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3 janvier 2005 1 03 /01 /janvier /2005 00:16

LIVRE PREMIER : L'histoire

 

Chapitre X : Les leçons de l'Histoire

 

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 Friedrich ListFriedrich List

 


 

 

 

    En tout temps et en tout lieu l’intelligence, la moralité et l’activité des citoyens se sont réglées sur la prospérité du pays, et la richesse a augmenté ou décru avec ces qualités ; mais nulle part le travail et l’économie, l’esprit d’invention et l’esprit d’entreprise des individus n’ont rien fait de grand là où la liberté civile, les institutions et les lois, l’administration et la politique extérieure, et surtout l’unité et la puissance nationale, ne leur ont pas prêté appui.

    Partout l’histoire nous montre une énergique action des forces sociales et des forces individuelles les unes sur les autres. Dans les villes italiennes et dans les villes anséatiques, en Hollande et en Angleterre, en France et en Amérique, nous voyons les forces productives et par conséquent les richesses des individus augmenter avec la liberté, avec le perfectionnement des institutions politiques et sociales, et celles-ci, à leur tour, trouver dans l’accroissement des richesses matérielles et des forces productives des individus les éléments de leur perfectionnement ultérieur. L’essor de l’industrie et de la puissance de l’Angleterre ne date que de l’affermissement de sa liberté. L’industrie et la puissance des Vénitiens et des Anséates, des Espagnols et des Portugais se sont éclipsées avec leur liberté. Les individus ont beau être laborieux, économes, intelligents et inventifs, ils ne sauraient suppléer au défaut d’institutions libres. L’histoire enseigne, par conséquent, que les individus puisent la majeure partie de leur puissance productive dans les institutions et dans l’état de la société.

    Nulle part l’influence de la liberté, de l’intelligence et des lumières sur la puissance, et, par suite, sur la force productive et sur la richesse du pays, n’apparaît plus clairement que dans la navigation. De toutes les branches de travail, la navigation est celle qui exige le plus d’énergie et de courage, le plus d’audace et de persévérance, qualités qui évidemment ne peuvent éclore que dans l’atmosphère de la liberté. Dans aucune autre l’ignorance, la superstition et le préjugé, l’indolence, la lâcheté et la mollesse ne sont aussi funestes ; nulle part le sentiment de l’indépendance personnelle n’est indispensable au même degré. Aussi l’histoire ne fournit-elle point d’exemple de peuple asservi qui ait excellé dans la navigation.

    Les Indous, les Chinois et les Japonais se sont de toute antiquité bornés à naviguer sur leurs canaux, sur leurs fleuves, ou leurs côtes. Dans l’ancienne Égypte, la navigation maritime était réprouvée, apparemment parce que les prêtres et les monarques craignaient qu’elle ne donnât un aliment à l’esprit de liberté et d’indépendance. Les États les plus libres et les plus éclairés de la Grèce furent aussi les plus puissants sur la mer ; avec leur liberté cessa leur puissance maritime ; et l’histoire, qui raconte tant de victoires remportées sur terre par les rois de Macédoine, se tait sur leurs victoires navales.

    Quand les Romains sont-ils puissants sur la mer, et quand n’entend-on plus parler de leurs flottes ? A quelle époque l’Italie commande-t-elle en souveraine sur la Méditerranée, et depuis quand son cabotage même est-il tombé aux mains des étrangers ? L’Inquisition avait depuis longtemps prononcé sur les flottes espagnoles un arrêt de mort, avant qu’il fût exécuté par celles de l’Angleterre et de la Hollande. Du jour où surgissent les oligarchies marchandes des Villes anséatiques, la puissance et l’audace se retirent de la Hanse. Dans les anciens Pays-Bas, les navigateurs conquièrent seuls leur liberté ; ceux qui se soumettent à l’inquisition sont condamnés à voir fermer jusqu’à leurs fleuves. La flotte anglaise, victorieuse, dans la Manche, de celle de la hollande, ne fit que prendre possession de la domination maritime, que l’esprit de la liberté lui avait depuis longtemps attribuée. La Hollande, pourtant, a conservé jusqu’à nos jours une grande partie de sa marine, tandis que celle des Espagnols et des Portugais est il peu près anéantie. Inutilement quelques grands administrateurs essaient de donner une flotte à la France sous le règne du despotisme, cette flotte disparaît toujours. Aujourd’hui la marine marchande et la marine militaire de la France grandissent sous nos yeux. À peine l’indépendance des États-Unis de l’Amérique du Nord est-elle accomplie, que déjà ils luttent glorieusement contre les flottes géantes de la mère patrie. Mais qu’est-ce que la navigation de l’Amérique du Centre et de celle du Sud ? Tant que leurs pavillons ne flotteront pas sur toutes les mers, l’efficacité de leur régime républicain sera contestable. Voyez, au contraire, le Texas ; à peine éveillé à la vie, il réclame déjà sa part de l’empire de Neptune.

    La navigation n’est qu’un élément de la force industrielle du pays, élément qui ne peut croître et fleurir que dans l’ensemble et par l’ensemble. En tous temps et en tous lieux, la navigation, le commerce intérieur et extérieur, l’agriculture elle-même ne se montrent prospères que là où les manufactures sont parvenues à une grande prospérité. Mais, si la liberté est la condition fondamentale du développement de la navigation, à combien plus forte raison n’est-elle pas la condition essentielle de l’accroissement de l’industrie manufacturière, de toute la puissance productive du pays ? L’histoire ne connaît pas de peuple riche, de peuple adonné au commerce et aux arts, qui n’ait été en même temps un peuple libre.

    Partout c’est avec les manufactures qu’on voit apparaître les voies de communication, l’amélioration de la navigation fluviale, la construction de canaux et de routes, la navigation à vapeur et les chemins de fer, ces conditions essentielles d’une agriculture avancée et de la civilisation.

    L’histoire enseigne que les arts et les métiers ont voyagé de ville en ville, de pays en pays. Persécutés et opprimés dans leur patrie, ils s’enfuyaient dans les villes et dans les contrées qui leur assuraient liberté, protection et appui. C’est ainsi qu’ils passèrent de Grèce et d’Asie en Italie, de là en Allemagne, en Flandre et en Brabant, et de ces derniers lieux en Hollande et en Angleterre. Partout ce fut la démence et le despotisme qui les chassèrent et la liberté qui les attira. Sans les extravagances des gouvernements du continent, l’Angleterre serait difficilement parvenue à la suprématie industrielle. Mais lequel nous semble le plus raisonnable, d’attendre que d’autres peuples soient assez insensés pour expulser leurs industries et pour les contraindre à chercher parmi nous un refuge, ou, sans compter sur de pareilles éventualités, de les attirer chez nous en leur offrant des avantages ? L’expérience apprend, il est vrai, que le vent porte les graines d’une contrée dans une autre, et que des espaces incultes se sont changés ainsi en forêts épaisses ; mais le forestier serait-il sage d’attendre que le vent opérât cette transformation dans le cours des siècles ? Est-il insensé, lorsqu’il ensemence des terrains incultes, afin d’atteindre le but en quelques dizaines d’années ? L’histoire nous enseigne que des peuples entiers ont accompli avec succès ce que nous voyons faire au forestier.

    Quelques cités libres ou de petites républiques, bornées dans leur territoire, dans leur population, dans leur puissance militaire, ou encore des associations de pareilles villes et de pareils États, soutenues par l’énergie de leur jeune liberté, favorisées par leur situation géographique et par d’heureuses circonstances, ont brillé dans l’industrie et dans le commerce longtemps avant les grandes monarchies, par de libres relations avec ces dernières, auxquelles elles fournissaient des produits manufacturés en échange de produits agricoles. Elles se sont élevées à un haut degré de richesse et de puissance. Tel a été le cas de Venise et de la Hanse, de la Flandre et de la Hollande.

    La liberté du commerce n’a pas été moins avantageuse dans le commencement aux grands États avec lesquels elles trafiquaient. Dans l’abondance de leurs ressources naturelles et dans la rudesse de leur état social, la libre importation des produits fabriqués étrangers et l’exportation de leurs produits agricoles étaient les moyens les plus certains et les plus efficaces de développer leurs forces productives, d’accoutumer au travail des habitants paresseux et querelleurs, d’intéresser les propriétaires du sol et les nobles à l’industrie, d’éveiller l’esprit d’entreprise endormi chez les marchands, en un mot, d’accroître leur culture, leur industrie et leur puissance.

    La Grande-Bretagne surtout a retiré ces avantages de ses relations avec les Italiens et les Anséates, avec les Flamands et les Hollandais. Mais, parvenus à l’aide du libre commerce à un certain degré de développement, les grands États comprirent que le plus haut point de culture, de puissance et de richesse ne pouvait être atteint qu’au moyen de l’association des manufactures et du commerce avec l’agriculture ; ils sentirent que les manufactures récentes du pays ne pourraient soutenir avec succès la libre concurrence des manufactures anciennes de l’étranger ; que leurs pêcheries et leur navigation marchande, bases de la puissance maritime, ne pourraient prospérer qu’à l’aide de faveurs particulières, et qu’à côté d’étrangers supérieurs par les capitaux, par l’expérience et par les lumières, les commerçants nationaux continueraient a être paralysés. Ils cherchèrent, en conséquence, par des restrictions, par des faveurs et par des encouragements, à transplanter sur leur propre sol les capitaux, l’habileté et l’esprit d’entreprise des étrangers, et cela avec plus ou moins de succès, avec plus ou moins de rapidité, suivant que les moyens employés avaient été choisis avec plus ou moins de discernement et appliqués avec plus ou moins d’énergie et de suite.

    L’Angleterre, particulièrement, a recouru à cette politique. Mais, des monarques inintelligents ou livrés à leurs passions, des troubles intérieurs ou des guerres étrangères en ayant interrompu fréquemment l’application, ce ne fut qu’à la suite des règnes d’Édouard VI et d’Élisabeth et de ses révolutions qu’elle eut un système arrêté et approprié au but. Car quelle efficacité pouvaient avoir les mesures d’Édouard III, lorsque, jusques à Henri VI, on ne permettait ni la circulation du blé d’un des comtés de l’Angleterre dans l’autre, ni son exportation à l’étranger ? Lorsque, encore sous Henri VII et sous Henri VIII, toute espèce d’intérêt, jusqu’aux profits du change, était réputée usure, et qu’on croyait encourager les métiers en taxant très-bas les tissus de laine et les salaires, la production du blé en restreignant les grands troupeaux de moutons ? Et combien la fabrication des laines et la navigation de l’Angleterre n’auraient-elles pas atteint plus tôt un haut degré de prospérité, si Henri VIII n’avait pas considéré comme un mal la hausse du prix du blé, si, au lieu de chasser du pays en masse les ouvriers étrangers, il avait, à l’exemple de ses prédécesseurs, cherché à en attirer un plus grand nombre, si Henri VII n’avait pas rejeté l’acte de navigation qui lui avait été proposé par le parlement !

En France nous voyons les manufactures, la libre circulation au dedans, le commerce extérieur, les pêcheries, la marine marchande et militaire, en un mot tous les attributs d’une nation grande, puissante et riche, que l’Angleterre n’avait réussi à acquérir que par des siècles d’efforts, surgir en quelques années, comme par enchantement, à la voix d’un grand génie, mais disparaître plus promptement encore sous la main de fer du fanatisme religieux et du despotisme.

    Nous voyons le principe du libre commerce lutter sans succès, dans des circonstances défavorables, contre la restriction revêtue de la puissance ; la Hanse est anéantie et la Hollande succombe sous les coups de l’Angleterre et de la France.

    La décadence de Venise, de l’Espagne et du Portugal, le mouvement rétrograde de la France après la révocation de l’édit de Nantes, et l’histoire de l’Angleterre, où nous voyons la liberté marcher toujours du même pas que l’industrie, que le commerce et que la richesse nationale, enseignent que la politique restrictive n’est efficace qu’autant qu’elle est soutenue par le développement de la civilisation et par des institutions libres dans le pays.

    D’un autre côté l’histoire des États-Unis et l’expérience de l’Angleterre apprennent qu’une culture très-avancée avec ou sans institutions libres, si elle n’est appuyée par une bonne politique commerciale, n’est qu’une faible garantie des progrès économiques d’une nation.

    L’Allemagne moderne, dépourvue d’une politique commerciale énergique et collective, livrée sur son territoire à la concurrence d’une industrie manufacturière étrangère supérieure a tous égards, exclue en même temps des marchés étrangers par des restrictions arbitraires et souvent capricieuses, loin d’accomplir dans son industrie des progrès en harmonie avec son degré de culture, ne peut pas même se maintenir à son ancien rang, et se verra exploitée comme une colonie par le même peuple, qui, il y a quelques siècles, était de même exploité par ses marchands, jusqu’à ce qu’enfin ses gouvernements se décident, par un système commun et vigoureux, à assurer le marché intérieur à son industrie.

    Les États-Unis, plus en mesure qu’aucun autre pays avant eux de tirer parti de la liberté du commerce, influencés d’ailleurs au berceau même de leur indépendance par les leçons de l’école cosmopolite, s’efforcent plus qu’aucun autre d’appliquer ce principe. Mais nous les voyons deux fois obligés, par leurs guerres avec la Grande-Bretagne, de fabriquer eux-mêmes les objets manufacturés que, sous le régime du libre commerce, ils tiraient du dehors ; deux fois, après le rétablissement de la paix, conduits par la libre concurrence avec l’étranger à deux doigts de leur perte, et avertis par cette leçon que, dans l’état actuel du monde, une grande nation doit chercher avant tout dans le développement propre et harmonieux de ses forces particulières la garantie de sa prospérité et de son indépendance.

    Ainsi, l’histoire enseigne que les restrictions sont beaucoup moins les créations de têtes spéculatives que les conséquences naturelles de la diversité des intérêts et de l’effort des peuples vers l’indépendance ou vers la suprématie, par conséquent des rivalités nationales et de la guerre, et qu’elles doivent cesser aussi avec ce conflit des intérêts nationaux ou par l’association des peuples sous le régime du droit. La question de savoir comment les peuples peuvent être réunis dans une fédération, et comment, dans les démêlés entre peuples indépendants, les arrêts judiciaires doivent être substitués à la force des armes, est donc l’équivalent de celle-ci : comment les systèmes nationaux de commerce peuvent-ils être remplacés par la liberté commerciale universelle ?

Les essais de quelques nations qui ont appliqué chez elles la liberté du commerce en présence d’une nation prépondérante par l’industrie, par la richesse et par la puissance, ainsi que par un système commercial restreint, par exemple ceux du Portugal en 1703, de la France en 1786, des États-Unis en 1786 et en 1806, de la Russie de 1815 à 1821, et de l’Allemagne durant des siècles, nous montrent qu’on ne fait ainsi que sacrifier la prospérité d’un pays, sans profit pour le genre humain en général, et pour le seul avantage de la puissance qui tient le sceptre des manufactures et du commerce. La Suisse, ainsi que nous le montrerons plus loin, forme une exception, qui prouve beaucoup et peu en même temps pour ou contre l’un ou l’autre système.

    Colbert n’est pas, à nos yeux, l’inventeur du système auquel les Italiens ont donné son nom ; nous avons vu que les Anglais l’avaient élaboré longtemps avant lui. Colbert n’a fait que mettre en pratique ce que la France devait adopter tôt ou tard pour accomplir sa destinée. S’il faut adresser à Colbert un reproche, ce serait d’avoir essayé d’exécuter sous un gouvernement absolu une oeuvre qui ne pouvait durer qu’après un profond remaniement de la constitution politique.

    On pourrait répondre d’ailleurs pour la justification de Colbert, que son système, poursuivi par de sages monarques et par des ministres éclairés, aurait, par voie de réformes, écarté les obstacles qui arrêtaient les progrès des fabriques, de l’agriculture et du commerce de même que ceux des libertés publiques, et que la France n’aurait pas eu de révolution ; que, excitée dans son développement par l’action réciproque que l’industrie et la liberté exercent l’une sur l’autre, elle serait depuis un siècle et demi l’heureuse émule de l’Angleterre dans les manufactures, dans les communications intérieures, dans le commerce avec l’étranger et dans la colonisation, ainsi que dans les pêcheries et dans la marine marchande et militaire.

    L’histoire nous enseigne enfin comment des peuples doués par la nature de tous les moyens de parvenir au plus haut degré de richesse et de puissance, peuvent et doivent, sans se mettre en contradiction avec eux-mêmes, changer de système à mesure qu’ils font des progrès. D’abord, en effet, par le libre commerce avec des peuples plus avancés qu’eux, ils sortent de la barbarie et améliorent leur agriculture ; puis, au moyen de restrictions, ils font fleurir leurs fabriques, leurs pêcheries, leur navigation et leur commerce extérieur ; puis enfin, après avoir atteint le plus haut degré de richesse et de puissance, par un retour graduel au principe du libre commerce et de la libre concurrence sur leurs propres marchés étrangers, ils préservent de l’indolence leurs agriculteurs, leurs manufacturiers et leurs négociants, et les tiennent en haleine afin de conserver la suprématie qu’ils ont acquise. Au premier de ces degrés nous voyons l’Espagne, le Portugal, et au second l’Allemagne et l’Amérique du Nord ; la France nous paraît sur la limite du dernier ; mais l’Angleterre seule aujourd’hui y est parvenue. (1)



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1 - On trouvera un tableau suffisamment détaillé des faits dont ce livre donne une vigoureuse esquisse au point de vue du Système national, dans l’Histoire du commerce de toutes les nations, par M. H. Scherer, que j’ai traduite de l’allemand avec la collaboration de M. Charles Vogel. (H. R.)

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