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Lundi 1 novembre 2004 1 01 /11 /Nov /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VI :

DE LA VALEUR.

 

    § 9. — Toute matière est susceptible de devenir utile à l'homme. Pour qu'elle le devienne, il faut que l'homme puisse la diriger. L'utilité est la mesure du pouvoir de l'homme sur la nature. La valeur est celle du pouvoir de la nature sur l'homme.


    
    Robinson Crusoé était environné de choses qu'il pouvait utiliser pour sa nourriture ou son vêtement, ou comme des instruments à l'aide desquels il pouvait se procurer les diverses denrées nécessaires à la satisfaction de ses besoins ; mais dans sa position actuelle il était incapable de disposer de leur secours. L'oiseau qui prenait son essor dans les airs, et l'écureuil qui bondissait d'un arbre à l'autre, étaient aussi complètement convenables pour satisfaire son appétit des aliments que ceux qu'il avait pris dans ses piéges ; mais ces animaux n'avaient pour lui aucune utilité. L'eau abondait en poissons, mais il lui manquait un hameçon pour les pêcher. Sur cette eau une barque aurait pu être mise à flot ; mais ne possédant ni hache ni instrument tranchant pour abattre un arbre ou le creuser, cette propriété de soutenir une barque était pour lui aussi inutile que si elle n'eût jamais existé. Cette eau était susceptible de produire la vapeur, qu'on pouvait utiliser pour accomplir l'oeuvre de milliers de travailleurs ; mais Robinson ne possédait aucune des machines, grâce au secours desquelles il pût disposer des services de la vapeur. L'air était riche en fluide électrique qu'on eût pu utiliser ; mais les usages de ce fluide lui étaient inconnus. Robinson étant faible et la nature forte, la résistance qu'elle lui offrait, par rapport à la satisfaction de ses désirs, était trop considérable pour être vaincue par ses moyens personnels, s'il ne recevait aucune assistance.

    Avec le temps, toutefois, nous le voyons appeler à son aide les diverses propriétés du bois, son élasticité, sa dureté et sa pesanteur ; puis obtenir un instrument tranchant qui lui sert à rendre d'autres forces propres à seconder ses desseins ; puis encore creuser un arbre et maîtriser à son profit la propriété de l'eau de porter une barque, et utiliser ainsi, par degrés, les diverses forces qui existent dans la nature et qui n'attendent que la demande de leurs services.

    La propriété d'être utile à l'homme appartient à toutes les molécules de matière dont la terre se compose ; elle existe en égale proportion dans la houille, placée à des milliers de pieds au-dessous de la surface de la terre, et dans celle qui brûle en ce moment dans la grille du foyer ; dans le minerai, encore enseveli au sein de la mine, et dans celui qui a été converti en cheminées à l'anglaise, en grilles ou en rails pour les chemins de fer. Pour utiliser ces choses il a fallu, la plupart du temps, une dépense considérable d'efforts physiques et intellectuels ; et c'est à cause de la nécessité de ces efforts, que l'homme arrive à attacher l'idée de valeur aux denrées et aux choses qu'il a obtenues par ce moyen.

    En quelques cas, lui étant fournies abondamment et précisément sous la forme et dans le lieu où elles sont nécessaires, ainsi que cela a lieu pour l'air que nous respirons, elles sont alors complètement sans valeur. En d'autres, elles lui sont fournies par la nature sous la forme où elles sont utilisées, comme lorsqu'il s'agit de l'eau ou de l'électricité ; mais ces choses mêmes exigent un changement de lieu, et conséquemment, d'après notre appréciation, elles ont une valeur équivalente à l'effort nécessaire pour triompher de la résistance qui s'oppose à leur possession. Dans une troisième série de cas, et la plus nombreuse de toutes, elles ont besoin de subir un changement de lieu et de forme, et acquièrent alors une valeur plus élevée, à raison de la résistance plus considérable dont il faut triompher.

    Pour que l'homme devienne capable d'effectuer ces changements, il doit d'abord utiliser les facultés qui le distinguent de la brute. Dans l'homme isolé elles sont à l'état latent ; l'association est indispensable pour les stimuler et créer le mouvement nécessaire à la production de la force. Si Bacon, Newton, Leibniz, ou Descartes, eussent été laissés seuls dans une île, la capacité dont ils étaient doués pour être utiles à leurs semblables eût été exactement la même que celle que nous leur avons vu révéler ; mais leurs facultés seraient restées inactives et sans utilité. Telle qu'était cette capacité, pouvant s'associer à d'autres semblables ou différentes, leurs diverses idiosyncrasies furent provoquées à l'activité, et l'individualité se développa de plus en plus, avec un accroissement constant dans la somme de connaissances accumulées et la facilité de nouvelles accumulations.

    Chaque jour on nous assure que « savoir c'est pouvoir » et si nous désirons avoir une preuve de ce fait, il nous suffit d'observer, d'une part, à quel degré de pauvreté et de faiblesse se trouvent réduites les diverses sociétés du globe, occupant des régions pourvues abondamment de toutes les qualités nécessaires pour permettre à leurs propriétaires de devenir riches et puissants ; sociétés qui cependant continuent à ne faire aucun progrès, à défaut de cette facilité pour combiner les efforts, si indispensable au développement des facultés intellectuelles ; et de l'autre quelle est la richesse et la puissance d'autres sociétés, dont les terres paraissent manquer de presque toutes les qualités nécessaires pour produire la richesse ou la puissance. Il est peu de pays qui offrent à leurs habitants un sol plus ingrat pour la culture que celui de nos États de l'est ; ils n'ont que peu de charbon de terre, en même temps qu'ils manquent complètement de la plupart des produits métalliques de la terre ; et cependant, parmi les sociétés humaines répandues sur le globe, la Nouvelle-Angleterre occupe un rang élevé, parce qu'au sein de sa population on trouve l'habitude de l'association existant sur une grande échelle, en même temps qu'une activité correspondante dans ses facultés. Si nous tournons les regards vers le Brésil, nous y trouvons un tableau tout à fait opposé ; la nature y fournit un sol fertile pour tous les besoins de la culture, un sol où se trouvent abondamment les minéraux et les métaux les plus précieux ; et tous ces biens restent presque complètement inutiles, faute de cette activité d'esprit qui résulte nécessairement de l'association de l'homme avec ses semblables.

    Le pouvoir de commander aux diverses forces de la nature est une force qui existe dans l'homme, à l'état latent, tout le temps qu'il est contraint de vivre et de travailler seul, mais qui, de plus en plus, se réveille et devient active, à mesure qu'il devient plus capable de travailler de concert avec ses semblables.

    Ainsi que nous l'avons déjà dit, la propriété d'être utile à l'homme existe dans toute la matiére ; mais pour que cette propriété soit utilisée, l'homme doit posséder la puissance nécessaire pour triompher de la force de résistance de la nature, et cette puissance il ne peut l'avoir dans l'état d'isolement. Placez-le au milieu d'une société considérable où les occupations sont diversifiées à l'infini, et ses facultés vont se développer. Avec l'individualité arrive la puissance d'association, toujours accompagnée de ce mouvement rapide de l'intelligence d'où résulte l'empire sur la nature ; et chaque progrès fait dans cette direction n'est que le précurseur de progrès nouveaux et plus considérables. Il y a un siècle, l'homme était de toutes parts environné par l'électricité qu'il pouvait utiliser ; mais il manquait complètement des connaissances nécessaires pour faire exécuter à celle-ci son propre travail. Franklin fit un pas, en identifiant la foudre à ce qu'on avait connu jusqu'alors sous le nom d'électricité ; et, depuis cette époque, Arago, Ampère, Biot, Henry, Morse et beaucoup d'autres, ont consacré leurs efforts à acquérir la connaissance de ses propriétés, connaissance nécessaire pour diriger ses mouvements et utiliser sa puissance. Une fois celle-ci acquise, au lieu de contempler l'aurore et la foudre comme de simples objets d'un stupide étonnement, nous les regardons, aujourd'hui, comme la manifestation de l'existence d'une grande force qui peut être appropriée à transmettre nos messages, à argenter nos couteaux et nos fourchettes, et à mettre nos navires en mouvement.

    L'utilité des choses est la mesure du pouvoir de l'homme sur la nature, et celle-ci se développe avec la faculté d'association parmi les individus. D'autre part, la valeur de ces choses est la mesure du pouvoir de la nature sur l'homme, et celle-ci diminue avec le développement de la faculté d'association. Les deux pouvoirs se meuvent ainsi en sens divers, et l'on constate toujours qu'ils existent en rapport inverse l'un de l'autre.

    La déperdition de subsistances résultant des opérations diverses auxquelles le blé est soumis, dans le but de perfectionner l'apparence du pain que l'on en fabrique, est évaluée à un quart de la quantité totale ; et cette déperdition, sur 20 millions de quarters nécessaires à la consommation de l'Angleterre, équivaut au chiffre de cinq millions. Si toute cette quantité était économisée, l'utilité du blé s'accroîtrait considérablement ; mais l'accroissement correspondant de la facilité avec laquelle on pourrait obtenir la substance alimentaire, serait accompagné d'une diminution considérable de valeur ; et il en est de même, ainsi que nous l'avons vu, de toutes les autres denrées et choses quelconques. Le perfectionnement des machines à vapeur permettant d'obtenir une force constamment croissante, de la même quantité de houille, l'utilité de celle-ci augmente ; mais sa valeur décroît, à cause de la facilité plus grande d'obtenir le fer pour la construction de nouvelles machines, à l'aide desquelles on se procure une plus grande quantité de houille. A mesure que l'ancienne route devient plus utile, par suite de sa fréquentation plus constante par une population qui se développe, la valeur de cette route diminue ; et cela a lieu, à raison de la facilité croissante d'obtenir des routes nouvelles et mieux tracées. L'individu qui doit descendre d'une colline, pour se rendre à une fontaine éloignée, dépense un travail considérable pour fournir de l'eau à sa famille ; mais lorsqu'il a creusé un puits, il s'en procure une provision quadruple en ne faisant usage, à cet effet, que de la vingtième partie de ses forces musculaires. L'utilité ayant augmenté, la valeur en échange a diminué considérablement. Plus tard il adapte une pompe au puits, et là nous constatons qu'il se produit un effet semblable. En outre, avec le développement de la population et de la richesse, nous le voyons s'associer avec ses voisins pour donner de l'utilité à de grandes rivières, en dirigeant leurs eaux à travers les rues et les maisons ; et il se trouve alors pourvu, à si peu de frais, que la plus petite monnaie en circulation paie plus que ses devanciers ne pouvaient obtenir au prix d'une journée entière de travail ; d'où il suit que la famille consomme, en un seul jour, une quantité plus grande que celle qui auparavant eût suffi pour un mois sous la pression de la nécessité ; et les avantages qu'elle recueille sont presque affranchis de toute charge.

    Avec chaque accroissement dans la facilité d'obtenir des subsistances de la terre, à raison de l'abandon des terrains ingrats pour les terrains plus fertiles, l'homme acquiert le pouvoir constamment croissant d'utiliser des terrains encore plus riches ; et plus cet accroissement est rapide, plus est rapide aussi la diminution dans la valeur des terrains cultivés en premier lieu. Il en est de même encore à l'égard des métaux précieux, dont la valeur diminue à mesure que leur utilité augmente. La masse immense d'or et d'argent, accumulée en France, est inutile à la société ; et la valeur élevée à laquelle se maintiennent ces métaux, est due au fait de leur accumulation. Si toute cette masse était rendue à la circulation, la monnaie deviendrait abondante, et l'intérêt tendrait à baisser, en même temps que le prix du travail hausserait. Si nous portons nos regards autour de nous, nous voyons partout que c'est dans les pays où ces métaux rendent le moins de services à l'individu qu'ils sont estimés à la plus grande valeur ; et que là leur valeur en travail et en terre diminue, à mesure que nous arrivons à cette société où ils rendent les services les plus considérables : la Nouvelle-Angleterre, et particulièrement dans les états manufacturiers de Rhode-Island et de Massachussetts. Les choses étant ainsi, nous pouvons apercevoir facilement comment il se fait que les métaux tendent partout à se porter hors des pays où l'intérêt est élevé et vers ceux où il est faible. Dans les derniers, leur valeur diminue constamment, et cette diminution est nécessairement accompagnée d'un accroissement constant dans la facilité de les appliquer aux divers usages auxquels ils sont propres, tantôt à la dorure des livres et tantôt à leurs conversions en couteaux, cuillers et fourchettes, ou autres changements dans leurs formes, de manière à servir aux usages, ou à satisfaire les goûts de leurs propriétaires. C'est dans les lieux et au moment où l'intérêt tend à baisser que l'application des métaux à ces usages s'étend le plus rapidement, prouvant ainsi que la valeur diminue en même temps que l'utilité augmente ; et, dans les lieux et au moment où l'intérêt tend à hausser, que leur usage décline le plus rapidement, fournissant une nouvelle preuve de ce fait, que l'utilité et la valeur sont toujours en raison inverse l'une de l'autre.

    L'utilité de la matière augmente avec le développement de la puissance d'association et de la combinaison des efforts entre les individus ; et chaque pas fait dans cette voie est accompagné d'une diminution dans la valeur des denrées nécessaires pour leur usage et un accroissement dans la facilité d'accumuler la richesse.

 

 

 

 

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Publié dans : L'art, l'histoire et les idées - Ecrire un commentaire
Par Jean-Gabriel Mahéo - Voir les 0 commentaires
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