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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE II :

DE L'HOMME, SUJET DE LA SCIENCE SOCIALE.

 

    § 3. — La responsabilité de l'homme se mesure par son individualité. Preuves historiques à l'appui : L'association, l'individualité et la responsabilité se développent et déclinent simultanément.

 

 

 

    Parmi les attributs qui distinguent l'homme de tous les autres animaux, vient ensuite la RESPONSABILITÉ de ses actions devant ses semblables et devant son Créateur. 

 

    L'esclave n'est pas un être responsable ; car il ne fait qu'obéir à son maître. Le soldat n'est pas responsable des meurtres qu'il commet, car il n'est qu'un instrument entre les mains de l'officier, son supérieur, et celui-ci, à son tour, ne fait qu'obéir au chef irresponsable de l'État. Le pauvre n'est pas un être responsable, bien que souvent on le considère comme tel. La responsabilité augmente avec l'individualité, et cette dernière se développe, ainsi que nous l'avons vu, avec la puissance d'association. 

 

    Le sauvage égorge et pille ses semblables et montre avec orgueil leurs têtes, ou le butin qu'il a conquis, comme une preuve de sa ruse ou de son courage. Le soldat se vante de ses prouesses sur le champ de bataille et énumère avec plaisir les hommes tombés sons son bras ; et cela, dans une société dont les lois ordonnent l'amende et la prison, pour punir la plus légère atteinte aux droits individuels. Une nation belliqueuse s'enorgueillit de la gloire acquise sur le champ de bataille, au prix de centaines et de milliers de morts ; elle décore ses galeries de tableaux enlevés à titre de butin à leurs possesseurs légitimes, en même temps que ses généraux et ses amiraux vivent dans l'opulence, fruit de leur part respective dans les dépouilles de la guerre. A mesure que l'individualité se développe, les hommes apprennent à donner à de pareils actes leurs noms véritables et les seuls légitimes: ceux de vol et de meurtre. 

 

    Le sauvage n'est pas responsable de ses enfants, pas plus que l'esclave qui ne les regarde que comme la propriété de son maître. A chaque pas vers l'individualité parfaite, individualité qui est toujours le résultat d'un accroissement dans le pouvoir de s'associer volontairement, les hommes apprennent à apprécier de plus en plus leur sérieuse responsabilité envers la société en général et envers leur Créateur, pour préparer soigneusement leurs enfants à remplir leurs devoirs envers tous deux. C'est à ce sentiment, plus qu'à tout autre, que sont dus les vigoureux efforts accomplis pour acquérir cette domination sur les forces de la nature qui distingue l'homme en société de l'homme isolé ; il arrive ainsi que chaque aptitude caractéristique d'un individu est aidée par celle de tous les autres et lui vient en aide à son tour. Le sauvage est indolent et fait périr ses enfants du sexe féminin. Le fermier développe la culture de ses terres afin de pourvoir plus complètement à l'éducation morale et physique de ses fils, et de les rendre ainsi plus aptes qu'il ne l'a été lui-même à l'accomplissement de leurs devoirs envers leurs semblables. L'artisan perfectionne ses machines afin d'appeler à son aide la puissance de l'électricité, ou de la vapeur, et chaque pas fait dans cette direction développe plus complètement ses propres facultés spéciales. Il devient ainsi plus individualisé, en même temps que s'accroît considérablement le sentiment de la responsabilité vis-à-vis de lui-même et de ses enfants, et la disposition à associer ses efforts à ceux de ses semblables, soit pour augmenter la productivité de leur travail commun, soit pour administrer les affaires de l'association dont il est membre. 

 

    Ici encore nous apparaît la correspondance entre le développement des qualités essentielles de l'homme, développement qui est en raison de l'équilibre des forces centralisatrices et décentralisatrices. Les Spartiates n'admettaient pas la responsabilité du père à l'égard de ses enfants, et ils s'efforçaient de prévenir le développement de la richesse en s'entourant d'esclaves auxquels était déniée toute individualité. L'Ilote n'avait pas de volonté qui lui fût propre. Dans l'Attique, au contraire, bien que les esclaves fussent nombreux, le travail était bien plus respecté, et la diversité des travaux donnait lieu à une demande considérable d'efforts intellectuels. En conséquence les droits des parents y étaient respectés, en même temps qu'on y tenait complètement compte de ceux de l'enfant, sous l'empire des lois de Solon. 

 

    Dans l'Orient et en Afrique, où l'individualité n'existe en aucune façon, des parents tuent leurs enfants, des enfants abandonnent leurs parents, lorsque ceux-ci ne peuvent plus se nourrir eux-mêmes. En France, où la centralisation est si puissante, les hospices d'enfants trouvés sont nombreux, et ce n'est que tout récemment qu'on a fait quelques tentatives pour répandre parmi les masses populaires les bienfaits de l'éducation. L'accroissement de la centralisation dans le Royaume-Uni a été accompagné d'un mépris croissant pour les droits des enfants, et l'infanticide y joue aujourd'hui le rôle que remplit en France l'hospice des enfants trouvés. Il n'existe aucune mesure pour l'éducation générale du peuple, et le sentiment de la responsabilité s'affaiblit en même temps que s'abaisse le niveau de l'individualité ; résultat qui a suivi l'immobilisation du sol et la substitution des journaliers aux petits propriétaires. 

 

    Dans l'Allemagne décentralisée, au contraire, il y a progrès constant dans les mesures prises pour l'éducation. Cependant c'est dans les États décentralisés du Nord de l'Union que nous constatons la preuve la plus concluante du sentiment progressif de la responsabilité à cet égard. Le système d'éducation générale inauguré dans le Massachussetts par les premiers colons a fait son chemin peu à peu dans la Nouvelle-Angleterre, dans l'État de New-York, en Pennsylvanie, et dans tous les États de l'Ouest, favorisé dans ces derniers par les concessions de terres du gouvernement général, sous la réserve expresse d'être consacrées à cet objet. New-York, sans aucune subvention, présente dans ses écoles publiques 900.000 élèves, avec des bibliothèques y attachées contenant 1.600.000 volumes. Les écoles publiques de la Pennsylvanie contiennent 600.000 élèves, en même temps que le Wisconsin, le plus nouveau de tous les États, manifeste une disposition à dépasser, sous ce rapport, ses frères aînés. 

 

    En aucune partie du monde le sujet de l'éducation n'est étudié avec autant de soin que dans toute l'étendue des États du Nord, tandis que les États si fortement centralisés du Sud présentent seuls ce fait, que toute instruction y est interdite par la loi à la population ouvrière. Il en résulte comme conséquence naturelle, que les écoles de quelque nature qu'elles soient, y existent en petit nombre, et que la proportion des individus dépourvus d'instruction au sein de la population blanche y est très-considérable. 

 

    La responsabilité, l'individualité et l'association se développent ainsi de concert, chacune d'elles donnant et recevant une assistance mutuelle ; et partout on les voit se développer, à mesure que le gouvernement social se rapproche davantage du système qui maintient la merveilleuse harmonie du monde céleste.

 

 

 

 

 

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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE II :

DE L'HOMME, SUJET DE LA SCIENCE SOCIALE.

 

    § 4. — L'homme est un être créé pour le développement et le progrès. Le progrès est le mouvement qui exige l'attraction, qui dépend d'une action et d'une réaction, et implique l'individualité et l'association. Le progrès a lieu en raison de ces conditions.

 

 

            En dernier lieu, l'homme se distingue de tous les autres animaux, par sa capacité pour le progrès. Le lièvre, le loup, le boeuf et le chameau, sont encore aujourd'hui les mêmes que ceux qui existaient au temps d'Homère, ou de ces rois d'Égypte qui ont laissé, après eux, dans les pyramides, la preuve manifeste de l'absence d'individualité chez leurs sujets. L'homme seul se souvient de ce qu'il a vu et appris, seul il profite des travaux de ses devanciers.

 

            Pour atteindre ce but il a besoin du langage, et à cet effet il doit former une association.

 

            Pour qu'il y ait progrès il faut qu'il y ait mouvement. Le mouvement est lui-même le résultat de la décomposition et de la recomposition incessante de la matière, et l'oeuvre de l'association n'est autre chose que la décomposition et la recomposition incessante des diverses forces humaines. Dans une collection de journaux à deux sous nous retrouvons les portions du travail de milliers d'individus, depuis l'ouvrier qui a extrait de la mine le fer, le plomb et la houille, et le ramasseur de chiffons, jusqu'aux individus qui ont fabriqué les caractères et le papier, aux fabricants de machines et au mécanicien, au compositeur, au pressier, à l'écrivain, à l'éditeur, au propriétaire du journal, et finalement aux enfants qui le distribuent ; et cet échange de services continue chaque jour, sans interruption, pendant toute l'année, chacun de ceux qui concourent à l'oeuvre recevant sa part de rétribution et chaque lecteur du journal sa part de l'oeuvre.

 

            Pour qu'il y ait mouvement il faut qu'il y ait chaleur, et plus celle-ci sera intense, plus le mouvement sera accéléré, ainsi qu'on peut le constater dans la rapidité avec laquelle, sous les régions tropicales, l'eau se décompose et se transforme de nouveau en pluie, ainsi que dans la croissance et le développement si prompt des végétaux de ces régions. La chaleur vitale est le résultat de l'action chimique, le combustible c'est la nourriture, et la substance dissolvante, quelqu'un des sucs qui résultent de la consommation des aliments : Plus l'opération de la digestion s'accomplit promptement, plus est régulier et parfait le mouvement de la machine. La chaleur du corps social résulte de la combinaison de divers éléments, et pour que celle-ci ait lieu, il doit y avoir une différence dans ces éléments. « Partout, dit un auteur que nous avons déjà cité, une simple différence, soit dans la matière soit dans les conditions, ou la position provoque une manifestation des forces vitales, un échange mutuel de relations entre les corps, chacun d'eux donnant à l'autre ce que celui-ci ne possède pas (8). » Et ce tableau des mouvements qui s'accomplissent dans le monde inorganique est également vrai appliqué au monde social.

 

            Plus est rapide la consommation des aliments matériels ou intellectuels, plus la chaleur qui doit en résulter sera considérable, et plus aussi sera rapide l'augmentation de puissance pour remplacer la quantité consommée. Pour que la consommation suive de près la production, il faut qu'il y ait association et celle-ci ne peut exister sans la diversité dans les modes d'occupation. La réalité de ce fait deviendra évidente pour tous ceux qui constatent combien se répandent promptement les idées dans les pays où l'agriculture, l'industrie et le commerce sont réunis, si on le compare avec ce qu'on observe dans les pays purement agricoles : l'Irlande, l'Inde, l'Amérique, la Turquie, le Portugal, le Brésil, etc. Nulle part, cependant, la différence n'est plus fortement manifeste que dans les États du nord de l'Union comparés à ceux du sud. Dans les premiers, il existe une grande chaleur et un grand mouvement correspondant, et plus il y a de mouvement, plus il y a de force. Dans les seconds, il y a peu de chaleur, très peu de mouvement et une force insignifiante.

 

            Le progrès exige le mouvement. Le mouvement vient avec la chaleur et la chaleur résulte de l'association. L'association implique l'individualité et la responsabilité, et chacune d'elles aide au développement de l'autre, en même temps qu'elle profite du secours qu'elle en reçoit.

 

 

 

 

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PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE II :

DE L'HOMME, SUJET DE LA SCIENCE SOCIALE.

 

    §  5. — Les lois qui régissent les êtres sont les mêmes à l'égard de la matière, de l'homme et des sociétés. Dans le monde solaire, l'attraction et le mouvement sont en raison de la masse des corps et de leur proximité; dans le monde social, l'association, l'individualité, la responsabilité, le développement et le progrès, sont directement proportionnés l'un à l'autre. Définition de la science sociale.


   
    Les lois que nous venons de présenter sont celles qui régissent la matière sous toutes ses formes, sous celle de charbon de terre, ou d'argile ou de fer, de cailloux, d'arbres, de boeufs, ou d'hommes. Si elles sont vraies à l'égard des sociétés elles doivent l'être également à l'égard de chacun des individus et de tous ceux dont elles se composent, de même que les lois relatives à l'atmosphère, prise en masse, le sont à l'égard de tous les atomes qui la forment. Cette assertion deviendra évidente pour tout lecteur qui réfléchira dans quelle proportion considérable il profite, physiquement et intellectuellement de son association avec ses semblables et qui songera que la peine la plus sévère, de l'aveu général, est la privation des rapports qu'il est habitué à entretenir grâce à cette association. De nouvelles réflexions le convaincront que plus est complète son individualité, c'est-à-dire plus sa richesse matérielle et intellectuelle est considérable, plus est complet le pouvoir qu'il possède de déterminer pour lui-même, dans quelle mesure il lui convient de s'associer avec ceux qui l'entourent. En outre, il s'apercevra que sa responsabilité à l'égard de ses actes augmente en raison de l'augmentation de son pouvoir de déterminer pour lui-même quelle sera sa marche dans la vie ; que s'il est pauvre et meurt de besoin, il ne peut être tenu à la responsabilité rigoureuse qu'on serait en droit d'exiger de lui, avec raison, s'il vivait dans l'opulence. Enfin il se convaincra que son pouvoir d'accomplir des progrès est proportionnel à son aptitude à combiner ses efforts avec ceux de ses semblables, et qu'au point de vue matériel et intellectuel, sa puissance de produire tend à s'accroître avec tout accroissement dans la demande de produits ou d'idées, résultant de l'accroissement de la capacité de ses semblables pour fournir en échange d'autres produits ou d'autres idées.

    Si le lecteur venait à se demander maintenant à lui-même à quoi il a dû d'être l'homme qu’il est en réalité, sa réponse serait qu'il en est redevable au pouvoir de s'associer avec ses semblables du temps présent, et avec ceux du temps passé qui nous ont légué les leçons de leur expérience. S'il poursuivait son enquête, dans le but de déterminer de quel bien il désirerait le moins d'être privé, il trouverait que c'est la puissance d'association. Puis et seulement, en second lieu, il désirerait la volition complète, c'est-à-dire le droit de déterminer, quand, comment, et avec qui il veut travailler et de quelle manière il entend disposer de ses produits : Dépourvu de la faculté de vouloir, il sentira qu'il est un être irresponsable. Avec la faculté de vouloir, sachant que son avenir dépendra de lui, il se sentira responsable de l'usage convenable des avantages qu'il possède ; et il aura toute espèce de motif pour développer ses facultés et se rendre capable de prendre lui-même dans le monde une place plus élevée et de pourvoir aux besoins de sa femme et de ses enfants ; chaque pas dans cette direction sera un acheminement vers de nouveaux progrès.

    La science sociale traite de l'homme considéré dans ses efforts pour la conservation et l'amélioration de son existence et peut être définie aujourd'hui : La science des lois qui régissent l'homme dans ses efforts pour s'assurer l'individualité la plus élevée et la puissance la plus considérable d'association avec ses semblables.

   

 

 

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  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE II :

DE L'HOMME, SUJET DE LA SCIENCE SOCIALE.

 

Notes de bas de page

 

 

  1  L'Autriche est un composé d'agglomérations nombreuses dont une portion considérable est tout-à-fait en dehors de l'Allemagne. Ses guerres en Italie ont été surtout autrichiennes, et non allemandes.           Retour

Chronique des rois de la mer de Norwège, chap. servant d'introduction, par S. LAING, p. 33.
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Ibid. p. 36.
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Chronique des rois de la mer de Norwège, chap. servant d'introduction, par S. LAING, p. 146.
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5  Le lecteur qui désirerait apprécier complètement la force de résistance des gouvernements libres ne peut guère manquer de tirer profit de la relation de M. LAING
sur sa résidence en Norwège, pendant la durée des divers conflits qui ont eu lieu entre les gouvernements suédois et norwégien, dans la période écoulée de 1830 à 1840.
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6  La même idée se retrouve présentée ainsi dans un ouvrage d'une haute portée publié récemment : « Les différences sont la condition du développement ; les échanges mutuels qui résultent de ces différences éveillent et manifestent la vie. Plus la diversité des organes est considérable, plus la vie de l'individu est active et s'élève à un ordre supérieur. Plus est considérable la diversité des individualités et des rapports dans une société d'individus, plus aussi est considérable la somme de vie, plus le développement de la vie est général, complet et d'un ordre élevé. Mais il est nécessaire que non-seulement la vie se déploye dans toute sa richesse par la diversité, mais qu'elle se manifeste dans son utilité, dans sa beauté, dans ses bienfaits par l'harmonie. C'est ainsi que nous reconnaissons la vérité de ce vieil adage : La perfection, c'est la variété dans l'unité. » GUYOT, La Terre et l'Homme, p. 80.
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North British Review. Août 1853.
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8  GUYOT, La Terre et l'Homme, p. 74.
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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE III :

DE L'ACCROISSEMENT DANS LA QUANTITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

    § 1. — La quantité de matière n'est pas susceptible d'accroissement. Elle ne peut être changée que de forme ou de lieu. Elle revêt constamment des formes nouvelles et plus élevées, passant du monde inorganique au monde organique et aboutissant à l'homme. La puissance de l'homme est bornée à la direction des forces naturelles. Loi de la circulation illimitée.

   
     Pour que la puissance d'association prenne de l'accroissement, et qu'il y ait parmi les hommes une augmentation d'activité, accompagnée d'un accroissement de la faculté de disposer en maître des forces de la nature, il faut qu'il y ait augmentation dans la quantité des individus occupant un espace donné, c'est-à-dire qu'en d'autres termes, la population doit augmenter en densité. Un fait démontre qu'il en a été ainsi ; c'est que la population de la France a doublé depuis le commencement du dernier siècle, ainsi que celle de l'Angleterre dans le siècle actuel, et que celles de New-York et de Massachusetts, qui, il y a soixante ans, ne comptaient que 700 000 habitants, en comptent aujourd'hui plus de 4 000 000.

     La quantité de matière n'a pas cependant augmenté, et elle n'est pas susceptible d'augmentation. L'homme ne peut lui en ajouter aucune ; sa puissance se borne à effectuer des changements de lieu et de forme. Puisqu'il en est ainsi, il est évident qu'une partie de la matière qui existait antérieurement a revêtu des formes nouvelles et plus élevées, passant des formes simples du granit, du schiste, de l'argile ou du sable, aux formes compliquées et hétérogènes qui se manifestent dans les os, les muscles et le cerveau de l'homme.

     Avec l'accroissement dans la quantité des individus qu'il fallait nourrir, il a fallu un accroissement correspondant dans la quantité de nourriture animale et végétale ; et pour que cette quantité pût être fournie, il est devenu nécessaire que d'autres parties des rochers, ou de l'argile et du sable, résultant de leur décomposition, prissent la forme de blé et de seigle, d'avoine et d'herbage, tandis que d'autres parties se transformaient encore en moutons et en veaux, en porcs et en boeufs. La réalité de ce changement devient évidente dans ce fait, que, quelque considérable qu'ait été l'augmentation dans la quantité d'individus à nourrir, la facilité pour se procurer de la nourriture est plus grande aujourd'hui qu'à aucune autre époque antérieure. Quelle a été cependant, pouvons-nous demander aujourd'hui, l'action exercée par l'homme pour amener ces résultats ?

    « Les phénomènes de l'univers visible se résolvent en Matière et en Mouvement. L'union de tous deux constitue la Force ; et la matière elle-même a été envisagée, au point de vue de l'analyse métaphysique, comme le résultat et la preuve d'un équilibre de forces. Ces forces accomplissent un mouvement de circulation et de va-et-vient perpétuels. L'homme ne peut ni créer ni détruire une parcelle de matière, ni modifier la quantité de force existante dans l'univers. Sa puissance se borne à modifier le mode selon lequel elle se manifeste, se dirige et se distribue. Cette force existe dans la matière à l'état latent, et il peut la mettre en liberté, en détruisant l'équilibre d'autres forces qui maintenaient celle-ci en repos. L'homme peut arriver à ce résultat en donnant une direction convenable à quelque force indépendante existant en réserve dans la Nature, qui, après l'accomplissement de sa mission, vient former un nouvel équilibre avec une ou plusieurs forces libres, pour demeurer en repos jusqu'à ce qu'elles soient encore évoquées tour un nouveau travail. Tout développement de force entraîne une consommation de matière et non son anéantissement, mais son changement de forme. Pour produire dans la batterie voltaïque une somme donnée de lumière ou de chaleur, ou bien encore une certaine quantité de mouvement électro-magnétique, pour transmettre un message sur les fils métalliques de New-York à Buffalo, il faut qu'une certaine quantité de zinc soit brûlé par un acide et convertie en oxyde.

    Pour donner l'impulsion au bateau à vapeur qui doit parcourir des centaines de milles, il faut qu'une quantité donnée de houille se décompose en gaz et en cendres, et qu'une certaine quantité d'eau se transforme en vapeur. Pour effectuer une action musculaire dans le corps humain, le cerveau, c'est-à-dire la batterie galvanique de l'organisme humain, doit transmettre son message par l'intermédiaire des fils télégraphiques animaux, les nerfs, et, dans cet acte, abandonner une partie de sa propre substance ; le muscle, en obéissant à cet ordre, subit un changement en vertu duquel une portion de sa substance perd ses propriétés vitales et se sépare de la partie vivante, en s'unissant à l'oxygène et se transformant en une matière inorganique qui doit être rejetée hors de l'économie animale. Les gymnotes, ou anguilles électriques de l'Amérique du Sud, si on les stimule pour leur faire donner des décharges électriques répétées, s'épuisent au point de pouvoir être touchées impunément. Il leur faut un repos prolongé et une nourriture abondante pour remplacer la force galvanique qu'elles ont dépensée. Les choses ne se passent pas autrement par rapport à l'homme, si ce n'est eu égard aux proportions.

    Le télégraphe électro-magnétique a familiarisé la plupart de nos lecteurs avec la batterie qui le fait mouvoir. On dispose, en les faisant alterner, une certaine quantité de plaques de zinc et de cuivre dans un vase contenant un acide. Lorsque les extrémités de l'appareil sont réunies au moyen d'un fil métallique, quelle que soit sa longueur, une action chimique commence à se manifester à la surface du zinc, et le long du fil se propage une force capable de soulever des fardeaux, de mettre des roues en mouvement et de décomposer des corps composés, dont les éléments ont l'un pour l'autre l'affinité la plus puissante. Au moment où la continuité du fil est interrompue et le circuit suspendu, la force disparaît et la réaction qui s'opérait entre l'acide et le zinc s'arrête immédiatement. Lorsque la communication est rétablie, l'action de l'acide sur le zinc se renouvelle, et la force qui s'était évanouie se manifeste de nouveau avec toute son énergie primitive. La substance qui forme le fil métallique n'est pourtant que le conducteur de la force et ne contribue pas, pour la part la plus minime, aux manifestations de celle-ci. Il se passe quelque chose d'analogue dans le rôle que remplit l'homme à l'égard de la matière et des forces de la nature. L'homme ne sert qu'à les mettre en circulation, sans rien ajouter ou rien ôter à leur quantité même. Sa personne n'est qu'une scène dans le théâtre de leur action, théâtre où ces forces ont leurs entrées et leurs sorties, où chacune d'elles, à son moment donné, joue plusieurs rôles tour à tour, subissant ou causant des métamorphoses ; mais elles sont immortelles dans leur essence et parcourent, à travers des vicissitudes infinies, un cercle immense d'applications diverses pour l'entretien de la vie et les ressources qui l'alimentent (1). »

    Nous avons ici une circulation perpétuelle, et plus le mouvement est rapide, plus la force produite est considérable. Cette circulation a existé de tout temps, mais à chaque progrès que la terre a fait pour arriver à sa condition actuelle, on a vu un développement plus considérable dans le mécanisme de la décomposition et de la recomposition, avec une tendance constamment croissante vers le développement des forces qui existent toujours dans la matière à l'état latent, et qui attendent le moment où l'homme les dégagera. Les géologues nous apprennent que, dans la période Silurienne, le continent actuel de l'Europe n'était guère représenté que par quelques îles indiquant les points qu'occupent, aujourd'hui, l'Angleterre, l'Irlande, la France et l'Italie. La Russie et la Suède étaient alors un peu plus nettement définies ; mais ni l'Espagne, ni la Turquie n'existaient encore, et ce qu'on y rencontrait, dans la vie végétale ou animale, avait un caractère uniforme et n'atteignait que le plus humble degré de développement. Plus tard, nous arrivons à l'époque de la formation de la houille, époque où la vie végétale était exubérante, mais cependant n'offrait encore que le caractère le moins varié. Les formations houillères de l'Angleterre, et celles de la Belgique et des États-Unis, présentaient alors partout le même genre de plantes et offraient toutes l'absence totale de véritables fleurs, ce qui caractérise un développement végétal très-peu avancé.

    Or, quel pouvait être, demanderons-nous, le but de toute cette végétation ? de produire la décomposition et de dégager les forces latentes de la matière. « C'est dans l'estomac des plantes, dit Goethe, que le développement commence. » Sans cet estomac, sans cette opération de la digestion, on n'aurait jamais vu commencer cette phase du changement qui a fait passer le monde inorganique, des formes anguleuses aux formes ovales et magnifiques de l'organisme développé au plus haut point ; et jamais la terre n'aurait pu devenir la résidence de l'homme qui a besoin, pour se soutenir, d'une nourriture à la fois animale et végétale (2).

    « Les animaux qu'il consomme (pour citer ici le même auteur) se nourrissent eux-mêmes d'aliments végétaux. Les végétaux, à leur tour, digèrent les éléments inorganiques qui leur sont fournis par le soleil et l'air. La chimie moderne a prouvé que les éléments ultimes de tous les corps sont le carbone, l'oxygène, l'azote et l'hydrogène, qui forment les quatre principaux éléments de la création organique, ainsi que le soufre, le phosphore, le chlore, la chaux, le potassium, le sodium, le fer et quelques autres substances inorganiques. Ces éléments doivent être introduits dans le corps du végétal, ou de l'animal, afin que celui-ci puisse vivre et se développer. De ce petit nombre d'éléments, combinés en quantités et en proportions diverses, sont formés l'air et l'eau, les rochers et les terres qui sont le résultat de leur décomposition.

    Des expériences nombreuses ont démontré que les éléments qui entrent dans la formation des végétaux et des animaux sont empruntés à l'air, à l'eau, à la terre et au rocher ; elles révèlent ce fait, que les quantités exactes des éléments identiques acquises par ceux-là avaient disparu de ceux-ci, sous l'empire de circonstances préparées de telle sorte que ces quantités ne pussent être tirées d'autres sources que celles dont la disparition était soumise à l'examen. Pour le rapport détaillé des expériences et des raisonnements à l'aide desquels on rend ces conclusions évidentes, nous renvoyons celui qui étudiera ces matières aux ouvrages de Liebig et des autres auteurs qui ont écrit sur la chimie organique, et qui ont poursuivi la voie de recherches ouverte et parcourue par lui avec tant de succès.

    La propriété fondamentale de la vitalité, commune à tous les corps organisés, consiste dans leur constante rénovation matérielle ; attribut qui les distingue des corps inertes ou inorganiques, dont la composition est toujours fixe. Ceux-ci peuvent toujours être recomposés artificiellement en réunissant leurs parties constituantes ; tandis qu'aucune habileté chimique ne suffit pour produire du bois, du sucre, de l'amidon, de la graisse, de la gélatine, de la chair, etc., dont les éléments, bien qu'également simples, également bien connus, se refusent à se combiner pour former des composés organisés, autrement que sous les influences de cette puissance mystérieuse que nous appelons la force vitale. La formation d'un cristal, l'opération de l'ordre le plus élevé qui s'accomplisse à notre connaissance dans un corps inorganique et qui n'implique qu'un seul acte, celui de l'agrégation moléculaire, peut être dirigée artificiellement par le chimiste ; tandis que la formation d'une simple cellule telle que celles qui composent le champignon, et les algues microscopiques qui colorent les eaux des étangs, bien que l'opération organique soit de l'ordre le plus infime, implique la double action de l'agrégation et de la désagrégation, et défie la science de pouvoir la produire. Il est au-dessus de la portée de l'homme de créer la forme la plus chétive et la moins compliquée de la vie.

    Tandis que les éléments constituants de la vitalité sont abondamment répandus dans le monde naturel, les végétaux seuls ont une puissance d'assimilation suffisante, pour composer leurs tissus en les tirant directement des matières inorganiques, à savoir les matières liquides et gazeuses, et les molécules terreuses, qui sont des minéraux décomposés. Non-seulement les choses se passent ainsi, mais aucune partie d'un être organisé ne peut servir d'aliment aux végétaux, jusqu'à ce que, par suite de la putréfaction et de la décomposition, elle ait pris la forme d'une matière organique. C'est cette propriété qui fait de l'organisation végétale la base essentielle de toutes les autres. En l'absence de végétaux, il faudrait que tous les animaux devinssent carnivores et obtinssent leur subsistance en se détruisant réciproquement, ce qui aboutirait promptement à l'extermination de leur espèce. C'est pour cette raison que la vie végétale a dû nécessairement précéder la vie animale. Que les choses se soient passées ainsi, c'est ce qui est prouvé surabondamment par les recherches des géologues, qui, en retrouvant dans les roches l'histoire des siècles passés, démontrent qu'une longue période s'est écoulée, postérieurement à la croissance des lichens et des fougères dans les premiers âges du monde, avant que l'espèce la plus humble d'animaux fît son apparition sur la terre.

    L'organisme animal, au contraire, exige, pour se soutenir et se développer, des atomes fortement organisés. La nourriture des animaux, en toute circonstance, est composée de parties d'organismes. Tandis que quelques-uns d'entre eux se nourrissent directement de substances végétales, d'autres auxquels il est nécessaire que la matière se soit élevée à un plus haut degré d'existence vitale, avant de se l'assimiler, se repaissent d'animaux d'un ordre inférieur. Possédant une moindre faculté d'assimilation, il faut que leur nourriture, à l'aide d'agents intermédiaires, ait formé des combinaisons plus en harmonie avec celles de leurs propres tissus que l'organisation végétale même. Sans un arrangement et une gradation de cette espèce, les êtres d'une nature plus élevée seraient condamnés à périr par défaut d'aliments, ou à dépenser toute leur activité en transformations chimiques, sans en réserver aucune partie pour la locomotion ou tout autre effort musculaire. Nous pouvons remarquer ici, qu'avec cette nécessité de vaincre et de capturer sa proie, naît un degré de puissance intellectuelle, qui rend les animaux carnivores capables de former certains plans, et d'accomplir, par suite de leur association avec leurs semblables, des choses qui dépasseraient leur pouvoir s'ils étaient privés de ce secours. L'araignée tisse sa toile avec art pour attraper des mouches, et les loups se réunissent en meute pour chasser. Partout les fonctions supérieures s'allient à une énergie moindre dans les fonctions inférieures. Les êtres chez lesquelles ces dernières prédominent se suffisent à eux-mêmes et sont indépendants ; mais ils ont peu de portée dans l'instinct et peu de pouvoir, au delà de ce qu'exige la satisfaction des grossiers besoins primitifs. En remontant l'échelle des êtres jusqu'à l'homme (sommet et couronnement de toutes choses), nous trouvons en lui, le plus dépendant de tous, le plus porté à l'association (à laquelle le rend si éminemment propre la faculté de la parole) ; et quoique, isolé, il soit de tous les êtres celui qui peut le moins se suffire à lui-même, au moyen de l'association, il établit sa souveraineté sur la nature et sur toutes ses forces animées ou inanimées.

    Il existe une autre distinction entre la vie animale et la vie végétale : La croissance et le développement des végétaux dépendent de l'élimination de l'oxygène, des autres parties qui composent leur nourriture. Les végétaux exhalent continuellement ce gaz dans l'air par la surface de leurs feuilles. La vie des animaux se manifeste dans la continuelle absorption de l'oxygène de l'air, et dans sa combinaison avec certaines parties constituantes du corps. Son office consiste à produire la chaleur animale, en brûlant les parties combustibles de l'organisme. Il se combine avec le carbone des aliments, et, dans cette opération, il se dégage exactement la même quantité de chaleur que s'il eût brûlé directement en plein air. Le résultat donne du gaz acide carbonique qui est rejeté en dehors des poumons et de la peau ; ce gaz est absorbé par les feuilles des plantes, le carbone se sépare et s'incorpore à leur substance, et l'oxygène s'exhale de nouveau dans l'atmosphère pour recommencer à circuler.

    Décrivons plus complètement cette évolution : Le carbone en s'unissant avec l'eau, dans la plante, forme, entre autres choses, l'amidon que la sève charrie vers la partie de l'organisme qui en a besoin. On en trouve abondamment dans les graines. L'amidon forme dans le blé la moitié du poids du grain, et n'est composé que de carbone et d'eau. L'homme se nourrit de blé, mais on ne trouve pas d'amidon dans le corps humain. Lorsqu'il pénètre dans notre estomac, il subit un changement chimique, une combustion lente, réelle, pendant laquelle le carbone de l'amidon se combine avec l'oxygène et forme du gaz acide carbonique qui, joint à l'eau, mise en liberté sous la forme de vapeur, est rejeté dans l'atmosphère, en abandonnant l'organisme humain, pour se transformer, de nouveau, sous l'influence de l'élaboration que lui fait subir la plante, en cet amidon d'où ils étaient tirés. Après avoir servi à conserver la chaleur interne, base de la vie animale, ces deux éléments séparés, en se rapprochant, recomposent une partie de la substance des plantes qui, lorsqu'elle est complétée de nouveau, fait l'office de combustible dans l'économie animale.

    Les exemples que nous avons présentés, suffisent, en tant que cela concerne les parties constituantes organiques, pour démontrer cette loi, que les animaux et les végétaux se transforment réciproquement et dépendent l'un de l'autre pour leur subsistance. L'échange de leurs éléments s'accomplit par l'intermédiaire de l'air atmosphérique, qui fournit aux plantes la plus grande partie de leur nourriture. On a constaté en brûlant toute matière végétale sous une forme quelconque, à l'état sec, que la partie organique, qui est combustible et disparaît dans l'air, est de beaucoup la plus considérable. Elle forme ordinairement, en poids, de 90 à 97 livres sur 100. Cette partie de la plante ne peut avoir été primitivement formée que par l'air, sinon directement, au moins au moyen de composés dont les éléments sons eux-mêmes empruntés à l'air, existant dans le sol et absorbés par les racines. Pour nous servir des expressions du professeur Draper, dans sa Chimie des Plantes, l'air atmosphérique est le grand réservoir où toutes choses prennent leur source et vers lequel toutes choses retournent. C'est le berceau de la vie végétale et le tombeau de la vie animale.

    En moyenne, environ une livre sur dix, du poids net de plantes cultivées, y compris leurs racines, tiges, feuilles et graines, est formée d'une matière qui existait comme partie de la substance solide du sol sur lequel la plante croissait. Chaque organe de la tige, des bourgeons et des feuilles de la plante a une charpente réticulée de matière inorganique dont la base est le silex ou la chaux. Le silex qui nous est familier sous les diverses formes de sable blanc, de caillou et de quartz cristallisé, constitue plus de 60 et quelquefois 95 p. 100 (3) de la totalité des terrains. C'est le silex qui donne au sol sa porosité, afin que l'air et l'eau puissent en pénétrer la texture. L'alumine, au contraire, base de l’argile, rend le sol dur et compacte. L'office du silex, dans les plantes, est de donner de la force, comme dans la paille du blé, par exemple. Il sert de charpente osseuse dans toute la famille des graminées ; Il faut de 93 à 150 livres de silex soluble pour environ une acre de blé. »

   

 

 

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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE III :

DE L'ACCROISSEMENT DANS LA QUANTITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

    § 2. — Préparation de la terre pour recevoir l'homme.


   
    Le développement ainsi commencé dans l'estomac des végétaux se continue dans celui des animaux, jusqu'à ce que la terre peu à peu se prépare à servir aux besoins de l'homme ; et lorsque celui-ci apparaît, nous constatons cette différence importante : tandis que tous les autres animaux ont été condamnés à rester à jamais les esclaves de la nature, lui seul a été doté des facultés nécessaires pour lui permettre d'en devenir le souverain, et de lui faire accomplir la tâche qui est dévolue à lui-même.

     Si nous jetons en ce moment les yeux sur la terre, nous voyons partout les mêmes forces mises en action, produisant de nouvelles combinaisons pour l'entretien de la vie végétale, comme préparation de la terre qui doit servir de séjour d'abord aux animaux d'un ordre inférieur, mais finalement à l'homme. On estime que la somme de calorique qui soulève l'eau de la mer, sous forme de vapeur, est égale à la force de 16 billions de chevaux. Condensée de nouveau, cette vapeur reprend la forme d'eau qui, retombant en pluie, va se perdre de nouveau dans l'Océan, et dans son passage entraîne avec elle des portions considérables du sol résultant de la décomposition des roches dont la terre est formée ; cette décomposition, à son tour, est une conséquence des températures sans cesse variables, lesquelles sont elles-mêmes le résultat du mouvement qui s'opère parmi les molécules dont se composent l'air et l'eau. « La congélation, dit le docteur Clarke, est la charrue de Dieu qu'il pousse à travers chaque pouce de terre, brisant chaque fragment et pulvérisant le tout, » et rendant ainsi toutes les parties propres à former facilement de nouvelles combinaisons.

    Les parcelles de terre ainsi obtenues sont mises, par le mouvement des eaux, en relation étroite et réciproque, et c'est ici que nous trouvons la différence amenant la combinaison et produisant le mouvement. Plus la variété des parties est considérable, plus sera grande l'aptitude du corps composé à fournir l'entretien à la vie végétale, ainsi qu'on le constate dans les deltas du Mississipi, du fleuve des Amazones et du Gange, qui tous nous offrent des arbres d'une dimension gigantesque, environnés d'arbustes de tout genre, se développant avec une exubérance prodigieuse. C'est là que nous trouvons des formes plus humbles de la vie animale. Mais l'impureté de l'air empêche que, de longtemps encore, ces lieux puissent être habités par l'homme, ou même par les animaux d'un ordre élevé.

     D'immenses quantités de cette terre sont entraînées dans l'Océan ; là elle disparaît pour passer dans l'estomac de myriades d'êtres animés dont celui-ci est le séjour. Des sondages pratiqués récemment dans les profondeurs de l'Atlantique ont révélé ce fait, qu'on ne voit point la terre adhérer à la ligne de sonde, tandis que cette dernière amène du fond de l'Océan, des myriades d'animaux microscopiques.

    «  Dans son sein, dit un écrivain moderne, on voit à l'oeuvre, de tout petits insectes, auxquels la nature a imposé, outre la nécessité de chercher leur nourriture et d'avoir soin de leurs petits, la tâche perpétuelle de se construire de nouvelles demeures. Pour se défendre et pour s'abriter, le Mollusque se livre à un travail incessant, réparant, agrandissant et restaurant sa demeure ; lorsqu'il meurt enfin, il la laisse comme un nouvel appendice qui s'ajoute à la masse épaisse et toujours croissante du calcaire coquillier. Dans les mers plus méridionales, sur un espace de plusieurs milliers de lieues, des insectes encore plus infimes élèvent leurs massifs remparts de coraux qui, tantôt revêtant une longue étendue de côtes et tantôt formant la ceinture d'îles solitaires, défient la mer la plus furieuse ; et à mesure que les générations des ces Mollusques périssent successivement, elles laissent sur les lits rocheux de pierre calcaire coralline, un monument impérissable de leurs travaux incessants. Ces roches contiennent les deux cinquièmes de leur poids d'acide carbonique, qui semble destiné à y être à jamais emprisonné. Il a été enlevé, directement ou indirectement, à l'atmosphère ; et c'est ainsi que la mer puise toujours, nécessairement l'acide carbonique dans l'air. En conséquence, les travaux accomplis par les animaux marins, ainsi que l'anéantissement de la matière végétale, amèneraient, chaque année, une diminution dans la quantité de ce gaz, contenue dans l'atmosphère, si la nature n'accomplissait une autre opération pour compenser cette disparition constante.

    Mais la terre elle-même opère des exhalations dans ce but. Se frayant un passage à travers les crevasses et les fissures de son écorce si nombreuses à la surface, le gaz acide carbonique s'en dégage en quantités considérables et se mêle, chaque jour, avec l'air ambiant. Il pétille dans les sources de Carlsbad ; il se précipite, comme vomi par des soufflets souterrains, sur le plateau de Paderborn. Il va remplir d'écus sonnants les coffres du prince de Nassau ; il cause le naïf étonnement des voyageurs qui visitent la Grotte du Chien ; il intéresse le chimiste-géologue dans les souterrains de Pyrmont ; il est terrible à la fois pour l'homme et pour la brute, dans la fatale Vallée de la Mort, la chose la plus merveilleuse du monde, au milieu même des merveilles de l'île de Java. Et de plus, il est hors de doute que ce gaz se dégage, encore plus abondamment, du milieu inconnu de ces nappes d'eau qui occupent une portion si considérable de la surface du globe. Fournie par ces sources nombreuses, affluant perpétuellement dans l'air, ou s'élevant à la surface de la mer, une certaine quantité d'acide carbonique remplace, chaque jour, la quantité soustraite qui doit s'absorber dans la croûte solide de la terre. Si nous savions au  bout de quel laps de temps la terre doit expirer, de nouveau, la somme d'acide carbonique ainsi absorbée journellement, nous  pourrions exprimer par le langage combien de temps exige cette lente et séculaire rotation, pour achever l'une de ses immenses évolutions circulaires.

    Ainsi, de même que la vapeur aqueuse de l'atmosphère, l'acide carbonique contenu dans celle-ci circule continuellement. Tandis que celui qui flotte suspendu dans l'air, pendant une génération, effectue, pour ainsi dire, plusieurs évolutions, passant de l'atmosphère à la plante, de la plante à l'animal, et de celui-ci retournant encore à l'air, sans être jamais, en réalité, la propriété d'aucun être et s'arrêter longtemps nulle part, toute la quantité de carbone produite se meut lentement dans un cercle plus considérable, entre l'air et l'eau. Il s'élève de la terre à une extrémité de la courbe, à l'état de gaz élastique ; comme passe-temps, il prend, sur sa route, successivement et pendant de cours intervalles, des formes variées de plantes et d'animaux, jusqu'au moment où il s'absorbe de nouveau dans la terre, à l'autre extrémité de la courbe, à l'état de pierre calcaire solide et de plantes fossiles (4). »

    Les couches de pierre calcaire, résultant du travail de ces petits êtres qui absorbent ainsi l'acide carbonique émané de l'atmosphère, deviennent à leur tour les noyaux d'îles destinées à offrir des lieux de séjour aux classes inférieures d'animaux et finalement à l'homme. La manière dont s'accomplit l'oeuvre préparatoire est parfaitement décrite dans le passage suivant :

    « Les îles de corail des mers tropicales offrent les exemples les plus remarquables de la rapidité avec laquelle un rocher nu se pare de la vie végétale et se dispose à devenir l'habitation d'êtres humains. Les créatures qui élèvent ces îles, et les font sortir des profondeurs inconnues de l'Océan, participent, ainsi que l'indique leur nom de zoophyte (ou animal-plante) des caractères distinctifs de deux ordres de vitalité. Ils accomplissent leurs fonctions sans l'office du coeur ou d'un système quelconque de circulation ; les divers polypes d'un groupe ont chacun une bouche, des tentacules et un estomac, — là s'arrête la propriété individuelle, — et forment une masse vivante d'animaux nourris par des bouches et des estomacs nombreux, mais unis entre eux par des tissus. Ils n'ont d'autres pouvoirs d'action que celui d'allonger leurs bras pour saisir la nourriture que les flots, en passant, mettent à leur portée ; ils se propagent par bourgeons, une légère saillie se montre d'abord sur leur côté, le bourgeon augmente, on voit se développer un cercle de tentacules, avec une bouche au milieu, et la croissance continue jusqu'à ce que le rejeton soit aussi grand que son auteur et commence à pousser à son tour des bourgeons, et c'est ainsi que le groupe continue à se développer. Ils secrètent le corail (comme le quadrupède secrète ses os) jusqu'à ce qu'ils aient construit des récifs isolés et atteint la surface de l'eau. Mais il est indispensable, pour la vie de ces architectes sous-marins, qu'ils soient couverts par les vagues, et lorsqu'ils sont arrivés à la hauteur de la marée basse, ils meurent. Une nouvelle phase se manifeste alors ; le sommet du rocher se couvre, par couches » successives, de fragments pulvérisés de corail et de gravier que » les flots ont détachés des flancs du récif et lancés à la surface. Agassiz pose en fait, que toute la partie de la Floride comme sous le nom d'Everglades, n'est qu'un vaste banc de corail, composé de récifs à peu près parallèles, qui, sortis du fond de la mer pour venir à sa surface, se sont développés et se sont soudés à la terre ferme, en remplissant, graduellement, les intervalles qui les séparaient des dépôts de sable corallifère et des débris apportés là par l'action des marées et des courants.

    Le coco, avec son enveloppe qui semble si bien faite pour flotter sur les eaux, prend racine sur le sable nu de l'île de corail, à peine élevée au-dessus du niveau de l'Océan, et, baigné par l'embrun, se développe avec un grand luxe de végétation. » Nourri d'abord seulement par le peu d'aliments organiques que lui fournissent les débris des zoophytes qui construisirent l'île, la décomposition de ses feuilles donne bientôt un terreau suffisant pour faire croître d'autres végétaux. Les usages du cocotier sont nombreux. Quand les habitants apparaissent sur l’île, il leur offre la matière première des vêtements légers que demande le climat ; avec la coque de la noix ceux-ci font des tasses pour boire et d'autres ustensiles, des nattes, des cordages, des lignes à pêcher et de l'huile ; il donne, en outre, un aliment, une boisson et des matériaux de construction ; le fruit se présente sur le même arbre et au même instant à tous les degrés de formation, depuis la première, après la chute de la fleur, jusqu'au moment où il devient une noix dure, sèche, qui semble toute prête à germer. Le pandanus, ou pin spirale, qui prend racine promptement dans un terrain maigre, en poussant de son tronc des arcs-boutants qui s'implantent dans la terre et élargissent la base, soutien de l'arbre dans sa croissance, fournit un fruit à gousses douceâtres, qui, bien que légèrement amer, dit M. Dana dans sa Géologie d'un voyage d'exploration de la mer du Sud (à laquelle nous empruntons ces faits), peut se conserver et servir de nourriture quand les autres aliments viennent à manquer. Le petit poisson et les crabes des récifs, ainsi que les gros poissons qu'on pèche dans les eaux profondes avec des hameçons en bois, aident à la subsistance des indigènes. Ces chétives ressources, ajoute M. Dana, entretiennent une population de 10 000 individus dans la seule île de Taputeouea, dont la superficie habitable n'excède pas six milles carrés.

    L'opération à l'aide de laquelle, en cette circonstance, le sommet de la montagne sous-marine sortie des flots est préparé à devenir la demeure de l'homme, par suite de la germination des plantes, s'accomplit rapidement. Celle qui transforme, en fragments pulvérisés, les pics des montagnes terrestres comprend un plus grand nombre de phases intermédiaires, et une bien plus grande variété de résultats. Quelques-uns des rochers, tels que les ardoises et les schistes, se décomposent avec une telle facilité qu'on peut observer tout le phénomène dans un court espace de temps, et nous avons constamment l'occasion d'en surveiller les progrès. Au contraire, les masses de roches graniques, qui, suivant l'opinion des géologues, constituant les couches inférieures et primitives du globe, ont été amenées, par suite du déchirement et du soulèvement de la croûte terrestre, à en occuper les sommets, sont d'une nature moins friable. Mais leur composition chimique favorise leur prompte désagrégation sous l'influence des éléments. La présence des alcalis dans le feldspath et le mica, qui dans le granit, sont combinés avec la silice, exerce dans ce changement une action puissante. L'acide carbonique, le grand dissolvant des matières les plus dures, décompose la potasse, avec laquelle la silice se trouve combinée dans le feldspath et la rend soluble. L'intensité de la gelée et la longueur du temps pendant lequel les roches du sommet des montagnes sont exposées au froid, les brusques changements de température auxquels elles sont soumises, et qui à raison de leur peu d'aptitude à conduire le calorique, entraîne l'inégalité dans  la contraction et la dilatation de leur surface, lesquelles, à leur tour, produisent l'exfoliation et les craquements, l'humidité de  l'air pendant l'été, alors que les vapeurs aqueuses se condensent  sur leur sommet, telles sont, entre autres circonstances, celles  qui hâtent la destruction des roches dans ces régions.

    A mesure que la désagrégation s'accomplit par suite de la marche des saisons, les parcelles décomposées tombent par leur propre poids et sont entraînées par les pluies dans les vallées sous-jacentes, qui reçoivent de la même façon les débris provenant des roches intermédiaires. Pendant cette opération les roches ne sont pas simplement divisées en petits fragments par une action mécanique ; mais de leurs éléments insolubles naissent des sels solubles tels que ceux de chaux, de soude, etc., qui peuvent être absorbés par la racine des plantes. Dans la décomposition du feldspath, le silicate de potasse est enlevé peu à peu par les eaux, et tandis que le sable reste sur les pentes, la fine alumine ou l'argile s'accumule dans les vallées, et forme un mélange d'argile et de sable plus favorable à la croissance de l'herbe et des céréales. C'est ainsi qu'on assiste à toutes les gradations, depuis le granit aride et nu du sommet des collines, en passant par les terrains  maigres et poreux des coteaux, jusqu'aux riches terres des  prairies de la vallée.

    Cependant une espèce de végétation peut trouver sa nourriture même sur la surface des rochers (5). Les lichens et les algues croissent au-dessus de la limite des neiges éternelles ; et dans les climats glacés du Nord, à la surface nue des roches granitiques, on voit fleurir une espèce de lichens que le voyageur canadien, pressé par la faim, recherche comme aliment et auquel il donne le nom appétissant de tripe de roche. Des débris de ces matières végétales sont balayés par chaque orage, et viennent s'accumuler à leur base avec les dépôts d'origine minérale. Après un laps de temps suffisant, il se forme au pied des versants un sol capable de nourrir de grands arbres. Le premier arbre laisse tomber ses feuilles et ses branches pour nourrir le sol qui s'engraisse, dans un cercle autour de son tronc, mesuré par l'étendue de ses branches. En prenant ce point de départ, l'opération continue, probablement, comme il suit : Sur la circonférence extérieure du premier cercle ainsi fertilisé, et au point du versant, qui placé entre le tronc et le sommet de la colline, n'est pas aussi riche que le point inférieur, dans l'ensemble des principes végétaux propres à la nutrition, il devient possible à un autre arbre de croître. Celui-ci, à son tour, devient le centre d'un cercle de terrain fertilisé, sur la circonférence supérieure duquel s'accumulent, par suite de la chute des feuilles et des branches, de nouveaux matériaux capables de nourrir un nouveau rejeton. Chaque nouvelle plante devient ainsi un engrais du terrain pour celle qui doit la remplacer ; et la végétation remonte vers le sommet, à travers un sol d'une fécondité sans cesse décroissante et qui, bien que devenu plus fertile et plus tenace par le développement même de cette végétation, abandonne toujours quelque portion de ses éléments minéraux et végétaux qui vont fertiliser la vallée sous-jacente. Le mode de procéder, ainsi qu'une foule d'autres que l'on constate dans les opérations de la nature, consiste dans l'action et la réaction, et dans une perturbation de l'équilibre, mettant en mouvement le mécanisme qui doit le rétablir. Les forces élémentaires, la gravitation et l'action dissolvante des courants d'eau portent jusqu'aux plaines les plus basses les principes minéraux organiques qui doivent alimenter la végétation ; et la végétation à son tour les reporte sur les coteaux, préparant le sol pour ses propres progrès, à mesure qu'elle continue son développement. Les plantes les plus grèles et les plus chétives apparaissent toujours les premières, semblables aux pionniers et aux troupes légères qui déblayent le terrain, devant les colonnes épaisses de l'armée qui les suit (6). »

    La plante est ainsi, nous le voyons, un fabricant de terrain, et ce qui, à cet égard, est vrai par rapport à elle, l'est également de tous les êtres vivants et doués de mouvement qui parcourent la surface de la terre. Le développement commencé dans l'estomac de la plante se continue dans celui de l'homme, que l'on a comparé avec raison à une machine locomotive. Nous introduisons dans l'estomac de celle-ci du combustible, sous l'empire de circonstances qui tendent à favoriser sa décomposition, c'est-à-dire le mouvement des éléments qui le composent. Ce mouvement donne la force. L'homme introduit dans son estomac, en guise de combustible, les divers produits des règnes végétal et animal ; arrivés dans ce réceptacle, ils sont soumis à l'opération de décomposition d'où résultent la chaleur vitale et la force. La manière dont se combinent les végétaux et les animaux, pour produire cette augmentation de mouvement, est parfaitement démontrée dans le passage suivant :

    « L'homme lui-même et les autres animaux se prêtent secours pour accomplir la même transformation. Ils consomment des aliments végétaux, et cette consommation a les mêmes résultats définitifs que lorsque ces substances périssent par suite d'une décomposition réelle, ou sont anéantis par l'action du feu. Ces aliments sont introduits dans l'estomac sous la forme dans laquelle la plante la donne ; ils sont expirés de nouveau, par les poumons et la peau, sous la forme d'acide carbonique et d'eau. Nous pouvons d'ailleurs suivre cette opération de plus près, et cet examen sera pour nous, à la fois intéressant et instructif.

    La feuille de la plante vivante absorbe l'acide carbonique qu'elle soustrait à l'air, et abandonne l'oxygène contenu dans ce gaz. Elle ne retient que le carbone. Les racines pompent l'eau qu'elles empruntent au sol, et de ce carbone et de cette eau la plante forme de l'amidon, du sucre, de la graisse et d'autres substances. L'animal introduit dans son estomac cet amidon, ce sucre, ou cette graisse, et à l'aide de ses poumons aspire l'oxygène de l'atmosphère ; avec ces matériaux il anéantit les travaux antérieurs de la plante vivante, rejetant de nouveau par les poumons et la peau l'amidon et l'oxygène, sous la forme d'acide carbonique et d'eau. L'opération est clairement représentée dans le tableau suivant :

                                     Absorbe:                                  Produit :

La plante  :    L'acide carbonique par                  L'oxygène par ses feuilles,

                          ses feuilles,
                          L'eau par ses racines.                     L'amidon, etc., dans sa

                                                                                        substance solide.

                                    Absorbe:                                    Produit :

L'animal :    L'amidon et la graisse                     L'acide carbonique et l'eau par     

                      dans son estomac,                              la peau et les poumons.
                      L'oxygène dans ses poumons.

    «  L'évolution commence avec l'acide carbonique et l'eau, et se termine avec les mêmes substances. Les mêmes matériaux, le même carbone par exemple, circulent de nouveau, dans tous les sens, tantôt flottant dans l'air invisible, tantôt formant la substance de la plante croissante, tantôt celle de l'animal qui se meut, et tantôt encore se dissolvant dans l'air, prêt à recommencer la même et incessante révolution. Le carbone forme aujourd'hui une partie d'un végétal, demain il peut entrer dans la structure du corps humain, et huit jours après il peut avoir pénétré dans une autre plante et dans un autre animal. Ce qui m'appartient cette semaine vous appartient la semaine suivante. En réalité, rien ne constitue une propriété privée dans une matière sans cesse en mouvement (7). »

   

 

 

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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE III :

DE L'ACCROISSEMENT DANS LA QUANTITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

    §  3. — L'homme a cela de commun avec les animaux qu'il consomme des subsistances. Sa mission sur cette terre consiste à diriger les forces naturelles, de telle façon qu'il fasse produire au sol des quantités plus considérables des denrées nécessaires à ses besoins. Conditions sous l'influence desquelles, uniquement, ces quantités peuvent s'augmenter. Elles ne peuvent être remplies que dans les pays où les travaux sont diversifiés, où l'individualité reçoit son développement, où la puissance d'association s'accroit.


    
    Dans les premiers âges de la société les changements de forme sont très-lents ; et c'est ainsi que nous voyons, du temps des Plantagenets, et quelques siècles plus tard, que le rendement d'un acre de terre n'était que de six ou huit boisseaux de froment. Quelque faible que fût ce rendement, il était cependant accompagné d'une amélioration constante, dans la forme de la matière résultant du mouvement qui avait été jusqu'alors obtenu. Les rochers avaient été décomposés, et les argiles et les sables avaient revêtu une forme d'un ordre plus élevé ; la magnifique verdure du froment avait remplacé la couleur brune et sombre de la terre nue. Peu à peu, on voit l'homme disposer de plus en plus en souverain des forces diverses destinées à son usage, et faire de nouveaux progrès jusqu'à l'époque plus récente où il obtient 30, 40 et 50 boisseaux par acre, en même temps que les autres produits se comptent par centaines d'acres.

     Sans la chaleur vitale cette domination des forces ne pourrait s'obtenir, et sans combustible il ne pourrait exister de chaleur. Ce combustible, ainsi que nous le voyons, c'est l'alimentation sans laquelle il ne peut y avoir d'action vitale ; et c'est ainsi que nous atteignons le point où l'homme et les autres animaux se trouvent placés réciproquement sur le même niveau. Comme tous les animaux, il mange, boit et dort ; comme eux aussi il doit se procurer des provisions d'aliments.

     S'il jette les yeux autour de lui, il aperçoit des masses immenses de matière tenues en repos à raison de la force de gravitation, et, par conséquent, demeurant improductives. C'est une réserve de puissance latente attendant le moyen auxiliaire qui la mettra en liberté. Le sol durci donne à peine un maigre herbage ; mais à cette heure, il le remue de manière à exposer ses molécules à l'action du soleil et de la pluie ; puis il y met une semence prête à recevoir dans son estomac l'aliment nécessaire à sa nourriture. La semence germe, et la plante se développe avec le secours de la terre et de l'atmosphère, produisant l'avoine, le seigle ou le blé nécessaires à l'entretien de l'homme ou des animaux dont il se nourrit. En tout ceci, cependant, il n'a pas fait plus que ne fait l'individu qui alimente la locomotive, en plaçant la matière dans les circonstances propres à favoriser sa décomposition, et en communiquant ainsi à ses molécules une individualité grâce à laquelle elles ont pu se combiner avec d'autres molécules. L'acte de combinaison est un acte de mouvement, et ce mouvement communique la force.

     Pour arriver à ce résultat, il a labouré plus profondément ; et, de cette manière, il a pu offrir à l'action du soleil et de la pluie une quantité plus considérable du sol. Il a ouvert des tranchées et il a ainsi facilité l'écoulement des eaux qui, autrement, seraient demeurées stagnantes et auraient détruit ses semences ; et précisément, pour avoir ainsi favorisé le mouvement de la matière, il s'est trouvé récompensé par un accroissement plus rapide dans la quantité du sol qui a revêtu la forme nécessaire à ses besoins.

     Plus le mouvement est considérable, plus le progrès dans la forme est rapide. Le pin au port si raide fait place à l'orge à la tige si gracieuse, en même temps que de magnifiques champs de trèfle rouge remplacent les mauvaises herbes des marais follement développées ; le loup décharné disparaît de la terre, qui à cette heure nourrit le noble coursier et l'homme civilisé.

     En acquérant un empire plus étendu sur les forces naturelles, l'homme devient ainsi capable d'obtenir une quantité constamment plus considérable de substances alimentaires sur toute surface donnée, avec un accroissement constant dans le pouvoir de vivre en relation avec ses semblables. L'association se développe, donnant à son tour le pouvoir de mettre en activité d'autres forces, qui étaient ainsi demeurées en grande partie inertes et n'attendaient que la main de l'homme. Il soulève la pierre à chaux et la soumet au procédé de décomposition, qui fournit à l'air de l'acide carbonique et à la terre de la chaux vive. Il arrache à la mine le charbon de terre, et celui-ci se décompose à son tour, fournissant à l'atmosphère de nouvelles quantités de matériaux qui se recomposeront sous la forme de végétaux destinés à le nourrir. Il exploite le minerai de fer qu'il décomposera à l'aide de la houille, et là encore se trouvent de nouvelles quantités de matières indispensables à l'entretien de la vie organique, et fournies également par la même opération, nécessaire pour lui donner les instruments dont il a besoin pour l'oeuvre de culture. La matière ainsi décomposée continue à se mouvoir, et doit continuer à se mouvoir ainsi tant que les hommes verront s'augmenter leur puissance d'association. Les divers minerais ne reviennent jamais à leur forme primitive, et la chaux ne redevient pas de la pierre calcaire, après être entrée dans la composition des substances alimentaires. Consommées, celles-ci retournent encore à l'air atmosphérique, ou à la terre ; et l'homme lui-même meurt enfin et est enseveli, et s'acquitte ainsi de la dette qu'il a contractée envers la nature. Même lorsqu'il vit encore, il absorbe constamment, et abandonne à la terre et à l'atmosphère, les molécules qui composent son système animal, ainsi que nous le voyons si bien expliqué dans le passage suivant :

    « Dans les forêts naturelles où les feuilles tombent chaque année et où les arbres meurent périodiquement, la matière minérale abandonne le sol pour la plante, et retourne à son tour au sol, sous la forme des débris de celle-ci, ne parcourant ainsi qu'une phase de courte durée, de la terre à la plante et de la plante à la terre. Et il en est de même aussi dans les prairies naturelles, où chaque année, à l'automne, l'herbe s'épaissit, se fane et rend ses matières minérales au sol ; et où chaque année aussi, au printemps, les jeunes herbages poussent et se nourrissent des débris de l'année antérieure. Mais il en est autrement lorsque les produits végétaux sont consommés par les animaux. Ils sont alors introduits dans leur estomac, ils s'y dissolvent ou s'y digèrent, et leurs diverses parties sont absorbées par les vaisseaux destinés à cet usage, pour être charriées vers les parties du corps où leurs services sont nécessaires. Nous n'avons pas à suivre, quant à présent, la matière saline au-delà du sang et des tissus. C'est principalement dans les os que sont déposés l'acide phosphorique et la chaux, sous la forme de phosphate de chaux.

    L'importance du phosphate de chaux pour l'économie animale deviendra manifeste, si nous citons ce fait, qu'ordinairement les os secs laissent pour résidu, après la combustion, la moitié de leur poids, d'une cendre blanche qui consiste, pour la plus grande partie, en phosphate de chaux.

    Mais, ainsi que nous l'avons déjà expliqué, toutes les parties du corps, même les plus solides, accomplissent une série constante de renouvellements. Les os sont soumis à cette loi de changement aussi bien que les parties molles ; et l'acide phosphorique introduit aujourd'hui, au bout de quelques jours est rejeté au dehors, mêlé à d'autres matières de rebut et aux excrétions du corps ; le corps lui-même meurt enfin, et toutes ses parties matérielles retournent immédiatement à la terre d'où il est venu. Là elles subissent, sous l'influence de l'air, une complète disjonction ou décomposition, par suite de laquelle leur matière minérale même arrive à cet état où elle peut, avec avantage, pénétrer dans les racines de nouvelles plantes. Relativement à la révolution qu'accomplit cette matière minérale, il y a d'autres détails minutieux et pleins d'intérêt ; mais nous ne voulons pas mettre à l'épreuve la patience de nos lecteurs en y insistant ici. Les changements généraux que nous avons indiqués se trouvent reproduits succinctement dans le tableau ci-dessous :

                                                                                                        

Absorbé par la Plante : Acide phosphorique, chaux, sel commun et autres tirés du sol.
 Produit :                          Substance complète des plantes.

Absorbé par l'Animal : a. Parties de plantes.           
                                             b. Les os et les tissus, avec l'oxygène enlevé aux poumons.   
Produit :                            Système osseux complet, sang et tissus. Les phosphates et autres sels qui se trouvent dans les excrétions.


Absorbé  par le Sol : Excréments des animaux, plantes et animaux morts.       

Produit :                      L'acide phosphorique, la chaux,  etc., etc.

    « Il peut se faire qu'un investigateur curieux de la terre humaine en recueille assez pour « boucher un trou et se défendre contre le vent. » Mais notre science nous apprend que cette terre n'est pas l'espèce de matière dont est faite l'argile ; et ces usages si grossiers ne sont, après tout, que des manques de respect imaginaires envers nos cendres chéries. Elles ont un autre usage désigné auquel elles ne peuvent échapper, de quelque manière qu'on les traite. La plante est merveilleusement organisée de manière à ne pas se développer sans l'acide phosphorique, etc., qu'elle est forcée de recueillir, pour le fournir à l'animal, à mesure qu'il se développe. Et le sol est si pauvrement pourvu de ces substances, et d'autres indispensables, que la plante et l'animal doivent tous deux rendre infailliblement à la terre, leur mère commune, les matériaux qu'ils lui ont empruntés, lorsque le terme de leur vie est arrivé. C'est ainsi qu'est assurée la circulation constante de la même quantité, relativement faible, de substance minérale, et que l'obligation est imposée à chaque parcelle de se préparer avec zèle à rendre un nouveau service, aussitôt qu'a été accomplie chaque charge imposée primitivement. Comme nous n'avons pas la propriété de nos cendres après la mort, nous ne devons pas avoir pour elles une affection ou un respect insensé ; et assurément nous ne devons pas craindre qu'on puisse jamais les empêcher longtemps de se mêler, sous une forme quelconque, à de nouvelles phases de la vie végétale ou animale (8). »

    La plante et l'animal doivent tous deux, ainsi que nous le voyons ici, restituer infailliblement les matériaux qu'ils ont empruntés à leur mère commune, la terre ; et ce n'est qu'à cette condition que le mouvement peul être augmenté ou même se conserver. La terre, notre puissante mère, ne donne rien, mais elle est disposée à prêter volontiers toute chose, et plus la demande qui lui sera faite sera considérable, plus aussi le sera la quantité fournie, pourvu que l'homme se rappelle qu'il ne fait qu'emprunter à une banque immense, où la ponctualité est exigée aussi rigoureusement que dans les banques d'Amérique, de France, ou d'Angleterre.

     Pour que cette condition puisse être remplie, il faut qu'il y ait association, et la différence est aussi indispensable à l'association dans le monde social que dans le monde matériel. L'individu dont la terre produit du blé n'a pas besoin de s'associer avec son confrère producteur de blé ; le planteur de canne à sucre n'a pas besoin de faire des échanges avec un autre planteur son voisin, non plus que le producteur de laine, d'aller trouver le fermier son confrère, qui a aussi de la laine à lui vendre ; niais tous, et chacun d'eux, trouvent avantage à échanger le travail et ses produits avec le charpentier, le forgeron, le maçon, celui qui met en oeuvre le moulin à scier, le mineur, le fabricant de fourneaux, le fileur, le tisserand et l'imprimeur, tous ayant besoin d'acheter des aliments et de donner en paiement leurs services, ou les diverses denrées qu'ils ont à céder. Là où il y a diversité de travaux, le producteur et le consommateur prennent leur place l'un à côté de l'autre ; un mouvement rapide a lieu parmi les produits du travail, avec un accroissement constant dans la puissance de rembourser à la terre, notre mère, les prêts qu'elle nous fait et d'établir auprès d'elle un crédit pour des prêts futurs plus considérables. Là, au contraire, où il ne se trouve que des fermiers et des planteurs, et où conséquemment il n'y a pas de mouvement dans la société, le producteur et le consommateur sont séparés par un si profond intervalle, que le pouvoir de rembourser les emprunts faits à la vaste banque s'anéantit, et que le mouvement cesse peu à peu parmi les parcelles de la terre elle-même, ainsi que nous le constatons dans tous les pays purement agricoles. La Virginie et les Carolines se sont appliquées constamment à épuiser les éléments de fertilité que le sol contenait primitivement, par suite du défaut de consommateurs et de leur dépendance nécessaire de marchés éloignés ; et c'est ce qui a lieu sur une grande échelle aux États-Unis, et particulièrement dans les États du Sud. Le fermier qui commence son exploitation sur une riche terre de prairie obtient d'abord 40 ou 50 boisseaux de blé par acre, mais la quantité diminue, d'année en année, et tombe finalement à 15 ou 20 boisseaux. Il y a cent ans, les fermiers de New-York recueillaient ordinairement 24 boisseaux de froment, mais la moyenne aujourd'hui n'est guère de plus de moitié, en même temps que le riche état de l'Ohio est déchu au point de ne donner qu'une moyenne de 11 boisseaux ; et à chaque degré de diminution progressive, on voit diminuer la capacité d'association, la puissance du sol pour fournir les moyens d'entretien étant toujours la mesure du pouvoir des individus de vivre en société. Que cet état de choses doive certainement se révéler, lorsque le consommateur et le producteur sont séparés par un immense intervalle, c'est ce qui est clairement démontré dans l'émigration remarquable qui a lieu en ce moment même, de l'état de l'Ohio dont l'établissement n'a guère commencé qu'il y a cinquante ans ; de la Géorgie, qui possède une population de 900 000 citoyens et un territoire capable de nourrir la moitié de l'Union, et de l'Alabama qui, il y a quarante ans, n'était qu'un désert occupé dans sa principale étendue par quelques bandes d'Indiens errants (9).

    « La plante, dit le professeur Johnston, dans l'article auquel nous avons déjà fait de si larges emprunts, est l'esclave de l'animal. L'homme, continue-t-il, placé sur la terre, s'il n'y eut été précédé par la plante, serait un être complètement dépourvu de secours. Il ne pourrait vivre de la terre ou de l'air ; et cependant son corps a besoin d'une quantité constante des éléments que chacun d'eux contient. C'est la plante qui choisit, recueille et réunit ces matériaux indigestes, et en fabrique des aliments pour l'homme et les autres animaux. Et ceux-ci n'apparaissent que pour rendre à leurs esclaves laborieux les matériaux de rebut dont ils ne peuvent plus faire usage, en qu'ils soient soumis à une nouvelle élaboration et deviennent des aliments agréables au goût. Considérée sous cet aspect, la plante semble uniquement l'esclave de l'animal ; et cependant combien cette esclave est dévouée ! Combien elle est belle et intéressante ! Elle travaille sans cesse et pourtant elle s'impose à elle-même sa tâche. Elle se fatigue jusqu'à en mourir ; et cependant elle renaît à un moment précis, aussitôt que le printemps reparaît, jeune, belle et aussi bien disposée que jamais, reprenant avec joie l'oeuvre à laquelle elle est destinée (10). Toutefois elle ne peut agir ainsi qu'à la condition que les matériaux de rebut dont l'homme ne peut plus faire usage, retourneront à leur point de départ. »

    Ces matériaux, ainsi que nous l'avons vu, sont tirés principalement de l'atmosphère ; mais pour qu'ils puissent lui être empruntés, il est indispensable que la terre elle-même contienne les éléments nécessaires pour se combiner avec eux (11). L'atmosphère qui plane aujourd'hui, sur les champs de tabac épuisés de la Virginie, contient les mêmes éléments que celle qui plane sur les plus belles fermes du Massachusetts, de la Belgique ou de l'Angleterre ; et cependant il n'y existe aucune puissance de combinaison, parce que certains autres éléments ont été enlevés et envoyés au dehors, et qu'à défaut de ceux-ci il ne peut y avoir aucun mouvement dans le sol. Pendant que ces éléments existaient dans le pays, les individus pouvaient vivre réunis sur le territoire ; mais avec l'appauvrissement de celui-ci les premiers ont disparu. Pour que la puissance d'association entre les individus s'accroisse, il faut qu'il y ait un échange réciproque constamment croissant, c'est-à-dire mouvement, entre la terre et l'atmosphère ; et cet échange ne peut avoir lieu dans un pays quelconque où n'existe pas la diversité des travaux, et dans lequel, conséquemment, le lieu de consommation étant éloigné du lieu de production, le fermier se borne à la culture unique des produits qui peuvent supporter le transport en des contrées lointaines. Aussi voyons-nous diminuer considérablement la puissance productive de la terre, dans les pays du continent oriental où il n'existe que peu ou point de manufactures, en Irlande, en Portugal, en Turquie, dans l'Inde, etc. Aussi voyons-nous pareillement, avec l'abaissement du chiffre de la population et la diminution du mouvement dans la société, la difficulté de se procurer les substances alimentaires augmenter, en même temps que diminue la quantité d'individus qui ont besoin d'être nourris.

     Les famines sont, aujourd'hui, plus fréquentes dans l'Inde qu'elles ne l'étaient il y a un siècle, à une époque où la population était bien plus nombreuse, et où la combinaison des efforts actifs existait dans toute l'étendue du pays. Si nous portons nos regards sur les siècles passés, nous retrouvons partout des faits de même nature. La vallée de l'Euphrate offrait autrefois aux regards des millions d'individus bien nourris ; mais à mesure qu'ils ont disparu, le mouvement a cessé, et le petit nombre de nomades qui l'occupent aujourd'hui ne se procurent, qu'avec peine, les moyens de soutenir leur existence. Lorsque l'Afrique, formant une province, était largement peuplée, sa population était abondamment nourrie, mais le petit nombre d'individus qui y restent maintenant y périssent faute de nourriture. Il en a été de même, en général, dans l'Attique et en Grèce, dans l'Asie mineure, en Égypte et partout en réalité. L'association, c'est-à-dire la combinaison des moyens d'action, est nécessaire pour permettre à l'homme d'obtenir l'empire sur les diverses forces existantes dans la nature ; et cette combinaison ne peut jamais avoir lieu, si ce n'est lorsque le métier du tisserand et le fuseau prennent leurs places naturelles à côté de la charrue et de la herse. Le consommateur doit se placer près du producteur, pour permettre à l'individu de remplir la condition à laquelle il obtient des prêts de cette vaste banque, la terre, leur mère commune, de remplir, disons-nous, cette simple condition, que lorsqu'il aura consommé le capital qui lui a été fourni, il le restituera au lieu d'où il a été tiré.

     Dans tous les pays où l'on a rempli cette condition, nous voyons un accroissement constant dans le mouvement de la matière destinée à fournir à l'homme ses aliments, et un accroissement également constant dans le nombre des individus qui ont besoin de s'en procurer ; et, pareillement, une amélioration dans la quantité et la qualité des substances alimentaires à répartir entre les membres de cette population croissante. An temps des Plantagenets et des Lancastre, alors que la population de l'Angleterre ne dépassait guère deux millions d'individus, un acre de terre ne donnait guère que six boisseaux de froment, et quelque faible que fût la quantité d'individus à nourrir, les famines étaient fréquentes et cruelles. De nos jours nous voyons dix-huit millions d'individus occupant la même superficie, et se procurant des provisions bien plus considérables d'une nourriture très-supérieure.

     En reportant nos regards vers la France, nous rencontrons des faits exactement semblables. En 1760, la population était de 21 000 000 et la production totale de blé de 94 500 000 hectolitres ; tandis qu'en 1840, la première s'était élevée au chiffre de 34 000 000 et la seconde à 182 516 000 hectolitres, ce qui donne pour chaque individu la quantité de 20 % en plus, dans la dernière période comparée à la première, avec une amélioration considérable dans la qualité du blé lui-même ; et cependant la superficie appropriée à la culture des céréales n'avait guère augmenté. C'est à la même époque qu'on introduisit la culture de la pomme de terre ; et des légumes verts de diverses espèces fournissent aujourd'hui des quantités de substance alimentaire qui, seules, sont elles-mêmes pour les deux tiers aussi considérables que toute la quantité produite il y a 80 ans (12). Le produit total a été triplé à cette époque, tandis que le chiffre des individus à nourrir n'a augmenté que de 60 %. Le paysan français s'acquitte aujourd'hui des dettes qu'il a contractées envers la terre, notre mère commune, en lui restituant l'engrais donné par ses récoltes ; et il devient capable de le faire, par suite de la diversité des travaux ; tandis qu'à une époque plus reculée, lorsque dans ce pays il existait à peine des manufactures, les famines étaient assez fréquentes, et souvent assez désastreuses, pour enlever une large part de cette même population disséminée sur le sol.

     Il en est de même en Belgique, en Allemagne et dans tous les autres pays où la diversité des travaux — la différence — facilite l'oeuvre de l'association ; tandis que le contraire, exactement, s'observe dans tous les pays purement agricoles qui s'occupent constamment à épuiser le sol et à diminuer la puissance d'association, ainsi que nous l'avons constaté d'une façon permanente, dans la Virginie et la Caroline de ce côté de l'Océan, et du côté opposé en Portugal et en Turquie.

     A chaque pas que fait l'homme vers l'accroissement de la puissance d'association, qui résulte d'une augmentation de mouvement parmi les éléments dont se compose sa nourriture, il peut appeler à son aide d'autres forces qu'il emploiera à moudre son blé, et à en transporter le produit au marché ; à transformer ses arbres en planches, à les façonner pour construire des maisons, à convertir sa laine en drap, enfin à transmettre ses messages avec une rapidité qui semble, pour ainsi dire, supprimer le temps et l'espace. A chaque pas qu'il fait, il peut, de plus en plus, économiser ses labeurs personnels et consacrer son temps et son intelligence avec un redoublement d'énergie à la production du blé qu'il faut moudre, des arbres qu'il faut scier, ou de la laine qu'il faut convertir en drap ; et préparer ainsi un accroissement d'association avec ses semblables et une correspondance plus développée avec ceux qui sont éloignés, chaque progrès n'étant que le précurseur d'un progrès nouveau.

     C'est ainsi, qu'avec le développement des forces latentes de la terre, se manifeste une tendance chaque jour croissante vers l'augmentation dans le mouvement de la matière et un perfectionnement dans la forme sous laquelle elle existe ; cette matière passant de la forme inorganique à la forme organique et aboutissant à la plus élevée, c'est-à-dire à l'homme. Plus la matière tend à revêtir cette dernière, plus se développe la puissance d'association, avec la faculté constamment croissante, de la part de l'homme, de diriger les grandes forces de la nature, accompagnée d'un développement également rapide de son individualité, ou du pouvoir de se gouverner lui-même ; développement qui nous est un sûr garant qu'il saura constamment maintenir et augmenter le sentiment de sa responsabilité.

 

 

 


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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE III :

DE L'ACCROISSEMENT DANS LA QUANTITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

    § 4. — Loi de l'augmentation relative, dans l'accroissement de la quantité de l'espèce humaine et de la quantité des subsistances.

   
    Nous trouverons maintenant la loi de l'accroissement relatif de la quantité de l'espèce humaine, et de celle des substances alimentaires et autres denrées nécessaires à son entretien, dans les propositions suivantes :

    — Le mouvement donne la force, et plus le mouvement est rapide, plus est considérable la force obtenue.

     — Avec le mouvement, la matière revêt des formes nouvelles et plus élevées, passant des formes simples du monde inorganique, et à travers les formes complexes du monde végétal, aux formes encore plus complexes du monde animal et aboutissant à l'homme.

    — Plus le mouvement est rapide, plus est grande la tendance aux changements de forme, à l'accroissement de la force, et plus est considérable l'accroissement de puissance dont l'homme peut disposer.

    — Plus les formes sous lesquelles la matière existe sont simples, moins est énergique la résistance à la gravitation ; plus est grande la tendance à la centralisation, moins il y a de mouvement et moins il y a de force.

    — Plus la forme est complexe, plus le pouvoir de résistance à la gravitation devient considérable ; plus la tendance à la décentralisation devient grande, plus il y a de mouvement et plus il y a de force.

     — A chaque nouvel accroissement de puissance d'une part, il y a, d'autre part, diminution de résistance. Plus il y a de mouvement produit, plus il doit y avoir, conséquemment, de tendance à une nouvelle augmentation de mouvement et de force.

    — La forme la plus complexe et la plus excellement organisée sous laquelle la matière existe est celle de l'homme ; c'est là seulement que nous trouvons cette faculté de direction nécessaire pour produire une augmentation de mouvement et de force.

    —  — Partout où existe surtout l'homme nous trouverons donc la tendance la plus considérable à la décentralisation de la matière, c'est-à-dire à l'accroissement de mouvement, à de nouveaux changements de forme, et à ce développement de plus en plus élevé, qui d'abord se manifeste dans le monde végétal, et aboutit à la production de nouvelles quantités d'individus humains.

     — A chaque nouvel accroissement dans la proportion suivant laquelle la matière a revêtu la forme d'homme, nous trouverons, par suite, un accroissement dans le pouvoir de celui-ci, de guider et diriger les forces destinées à son usage avec un mouvement qui s'accélère constamment, et des changements de forme constamment plus rapides, et un accroissement constant dans son pouvoir d'avoir à sa disposition les substances alimentaires et les vêtements nécessaires à son entretien.

     Que dans le monde matériel la résistance à la gravitation soit en raison directe de l'organisme, c'est ce qui sera évident pour le lecteur, après un moment de réflexion. La matière inorganique se développant sous l'influence de la chaleur, le plus léger abaissement de température suffit pour la condenser de nouveau et la faire retomber en pluie. Dans le monde organique, on trouve les formes les plus humbles de la vie végétale dans les petites plantes qui chaque année retournent à la poussière d'où elles sont venues ; tandis qu'on trouve les formes les plus élevées dans le chêne, qui pendant plusieurs siècles étend ses rameaux en défiant l'effort des vents, donne, chaque année, des feuilles, des fleurs et des fruits, malgré la force de gravitation. Dans le monde animal, ce sont les mollusques, les insectes corallifères et les polypes, placés au dernier échelon des êtres organisés, qui sont le plus subordonnés à l'empire des forces qui les enchaînent à la terre. Mais cette subordination diminue à mesure que nous nous élevons jusqu'au cheval, jusqu'à l'abeille et à l'oiseau. Arrivés à l'homme, nous le trouvons se créant une demeure sur les eaux vives, ou à son gré pénétrant dans les profondeurs de l'Océan ; tantôt faisant sur un navire le tour du globe, et tantôt se préparant des machines à l'aide desquelles il peut descendre au sein de l'immense abîme ; et non-seulement en remonter, mais en rapporter, contrairement aux lois de la gravitation, les matières inorganiques qui conviennent à ses besoins.

    Il en est de même à l'égard des races humaines. Plus elles sont abaissées par rapport à leur condition morale et physique, plus elles sont soumises aux forces centralisatrices, et c'est pourquoi, dans les premiers âges de la société, lorsque ces races n'exercent qu'un faible pouvoir sur la nature, nous voyons qu'il a été si facile aux Attila et aux Alaric de réunir des millions d'individus, pour piller et massacrer ceux qui avaient le bonheur d'être mieux pourvus qu'eux-mêmes des biens terrestres. C'est pourquoi encore nous voyons les grandes villes du globe exercer une force d'attraction si puissante sur les individus qui ont des dispositions perverses, et sur ceux qui vivent plus volontiers de rapine que d'une honnête industrie.

     Le rapport direct entre le mouvement, la force et la fonction, que nous avons affirmé plus haut, en ce qui concerne tous les êtres organisés, est pleinement démontré dans la vie individuelle de l'homme. De sa naissance à son âge viril, ses fonctions vitales, c'est-à-dire la digestion, la circulation et l'assimilation, s'accomplissant avec rapidité et énergie, triomphent, en grande partie, des lois physiques et chimiques qui sont en antagonisme direct avec la vitalité ; « et c'est ainsi qu'elles donnent lieu à la croissance du corps» jusqu'au moment où le terme du développement est atteint. La circulation, échange des relations réciproques de son système, qui représente toutes les forces actives mises en jeu par l'assimilation, parcourt l'intervalle de 130 pulsations par minute à 60 dans l'âge de déclin. L'histoire de sa jeunesse forme une série de triomphes sur la résistance que lui opposent les influences environnantes, jusqu'au jour où il atteint sa grande climatérique ; et dans toute la marche accomplie pour s'émanciper de l'empire des forces opposées de la nature, la rapidité du mouvement à l'intérieur de son organisme est la mesure et l'exposant de la somme de pouvoir, de vie et de liberté qui lui sont propres. Lorsqu'un des plateaux de la balance commence à baisser, lorsque le mouvement et la sensibilité, sa compagne inséparable, commencent à s'affaiblir, lorsque la transformation opérée par la digestion et le commerce de la circulation et l'assimilation, résultat de la nutrition, commencent à diminuer de force et de rapidité, l'homme aussi commence à mourir. A partir de ce moment, la balance du pouvoir qui lui est opposé s'augmente constamment, en même temps que la résistance de son organisme vital, perd aussi constamment le mouvement et la force, jusqu'au jour où, finalement, son corps est forcé d'obéir aux lois de décomposition et de gravitation.

     Dans le monde matériel, le mouvement parmi les atomes de la matière est une conséquence de la chaleur physique. Ce mouvement est donc le plus considérable sous l'équateur, et diminue jusqu'à ce qu'en nous approchant des pôles nous atteignions la région de centralisation et de mort physique.

     Dans le monde moral, le mouvement est une conséquence de la chaleur sociale, le mouvement consistant, ainsi que nous l'avons déjà démontré, dans un échange de rapports résultant de l'existence des différences qui développent la vie sociale. Le mouvement le plus considérable a lieu dans les agglomérations sociales où se trouvent heureusement combinés l'agriculture, l'industrie et le commerce ; et dans lesquelles, conséquemment, la société jouit de l'organisation la plus élevée. Il diminue à mesure que nous approchons des États despotiques et en décadence de l'Orient, régions de centralisation et de mort sociale. Il s'accroît à mesure que nous quittons les États purement agricoles du sud pour les contrées d'une industrie plus diversifiée dans les États du nord et de l'est ; et là, conséquemment, nous trouvons la décentralisation et la vie.

     Dans le monde matériel aussi bien que dans le monde moral, la centralisation, l'esclavage et la mort sont des compagnons inséparables.

 

 

 

 

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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE III :

DE L'ACCROISSEMENT DANS LA QUANTITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

    § 5. — Loi de Malthus sur la population. Elle enseigne, qu'en même temps que la tendance de la matière à revêtir les formes les plus humbles n'augmente que dans une proportion arithmétique, on constate que cette même tendance, lorsqu'elle cherche à atteindre la forme la plus élevée, n'existe que dans une proportion géométrique.

   
    La manière d'envisager les faits que nous venons de présenter diffère complètement de celle qui est admise aujourd'hui généralement, et connue sous le nom de loi de la population de Malthus, loi qui peut se formuler brièvement dans les termes suivants : la population tend à s'accroître dans une proportion géométrique, tandis que la quantité de subsistances ne peut s'accroître que dans une proportion arithmétique. La première, conséquemment, dépasse perpétuellement la seconde ; et de là vient que l'on voit partout se produire la maladie de l'excès de population avec ses compagnes ordinaires, la pauvreté, la misère et la mort ; maladie qui exige comme remèdes, d'une part, les guerres, les pestes et les famines, et de l’autre l'exercice de la contrainte morale qui engagera les individus des deux sexes à s'abstenir du mariage, et à éviter ainsi le danger résultant d'une nouvelle augmentation dans le nombre des individus à nourrir. Si l'on réduit cette théorie à des propositions distinctes, on peut alors la formuler comme il suit :

    1° La matière tend à se revêtir de formes de plus en plus élevées, passant des formes simples de la vie inorganique aux formes complexes et magnifiques de la vie végétale et animale, et finalement aboutissant à l'homme ;

    2° Cette tendance existe à un faible degré en ce qui concerne les formes les plus humbles de la vie, la matière ne tendant à prendre, que dans une proportion arithmétique, les formes de pommes de terre, de navets et de choux, de harengs et d'huîtres ;

    3° Lorsque, cependant, nous atteignons la forme la plus élevée qué la matière soit susceptible de revêtir, nous trouvons que la tendance à prendre cette forme augmente dans une proportion géométrique ; comme conséquence de ce fait, tandis que l'homme tend à croître en nombre dans la proportion des chiffres 1, 2, 4, 8, 16 et 32, les pommes de terre et les choux, les pois et les navets, les harengs et les huîtres n'augmentent que dans la proportion de 1, 2, 3 et 4 ; d'où découle ce résultat, que la forme la plus élevée dépasse perpétuellement les formes inférieures, et engendre la maladie de l'excès de population.

    Si de pareils faits étaient affirmés relativement à toute autre chose que l'homme, on les regarderait comme absurdes au plus haut degré, et l'on exigerait que les individus qui les avancent expliquassent comment on aurait ainsi mis à l'écart une loi universelle. Partout ailleurs l'augmentation dans la quantité est en raison inverse du développement. Il faut des quantités innombrables de petits insectes corallifères pour élever des îles destinées à des animaux et à des individus humains qui se comptent par milliers et par millions. Il faut des milliers d'individus de la Clio Borâlis pour fournir une bouchée à l'énorme baleine. La lignée d'un couple de carpes pourrait, nous dit-on, en une seule décade, croître jusqu'au chiffre de plusieurs millions. D'innombrables fougères préparent le sol, pour un seul chêne ; et les petits nés d'une seule paire de lapins compteraient par millions au bout d'une vingtaine d'années, tandis qu'il n'en naîtrait pas une douzaine d'un couple d'éléphants. Et lorsque nous atteignons la forme la plus élevée que la matière puisse revêtir, nous apprenons qu'il existe une loi nouvelle et supérieure, en vertu de laquelle la population humaine s'accroît dans une proportion géométrique, tandis que la multiplication des harengs, des lapins, des pommes de terre, des navets, et de toutes les autres denrées nécessaires à son usage, n'a lieu que dans une proportion arithmétique ! Telle est la loi extraordinaire proposée par Malthus, applicable au seul être auquel a été inculqué le désir de l'association, comme nécessaire pour concorder avec la condition unique de son existence ; au seul être auquel a été départie une variété infinie de facultés qui le rendent apte à s'associer avec ses semblables, facultés qui, pour se développer, exigent l'association ; au seul être également qui, ayant été doué du pouvoir de distinguer le bien du mal, et devenu ainsi responsable de ses actions, aurait pu demander, avec raison, d'être affranchi d'une loi qui exigeait de lui le choix entre le renoncement à cette espèce d'association, qui, de toutes est la plus propre à l'amélioration de son intelligence et de son coeur, et la nécessité de mourir de faim. Telle est, cependant, suivant les doctrines généralement admises de l'économie politique moderne, la loi de la population instituée par un Créateur qui n'est que sagesse, puissance et bonté, à l'égard de la créature faite à son image et douée du pouvoir de commander à toutes les forces de la nature et de les appliquer à son usage ; et quelque étrange que cela paraisse, aucune proposition soumise à l'examen n'a exercé, on n'exerce aujourd'hui, une influence aussi considérable sur les destinées de la race humaine. Il faut l'attribuer en partie à ce que cette loi s'est corroborée par une autre, en vertu de laquelle on suppose que partout l'homme a commencé l'oeuvre de culture sur des terrains riches, nécessairement ceux des marais et des rivières, en recueillant pour son travail un large profit ; et qu'il s'est trouvé forcé, à mesure que la population et la richesse se sont développées, de s'adresser à des terrains moins riches, ne recueillant en retour de tous ses efforts qu'un profit constamment moindre ; théorie qui, si elle était vraie, établirait pleinement l'exactitude de celle de Malthus. Quels sont ses titres à être admise comme telle, c'est ce que nous allons faire voir maintenant.

   

 

 

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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE III :

DE L'ACCROISSEMENT DANS LA QUANTITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

Notes de bas de page

 

 

Manuel d'économie politique, par E. Peshine Smith, traduit de l'anglais par Camille BAQUET. Paris, Guillaumin, 1854, in-18, p. 17-19.              Retour

2  A tout moment donné la plante est la ruine du passé, et toutefois en même temps, le germe de l'avenir qui se développe virtuellement et réellement, et de plus elle semble être également un produit parfait, complet et accompli de tout point quant au présent. (SCHLEIDEN, La Plante, p. 90).              Retour

3  "On a fait sécher dans un four 200 livres de terre et on les a mises ensuite dans un vase de fayence. La terre a été arrosée avec de l'eau de pluie et on y a planté un saule pesant cinq livres. Pendant cinq ans la terre a été arrosée soigneusement avec de l'eau de pluie ou de l'eau pure ; le saule s'est développé et a fleuri, et pour empêcher la terre (du vase) de se mêler à une terre nouvelle, ou à la poussière que le vent aurait pu chasser vers l'arbuste, on l'a couvert d'une plaque métallique percée d'un grand nombre de petits trous disposés de manière à ne laisser pénétrer librement que l'air seul. Après l'avoir laissé croître à l'air pendant cinq ans, on a retiré l'arbre et l'on a constaté qu'il pesait 169 livres 3 onces ; les feuilles qui tombaient de celui-ci, chaque automne, n'étaient point comprises dans ce poids. On a alors retiré la terre du vase, on l'a fait sécher de nouveau dans le four et elle a été pesée ensuite. On a découvert alors qu'elle n'avait perdu que deux onces sur son poids primitif. Il y avait donc eu certainement production de 164 livres de fibre ligneuse, d'écorce et de racines, mais quelle était la source de cette production ? On découvrit que finalement l'air était la source de l'élément solide. Cette assertion peut paraître incroyable au premier coup-d'oeil, mais avec un peu de réflexion la vérité en devient évidente, parce que l'atmosphère contient de l'acide carbonique, qui se compose en poids de 714 parties d'oxygène et de 338 parties de carbone." (Peshine Smith, Manuel d'Économie politique, trad. par Camille BAQUET, p. 19-26).              Retour

4  JOHNSTON, Blackwood Magazine. Mai 1853.              Retour

5  Considérez, par exemple, la surface d'un bloc de granit récemment exposé au sommet du Brocken, nous y constatons que la végétation s'y développe promptement sous la forme d'une petite plante délicate qui, pour être reconnue, exige peut-être l'aide du microscope ; cette plante est nourrie par la petite quantité d'eau de l'atmosphère imprégnée d'acide carbonique et d'ammoniaque. La pierre à violette, c'est le nom qu'on lui donne, présente une couche écarlate pulvérulente sur la pierre nue, laquelle, à cause de l'odeur particulière de violette qu'elle exhale par le frottement, est devenue une curiosité recherchée avec des soins persévérants par le pensif voyageur du Broken. Par suite de la décomposition graduelle de cette petite plante, il se forme, peu à peu, une très-mince couche d'humus, suffisante alors pour soustraire à l'air atmosphérique l'alimentation nécessaire à quelques grands lichens d'un brun noirâtre. Ces lichens, qui recouvrent de l'épaisseur de leur masse les monceaux de terre aux alentours des puits de mines de Fahlun et de Dannemora, en Suède, et qui, par leur couleur sombre dont le reflet se répand sur tout le voisinage, donnent à ces puits et à ces abîmes l'aspect des sinistres abîmes de la mort, ont été appelés avec raison, par les botanistes, lichens de Fahlun ou lichens du Styx. Mais ce ne sont pas des messagers de mort, leur décomposition prépare le sol pour la charmante petite mousse alpine, dont la destruction est bientôt suivie de l'apparition de mousses plus vertes et d'une plus belle végétation ; Jusqu'au moment où il s'est formé un sol suffisant pour y faire croître l'airelle-myrtille, le genévrier et finalement le pin. C'est ainsi qu'avec un point de départ insignifiant une couche toujours plus épaisse d'humus se développe sur le rocher nu, et qu'une végétation continuellement plus vigoureuse et plus féconde s'établit, non pour être nourrie par cet humus, qui augmente au lieu de diminuer avec la décomposition de chaque génération, mais pour tirer sa nourriture de l'atmosphère, grâce à ce moyen. (SCHLEIDEN, La Plante, p. 162.)              Retour

Manuel d'économie politique de Peshine Smith, trad. par Camille BAQUET, p. 38-43. Paris, Guillaumin, 1854, in-18.              Retour

Blackwood's Magazine, mai 1853.              Retour

Blackwood's Magazine. Mai 1853.              Retour

9  Il est vrai que les épines et les chardons, plantes disgracieuses et vénéneuses, auxquelles les botanistes ont donné avec raison le nom de plantes des ruines, marquent sur la terre la route que l'homme a traversée avec orgueil. Devant lui s'offrait la nature primitive, dans sa beauté sauvage mais sublime. Derrière lui il laisse le désert, une terre méconnaissable et dévastée ; car le puéril désir de la destruction, ou le gaspillage insensé des trésors de la végétation, a fait disparaître le caractère de la nature, l'homme lui-même fuit épouvanté le théâtre de ses actes, abandonnant le sol appauvri aux races barbares ou aux animaux, aussi longtemps que lui sourit encore un autre lieu dans sa beauté virginale. Là, de nouveau pressé par le désir égoïste de son profit personnel, et suivant, sciemment ou à son insu, l'abominable principe d'une si grande abjection morale, exprimé par un être humain : Après nous le déluge, il recommence l'oeuvre de destruction. C'est ainsi que la culture a été chassée de l'Orient, et c'est là peut-être l'origine de CRS déserts dépouillés de leurs ombrages d'autrefois ; semblable aux hordes qui jadis fondirent sur la belle Grèce, c'est ainsi que le torrent de la conquête se précipite avec une effrayante rapidité, de l'est à l'ouest à travers l'Amérique, et que le planteur d'aujourd'hui abandonne la terre déjà épuisée et le climat de l'est, devenu infécond par suite de la destruction des forêts, pour introduire une révolution semblable dans les parties les plus reculées de l'ouest. (SCHLEIDEN, La Plante, p. 306.)              Retour

10  Blakwood's Magazine.              Retour

11  Tous les principes constituants nitrogènes des plantes dont nous faisons usage comme aliments ne consistent, il est vrai, qu'en carbone, hydrogène, oxygène et azote. Mais la présence de ces substances seules n'offre pas le moindre secours à la plante. Elle ne peut former par elles un grain d'albumine ou de gluten, si elle ne contient en même temps, et dans des conditions relatives convenables, des sels à base d'acide phosphorique. L'amidon si utile, le sucre si doux au palais, l'acide citrique si rafraîchissant, l'huile essentielle et aromatique qu'on extrait des oranges, sont, à la vérité, composées uniquement de carbone, d'oxygène et d'hydrogène ; mais la plante ne peut préparer ces dons pour nous, quelqu'abondants que puissent être ces éléments, si elle ne possède aussi des sels alcalins. La mince tige du froment ne pourrait s'élever ni ses grains mûrir aux regards du soleil, si le sol ne lui fournissait la silice, qui donne à ses cellules la solidité nécessaire pour lui permettre de se tenir debout. (SCHLEIDEN, La Plante, p. 206.)
La conclusion est donc simple : C'est, qu'à l'avenir, nous ne devons jamais cultiver la pomme de terre comme première récolte, ainsi qu'on l'a fait généralement jusqu'à ce jour dans la plus grande partie de l'Europe ; mais que nous devons commencer par le seigle et laisser la pomme de terre venir à la suite, ou ce qui vaut peut-être mieux encore, au bout de deux ans, après le trèfle commun, si nous voulons récolter un produit sain et nous débarrasser, à l'avenir, du fléau que nous avons subi tout récemment. Ce sera désormais une vérité fondamentale solidement établie : Que la matière nutritive empruntée au sol, par la plante elle-même, se compose essentiellement et uniquement des éléments inorganiques de celui-ci ; et que ces mêmes éléments, et non les substances organiques, constituent la richesse propre d'un sol. (Ibid., p. 181.)              Retour

12  Les faits sont constatés ainsi qu'il suit par M. Moreau de Jonnès, dans sa Statistique de l'Agriculture de France :

                                                             1760                1840
Froment                                             150 litres.       208 litres.
Céréales de qualité inférieure     300                   333
Pommes de terre, et autres
légumes et herbages                          -                     291

    TOTAL par tête. . . .                     450                  832              Retour


 

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