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2 janvier 2005 7 02 /01 /janvier /2005 00:17

CHAPITRE XIV

Troisiéme objet d'un bon Gouvernement, se fortifier contre les attaques du déhors.


§.177       Une Nation doit se fortifier contre les attaques du déhors.

            Nous nous Sommes étendus sur ce qui intéresse la vraie félicité d'une Nation : La matiére est également riche & compliquée. Venons maintenant à un troisiéme chef des devoirs d'une Nation envers elle-même, à un troisiéme objet d'un bon Gouvernement. L’une des Fins de la Société Politique est de se défendre, à forces réunies, de toute insulte ou violence du déhors (§.15). Si la Société n'est pas en état de repousser un aggresseur, elle est très-imparfaite, elle manque à sa principale destination, & ne peut subsister long-tems. La Nation doit se mettre en état de repousser & de dompter un injuste Ennemi ; c'est un devoir important, que le soin de sa perfection, de sa conservation même, lui impose, & à son Conducteur.


§.178       De la puissance d'une Nation.

            C'est par sa puissance qu'une Nation peut repousser des aggresseurs, assûrer ses droits, & se rendre partout respectable. Tout l’invite à ne rien négliger pour se mettre dans cette heureuse situation. La puissance d'un État consiste en trois choses, le nombre des Citoyens, leurs vertus militaires, & les richesses. On peut comprendre sous ce dernier article, les Forteresses, l’Artillerie, les Armes, les Chevaux, les Munitions, & généralement tout cet attirail immense, qui est aujourd'hui nécessaire à la Guerre ; puisque l’on peut se procurer tout cela à prix d'argent.


§.179       Multiplication des Citoyens.

            L’État, ou son Conducteur doit donc s'appliquer prémiérement, à multiplier le nombre des Citoyens, autant que cela est possible & convenable. Il y réussira en faisant régner l’abondance dans le pays, comme il y est obligé ; en procurant au peuple les moyens de gagner par son travail de quoi nourrir une famille ; en donnant de bons ordres pour que les sujets foibles, & sur-tout les Laboureurs, ne soient pas véxés & opprimés par la levée des impots ; en gouvernant avec douceur, & d'une maniére qui, bien loin de dégoûter & de disperser les sujets, en attire plûtôt de nouveaux ; enfin en encourageant le Mariage, à l’exemple des Romains. Nous avons déjà remarqué (§.149) que ce Peuple si attentif à tout ce qui pouvoit accroître & soutenir sa Puissance, fit de sages Loix contre les Célibataires, & accorda des privilèges & des exemptions aux gens mariés, principalement à ceux dont la famille étoit nombreuse : Loix aussi justes que sages puisqu'un Citoyen qui élève des sujets pour l’État, a droit d'en attendre plus de faveurs que celui qui ne veut y vivre que pour lui-même.

Tout ce qui est contraire à la population, est un vice dans un État qui ne regorge pas d'habitans. Nous avons déjà parlé des Couvents & du Célibat des Prêtres. Il est étrange que des Etablissemens directement contraires aux devoirs de l’homme & du Citoyen, au bien & au salut de la Société, ayent trouvé tant de faveur, & que les Princes, loin de s'y opposer, comme ils le devoient, les ayent protégés & enrichis. Une Politique, habile à profiter de la Superstition pour étendre son pouvoir, fit prendre le change aux Puissances & aux sujets sur leurs véritables devoirs ; elle sçut aveugler les Princes, même sur leurs intérêts. L’expérience semble enfin ouvrir les yeux aux Nations & à leurs Conducteurs ; le Pape même, disons-le à la gloire de BENOIT XIV Le Pape cherche à réduire peu-à-peu un abus si palpable ; par ses ordres, on n'admet plus personne, dans ses États, à faire des vœux, avant l’âge de vingt-cinq ans. Ce savant Pontife donne aux Souverains de sa Communion un exemple salutaire ; il les invite à se réveiller enfin sur le salut de leurs États, à resserrer au moins les avenues du gouffre qui les épuise, s'ils ne peuvent les fermer entiérement. Parcourrez l’Allemagne ; & dans des Contrées d'ailleurs parfaitement semblables, vous verrez les États Protestans deux fois plus peuplés que les États Catholiques : Comparez I'Espagne déserte, à l’Angleterre regorgeante d'habitans : Voyez de belles Provinces, même en France, manquant de Cultivateurs ; & dites-nous si les milliers de reclus & de recluses ne serviroient pas infiniment mieux & Dieu & la Patrie, en donnant des Laboureurs à ces riches Campagnes ? Il est vrai que la Suisse Catholique ne laisse pas d'être très-peuplée : Mais c'est qu'une paix profonde, c'est sur-tout que la nature du Gouvernement répare abondamment les pertes causées par les Couvents. La Liberté est capable de remédier aux plus grands maux ; elle est l’âme d'un État, & c'est avec grand sujet que les Romains l’appelloient alma Libertas.


§.180       De la Valeur.

            Une multitude lâche & sans Discipline est incapable de repousser un Ennemi aguerri : La force de l’État consiste moins dans le nombre, que dans les vertus militaires des Citoyens. La Valeur, cette vertu héroïque, qui brave les dangers pour le salut de la Patrie, est le plus ferme appui de l’État : Elle le rend formidable à ses Ennemis, & lui épargne jusqu'à la peine de se défendre. Un Peuple dont la réputation à cet égard est une fois bien établie, sera rarement attaqué, s'il ne provoque personne par ses entreprises. Depuis plus de deux siécles, les Suisses joüissent d'une paix profonde, tandis que le bruit des armes retentit autour d'eux, & que la Guerre désole tout le reste de l’Europe. La nature donne le fonds de la Valeur ; mais diverses causes peuvent l’échauffer, ou l’affoiblir, & même la détruire. Une Nation doit donc rechercher & cultiver cette Vertu si utile, & le Souverain prudent mettra tout en œuvre pour l’inspirer à ses sujets. La sagesse lui en marquera les moyens. C'est le beau feu qui anime la Noblesse Françoise : Enflammée pour la Gloire & pour la Patrie, elle vole aux combats, & répand gaiement son sang dans le Champ d'honneur. Où n’iroient point ses Conquêtes, si le Royaume étoit environné de Peuples moins belliqueux ? l’Anglois généreux & intrépide, est un Lion dans les Combats, & en général les Nations de l’Europe surpassent en bravoure tous les peuples du Monde.


§.181       Des autres vertus militaires.

            Mais la Valeur seule ne réussit point toûjours à la Guerre ; les succès constans ne sont dûs qu'à l’assemblage de toutes les vertus militaires. L’Histoire nous apprend de quelle importance sont les lumiéres des Généraux, la Discipline militaire, la frugalité, la force du corps, l’adresse, l’endurcissement aux fatigues & au travail. Ce sont-là tout autant de parties, qu'une Nation doit cultiver avec soin. Voilà ce qui porta si haut la Gloire des Romains, & les rendit maîtres du Monde. Ce seroit une erreur de croire, que la Valeur seule ait produit ces actions éclatantes des anciens Suisses, ces Victoires de Morgarten, de Sempach, de Laupen, de Morat, & tant d'autres : Non-seulement les Suisses combattoient avec intrépidité ; ils étudioient la Guerre, ils s'endurcissoient à ses travaux, ils se formoient à l’exécution de toutes les manœuvres, & l’amour même de la Liberté les soumettoit à une Discipline, qui pouvoit seule leur assûrer ce trésor & sauver la Patrie. Leurs Troupes n'étoient pas moins célébres par leur discipline que par leur bravoure. MEZERAY, après avoir rapporté ce que firent les Suisses à la bataille de Dreux, ajoûte ces paroles remarquables : « Au jugement de tous les Capitaines d'une part & d'autre qui se trouvérent là, les Suisses gagnérent en cette journée, par toutes sortes d'épreuves, contre l’infanterie & la cavalerie, contre les François & les Allemands, le prix de la discipline militaire, & la réputation d'être les meilleurs fantassins du monde (a) Histoire de France Tom.II p.888) «.


§.182       Des richesses.

            Enfin les richesses d'une Nation font une partie considérable de sa puissance, aujourd'hui principalement, que la Guerre exige des dépenses immenses. Ce ne sont pas seulement les revenus du Souverain, ou le Trésor public, qui font la richesse d'une Nation ; son opulence s'estime aussi par les richesses des particuliers. On appelle communément une Nation riche, celle où il se trouve un grand nombre de Citoyens aisés & puissans. Les biens des particuliers augmentent réellement les forces de l’État ; puisque ces particuliers sont capables de contribuer de grosses sommes pour les besoins publics & même que, dans une extrémité, le Souverain peut employer toutes les richesses des sujets à la défense & au salut de l’État, en vertu du Domaine éminent qui lui appartient, comme nous le ferons voir dans la suite. La Nation doit donc s'appliquer à acquérir ces richesses publiques & particuliéres, qui lui sont si utiles : & c'est ici une nouvelle raison de cultiver le Commerce extérieur, qui en est la source ; un nouveau motif pour le Souverain, d'avoir l’œil ouvert sur tous les Commerces étrangers que son peuple peut exercer, afin de soutenir, de protéger les branches profitables, & de couper celles qui font sortir l’or & l’argent.


§.183       Revenus de l’État & Impôts.

            Il est nécessaire que l’État ait des revenus proportionnés aux dépenses qu'il est obligé de faire. On peut lui former ces revenus de plusieurs maniéres, par le Domaine que la Nation lui réserve, par des Contributions, par divers Impôts &c. Nous traiterons ailleurs cette matiére.


§.184       La Nation ne doit pas augmenter sa puissance par des moyens illicites.

            Voilà en quoi consiste cette Puissance, que la Nation doit augmenter & accroître. Est-il nécessaire d'observer qu'elle ne peut y travailler que par des voies justes & innocentes ? Une fin loüable ne suffit pas pour légitimer les moyens : Ceux-ci doivent être légitimes en eux-mêmes. Car la Loi Naturelle ne peut se contredire ; si elle proscrit une action, comme injuste ou deshonête en elle-même, elle ne la permet jamais, pour quelque vûë que ce soit. & dans les cas où on ne peut atteindre à une fin bonne & loüable, sans employer des moyens illégitimes ; on doit tenir cette fin pour impossible, & l’abandonner. Ainsi nous ferons voir, en traitant des justes Causes de la Guerre, qu'il n'est point permis à une Nation d'en attaquer une autre, dans la vûë de s'agrandir en la soumettant à ses Loix. C'est comme si un particulier vouloit s'enrichir en ravissant le bien d'autrui.


§.185       La puissance est rélative à celle d'autrui.

            La puissance d'une Nation est rélative ; on doit la mesurer sur celle de ses voisins, ou de tous les peuples dont elle peut avoir quelque chose à craindre. L’État est assez puissant, lorsqu'il est capable de se faire respecter & de repousser quiconque voudroit l’attaquer. Il peut se procurer cette heureuse situation, soit par ses propres forces, en les tenant au niveau, ou même au-dessus des forces de ses voisins, soit en empêchant que ceux-ci ne s'élèvent à une puissance prédominante & formidable. Mais nous ne pouvons marquer ici en quels cas & par quels moyens un État peut avec justice mettre des bornes & puissance d'un autre État : Il faut auparavant expliquer les devoirs d'une Nation envers les autres, pour les combiner ensuite avec ses devoirs envers elle-même. Disons seulement pour le présent, qu'en suivant à cet égard les règles de la prudence & d'une sage politique, elle ne doit jamais perdre de vûë celles de la justice.

 

 

 

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