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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

  

    § 7. — Valeur insignifiante des droits privés, sur le territoire Indien.


    Le revenu foncier brut, obtenu d'un pays ayant une superficie de 491 448 milles carrés, soit plus de 300 millions d'acres, est de 151 786 743 roupies, ce qui équivaut à 15 millions de liv. sterl., ou 72 millions de dollars (32). Ce qu'est la valeur des droits particuliers de propriété, soumis au paiement de cette taxe, ou rente, on peut en juger par les faits suivants. En 1848-49, on vendit pour payer les taxes dans la partie du pays soumise à un bail fixe, 1 169 domaines, pour une somme un peu moindre que l'achat pour quatre ans de la taxe. Plus au sud dans le gouvernement de Madras, où le règlement relatif aux ryots est en pleine activité, la terre « se vendait volontiers pour des balances de rente ; mais généralement elle ne se vend pas, nous dit-on, et par une excellente raison, c'est que personne ne l'achèterait. » Les droits particuliers sur la terre n'ayant aucune valeur quelconque, « le collecteur de Salem, à ce que nous apprend M. Campbell, rapporte naïvement divers moyens non autorisés pour stimuler le retardataire (moyens auxquels ont eu rarement recours les chefs de villages), tels que les suivants : placer ledit retardataire en face du soleil, l'obliger à se tenir sur une seule jambe, ou à s'asseoir en tenant sa tète serrée entre ses genoux (33). »

    Dans les provinces du Nord-Ouest, « la convention pour une somme fixe, » ainsi que notre auteur l'établit, a certainement réussi à donner une valeur solide de marché à la propriété foncière, c'est-à-dire qu'elle se vend à peu près pour le prix d'achat de quatre années sur le revenu (34). En se dirigeant encore plus vers le Nord, dans les provinces nouvellement acquises, nous trouvons une grande industrie ; « toute chose étant mise à profit, » l'établissement de l'impôt, pour lequel la Compagnie succéda, après la déposition des successeurs de Runjeet Sing, est devenu plus facile et la terre a acquis plus de valeur. La valeur de la terre, ainsi que celle du travail, augmente donc, à mesure que nous quittons les anciens établissements pour les nouveaux ; ce qui est précisément le contraire de ce qui arriverait, si le système avait pour but l'extension du commerce ; et ce qui devait être précisément recherché dans un pays où le commerce était sacrifié au trafic.

    Avec les données ainsi obtenues, nous pouvons maintenant déterminer, avec une exactitude peut-être assez complète, la valeur dans l'Inde de tous les droits privés sur la terre. Dans aucun cas, celle qui est sujette à l'impôt ne paraît valoir plus que le prix d'acquisition pendant quatre années ; tandis que dans une portion très-considérable du pays, elle semble n'avoir absolument aucune valeur. Cependant comme il existe quelques terrains libres d'impôts, il est possible que la totalité puisse valoir le prix d'achat de quatre ans, ce qui donne deux cent quatre-vingt-huit millions de dollars, ou soixante millions de liv. sterl. comme valeur de tous les droits sur la terre, acquis par la population de l'Inde pendant les milliers d'années que cette terre a été soumise à la culture. Le petit nombre d'individus qui ont occupé l'État peu étendu et sablonneux de New-Jersey, dont la superficie est de 6 900 milles carrés, ont acquis des droits, dans et sur la terre, évalués d'après leur soumission aux droits du gouvernement, à 150 millions de dollars, et ceux de quelques individus qui ont occupé la petite île ou s'élève la ville de New-York se vendraient pour une somme égale à celle que l'on pourrait obtenir pour tous les droits de propriété territoriale, dans l'Inde, qui contient trois cent millions d'acres et quatre-vingt-seize millions d'habitants !

 

 

 


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  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

  

    § 8. — L'Inde était un pays qui acquittait des impôts, sous ses princes indigènes. Sa situation a constamment empiré, sous l'influence d'un système qui a pour but d'augmenter le besoin des services du trafiquant et du voiturier.


    « Sous les princes indigènes, dit M. Campbell, l'Inde était un pays acquittant des impôts. » Sous la domination de maîtres absents, elle a cessé de l'être, et par le motif que sous cette même domination, tout pouvoir d'associer ses efforts a été annihilé, à l'aide du système qui tend à contraindre la population tout entière, hommes, femmes et enfants à travailler dans les champs ; produisant des denrées qui doivent être exportées à l'état brut. Chaque acte d'association étant un acte de commerce, tout ce qui tend à anéantir la première doit anéantir la seconde. Le commerce intérieur de l'Inde décline constamment et le commerce extérieur ne s'élève qu'à 50 cents par tête ; et aucun effort ne pourrait l'accroître à aucun degré. Cuba exportant, dans la proportion considérable de vingt-cinq dollars par tête, — soit environ cinquante fois autant que l'Inde,— demande à l'Angleterre une quantité quadruple de tissus de coton, et elle agit ainsi, parce qu'il entre dans la politique de l'Espagne de former une combinaison d'efforts actifs, et de permettre au colon et à l'artisan de travailler d'un commun accord ; tandis que le système de l'Angleterre tend à détruire partout la puissance d'association, et de cette manière à anéantir le commerce intérieur sur lequel, uniquement, peut se fonder le commerce avec l'étranger. La centralisation est ennemie du commerce et de la liberté de l'homme. L'Espagne ne cherche pas à établir la centralisation pourvu qu'elle reçoive un certain revenu, elle se borne à laisser ses sujets travailler à produire le sucre, ou à confectionner des tissus, et c'est en suivant cette marche qu'elle peut se procurer l'assistance dont elle a besoin.

    Les habitants de la Jamaïque n'ayant jamais eu la permission d'appliquer leur travail de réserve même à raffiner le sucre, sont obligés de l'exporter à son état le plus grossier ; et plus ils en expédient, plus le prix est bas et plus est considérable la proportion prélevée par le gouvernement ; mais le malheureux nègre est ruiné. L'Espagne, au contraire, permet aux habitants de l'île de Cuba de s'appliquer à toute occupation qui leur paraît devoir fournir une rémunération à leur travail et à leur capital, et, comme conséquence nécessaire de ce fait, les bourgs et les villes s'accroissent ; et le capital se porte vers la terre qui, de jour en jour, acquiert plus de valeur. La faculté d'avoir recours à d'autres modes de travail diminue la nécessité d'exporter le sucre ; et lorsqu'il est exporté en Espagne, le producteur peut prélever à son profit personnel presque la totalité du prix payé par le consommateur, le gouvernement ne réclamant qu'un droit de quinze pour cent.

    «  Des masses immenses d'individus se corrompant dans une inaction forcée encombrent le sol de l'Inde (35), » parce que la porte de l'atelier est interdite à l'Indou, ainsi qu'au nègre de la Jamaïque. S'il tente de convertir son coton en fil, son fuseau est taxé proportionnellement à tout le bénéfice qu'il pourrait lui procurer ; s'il tente de faire de la toile, son métier à tisser est soumis à une lourde taxe, dont est affranchi son riche concurrent Anglais. Son fer et sa houille doivent rester au sein de la terre, et s'il ose même recueillir le sel qui se forme en cristaux sur le seuil de sa demeure, l'amende et la prison sont la récompense de son travail. Il doit produire le sucre pour être exporté en Angleterre, et y être échangé peut-être contre du sel anglais. L'ouvrier paye le sucre arrivé dans ce pays probablement à raison de 40 schell. le quintal, sur lesquels le gouvernement réclame un tiers, l'armateur, le négociant, etc., un autre tiers, et le tiers restant doit être partagé entre les agents de la compagnie, qui veut percevor l'impôt et le pauvre ryot, qui veut se procurer le peu de sel qu'il consommera pour assaisonner son riz, et quelques lambeaux du coton de son voisin, sous la forme de tissu anglais, pour couvrir ses reins.

    Le fer, grâce auquel la population pouvait améliorer ses procédés de culture et d'industrie, a peu de tendance à se porter vers l'Inde ; la moyenne de l'importation dans ce pays, en 1845 et 1846, n'a été que de 13 000 tonneaux, représentant une valeur de 160 000 liv. sterl., soit environ la valeur de 2 pence par cinq individus. On s'efforce aujourd'hui de construire des chemins de fer ; mais l'objet qu'on se propose en cette circonstance, c'est de continuer le système de centralisation et de détruire encore plus efficacement la puissance d'association ; en effet, on cherche ainsi à anéantir ce qui reste encore de l'industrie manufacturière indigène, et de cette façon à faire baisser le prix du coton. Malgré toutes les améliorations apportées dans le transport de cette denrée, le malheureux cultivateur qui la produit, obtient en échange moins qu'il y a trente ans ; et le résultat d'un nouveau progrès ne peut être que d'amener une réduction encore plus considérable, et de rendre encore plus déplorable la condition des individus qui produisent les subsistances et le coton. Jusqu'à présent, la faculté d'association continue à subsister dans le Punjab ; mais comme on se propose d'y tenir de grandes foires pour la vente des produits des manufactures anglaises, le jour ne peut être éloigné où la situation des nouvelles provinces deviendra semblable à celle des anciennes, aucun effort n'étant épargné pour mettre en oeuvre le système qui a pour but de confiner toute la population dans les travaux agricoles et de la forcer à épuiser son sol. Il est nécessaire, dit M. Chapman, le grand avocat des chemins de fer dans l'Inde, que la relation « entre le producteur Indien et le filateur Anglais » devienne plus intime « et plus l'Anglais deviendra capable de dépasser la demande à l'intérieur, plus l'agriculteur indigène sentira fortement que son succès personnel dépend de ce fait, d'assurer et d'améliorer ses relations avec l'Angleterre, » c'est-à-dire plus le commerce peut être anéanti, et plus on peut empêcher les indigènes d'associer leurs efforts, plus augmentera, suivant l'opinion de M. Chapman, la prospérité de l'Inde. La centralisation a appauvri et dépeuplé, dans une proportion considérable, ce pays. Mais son oeuvre n'est pas cependant achevée. Il reste encore à réduire la population du Punjab, de l'Afghanistan et du pays des Birmans à la même condition que la population du Bengale.

    Qu'il y ait dans toute l'étendue de l'Inde, une diminution constante dans la puissance d'association, le développement de l'individualité, le sentiment de la responsabilité et la capacité pour le progrès, c'est ce que personne ne peut mettre en doute en étudiant avec soin les ouvrages qui traitent de ce pays. MM. Thompson, Bright, etc., font peser sur la Compagnie la responsabilité de tous ces faits ; mais en lisant les ouvrages de MM. Campbell et Sleeman, on ne peut hésiter à croire que sa direction est animée maintenant du désir sérieux d'améliorer le sort de ses infortunés sujets. Malheureusement, la Compagnie se trouve à peu près dans la position des propriétaires de terres de la Jamaïque, et elle est elle-même sur le penchant de sa ruine parce que ses sujets sont forcés de se borner à l'agriculture, et qu'ils reçoivent une portion bien faible sur la valeur de leur insignifiante quantité de produits. Aujourd'hui, comme au temps de Joshua Gee, la portion la plus considérable reste en Angleterre, dont la population consomme le sucre à bon marché, tandis que celui qui le produit meurt de faim dans l'Inde. On obtient le sucre et le coton à bon marché, en sacrifiant les intérêts d'une grande nation ; et tant que la politique de l'Angleterre continuera à parquer toute la population de l'Inde dans les travaux des champs, le sol continuera nécessairement à s'appauvrir, la puissance d'association continuera à décliner, et le gouvernement devra de plus en plus dépendre du pouvoir d'empoisonner le peuple chinois ; et conséquemment, il arrivera, que de quelques bonnes dispositions que soient animées les personnes chargées de remplir les fonctions gouvernementales, elles doivent se trouver de plus en plus forcées d'écraser le pauvre ryot, dans l'espoir de recueillir l'impôt.

 

 

 


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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

  

    § 9. — Causes de la décadence de l'Inde.


    Un éminent économiste anglais apprend à ses lecteurs que malgré « l'extrême bon marché du travail dans l'Inde et la perfection à laquelle sont arrivés depuis longtemps les indigènes, le génie merveilleux de nos mécaniciens, l'admirable dextérité de nos ouvriers, et notre immense capital ont contrebalancé, et bien au-delà, la prime en apparence insurmontable des salaires élevés et ont permis à nos manufacturiers de renverser tout obstacle, et de triompher du travail à meilleur marché, des matières premières à portée des producteurs et de l'industrie traditionnelle des Hindous ; et que, par suite, la fabrication indigène a reçu une atteinte dont il n'est pas probable qu'elle se relève jamais (36). »

    « De Smyrne à Canton, de Madras à Samarcande, dit ailleurs le même écrivain, nous supplantons les producteurs indigènes, » et, conséquemment, nous annihilons cette puissance d'association qui permet à l'homme de commander les services de la nature et de passer de l'état d'esclavage à l'état de liberté.

    Le capital augmente toujours à mesure que le salaire devient plus élevé, et diminue à mesure que le salaire baisse. Le salaire hausse toujours en même temps que diminue la nécessité d'effectuer des changements de lieu, et baisse toujours à mesure que celle-ci augmente. Les mesures auxquelles on a eu recours pour détruire les manufactures de l'Inde, avaient pour but d'accroître cette nécessité de la part de l'Indien producteur de subsistances et de coton, et de lui infliger un impôt plus dur que tout autre qu'on eût pu inventer, et de le diminuer de la part du producteur de subsistances anglais, et de l'affranchir ainsi de l'impôt auquel il avait été soumis antérieurement ; et l'on peut constater le résultat de cet état de choses par la hausse du salaire et l'accumulation rapide du capital chez le dernier, aussi bien que par la baisse du salaire et la disparition du capital chez le premier. Lors donc que M. Mac Culloch, en énumérant ainsi les causes du changement qui a eu lieu, omet d'ajouter cette autre cause, l'exercice de la puissance par les forts à l'égard des faibles, de la puissance des trafiquants associés sur les individus disséminés qui veulent entretenir le commerce, il passe sous silence le plus important de tous les éléments du calcul. L'Hindou était aussi capable que l'Anglais d'appliquer les machines d'Arkwright, et si le peuple d'Angleterre et celui de l'Inde n'eussent formé qu'un seul peuple, si leurs droits eussent été considérés comme égaux, ces machines seraient arrivées jusqu'aux champs de coton de l'Inde, permettant aux membres de sa population de s'associer encore plus étroitement, de combiner plus intimement leurs opérations, de développer d'une façon plus complète, leurs facultés individuelles, et d'entretenir encore sur une plus grande échelle le commerce intérieur et extérieur. Sous l'empire de pareilles circonstances, l'Inde aujourd'hui présenterait le spectacle de la plus haute prospérité ; à sa place, nous ne rencontrons qu'une série constante, de famines et d'épidémies, accompagnées de l'amoindrissement de l'individualité et de la liberté ; amenant nécessairement à sa suite une succession constante de guerres, en vue d'acquérir de nouveaux territoires, pour y trafiquer, et la faculté constamment croissante de percevoir l'impôt qui doit entretenir le jeu de la machine gouvernementale (37).

    L'histoire du monde n'est que le récit des efforts de quelques individus, qui avaient la force en main, pour restreindre le développement de la puissance d'association, empêcher l'organisation de la société, intervenir dans l'entretien du commerce, retarder la conquête de cet empire sur la nature qui constitue la richesse, et asservir ainsi une minorité faible. Chacune de ces pages offre la preuve du caractère instable de toute prospérité obtenue à l'aide de mesures qui violent cette loi si importante, cette loi fondamentale du christianisme, exigeant que nous respections les droits d'autrui comme nous voudrions qu'ils respectassent les nôtres ; mais aucune page ne nous offre une leçon plus instructive que celle où se trouvent consignés l'anéantissement du commerce dans l'Inde, et le développement en Angleterre de ce paupérisme qui a donné naissance à la doctrine de l'excès de population. Tous deux se sont accrus et doivent décroître ensemble, les mesures nécessaires pour soulager les Hindous étant exactement celles qui le sont aussi pour extirper len paupérisme parmi les Anglais.

 

 

 

 

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  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

  

Notes de bas de page

 

 

1  GREIG. Histoire de l'Inde britannique, t. I, p. 46.           Retour

2  Fragments historiques, Londres, 1805, p. 409.
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3  « Le pays fut transformé en solitude par le fer et le feu, et cette terre qui s'élevait au-dessus de la plupart des autres, par le spectacle si doux à considérer d'un gouvernement fraternel et de la protection acccordée au travail, cette terre, le séjour d'élite de l'agriculture et de l'abondance, est aujourd'hui, pour ainsi dire, un désert effrayant couvert de joncs et de ronces et de jungles remplis de bêtes féroces... — Cette violation générale et systématique des traités, qui a rendu proverbiale dans l'Orient la foi britannique ! ces révoltes calculées, forment une des ressources perpétuelles de la Compagnie des Indes. Lorsque l'on croit que l'argent a été accumulé quelque part, ceux qui le possèdent sont généralement accusés de rébellion, jusqu'au moment où ils sont déchargés, à la fois, de leur argent et de l'accusation ! Une fois l'argent enlevé, toute accusation, procès ou châtiment sont mis à néant. » (Discours au sujet du bill de Fox sur l'Inde.)
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4  « Partout où la puissance britannique supplanta la puissance mahométane au Bengale, nous n'adoptâmes point, il est vrai, la partie sanguinaire de leur croyance ; mais puisant à la source impure de leur système financier, nous réclamâmes, à notre honte, l'héritage du droit de s'emparer de la moitié du produit brut de la terre à titre d'impôt ; et partout où nos armes ont triomphé, nous avons constamment proclamé ce droit sauvage en l'associant, dans le même moment, avec cette doctrine absurde, que le droit du propriétaire est également inhérent au souverain, en vertu du droit de conquête. » (RICKARDS. L'Inde, t. Ier, p. 275.)
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5  « L'iniquité du gouvernement anglais fut portée à un point qui semble à peine compatible avec l'existence de la société. On força les indigènes d'acheter cher et de vendre bon marché. On outragea impunément les magistrats, la police et les autorités fiscales du pays. C'est ainsi que des fortunes énormes furent amassées à Calcutta, où 30,000 êtres humains furent réduits à l'extrême misère. On les avait accoutumés à vivre sous la tyrannie, mais jamais sous une tyrannie semblable. Ils trouvèrent le petit doigt de la Compagnie plus pesant que les reins de Sujarah Dowlah. Sous leurs anciens maîtres, ils leur restaient au moins une ressource ; lors que le mal devenait insupportable, le peuple s'insurgeait et renversait le gouvernement. Mais le gouvernement anglais n'était pas de ceux que l'on peut ébranler ainsi. Ce gouvernement oppresseur, comme représentant la forme la plus écrasante du despotisme barbare, était fort de toute la puissance de la civilisation. Il ressemblait au gouvernement de génies malfaisants, plutôt qu'à celui de tyrans humains. » (MACAULAY.)
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6  On appelle ainsi, dans l'Inde, les petits cultivateurs qui occupent le terrain par bail à perpétuité.
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7  Citation extraite des « Lectures de Thompson sur l'lnde », p. 61.
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8  RICKARDS. L'Inde, t. Ier, p. 500.
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9  « Une prime de 50 % sur l'imposition est allouée, à titre de récompense, à tout individu qui dénonce une culture clandestine, etc., et l'on a constaté qu'il y a presque dans chaque village, des comptables congédiés cherchant à être employés de nouveau, et des serviteurs sans emploi, qui cherchent à se faire remarquer et sur les services desquels on peut compter comme dénonciateurs. » (CAMPBELL, L'Inde moderne, Londres, 1852, p. 356.)
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10  BAINES. Histoire de la fabrication des étoffes de coton.
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11  CAMPBELL. L'Inde moderne, p. 382.
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12  Ibid., p. 381.
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13  Ibid., p. 105.
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14  La différence qui existe entre le propriétaire terrien (landlord) dépensant dans un pays éloigné tous ses revenus, et le propriétaire qui, résidant sur son domaine, les répartit parmi ses tenanciers en échange de services, et la différence, dans la valeur des produits de la terre, résultant de la proximité du marché, sont si bien démontrés dans le passage suivant, extrait d'un ouvrage moderne sur l'Inde, que le lecteur en le lisant ne peut manquer d'en faire son profit :
    « La majeure partie du froment, du blé et autres produits de la terre susceptibles d'exportation que le peuple consomme, aussi loin que nous avons pénétré jusqu'à présent, est tirée de nos districts de Nerbudda et de ceux de Malwa qui y confinent ; et, par conséquent, le prix a été croissant rapidement, à mesure que nous quittons ces districts pour nous avancer dans la direction du nord. Si le sol de ces districts de Nerbudda, situés, ainsi qu'ils le sont, loin de tout marché important pour leurs produits agricoles, était d'aussi mauvaise qualité qu'on le trouve dans certaines parties du Bundelcund que j'ai parcourues, on ne pourrait en tirer un excédant de revenu net dans l'état actuel des arts et de l'industrie. Les prix élevés que l'on paye ici pour les produits de la terre étant dus à la nécessité de tirer, de pays si éloignés, une grande partie de ce qui se consomme, permet aux rajahs de ces états du Bundelcund de recueillir des impôts aussi considérables que ceux qu'ils perçoivent. Ces chefs dépensent la totalité de leurs impôts à entretenir des établissements publics d'un genre quelconque ; et comme les articles essentiels de subsistance, le froment et le blé, etc., qui sont produits sur le territoire de leurs propres districts, ou ceux qui les avoisinent immédiatement, ne suffisent pas pour approvisionner ces établissements, ils doivent les tirer de territoires éloignés. Tous ces produits sont portés à dos de boeufs, parce qu'il n'existe point de route, partant des districts d'où ils font venir cet approvisionnement, sur laquelle on puisse faire circuler sûrement une voiture à roues ; et comme ce mode de transport est très-coûteux, le prix des produits, lorsqu'ils arrivent dans les capitales, aux alentours desquels ces établissements locaux sont concentrés, devient très-élevé. Il faut qu'ils payent un prix égal aux débours réunis nécessaires pour acheter et transporter ces substances alimentaires, des districts les plus éloignés, auxquels ils sont obligés d'avoir recours, à tout moment, pour l'approvisionnement, ou bien qu'ils cessent d'être approvisionnés ; et comme il ne peut exister deux prix pour la même denrée sur le même marché, le froment et le blé produits dans le voisinage de l'une de ces villes principales du Bundelcund y obtiennent un prix aussi élevé, que le blé et les céréales arrivant des districts les plus éloignés situés sur les bords de la rivière de Nerbudda, tandis qu'ils ne coûtent rien, comparativement, à transporter des premiers pays aux marchés. Ces terres, en conséquence, aiment une rente bien plus considérable, si on la compare avec leur puissance productrice et fécondante naturelle, que celle des districts éloignés dont le produit est tiré de ces marchés ou de ces chefs-lieux ; et comme toutes les terres sont la propriété des rajahs, ils perçoivent toutes ces rentes comme un revenu public. Si nous recevions ce revenu dont jouissent aujourd'hui les rajahs, à titre de tribut, pour l'entretien d'établissements publics concentrés dans des siéges éloignés, tous ces établissements locaux seraient immédiatement désorganisés ; et toute la demande effective qu'ils satisfont, des produits bruts agricoles venant de districts agricoles éloignés, cesserait. Le prix des produits diminuerait en proportion, et avec lui la valeur foncière des districts situés aux alentours de ces chefs-lieux. De là, la folie des conquérants et des souverains, depuis le temps des Grecs et des Romains, jusqu'à celui de lord Hastings et de sir John Malcolm, qui tous étaient de mauvais économistes, lorsqu'ils supposaient que les territoires conquis et cédés pouvaient toujours devenir susceptibles de rapporter, à un État étranger, le même revenu brut qu'ils avaient payé à leur gouvernement national, quelle que fût leur situation par rapport aux marchés destinés à écouler leurs produits, quels que fussent l'état des arts et de l'industrie, la nature et l'étendue des établissements locaux situés au dehors. Les baux établis par rapport à l'impôt foncier, sur tous les territoires acquis dans l'Inde centrale pendant la guerre avec les Marattes, qui expirèrent en 1817, l'avaient été, d'après la supposition : que les terres continueraient à payer, sous le nouveau gouvernement, le même taux de rente que sous l'ancien, sans qu'aucune influence fût exercée par la réduction du nombre de tous les établissements locaux, civils et militaires, au dixième de ce qu'ils avaient été ; qu'avec le nouvel ordre de choses toutes les terres en friche devaient être soumises à la culture, et pourraient rembourser un taux de rente aussi élevé qu'avant a cette opération ; et que, conséquemment, l'ensemble du revenu net dont on pouvait profiter devait augmenter considérablement et rapidement. Ceux qui avaient à régir l'établissement de ces baux et le gouvernement de ces nouveaux territoires ne réfléchissaient pas que l'amoindrissement de chaque établissement était l'anéantissement d'un marché — d'une demande effective des produits de la terre ; et que, lorsque toutes les terres en friche seraient mises en culture, la totalité dégénérerait sous le rapport de la fertilité, par suite du défaut de mise en jachères, sous l'empire du système régnant d'agriculture, qui ne fournissait pas aux terres d'autres moyens de rénovation, par suite d'une récolte surabondante. Les baux pour l'impôt foncier qui avaient été conclus dans l'étendue de nos nous velles acquisitions, d'après ces suppositions erronées, ne furent point, conséquemment, exécutés. Pendant une succession de baux quinquennaux, l'établissement de l'impôt avait été partout réduit, graduellement, environ aux deux tien de ce qu'il était lorsque notre domination commença ; et à une somme moindre de moitié de ce que sir John Malcolm, et le digne marquis de Hastings lui-même, avaient pensé qu'il rendrait, d'après leurs propres opinions. Les revenus fonciers des princes indigènes de l'Inde centrale, qui réduisirent le nombre de leurs établissements publics, que le nouvel ordre de choses semblait rendre inutiles, et diminuèrent ainsi leurs uniques marchés pour les produits bruts de leur terre, ces revenus,   disons-nous, ont manqué partout dans la même proportion ; et à peine aujourd'hui  un de ces princes recueille les deux tiers du revenu qu'il tirait des mêmes terres en 1817.
    «  Il existe dans la vallée de Nerbudda des districts qui donnent, chaque année, un produit bien plus considérable que Orcha, Jansée ou Duteaa ; et cependant, en l'absence de ces mêmes marchés nationaux, ils ne rapportent pas le quart du montant du revenu foncier. Les terres sont toutefois évaluées à un taux aussi élevé ; quant à l'assiette de l'imposition, en proportion de leur valeur pour les fermiers et les cultivateurs. Pour devenir susceptibles de rendre un impôt plus considérable, elles ont besoin d'avoir des établissements plus vastes, comme marchés pour les produits de la terre. Ces établissements doivent être, ou publics et rétribués par le gouvernement, ou bien ils peuvent être privés, comme des manufactures, par l'intermédiaire desquelles le produit de la terre de ces districts sera consommé par des individus occupés de placer la valeur de leur travail dans des denrées appropriées à la demande faite par des marchés éloignés, et plus précieuses que   le produit de la terre, relativement à leur poids et à leur volume. Ce sont là des établissements que le gouvernement doit s'efforcer d'introduire et de protéger, puisque la vallée de Nerbudda, outre un sol d'une excessive fécondité, possède, sur tout son parcours, depuis sa source jusqu'à son embouchure, de riches gisements houillers, placés pour les besoins des générations futures, sous la couche de grès des chaines du Sathpore et du Vindhya et des gisements non moins riches d'excellent fer. Ces avantages n'ont pas encore été moins appréciés comme ils devaient l'être ; mais ils le seront bientôt. » (SLEEMAN. Excursions dans l'Inde, t. Ier, p. 296.)
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    15  L'humble pétition suivante des malheureux indigènes montre dans tout son jour le caractère du système :
    Calcutta, 1er septembre 1831.
    Aux Très-Honorables Lords du conseil privé de Sa Majesté pour le trafic, etc. L'humble pétition des soussignés, manufacturiers et négociants en étoffes de coton et de soie des fabriques du Bengale,
    Expose : — Que dans ces dernières années, les pétitionnaires ont vu leur industrie presque complètement anéantie par l'introduction, au Bengale, de produits fabriqués en Angleterre, dont l'importation augmente chaque année au grand préjudice des manufacturiers indigènes.
    — Que les produits fabriqués en Angleterre sont consommés au Bengale, sans être frappés d'aucun droit qui protége les produits fabriqués par les indigènes.
    — Que les produits fabriqués au Bengale sont grevés des droits suivants, lorsqu'on en fait usage en Angleterre :
    Sur les tissus de coton fabriqués     10%
    Sur les tissus de soie fabriqués     24%
    Les pétitionnaires prient très-humblement Vos Seigneuries de prendre en considération un pareil état de choses, et ils osent croire qu'il n'existe en Angleterre aucune disposition législative, qui interdise l'entrée à l'industrie d'aucune portion des habitants de ce vaste empire.
    Ils demandent donc d'être admis à jouir du privilège des sujets anglais, et supplient humblement Vos Seigneuries d'admettre en Angleterre l'usage des tissus de coton et de soie fabriqués au Bengale, en franchise de droit, ou en n'imposant qu'un droit égal à celui dont peuvent être grevés les produits des fabriques anglaises consommés au Bengale.
    Vos Seigneuries ne doivent pas ignorer les immenses avantages que les manufacturiers retirent de leur habileté à construire et à employer des machines, qui leur permet de vendre à plus bas prix que les manufacturiers peu savants du Bengale et dans leur propre pays ; et bien que les pétitionnaires n'aient pas la confiance de recueillir quelque avantage important, si leur supplique est accueillie avec faveur, leur esprit sera satisfait par cette manifestation du bon vouloir de Vos Seigneuries à leur égard ; et un tel exemple de justice envers les indigènes de l'Inde ne peut manquer de leur faire aimer le gouvernement anglais.
    Ils ont donc la ferme confiance que la juste considération de Vos Seigneuries s'étendra sur eux comme étant sujets britanniques, sans exception de secte, de pays ou de couleur.
    Et les pétitionnaires, ainsi que cela est leur devoir, prieront toujours pour vous.
        (Signé par 117 indigènes occupant la position la plus honorable.)
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16  CHAMAN. Le coton et le commerce de l'Inde, Londres, 1851.
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17  « En prenant dans une période de treize années, les six dernières, le prix du coton a été de 2 pence la livre, et si le produit d'un beegah était de 6 schell. 6 pence, sur cette somme le gouvernement prélevait 68 % du produit brut ; et en prenant les deux années 1841 et 1842, le prix du coton était de 1 penny 3/4 la livre et le produit d'un beegah était de 5 schell. 8 pence. D'après ces données, l'impôt établi était réellement équivalent à 78 % sur le produit brut de la terre. » (Discours de M. Bright à la chambre des communes.)
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18  CHAPMAN. Du Coton et du Commerce et de l'Inde. p. 110.
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19  L'Économiste de Londres.
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20 «  En 1846 ou 1847, le collecteur fut obligé d'accorder remise de la taxe foncière, parce que l'abondance des années antérieures avait amené la stagnation dans la province, et que les bas prix du blé résultant de cette cause empêchaient les ryots de pouvoir payer leur imposition foncière fixe. » (CHAPMAN. Du Coton et du Commerce de l'Inde, p. 97.)
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21  Excursions dans l'Inde, t. I, p. 205.
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22  Ibid., p. 268.
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23  CHAPMAN. Du Coton et du Commerce de l'Inde, p. 97.
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24  Ibid., p. 22.
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25  Ibid., p. 25.
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26  « Si un ryot creusait un puits, sa rente à payer était augmentée, s'il creusait un petit canal, elle était presque doublée. Il n'y avait donc aucune possibilité d'amélioration. De plus, la terre étant partagée entre des paysans dont le travail était le seul capital, deux mauvaises saisons les réduisaient presque à la famine. » Dans de pareilles circonstances, tout le revenu était occasionnellement perdu en remises. Conséquemment, personne ne devenait jamais riche et dans toute l'étendue de la présidence, il n'y a pas probablement dix fermiers dont l'avoir puisse s'évaluer à 1 000 liv. sterl. La superficie de la terre cultivée ne forme que le cinquième de la superficie de la présidence, et il ne paraît pas qu'elle tende à s'accroître. » (London Times.)
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27  Jusqu'à ce jour les produits des impôts établis sur la population de l'Inde ont été, dans une proportion considérable, dépensés sur les lieux et ont contribué à créer une demande du travail et de ses produits. Aujourd'hui ils doivent être transférés à Calcutta et ajouteront vraisemblablement, dit-on, deux millions de livres sterl. au revenu de la Compagnie des Indes. L'impôt, lorsque les produits en sont dépensés sur les lieux, n'est qu'une question de distribution. Dans le cas contraire, c'est une question d'épuisement. Dix millions, dans le premier cas, ne causeraient pas autant de désastre qu'un million dans le second.
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28  « La Cour des directeurs nous informe « qu'il y a eu diminution dans le total » des recettes provenant de l'impôt foncier dans les anciennes provinces du Bengale, depuis l'année 1843-44 ; et assurément nul ne peut être surpris d'apprendre un pareil fait. Dans la présidence de Madras, la population est réduite à un état de pauvreté déplorable, la terre a peu de valeur, et la culture n'y est maintenue que par des moyens forcés, les habitants se refusant à cultiver la terre à aucunes conditions. A Bombay, les recettes ont manqué, et le pays, à ce qu'on nous rapporte, n'est pas généralement dans un état prospère. Nous apprenons par un membre du conseil de cette présidence que l'Inde touche aux dernières limites du paupérisme et que les habitants effectuent leurs paiements au gouvernement central, en engageant ou vendant leurs objets de toilette personnelle, et même leurs bestiaux, leur mobilier et leurs outils ; c'est-à-dire que le capital du pays est entamé pour payer les impôts. C'est le même fonctionnaire qui, il y a cinq ans, affirmait, devant une commission nommée par le Parlement, que la condition des cultivateurs dans l'Inde était considérablement abaissée, et, à ce qu'il craignait, en décadence. L'aristocratie des indigènes s'éclipse partout, la race des gentlemen du pays a presque partout disparu, et les paysans deviennent insouciants au milieu de leur ruine. Après chaque période d'un petit nombre d'années, la famine sévit ; et le gouvernement dépense, en efforts désespérés pour faire vivre la population, l’argent avec lequel on eût pu faire des routes, conduisant aux greniers, aux ports, et pour recueillir l'excédant des produits des provinces plus fortunées. Dans ces lieux qu'auraient traversé des subsistances en échange d'autres denrées, le chemin était jonché des cadavres amaigris de centaines de milliers d'individus d'une population affamée jusqu'à en mourir. » (London, Daily-Notes.)
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29  Voy. CAMPBELL. L'Inde moderne, chap. XI.
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30  Excursions dans l’Inde, t. II, p. 109.
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31  L'Inde moderne, par CAMPBELL, p. 394.
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32  CAMPBELL, p. 377.
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33  CAMPBELL. L'Inde moderne, p. 359. Que la torture variée sous diverses formes soit un des modes établis pour percevoir l'impôt, c'est là un fait admis par la Compagnie, et l'un de ceux sur lesquels récemment l'attention du parlement a été appelée. Comme cependant c'est un moyen dont l'existence surgit de la nécessité des circonstances, on ne peut lui appliquer aucun remède. La misère de la population s'accroit chaque jour, et avec elle s'accroit la difficulté de lever l'impôt, et quelles que puissent être les dispositions des gouverneurs, ceux-ci dans de pareilles circonstances doivent exiger une proportion, constamment croissante, des produits constamment décroissants de la terre et du travail.
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34  Ibid., p. 332.
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35  CHAPMAN. Du Coton et du Commerce de l'Inde.
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36  MAC CULLOCH. Dictionnaire du Commerce, article Calcutta.
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37  « Nous sommes en guerre avec les Birmans. Chacun le sait, et ce qui est pire, chacun s'attend à ce que nous le serons toujours avec une puissance quelconque dans l'Orient. Il en était de même à Rome. Chacun admettait comme une chose naturelle, qu'une guerre, ou deux, eussent lieu aux confins de l'Empire ; avec les Carthaginois ou les Maures, les Celtibériens ou les peuples de l'Helvétie, les Syriens ou les Égyptiens ; et lorsqu'enfin il se trouva, pendant une année miraculeuse, que la terreur inspirée par Rome, ou l'épuisement de toute la race humaine, arrivèrent à ce point, que la guerre ne sévit plus réellement, le temple de Janus fut fermé dans la capitale, on célébra des jeux, on chanta des hymnes et l'empereur fut proclamé Dieu, de son vivant. Il en a été de même à l'égard de tous les grands empires. »
    « II n'y a aucune différence dans ce que nous aurions à énoncer sur le fait important de cette guerre déshonorante, et en ce moment si désastreuse. La cause de la guerre contre les Birmans, ce ne sont pas les réclamations de deux capitaines anglais, car on leur avait promis de régler cette affaire ; ce n'est pas la conduite du gouverneur qui a donné lieu à ces réclamations, car il été promptement congédié ; ce ne sont pas, davantage, les absurdes et fabuleux griefs de la lie des gens de Rangoun rassemblés par le Commodore après son arrivée ; car ces griefs ne furent jamais formellement articulés, ni aucun acte ou refus sérieux de satisfaction, mais simplement et uniquement ceci : que quatre fonctionnaires de rangs très-divers et très-inégaux, qui avaient pénétré par force dans la cour du commissaire royal, sans aucune disposition préalable, et à une heure du jour tout à fait inusitée, étaient restés un quart d'heure exposés au soleil. Des explications et des excuses sans fin furent offertes, mais aucune ne fut admise. » (Le Times de Londres).
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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIV :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

    

    § 1. — Tableau des Phénomènes observés dans les quatre grandes sociétés que nous avons citées plus haut. Différentes sous tous les autres rapports, elles se ressemblent quant à ce fait, qu'elles ont été privées de tout pouvoir de diversifier les emplois de leur activité, et se sont trouvées ainsi contraintes de dépendre davantage du voiturier et du trafiquant.


    Le lecteur a eu maintenant sous les yeux le tableau des mouvements de quatre nations d'une importance considérable, et d'un assemblage de nations, comprenant dans son ensemble une population de 200 millions d'individus, soit un cinquième de la population totale du globe. Toutes ont été soumises à ce système de politique qui cherche à empêcher l'association ou la combinaison des efforts, et à maintenir à son apogée le plus vexatoire de tous les impôts, celui qui résulte de la nécessité d'effectuer les changements de lieu de la matière, et qui exige, pour sa mise à exécution, des navires et des chariots. Chez toutes ces nations, le lecteur a pu voir que les mêmes résultats ont été obtenus, à savoir : accroissement dans la part proportionnelle du travail de la société, qui doit être nécessairement consacrée à l'oeuvre du transport ; accroissement dans les proportions et dans la puissance de la classe qui vit de la simple appropriation ; diminution de la part proportionnelle du travail de la société, qui peut être consacrée à augmenter la quantité des denrées susceptibles d'être transportées ou échangées ; diminution de la liberté et ruine du commerce. On pourrait ajouter d'autres nations, et la liste pourrait s'étendre de manière à embrasser tous les pays du monde où augmente la part proportionnelle du travail, qui doit être consacrée, nécessairement, à l'oeuvre du transport ; en effet, c'est dans la nécessité d'effectuer les changements de lieu que réside le principal obstacle au progrès humain, au développement de l'intelligence, à l'accroissement de la liberté et du commerce, ainsi que l'avait vu si nettement Adam Smith, lorsqu'il insistait auprès de ses compatriotes sur l'avantage découlant de ce fait, la conversion du blé et de la laine, denrées encombrantes, en drap condensé sous un petit volume, et pouvant si facilement s'exporter jusqu'aux points les plus reculés de l'univers. Toutes les fois que la marche suivie par l'homme se dirige dans la voie qui se trouvait ainsi indiquée, et partout où, conséquemment, celui-ci surmonte peu à peu les obstacles qui entravent le commerce, la proportion existante entre les classes qui s'occupent du trafic et du transport et le reste de la société, diminue nécessairement ; et alors il devient, d'année en année, plus civilisé. Toutes les fois, au contraire, que le manufacturier disparaît et partout où se produit ainsi la nécessité croissante d'exporter les denrées à l'état brut, il se manifeste une tendance directement contraire ; l'homme alors retombe dans la barbarie, par suite de l'amoindrissement de la puissance d'association. Ce dernier cas est celui que nous voyons se produire dans tous les pays dont nous avons précédemment esquissé l'histoire ; et il en est ainsi, par la raison que le système, auquel ils ont été soumis, tend à établir pour le monde entier un atelier unique, auquel doivent être expédiés les produits bruts du globe, en subissant les frais de transport les plus coûteux. Dans tous ces pays, conséquemment, chaque jour la nature acquiert sur l'homme un pouvoir plus étendu. Dans tous, la richesse diminue, en même temps que décroît constamment la valeur de l'individu qui, d'année en année, devient, de plus en plus l'esclave de son semblable.

    On dira peut-être, toutefois, que la population de l'Inde est indolente ; que la population turque est mahométane et fataliste et, d'ailleurs, incapable d'entrer en concurrence avec celle des îles britanniques ; que les Portugais et les Irlandais professent une croyance religieuse qui s'oppose au développement de l'intelligence ; que les travailleurs de la Jamaïque sont peu éloignés de l'état de barbarie, et que c'est à de pareils faits qu'il faut attribuer la faiblesse croissante des diverses sociétés dont nous avons déjà exposé la situation. Cependant les sujets de l'empire turc avaient, il y a un siècle, exactement la même façon de penser qu'aujourd'hui, et ils s'y attachaient encore plus fermement que dans les temps modernes ; le commerce qu'on entretenait alors avec eux était estimé comme la portion la plus importante de celui de l'Europe occidentale. Les Maures éclairés du midi de l'Espagne avaient la même croyance que celle des peuples habitant encore aujourd'hui les rivages de l'Hellespont ; mais il n'y existait, à notre connaissance, aucun obstacle à la civilisation. Les Portugais ne sont pas plus catholiques que ne l'étaient leurs devanciers qui conclurent le traité de Methuen, et dont le commerce était regardé comme si important. Les Portugais, ainsi que les Irlandais, avaient la même croyance que les Français, parmi lesquels l'agriculture et l'industrie font maintenant de si rapides progrès, et chez lesquels l'individualité se développe à un si haut degré. Les nègres importés à la Jamaïque n'étaient pas plus barbares que ne l'étaient ceux admis dans la Virginie et la Caroline, et cependant, tandis que chacun de ces derniers est représenté par sept de ses descendants, les colonies britanniques n'en offrent aux regards que deux, pour cinq introduits autrefois dans le pays. Les raisons que nous venons d'exposer ne rendant pas compte de l'état de choses retracé par nous, il faut chercher ailleurs les causes de son existence.

    Différentes de croyance religieuse, de couleur, de degrés de latitude et de longitude, ces sociétés sont semblables seulement sous ce rapport, qu'elles ont été dépouillées du pouvoir de diversifier les travaux de leurs membres, de manière à développer leurs diverses individualités et à les rendre ainsi, propres à cette association sans laquelle l'homme ne peut obtenir le pouvoir de commander les services de la nature. Bornées entièrement à l'agriculture, elles ont été forcées d'en exporter les produits à leur état le plus grossier ; procédé qui implique l'épuisement du sol sur lequel elles doivent compter pour leur entretien, avec une diminution constante dans la rémunération des efforts humains. Sous l'empire de pareilles circonstances, le commerce dut nécessairement décliner, et la puissance du trafiquant et de celui qui transporte les produits, devaient s'accroître aussi inévitablement, tandis que le cultivateur deviendrait, de plus en plus, un pur instrument entre les mains de ceux qui vivaient uniquement de leur puissance d'appropriation. Il est évident que c'est là ce qu'il fait dans tous ces pays ; et l'on ne peut mettre en doute, un seul instant, que ce sont là les conséquences forcées d'un système qui cherche à empêcher l'association, et à diminuer le développement des facultés latentes de l'homme. En attribuant donc à ce système l'état de choses existant, nous obtenons une seule cause, importante et uniforme, à savoir : une politique tendant à la production de la barbarie, amenant les disettes et les épidémies, aboutissant à la ruine et à la mort, et donnant ainsi une apparence de vérité à la théorie de l'excès de population.

 

 

 

 

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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIV :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

    § 2. — Résultats funestes de la nécessité croissante d'avoir recours aux services du trafiquant.


    Pour que l'homme acquière du pouvoir sur la nature, il est indispensable que le marché destiné à son travail et aux produits de ce travail soit rapproché de lui. Lorsque ce marché est éloigné, quelque parfaits que puissent être les moyens de transport, l'engrais ne peut être restitué à la terre, et si la puissance productrice de celle-ci n'est pas entretenue, l'homme et la terre doivent s'appauvrir à la fois, en même temps qu'il y a diminution constante dans la possibilité d'entretenir le commerce. Les facilités de transport dans toute l'étendue de l'Irlande avaient été considérablement augmentées dans le demi-siècle qui vient de s'écouler ; mais à chaque phase de progrès, les famines et les pestes furent à la fois plus fréquentes et plus cruelles, jusqu'à ce qu'enfin l'achèvement d'un réseau étendu de chemins de fer fut signalé par un de ces fléaux, sévissant avec une intensité qui dépassa de beaucoup toutes les épidémies antérieures. A chacune de ces phases la puissance d'association diminua, le sol s'appauvrit plus rapidement ; et maintenant ceux qui le cultivaient abandonnent partout les demeures qui ont abrité leur jeunesse ; partout ses propriétaires sont dépossédés ; et ses hommes d'intelligence ont presque entièrement disparu.

    Les chemins de fer sont construits maintenant pour et non par la population de l'Inde, mais leurs résultats doivent inévitablement être les mêmes que ceux observés en Irlande. Le but en vue duquel ils sont faits, c'est de développer davantage l'exportation des produits bruts du sol, et d'étendre encore la puissance centralisatrice du trafic ; ce qui doit amener un épuisement plus considérable du sol, la diminution de la puissance d'association parmi ceux qui l'occupent, et la décadence plus rapide de commerce. Le peu qui subsiste encore des manufactures de l'Inde, doit bientôt disparaître, et le coton doit être, de plus en plus forcé de se frayer sa voie, en abandonnant l'individu qui le produit au coeur de l'Inde, pour arriver au voisin immédiat du producteur, — et même à sa propre femme et à ses enfants , — par la route, faisant de nombreux circuits, de Calcutta, de Bombay et de Manchester ; système qui entraîne l'emploi des boeufs, des chariots, des navires et des wagons de chemins de fer, avec une augmentation constante dans la part proportionnelle du travail de la société nécessaire pour effectuer les changements de lieu, et la diminution de celle que l'on peut consacrer à accroître la quantité de produits susceptibles d'être transformés ou échangés. Plus on fera de chemins de fer dans l'Inde, plus sera faible la demande de travail et moins sera élevé le prix du coton (1). Plus se développera la tendance des Indiens à abandonner leurs femmes et leurs enfants et à émigrer sur les plantations sucrières de l'île Maurice pour y chercher des moyens d'existence, plus doit diminuer la puissance d'association et moins doit être prononcée la tendance au développement de l'individualité au sein de la population.

    Le Mexique a décliné constamment depuis le moment où le trafic avec ce pays est devenu plus libre pour le monde. Si nous voulons trouver la cause de sa décadence et de sa dissolution imminente, nous devons la chercher dans ce fait, que ses manufactures ont presque complètement cessé d'exister, que l'individualité s'est amoindrie et que le trafic a remplacé le commerce. Dans l'Amérique espagnole, en général, les mêmes phénomènes se sont présentés, le travail exigé pour le transport augmentant dans une proportion constante, et le travail consacré à la production diminuant, avec une diminution constante dans la puissance productrice du sol pour récompenser le travail, et diminution dans le pouvoir de l'individu pour soumettre à la culture les terrains plus riches. L'Italie, la Grèce, l'Afrique, le Brésil et les îles si fertiles de l'Océan Indien sont placés dans une situation analogue, faisant peu de commerce entre eux et forcés de dépendre presque exclusivement du trafic avec des pays éloignés. Les souffrances de la population des îles Ioniennes sont aussi fréquentes que les famines chez les habitants de Madère ; et par la raison, que ces individus étant forcés de dépendre exclusivement de l'agriculture, il y a nécessairement une déperdition incessante de capital.

    Plus la puissance pour le bien est considérable, plus elle l'est aussi pour le mal. Les poisons les plus énergiques constituent les remèdes les plus actifs ; et les individus que leurs facultés rendent le plus propres à devenir les bienfaiteurs de l'espèce humaine sont précisément ceux qui sont le plus funestes à la société, lorsqu'ils ont des dispositions vicieuses. La vapeur et la poudre à canon, employées à propos, offrent à l'homme des avantages inappréciables ; mais dans le cas contraire, leur puissance pour faire le mal est en raison de leur puissance de rendre service. Il en est de même à l'égard du corps humain et de son alimentation ; la nourriture qui est susceptible, dans un certain état de l'organisation, de produire la plus grande somme de force, est précisément celle qui, dans un certain autre, tend le plus à détruire la force et à anéantir la vie. Il en est de même à l'égard des routes et des autres améliorations. Pour une société excellemment organisée, — une société où existe à un haut degré la diversité des travaux, et dont le commerce, en conséquence, est considérable — toute route nouvelle amène avec elle l'accroissement de l'empire sur la nature ; tandis que pour celle où l'organisation n'existe que dans de faibles proportions, la construction de chaque route ne peut que fournir un nouveau moyen d'épuisement, au moyen duquel le sang même qui entretient sa vie peut plus facilement lui être enlevée, ainsi que nous l'avons vu à l'égard de l'Irlande. Le trafic a été « le fléau de la Polynésie ; » et plus sa puissance devient considérable aujourd'hui, plus devient rapide le progrès de ses effets funestes parmi la population des îles. Le trafic a été le fléau de l'Afrique septentrionale et occidentale ; et les Hottentots disparaissent du globe à mesure qu'augmente la facilité des relations avec les étrangers. Le trafic fait disparaître les aborigènes de l'Ouest et il produira à l'égard des Japonais, lorsqu'une fois il aura été introduit parmi eux, précisément le même résultat qu'il a déjà produit à l'égard de la population des Iles Sandwich et de celle de l'Inde.

    Si les choses se passent ainsi, il faut l'attribuer uniquement à ce fait, que les sociétés en sont encore à connaître et à apprécier l'avantage qu'elles recueilleraient, en pratiquant dans leurs relations avec d'autres sociétés plus faibles, cette grande loi qui prescrit à l'homme de faire à autrui ce qu'il voudrait qu'on lui fît lui-même. En politique, la moralité est inconnue ; et il suit de là, comme conséquence nécessaire, que le bien important et durable est constamment sacrifié à un profit insignifiant et temporaire ; les nations étant partout dirigées dans leur conduite par des motifs exactement semblables à ceux qui, si souvent, poussent l'individu à gagner une place dans la prison pénitentiaire en volant dans la poche de son voisin, lorsqu'en suivant une conduite différente il pourrait sans peine se mettre dans une situation d'aisance et de bien-être permanents (2).

    Si la population africaine eût été instruite dans les véritables voies de la civilisation, si elle eût appris, conformément au conseil d'Adam Smith, à rassembler ses matières premières et à les rendre ainsi propres à être transportées au loin, elle pourrait, aujourd'hui, avoir de nouvelles routes et serait préparée à approvisionner l'Europe, dans une proportion presque illimitée, des productions des tropiques, tandis qu'elle-même aurait fait de rapides progrès, sous le rapport du développement de ses diverses facultés. Si l'on eût laissé les Irlandais, les Turcs et les Portugais, acquérir et développer l'industrie manufacturière, aujourd'hui ils augmenteraient considérablement le fonds de matières premières nécessaires à l'approvisionnement du monde, et le commerce avec ces peuples aurait acquis une grande importance. S'il est devenu tout à fait nul, cela tient à ce fait, qu'ils ont été contraints d'entretenir des relations commerciales sur le pied de liberté, avec des sociétés jouissant d'une organisation plus avancée que la leur, puissantes pour le bien et le mal, et employant leur puissance comme un moyen de s'assurer des profits pour elles-mêmes. Cherchant toujours le bien présent et momentané, en même temps qu'elles n'avaient nul souci du dommage futur et durable, ces dernières ont cherché à se fortifier en affaiblissant toutes celles qui les environnaient. Agir ainsi avec intention serait un crime ; mais, comme résultat de l'ignorance des vrais principes de la science sociale, çà été « une faute, » et conséquemment, suivant le jugement énoncé par Talleyrand, on devrait le considérer comme étant même pire qu'un crime.

 

 

 


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  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

CHAPITRE XIV :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

    § 3. — Le système anglais ne tend qu'à l'accroissement du trafic. Un intérêt personnel éclairé chercherait à favoriser le commerce.


    Un intérêt personnel éclairé apprend à tous les hommes qu'ils profitent des progrès de ceux qui les entourent ; et cela est vrai à tel point que nous voyons dans une partie considérable de notre pays (aux États-Unis), les riches contribuant volontiers, et pour une large part, à l'éducation de leurs voisins pauvres ; et, par suite, se trouvant remboursés avec usure par la plus grande sécurité qu'ils obtiennent ainsi, pour la jouissance de leurs droits d'individu et de propriétaire. Là où ce sentiment existe, les liens deviennent plus étroits entre ceux qui sont forts physiquement et intellectuellement, et ceux qui sont faibles sous ces deux rapports, et tout le monde s'en trouve mieux ; mais lorsqu'il existe un sentiment contraire, lorsque chaque individu cherche à faire une proie de son semblable, moins les relations sont étroites, mieux cela doit valoir pour tous. C'est ce dernier état de choses qu'on trouve dans les premiers siècles de la société, lorsque le soldat et le trafiquant sont les maîtres des individus qui les entourent ; tandis que le premier état est celui qui tend à naître, à mesure que la puissance productive de la terre se développe de plus en plus, à mesure que la richesse augmente, que les hommes deviennent plus capables de vivre en relation les uns avec les autres, que le commerce s'accroît, et que la société tend, de jour en jour, à revêtir une forme plus parfaite.

    Dans la première de ces conditions, la société se trouvant dans un état de développement peu avancé, la résistance à la gravitation est à la vérité très-faible. Dans la dernière, — qui est celle où les diverges facultés de l'individu se développent convenablement, — la force d'attraction est considérable. Dans la première, il y a peu de puissance pour faire le bien ou le mal. Dans la dernière, il y en a beaucoup pour faire l'un ou l'autre, ou tous les deux à la fois ; et quant à savoir si l'existence de cette puissance sera un bienfait ou un fléau pour l'espèce humaine prise en masse, cela dépend autant de la façon dont sera dirigée sa force sociétaire, qu'on le voit dans le cas de la vapeur, tantôt servant à se procurer plus facilement les subsistances et les vêtements, et tantôt à battre en brèche les remparts d'une ville et à détruire la vie humaine.

    Entre deux sociétés séparées par les différences que nous avons retracées plus haut, un intérêt personnel éclairé devait engager la plus forte à protéger et à fortifier la plus faible, à rendre plus facile la division des travaux et le développement de l'individualité, à augmenter la puissance d'association, dans le but de rendre sa voisine capable d'acquérir l'empire sur les forces de la nature, et d'aider ainsi au développement de la liberté et du commerce. Telle n'est pas cependant, et telle n'a jamais été la politique des nations ; et cela par la raison qu'elles n'ont été (et au plus haut point) que de purs instruments aux mains de la classe d'individus qui vit de l'appropriation : le soldat, le propriétaire d'esclaves et l'homme d'État. C'est à cette cause qu'il faut attribuer, que même en ce qui concerne les États-Unis, on a vu chez eux une disposition si prononcée à dépouiller et à opprimer leurs voisins plus faibles, — la république mexicaine et les misérables restes des peuplades indigènes. Même aujourd'hui, au lieu de donner à cette république les conseils amicaux ou l'assistance, grâce auxquels elle pourrait peut-être sortir de son état d'abaissement, le peuple américain et son gouvernement attendent avec impatience le moment où il deviendra possible de conclure de nouveaux traités, à l'aide desquels ils pourront plus facilement opérer la résolution de la société mexicaine en ses éléments primitifs, et acquérir ainsi de nouveaux territoires. Animés par l'esprit de trafic, ils cherchent à faire de bons marchés, peu soucieux de leur effet à l'égard du peuple avec lequel ils sont faits. De là vient que le trafic se développe aujourd'hui à mesure que le commerce diminue ; que les villes s'accroissent en étendue à mesure que les bourgs et les villages deviennent moins populeux ; que la propriété foncière dans les anciens États devient de moins en moins divisée ; que la centralisation politique et trafiquante remplace rapidement l'activité locale qui régnait autrefois ; que l'esclavage de l'homme est maintenant envisagé comme n'étant qu'une conséquence des grandes lois naturelles établies par le Créateur de tout le genre humain, et que la défiance a si complètement remplacé aujourd'hui la confiance qu'éprouvait autrefois la population tout entière de ce continent, pour les sentiments d'honneur et de loyauté du gouvernement américain.

    Aucun peuple cependant n'a suivi cette marche aussi constamment que le peuple anglais, le seul dont le système a cherché, de tout point, à favoriser les intérêts du trafiquant, et le seul peuple aussi qui maintenant proclame, comme son principe souverain, la devise du trafiquant : achète sur le marché où les produits sont à plus bas prix, et vend sur le marché où ils s'achètent au prix le plus élevé. Aucun peuple ne s'est livré au trafic aussi systématiquement ; aucun n'a autant opprimé le commerce. Prohibant l'association là où elle n'existait pas encore, et l'anéantissant là où elle existait, on peut constater les résultats produits, en considérant cette réduction au niveau uniforme de simples cultivateurs de la terre, de la population de toutes les sociétés soumises à son système, et la décadence et la ruine des sociétés elles-mêmes, ainsi qu'elles se révèlent dans les cas divers que nous avons cités plus haut. Dans toutes ces sociétés il y a, chaque année, diminution de ces diversités dans les travaux de la société, nécessaires pour le développement des facultés intellectuelles et la perfection de l'organisation. Dans toutes, la société devient, d'année en année, plus imparfaite et obéit davantage à la force de gravitation (3). Dans toutes il y a, chaque année, accroissement de la centralisation ; et la centralisation, l'esclavage et la mort marchent toujours de conserve ; dans toutes, la difficulté de se procurer les subsistances augmente constamment, et dans toutes, conséquemment, trouve appui cette idée, que la population tend à s'accroître plus rapidement que les subsistances pour l'entretien de l'homme. Ce ne sont là pourtant que les conséquences qui, dans l'état d'immoralité des nations, actuellement existant, doivent résulter partout de la liberté complète de relations commerciales entre une société forte et développée convenablement d'une part, et de l'autre, une société faible et imparfaite (4).

 

 

 

 

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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

CHAPITRE XIV :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

    

    § 4. — Déperdition constante du capital dans tous les pays soumis au système anglais.


    La machine à vapeur digère le combustible, et il y a production de force. L'homme digère du combustible sous la forme de nourriture, à l'aide de laquelle il obtient la faculté d'appliquer au travail son corps ou son intelligence, ou tous les deux à la fois. Semblables, quant à ce fait, que tous deux digèrent un capital sous une certaine forme et le reproduisent sous une autre, l'homme et la machine diffèrent sur un point important : tandis que la locomotive en fer peut subsister sans nourriture, l'homme ne le peut pas. Le directeur d'un chemin de fer évite avec soin de consommer du combustible lorsqu'il n'a pas besoin des services de la machine, sachant bien qu'agir ainsi serait perdre le capital. Celui qui dirige la locomotive humaine doit brûler du combustible lors même qu'il n'y a pas demande de force ; et de là vient que dans les pays où la diversité des travaux diminue, et où le commerce diminue conséquemment, la quantité de capital consommé dépasse la quantité reproduite, dans une proportion assez considérable pour faire disparaître la richesse et ramener l'homme à sa condition première, celle d'esclave de la nature. La force musculaire et l'énergie intellectuelle sont dépensées en pure perte, en même temps que la puissance productive du sol décroît d'année en année, par suite de la disparition incessante des éléments constituants de l'alimentation et des vêtements ; système auquel la nature a attaché, comme châtiments inévitables, la pauvreté, la famine, la maladie et la mort.

    On dira peut-être que les peuples de tous les pays que nous avons cités ne sont pas civilisés ; qu'ils ont de la répugnance pour le changement, lors même que le changement est un progrès ; qu'ils continueraient volontiers de faire usage des misérables instruments par lesquels ils remplacent les charrues, les houes et les machines à vapeur, lors même qu'on leur offrirait ces dernières. Mais un pareil état de choses résulte inévitablement de ce qu'ils ne peuvent entretenir pour eux-mêmes des centres locaux d'action, fournissant la force attractive nécessaire pour résister à une attraction centrale aussi considérable que celle qui existe dans les colonies anglaises. L'attraction locale est aussi nécessaire pour le maintien des agglomérations sociales vis-à-vis l'une de l'autre, que l'est la gravitation locale en présence du soleil. Sous l'influence centralisatrice de l'Angleterre, les sociétés humaines qui constituent l'Inde, l'Irlande, le Portugal et la Turquie, se sont décomposées si complètement qu'elles ne forment plus guère aujourd'hui qu'une masse de ruines, et elles doivent rester dans cet état tant qu'il n'y aura pas de changement de système. Les choses s'étant ainsi passées en ce qui concerne les sociétés anciennement fondées, combien il eût été impossible, nécessairement, d'établir à la Jamaïque un système quelconque d'attraction opposée, lors même qu'il n'eût existé aucune de ces prohibitions imposées à l'industrie manufacturière, sur lesquelles nous avons appelé antérieurement l'attention du lecteur ! C'est le premier pas dans la voie du progrès qui est toujours le plus difficile à faire et le moins productif ; mais on ne peut jamais faire ce pas, s'il existe un système interdisant l'association et armé du pouvoir de donner à la prohibition son plein et entier effet. C'est en cela que consiste la difficulté, et non dans le caractère du peuple. Hors de l'Irlande, les Irlandais ont fait voir, dans tous les temps et partout, qu'ils possédaient toutes les qualités nécessaires pour produire l'une des nations les plus éminentes de l'univers. Les Portugais de nos jours possèdent toutes les facultés de leurs devanciers ; mais ces facultés demeurent à l'état latent, attendant que l'on provoque leur réveil et leur activité ; et c'est ce qui arrivera toutes les fois qu'on aura obtenu la possibilité de s'associer. Les facultés de l'Hindou sont aujourd'hui aussi puissantes qu'au moment où l'Europe était redevable à l'Inde de tous les beaux produits dont elle faisait usage ; et quant à ce qui concerne ses qualités morales, tout le monde s'accorde à lui reconnaître le caractère le plus élevé (5). Il y a deux siècles, la population turque entretenait dans son sein même un commerce considérable, et elle pourrait faire davantage aujourd'hui, si elle avait les mêmes facilités que celles dont jouissaient ses devanciers. Il en est de même à l'égard de la population de la Jamaïque, à laquelle on a donné une liberté nominale, mais sous l'influence de circonstances qui amènent une destruction constante du capital, et une diminution également constante dans la faculté d'entretenir le commerce.

    Le commerce économise la force résultant de la consommation des subsistances et des vêtements, et de là vient que le capital se forme vite dans les pays où la faculté de s'associer se développe rapidement, en même temps qu'il y a tendance constante à l'accroissement dans la possibilité de rembourser la dette contractée à l'égard de la terre, notre mère puissante. Le commerce diminue avec chaque accroissement dans la nécessité de recourir aux services du trafiquant ; et cela, par la raison que chaque pas fait dans cette direction est suivi d'une perte plus considérable de cette force physique et intellectuelle qui constitue la partie la plus importante du capital réel d'un pays, représentant celle qui, sous la forme de subsistances, se consomme de jour en jour. Évalué à raison de 25 cents par tête, le capital consommé chaque jour aux États-Unis est d'environ sept millions de dollars, un peu moins de cinquante millions par semaine, soit deux mille six cent millions par an. La perte forcée, même d'une seule heure par jour, équivalant à une perte annuelle de plus de deux cents millions, combien doit être énorme la perte des communautés sociales placées dans la situation où se trouvent l'Irlande et l'Inde, chez lesquelles on n'emploie pas même un dixième de la force physique et intellectuelle ! Ajoutez-y la déperdition résultant de l'épuisement constant du sol ; et l'on verra que le préjudice causé seulement au premier de ces pays, par suite de ce qu'il est borné au travail agricole, exclusivement, l'emporte trois fois et au-delà sur ce qu'il serait payé par le don gratuit des exportations de l'Angleterre dans le monde entier.

    Annulez dans l'Angleterre même ces différences de travaux, qui, en même temps, la rendent apte et l'amènent à l'association, et sa population retombera à la condition des serfs du règne des Plantagenets ; et il en serait de même à l'égard de tous les autres pays de l'Europe. L'association est la condition de l'existence de l'homme, de l'être fait à l'image du Créateur. A l'aide de l'association et d'elle seulement, il obtient le pouvoir de disposer en maître des grandes forces de la nature. Lorsqu'elle lui est refusée, il déchoit jusqu'à la condition d'esclave de la nature et de son semblable, et c'est alors que la population devient surabondante.

 

 

 

 

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  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE XIV :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

    

    § 5. — Frottement énorme et déperdition de force qui en résulte, produits par la nécessité croissante d'avoir recours à la navigation.


    Toute diminution dans le commerce et tout accroissement dans la nécessité d'employer les instruments de transport sont suivis d'un accroissement dans le pouvoir, d'un petit nombre d'individus qui vivent du trafic ou de la guerre, de taxer le plus grand nombre pour l'accomplissement de leurs desseins, et d'une diminution dans le pouvoir de ceux-ci de se défendre contre cette taxe. Plus est considérable l'excédant qui a besoin d'être transporté, plus augmentent les facilités de s'entendre pour l'abaissement des prix et l'élévation du fret et des frais divers, et plus augmentent, en conséquence, les bénéfices du trafiquant, en même temps qu'il y a un accroissement considérable dans sa part proportionnelle de la totalité des produits. Moins il y a de commerce et moins il y a demande de travail, plus est grande la facilité avec laquelle les armées peuvent se recruter, au profit de l'individu qui vit en dépouillant son voisin. Dans aucun pays du monde le commerce n'a subi une aussi grande décadence que dans l'Inde : et c'est là que nous assistons à une suite constante de guerres entreprises pour l'extension du trafic (6), guerres dont le compte de frais n'est pas présenté au peuple anglais, pour lequel elles se font, mais, ainsi que M. Cobden le dit avec tant de vérité, « aux malheureux ryots de l’Hindostan (7).» Et, lorsqu'il se trouve que les nouveaux territoires ne donnent pas de profit, le pauvre travailleur est taxé de nouveau pour maintenir le gouvernement dans des possessions acquises de cette manière.

    La population blanche et noire de la Jamaïque n'était intéressée en aucune façon aux guerres de la Révolution française ; et cependant, plus de la moitié du prix payé pour le sucre produit par cette population par leurs concitoyens anglais fut appliqué au remboursement des dépenses de ces guerres. Il en est de même de l'Irlande, écrasée d'impôts pour subvenir aux dépenses de guerres où elle n'avait rien à gagner, et dont le principal résultat était de transformer en soldats, à raison de 6 pence par jour, des millions d'individus, qui, sous l'influence d'un système différent, seraient devenus des artisans ou des cultivateurs excellents. Tout accroissement dans la nécessité d'avoir recours au transport étant une cause d'épuisement, on voit la prééminence du trafic, accompagnée en tout pays du désir de faire la guerre, considérée comme un moyen d'étendre la sphère des opérations de celui-ci. Semblable à Alexandre, le trafic aspire à conquérir de nouveaux mondes, parce qu'il voit sans cesse lui échapper les conquêtes qui devaient réaliser les espérances formées (8).

    Qu'il en doive toujours être ainsi, et qu'une pareille discordance soit la conséquence nécessaire d'un système ayant pour but d'exagérer les difficultés résultant de la nécessité d'effectuer les changements de lieu, c'est ce qui deviendra évident pour le lecteur s'il considère les faits suivants : Les navires ne doivent être regardés que comme des ponts flottants, et lorsque nous les disposons bout à bout, nous pouvons déterminer la proportion de leur capacité pour occuper la place du commerce, ainsi qu'on les a rendus propres à le faire, dans toutes les opérations concernant les milliards d'individus dont se composent les populations de l'Irlande, de l'Inde, de la Turquie et du Portugal. Un pied, en longueur, d'un navire, étant à peu près l'équivalent de 10 tonneaux, pour jeter sur l'océan Atlantique un pont formé de navires, de manière à créer une route de trente pieds de largeur, il faudrait plus de soixante millions de tonneaux ; mais, pour construire un pareil pont, reliant à l'Angleterre l'Inde, l'Australie et l'Amérique, il faudrait dépenser plusieurs centaines de millions ; et comme le tonnage total de l'océan pour le monde entier n'excède pas cinq millions, il suit de là, que la totalité des navires existants aujourd'hui ne fournit pas un moyen de communication avec le marché unique sur lequel les matières premières doivent être converties en tissus et en fer, équivalant à une route d'un pouce de largeur. C'est cependant par un passage aussi étroit, d'une longueur de trente milliers de milles, que l'Hindou, qui produit le coton, entretient le commerce avec son voisin immédiat, qui a besoin de consommer des tissus. C'est par un passage aussi étroit, d'une longueur de quelques milliers de milles, que la population du Portugal et de la Turquie entretient entre ses membres et avec le monde entier, et que la population de la Jamaïque, en ce moment, accomplit tout échange de service réciproque ; d'où découle cette conséquence qu'il n'existe aucune circulation d'individus ou de produits, ni aucune valeur attachée à leur travail ou à leur terre.

    Ainsi bornés à l'emploi d'un passage aussi étroit que l'est celui-ci, il suit de là, nécessairement, que lorsque la nature est le plus prodigue de ses dons, lorsqu'elle répand avec abondance ses bienfaits sur le peuple qui fait croître le riz, le blé, le coton ou la laine, les marchés s'encombrent de produits, pour la ruine des producteurs , mais en permettant à l'individu chargé du transport de se féliciter de ses rapides accumulations. En outre, le fait même de la proportion considérable de ses profits tend à rendre l'engorgement encore plus complet ; et, par cette raison, que plus est considérable la proportion de la cargaison, plus est faible la part du producteur, et moins il devient possible à ce dernier de faire des achats sur le grand marché central, et d'aider ainsi à ce qu'on lui demande les matières premières que lui-même a fournies. De là résulte ce fait remarquable, que c'est précisément au moment où les tissus de coton sont au prix le moins élevé, que le planteur peut le moins être à même d'en acheter, et qu'au moment où le sucre raffiné est au meilleur marché, le planteur de canne à sucre peut le moins être à même d'en consommer.

    Plus se prolongent l'intervalle de temps qui doit s'écouler et l'espace à parcourir entre la production et la consommation, plus le frottement doit être considérable, moins doit l'être le mouvement de la société ainsi que sa force, mais plus doit augmenter la puissance du trafiquant, de l'individu chargé du transport et du préteur d'argent ; plus doit être large la proportion du produit qui leur revient, et s'accroître la tendance à la génération de ce mal appelé l'excès de population, avec son escorte ordinaire, la famine, les maladies et la mort.

 

 

 

 

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  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
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  1861

 

 

 

 

CHAPITRE XIV :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

    

    § 6. — Origine de l'idée d'excès de population.


    Plus la circulation est rapide, plus doit être considérable l'économie de la puissance humaine et la force de la société elle-même. Moins est grande la rapidité de circulation, plus doit être considérable la perte de puissance, et moins il doit y avoir de force. Pour qu'il y ait mouvement dans la société, il faut qu'il y ait variété dans les demandes adressées aux diverses facultés de l'homme. Aucune demande pareille n'existant dans aucun des pays que nous avons déjà cités, il y a dans tous une déperdition constante du capital produit sous la forme de capacité intellectuelle ou physique, et fourni en retour du capital consommé sous la forme d'aliments.

    Dans l'Inde, les neuf dixièmes du capital sont perdus, en même temps que, sur le produit insignifiant du reste, une portion considérable est réclamée par ceux qui exercent le pouvoir au nom du gouvernement. La balance se trouve soumise au procédé d'épuisement que nous avons retracé plus haut, et grâce auquel le coton, qui n'a rapporté qu'un penny au producteur, lui retourne au prix de 12, 15 ou 20 pence. Il en est de même en Irlande et à la Jamaïque, en Portugal et en Turquie ; dans tous ces pays, les individus qui s'occupent d'opérer les changements mécaniques et chimiques dans la forme de la matière, désignés ordinairement sous le nom de manufactures, deviennent, d'année en année, séparés par une ligne de démarcation plus profonde, des individus qui s'adonnent à la culture.

    Dans tous ces pays, il y a, conséquemment, une nécessité constamment croissante d'avoir recours au transport. Dans tous, l'utilité des produits bruts de la terre diminue constamment, à mesure que le sol s'épuise. Dans tous, il y a augmentation dans la valeur des denrées nécessaires aux besoins de l'homme, et diminution dans celle de l'homme lui-même. Dans tous, les accumulations du passé acquièrent une prépondérance plus considérable sur les travaux du présent. Dans tous, les travaux diminuent à mesure que s'accroît la puissance du trafic. Avec tous, la valeur du trafic anglais diminue, prouvant ainsi, pour nous servir des expressions du colonel Sleeman, « la folie des conquérants et des pouvoirs souverains, depuis le temps des Grecs et des Romains jusqu'à celui de lord Hastings et de sir John Malcolm, qui tous se montrèrent des économistes peu éclairés, en supposant que des territoires conquis et cédés pouvaient toujours rendre à un État étranger la même somme de revenu brut qu'ils avaient payée à leur gouvernement national, quelle que fût leur situation relativement aux marchés destinés à l'écoulement de leurs produits, quel que fût l'état de leurs arts et de leur industrie, ainsi que la nature et l'étendue des établissements locaux, entretenus par ces revenus (9). » A l'égard de tous les pays qui dépendent de l'Angleterre, lors même qu'ils sont nominalement libres, le système qu'elle suit est un système d'épuisement ; et cependant sa population devient de plus en plus dépendante de ces marchés éloignés pour les approvisionnements nécessaires au soutien de la vie. Nous examinerons dans un autre chapitre jusqu'à quel point il faut attribuer, à cet accroissement de dépendance, l'existence de certains faits de l'histoire d'Angleterre sur lesquels s'est basée la théorie de l'excès de population. S'il se trouve qu'il faut les attribuer, exclusivement, à une erreur capitale de la politique anglaise, alors cet examen fournira la preuve qu'il est non-seulement juste, mais avantageux pour les sociétés de maintenir dans leurs relations l'observance rigoureuse de cette grande loi : que l'homme agisse envers les autres comme il voudrait qu'on agît envers lui-même.

 

 

 


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