26 mai 2006
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Poutine a réaffirmé le mercredi 10 mai sa volonté de faire de la Russie un pays "fort", capable de réacquérir une place importante sur la scène internationale. Pourtant, lors de son adresse annuelle à la nation, peu de médias français ont mentionné les références du président à Franklin Roosevelt, père du new-deal et grand opposant à la piraterie financière. Il est en effet plus facile et vendeur de mentionner les allusions anti-Bush de Poutine, que de souligner la volonté russe de reprendre le contrôle d'une économie nationale menacée par une mondialisation financière prédatrice.Ces mots, vous les avez lus dans tous les médias : "Le camarade Loup mange et n'écoute personne et n'a aucune intention d'écouter qui que ce soit. Où disparaît tout le pathos sur la défense des droits de l'homme, la démocratie, lorsqu'il s'agit de défendre ses propres intérêts ?". Poutine fait ici référence à la politique de l'administration Bush-Cheney.
Par contre, voici les mots du président lorsqu'il évoque l'après "chute du mur de Berlin", quand les requins de la finance internationale ont tenté (et réussi en partie) de piller une Russie fragile et exsangue :
" Certains membres de ces groupes ont recherché leur enrichissement personnel d’une façon que nous n’avons jamais vue dans l’histoire de notre pays, aux dépens de la majorité de nos citoyens et au mépris de la loi et des normes de la moralité. "Dans l’élaboration d’un grand programme national qui recherche le bien pour le plus grand nombre, il est vrai qu’on marche sur les pieds de certaines personnes, et il en sera ainsi. Mais ces pieds appartiennent à une poignée de gens qui cherchent à retenir ou à gagner des positions ou des richesses, ou les deux, par
des voies raccourcies qui portent atteinte au bien général." Ce sont des paroles admirables et il est dommage que ce ne soit pas moi qui y aie pensé. C’était Franklin Roosevelt, le président des Etats-Unis en 1934. Ces paroles ont été prononcées au moment où le pays sortait de la grande dépression. De nombreux pays se sont trouvés confrontés à des problèmes similaires, comme nous aujourd’hui, et beaucoup ont trouvé des moyens dignes de les surmonter."La suite logique pour Poutine est donc de reprendre le contrôle de l'économie et d'orienter les crédits vers l'économie réelle : " Nous devons prendre de sérieuses mesures pour encourager l’investissement dans la production de l’infrastructure et dans le développement innovateur, tout en maintenant la stabilité financière que nous avons instaurée. La Russie doit réaliser tout son potentiel dans les secteurs de pointe comme l’énergie, les transports et communications et l’aérospatial. (...) Nous devons prendre des mesures pour le développement de l’énergie nucléaire, un secteur nucléaire basé sur des réacteurs sûrs de la nouvelle génération. Nous devons consolider la position de la Russie sur les marchés mondiaux dans la technologie et l’équipement nucléaires et mettre pleinement à contribution notre savoir, notre expérience. (...) Nous devons, bien sûr, concentrer également nos efforts sur de nouvelles directions prometteuses pour l’énergie : l’hydrogène et l’énergie thermonucléaire. "
C'est un discours encourageant qui montre qu'une bataille est menée pour revenir aux conceptions rooseveltiennes d'une économie régulée, ou l'argent ne profite pas qu'à une élite féodale, mais où le principe de l'intérêt général prédomine. L'ironie, c'est de voir l'administration Bush sombrer sur son Titanic, incapable de puiser aux sources du vrai système américain d'économie politique, celui de Alexander Hamilton, des frères Carey, de Lincoln et de Franklin Roosevelt.









