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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

henry_charles_carey.jpg

TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 6. — Les travaux nécessaires pour opérer des changements de lieu, viennent au second rang dans l'ordre de développement. Ils diminuent proportionnellement à mesure que s'accroissent la population et la richesse.


    Étroitement liés avec les mouvements de l'individu qui trafique, et placés au second rang dans l'ordre de développement, viennent ensuite les travaux consacrés à opérer les changements de lieu. Aux époques reculées, ces travaux se bornent presque entièrement à changer de résidence les individus réduits en esclavage, ainsi que nous le voyons dans la plus grande partie de l'Afrique, et, jusqu'à un certain point, dans nos États du sud. Peu à peu, cependant, le conducteur de chameaux, le roulier et le marin, font leur apparition sur la scène ; formant une portion très-importante parmi les membres de la société, à raison de la quantité considérable d'efforts musculaires indispensables pour transporter une faible quantité de marchandises. Là, encore, nous constatons que l'industrie qui se développe le plus promptement est celle qui exige le moins de connaissances. Pour le roulier, il est indifférent de savoir ce qu'il transporte, que ce soit des balles de coton, du rhum, ou des livres de prières ; et quant au marin, il lui importe peu de porter de la poudre de guerre aux Africains, ou des vêtements aux peuplades des îles Sandwich, pourvu qu'il soit satisfait du prix qui lui est alloué pour le transport. Avec le développement de la richesse et de la population, et avec l'accroissement dans la puissance d'association qui en résulte, la nécessité du transport diminue, tandis que les facilités pour effectuer les changements de lieu s'accroissent aussi invariablement. La route à barrière de péage et le chemin de fer remplacent bientôt, et successivement, le sentier indien, comme le navire et le steamer remplacent le simple canot ; et à chaque pas fait dans cette direction, il y a diminution dans la proportion des membres de la société qu'il faut employer de cette façon, accompagnée d'un accroissement dans la proportion de la puissance musculaire et intellectuelle que l'on peut appliquer à accroître la quantité de produits susceptibles d'être transportés.
 

 

 

 

 

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 7. — Travaux nécessaires pour opérer des changements mécaniques et chimiques dans la forme; ils exigent un degré de connaissance plus élevé. Avec cette connaissance arrive la richesse.

    
    Immédiatement après, dans l'ordre de développement, viennent les changements mécaniques et chimiques dans la forme de la matière, changements plus concrets et plus spéciaux.

    Une branche arrachée à un arbre suffit à Caïn pour accomplir le meurtre de son frère Abel ; mais il aurait eu besoin de comprendre la nature de la matière qu'il fallait employer pour fabriquer un couteau, avant qu'il pût la convertir en arc, ou transformer en canot le tronc d'arbre auquel il avait arraché la branche. La peau peut être arrachée au daim et employée comme vêtement ; mais il faut que le pauvre sauvage de l'Ouest possède quelques connaissances pour la transformer en chaussures. On peut se servir de la pierre comme d'une arme offensive ; mais il faut connaître quelque peu les propriétés de la matière, pour découvrir qu'elle contient du fer, et savoir plus encore, si l'on veut être capable de convertir le fer en épées et en bêches.

    Avec cette connaissance arrive le pouvoir de l'homme sur la matière, ou, en d'autres termes, sa richesse ; et à chaque accroissement de puissance, il devient de plus en plus capable de vivre en rapport avec ses semblables ; s'associant avec eux pour l'établissement ou le maintien de leurs droits d'individu ou de propriétaire. Le mouvement devient plus continu, en même temps qu'a lieu un accroissement constant dans sa rapidité ; et à chaque accroissement de cette nature, la société tend à revêtir une forme plus naturelle et plus stable ; la proportion des individus qui vivent de l'appropriation diminue invariablement, en même temps qu'a lieu une augmentation correspondante dans la proportion de ceux qui vivent en déployant leurs facultés physiques et intellectuelles. Le droit tend donc à triompher de la force, avec la diminution dans la proportion des travaux de la société, nécessaires pour sa défense personnelle ; il se manifeste en même temps un accroissement dans la proportion des travaux qui peuvent être appliqués à conquérir la puissance sur les forces de la nature ; et à chaque pas fait dans cette direction, le sentiment de responsabilité qui accompagne l'exercice de la puissance tend constamment à augmenter.

 

 

 

 

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 8. — Changements vitaux dans les formes de la matière. L'agriculture est l'occupation capitale de l'homme. Elle exige une somme considérable de connaissances, et c'est pourquoi elle est la dernière à se développer.

    
    Après les travaux énoncés plus haut, et leur succédant dans l'ordre du développement, viennent ceux que l'on applique à opérer les changements vitaux dans les formes de la matière, et qui sont suivis d'une augmentation dans la quantité des choses susceptibles d'être transformées, transportées, vendues ou achetées.

    Les travaux du meunier n'opèrent aucun changement dans la quantité de substance alimentaire qui doit être consommée, non plus que ceux du filateur dans la quantité de l'étoffe de coton qui doit être usée ; mais nous devons aux travaux du fermier une augmentation dans la quantité du blé et de la laine.

    L'exercice de ce pouvoir se borne à la terre seule. L'homme façonne et échange ; mais, avec toute sa science, il ne peut façonner les éléments dont il est entouré, pour en former un grain de blé ou un flocon de laine. Une partie de son travail étant consacrée à façonner la grande machine elle-même, produit des changements qui sont permanents ; le canal de dérivation une fois ouvert reste un canal, et la pierre à chaux, une fois réduite à l'état de chaux pure, ne revient pas à son premier état.

    Passant dans la nourriture de l'homme et des animaux, celle-ci prend toujours sa part dans le même cercle, en même temps que l'argile avec laquelle elle s'est combinée. Le fer, en se rouillant, passe peu à peu dans la profondeur du sol, pour en faire partie à son tour, en même temps que l'argile et la chaux. Cette portion du travail de l'homme lui donne un salaire, tandis qu'il prépare la machine pour une production future bien plus considérable : mais celle qu'il applique à façonner et à échanger les produits de la machine, ne donne lieu qu'à des résultats temporaires et ne lui donne qu'un salaire seulement. Tout ce qui tend à diminuer la proportion de travail nécessaire pour façonner et échanger, tend à augmenter la proportion de celui qui peut être consacré à augmenter la quantité des choses dont la forme peut être changée de nouveau, et à développer les qualités de la terre ; et de cette manière, en même temps qu'il y a accroissement dans la rémunération actuelle du travail, il se prépare pour l'avenir un accroissement nouveau.

    Le pauvre cultivateur qui vient le premier obtient pour son salaire d'une année, cent boisseaux (de blé) qui lui donnent beaucoup de peine à broyer entre deux pierres ; et pourtant ce travail ne s'accomplit que très-imparfaitement. S'il avait un moulin dans le voisinage, il aurait de meilleure farine ; et il pourrait consacrer presque tout son temps à cultiver sa terre. Il arrache son blé ; s'il possédait une faux, il aurait plus de temps à donner à la préparation de la machine productrice. Il perd sa hache, et il lui faut plusieurs jours de voyage pour qu'il puisse s'en procurer une autre. Sa machine subit une perte de temps et d'engrais, double perte qu'il eût épargnée si le fabricant de haches eût été à sa portée. L'avantage réel qui résulte de l'emploi du moulin et de la faux, et de la proximité du fabricant de haches, consiste simplement en ce que le cultivateur économise le temps et peut consacrer son labeur, d'une façon plus continue, à l'amélioration de la grande machine productrice ; et c'est ce qui a lieu, pareillement, à l'égard de tous les instruments de préparation et d'échange. La charrue lui permettant de faire en un seul jour autant de besogne qu'il en pourrait faire avec une bêche en plusieurs journées, le temps qu'il gagne ainsi peut être employé au drainage. La machine à vapeur, opérant le drainage avec assez de puissance pour remplacer le travail de milliers de journées, il lui reste maintenant plus de loisir pour amender sa terre avec de la marne ou de la chaux. Plus il peut tirer de sa machine, plus la valeur de celle-ci est considérable, toute chose qu'il enlève devenant, par suite de cet acte même, changée dans sa forme et appropriée à une production nouvelle. La machine s'améliore donc par l'usage, tandis que les bêches, les charrues et les machines à vapeur, et tous les autres instruments employés par l'homme, ne sont que les formes diverses, qu'il donne aux diverses parties de la grande machine primitive, pour disparaître dans l'acte de leur emploi, de même que les aliments, bien que cela n'ait pas lieu aussi rapidement. La terre est la grande banque des épargnes du travail et la valeur, pour l'homme, de toutes les autres choses, est en raison directe de leur tendance à l'aider à augmenter le chiffre de ses dépôts dans la seule banque dont les dividendes s'accroissent constamment, en même temps que son capital augmente sans cesse. Pour continuer à le faire sans interruption, tout ce qu'elle demande, c'est que le mouvement soit maintenu en lui restituant le rebut de ses produits, l'engrais ; et pour qu'il en soit ainsi, il faut que le consommateur et le producteur se rapprochent l'un de l'autre. Cela fait, chaque changement qui a lieu devient permanent, et tend à faciliter d'autres changements plus considérables. Toute l'industrie du fermier consistant à créer et à améliorer des sols, la terre le récompense de ses soins généreux en lui donnant des aliments de plus en plus, à mesure qu'il lui consacre plus de soins.

    La grande occupation de l'homme, c'est l'agriculture. C'est la science qui exige le plus de connaissances, et les connaissances les plus variées, et conséquemment c'est celle qui, en tout pays, se développe la dernière. Ce n'est que d'aujourd'hui qu'elle devient une science ; et elle ne le devient qu'avec le secours des connaissances en géologie, en chimie et en physiologie, dont la plus grande partie même n’est que le résultat de travaux modernes. Elle est plus récente aussi, par ce motif qu'elle est très exposée à l'intervention de la part des soldats, des trafiquants et autres individus qui s'occupent de l'oeuvre d'appropriation. Le guerrier se sent en sûreté renfermé dans l'enceinte de son château fort ; le trafiquant, le cordonnier, le tailleur, le fabricant d'épées et de haches d'armes se renferment dans les murs de la ville ; et cette ville elle-même est placée sur le terrain le plus élevé du voisinage, dans le but de garantir la sécurité de ceux qui l'habitent, ainsi qu'on peut le voir dans les anciennes villes de la Grèce et de l'Inde, de l'Italie et de la France. L'agriculteur, au contraire, étant forcé de travailler hors de l'enceinte des villes, voit sa propriété ravagée, toutes les fois qu'il existe un conflit entre la société commerçante dont il fait partie et celles dont il est voisin. Dans toute occasion de cette nature, le mouvement est interrompu, et il est forcé de chercher une protection pour lui et sa famille dans l'enceinte des murs de la ville ; événement qui entraîne une interruption quotidienne dans ses travaux, à raison de la distance qui existe entre le théâtre de ses efforts journaliers et son lieu de refuge. Plus est grand le pouvoir de l'homme sur la nature, plus est considérable la puissance d'association en vue de la sécurité générale, et plus est grande la tendance au maintien de la paix ; et conséquemment, il arrive que la richesse tend à augmenter à mesure que la force augmente chaque jour.
 

 

 

 

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 9. — Le commerce est le dernier dans l'ordre successif. Il se développe avec l'accroissement de la puissance d'association.


    Le dernier, dans l'ordre du développement, vient le commerce. Tout acte d'association étant un acte de commerce, celui-ci tend nécessairement à s'accroître, à mesure qu'avec le développement du pouvoir obtenu sur la nature, les hommes deviennent capables de se procurer des quantités plus considérables de subsistances, sur des superficies de terrain constamment moindres. Pendant l'époque où ils ne cultivent que des terrains ingrats, et où ils sont forcés de rester éloignés les uns des autres, la faculté d'entretenir le commerce existe à peine, ainsi que nous le voyons aujourd'hui en Russie, en Portugal, au Brésil et au Mexique ; mais c'est alors qu'il arrive que le pouvoir du soldat, du trafiquant et autres, qui vivent de l'appropriation est le plus absolu. Avec le progrès de la population et de la richesse, les hommes se trouvent à même de cultiver les sols fertiles de la terre ; et alors ils ont plus de loisir pour perfectionner leur intelligence et construire les machines nécessaires pour obtenir un accroissement de pouvoir. Ce progrès, à son tour, leur permet de perfectionner leurs modes de culture, tandis que la diversité de travaux amène avec elle la puissance d'association et le développement de l'individualité, en même temps qu'un sentiment plus intense de responsabilité, et une plus grande faculté de progrès ; et c'est ainsi que chacun vient en aide à ses semblables et en est aidé. Plus le commerce est considérable, moins est impérieuse la nécessité d'avoirs recours aux services du trafiquant, moins est grande la proportion de ce qu'il faut payer pour de pareils services, plus est considérable la proportion (du temps) qui peut être consacré à développer la puissance productive de la terre, et plus est rapide le développement ultérieur du commerce.

 

 

 


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  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 10. — Plus la forme de la société est naturelle, plus elle a de tendance à la durée. Plus est complète la puissance d'association, plus la sociéte tend à revêtir une forme naturelle. Plus les différences sont nombreuses, plus est considérable la puissance d'association.

    
    La machine sociale, comme la machine humaine, se compose de parties agissant d'une façon indépendante, et dont chacune toutefois se trouve dans une harmonie parfaite et réciproque. L'estomac accomplit son acte, pendant que les yeux sont fermés dans le sommeil ; et l'oreille est ouverte, lors même que les nerfs auditifs ne sont pas excités. Chacun de ces organes change de jour en jour dans ses parties constituantes, la machine restant cependant toujours la même ; et, plus est rapide l'assimilation de la nourriture nécessaire pour l'accomplissement de ces changements, plus est parfaite l'action de l'ensemble ; et plus est grande la tendance à la stabilité et à la durée de la machine elle-même. Il en est de même à l'égard de la société, sa tendance, à la régularité constante et à la durée, étant en raison directe de la rapidité du mouvement qui s'accomplit entre ses diverses parties, et de l'activité du commerce.

    Plus la forme est naturelle, plus est grande, ainsi que nous le voyons partout, la tendance à la continuité de l'existence. Déchargez d'un tombereau un amas de terre et il prendra immédiatement, de lui-même, presque la forme d'une pyramide ; et le monceau accumulé continuera de prendre cette forme aussi longtemps qu'il grossira, la base s'élargissant constamment à mesure que le faîte gagne en hauteur. L'Himalaya et les Andes dureront à jamais, parce qu'ils ont naturellement la forme d'un cône ou d'une pyramide, la plus belle de toutes celles que la matière puisse revêtir. Les Pyramides d'Égypte démontrent combien cette forme est durable ; après des milliers d'années, elles restent encore aussi parfaites qu'elles l'étaient à l'époque des souverains qui les firent élever. Si nous reportons notre attention sur la machine sociétaire, nous constatons que partout, à mesure que la richesse et la population s'accroissent, ses membres s'occupent de creuser plus profondément ses fondations, produisant au jour la marne et la chaux, la houille et le minerai si abondants au sein de la terre ; nous constatons encore qu'à mesure que les fondations deviennent plus profondes, l'élévation augmente, en même temps qu'il y a diminution dans la proportion du sommet ; et que chaque mouvement dans cette direction est suivi d'un accroissement dans l'attraction locale, nécessaire pour produire le même double mouvement, dont nous apercevons l'existence répandue dans tout l'univers, et auquel sont dus l'harmonie parfaite et la merveilleuse durée du système cosmique.

    Si nous considérons le monde végétal, nous voyons partout, que la tendance à la durée est en raison de la profondeur et de l'étendue de la racine, comparées à la longueur de la tige. L'arbre qui croît dans une forêt et qui est entouré d'autres arbres, comme lui enfermés et étouffés de toute part, n'obéit qu'à la seule influence de la centralisation, et s'élève rapidement pour chercher la lumière et l'air, dont il serait privé si l'on permettait aux autres arbres de le dominer. Comme il ne pousse que de faibles racines, son peu de résistance se révèle bientôt, lorsque débarrassé des arbres qui l'entourent, il reste exposé à l'action du vent. Ceux, au contraire, qui se sont développés, dans des sites où l'air et la lumière abondaient, ont des racines proportionnées à leur hauteur et à leur largeur, et sont encore debout après des siècles écoulés, ainsi qu'on l'a vu arriver pour un nombre si considérable de chênes en Angleterre.

    Plus est considérable le nombre des individus qui peuvent vivre réunis, plus doit être considérable la puissance d'association, plus le mouvement doit être constant, régulier et rapide, plus doit être complet le développement des facultés, et plus doit être grande la tendance à creuser plus profondément les fondations de la société, en développant les merveilleux trésors que renferme la terre. Plus est prononcée la tendance à utiliser les diverses forces qui se présentent sous la forme de puissance hydraulique, de masses de houille, de fer, de plomb, de cuivre, de zinc, et d'autres métaux, plus est grande nécessairement la tendance à la formation de centres locaux, neutralisant l'attraction qui porte vers le chef-lieu politique ou commercial ; en même temps qu'il y a tendance constante au déclin de la centralisation, et diminution constante dans la proportion qui s'établit entre les soldats, les hommes politiques, les trafiquants et tous les autres individus faisant partie de la classe qui vit de l'appropriation, et la masse de la population dont la société se compose ; en même temps qu'il se manifeste également une tendance constante à obtenir ce résultat : la société elle-même revêtant cette forme que l'on voit partout concentrer et réunir la beauté, la solidité et la durée, celle d'un cône ou d'une pyramide.


 

 

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 11. — Histoire naturelle du commerce. Classification et démonstration des sujets, de l'ordre, de la succession, et de la coordination des classes de producteurs, d'individus chargés du transport et de consommateurs de produits industriels. Les analogies de la loi universelle.

    
    Un arbre se conformant dans ses dispositions de structure aux conditions que nous avons décrites plus haut, ainsi qu'on peut le voir dans le diagramme présenté ci-contre, et ses ramifications de racines et de branches, servant à démontrer l'histoire naturelle du commerce sociétaire, il peut y avoir un certain avantage à présenter, avec quelque détail, les faits démonstratifs qui lui correspondent. Admettons donc que la tige est le commerce, dans le sens où nous entendons ce mot, et que les racines lui sont subordonnées. Dans le premier état de la société, c'est-à-dire l'état de chasseur, la seule affaire de l'homme consiste dans l'appropriation, les animaux sauvages et leurs produits, les végétaux et les fruits, poussés sans qu'il y ait donné ses soins et développés sans qu'il les ait cultivés, devenant sa proie. Dans cette période, il n'existe ni trafic, ni industrie manufacturière, ni agriculture ; et la jeune plante, dans des circonstances parallèles, ne montre que les branches primitives et les racines les plus élevées, dont la production n'est que peu avancée. N'ayant point de termes pour décrire d'une façon précise les périodes moins importantes du développement social, les états sauvage, pastoral et patriarcal que nous traversons pour arriver à cet état auquel le trafic et le transport des denrées donnent leur caractère propre, le diagramme ci-contre, ainsi que le lecteur le verra, offre nécessairement des lacunes dans les branches nécessaires pour leur démonstration méthodique.Arbres des industries

    Dans la seconde époque, la propriété étant détenue en vertu d'un titre un peu plus stable que la simple occupation et la possession manuelle, le trafic naît et se fonde sur sa reconnaissance réciproque. Le changement de lieu s'effectuant alors par les moyens ses plus grossiers de transport, l'eau et l'air, —branches-racines —sont les forces naturelles que l'on met donc en oeuvre pour l'accomplissement de ce but ; le canot et le bateau à voile utilisent les rivières et les vents. Le marin et le marchand, et le voiturier par la voie de terre avec son chameau, ou son boeuf, ou son cheval, et peut-être son chariot, forment alors les parties importantes du système sociétaire.

    Immédiatement après, dans l'ordre successif, viennent les manufactures correspondant avec les racines qui sont les troisièmes dans le rang occupé ; car, parmi les sujets primitifs, qui marquent cette époque, les minéraux et les terres sont essentiels à la fois comme matériaux et comme instruments.. Toutefois, longtemps auparavant, le sauvage a été accoutumé à opérer des changements dans la forme de la matière ; son arc a été fabriqué avec du bois, et la corde de son arc avec les nerfs du daim ; son canot l'a été avec une écorce, en même temps qu'on l'a muni d'une peau de bête en guise de voile ; mais c'est vers une époque un peu plus avancée du progrès humain qu'il nous faut tourner nos regards, en ce qui concerne les travaux des hommes se rattachant à la transformation des minerais en instruments, ou du coton et de la laine en vêtements. Les métaux précieux, l'or, l'argent et le cuivre, se trouvant tout prêts ou à peu près pour les besoins, ainsi que les fruits et les animaux sauvages, sont employés de bonne heure pour l'ornement ; mais le fer, ce grand instrument de civilisation, et le charbon minéral, cet agent si important qui sert à transformer le fer natif, ne comptent que parmi les derniers triomphes de l'homme sur les forces puissantes de la nature.

    Ce sont donc les métaux, et les terres, branches-racines, qui correspondent à la branche principale, dans leur rapport nécessaire et dans la date de leur développement. C'est l'époque du progrès scientifique ; et c'est là que, en conséquence, nous rencontrons des phénomènes exactement d'accord avec ceux que nous avons observés par rapport à l'occupation de la terre, et sur lesquels a déjà été appelée l'attention du lecteur. Le cultivateur des terrains fertiles est mis à même de revenir, avec une augmentation de force, aux terrains plus ingrats qui avaient été occupés en premier lieu ; et il arrive alors que, développant leurs qualités latentes, il les place au premier rang sur la liste, où, jusqu'à ce jour, ils ne figuraient qu'au dernier, ainsi qu'on l'a vu sur une si grande échelle en Angleterre et en France (2).

    Pareillement, la science de la période plus récente se repliant sur le commerce grossier de la période plus ancienne, découvre les éléments cachés des règnes végétal et animal, et les propriétés chimiques et mécaniques des fluides liquides et élastiques, et les place sous l'empire de l'homme, augmentant ainsi sa force dans une proportion considérable, tandis qu'elle diminue, dans une proportion correspondante, la résistance offerte à ses efforts ultérieurs. L'eau, employée d'abord uniquement comme breuvage, ou, à cause de la faculté qu'elle possède, de porter un bateau ou un navire, l'eau maintenant fournit de la vapeur ; et l'air, qui n'était d'abord apprécié que comme indispensable aux besoins de la respiration, ou comme du vent pour enfler la voile, l'air se résout maintenant dans les gaz qui le composent, et devient propre à fournir la lumière et la chaleur ; en même temps que de mille autres manières il seconde les efforts, ou contribue aux jouissances de l'homme. Les mondes animal et végétal, qui, dans les premiers âges n'avaient donné au sauvage que des aliments et des remèdes, maintenant lui fournissent des acides, des alcalis, des huiles, des gommes, des résines, des drogues, des substances tinctoriales, des parfums, des poils, de la soie, de la laine, du coton et du cuir, et lui donnent par l'application de l'habileté et de la science manufacturières des vêtements, des habitations, tout ce qui contribue au bien-être et au luxe de la vie, sous les formes les plus variées de l'embellissement et de l'usage.

    Vient ensuite, et la dernière, l'agriculture qui embrasse, nécessairement, les découvertes et les influences de toutes les époques plus anciennes sur le progrès accompli en science et en pouvoir. Commençant grossièrement dans l'état sauvage, l'agriculture se développe un peu à l'époque du trafic ; mais, pour son développement le plus considérable, elle attend l'âge des manufactures, celui du développement scientifique, où l’on voit l'homme ayant déjà obtenu, dans une grande proportion, l'empire et la direction des forces naturelles destinées à son usage. S'appropriant les éléments tout formés de la nature, elle commande le secours du trafic et du transport, tandis qu'elle contraint de se mettre à son service toutes les forces chimiques et mécaniques fournies par l'âge des manufactures, embrassant ainsi tout le progrès de chaque époque précédente. Elle réclame non-seulement les secours de la physiologie végétale et animale et de la chimie organique et inorganique, mais encore les commodités et les applications de l'âge du transport, telles qu'elles se révèlent dans les routes, les navires et les ponts, et toutes les forces chimiques et mécaniques de l'âge des manufactures ; trouvant ainsi ses sujets, ses instruments et ses agents, dans les matériaux et dans les forces de toutes les branches du commerce humain, qui se sont développées antérieurement.

    Les branches secondaires de l'arbre indiquent la production successive des actions des diverses classes ; et c’est ainsi qu'il se fait qu'à la branche du sommet, après le chasseur viennent le soldat, l'homme d'État, et le rentier, tous individus non-producteurs, se développant dans leur ordre, procédant de la même tige, et en même temps que la civilisation augmente ; mais diminuant dans leur nombre proportionnel, à mesure que la société se développe de plus en plus. Dans l'état d'enfance cette branche placée au faîte — dans le monde naturel ou social — formait l'arbre tout entier.

    La branche suivante, la transportation, donne naissance aux voituriers par terre et par eau et aux trafiquants en marchandises (3), et finalement, lorsque la science et la civilisation sont arrivées à leur point de maturité, aux ingénieurs ; mais la proportion, par rapport à la masse d'individus dont la société se compose, diminue à mesure que les facultés de l'homme se développent de plus en plus, et que la société revêt de plus en plus sa forme naturelle.

    La troisième branche, consistant dans les changements chimiques et mécaniques de la forme, et engendrant à mesure qu'elle s'accroît, les ouvriers, les architectes, mineurs, machinistes et les nombreuses variétés d'autres professions, compense considérablement, et au-delà, les classes qui vivent de l'appropriation, du trafic et de la transportation.

    En dernier lieu, nous avons la branche des agriculteurs qui se subdivise, successivement, en celles des éleveurs de bestiaux et de volailles, des laitiers, des jardiniers ordinaires, de ceux qui cultivent les arbres fruitiers, et des laboureurs chargés d'accomplir la grande fonction fondamentale de producteurs, pour tous les autres travailleurs qui concourent à l'oeuvre du commerce social.

    Le lecteur ne doit pas perdre de vue, dans la théorie des parallèles que nous essayons ici, le souvenir de ce fait, que notre figure ne peut donner que la représentation contemporaine gle la distribution des diverses fonctions dans la société. Les branches placées au sommet sont en réalité les dernières produites par suite du développement de notre arbre ; et les premières poussées, se résolvent, par le changement de forme et l'accroissement de la substance dans les mères-branches, celles qui sont placées au plus bas de l'arbre parvenu à sa perfection ; mais l'identité des mères-branches est, en réalité, aussi bien perdue dans les autres branches de l'arbre qu'elle l'est dans la succession des fonctionnaires de l'État ; les chasseurs d'une race se transformant dans la série de leurs descendants en transportateurs, en manufacturiers et en savants cultivateurs du sol, successivement et à l'aide de développement de la civilisation. Le Breton indigène, ayant passé successivement par l'effet de la génération et de la régénération, dans toutes les formes de l'individu, nous apparaît aujourd'hui dans l'aristocratie anglaise ; mais l'individu qui lui correspond, en Australie, est encore un chasseur et un sauvage. Les appropriateurs de sa classe changeant, avec le changement des temps, se présentent à nous maintenant sous la forme de soldats, d'hommes d'État et de rentiers. Le non-producteur primitif faisait sa proie de ce que lui offrait la nature ; et les individus qui correspondent à ce non-producteur, chacun dans la voie qu'ils se sont tracée, font aujourd'hui leur proie de la société et de son industrie, et vivent aux dépens du commerce. Le sauvage le plus grossier était, de son temps, la branche la plus élevée de l'arbuste et vivait de pillage. Le soldat, de nos jours, est comme lui un spoliateur privilégié ; en même temps que l'homme d'État vit des impôts, et que le rentier de l'État tire tout son entretien des contributions levées sur toutes les classes qui contribuent au développement du commerce.

    Dans sa position relative, la branche du sommet est, conséquemment, encore à sa place ; et en parcourant tous les changements qui ont eu lieu dans le système général, elle a toujours occupé, et doit occuper toujours une position qui correspond au rapport établi entre les appropriateurs de l'espèce à l'égard des travailleurs de la société. On voit aussi, que dans l'échelle de la prééminence, la classe des transportateurs occupe sa place véritable. Le propriétaire du navire et le trafiquant en marchandises viennent, pour le rang et le pouvoir, après l'homme d'État, comme le transportateur suit le chasseur ; les deux classes à leur tour dominant la société, jusqu'au moment où l'industrie et le talent, ainsi que des relations intimes entre les individus, développent dans une population l'idée de se gouverner elle-même, et diminuent ainsi la puissance des classés qui s'occupent de trafic et de gouvernement.

    Les agriculteurs sont les derniers à se développer et à conquérir leur force légitime, mais ici nous rencontrons une difficulté résultant de l'insuffisance du langage ; il n'existe point de mots qui expriment convenablement la différence essentielle entre la culture sauvage, barbare et patriarcale, et la culture civilisée et savante de la terre. La différence entre les deux est tellement profonde qu'on ne peut les appeler du même nom général ; et nous ne faisons allusion maintenant qu'aux différences entre la culture à l'état d'enfance, de jeunesse et de maturité, pour rendre compte de ce fait que l'agriculture privée de lumières est éclipsée par les autres branches du commerce humain, jusqu'à l'instant où la fonction si importante de la production en tout genre, nécessaire pour satisfaire les besoins les plus élevés du monde, se développe et acquiert la perfection à laquelle elle est destinée et qu'elle doit atteindre, forcément, et en dernière analyse. Ce résultat étant obtenu et le cône étant géométriquement et socialement placé en équilibre sur la base de la science, les harmonies dans la distribution seront complètes.

    La racine pivotante s'enfonce plus profondément, et les branches se développent à mesure que l'arbre s'élève dans l'air. Les éléments impondérables, — la lumière, la chaleur et l'électricité, — sont les derniers parmi les éléments soumis à l'empire de l'homme et appropriés aux besoins de la vie. Le feu et l'eau, sous leurs formes et dans leur action sont naturellement connus de bonne heure ; mais ce n'est qu'à une époque avancée de progrès que leurs forces mécaniques et chimiques sont soumises à la direction de l'homme. La lumière était quelque peu comprise au siècle de la peinture ; mais ce n'est que d'aujourd'hui qu'elle est devenue l'esclave docile des arts, dans la photographie appliquée des portraits ; l'électricité est employée pour la transmission des nouvelles et le traitement des maladies ; mais considérée comme puissant moteur, ou comme force mécanique — devant remplacer le travail humain, — nous ne sommes encore pour ainsi dire qu'au seuil de la découverte. L'agriculture compte sur ces agents et sur le développement de la météorologie pour régir, en souveraine, sa sphère spéciale de service dans la vie de l'homme.

    Dans le cheval et dans l'homme, la disposition des parties constituantes qui donne la plus grande force étant de la beauté la plus élevée, il en devait être de même par rapport aux agglomérations d'individus qui forment les sociétés.

    A chaque pas fait dans la direction que nous avons indiquée plus haut, la société acquiert une individualité plus parfaite, ou la faculté plus complète de se gouverner elle-même ; et plus cette faculté est entière, plus est grande la disposition de cette société à concerter ses efforts avec ceux des autres sociétés de l'univers, et plus est considérable son pouvoir de s'associer avec elles sur la base d'une stricte égalité. Ce qui a lieu pour les individus a lieu également pour les communautés sociales. Plus est parfaite l'individualité de l'homme, plus est grande sa disposition à l'association, et plus est complète sa faculté de combiner ses efforts avec ceux des autres hommes ; et ici nous trouvons une nouvelle preuve du caractère d'universalité des lois qui régissent la matière sous toutes ses formes, depuis le roc jusqu'au sable et à l'argile, éléments dans lesquels il se décompose ; et de là, en remontant et traversant les végétaux et les animaux pour arriver aux sociétés humaines.

 

 

 

 


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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 12. — Idée erronée, suivant laquelle les sociétés tendent naturellement à passer par diverses formes, aboutissant toujours à la mort. Il n'existe pas de raison pour qu'une société quelconque n'arrive pas à devenir plus prospère, de siècle en siècle.

    
    Comme en vertu d'une grande loi mathématique, il est nécessaire, que lorsque plusieurs forces se combinent pour produire un résultat donné, chacune d'elles soit étudiée isolément et traitée comme s'il n'en existait aucune autre, telle a été précisément la marche que nous avons adoptée plus haut. Nous savons que l'homme tend à augmenter en quantité et dans son pouvoir sur la nature, et que chaque progrès fait successivement, dans la route qu'il poursuit vers la science et le pouvoir, n'est que le prélude de progrès nouveaux et plus considérables, qui lui permettront d'obtenir de plus grandes quantités de subsistances et de vêtements, plus de livres et de journaux et un abri plus confortable, au prix de moindres efforts musculaires. On constate cependant qu'en dépit de cette tendance, il existe diverses sociétés où la population et la richesse décroissent constamment ; tandis que parmi celles qui sont en progrès, il n'en existe pas deux où le degré de progrès soit le même. Dans quelques parties de la terre, les lieux qui jadis étaient occupés par d'immenses agglomérations d'individus, sont aujourd'hui complètement abandonnés ; tandis qu'en d'autres la malheureuse portion restante vit dans un état de pauvreté, de misère et d'esclavage, bien qu'elle cultive les mêmes terres qui, autrefois, nourrissaient des milliers d'individus riches et vivant dans la prospérité ; et de là l'on s'est hâté de conclure que les sociétés ont une tendance naturelle à traverser, successivement, les diverses formes de l'existence qui aboutissent à la mort physique et morale ; mais assurément les choses ne se passent pas ainsi en réalité. Il n'y a aucun motif naturel pour qu'une société quelconque ne réussisse pas à devenir plus prospère d'année en année ; et lorsque cela n'a pas eu lieu, ça a été la conséquence de causes perturbatrices dont chacune a besoin d'être étudiée isolément, si l'on veut comprendre jusqu'à quel point elle a tendu à produire l'état de choses existant ; mais préalablement à cette étude, il est nécessaire que nous comprenions quelle serait la marche des choses, si de pareilles causes n'existaient pas. Le médecin, bien qu'on ne lui demande pas de traiter l'individu qui jouit d'une parfaite santé, commence invariablement ses études par constater quelle est l'action naturelle de l'organisation ; cela fait, il se sent capable de se livrer à l'examen des causes perturbatrices, par suite desquelles la santé et la vie sont constamment détruites. La physiologie est le préliminaire indispensable de la pathologie, et cela est aussi vrai de la science médicale que de la science sociale.

    Maintenant que nous avons complété l'étude de la physiologie de la société, en montrant ses progrès vers une forme naturelle et stable, nous consacrerons les chapitres suivants à sa pathologie, dans le but de constater quelles ont été les causes du déclin et de la chute des diverses sociétés qui ont péri ; et en même temps pourquoi le degré de progrès est si profondément différent, dans les sociétés qui existent aujourd'hui.

 

 

 


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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 13. — La théorie de M. Ricardo conduit à des résultats directement contraires, en prouvant que l'homme doit devenir de plus en plus l'esclave de la nature et de ses semblables. Caractère antichrétien de l'économie politique moderne.

    
    La théorie de Ricardo, relative à l'occupation de la terre, conduit à des résultats complètement contraires à ceux que nous avons retracés plus haut. Si l'on commence l'oeuvre de la culture sur les sols les plus fertiles, qui sont toujours ceux des vallées, il suit de là qu'à mesure que les individus deviennent plus nombreux, ils doivent se disperser, gravissant les hauteurs, ou cherchant en d'autres cantons des vallées où les terrains riches soient demeurés jusqu'à ce jour sans appropriation. La dispersion amenant avec elle un plus grand besoin d'avoir recours aux services du soldat, du marin et du trafiquant, est accompagnée d'un accroissement constant de possibilité, pour ceux qui ont approprié la terre, de demander un payement en retour de la jouissance qu'ils concèdent, et c'est ainsi qu'il se produit un accroissement constant dans les proportions et dans l'importance des classes qui vivent en vertu de l'exercice de la puissance d'appropriation. La centralisation se développe conséquemment, et son développement est en raison directe de la diminution du pouvoir de l'individu de satisfaire son désir naturel qui le porte â l'association avec ses semblables, et à ce développement de ses facultés qui le rend apte à l'association, et lui permet d'obtenir un empire plus étendu sur les forces merveilleuses de la nature. Le plus grand nombre d'individus, dans ce cas, deviennent, d'année en année et de plus en plus, les esclaves de la nature et de leurs semblables ; et cela a lieu également en vertu de ce qui (s'il faut en croire M. Ricardo et ses successeurs) est une grande loi établie par le Créateur pour le gouvernement de l'espèce humaine.

    S'il en était ainsi, la société prendrait une forme directement opposée à celle que nous présentons ici, — celle d'une pyramide renversée, — tout accroissement dans la population et la richesse étant indiqué par une irrégularité et une instabilité croissantes, avec une détérioration correspondante dans la condition de l'individu. Cependant l'ordre ayant été la première loi du ciel, il est difficile de comprendre comment une loi semblable à celle qu'annonce M. Ricardo pourrait venir à sa suite, et le simple fait que cette loi produirait un pareil désordre, semblerait une raison suffisante de douter de sa vérité, si même elle ne la faisait rejeter immédiatement. Il en est de même de la loi de Malthus, qui conduit inévitablement à la soumission du plus grand nombre à la volonté du plus petit, à la centralisation et à l'esclavage. Aucune loi semblable ne peut ou ne pourrait exister. Le Créateur n'en a établi aucune en vertu de laquelle la matière dût nécessairement revêtir sa forme la plus élevée, celle de l'homme, dans une proportion plus rapide que celle où cette matière tendait à revêtir ses formes plus humbles : celles des pommes de terre et des navets, des harengs et des huîtres nécessaires à la subsistance de l'homme. Le grand Architecte de l'univers n'a pas été un faiseur de bévues tel que l'économie politique moderne voudrait nous le représenter. Dans sa sagesse suprême, il n'avait pas besoin d'établir des catégories différentes de lois pour régir une matière identique. Dans sa justice souveraine, il était incapable d'en établir aucune qui pût être alléguée pour justifier la tyrannie et l'oppression. Dans son infinie miséricorde, il ne pouvait en créer aucune qui pût autoriser parmi les hommes ce manque de compassion pour leurs semblables, tel qu'il se montre maintenant chaque jour, dans des ouvrages d'économie politique moderne qui jouissent d'une grande autorité (4).

    En parlant de la théorie de Ricardo, un éminent écrivain moderne assure à ses lecteurs « que cette loi générale de l'industrie agricole est la plus importante proposition en économie politique ; » et que « si cette loi était différente, presque tous les phénomènes de la production et de la consommation de la richesse seraient autres qu'ils ne sont. » Ils seraient autres, sans doute, que ceux qui ont été décrits par les économistes mais non pas « autres que ce qu'ils sont réellement. » La loi qu'on suppose être vraie conduit à la glorification du trafic, cette occupation de l'individu qui tend le moins à développer l'intelligence de l'homme, et qui tend aussi le plus à endurcir le coeur pour les souffrances de ses semblables ; tandis que la loi réelle trouve son point le plus élevé, dans le développement de ce commerce de l'homme avec son semblable qui tend le plus à son progrès, comme être moral et intelligent, et à la formation de ce sentiment de responsabilité envers son Créateur, pour l'usage qu'il fait des facultés qu'il a reçues en don et de la richesse qu'il lui est permis d'acquérir. L'une des lois est antichrétienne dans toutes ses parties, tandis que l'autre, à chaque ligne, est en accord parfait avec la grande loi du christianisme, qui nous enseigne que nous devons faire aux autres ce que nous voudrions qu'ils nous fissent, et avec le sentiment qui inspire cette prière :

    " Cette pitié que je montre envers mes semblables, cette pitié montre-la envers moi. »
 

 

 

 

 

 

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  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

Notes de bas de page

 

 

1 - En parlant de la loi des proportions définies, M. Comte s'exprime en ces termes : « L'insuffisance de la théorie, par rapport aux corps organiques, fait voir qu'on ne peut soumettre à l'examen la cause de cette immense exception ; et une pareille recherche appartient autant à la physiologie qu'à la chimie. » (Philosophie positive, t. 1, p. 14, résumé de Miss Martineau.) Sachant, ainsi que nous le faisons, combien ces deux sciences sont de date récente, il n'y a pas lieu d'être surpris qu'une partie de leurs rapports réciproques reste encore à découvrir.        Retour

2 - Dans l'ouvrage qu'il a récemment publié (Des Systèmes de culture), M. Passy apprend à ses lecteurs que, dans les pays où l'agriculture a fait des progrès, « les terrains qui, autrefois, étaient regardés comme trop pauvres pour mériter d'être cultivés d'une façon continue et régulière, sont regardés aujourd'hui comme les meilleurs ». Et après avoir retracé l'état des choses à cet égard, en Belgique et en France, il ajoute : « Qu'en Angleterre c'est un fait établi, en différents comtés, que les terres appelées bonnes terres sont affermées à raison de 22 à 25 schellings par acre, tandis que celles que l'on regardait autrefois comme pauvres, se louent au prix de 30 à 35 schellings. » Des changements analogues, ainsi qu'il le démontre, sont aujourd'hui en voie de s'accomplir en France.
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3 - Le trafic d'hommes réduits en esclavage commence à l'époque la plus ancienne, celui de la pure force brutale.
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4 - Le travail, ainsi que nous l'apprennent les économistes anglais, est « une denrée, » et si les individus veulent, en se mariant, satisfaire ce désir naturel qui les porte à s'associer avec des êtres de leur espèce, et qu'ils élèvent des enfants pour une industrie encombrée et expirante, » c'est à eux de subir les conséquences, « et si nous nous trouvons placés entre l'erreur et ses conséquences, nous sommes aussi placés entre le mal et ses remèdes ; si nous arrêtons le châtiment (dans le cas où il ne va pas positivement jusqu'à la mort) nous perpétuons le péché. « Les mots indiqués en italique l'ont été par le rédacteur de la Revue. Il serait difficile de trouver, ailleurs, une plus forte preuve de la tendance d'une fausse économie politique à froisser tout sentiment chrétien, que celle qui est contenue dans l'extrait ci-dessus. (Revue d'Édimbourg. Octobre 1849).
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  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
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  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

   

    § 1. — La guerre et le trafic forment les traits caractéristiques des premières époques de la société: Le besoin des services du guerrier et du trafiquant diminue avec le développement de la richesse et de la population. Le progrès des sociétés, dans la voie de la richesse et de la puissance, est en raison directe de leur faculté de se passer des services de tous deux.


    Dans la première période de la société, les hommes étant pauvres et dispersés sur un grand espace, il est nécessaire qu'ils soient toujours préparés à se défendre eux-mêmes. Tel a été le cas des premiers colons des États-Unis, tel est le cas de ceux qui aujourd'hui s'apprêtent à occuper les États de l'Orégon, de Washington et d'autres territoires de l'Ouest. Cette nécessité disparaissant avec l'accroissement de la population et l'accroissement de la puissance d'association qui en résulte, les hommes peuvent poursuivre leurs travaux d'une manière plus continue, affranchis désormais de la crainte de voir leurs champs ravagés, leurs maisons et leurs instruments détruits, leurs femmes et leurs enfants massacrés sous leurs yeux ; et c'est alors que la production s'accroît rapidement, avec une tendance plus prononcée vers le développement de l'individualité, ainsi que vers le progrès physique, moral et social.

    Dans cette période, les services du trafiquant sont également une des nécessités de la vie. N'ayant que peu à échanger, les colons disséminés saluent l'arrivée du colporteur, qui reçoit d'eux le surplus de leurs produits contre des souliers, des couvertures, des chaudrons, des scies ou des gants. Ici cependant nous voyons une série d'opérations semblables à celles que nous avons observées par rapport aux mesures prises pour la défense personnelle ; le besoin des services du soldat et du trafiquant diminue, à mesure que les fabricants de souliers, de couvertures, de chaudrons et de gants, viennent prendre place dans la colonie ; et l'on voit cette diminution, à chacun de ses degrés, coïncider avec un accroissement dans la continuité de l'effort, dans le développement des facultés individuelles, et dans la puissance de la communauté dont les individus font partie.

    La diminution des besoins étant accompagnée d'une diminution dans l'effort exigé pour leur satisfaction, chaque pas successif dans la direction qui a été indiquée ci-dessus, est accompagné d'une décroissance dans la proportion des travaux de la communauté nécessaires à l'oeuvre de la défense personnelle, ou à celle du trafic ou des transports. Plus cette proportion est faible, plus doit être considérable, naturellement, celle des travaux qui peuvent être appliqués à l'oeuvre de la culture, en même tennis que la puissance d'association augmente et que le commerce se développe. Les deux nécessités que nous venons de retracer formant les obstacles les plus importants qui s'opposent à la satisfaction du premier et du plus vif désir de l'homme, il en résulte que plus ceux-ci pourront être écartés, plus la sécurité de sa personne et de sa propriété deviendra complète, plus aussi son travail deviendra productif, moins sera grande la valeur de tous les objets nécessaires à sa consommation ; et plus grand doit être son pouvoir d'accumuler la richesse. La vérité de ce principe devient évidente, par la satisfaction qu'éprouvent en tout lieu les membres d'une communauté, lorsque par une cause quelconque, ces nécessités sont ou amoindries, ou annihilées ; et la puissance de l'association pour les entreprises pacifiques s'en accroît d'autant.

    Cette appréciation ne doit cependant pas s'étendre à ceux qui tirent profit du pouvoir qu'ils exercent sur leurs semblables, soit comme hommes de guerre, soit comme hommes d'État ou trafiquants. Le soldat, cherchant le pillage pour lequel il est toujours prêt à risquer sa vie, a peut-être approprié de vastes terrains qui ont besoin d'esclaves pour leur culture ; ou bien d'autres individus sont disposés à acheter les prisonniers qu'il peut faire. Le trafiquant, de son côté, qui profite de l'irrégularité des communications en temps de guerre, achète des hommes et des marchandises, dans les lieux et au moment où ils sont à bon marché, et les revend dans les lieux et au moment où ils sont chers. Tous cherchent à centraliser dans leurs mains l'autorité exercée sur ceux qui les entourent, le soldat, en monopolisant le pouvoir de lever les impôts, le grand propriétaire terrien, les produits que lui fournit le travail de ses esclaves ; et le trafiquant, désirant accaparer partout à son profit l'achat et la rente de ces produits, de manière à imposer les prix, auxquels il entend les acheter ou les vendre. Ce sont tous des intermédiaires faisant obstacle à l'association, et qui s'opposent à toute relation continue entre les individus qui produisent et ceux qui ont besoin de consommer. Les progrès d'une société vers la richesse et la puissance étant en raison directe de la combinaison des efforts parmi les membres qui la composent, il s'ensuit que l'avancement, vers l'un ou l'autre de ces biens, doit être en proportion des moyens qu'ils ont de se passer des services de l'homme politique, du soldat, du propriétaire d'esclaves et du trafiquant, de cette classe qui subsiste en vertu du simple acte de l'appropriation. Cependant chaque mouvement dans cette direction tendant à une diminution de leur pouvoir, le soldat, le trafiquant et l'homme politique, se liguent partout pour assujettir le peuple, ainsi qu'on l'a vu à Athènes ou à Rome, et qu'on peut l'observer aujourd'hui dans tous les pays de l'Europe et de l'Amérique. L'histoire du monde n'est qu'un monument des efforts de la minorité pour taxer la majorité, et des efforts de cette dernière pour échapper à cette taxe. Toutefois le succès ne s'accomplit que lentement et péniblement, à raison du pouvoir que possèdent ceux qui vivent de l'appropriation, de se réunir dans les villes, tandis que ceux qui contribuent à former les revenus des premiers sont dispersés dans tout le pays.

 

 

 

 

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