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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE Ier :

DE LA SCIENCE ET DES MÉTHODES DE LA SCIENCE.

 

 

    § 5. — L'école anglaise des économistes ne reconnaît pas l'homme réel de la société, mais l'homme artificiel créé par son propre système. Sa théorie, ne s'occupant que des instincts les plus bas de l'humanité, regarde ses plus nobles intérêts comme de simples interpolations dans son système.


   
    Si de la France nous passons à l’Angleterre, nous nous trouvons dans la patrie d’Adam Smith, dont les doctrines ont été répudiées, toutefois, par ses successeurs de l’école moderne qui emprunte son origine aux leçons de Malthus et de Ricardo. « La science sociale, ainsi que nous l’enseigne un de ses professeurs les plus distingués (et contrairement aux idées de M. Comte), est une science de déduction ; non pas, sans doute, ajoute-t-il, sur le modèle de la géométrie, mais sur le modèle des sciences physiques les plus élevées. Elle déduit la loi qui régit chaque effet des lois de causalité sur lesquelles l’effet repose ; non pas, toutefois, simplement d’après la loi d’une cause unique, comme dans la méthode géométrique, mais en considérant toutes les causes qui influent simultanément sur l’effet et fondant ces lois entre elles (14) ».

    Telle est la théorie. Nous pouvons maintenant examiner ce qui se passe dans la pratique, en partant de cette théorie. « L’économie politique, dit le même auteur, considère l’espèce humaine comme occupée uniquement d’acquérir et de consommer la richesse, et elle cherche à démontrer quelle est la direction des efforts actifs vers laquelle elle serait poussée, vivant dans l’état de société, si ce motif, hormis dans la mesure où il est contrarié par les deux motifs contraires que nous avons signalés plus haut (la répugnance pour le travail et le désir de la jouissance actuelle de plaisirs coûteux) était le régulateur unique de toutes ses actions. Sous l’influence de ce désir, l’économie politique montre l’espèce humaine accumulant la richesse et employant cette richesse même à en produire de nouvelles, sanctionnant par un consentement réciproque l’institution de la propriété ; établissant des lois pour empêcher les individus d’empiéter sur les propriétés d’autrui par la force ou la fraude ; adoptant divers procédés pour accroître la productivité du travail ; plaçant enfin, d’un commun accord la division des produits sous l’influence de la concurrence... et employant certains expédients pour faciliter la répartition. Toutes ces opérations, bien qu’un grand nombre d’entre elles résultent réellement de plusieurs motifs, sont considérées par l’économie politique comme découlant uniquement du désir, de la richesse... Non pas qu’aucun économiste ait été jamais assez absurde pour supposer que l’espèce humaine fût réellement ainsi constituée ; mais parce que c’est ainsi que la science doit être nécessairement étudiée (15). »
« Dans un but d’utilité pratique, cependant, le principe des populations doit être nécessairement intercalé dans l’exposition ; et cela a lieu, bien qu’agir ainsi, implique, nous dit-on, le besoin de se départir de la stricte exactitude d’un système purement scientifique (16). »

    Cela fait, nous avons l’homme de l’économie politique, d’un côté influencé uniquement par la soif de la richesse, et de l’autre si complètement soumis à l’empire de l’appétit sexuel, qu’il est en tout temps disposé à s’y abandonner, à quelque degré que la satisfaction de cet appétit doive tendre à arrêter le développement de la richesse.

    Qu’est-ce donc que cette chose à la recherche de laquelle il se livre si constamment ? Qu’est-ce que la richesse ? A cette question l’économie politique ne fournit pas de réponse ; car, jusqu’à ce jour, on n’a jamais établi en quoi elle consiste. Si l’on eût songé que la terre en formait une partie quelconque, on eût répondu, tout d’abord, qu’en vertu d’une loi importante de la nature, plus on faisait usage de la terre, et, en même temps, plus était considérable la quantité de travail appliquée à son amélioration, moins le fruit des efforts humains devait être considérable, plus la société humaine devait devenir pauvre et tendre à la pauvreté et à la mortalité ; et les preuves certaines d’un tel état de choses peuvent facilement se tirer de passages empruntés à des écrivains d’une grande autorité. Si l’on eût ensuite admis que la richesse pouvait se trouver dans le développement des facultés intellectuelles, on aurait pu fournir des preuves suffisantes, que non-seulement toute recherche dirigée dans ce sens serait vaine, mais encore qu’elle aurait pour résultat l’établissement de ce fait, que toute augmentation dans le nombre de ceux qui enseignent doit être accompagnée d’une diminution dans la quantité de richesse dont peut disposer la société. Ainsi déçu dans tous ses efforts, l’interrogateur, après avoir étudié attentivement tous les livres, répéterait encore sa question : qu’est-ce que la richesse ?

    En portant ensuite ses regards sur l’être qui se livre avec tant de persévérance à la poursuite de ce je ne sais quoi d’infini qui semble embrasser tant d’objets, et qui, cependant, exclut une si large part des choses que l’on considère ordinairement comme richesses, il voudra se convaincre lui-même si le sujet de l’économie politique est réellement cet être connu sous le nom d’homme. Il pourra peut-être se demander si l’homme ne possède pas d’autres qualités que celles qui lui sont attribuées. Cet homme est-il, comme les animaux qui paissent dans les champs, uniquement occupé de chercher sa subsistance et de trouver un abri pour son corps ? Comme les animaux, engendre-t-il des enfants uniquement pour satisfaire ses passions brutales et les laisse-t-il ensuite se nourrir et s’abriter comme ils le peuvent ? N’a-t-il pas des sentiments et des affections sur lesquels réagit le soin de sa femme et de ses enfants ? Ne possède-t-il pas le jugement pour l’aider à décider ce qu’il croit devoir lui être utile ou nuisible ? Il admettra qu’il possède ces qualités ; mais l’économiste lui assurera que sa science est uniquement celle de la richesse matérielle, à l’exclusion complète de la richesse qui consiste en affection et en intelligence et qu’Adam Smith tenait en si haute estime ; et c’est ainsi que l’investigateur, au bout de toutes ses recherches, découvrirait que le sujet de l’économie politique n’était pas réellement l’homme, mais un être imaginaire, mu dans ses actions par la passion la plus aveugle et consacrant toute son énergie à la poursuite d’un objet tellement indéfinissable par sa nature que, dans tous les livres en usage, il resterait à trouver une définition qu’un jury d’économistes consentît à admettre, définition qui, à la fois, embrasserait tout ce qui doit y être compris et rejetterait tout ce qui ne doit pas l’être.

    La loi de la composition des forces exige que nous étudiions toutes les causes tendant à produire un effet donné. Cet effet, c’est l’HOMME, l’homme du passé et l’homme du présent ; et le philosophe qui renonce à prendre en considération les sentiments, les affections et l’intelligence dont il a été doué, commet exactement la même erreur que celle où tomberait le physicien, si, ne considérant que la gravitation, il oubliait la chaleur ; et qu’il en conclût, qu’à une époque peu éloignée, toute la matière dont la terre se compose dût devenir une masse solide, dont auraient disparu les plantes, les animaux et les hommes. Telle est l’erreur de l’économie politique moderne, et l’on en voit les résultats dans ce fait, qu’elle nous offre à examiner un animal qui n’est qu’une simple brute, s’il faut trouver un nom pour lequel elle détourne le sens du mot HOMME, reconnu par Adam Smith comme exprimant l’idée d’un être fait à l’image de son Créateur.

    C’est avec raison que Goëthe a posé cette question ? « Que sont tous nos rapports avec la nature, si en employant la méthode analytique, nous ne nous occupons que des parties matérielles, prises individuellement et que nous ne sentions pas le souffle de l’esprit qui imprime à chaque partie sa direction, et régit ou sanctionne toute déviation, à l’aide d’une loi inhérente ? » Et à notre tour, demanderons-nous, quelle est la valeur d’un procédé analytique qui choisit uniquement les parties matérielles de l’homme, celles qui lui sont communes avec la bête, et rejette celles qu’il partage avec les anges. Telle est la marche adoptée par l’économie politique moderne, qui non-seulement ne sent pas le souffle de l’esprit, mais qui ignore l’existence de l’esprit même et que l’on voit par conséquent définir, ce qu’il lui plaît d’appeler le taux naturel du salaire « le prix nécessaire pour permettre aux travailleurs, l’un dans l’autre, de subsister et de perpétuer leur espèce, sans augmentation ou diminution (17), » en d’autres termes le prix qui permettra à quelques-uns de s’enrichir et de voir leur espèce s’accroître, tandis que d’autres, exposés à tous les dangers, meurent de faim ou de soif. Tels sont les enseignements d’un système qui a conquis légitimement le nom de science SINISTRE, science dont l’étude a conduit Sismondi à poser cette question: « La richesse est-elle donc tout, et l’homme n’est-il donc absolument rien ? » Aux yeux de l’économie politique moderne, il n’est rien et ne peut être rien, puisqu’elle ne tient pas compte des qualités par lesquelles il se distingue de la brute, et qu’elle est amenée, conséquemment, à le regarder simplement comme un instrument à employer par le capital, afin de permettre au possesseur de ce capital d’obtenir une compensation pour l’usage qu’il en fait !

    « Plusieurs économistes, a dit un économiste français distingué, choqué du caractère matérialiste donné à ce qu’on a appelé la science économique, s’expriment en des termes qui feraient croire que les hommes ont été faits pour les produits, et non les produits pour les hommes (18). » Et c’est à une semblable conclusion que doivent arriver tous ceux qui commencent par la méthode de l’analyse, et finissent par l’exclusion de toutes les qualités élevées et distinctives de l’homme.

   


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Published by Jean-Gabriel Mahéo - dans L'art - l'histoire et les idées
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