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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XVII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

    § 6. — En anéantissant parmi les autres peuples la faculté de vendre leur travail, il anéantit la concurrence pour l'achat du travail anglais. En enseignant que pour permettre au capital d'obtenir une rémunération convenable, le travail doit être maintenu à bas prix, il tend à produire partout l'esclavage.


    Le pouvoir d'acheter le travail des autres dépend entièrement de l'existence du pouvoir de leur vendre notre propre travail. Le pouvoir d'acheter les denrées est subordonné à celui de produire celles à l'aide desquelles nous achèterons. L'individu qui ne peut vendre son propre travail, ne peut acheter celui des autres ; et l'individu hors d'état de produire les denrées ne peut acheter celles que produisent ses semblables. En anéantissant la puissance d'association an sein de la population irlandaise, les manufacturiers de l'Angleterre anéantirent la faculté d'acheter les produits des métiers anglais, les propriétaires du sol anéantirent la faculté de consommer les produits de la terre, les ouvriers la faculté de consommer le travail irlandais, et la société anglaise le mouvement de la société, c'est-à-dire le commerce, de l'Irlande ; les conséquences de tout ceci se révélèrent dans ce fait, que la terre et le travail de l'Angleterre elle-même diminuèrent en valeur et en puissance productives, au profit des classes dont l'existence dépend de leur pouvoir d'appropriation.

    On pourrait supposer cependant que les autres marchés qui avaient été acquis étaient de nature à établir quelques compensations pour les pertes subies par la terre et le travail anglais, résultant de la poursuite constante d'un système si complètement contraire aux idées éclairées de Smith ; et c'est pourquoi nous considérerons le trafic entretenu avec les milliards d'individus qui composent la population de l'Inde. L'exportation du fil et des tissus de coton en ce pays ne s'élevait pas alors à 70 000 000 de livres, et l'importation du coton brut à 200 000 balles, chacune de 400 livres ; et cependant c'était là le seul article de trafic avec ce pays qui eût quelque importance réelle, ou qui fût sérieusement indispensable au maintien du système que nous avons déjà retracé. La quantité de coton aujourd'hui convertie en tissus dans la petite ville de Lowell, où l'on compte 13 000 ouvriers, étant de 40 000 000 de livres, il suit de là que deux petites localités semblables exécuteraient tout le travail nécessaire pour tout le trafic auquel l'Angleterre est redevable de la destruction des fabriques d'étoffes de coton et du commerce de l'Inde, mesure qui a amené à sa suite une misère et une indigence « auxquelles on ne trouve rien à comparer dans les annales du commerce. »

    Pour accomplir cette mesure, il a fallu que les enfants anglais de l'âge le plus tendre fussent tenus de travailler 12 ou 14 heures par jour, qu'ils employassent les matinées du dimanche à nettoyer les machines, et que les hommes, les femmes et les enfants fussent abrutis à un point que peuvent se figurer ceux-là seulement qui ont étudié les rapports des commissions instituées à diverses époques, dans le but d'amender quelques-uns des maux nombreux résultant du système (6). Nous ne devons pas nous étonner que la théorie de l'excès de population, théorie de la centralisation, de l'esclavage et de la mort, ait pris naissance dans le pays qui a engendré un pareil système.

    Quiconque étudie l'histoire de l'Inde éprouve un sentiment pénible en lisant le récit de l'invasion de Nadir-Shah, qui se termina, ainsi qu'on le sait, par le pillage de Delhi, la destruction de ses édifices et le massacre de cent mille de ses habitants ; et cependant, combien était complètement insignifiante la perte causée en cette circonstance, comparée avec celle qui résulta de l'anéantissement d'une manufacture qui seulement depuis un demi-siècle donnait du travail à la population de « provinces entières, » une manufacture dont les progrès dans leur histoire n'embrassaient « pas moins que la vie de la moitié des habitants de l'Hindoustan. » Cette perte était complètement insignifiante, comparée avec la déperdition de capital, à chaque jour et à chaque moment, résultant alors de l'absence totale de la demande des efforts physiques et intellectuels accompagnée de la décadence et de l'anéantissement du commerce, de la ruine de Dacca et d'autres villes renommées et florissantes, de l'abandon de terres fertiles, de l'épuisement incessant du sol, du partage final de la société entre une corporation d'avides préteurs d'argent, d'un côté, et de l'autre, de misérables cultivateurs, et de l'inauguration de la famine et de la peste, devenues les maladies chroniques d'un peuple qui ne le cède à aucun autre sous le rapport des qualités morales et intellectuelles, et qui comprend le dixième de la population du globe. Le butin recueilli par Nadir a été évalué à cinq cents millions de dollars (2 500 000 000 de fr.), et cependant, quelque immense que fût une pareille somme, bien plus considérable est la taxe annuelle imposée au peuple de l'Hindoustan par un système qui, en interdisant l'association, en interdisant le concert des efforts humains, le développement des facultés humaines, et l'existence du commerce, à l'aide duquel seulement se forme le capital, transforme toute la masse de la population de ce vaste pays en candidats cherchant à se faire admettre dans les services publics, comme le seul moyen possible d'améliorer leur position. Quelque considérable que soit la perte subie, le gain n'en est pas moins inférieur pour ceux qui l'ont causée. Nadir conquit un butin énorme, mais le peuple anglais n'a gagné que le privilège de s'employer comme agent de transport, filateur et tisseur d'une quantité insignifiante de coton, privilège qu'il a acquis au prix du sacrifice des droits de huit cent mille individus au dehors et l'établissement à l'intérieur de la doctrine proclamée en 1825 par M. Huskisson ; à savoir « que pour permettre au capital d'obtenir une rémunération convenable, il faut que le prix de travail soit maintenu à un taux peu élevé, » c'est-à-dire, en d'autres termes, que pour permettre au trafiquant de s'enrichir, les individus doivent être asservis. La destruction du temple d'Éphèse par la torche de l'incendiaire Érostrate, poussé par le désir de perpétuer le souvenir de son existence, ne paraîtra probablement aux âges futurs qu'un acte de la plus haute sagesse, comparé avec l'anéantissement du commerce au sein de sociétés immenses, sous l'influence de cette idée erronée, que la prospérité, pour une seule société quelconque, devait s'obtenir en suivant un système semblable à celui qu'avait dénoncé Smith, système qui se préoccupait uniquement et exclusivement d'acheter toutes les matières premières de l'industrie, le travail compris, à des prix bas, et à vendre les tissus produits à des prix élevés.

    Si nous tournons nos regards vers les Antilles, vers le Portugal et la Turquie, nous rencontrons partout, ainsi que le lecteur l'a déjà vu, le même résultat ; le pouvoir d'acheter les produits du travail anglais a disparu avec le pouvoir de vendre leurs propres produits. Tous ces pays sont paralysés. Dans tous, le mouvement de circulation a cessé à un tel point qu'ils ressemblent plus à des cadavres qu'à des corps vivants ; et l'Angleterre offre aujourd'hui le spectacle extraordinaire d'une nation possédant plus que tout autre le pouvoir de rendre service à l'espèce humaine, et cependant entourée de colonies et d'alliés, qui arrivent lentement, mais infailliblement, à un dépérissement complet, en même temps qu'elle-même épuise son énergie dans des efforts incessants, pour étendre au monde entier l'application du système à l'aide duquel ces colonies et ces alliés ont été tellement affaiblis.

 

 

 


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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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