre, il faut accepter la nuance et refuser de mettre des étiquettes. Je n'ai jamais défendu le
concept de Terre Mère de même que je n'ai jamais prétendu que "l'homme est un parasite de la planète". S'il vous plaît, tenez-vous en à mes propos et pas à ceux de personnes que vous pensez être
"dans mon camp".


Par exemple, je suis entièrement d'accord avec votre affirmation selon laquelle "les
technologies n'y sont pour rien, ce sont les pays, les sociétés et les hommes qui s'en servent avec de mauvaises méthodes qui sont causes des accidents". Je n'ai rien contre la science, contre la
technologie et encore moins contre l'homme. De mon point de vue, l'écologie n'est pas une considération prioritaire sur les intérêts humains. Il ne s'agit que d'une condition nécessaire pour
satisfaire les besoins de l'humanité. Car avant tout, je suis bel et bien humaniste, contrairement au procès d'intentions que vous me faites.


 


Sur mon niveau de connaissances, je ne fait qu'articuler une réflexion sur base de
connaissances avérées, développées par d'autres. Il me semble que c'est plus ou moins la démarche de tous les scientifiques. Le début de la raison, c'est de connaître l'étendue de son ignorance.
Quelqu'un qui prétend tout maîtriser d'un sujet n'a aucune crédibilité. Et détrompez-vous, je ne me contente pas des mes acquis scolaires (qui ne s'arrêtent pas au bac, loin de là, mais ce n'est
pas le sujet). Les thèmes écologiques qui suscitent le plus d'inquiétude et qui justifient les actions internationales les plus urgents sont le climat et la biodiversité. Je peux vous assurer que
mes sources d'information sur ces sujets ne sont pas EELV, le WWF ou encore Greenpeace, mais bien des travaux de vulgarisation rigoureuse (pour ce que je peux en juger) de rapports et d'articles
scientifiques.


 


Avant de m'enjoindre à m'instruire, peut-être devriez-vous faire preuve d'autant de rigueur
et d'efforts pour vous informer que moi. Vous vous référez à la théorie (que j'ignorais) du pétrole abiotique, défendue par Thomas Gold. Voici ce qu'on peut lire à son propos sur Wikipédia
(http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_p%C3%A9trole_abiotique) : "largement ignorée en Occident du fait
des faibles volumes de pétrole abiotique découverts, elle n'a jamais suscité de réel intérêt parmi les géologues et est de nos jours majoritairement considérée comme scientifiquement invalide".
Je connais le degré de scepticisme dont il faut faire preuve en se référant à Wikipédia. Si vous contestez cette l'affirmation que je cite, je vous invite à l'amender. Une modification sera
certainement acceptée si elle repose sur des théories scientifiques valides. J'ai trouvé un autre article sur le sujet (http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/la-controverse-du-petrole-50323). Je n'ai pas
pris le temps de lire, mais il a l'air rigoureux et bien documenté (et assez clair dans ses conclusions). Enfin, l'argument ne vaut rien, mais quand je vois que la théorie du pétrole abiotique
est défendue par des blogueurs qui pensent qu'aucune bombe atomique n'a été larguée sur le Japon (http://petrole-abiotique.blogspot.com/), ça
me rend extrêmement prudent. Et vous remarquerez que je n'en profite pas pour vous accuser d'adopter d'obscures théories du complot (quoique vous n'en soyez pas loin étant donné certains de vos
propos sur la finance ou les malthusiens).


 


Par rapport au pic pétrolier, ce n'est pas MA théorie et je ne l'appuie pas que sur
l'évolution des prix. Les spécialistes issus de l'industrie auxquels j'accorde du crédit ont quitté cette industrie et n'y sont plus liés par des intérêts financiers. En outre, l'AIE ne
trouverait aucun intérêt dans une augmentation du prix des hydrocarbures, bien au contraire. Cette agence émane de l'OCDE, organisation qui défend les intérêts des pays les plus développés. La
production de pétrole conventionnel des ces pays est en phase de déclin plus ou moins avancée (voire nulle depuis toujours). Quant à l'intérêt de l'industrie pétrolière à évoquer le pic de
Hubbert, c'est pour le moins très discutable. Déjà, on peut constater qu'elle ne l'a fait que très peu alors que ce pic a eu lieu en 2006. De plus, cette stratégie de communication tendrait
certes à augmenter le cours du pétrole, mais elle impliquerait aussi d'augmenter l'attrait des investisseurs pour d'autres industries du secteur de l'énergie (charbon, nucléaire etc.). Enfin, les
compagnies pétrolières ne sont pas les principales bénéficiaires de cours élevés, comparé aux pays producteurs qui mettent en concurrence ces compagnies pour leurs accorder des concessions.
D'ailleurs, les compagnies privées ne possèdent qu'une faible part des réserves mondiales (http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/06/02/les-compagnies-petrolieres-ont-une-puissance-relative_1366865_3234.html).


 


Par rapport aux catastrophes technologiques, on peut penser à l'amiante, ou à l'utilisation
des CFC, heureusement maîtrisée à temps. Pour les CFC, nous avons eu la chance de réussir à trouver des substituts économiquement acceptables et moins nocifs pour la couche d'ozone. En sera-t-il
de même pour les énergies émettrices de GES ? Rien ne permet d'en être certain. Encore une fois, co



Donatien 15/12/2010 15:07



Effectivement, je suis pessimiste,
cependant il ne s'agit pas d'un pessimisme méthodologique mais plutôt d'un pessimisme (il me semble) réaliste.  Mais études scientifiques se sont
arrêtées au bac, je ne suis pas ingénieur, je ne connais pas grand-chose à l'énergie. Je ne fais qu'écouter les personnes qui me semblent les plus qualifiées pour en parler. Le prix du pétrole
reflète certainement une grande part de spéculation financière qu'il est difficile de distinguer des échanges réels. Toutefois, des voix de plus en plus concordantes, issues pour certaines de
l'industrie pétrolière, pronostiquent la fin d'une époque.


Si nous savions coloniser l'univers (ou
déjà le système solaire), je serais moins inquiet. Notre modèle de développement parasitique aurait de l'avenir. Mais je ne crois pas que nous en soyons là. La colonisation de Mars ne figure dans
l'agenda ni de la NASA ni de l'ASE (ni de la Chine à ma connaissance). Et il se trouve que nous habitons les 5 continents de notre planète, et celle-ci ne semble pas en cacher d'autres. Mais
la question est intéressante, dans le premier billet de mon blog, j'appelais une économiste à étudier "la liquidité du marché des planètes habitables" (parce que nous sommes riches, mais nous
commençons à manquer de ressources naturelles).


Dans mon bref panorama énergétique, j'ai
effectivement omis la fission nucléaire, d'une part parce que cette source d'énergie est limitée (certains parlent de quelques décennies sur base des technologies actuelles) - il s'agit donc
d'une énergie fossile, contrairement à ce que prétendait Areva jusqu'à ce que des journalistes d'investigation se penchent sur la réalité du prétendu recyclage des déchets. D'autre part, j'ai
aussi une opposition idéologique que j'assume parfaitement. Je ne souhaitais pas l'évoquer pour ne pas trop éparpiller le débat, et parce que je pense que le combat anti-nucléaire n'est pas une
priorité étant donné l'urgence climatique. Je ne suis pas opposé par principe, mais compte tenu de notre maîtrise toute relative de cette technologie : connaissances limitées sur les impacts de
faibles expositions de long terme à la radioactivité, traitement des déchets, protection contre les malveillances etc.


Est-ce que vous admettez qu'au cours
l'histoire industrielle, en exploitant des technologies avec trop peu de précautions, nous avons déclenché de véritables catastrophes (humaines, économiques et écologiques) ? Je souhaite
simplement que nous tenions compte de ces erreurs pour modérer le rôle d'apprenti sorcier que nous jouons.


"Et si proposer au peuple le
rationnement plutôt que le développement est le programme des écologistes, je ne leur prédis pas un grand avenir politique." C'est bien le problème, mais vous savez, les désirs humains sont
parfois frustrés quand ils se confrontent à la réalité. Plutôt que de rationnement, je préfère parler de développement raisonné. Je pense que nous n'avons guère de choix aujourd'hui : soit
commencer à réfléchir avant d'agir, soit se précipiter dans un effondrement pas vraiment contrôlable de notre civilisation. Car je crois que nous sommes effectivement dans une impasse
technologique, qui implique, à plus ou moins brève échéance (je pense d'ici la fin du siècle), un "retour à des niveaux de densités de flux énergétiques" proches de ceux de l'époque
préindustrielle. Si c'est une réalité, l'ignorer serait une grave erreur. Vous semblez l'ignorer en vous appuyant sur votre foi dans des technologies dont rien n'indique qu'elles seront
suffisamment abouties à temps.


 


C'est la première fois que j'entends
parler de "gisements d'hydrocarbures d'origine non-biologique de la croûte terrestre inférieure", de quoi s'agit-il ? Est-ce que leur exploitation est énergétiquement rentable ?



Jean-Gabriel Mahéo 18/12/2010 13:08



Cher Donatien,

Je vais retirer mes gants et être un peu plus rugueux.

Vous êtes pessimiste pour deux raisons :
- Vous ne maîtrisez pas, selon vos dires d'ailleurs, les sujets sur lesquels vous vous appuyez pour prêcher la morale écologiste, la décroissance, l'abstinence et toutes ces choses tristes et
mornes.
- vous faîtes confiance - apparemment sans aucune distanciation puisque vous êtes de votre propre aveux un ignorant - à la meute de propagandistes réactionnaires pseudo-scientifiques (Seralini,
par ex...) du mouvement malthusien génocidaliste international - les ci-devants écolos - dont EELV est en France la dernière émanation.

Votre pessimisme ne provient certainement pas d'un réalisme, concept qui implique la connaissance du réel. Non, votre pessimisme est l'enfant de l'ignorance, de la superstition, de la foi
aveugle, et aussi un peu de la vanité.
Rassurez-vous, c'est toujours ainsi : la connaissance libère, l'ignorance aliène, et le pessimisme est une aliénation.

Moi aussi, à votre place, je serais pessimiste, si je me faisais une opinion des choses écologiques uniquement après avoir écouté "les personnes qui me semblent les plus qualifiées pour en
parler". Quand on voit le Freak-show de la mouvance française de l'écologie mondiale, on se demande bien qui ces personnes peuvent bien être. Je ne vous parle pas des médias...

Instruisez-vous, Donatien. Ce n'est pas parce qu'on a que le Bac que l'on doit rester ignorant. J'ai moi-même quitté l'école alors que j'étais en seconde générale, voyez-vous.
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Vous appuyez votre théorie du pic pétrolier sur la hausse du prix du baril, tout en sachant que ce prix ne reflète rien d'autres que les mouvements de bulles financières. C'est déjà étonnant.
Mais vous appuyez encore votre théorie sur les déclarations des grands instituts et de certaines compagnies pétrolières, sans vous demander - me semble-t-il - si la popularisation du thème de la
pénurie des hydrocarbures ne fait pas les affaires des ces compagnies, qui les vendent (figurez-vous !). Vous connaissez pourtant certainement ce proverbe de boutiquier et de spéculateur : "Ce
qui est rare, est cher".
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Vous écriviez précédemment, au sujet des thèses du Club de Rome :
" Je n'ai strictement rien à faire de leurs conceptions religieuses, pas plus que de celles d'Einstein, de P. et M. Curie, de Pasteur ou de leurs patrons respectifs. Ce qui est intéressant, c'est
ce qu'ils disent."

J'aurais pu vous signaler qu'on ne parle jamais qu'à partir de ses principes, même lorsqu'on ment, et que le rapport Meadows reflète fidèlement les conceptions "religieuses" des dirigeants du
Club de Rome.

Mais je trouve encore plus intéressant de dénoncer dans votre pensée ces conceptions religieuses, dont vous vous défendez pourtant. En effet, digne disciple des thèses génocidaires du Club de
Rome, vous parlez de l'activité de l'humanité en l'appelant "notre modèle de développement parasitique". Vous signifiez ainsi que l'homme est un parasite de la planète, qu'ainsi d'ailleurs vous
rendez vivante, puisque les cailloux n'ont pas de parasites. Me parlerez-vous bientôt de Terre-Mère ?
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Vous serez peut-être étonné d'apprendre que Mars est au programme de l'agenda spatial chinois, qui commence par l'industrialisation lunaire à l'horizon 2020 pour viser une base permanente
martienne à l'horizon 2050.

Vous serez peut-être encore plus étonné d'apprendre qu'il y a 6 continents, et que si l'homme y est présent, ils sont tous, à l'exception de l'Europe, très vides.
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Le nucléaire n'est pas une énergie fossile, mais atomique. Une énergie fossile, comme son nom l'indique, est un dépôt de carbone ou d'hydrocarbure dont l'origine est biogène, il s'agit de carbone
capturé par les plantes dans les temps anciens grâce à la photosynthèse, et piégé dans la croûte terrestre par sédimentation.

Les matières fissiles n'ont pas une origine biogène, elles ne sont donc pas fossiles.

L'énergie nucléaire est une énergie 0 déchets - si l'on applique tous les procédés de retraitement-transmutations connues actuellement - dont les réserves de combustibles courent sur plusieurs
siècles - si l'on rouvre Superphénix. La France, pour le moins, maîtrise parfaitement cette technologie, après 40 années de pratique de toute la chaîne technologique nucléaire.

Il n'y a aucune raison sérieuse d'être opposé au nucléaire. Seules l'ignorance et la superstition sont à l'origine de l'anti-nucléarisme, aidés par des intérêts stratégiques et financiers pas
très symphatiques.

Les problèmes que vous exposez n'existent pas :
- sur les "connaissances limitées sur les impacts de faibles expositions de long terme à la radioactivité", allez discuter avec des bretons, des auvergnats ou des savoyards, qui vivent sur des
territoires dont la radioactivité naturelle dépasse de très loin les normes maximales autorisées en France.
- la France est quasiment le seul pays du monde à avoir industrialisé et valorisé le traitement des déchets nucléaires, par séparations, recyclages, transmutations, stockages. Il faut aussi noter
que les volumes de combustibles nucléaires sont assez petits et très facilement contrôlables.
-quand aux malveillances, vous regardez trop de films.
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J'aimerais que vous me donniez un exemple de "véritables catastrophes (humaines, économiques et écologiques)". Je ne vois que des accidents localisés, ponctuels et traitables. Ceux-ci sont
effectivement pénibles, surtout lorsqu'ils sont dû à l'appât du gain et à la désorganisation économique de la mondialisation. Et les technologies n'y sont pour rien, ce sont les pays, les
sociétés et les hommes qui s'en servent avec de mauvaises méthodes qui sont causes des accidents.

Mais de catastrophes, je ne vois point...
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Rationnement, "développement raisonné", misère, maladie, souffrance : changer le nom ne change rien à la chose. Voilà de quoi parlent les sadiques de l'écologie moderne, tout cela au nom de la
sauvegarde de la planète, de la biosphère, de la Mama-Pacha. Bonjour la secte ! Regardez-moi ces millions d'ânes crier à la catastrophe globale et universelle pour cause de péchés de liberté, et
qui ne rêvent plus que de remettre Prométhée aux chaînes et à la merci des rapaces, sous le prétexte infondé que "nous n'avons guère le choix aujourd'hui".

Vraiment, l'écologie moderne est le parti politique rêvé des financiers et des banquiers, qui exigent des gouvernements la mise en oeuvre de politiques d'austérité de plus en plus brutales.
D'ailleurs, il suffit de suivre l'argent pour se retrouver devant les portes de l'oligarchie financière internationale.
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Vous persistez à prétendre, en reprenant mes termes, que "nous sommes effectivement dans une impasse technologique, qui implique, à plus ou moins brève échéance (je pense d'ici la fin du siècle),
un "retour à des niveaux de densités de flux énergétiques" proches de ceux de l'époque préindustrielle", tout en connaissant le rôle-clé de l'énergie nucléaire de fission comme pont entre l'ère
des hydrocarbures et celle de la fusion thermonucléaire.

Vous mentez donc sciemment pour tenter de faire avancer vos idées décroissantes, ce qui n'est pas joli-joli. Dans le registre de la foi en des idées stupides, Donatien, vous êtes loin devant moi,
et complètement aveuglé et intoxiqué par la propagande verte : Nous avons tous les moyens de prospérer en tant que planète, humanité et nations, mais voilà que de tristes sires passent leur temps
à démoraliser, accuser, falsifier, pour obliger à la pénitence universelle et à la misère. Quelle imbécilité !
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En ce qui concerne les "gisements d'hydrocarbures d'origine non-biologique de la croûte terrestre inférieure", lisez ceci :


http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/31/89/29/Fusion-112/F112.2.pdf
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Je crois que vous vous moquez du monde, Donatien, et que vos prétention à passer pour un écolo soft et raisonné sont tombée : vous êtes un pessimiste décroissant néo-malthusien, borné qui plus
est en ce qu'il vous suffirait d'ouvrir un ou deux livres pour chasser votre ignorance.

Par dessus cela, en lisant quelques morceaux de votre site, l'on s'aperçoit que la liberté politique est un souci bien secondaire pour vous, quand on lit ce que vous écrivez sur votre site :


http://unenouvellepage.wordpress.com/2010/11/26/reforme-institutionnelle-indispensable/#comment-16, aux paragraphes 1, 2 et 3.

Comme tous vos corrélégionnaires de l'anti-humanisme, vous répandez effectivement les "délires ignares des décroissants et des pessimistes de tous poils", en reconnaissant fièrement ne pas savoir
de quoi vous parlez. Vous pouvez toujours parlez d'"observation objective et réaliste des faits", vous vous payez de mots et vous trompez votre monde.

J'ai à cause de celà cru avoir affaire à un interlocuteur sérieux, vous n'êtes qu'un perroquet de la doxa verte, sans structure intellectuelle sérieuse et sans volonté d'établir une certaine
véracité dans vos connaissances. Je ne vouis pas en quoi poursuivre cet échange aurait un quelconque intérêt, à moins que vous ne commenciez à faire preuve d'honnêteté et de cohérence
intellectuelle.

Salutations,
Jean-Gabriel Mahéo




 



Jean-Gabriel Mahéo 14/12/2010 21:26



Bonsoir Pierre,

Merci pour le compliment.

C'est vrai que l'empreinte du pessimisme est partout dans les contributions précédentes. Voici des personnes intelligentes, instruites, avec un sens moral apparemment correctement développé, qui
refuse de se permettre d'envisager d'admettre qu'il y a une solution "par le haut".

Le pessimisme, cela sert d'oeillères à la pensée, c'est une castration de la créativité, l'abolition de la joie.

J'avais testé cette idée du changement du périmètre des ressources exploitables, qui passerait avec l'ère de la fusion de la dimension du globe à celle du système solaire et au delà. Un écolo
pourtant modéré, qui se défendait d'être anti-technologie et anti-développement, m'a répondu :


"De quel droit voulez-vous polluer les autres planètes ?".


J'en ris encore.

Le pessimisme est vraiment une maladie grave.

Cordialement,
Jean-Gabriel



Pierre 14/12/2010 20:37



Cher Jean-Gabriel, j'ai suivis ta conversation et je m'aperçois que malheureusement malgré ta très bonne maîtrise de ces sujets techniques le pessimisme a encore frappé.


J'aimerai cependant rajouter quelque chose à tout ce que tu as déjà dis. Nous nous trouvons devant devant un seuil scientifique et technologique au délà duquel l'humanité aura la possibilité
d'étendre son activité à l'ensemble du système solaire. Cela implique de passer d'un mode de pensée en terme de ce qui est "disponible sur terre", à un mode de pensée en terme de ce qui est
"disponible dans le système solaire et au delà". Ca change tout! Et il sera beaucoup plus difficile d'opprimer l'humanité avec ce pessimisme stupide. Bien sûr tes contradicteurs me répondront
comme à toi que maîtriser la fusion c'est pas gagné. Facile à dire !


Facile à dire parce qu'avant d'espèrer atteindre un objectif il faut s'en donner les moyens, à supposer qu'il y ai une réelle intention d'atteindre cet objetif. Ce qui est beaucoup plus frappant
aujourd'hui est la volonté de sauver une oligarchie financière au détriment de tout le reste.



Jean-Gabriel Mahéo 12/12/2010 12:42




@ Donatien :


 


Vous m'obligez à vous contredire encore une fois, et j'ai bien peur de risquer de finir par vous vexer, ou vous fatiguer.



J'ai bien lu votre résumé sur la question énergétique. Il serait correct si nous ignorions tout des potentiels de l'atome, ce qui nous renverrait à la fin du 19ème siècle, époque à laquelle on
commença à les soupçonner.

La photosynthèse est le système le plus efficace de captation de l'énergie solaire, le seul travail que nous ayons à faire de ce côté-là est de soutenir le développement de la biosphère, par
exemple en reverdissant certaines parties désertiques de la planète.

En ce qui concerne l'énergie solaire fossile - les poches d'hydrocarbures de la croûte terrestre supérieure - il est assez logique de penser qu'il y a une limite à la quantité disponible et
exploitable. Il reste cependant à explorer les gisements d'hydrocarbures d'origine non-biologique de la croûte terrestre inférieure.


Mais puisque nous sommes capables de reproduire en quelques heures, dans une cuve, le travail de millions d'années, je ne vois pas où est le problème, si ce n'est dans l'absence de volonté de
mettre en oeuvre cette solution.

Mais, comme je l'ai écrit plus haut, la condition de la viabilité économique, en termes physiques, de l'implantation d'infrastructures Fischer-Tropsch, est de disposer d'une infrastructure
énergétique électro-nucléaire nationale. Cela est le cas de peu de pays, mais la France est la première du monde dans ce domaine.

J'en viens donc au point qui m'étonne dans votre résumé : de nucléaire de fission, vous ne parlez point ! Alors même que 78% de l'électricité française et 40% de l'électricité suisse sont
nucléaires ! Vous ne faites qu'une vague allusion au nucléaire de fusion, si lointain, si cher...

Cette omission (idéologiquement motivée ?) fausse complètement votre raisonnement, et une personne de bon sens ne pourra souscrire à votre première option, qui est un gouffre budgétaire sans
fond et une impasse technologique (retour à des niveaux de densités de flux énergétiques de l'époque pré-révolution industrielle), et soulignera en lisant la seconde que nous disposons de la
maîtrise de l'énergie nucléaire de fission depuis déjà 70 ans, et que nous n'avons que trop tardé à la développer dans le mode entier.

Le nucléaire de fission "est au point pour remplacer les énergies fossiles", dans des ordres de grandeur largement supérieurs, et pour un plus grand nombre d'usages, dont les moteurs à
explosion, par le biais des hydrocarbures synthétiques, et la désalinisation industrielle pour pallier aux fluctuations naturelles de l'approvisionnement en eau douce.
Le nucléaire de fission fait donc le pont entre l'ère des hydrocarbures et celle à venir de l'hydrogène, ressource du nucléaire de fusion. Et sans la fission, pas de fusion !

Tout cela rend donc votre conclusion caduque. L'énergie ne sera rare et chère que si nous nous interdisons le développement des technologies "révolutionnaires" connues et éprouvées qui sont
disponibles.
Et si proposer au peuple le rationnement plutôt que le développement est le programme des écologistes, je ne leur prédis pas un grand avenir politique. Cela s'appelle une politique d'austérité,
ce n'est pas nouveau.

Par contre, si le mouvement écologiste se met à proposer le développement mondial du nucléaire, de la production synthétique d'hydrocarbures, de la désalinisation nucléaire pour irriguer les
zones arides - par exemple -, bref s'il donne de l'avenir et de l'espoir au peuple, ce sera une autre histoire, beaucoup plus enthousiasmante. Mais je ne suis pas sûr qu'avec des décroissants
radicaux néo-malthusiens comme Cochet à la tête d'EELV, ces idées soient très populaires.

De plus, vous semblez persister à croire que les prix donnés par les marchés aux produits pétroliers reflètent réellement un équilibre entre l'offre et la demande, et que toute hausse des prix
signale un resserrement de l'offre, plutôt qu'une augmentation de la demande (en termes de prix,le résultat est le même, me direz-vous). Cette méthode est source d'erreurs de jugement
graves.

Pour vous donner une idée des marchés et de leur fonctionnement, voici un ratio qui devrait pouvoir vous éclairer : le volume des transactions financières reposants sur des échanges réels de
l'économie physique représente aujourd'hui moins de 0.1% du volume total des transactions financières mondiales, et je crois bien être généreux. Le reste des transactions n'est que pures
spéculations, bulles financières, blanchiments divers et variés.

Comment croire dans ce cas que les prix reflètent une réalité physique incontournable, comme vous le faites ?

A vous lire, cordialement,
Jean-Gabriel Mahéo
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@ mon cher Novak

Vous êtes vous même très endurant, et j'ai plaisir à avoir de vos nouvelles de temps en temps.

Votre remarque sur "produire de l'énergie avec de l'énergie" est très intéressante : comparez donc le coût physique d'un mégawatt thermo-nucléaire avec celui d'un mégawatt thermique
traditionnel, en sachant qu'un dé à coudre d'uranium enrichi à 5% produit autant qu'une dizaine de pétroliers pleins. Voyez les infrastructures nécessaires à l'extraction, au raffinage et à
l'exploitation de l'une et l'autre de ces ressources.

Vous en tirerez vous-même la conclusion que, même si dans les deux cas on obtient du travail - de l'énergie -, sous forme d'électricité, "l'énergie" thermo-nucléaire n'est pas du tout la même
chose que "l'énergie" thermique traditionnelle, ni en termes physiques, ni en termes économiques, et que la première est beaucoup plus "dense" et abordable que la seconde.

Peut-être même alors remarquerez-vous que, finalement, il est très intéressant de "produire de l'énergie avec de l'énergie". On pourrait aussi se demander si ce mot, énergie, ne pourrait pas
être remplacé par un mot plus utile et plus clair, comme le font les allemands avec "kraft" (travail) ou les anglophones avec "power" (puissance).


 


Sur la "préservation des ressources en eau" : l'eau douce, ça se produit, ça ne se préserve pas.


 


Quant à votre excellente idée de "monnayer le bouillonnement de vos neurones" : vous avez une proposition ?

Cordialement de même,
Jean-Gabriel