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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

henry_charles_carey.jpg


TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

CHAPITRE V :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

        §  3. — Épuisement du sol et progrès de la dépopulation aux Etats-Unis. A chaque pas fait dans cette direction, l'homme perd de sa valeur et la nature acquiert de la puissance à ses dépens.


    
    En traversant l'océan Atlantique, nous trouvons une nouvelle preuve de ce fait ; à savoir, que de même que partout une population nombreuse tire la subsistance des sols fertiles, de même la dépopulation chasse de nouveau les hommes vers les sols ingrats. Au temps de Cortez, la vallée du Mexique nourrissait un peuple nombreux ; aujourd'hui elle n'offre qu'un spectacle de désolation, ses canaux sont engorgés et la culture est abandonnée, tandis que des files de mulets y transportent, des terrains plus pauvres qui la bordent à une distance de 50 milles, les provisions nécessaires à l'entretien de la ville.

    En nous transportant au nord et arrivant aux États-Unis, nous trouvons encore une démonstration de cette loi : que pour permettre aux individus de quitter la culture des terrains pauvres pour celle des terrains riches, il faut qu'il y ait développement dans l'habitude de l'association, conséquence de la diversité dans les modes de travail et du développement des individualités respectives. L'État de Virginie était autrefois placé à la tête de l'Union américaine ; mais le système qu'elle a adopté a amené l'épuisement des terres cultivées en premier lieu et l'abandon de son territoire ; état de choses dont on peut constater les conséquences, dans l'insalubrité constamment croissante des parties occupées primitivement, les bas comtés de la Virginie. « Le pays, dans toute son étendue, dit un auteur moderne, est couvert de ruines d'habitations de gentilshommes, dont quelques-unes égalent des palais par leurs dimensions, et d'anciennes et magnifiques églises, dont les solides murailles ont été construites avec des briques importées, mais qui n'ont pu conserver dans leur enceinte ceux qui les ont construites. Et quant à leurs descendants, où sont-ils ? demande l'auteur. Cette splendeur qui remplissait tous les comtés de la Virginie a disparu. Pour quelle raison? Parce que tout le pays est en proie à des miasmes délétères et qu'on a laissé un pareil état de choses s'y perpétuer. Il est dangereux pour les blancs d'y passer la saison des maladies ; et, conséquemment, tous ceux qui le peuvent, abandonnent leurs habitations, pendant les mois d'août et de septembre, pour chercher une localité moins insalubre. »

 
    « Cette région imprégnée de miasmes malfaisants couvre toute la côte maritime de la Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud, la Géorgie, la Floride, l'Alabama, l'État du Mississipi et la Louisiane, excepté parfois quelque endroit isolé, et s'étend à l'intérieur des terres, sur un espace de 10 à 100 milles. Dans le voisinage de Charlestown, le pays est tellement mauvais, qu'il est mortel de dormir, une seule nuit, en dehors de la ville, et que le passage même à travers le district infecté, pendant la nuit, sur le chemin de fer, a provoqué chez les voyageurs des vomissements, comme à bord d'un navire chez les passagers atteints du mal de mer. »

    Comme conséquence de ce fait, on voit la Virginie et la Caroline, constamment décliner relativement à la position qu'elles occupent dans l'Union ; et cet état de choses continuera, nécessairement, jusqu'au moment où l'accroissement de la faculté d'association leur permettra de cultiver les terres les plus fertiles. En portant les regards vers la Jamaïque, nous constatons le même fait si considérable, comme effet d'une cause exactement identique ; un rapport récent sur les propriétés de l'île indique 128 domaines où se cultive la canne à sucre, complètement ou en partie abandonnés. Si l'on y ajoute ceux où l'on cultive le café, et autres dans la même situation, le chiffre s'élève à 413, et embrasse une superficie de plus de 400 000 acres de terre.

    L'abandon du sol par une portion de ses habitants entraîne, inévitablement, avec lui une diminution dans la faculté d'associer ses efforts pour l'entretien des conduits de drainage nécessaires à la conservation de la santé, et pour la construction et l'entretien des routes ; et à mesure que les charges augmentent, on voit la disposition à quitter le pays augmenter chaque année. Le pays purement agricole doit exporter des matières premières et épuiser son sol ; et cette exportation doit entraîner également avec elle la nécessité d'exporter l'individu, nécessité qu'accompagne constamment la diminution de la puissance d'association, du développement de l'individualité, de la facilité d'entretenir le commerce, et du rang qu'occupe la société particulière parmi les autres sociétés du monde. L'expérience de toute l'antiquité prouve qu'il en est ainsi ; et si nous voulons nous convaincre que les choses sont complètement établies de cette manière dans les temps modernes, nous n'avons qu'à tourner les yeux vers le Portugal, l'Irlande et la Turquie, dans l'hémisphère oriental, et dans l'hémisphère occidental, vers la Jamaïque, la Caroline et la Virginie.

    Toutes les fois qu'on laisse s'accroître la population et la richesse, et, conséquemment, la puissance d'association, il eu résulte une tendance à l'abandon des terrains ingrats cultivés en premier lieu, ainsi que cela est prouvé par l'expérience de la France, de l'Angleterre, de l'Écosse, de la Suède, et de plusieurs de nos États du nord. Toutes les fois qu'au contraire, la population, la richesse et la puissance d'association déclinent, c'est le sol fertile qui est abandonné par les individus qui le quittent de nouveau pour les terrains ingrats, dans l'espoir de trouver dans la culture de ceux-ci les moyens de subsistance nécessaires à leurs familles et à eux-mêmes. A chaque pas dans la première direction, il y a accroissement dans la valeur de l'homme et décroissance dans celle de toutes les denrées nécessaires à ses besoins, accompagnée d'une plus grande facilité d'accumulation, tandis qu'à chaque mouvement fait dans la seconde, l'homme devient de plus en plus l'esclave de la nature et de son semblable, en même temps que la valeur des denrées augmente constamment, et que diminue, non moins constamment, sa valeur personnelle.

 

 

 

Table des matières - Suite

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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

 

 

 

 

 

PRÉFACE.

 

             L'ouvrage que nous offrons aujourd'hui à l'examen du public se défendra lui-même ; mais ceux qui le liront excuseront peut-être l'auteur, si, pour quelques instants, il réclame leur attention en faveur de sujets qui n'ont guère d'intérêt que pour lui.

 

            Parmi les principes que nous énonçons ici, quelques-uns apparaissent en ce moment, pour la première fois ; d'autres avaient déjà été publiés il y a une vingtaine d'années (1). Depuis cette époque, ceux-ci ont fait une nouvelle apparition dans un autre ouvrage dû à un économiste français distingué (2) et dont les nombreux exemplaires ont été lus par des milliers d'individus qui n'avaient jamais eu sous les yeux les volumes, où les mêmes idées avaient été mises au jour antérieurement. En trouvant ici la reproduction de ce qu'elles avaient déjà lu ailleurs, et présenté sans reconnaître un pareil fait, ces personnes seraient, tout naturellement disposées à soupçonner l'auteur actuel de s'être déloyalement approprié le bien d'autrui, bien qu'en réalité, il fût lui-même le propriétaire véritable. Ce serait pour lui une situation pénible et il estime que le seul moyen d'y échapper, est de tracer, en cette circonstance, une courte esquisse des phases successives dans lesquelles ont été découvertes les idées nouvelles renfermées dans les pages suivantes.

 

            La théorie de la valeur, telle que nous la présentons aujourd'hui, parut, pour la première fois, en 1837. Cette théorie étant très-simple, était, en même temps, très-large ; elle embrassait toutes les denrées ou toutes les choses auxquelles pouvaient s'appliquer l'idée de valeur, la terre, le travail, ou leurs divers produits. C'était un pas de fait vers la généralisation des lois naturelles, la valeur du sol ayant été attribuée jusque-là, par tous les économistes, à des causes énormément différentes de celles qui la communiquaient à ses produits (3).

 

            Une conséquence de cette première découverte fut celle d'une loi générale de distribution, embrassant tous les produits du travail, appliqué à la culture ou à la transformation des matières, à des changements de lieu ou de forme. Suivant les théories alors généralement admises, le profit que fait un individu était toujours accompagné d'une perte subie par un autre, les rentes s'élevant à mesure que le travail devenait moins productif, et les profits haussant, à mesure que les salaires baissaient ; doctrine qui, si elle était l'expression de la vérité, ne tendrait à rien moins qu'à produire la discorde universelle, et qui ne serait également que la conséquence naturelle d'une grande loi établie par la Divinité pour le gouvernement de l'espèce humaine (4).

 

            La loi que nous avons publiée à cette époque et que nous reproduisons aujourd'hui était complètement contraire à cette doctrine, puisque cette loi prouvait que le capitaliste et le travailleur profitaient l'un et l'autre de toute mesure qui tendait à rendre le travail plus productif, tandis qu'ils ne pouvaient que perdre, par suite d'une mesure quelconque tendant à rendre le travail moins productif ; ce qui établissait ainsi une parfaite harmonie des intérêts.

 

            Bien qu'intimement persuadé de la vérité des lois qu'il soumettait alors à l'examen, l'auteur n'en demeurait pas moins convaincu qu'il restait encore à découvrir la loi réellement fondamentale ; et que, jusqu'au moment où elle pourrait être mise en lumière, une foule de phénomènes sociaux devaient continuer à rester inexplicables. Toutefois, il n'aurait su dire dans quel sens il devait diriger ses recherches. Il avait déjà acquis la conviction personnelle, que la théorie offerte à l'examen par M. Ricardo, n'étant pas d'une vérité universelle, n'avait pas droit à être considérée comme loi fondamentale ; mais ce ne fut que dix ans plus tard qu'il fut amené à observer ce fait, que la théorie en question était universellement fausse. La loi réelle, telle qu'elle apparut alors à l'auteur, était complètement contraire à celle proposée par Ricardo ; l'oeuvre de la culture ayant toujours commencé (et le fait avait eu lieu invariablement) par les terrains les plus ingrats, pour s'appliquer ensuite aux terrains plus fertiles, à mesure que la richesse s'était développée et que la population avait augmenté. Là était la grande vérité fondamentale dont il avait eu l'idée antérieurement ; c'était aussi la vérité indispensable pour la démonstration complète du caractère incontestable des principes qu'il avait établis précédemment. C'était encore une preuve nouvelle de l'universalité des lois naturelles ; la conduite de l'homme à l'égard de la terre elle-même se trouvait ainsi avoir été identique à celle qu'il adopte à l'égard de tous les instruments qu'il emprunte pour les façonner, à cette immense machine elle-même. Commençant toujours ses travaux avec une hache grossière, il arrive progressivement à l'emploi d'instruments en acier ; s'adressant toujours aux terrains les plus ingrats, il arrive progressivement aux terrains plus fertiles qui donnent au travailleur le revenu le plus considérable ; c'est ainsi qu'il demeure prouvé que l'accroissement de la population est indispensable pour l'accroissement dans la quantité de subsistances. C'était là l'harmonie des intérêts, résultat complètement opposé à la doctrine de discorde enseignée par Malthus.

 

            Il y a aujourd'hui dix ans que fut annoncée cette loi si importante (5). En se livrant à cette démonstration, l'auteur se trouva constamment entraîné à mentionner les faits naturels pour démontrer les phénomènes sociaux, et il fut ainsi amené à remarquer l'étroite affinité qui existe entre les lois physique et les lois sociales. En réfléchissant à ce sujet, il arriva bientôt à exprimer l'opinion, qu'un examen plus approfondi conduirait au développement d'un fait immense : à savoir qu'il n'existait qu'un système unique de loi : les lois instituées pour régir la matière sous forme d'argile et de sable étant reconnues identiques à celles qui régissent cette matière même lorsqu'elle prend la forme de l'homme, ou des sociétés humaines.

 

            Dans l'ouvrage publié à cette époque, les découvertes de la science moderne, démontrant que la matière est indestructible, furent pour la première fois appliquées avec profit à la science sociale ; on fit voir alors la différence qui existe entre l'agriculture et tous les autres travaux de l'homme dans ce fait, que le fermier était constamment occupé à fabriquer une machine dont la puissance augmentait d'année en année, tandis que le patron d'un navire et le conducteur de voiture employaient constamment des machines dont la puissance diminuait aussi régulièrement. Toute industrie du premier, ainsi qu'on le démontra, consistait à créer et à améliorer des terrains, sa puissance augmentant avec l'accroissement de la richesse et de la population. Toutefois il était réservé à un ami de l'auteur, M. E. Peshine Smith, de développer complètement la loi de perpétuité de la matière, relativement à l'influence qu'elle exerce sur la loi de population ; on trouvera dans le présent volume de nombreux extraits, emprunté à cet excellent petit manuel.

 

            La grande loi, la loi véritablement fondamentale de la science, indispensable à la démonstration de l'identité des lois physiques et sociales, restait cependant encore à découvrir ; mais l'auteur pense aujourd'hui l'avoir présentée dans le second chapitre de ce volume. On trouvera, dans le troisième, la loi développée par M. Peshine Smith. Le quatrième offrira la loi d'occupation de la terre, telle qu'elle a été publiée, il y a dix ans ; on trouvera dans les chapitres suivants (V et VI), celles de la valeur et de la distribution des produits, publiées dix ans auparavant. L'ordre indispensable ici pour les mettre dans un jour convenable est, ainsi que le lecteur doit s'en apercevoir, précisément l'ordre inverse de leur découverte, ce qui prouve la vérité de cette idée que les premiers principes sont toujours les derniers découverts.

 

            Il nous reste maintenant à dire quelques mots relativement à la marche suivie par l'auteur, dans les recherches auxquelles il s'est livré jusqu'à ce jour, et qu'il continue en cet ouvrage. Le coup d'oeil le plus superficiel jeté sur les diverses parties de l'univers, nous permet d'apercevoir que toutes les périodes de civilisation des temps passés peuvent se retrouver dans le temps présent ; et que si nous voulons comprendre les premières, nous ne pouvons y arriver qu'en étudiant les dernières, suivant ainsi la voie parcourue depuis si longtemps par les professeurs des sciences physiques. En procédant ainsi, il a donc fallu, nécessairement, examiner avec soin le mouvement des principales sociétés européennes, et particulièrement celles de France et d'Angleterre ; c'est dans la première qu'a pris naissance la doctrine de l'excès de population, et parmi les autres nations européennes, c'est la seconde qui a le plus souvent troublé la paix du monde. Par suite, il est arrivé que l'auteur a été accusé d'un sentiment hostile par les deux nations ; et les motifs qui l'ont guidé ont été ainsi en butte aux attaques de personnes qui n'ont pas jugé à propos de chercher à démontrer, que les faits articulés par lui ne pouvaient être admis comme véritables, ou que ses raisonnements n'étaient pas justifiés par les faits. L'accusation, toutefois, entraîne avec elle sa réfutation. Si l'auteur eût été, en effet, assez dénué de jugement pour se permettre de rapporter des faits inexacts, ou de tirer, de ceux-ci, des conséquences qu'ils ne justifiaient pas, il se serait, par là même, si complètement livré à la merci de ses critiques qu'il les eût affranchis complètement de la nécessité de rechercher les motifs qui l'avaient fait agir.

 

            S'il se connaît lui-même le moins du monde, il n'a été poussé que par un seul motif, le désir de découvrir la vérité ; un fait semble prouver qu'il en est réellement ainsi, c'est que non-seulement, il n'a jamais été accusé d'avoir dénaturé les arguments de ses adversaires, mais qu'au contraire, en mainte occasion, on l'a loué de la parfaite exactitude avec laquelle ces arguments ont été présentés. A son grand regret, il doit le dire, la conduite de ses adversaires a été bien différente, ses vues ayant été la plupart du temps exposées d'abord inexactement, pour avoir ainsi un premier moyen de réfutation. Il espère, cependant, qu'à l'avenir on adoptera un autre procédé, et que ceux qui le critiquent, se persuaderont que « malgré les prétentions si fréquemment mises en avant par les hommes d'État et les économistes, plusieurs des parties les plus intéressantes des sciences qu'ils professent sont très-imparfaitement comprises, que l'art important d'appliquer ces sciences aux affaires de la vie pour produire la plus grande somme de bien permanent, fait peu de progrès, et que cet art est à peine sorti de l'enfance (6) »

 

            S'ils avaient quelque doute sur l'exactitude de l'opinion émise en ce moment, sur l'état actuel de la science économique, qu'ils jettent encore les yeux sur l'ouvrage de l'un des plus éminents économistes modernes, ils y verront qu'il demande s'il y a lieu d'être surpris, « au milieu de tant de prétentions rivales, de tant d'exigences contradictoires, d'une masse aussi inextricable de vérités et d'erreurs, que la science ait fait un temps d'arrêt ; qu'elle n'a fait que reconnaître sa voie ; que sa marche a été chancelante et pleine d'hésitation (7) » Quant à lui, sa marche n'était pas incertaine. Apercevant les nuages épais dans lesquels s'enveloppait la science, il proclama sa résolution bien arrêtée de chercher à ne pas augmenter « l'obscurité, qui, d'après son propre aveu, existait manifestement. » Voilà ce que reconnaissent hautement les hommes qui ont conquis une position éminente parmi les professeurs de la science sociale ; et cependant, parmi leurs adeptes, il se trouve des individus d'une expérience relativement insignifiante, qui traitent avec un suprême dédain la conception de toute idée nouvelle (8).

 

            L'auteur voudrait que ces individus demeurassent bien persuadés de ce fait, que dans toutes les branches de la science, l'orthodoxie de la génération existante n'est que l'hérésie de la génération qui l'a précédée, la plupart des idées soutenues aujourd'hui par eux et considérées comme incontestables, ayant été, et même tout récemment, traitées comme complètement absurdes (9). Les disciples de Ptolémée, voyant le soleil tourner autour de la terre et trouvant dans les Écritures la preuve de ce fait, avaient les plus fortes raisons pour croire que l'exactitude de pareilles doctrines était hors de contestation. Copernic fut donc considéré comme hérétique et Galilée contraint de se rétracter ; et pourtant c'est la doctrine établie aujourd'hui dans les écoles, c'est celle du mouvement de la terre. Puisqu'il en a été ainsi dans le passé, il peut en être de même à présent, les doctrines économiques le plus généralement admises aujourd'hui comme vraies tombant dans l'oubli, pour aller prendre place à côté du système de Ptolémée.

 

            Un auteur éminent de notre époque a dit avec raison : « Que tout individu doit naturellement regarder ses opinions personnelles comme justes ; car s'il les regardait comme fausses, elles cesseraient bientôt d'être ses opinions ; mais qu'il y a une énorme différence, entre se regarder comme infaillible et être fermement convaincu de la vérité de sa croyance. Lorsqu'un individu, » dit-il, « réfléchit sur une certaine doctrine, il peut être pénétré de la complète conviction qu'il est improbable, ou même impossible, qu'elle soit erronée, et il peut éprouver le même sentiment en ce qui concerne toutes ses autres opinions, s'il en fait l'objet de ses réflexions isolées. Et cependant, lorsqu'il les considère dans leur ensemble, lorsqu'il réfléchit qu'il n'existe pas un seul individu sur la terre qui soutienne collectivement les mêmes opinions, lorsqu'il porte ses regards sur l'histoire ancienne et sur l'état actuel de l'espèce humaine, et qu'il observe les croyances si variées des siècles et des nations, les manières diverses de penser des sectes, des corporations et des individus, les idées autrefois soutenues fermement, et aujourd'hui abandonnées, les préjugés jadis régnant généralement qui ont disparu, et les interminables controverses causes de division entre les hommes qui avaient fait, de la conquête de la vérité, l'affaire de leur vie ; lorsque ce même individu vient encore à considérer, qu'un grand nombre de ses semblables ont eu une conviction de la justesse de leurs sentiments respectifs égale à la sienne, il ne peut se refuser à cette évidente conclusion : qu'il est presque impossible qu'à ses propres opinions, il ne se mêle quelque erreur ; qu'il est infiniment plus probable qu'il a tort sur quelques points, que raison sur tous (10). »

 

            Tout ce que désire l'auteur de cet ouvrage, c'est que ses arguments soient loyalement pesés, et qu'à cet effet, le lecteur se corrobore lui-même en faisant quelque effort, et prenant à certains égards, la résolution d'admettre, sans prévention, toute conclusion qui lui paraîtra basée sur des observations faites avec soin, et des arguments logiques, lors même qu'ils seraient d'une nature contraire aux idées qu'il peut s'être formées, ou avoir admises à l'avance, sans examen, sur la foi d'autrui. « Un tel effort, dit John Herschell, est le commencement de la discipline intellectuelle, qui forme l'un des buts les plus importants de toute science. C'est le premier pas fait vers cet état de pureté mentale, qui seul peut nous rendre capables d'une perception complète et constante de la beauté morale, aussi bien que de l'adaptation physique. C'est l'euphraise et la rue qui doivent servir à éclaircir notre vue avant que nous puissions percevoir et contempler, tels qu'ils sont, réellement, les traits de la nature et de la vérité (11). »

 

            Dans ces efforts tentés aujourd'hui pour démontrer l'universalité des lois naturelles, l'auteur a profité beaucoup des idées que lui ont fourni deux de ses amis, l'un d'eux est M. Peshine Smith dont il a parlé plus haut, l'autre est le docteur William Elder, son compatriote ; il les prie tous deux aujourd'hui, d'accepter ses remercîments.

 

Philadelphie, 10 février 1858.

 

*          *          *

 

           

 

            Malgré la parfaite harmonie de tous les principes, dont nous avons retracé plus haut le développement graduel, il existe cependant une profonde différence entre les premiers et les derniers ouvrages de l'auteur, en ce qui concerne la politique nationale, recommandée comme indispensable pour permettre à ces principes de se développer dans toute leur plénitude. Dans les premiers, il se présente comme l'adversaire de toute espèce de réglementation, ayant pour objet l'intervention dans les échanges avec l'étranger, sa croyance à l'universalité des grandes lois naturelles l'ayant conduit même à rejeter cette idée de J.-B. Say : « que la protection accordée dans le but de favoriser un emploi avantageux du capital et du travail, peut devenir profitable au bien général. » Dans les derniers, il a admis qu'il s'était trompé à cet égard, de nouveaux développements de principes, à la recherche desquels il s'est livré, l'ayant conduit à sentir la nécessité absolue de l'exercice de ce pouvoir régulateur de la société, relativement à ces échanges, qui depuis, a été si bien décrit par M. Chevalier comme indispensable au développement des facultés humaines, et à l'accroissement de l'État en richesse, en force et en puissance (12).

 

            Comme il parait nécessaire de rendre compte d'un semblable changement d'idées, le lecteur nous excusera peut-être de réclamer en ce moment son attention, pour lui en présenter ici les causes dans une courte explication.

 

            A l'époque de la publication de ses premiers ouvrages (de 1835 à 1840), il avait eu peu d'occasions d'étudier, dans son pays, l'effet des systèmes de libre-échange et de protection, les deux tiers de la période entière de l'existence nationale s'étant écoulés au milieu d'une série non interrompue de guerres européennes, qui avaient produit une demande artificielle de services relativement aux navires et aux trafiquants américains, et aux matières premières du sol américain. Le système recommandé au monde par les écrivains de l'école anglaise du libre-échange, avait été alors tout récemment adopté par le gouvernement fédéral, son adoption ayant été suivie d'une prospérité apparente, qui semblait fournir une preuve concluante de la justesse d'opinion de ceux qui s'attachaient à cette idée ; « que le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins, » et particulièrement en matière d'échanges internationaux. Cependant cette prospérité s'évanouit bientôt, les crises monétaires se succédèrent, jusqu'au moment où enfin la confiance disparut presque complètement, et le commerce fut presque entièrement anéanti, en même temps que des particuliers, des villes, et l'Union en masse, ses routes et ses établissements de banque, n'offrirent plus aux regards que le spectacle de la banqueroute, et de la ruine la plus complète.

 

            Tel était l'état des choses, à l'époque où fut promulgué le tarif hautement protecteur de 1842. A peine était-il passé à l'état de loi, que la confiance reparut et que le commerce se ranima, premiers pas vers le retour du pays tout entier dans le plus court délai, à un état de prospérité, auquel on n'avait encore vu jusqu'alors rien de comparable. En constatant que ces faits si remarquables étaient en complète opposition avec la théorie du libre-échange, l'auteur fut amené à étudier les phénomènes qui s'étaient présentés pendant la période de ce même libre-échange de 1817 à 1824, et pendant la période de protection inaugurée en 1825, et close en 1834 ; la première aboutissant à une banqueroute ruineuse, semblable à celle qui s'était manifestée de nouveau en 1842, et la seconde, donnant au pays un état de prospérité tel, qu'il s'est réalisé une seconde fois en 1846. En portant donc ses regards hors de son pays, il s'aperçut que les phénomènes offerts par le spectacle des autres nations, se trouvaient précisément d'accord avec ceux qu'il avait observés dans son pays, les sociétés protégées accomplissant de constants progrès en richesse et en force, tandis que les sociétés non protégées, marchaient aussi constamment vers l'anarchie et la ruine. Plus il étudia de semblables faits, plus il demeura convaincu que la théorie du libre-échange contenait en elle-même quelque grave erreur ; mais en quoi consistait cette erreur, où pourrait-on là découvrir ? Pendant plusieurs années, il fut hors d'état de formuler à cet égard une réponse satisfaisante, même pour lui-même.

 

            Toutefois, en 1847, remarquant ce fait considérable, qu'en opposition complète aux doctrines de l'école Ricardo-Malthusienne, l'oeuvre de défrichement avait toujours commencé sur les terrains moins fertiles, et que c'était uniquement, à mesure que la population devenait plus compacte que les terrains plus riches pouvaient être soumis à la culture, l'auteur fut amené à étudier la cause de la tendance extraordinaire à la dispersion et à l'isolement dont l'existence était manifeste dans toute l'étendue des États-Unis et pour ainsi dire à toutes les périodes de sa vie nationale. Il lui fallut peu de temps pour être à même de se convaincre qu'on devait l'attribuer à un épuisement constant du sol, résultant de la dépendance des marchés étrangers pour la vente des produits bruts de la terre. Pour triompher d'une semblable difficulté, pour rendre au sol une nouvelle vigueur, pour que l'agriculture devint une science, et que les terres plus fertiles fussent soumises à la culture, il était nécessaire, ainsi qu'il le vit clairement, que les hommes pussent de plus en plus se réunir, au lieu de se trouver, comme aujourd'hui, de temps en temps contraints de s'isoler de leurs semblables. Pour arriver à combiner ainsi leurs efforts, il était indispensable qu'il y eût diversité dans les travaux qui rapprocheraient les consommateurs des producteurs. Produire cette diversité et créer un grand commerce national comme base d'un commerce étendu avec l'Étranger, tel était le but qu'on s'était proposé dans tous les pays qui avaient adopté les mesures de protection, et le résultat se révélait dans la richesse et la puissance croissantes de la France, de l'Allemagne et d'autres pays de l'Europe continentale, comparées avec la décadence, sous ce double rapport, dans tous ceux où l'on avait imposé le système anglais du libre-échange. L'expérience subie en Amérique avait concordé parfaitement avec ces faits, la prospérité ayant été la compagne invariable du système protecteur, tandis que chaque période de libre-échange avait abouti à une banqueroute générale et à la ruine. En voyant ce qui arrivait, il devint évident pour lui que là, comme ailleurs, on avait eu recours à la protection, comme mesure de résistance à ce système vexatoire sous l'empire duquel l'industrie manufacturière tend à se centraliser de plus en plus dans une seule petite île ; et il n'hésita plus, dès lors, à admettre qu'il s'était trompé, ni à exprimer sa croyance, que c'était par l'adoption de mesures protectrices que nous devions, finalement, obtenir une complète liberté commerciale. Cette croyance s'est fortifiée à chaque heure qui s'est écoulée depuis, ainsi que pourront s'en apercevoir ceux qui voudront bien comparer la manière dont il l'a exprimée et les faits sur lesquels elle s'appuie dans le présent ouvrage, avec ceux du volume où il annonçait cette découverte de la loi qui régit l'occupation des divers terrains, découverte qui l'avait conduit d'abord à voir qu'une agriculture réelle suivait toujours, et jamais ne précédait, l'établissement d'une industrie diversifiée, et que, conséquemment, la protection était une question agricole et non industrielle (13).

 

Philadelphie, 18 octobre 1860.

 

*          *          *

 

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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 09:00

 

Franklin Delano ROOSEVELT
Président des États-Unis

 


SUR

LA BONNE VOIE

(ON OUR WAY)


New-Deal-NRA.jpg 

 


Traduit de l'Anglais par
PIERRE DUTRAY

 

1934


Les Éditions
DENOËL ET STEELE
19, rue Amélie, 19
PARIS

 

 

    PRÉFACE

    Le but de ce livre est d'exposer simplement, sans esprit de polémique et sans longs commentaires, les principaux événements d'une année très agitée. Ce fut une année de réalisation : nous avons exécuté les promesses faites au peuple américain et nous avons ranimé l'espoir des foules qui s'épuisaient dans l'attente d'une organisation meilleure de la vie. J'indiquerai ici les jalons qui marquent la réalisation d'une nouvelle politique d'intérêt public.

    Certains ont voulu qualifier cette politique de révolutionnaire: peut-être l'est-elle. Toutefois, elle est révolutionnaire, uniquement dans ce sens que les mesures adoptées et les objectifs qui les commandent diffèrent de ceux qu'on a employés jusqu'à ce jour. Si c'est une révolution, c'est une révolution pacifique, réalisée sans violence, sans que l'on fasse table rase des intentions de la loi établie, sans qu'un individu ou une classe subisse un déni de justice.

    Certains ont appelé notre nouvelle politique « fascisme ». Elle n'est pas fasciste car elle tire son inspiration de la masse du peuple plutôt que d'une classe ou d'un groupe ou d'une armée en marche. De plus, elle s'accomplit sans apporter de changement fondamental au système républicain. Nous avons conservé la foi dans nos institutions politiques traditionnelles et nous nous y tenons.

    Certains l'ont dénommée « Communisme ». Ce n'est pas cela non plus. Ce n'est pas une « régimentation » à outrance que règlent les plans d'un directoire permanent, où l'établissement des lois et les procès des cours sont soumis aux ordres de l'exécutif. Elle ne poursuit pas non plus l'élimination totale d'une classe ou l'abolition d'un parti particulier.

    A peu près partout les gens ont pris l'habitude d'appeler cette politique « New Deal »1, et on a laissé entendre que l'expression dose d'une manière satisfaisante l'honnêteté en affaires et la liberté dans le travail. Ce qui prouve la justesse de cette suggestion, c'est que certaines des réalisations de l'an passé seront la mise en oeuvre des idées progressistes de Théodore Roosevelt, qui désirait une association entre le monde des affaires et le gouvernement; c'est également la mise en oeuvre des desseins de Woodrow Wilson qui désirait, grâce à l'entremise du gouvernement, réprimer par d'énergiques mesures légales les abus du monde des affaires. Ainsi, nous avons admis qu'à certains égards, le gouvernement siège en associé à côté des gens d'affaires; mais, par d'autres côtés, il fait agir l'autorité supérieure de l'Etat pour renforcer l'équité et la justice et leur donner leur place parmi les divers éléments de la vie économique. Cet ensemble de remèdes s'impose si l'on songe aux changements qui révolutionnent les conditions de la vie moderne.

    Laissons là les expressions et les formules toute faites, et retenons ceci qui, je pense, est important: à la base de notre nouvelle politique il y a un changement dans les habitudes et la manière de penser du peuple américain — en d'autres termes c'est notre démocratie arrivant à la maturité qui détermine cette politique. Celle-ci s'appuie dans sa marche sur les principes premiers qui ont guidé les auteurs de notre Constitution; elle prend forme, avec l'approbation de la grosse majorité des Américains; enfin cette politique s'accomplit, en laissant constamment au peuple l'assurance que si, à un moment donné, il désire revenir aux vieilles méthodes que nous avons rejetées, il est entièrement libre de le faire en usant tout simplement de son droit de vote. Un ancien Grec a prononcé une parole qui demeurera éternellement vraie : « La création est la victoire de la persuasion et non de la force ». Le « New Deal » cherche cette sorte de victoire.

    L'écroulement presque complet du système économique américain qui a marqué le début de mon gouvernement, exigeait la suppression de beaucoup d'éléments pourris, l'adoption de nouvelles méthodes et une reconstruction totale.

    Il nous fallait prendre trois mesures, toutes trois dépendant l'une de l'autre:

    Tout d'abord, par des mesures radicales, supprimer les privilèges extraordinaires dont jouissait dans le contrôle du vieil édifice économique et social, un groupe d'individus numériquement très faible, mais d'une très grande puissance, groupe qui disposait d'une autorité telle qu'il régissait les affaires, les banques et même le gouvernement.

    En deuxième lieu, faire la guerre au crime, propager et instaurer des valeurs morales ; en troisième lieu rétablir le balancement du pendule dont, depuis trois générations, les oscillations indiquaient une concentration grandissante de la richesse dans un nombre de mains de plus en plus limité — revenir à une répartition plus vaste de la richesse et du capital de la nation.

    L'époque exigeait et exige encore l'adoption d'un plan. Ce livre décrit la nature et le but des nombreux moyens qui furent nécessaires à la réalisation d'un plan national de redressement. Malgré la complexité inévitable des organismes dont les titres abrégés ont prêté à la plaisanterie, malgré ce qui a permis à certains de croire que le Gouvernement Fédéral cherchait à centraliser le pouvoir, on a poursuivi constamment un objectif très précis, très étudié et de longue portée.

    En ce qui concerne l'excellence de chacun des moyens examinés séparément, je ne puis que répéter ce que j'ai souvent dit — à savoir que chaque partie du programme général, prise en elle-même, n'est nullement à l'abri de modification ou d'erreur. A certains égards, nous aurons peut-être à changer le système; par ailleurs, il est possible que nous ne soyons pas allés assez loin. Le temps et l'expérience nous apprendront beaucoup de choses.

    Je n'espère pas, dans ce livre, accumuler les renseignements et détailler les résultats de toutes les mesures du « New Deal ». Je me permettrai cependant quelques généralisations.

    Les prix de nos produits agricoles sont en hausse considérable sur ceux de l'année passée; la plupart nos industries ont lancé sur le marché un nombre fortement accru de marchandises qui sont achetées par les consommateurs; le transport des marchandises, celui des voyageurs par chemin de fer et tous les autres moyens de transport se sont améliorés; la détresse des débiteurs hypothécaires diminue; les secours aux chômeurs dans le dénuement ont réalisé en grande partie les desseins du Gouvernement qui avait promis de meure tout en oeuvre pour empêcher la famine; la conservation des ressources, les mesures prises contre les inondations, le projet d'une meilleure exploitation de notre vaste territoire, tous ces éléments se sont développés à une cadence inimaginable jadis.

    Il y a un an, notre civilisation se portait bien mal. Il aurait mieux valu l'admettre. Nous connaissons du moins l'idéal des hommes et des femmes qui ont fondé l'Amérique. Nous connaissons du moins l'idéal des fondateurs de la république. Au cours de ces dernières années, la situation avait notablement changé — peut-être n'avions nous pas oublié les idéals de nos pères; en tout cas nous en rejetions le plus grand nombre.

    Nous, citoyens de ce pays, nous n'avons pas besoin de critique ou d'une opposition purement destructrice et nous ne les recherchons pas; ces individus ou ces groupes d'individus qui pour des raisons politiques ou pour d'égoïstes visées financières s'opposent au vaste plan général, ceux-là, nous le savons, ne feront de tort qu'à eux-mêmes, car, nous, peuple américain, nous ne souscrirons jamais aux propositions qui ramèneraient le pays à la situation où il se trouvait durant les dix années de l'après-guerre. Toutefois, une majorité écrasante de nos compatriotes, vieux et jeunes, spécialement de jeunes, s'apprête à écouter avec faveur les suggestions honnêtes qui tendent à l'emploi de méthodes nouvelles et meilleures en vue du bien général. En tout cas, nous, peuple américain, nous sommes résolu, après être allé de l'avant durant une année, a persévérer dans notre effort.

 


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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 09:00

 

Franklin Delano ROOSEVELT
Président des États-Unis

 


SUR

LA BONNE VOIE

(ON OUR WAY)


New-Deal-NRA.jpg 

 


Traduit de l'Anglais par
PIERRE DUTRAY

 

1934


Les Éditions
DENOËL ET STEELE
19, rue Amélie, 19
PARIS

 

 

 

    CHAPITRE PREMIER

    Le premier acte du Gouvernement fut la prestation de serment du nouveau cabinet dans le bureau du Président à la Maison Blanche, immédiatement après la fin de la Parade inaugurale du 4 mars. A ce moment, le cabinet ne tint aucune réunion officielle mais je discutai la situation bancaire avec le Secrétaire du Trésor et l'Attorney general, et je leur demandai de se préparer pour le lendemain à esquisser, dans les cadres de la constitution, un moyen de fermer toutes les banques.

    La situation, à ce moment, rendait cette mesure nécessaire. Pratiquement, toutes les banques se fermaient, les unes volontairement, d'autres à cause des retraits massifs de la clientèle, d'autres encore à cause des proclamations du Gouverneur. Le but poursuivi était de permettre, dans le délai le plus bref, la réouverture des banques, mais ce mode de réouverture devait se baser non seulement sur la confiance du public mais encore sur un plan uniforme qui donnerait la certitude que seules les banques solvables rouvriraient leurs guichets.

    Près de deux mois auparavant, j'avais discuté avec plusieurs personnes de l'autorité dont disposerait le Président au cas où il voudrait assumer en droit la responsabilité d'une crise bancaire par la fermeture de toutes les banques — non seulement des banques Fédérales de réserve, mais encore des banques d'Etat qui n'étaient pas affiliées aux banques Fédérales. Un de mes amis rappela qu'une partie de la législation de 1917 arrêtée en temps de guerre n'avait pas été abrogée. II me découvrit ainsi un statut de cette année se rapportant au point en question. Au cours du mois de février, le sénateur Walsh, qui devait exercer les fonctions d'Attorney general dans le nouveau cabinet, examina attentivement ce statut et me dit qu'à son avis, aucune loi subséquente d'ordre général ne l'avait réellement abrogé. Le trois mars, après la mort malheureuse du sénateur Walsh, je fis part de ces faits à M. Homer Cummings à qui j'avais proposé de prendre les fonctions d'Attorney general. Je le priai de se tenir prêt à donner son avis en temps opportun.

    Le nouveau cabinet se réunit pour la première fois le dimanche après-midi, cinq mars. Durant trois jours, le secrétaire Woodin avait eu presque sans interruption des entretiens avec les fonctionnaires sortants du Ministère des Finances. Ils lui avaient d'une manière désintéressée prêté toute l'aide possible. Le dimanche, M. Woodin et moi, nous avions la ferme conviction que la solution énergique de la fermeture des banques devait être choisie si l'on voulait éviter pour le lundi matin une catastrophe générale. A la réunion du cabinet, je m'adressai à l'Attorney general, M. Cummings, et je lui demandai si les conclusions de son rapport donnaient l'acte envisagé comme conforme ou non à la Constitution. II répondit qu'il avait examiné les statuts et qu'il pouvait m'assurer de la validité entière de la proclamation que j'envisageais.

    Etant donné l'importance de son contenu au point de vue historique et constitutionnel, je rapporterai cette proclamation dans son intégrité :



    « Etant donné les retraits considérables et injustifiés d'or et dé devises opérés dans nos institutions bancaires, aux fins de thésaurisation;

    « Etant donné l'activité spéculative continuelle et croissante qui a lieu à l'étranger en devises étrangères et qui s'est traduite par un grave épuisement des stocks d'or nationaux;

    « Etant donné que ces facteurs ont créé un état de crise nationale;

    « Etant donné qu'il est conforme aux intérêts de tous les clients de banques qu'une période de répit soit accordée afin d'empêcher de nouvelles thésaurisations de devises, sous forme de monnaie, lingot ou papier, d'arrêter la spéculation en devises étrangères et de permettre d'appliquer des mesures appropriées, pour protéger les intérêts de notre peuple;

    « Etant donné que la loi du 6 octobre 1917 donne au président le pouvoir d'enquêter, de réglementer ou d'interdire toutes transactions en devises étrangères et l'exportation, la thésaurisation, la fonte ou la mise en réserve de l'or et de l'argent, en monnaie ou en lingot ou de toute autre devise;

    « Etant donné que la susdite loi prévoit que quiconque enfreindra ou voudra enfreindre l'une quelconque des dispositions de ladite loi, et quiconque violera ou voudra violer, négliger ou refuser d'exécuter tout ordre du président, publié en vertu des dispositions de cette loi, sera, s'il est reconnu coupable, condamné à une amende ne dépassant pas dix mille dollars, ou à une peine de prison ne dépassant pas dix ans, ou aux deux peines.

    « En conséquence, moi, Franklin D. Roosevelt, président des Etats-Unis, proclame, ordonne et déclare par la présente qu'à partir du lundi 6 mars jusqu'au jeudi 9 mars (les deux dates étant incluses) une vacance bancaire sera observée par toutes les institutions bancaires, y compris les territoires et possessions insulaires des Etats-Unis et que pendant ladite période toutes transactions bancaires seront suspendues.

    « Durant cette vacance, sauf comme il est ci-après stipulé, aucune de ces institutions ou succursales ne devra payer, exporter, mettre en réserve l'or ou l'argent monnayé, en lingots ou en devises, ni en permettre le retrait ou le transfert de quelque façon que ce soit, ni agir de façon quelconque qui puisse en faciliter la thésaurisation.

    « De plus, aucune de ces institutions ou succursales ne pourra rembourser des dépôts, faire des prêts, emprunts, ou escomptes, opérer des transactions en change étranger, de transfert ou de crédit des Etats-Unis avec aucune place à l'étranger, ni pratiquer aucune opération bancaire de quelque nature que ce soit.

    « Au cours de cette vacance, le secrétaire de la trésorerie, avec l'approbation du président, a l'autorisation et le pouvoir :

    a) D'autoriser l'un quelconque ou l'ensemble de ces instituts bancaires à remplir partiellement ou totalement ses fonctions normales;

    b) D'émettre ou de faire émettre des coupures de chambres de compensation ou autres pièces justificatives gagées sur les actifs des instituts bancaires;

    c) D'autoriser et de susciter la création par lesdits instituts bancaires de comptes de dépôts spéciaux pour la réception de nouveaux dépôts qui seront susceptibles de retrait sur demande sans aucune restriction ni limitation, et seront ouverts séparément, soit en espèces, soit sous forme de dépôt dans les banques de réserve fédérales, ou investis en obligations dans les Etats-Unis.

    «  Le terme « instituts bancaires » tel qu'il est employé dans le présent ordre désigne toutes banques fédérales de réserve, associations bancaires nationales, banques, compagnies de dépôt (trust), caisses d'épargne, associations foncières et de prêts, unions ou autres corporations de crédit, associations de deux ou plusieurs membres, sociétés ou personnes faisant profession de recevoir des dépôts, faire des prêts, escompter le papier commercial et opérant toute autre forme de transaction bancaire.

    « En foi de quoi, j'y ai adjoint ma signature et y ai fait apposer le cachet des Etats-Unis.

    Fait en la ville de Washington ce sixième jour du mois de mars, à une heure du matin, en l'an de grâce mil neuf cent trente-trois, cent-cinquante-septième année de l'indépendance des Etats-Unis.

    FRANKLIN D. ROOSEVELT.

    Pour le président :

    CORDELL HULL,

    Secrétaire d'Etat.

   

    Afin de permettre aux membres de ce Congrès qui viennent de la Côte du Pacifique d'atteindre Washington en temps voulu, la date fut fixée au jeudi suivant, le 9 mars à midi. Les voies étaient ainsi préparées (1 I. Quoique cette proclamation fût en réalité la seconde qui fut lancée, elle fut préparée avant la première proclamation, qui était un résumé envoyé le dimanche soir à l'occasion de la session extraordinaire du nouveau Congrès.).

    Un mois au moins avant l'inauguration, j'avais invité les Gouverneurs des quarante-huit Etats, dont la plupart devaient assister à l'inauguration, à me rencontrer à la Maison Blanche, le lundi 6 mars pour discuter différents sujets ayant trait à une coopération entre les Gouvernements d'Etat et le Gouvernement Fédéral. J'avais eu le privilège de connaître la plupart des Gouverneurs durant les quatre années précédentes et j'avais espéré passer toute la journée avec eux pour discuter des problèmes qui nous intéressaient tous. Cependant, la situation nationale me força à changer le programme et, comme il ne fallait pas s'attarder en préparatifs, je me rendis à la Chambre Est de la Maison Blanche, j'improvisai un discours, et traçai à l'intention des membres du Congrès un tableau complet de la situation bancaire, en exposant notre programme et en leur demandant aide et collaboration pour l'exécuter. Vingt-cinq Gouverneurs étaient présents et douze autres avaient envoyé des délégués. Ils furent assez bons pour voter une motion exprimant leur confiance et désir de collaboration; en même temps cette motion approuvait le Congrès de m'avoir octroyé des pouvoirs étendus; elle approuvait aussi mon plan d'exploitation du sol qui leur avait été soumis précédemment, et le remplacement du secours direct par la création de travaux. Il faut remarquer que, dès le 6 mars, l'idée de l'administration des travaux civils avait pris naissance. On doit noter aussi que cette approbation fut donnée par les Gouverneurs « sans égard à leurs affiliations politiques ». Voici les paroles que j'ai prononcées :

   

    « J'ai été si occupé depuis dimanche à midi que je n'ai pas eu l'occasion de préparer des remarques officielles. Je commencerai par dire aux Gouverneurs qu'ayant été moi-même Gouverneur durant les quatre années précédentes, je connais quelque peu les devoirs de cette charge, ainsi que les droits et les devoirs des Etats. Le pays a besoin de la collaboration des Etats et du Gouvernement Fédéral. Je crois que les événements de ces quarante-huit heures l'ont suffisamment démontré.

    « Les Etats ont agi avec une promptitude remarquable, en empêchant la panique à un moment où elle aurait pu très bien éclater. Toutefois, la situation est arrivée hier à un point où une action uniforme semblait nécessaire. Elle s'est traduite, comme vous le savez, par deux choses — par la convocation pour jeudi d'une session extraordinaire du Congrès et, en deuxième lieu, par une proclamation des mesures immédiatement nécessaires pour parer à la crise, à partir d'aujourd'hui jusqu'à jeudi.

    « Je remercie les Etats de ce qu'ils ont fait durant ces jours de crise. Il faut que nous ayons, si n'est possible, un système bancaire général, c'est-à-dire qui s'étende aux banques nationales et aux banques d'Etat, et qui soit aussi uniforme que possible dans tous le pays. En même temps, nous devons collaborer avec toutes les banques d'Etat pour réaliser cette uniformité. Je ne désire pas centraliser toutes ces opérations ici à Washington, tout au moins dans la mesure où nous pourrons l'éviter.

    « La lettre que je vous ai adressée soulevait plusieurs problèmes :

    « Tout d'abord le conflit entre les impositions du Gouvernement d'Etat et les Gouvernements Fédéraux: chacun d'entre vous a cherché des méthodes qui lui fassent trouver de nouvelles sources d'impôts. Il a été naturel et humain que le Gouvernement Fédéral tâchât de trouver un moyen d'augmenter les revenus.

    « Un second point concerne l'aide que le Gouvernement Fédéral doit apporter aux chômeurs: le Gouvernement Fédéral, évidemment, doit empêcher l'individu de mourir de faim, mais ce devoir ne devrait pas lui incomber avant que d'autres services n'aient échoué. En premier lieu doivent agir la localité, la ville, le canton — s'ils échouent dans leurs efforts et s'ils ne peuvent faire face aux nécessités, c'est aux Etats alors d'assumer cette responsabilité. Ils doivent faire tout leur possible. S'il est avéré qu'ils ne peuvent faire davantage et que les fonds sont encore insuffisants, c'est alors que le Gouvernement Fédéral doit intervenir.

    « Nous en venons à la question de la coordination du travail. Il est très malaisé de savoir à Washington quels sont les Etats qui luttent efficacement contre le chômage et quels sont ceux qui ne le font pas. Je pense que je puis instituer une sorte d'agence centrale de secours de chômage; cette agence constituera un service efficace chargé de coordonner la répartition du travail dans les Etats; elle agira comme une chambre de compensation destinée à venir en aide à la nation. J'espère pouvoir la mettre sur pied dans les deux ou trois semaines qui suivront.

    « Je propose, en outre, la réorganisation et la consolidation d'administrations locales, afin de réduire les charges fiscales. C'est un problème de votre ressort et qui a été du mien pendant les quatre dernières années.

    « Puis il y a la question des forclusions hypothécaires spécialement en ce qui concerne les exploitations agricoles et aussi les petits immeubles. Dans ce domaine non plus, nous n'avons pas de politique nationale. Un Etat agit d'une façon, un autre agit d'une autre. Certains Etats et certaines localités ferment les yeux sur les lois en vigueur et ont empêché des forclusions. Mais nous n'avons pas de politique nationale qui nous permette une réglementation définitive de tout ceci. Je crois que nous pouvons en avoir une et que nous le devons. »

 

 

 

    La motion suivante a été adoptée à l'unanimité par la Conférence des Gouverneurs:

 

 

 

    « En cette heure angoissante où une crise nationale atteint notre vie économique et bancaire, c'est à notre Président qu'incombe la lourde responsabilité de nous sortir de nos difficultés. II est prêt à nous diriger si nous sommes prêts à le suivre. Il a besoin pour l'exécution de ses plans de l'appui de tous nos compatriotes unis dans un même but.

    « Sans considération de nos attaches politiques, nous, Gouverneurs et délégués des Gouverneurs, réunis en conférence en la ville de Washington, nous exprimons, par la présente, notre confiance et notre foi en notre Président et exhortons le Congrès et tous les citoyens de notre pays à collaborer avec lui à la réalisation de toute mesure qu'il jugera nécessaire ou désirable pour rétablir la stabilité bancaire et économique. »

   

    Les deux journées suivantes qui précédèrent la réunion du Congrès du jeudi, furent pénibles et encombrées. Nous fûmes contraints de partager notre temps entre des tâches innombrables : la besogne ' courante du Gouvernement et les mesures extraordinaires qu'il fallait prendre pour faire face à la crise bancaire. Je tins continuellement des conférences avec les nouveaux membres du Cabinet, avec un grand nombre de conseillers avisés et bien informés, ainsi qu'avec des membres du Congrès. Le Secrétaire du Trésor, l'Attorney general et moi, nous élaborâmes, avec des membres du Sénat et de la Chambre des Représentants, la loi sur l'état de crise bancaire. Je crois que nous rédigeâmes et reprîmes une douzaine au moins de différents projets.

    Le mercredi soir, avec l'aide des trois secrétaires de la Présidence et du Secrétaire au Trésor, j'envoyai au Congrès le message suivant. Le texte authentique de l'ordonnance sur la crise bancaire ne fut terminé qu'une demi-heure avant la réunion de la session extraordinaire :

   

    « Le 3 mars, les opérations bancaires aux Etats-Unis étaient interrompues. LI serait inopportun de faire un exposé des causes de l'échec de notre système bancaire. II nous suffira de dire que le Gouvernement a été obligé d'intervenir pour la protection des déposants et des affaires de la nation.

    « Notre première tâche est de rouvrir toutes les banques stables. C'est là un préliminaire essentiel d une législation qui interdira aux banques de spéculer avec les fonds des déposants et de déroger de toute autre manière à leurs devoirs de dépositaires.

    « Pour atteindre ce premier but (l'ouverture des banques permettant la reprise des affaires), je demande au Congrès, l'application immédiate d'une législation qui donnera au pouvoir exécutif le contrôle des banques afin de protéger le déposant; toute autorité pour rouvrir telles banques qui auront avéré une solide position, et cela aussi rapidement que possible; autorité pour rouvrir telles banques qu'il sera nécessaire de réorganiser, si l'on veut qu'elles repartent sur des bases stables.

    « Je demande des amendements au « Federal Reserve Act », afin de prévoir l'émission de monnaie supplémentaire, convenablement garantie, car, si le besoin s'en fait sentir, cela sera nécessaire pour faire face à toutes les demandes de devises, sans accroître en même temps la dette non garantie du Gouvernement des Etats-Unis.

    « Je ne saurais trop insister pour que le Congrès comprenne la nécessité d'une action immédiate. II serait inconcevable que l'arrêt complet des commodités bancaires durât plus longtemps.

    « Le vote de la législation proposée mettra fin à cette situation, et, j'en suis convaincu, se traduira à bref délai par une reprise des affaires.

    « C'est aussi ma conviction que cette législation, non seulement lèvera immédiatement tous les doutes qu'on a pu former injustement à l'égard de ces banques dont la stabilité est au-dessus de tout soupçon, mais marquera aussi le début de rapports nouveaux entre les banques et la population de ce pays.

    « Les membres du nouveau Congrès se rendent compte, j'en suis sûr, de la grave responsabilité qui leur incombe ainsi qu'à moi. Dans un bref laps de cinq jours, il nous est impossible d'élaborer des mesures définitives pour éviter le retour des maux passés. Ceci ne justifie cependant, et ne doit justifier, aucun délai à l'accomplissement d'un premier geste. Je demanderai sous peu au Congrès de prendre deux autres mesures que j'estime d'une nécessité immédiate. Celles que je vous propose nous donneront le temps d'envisager un programme plus complet de restauration nationale. »

   

    Il est inutile d'entrer dans tous les détails de la fameuse loi qui fut votée par les deux Chambres du Congrès et qui fut signée par moi le même jour. Qu'il me suffise de dire qu'elle ratifia toutes les mesures précédemment prises, qu'elle conféra à l'Exécutif des pouvoirs étendus et précis pour la réglementation des banques et de la monnaie et qu'elle rendit possible — immédiatement après un examen partiel du système bancaire — la restauration de ce système dans sa totalité.

    Le dimanche précédent, lorsqu'on résolut de proclamer la fermeture des banques, il nous avait paru évident à tous que la bonne procédure serait de permettre aux banques d'ouvrir, dès que nous aurions obtenu l'assurance raisonnable de leur solvabilité. Je pense que le Secrétaire du Trésor et moi, nous sommes rendus compte qu'il faudrait une semaine au moins pour obtenir les renseignements nécessaires. Néanmoins, le premier décret de fermeture n'ordonnait la fermeture des banques que pour quatre jours seulement. Très sincèrement, nous croyions qu'il était préférable de limiter à quatre jours les effets de la première proclamation et de prolonger la fermeture par une proclamation ultérieure, plutôt que de fermer les banques pour une période illimitée. II en résulta une nouvelle proclamation que je lançai le 9 mars et qui prolongeait la vacance bancaire jusqu'à une nouvelle proclamation.

    Je suis fermement convaincu que la prompte collaboration et l'action énergique du Congrès le jeudi 9 mars firent plus que n'importe quelle autre mesure — pour donner aux citoyens de ce pays, l'assurance qu'ils avaient un Gouvernement bien parti pour travailler dans un excellent esprit à la défense de leurs intérêts durant cette crise.

    Durant ces cinq premiers jours, le Vice-président, le Cabinet, le Chef du Budget et moi-même, nous avions considéré un autre point d'une importance vitale, indispensable au rétablissement de la confiance. Depuis trois ans le Trésor fédéral s'embourbait de plus en plus. A franchement parler, les recettes des impôts avaient continué à baisser tandis que les dépenses ordinaires du Gouvernement n'avaient que peu diminué ou même souvent étaient demeurées pareilles. On sentait que nous nous dirigions vers la banqueroute, faute d'un plan déterminé qui nous permît d'équilibrer le budget normal ou de prendre des mesures précises de redressement en dehors des ressources habituelles.

    Pour avoir de bonnes finances et pour faire un judicieux emploi des deniers publics il fallait une législation économique basée sur des faits simples. Mes prises de contact avec le public et avec les membres du Congrès me montrèrent qu'ils comprenaient clairement cette nécessité. En conséquence, le 10 mars, je demandai les pouvoirs nécessaires pour effectuer des compressions importantes dans les dépenses gouvernementales. L'application de cette législation qui me donnait à toutes fins utiles l'autorité pour réduire les dépenses et dont j'usai pour équilibrer le budget de l'année fiscale qui se terminait le 30 juin 1933 et aussi celui de l'année fiscale suivante pour laquelle le Congrès précédent avait déjà voté des ordonnances sur le budget, donna au pays l'assurance que son Gouvernement cesserait de courir à la banqueroute. Le message suivant et la législation qui en résulta donnèrent l'élan nécessaire au rétablissement de la confiance dans les affaires :

 

 

 

    « La Nation est profondément touchée de la réponse immédiate que le Congrès a donnée hier, montrant qu'il comprenait la nécessité d'une action énergique pour le rétablissement et l'amélioration de notre système bancaire. Il en est de même des finances du Gouvernement dont le rétablissement exige également une action courageuse, franche et prompte.

    « Il y a trois longues années que le Gouvernement Fédéral est sur le chemin de la banqueroute.

    « Pendant l'année fiscale 1931 le budget s'est soldé par un déficit de 462.000.000 dollars.

    « Pour l'année fiscale 1932, le déficit a été de 2.472.000.000 dollars.

    « Pour l'année fiscale 1933, il dépassera probablement 1.200.000.000 dollars.

    « Pour l'année fiscale 1934, si l'on se base sur les décrets budgétaires votés par le précédent Congrès et sur les revenus escomptés, le déficit dépassera 1.000.000.000 dollars, à moins qu'on ne prenne une décision immédiate.

    « Nous aurons ainsi accumulé des déficits qui s'élèvent à 5.000.000.000 dollars. Ceci est d'une extrême gravité, et j'attire l'attention du Congrès sur les effets considérables que peut produire cet état de choses sur notre économie nationale. Il a contribué à l'écroulement récent de notre édifice bancaire. Il a accentué la stagnation de la vie économique de notre peuple. II a grossi les rangs des chômeurs. Notre maison gouvernementale n'est pas en ordre, et, pour maintes raisons, aucune mesure efficace n'a été prise pour la remettre en ordre.

    « C'est sur le crédit intact du Gouvernement des Etats-Unis que repose la sauvegarde des dépôts, des polices d'assurances, l'activité des entreprises industrielles, la valeur de nos produits agricoles et la mise en valeur du travail. Le crédit du Gouvernement des Etats-Unis touche d'une manière précise à ces biens, à ces fondements de la richesse humaine. En conséquence, notre première tâche est d'affermir ces fondements. Le redressement national en dépend.

    « Les événements de ces dernières années nous ont montré trop souvent les gouvernements libéraux périssant sur les rochers où les avait entraînés une politique fiscale relâchée. Nous devons éviter ce danger.

    « II est trop tard pour aborder ce problème à loisir. Nous ne devons pas attendre pour agir que plusieurs mois se soient écoulés. La crise s'aggrave du fait que, ce printemps, nous nous trouvons dans la nécessité d'opérer de grandes refontes.

    « Désormais, nous devons agir d'une manière directe en sachant clairement où nous allons. Les membres du Congrès et moi-même, nous nous engageons à prendre immédiatement des mesures d'économie.

    « Je présume, en conséquence, que vous et moi nous sommes en parfait accord quant à la nécessité d'une action immédiate, et mon devoir constitutionnel est de vous indiquer en même temps les moyens d'effectuer des compressions importantes.

    « Je ne vous parle pas en termes généraux. Je vous indique une route bien tracée.

    « Le dernier Congrès a appliqué une législation concernant la réorganisation et la diminution des services dépendant du pouvoir exécutif, mais les économies à réaliser de la sorte, apparaissent minimes à la lumière du déficit important que l'on prévoit pour la nouvelle année fiscale. Elles ne feront pas face aux nécessités pressantes que suscite la situation de notre crédit. II est essentiel de prendre des dispositions en vue d'économies supplémentaires. C'est pourquoi je demande aujourd'hui au Congrès une nouvelle législation établissant sur de nouvelles bases l'octroi des pensions et des autres avantages accordés aux anciens combattants.

    « Cette législation donnerait au pouvoir exécutif l'autorité de prescrire les mesures administratives de détail. Tous, nous reconnaissons que le Gouvernement doit continuer à veiller aux intérêts de ceux qui souffrent pour sa défense, de leurs veuves et de leurs orphelins. Toutefois l'application de ce grand principe à des masses considérables de personnes entraîne des complications — des complications si grandes qu'il est presque impossible de rédiger une loi qui soit assez souple pour rendre une justice pleine et entière dans les différents cas. La législation que je propose reconnaît ces principes et, limitée par eux, permet à l'Exécutif, de tracer les lignes de différentiation nécessaires à la justice.

    « Dans un même esprit de complète justice, je demande également l'application d'une législation relative aux traitements des fonctionnaires civils et militaires. Cette législation abrogerait la législation en vigueur sur les congés, elle lui substituerait un principe général et autoriserait l'Exécutif à appliquer ce principe. C'est au corps législatif qu'il appartient de fixer le total des dépenses, de trouver les recettes et les principes généraux qui doivent régir l'affectation de ces dépenses. Quant aux détails de ces dépenses et spécialement en ce qui concerne la crise présente, l'Exécutif pourra les régler d'une manière plus sage et plus juste. Les mesures que je propose, non seulement sont souples et pratiques, mais en outre elles suivent une voie constitutionnelle.

    « Pareilles économies, si elles se réalisent, éprouveront à la vérité un certain nombre de nos concitoyens; mais si on ne les faisait pas, ce seraient tous nos concitoyens qui seraient atteints. C'est la stabilité même du Gouvernement qui est en jeu, et, quand celle-ci est en jeu, les intérêts du petit nombre doivent céder le pas aux besoins de la majorité.

    « Lorsqu'un grand danger menace l'essence même de notre sécurité, c'est mon devoir d'indiquer au Congrès la façon de l'écarter. En agissant de la sorte, j'agis franchement non seulement avec un petit nombre mais encore avec la majorité. C'est dans cet esprit que je m'adresse à vous. Si le Congrès décide que cette responsabilité m'incombe, j'exercerai ce pouvoir dans un esprit de justice générale, en vue d'aider ceux qui sont dans le besoin et de maintenir intact le bien-être fondamental des Etats-Unis.

    « Je demande que cette législation entre en vigueur immédiatement, sans attendre même le début de la nouvelle année fiscale. Je vous donne l'assurance que, si cela se fait, on peut raisonnablement prévoir que, dans un an, le Gouvernement aura des revenus suffisants pour couvrir ses dépenses. »

 

 

 

    On crut tout d'abord qu'il faudrait émettre des coupures spéciales ou une monnaie de circonstance pour le règlement des affaires ordinaires durant les vacances bancaires mais, lorsque la fin de la semaine arriva, on constata que cette émission ne serait pas nécessaire. En outre, l'excellente collaboration des banques fédérales de réserve et des banques d'Etat permit au Secrétaire au Trésor de décider la réouverture des banques à partir du lundi 13 mars, en usant d'un système de licences. Un décret du 10 mars réglementait cette réouverture et en même temps interdisait le payement d'or sous quelque forme que ce fût.

 

 

    DECRET-LOI

    (Règlement concernant les opérations bancaires).

    « En vertu de l'autorité que me confère la loi du 6 octobre 1917, amendée par la loi du 9 mars 1933, et en vertu de toute autre autorité qui m'a été conférée, je rends par la présente le décret suivant.

     « Le Secrétaire du Trésor a l'autorisation et le pouvoir de permettre à toute banque fédérale de réserve ou à tout autre établissement bancaire régi par les lois des Etats-Unis, d'exécuter en tout ou en partie les opérations bancaires sauf en cas d'une interdiction ultérieure.

    « L'autorité compétente exerçant le contrôle Immédiat des établissements bancaires dans tout Etat ou lieu placé sous la juridiction des Etats-Unis a l'autorisation et le pouvoir de permettre à tout établissement bancaire dudit Etat et dudit lieu non compris dans le précédent paragraphe, d'exercer en tout ou en partie les opérations bancaires habituelles, sauf en cas d'interdiction ultérieure.

    « Toutes les banques affiliées à l'organisme fédéral de réserve qui désirent rouvrir leurs guichets pour effectuer toutes les opérations bancaires ordinaires et normales, sauf en cas d'interdiction ultérieure, demanderont en conséquence une autorisation au Secrétaire au Trésor. Ladite demande sera classée immédiatement par les banques fédérales de réserve. La Banque Fédérale de Réserve transmettra alors lesdites demandes au Secrétaire au Trésor. La Banque Fédérale de Réserve, avec l'approbation du Secrétaire du Trésor délivrera des autorisations. Les Banques Fédérales de Réserve sont, par la présente, chargées de servir d'agents au Secrétaire au Trésor pour la réception des demandes et pour la délivrance des autorisations, avec son approbation et conformément à ses instructions.

    « Jusqu'à nouvel ordre, aucune personne, société, association, corporation ni aucun établissement bancaire ne devra exporter ni permettre l'exportation des Etats-Unis ou de tout autre lieu placé sous la juridiction des Etats-Unis, de toute monnaie ou de lingots d'or, sauf les cas prévus dans les autorisations délivrées par le Secrétaire d'Etat au Trésor.

    « L'autorisation donnée à un établissement bancaire quelconque d'exécuter des opérations de banque n'autorisera nullement ledit établissement à effectuer des payements en monnaie d'or, lingots ou billets convertibles en or, sauf dans les formes autorisées par le Secrétaire au Trésor. Cette autorisation ne permettra nullement le retrait de monnaies quelconques pour la thésaurisation ni pour des transactions sur les changes étrangers, sauf si celles-ci répondent aux nécessités légitimes et normales des affaires, aux besoins des voyageurs, à d'autres besoins personnels, et à l'exécution de contrats passés avant le 6 mars 1933.

    « Chaque banque fédérale de réserve est requise de se tenir au courant des transactions sur les changes étrangers passées et exécutées dans sa région et devra informer le Secrétaire au Trésor de toutes les transactions illicites sur les changes qui viendraient à sa connaissance. »

 

 

 

    Les événements se sont déroulés si rapidement durant cette première semaine que je jugeai essentiel d'employer la radio pour exposer ce qui avait été fait, et spécialement pour donner un tableau clair de la situation bancaire à la femme et à l'homme moyens. Tant de mystère a enveloppé les affaires bancaires, une crainte si grande existait dans l'esprit de presque tous les épargnants que, en préparant ce discours, j'ai tâché de garder sous les yeux l'image de ces hommes et de ces femmes qui avaient confié, sous forme d'un dépôt d'argent, tout ce qu'ils possédaient au monde, à l'une ou l'autre banque locale et qui se demandaient si jamais ils reverraient leur argent. Voici ce que j'ai dit, le 12 mars dans la soirée du dimanche :

    « Pendant quelques instants, je désire m'entretenir de la situation bancaire avec les habitants des Etats-Unis, avec le groupe relativement peu nombreux de ceux qui se retrouvent dans le mécanisme du système bancaire, mais plus spécialement avec la majorité écrasante de ceux qui se servent des banques pour effectuer des dépôts et signer des chèques. Je désire vous dire ce qui s'est fait au cours de ces jours, la raison des mesures prises et ce qui nous reste à faire. J'avoue qu'il me faut expliquer à l'usage de l'homme moyen les nombreuses proclamations parties du Capitole et de Washington, la législation, les règlements du Trésor, rédigés la plupart en termes de finances et de loi. Je le reconnais d'autant plus volontiers que chacun a accepté les embarras et les difficultés que la vacance bancaire a suscités, avec courage et bonne humeur. Je sais que. Lorsque vous comprendrez les mobiles des décisions de Washington, vous maintiendrez votre entière collaboration tout comme, durant la semaine passée, vous m'avez témoigné votre sympathie et votre aide.

 

 

    « Tout d'abord, permettez-moi de vous exposer ce simple fait : lorsque vous déposez votre argent dans une banque, la banque n'enfouit pas précieusement votre argent. Elle place votre argent selon les différentes modalités de crédit : en obligations, papier commercial, hypothèques et autres sortes d'emprunts. En d'autres termes, la banque place votre argent pour contribuer à faire fonctionner à plein rendement les rouages de l'industrie et de l'agriculture. Une partie relativement minime de l'argent que vous déposez à la banque est gardée sous forme de monnaie, une somme qui, en temps normal, suffit amplement à répondre aux demandes en espèces du citoyen moyen. En d'autres termes, la somme totale de tout l'argent liquide n'est qu'une petite fraction de tous les dépôts effectués dans toutes les banques.

    « Qu'est-il arrivé alors au cours des derniers jours de février et au début de mars? Le public ayant soudain perdu toute confiance, une grande partie de notre population se rua dans les banques pour Convertir ses dépôts en argent ou en or — une ruée si forte que les banques les plus stables ne purent trouver suffisamment d'argent pour faire face aux demandes. La raison en était qu'au premier moment Il était évidemment impossible de vendre l'actif parfaitement solide d'une banque et de le convertir en espèces, si ce n'est à des prix de panique bien en-dessous de la valeur réelle.

    « Dans l'après-midi du 3 mars, à peine y avait-il dans le pays une banque d'ouverte pour les affaires. Dans presque tous les Etats les Gouverneurs avaient lancé des proclamations décrétant momentanément leur fermeture totale ou partielle.

    « Ce fut alors que je lançai la proclamation décrétant la généralisation de la vacance bancaire. Ce fut la première étape que marqua le Gouvernement dans la reconstruction de notre système financier et économique.

    « La seconde mesure fut la loi que le Congrès vota rapidement et dans un esprit patriotique, loi qui confirmait ma proclamation et élargissait mes pouvoirs de manière à rendre possible, en raison des nécessités de l'heure, une prolongation de vacance bancaire et une levée graduelle de celle-ci. Cette loi me donna aussi l'autorité nécessaire pour appliquer un programme qui faciliterait la reprise des opérations bancaires. Je tiens à dire à tous les citoyens que les membres du Congrès national —républicains et démocrates — ont montré par ce geste leur dévouement au bien public et la compréhension qu'ils avaient de la situation critique et de la nécessité d'une action rapide : une attitude aussi louable est rare dans l'histoire de notre pays.

    « La troisième phase a été marquée par la série de règlements qui ont autorisé les banques à continuer leurs opérations pour assurer la répartition de l'alimentation, les nécessités ménagères et la paie industrielle.

    « Cette vacance bancaire, qui souvent se traduit par de graves embarras, nous a fourni le moyen de procurer l'argent nécessaire à la situation. Aucune banque solide n'a perdu un dollar depuis lundi dernier, jour où elle a dû fermer ses guichets. De plus, il n'y a aucune banque qui ne puisse être en mesure d'ouvrir immédiatement. La nouvelle loi autorise les douze Banques Fédérales de Réserve à émettre une monnaie supplémentaire gagée sur un actif solide. De la sorte, les banques qui rouvriront seront à même de faire face à toute demande légitime. Les nouvelles coupures ont été envoyées par tranches considérables dans toutes les parties du pays par les soins du Bureau de Gravure et d'Impression. C'est de la monnaie saine parce qu'elle repose sur un actif solide et réel.

    « Sans doute allez-vous vous demander : Pourquoi toutes les banques ne rouvrent-elles pas en même temps? La réponse est simple : votre Gouvernement ne veut pas que se répètent les événements des dernières années. Nous ne désirons pas et nous n'aurons pas une nouvelle épidémie de faillites bancaires.

    « En conséquence, nous commencerons demain lundi par rouvrir les banques dont le siège se trouve dans les douze villes où la Banque de Réserve Fédérale est représentée, banque dont la situation a été trouvée saine dès le premier examen par la Trésorerie. Ensuite, toutes les banques trouvées en bonne posture reprendront leurs opérations mardi dans les villes où il y a une chambre de compensation, soit dans environ 250 villes des Etats-Unis.

    « Mercredi et les jours suivants, toutes les banques des villes secondaires reprendront leurs opérations pour autant, toutefois, que le Gouvernement aura eu le temps et les moyens matériels de terminer ses vérifications. II est nécessaire de retarder la réouverture des banques pour permettre aux banques de contracter les emprunts nécessaires ainsi que pour leur permettre d'obtenir suffisamment de monnaie pour faire face à leurs engagements. Ainsi le Gouvernement pourra prendre des mesures sensées.

    « Permettez-moi de vous dire que si votre banque n'ouvre pas le premier jour, vous n'avez nullement le droit de croire qu'elle n'ouvrira pas. Une banque qui ouvre l'un des jours suivants est exactement dans le même cas que la banque qui ouvre demain.

    « Je sais que beaucoup de personnes regardent avec inquiétude les banques d'Etat qui ne sont pas affiliées à l'organisme fédéral des banques de réserve. Ces banques peuvent recevoir et recevront l'appui des banques affiliées, ainsi que celui de la « Reconstruction Finance Corporation ». Ces banques d'Etat suivent le même mode que les banques nationales, sauf pour l'autorisation de reprendre les affaires, qu'elles tiennent des autorités de l'Etat; le Secrétaire au Trésor a prié ces autorités de permettre aux banques stables de rouvrir dans les mêmes conditions que les banques nationales. J'ai la ferme conviction que les services financiers de l'Etat montreront le même zèle que le Gouvernement national dans l'application du règlement relatif à l'ouverture des banques et qu'ils observeront la même ligne générale de conduite.

    « Il se peut qu'à la réouverture des banques un petit nombre de personnes, qui ne se sont pas remises de leurs craintes, commencent de nouveau à opérer des retraits. Permettez-moi de vous dire que les banques veilleront à tous les besoins, et je crois que la thésaurisation au cours de la semaine dernière est devenue une occupation fort peu à la mode. Il ne faut pas être prophète pour vous dire que lorsque les gens découvrent qu'ils peuvent entrer en possession de leur argent — qu'ils peuvent l'avoir quand ils le désirent pour des fins légitimes — le fantôme de la crainte s'évanouit. Les gens se réjouiront de nouveau d'avoir leur argent dans un endroit où il en sera pris soin et d'où ils pourront le retirer chaque fois qu'ils en auront besoin. Je puis vous assurer qu'il est plus sûr de garder votre argent dans une banque qui a rouvert ses guichets que de le cacher sous votre matelas.

    « Le succès de l'ensemble de notre grand programme national dépend évidemment de la collaboration du public, de son appui intelligent et de l'emploi d'un système rationnel.

    « Rappelez-vous que la réalisation essentielle de la nouvelle législation est de permettre aux banques de convertir leur actif en espèces plus facilement qu'il ne l'a jamais été auparavant. Les banques ont disposé de facilités qui leur permettaient d'emprunter sur leur actif aux banques de réserve, et des dispositions plus libérales ont été prises pour l'émission d'une monnaie gagée sur cet actif solide. Il ne s'agit pas là de signes monétaires sans valeur, mais bien d'une monnaie gagée sur des garanties convenables comme celles que toutes les bonnes banques possèdent en abondance.

    « Encore un point avant de terminer. Il y aura évidemment des banques qui ne pourront rouvrir sans être préalablement réorganisées. La nouvelle loi autorise le Gouvernement à opérer le renflouage rapidement et efficacement; elle autorise même le Gouvernement à souscrire à une partie au moins du capital selon les nécessités.

    « J'espère que vous vous rendez compte par ce simple exposé des actes de votre Gouvernement, que son système ne comporte rien de confus ou de révolutionnaire.

    « Nous avions eu une mauvaise situation bancaire. Certains de nos banquiers se sont montrés incompétents ou sans scrupules dans la gestion des fonds qui leur ont été confiés. Ils se sont servis de cet argent pour se livrer à la spéculation et à des emprunts imprudents. Ce n'était pas toutefois le cas de la grande majorité de nos banques, mais d'un certain nombre d'entre elles, ce qui a suffi pour ébranler pendant un certain laps de temps le sentiment de sécurité du peuple et le mettre dans un état d'esprit tel qu'il ne faisait plus de différence entre les banquiers et paraissait croire que les agissements d'un petit nombre avaient contaminé la masse entière. C'était au Gouvernement qu'il appartenait de prendre les mesures que réclamait cet état de choses et d'agir le plus rapidement possible. C'est ce qui a été fait.

    « Je ne promets pas que toutes les banques reprendront leurs opérations normales pas plus que le ne puis assurer qu'il n'y aura de pertes individuelles, mais, en tout cas, elles seront réduites au minimum et elles auraient été beaucoup plus sérieuses, si nous avions continué à laisser notre système financier aller à la dérive. Je puis toutefois vous promettre que même certaines banques, dont la situation peut paraître assez compromise, seront sauvées de la débâcle. Nous nous attacherons non seulement à permettre aux anciennes banques de reprendre leurs affaires, mais à créer des institutions solides par une organisation méthodique de notre système bancaire. Il m'a été très agréable de voir, de tous les coins du pays, des messages de confiance me parvenir. Je ne serai jamais suffisamment reconnaissant au peuple de l'appui sincère qu'il m'a apporté en ratifiant les intentions de notre plan, bien que toutes nos mesures aient pu ne pas lui sembler claires.

    « Somme toute, il y a dans le réajustement de notre système financier un élément plus important que la monnaie, plus important que l'or, et c'est la confiance du peuple. La confiance et le courage sont les facteurs essentiels du succès de la réalisation de notre plan. Vous tous qui m'écoutez, vous devez avoir foi en l'avenir, vous ne devez pas vous laisser impressionner par des rumeurs et par des doutes. Soyons unis pour bannir toute crainte. Nous avons réglé le mécanisme qui doit redresser notre système financier; c'est à vous d'apporter votre appui et de le mettre en marche.

    « II faut compter sur votre raison autant que sur la mienne. Ensemble, nous ne pouvons échouer.»

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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 09:00

 

Franklin Delano ROOSEVELT
Président des États-Unis

 


SUR

LA BONNE VOIE

(ON OUR WAY)


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Traduit de l'Anglais par
PIERRE DUTRAY

 

1934


Les Éditions
DENOËL ET STEELE
19, rue Amélie, 19
PARIS

 

 

 

 

    CHAPITRE II

    A strictement parler, la crise bancaire n'a duré qu'une semaine. Au cours de la deuxième semaine, à partir du moment où les banques, jour après jour, rouvraient leurs guichets et que de longues files de déposants remettaient leur argent en dépôt, le point le plus critique de la crise bancaire était passé.

    Mais le mot « crise » visait bien autre chose encore que les banques; il comprenait toute l'armature économique et, donc, sociale de notre pays. C'était une crise qui atteignait les fondements de notre agriculture, de notre commerce et de notre industrie; c'était une crise qui couvait depuis une génération entière et qui, depuis trois ans et demi, avait éclaté au grand jour. On ne pouvait y porter remède que par une organisation méthodique, par un contrôle exact de l'armature économique. On ne pouvait la guérir en une semaine, en un mois, en une année. Elle exigeait une longue série de nouvelles lois, de nouveaux services administratifs. Elle nécessitait des mesures particulières dans chacun des domaines où elle sévissait; mais l'ensemble de ces mesures devait obéir à un vaste plan clairement établi. Nous faisions appel, dans la plupart des cas, à la bonne volonté et à la compréhension du peuple. Nous ne pouvions plus revenir à la situation de jadis.

    Il est intéressant de noter que le parti national démocrate avait envisagé plusieurs de ces mesures dans son programme électoral de 1932. Je pus, en conscience, donner mon assentiment complet à cette plate-forme et en développer les desseins lors de ma campagne. Mais les campagnes ont tendance à revêtir le caractère des débats et des discussions, si bien qu'une conception approfondie et stable du plan d'ensemble (quand il y en a un) est souvent perdue.

    Pourtant, derrière les plate-formes et les discours, peut et devrait résider une philosophie du Gouvernement. Lorsqu'ils sont réunis, l'objectif réel apparaît.

    Un mois avant l'inauguration, j'avais senti que le Congrès, lors de la session extraordinaire, qui devrait se tenir un certain temps en avril, pourrait aborder mon programme d'ensemble. Cela aurait donné au nouveau Gouvernement l'occasion de se familiariser avec la machine administrative et de perfectionner programme législatif proposé. La crise bancaire, cependant, fit table rase de ce projet. Je compris rapidement que, puisque le Congrès se trouvait déjà réuni en session et voyait clairement les nécessités de la situation, il serait beaucoup plus profitable pour le Congrès et pour le Président, de traiter immédiatement les propositions plus importantes du « New Deal ».

    Le message suivant au Congrès (un des plus Courts), répétait presque mot pour mot un vœu de la plate-forme démocratique. Il fut envoyé le 13 mars. Il est suffisamment éloquent par lui-même :

 

 

 

    « Je recommande au Congrès de voter une loi qui modifiera immédiatement la loi Volstead et rendra légale la fabrication et la vente de la bière et autres boissons titrant à un degré d'alcool autorisé par la Constitution. Ceci afin de procurer au Gouvernement, par l'imposition de droits importants sur la fabrication et la vente de ces boissons, un revenu rationnel dont le besoin se fait vivement sentir. J'estime qu'il est de la plus haute importance d'agir vite en ce moment. »

 

 

 

    Dès lors le programme continua à se dérouler. Un des problèmes les plus difficiles au point de vue technique avait été le rétablissement du pouvoir d'achat de la population agricole du pays. Plusieurs expériences avaient été tentées sans succès. Les fermiers eux-mêmes n'étaient pas d'accord. Lorsque j'étais Gouverneur de New-York, j'avais ressenti un grand orgueil en amenant les fermiers de mon Etat à adopter une politique agricole générale. Les différents groupes agricoles avaient travaillé, pour ainsi dire, dans un accord unanime, à mettre sur pied un programme d'Etat, et ce programme envisageait non seulement les problèmes immédiats de la production et des débouchés mais encore des desseins à longue portée, un projet d'exploitation permanente du sol tout entier.

    Il n'y avait pas eu de plan national. Une tentative d'achat des excédents des récoltes avec l'argent du Gouvernement s'était traduite finalement par des pertes désastreuses. Pourtant nous devions régler cette question des excédents.

    Sous la direction du Secrétaire de l'Agriculture, M. Wallace, nous tînmes un grand nombre de conférences avec les chefs des exploitations agricoles et avec les membres du Sénat et de la Chambre des Représentants qui s'étaient livrés à une étude approfondie du sujet. Nous mîmes ainsi sur pied une loi d'adaptation agricole; quoique de caractère expérimental, elle s'attaquait à la racine même de la surproduction. II en résulta le message suivant au Congrès en date du 16 mars. Nous envisagions deux points : réduction des surfaces ensemencées et aide aux fermiers vivant sous la menace des hypothèques et de la perte de leurs demeures.

 

 

 

    Au Congrès :

    « Au moment où vous et moi unissons nos efforts dans cet état de crise pour mettre de l'ordre dans nos banques et pour obtenir un équilibre de nos dépenses fédérales ordinaires et de nos revenus, j'estime qu'il est d'une égale importance de prendre simultanément d'autres mesures sans attendre une prochaine réunion du Congrès. L'une d'elles, précise et d'ordre constructif, revêt une importance spéciale dans notre programme de redressement national.

    « Elle a trait à l'agriculture et cherche à augmenter le pouvoir d'achat de nos fermiers et la vente des articles fabriqués dans nos agglomérations industrielles; et, en même temps, à diminuer fortement le poids des hypothèques agricoles et à accroître la valeur foncière des emprunts agricoles effectués par nos établissements bancaires.

    « Après une étude approfondie et une large consultation sur les points évoqués, nous avons abouti à une mesure qui promet de bons résultats. Je vous dis franchement que nous suivons un sentier nouveau, qui n'a jamais été foulé, mais je vous dirai, avec une égale franchise, qu'une situation sans précédent exige la mise à l'essai de méthodes nouvelles pour soulager l'agriculture. Si le Gouvernement entreprend cet essai loyalement et si cette expérience n'amène pas les résultats espérés, je serai le premier à le reconnaître et à vous en aviser.

    « Les mesures législatives proposées doivent être appliquées dès maintenant pour la bonne raison que les récoltes du printemps seront bientôt semées et que, si nous attendons encore un mois ou six semaines, l'influence de ces mesures sur le prix des récoltes de cette année sera nulle.

    « En outre, si on agit vite en ce moment, les Etats-Unis seront mieux à même de discuter le problème de l'excédent de la production agricole mondiale, problème que l'on traitera à la Conférence économique mondiale.

    « Il est extrêmement malaisé de caractériser chaque recommandation ou loi du printemps 1933 en les classant dans des rayons différents : « secours », « finance », « agriculture » ou « industrie ». Par exemple, les mesures prises pour le redressement agricole devaient produire un effet immédiat en introduisant l'argent liquide dans les régions agricoles; elles devaient également empêcher la perte des habitations; mais, en même temps, elles comportaient des aperçus plus larges, à longue échéance : l'exploitation du sol, le contrôle des excédents nationaux, la conclusion de traités internationaux destinés à épuiser le surplus de la production mondiale et la création d'une consommation soutenue des produits industriels fabriqués dans les villes. »

 

 

 

    La seconde mesure envisagée avait pour objectif de fournir du travail à 300.000 jeunes gens et de leur faire quitter les rues des villes et les chaussées d'Etat, par la création du « Civilian Conservation Corps ». Par la même occasion noua faisions deux autres choses : nous envoyions la majeure partie des salaires de ces garçons à leurs familles et nous utilisions ce travail pour la conservation de nos forêts dont nous accroissions et améliorions l'exploitation; nous supprimions ainsi les effets destructeurs des inondations et nous empêchions l'érosion du sol. De plus, je puis l'ajouter, nous contribuions à former le caractère de la génération future.

    Je pense que le message suivant du 21 mars, qui se traduisit par la création des camps du « Civilian Conservation Corps », justifie non seulement la nécessité des secours, mais encore un projet d'une portée plus ample, intéressant la nation tout entière :

 

 

 

    « Notre programme de restauration exige essentiellement que des mesures soient immédiatement prises pour venir en aide au chômage. Si l'on aborde le problème de plein front, nous nous apercevons qu'il faut prendre trois sortes de mesures.

    « La première est d'enrôler désormais des travailleurs par l'intermédiaire du Gouvernement fédéral; ils seront enrôlés aussitôt que possible dans les services publics, sans que l'on tienne compte des statuts ordinaires ou des règles habituelles du travail.

    « La seconde mesure envisage l'octroi aux Etats de fonds pour la reprise du travail.

    « La troisième mesure comporte un vaste programme d'entreprises de travaux publics.

    « Pour cette dernière, j'étudie maintenant les nombreux projets qui m'ont été soumis et les questions d'ordre financier qui y sont adjointes. Je ferai bientôt au Congrès des recommandations précises à ce sujet.

    « En ce qui concerne l'octroi aux Etats de fonds d'aide aux chômeurs, je vous avertis que les fonds existants seront épuisés en mai. En conséquence, et vu que de nombreux Etats doivent encore continuer à recevoir des subventions du Gouvernement fédéral, nous devons mettre sur pied un nouveau projet de loi prévoyant des crédits budgétaires, avant la fin de cette session extraordinaire.

    « J'estime nécessaire qu'un organisme fédéral simple coordonne et contrôle ces octrois de fonds. En conséquence, je demande que vous nommiez un administrateur fédéral des secours, qui aurait pour office d'examiner les demandes et d'en contrôler l'efficacité et l'utilisation rationnelle.

    « Toutefois, la première des mesures que je viens d'énumérer peut et devrait être appliquée immédiatement. Je propose de constituer un corps civil chargé de travaux simples, sans rapport avec les travaux normaux, qui s'occuperait uniquement du reboisement, des travaux destinés à prévenir l'érosion du sol et les inondations, et de projets analogues. J'attire votre attention sur le fait que ce mode de travail possède une valeur précise et efficace, non seulement parce qu'il empêche maintenant de lourdes pertes financières, mais parce qu'il contribue à assurer pour une longue échéance la prospérité nationale. Ce fait est confirmé par les nouvelles que nous recevons aujourd'hui: les inondations de l'Ohio et d'autres fleuves ont causé des dégâts considérables.

    « La surveillance et la direction de ce travail peuvent être assumées par les rouages actuels des  Ministères du Travail, de l'Agriculture, de la Guerre et de l'Intérieur.

    « J'estime que, si vous me donnez l'autorité nécessaire pour agir dans les deux semaines prochaines, 250.000 hommes pourront trouver temporairement du travail, pour le début de l'été.

    « Je ne sollicite pas immédiatement de nouveaux fonds. II suffira pendant plusieurs mois d'user du disponible, affecté maintenant aux travaux publics.

    « Cette entreprise est une partie de notre politique nationale. Elle conservera nos ressources naturelles si précieuses. Elle donnera des dividendes aux générations présentes et futures. Elle amènera des améliorations dans les domaines de la nation et de l'Etat qui ont été bien oubliés au cours de ces quelques années de développement industriel.

    « Ce qui importe toutefois davantage que les gains matériels, c'est la valeur morale et spirituelle de ce travail. L'énorme majorité des chômeurs américains qui errent maintenant dans les rues et qui reçoivent des secours des particuliers ou des communes, préférerait infiniment reprendre le travail. Nous pouvons embrigader un nombre considérable de ces chômeurs dans des cadres sains. Nous pouvons supprimer, dans une certaine limite tout au moins, la menace qu'une oisiveté forcée fait peser sur la stabilité morale et spirituelle de la nation. Ce n'est pas la guérison du chômage mais c'est un premier pas important dans la voie du redressement. Je demande son adoption. »

 

 

 

    La mobilisation du C. C. C. commença immédiatement et continua énergiquement. Au premier juillet, 300.000 jeunes gens travaillaient dans des camps et recevaient un salaire dont une grande partie allait aider leurs familles.


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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 09:00

 

Franklin Delano ROOSEVELT
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1934


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19, rue Amélie, 19
PARIS

 

 

 

 

    CHAPITRE III

    Dès ce moment, nous avions donné l'essor à notre politique de redressement et de reconstruction, spécialement dans le domaine de l'agriculture.

    La deuxième étape fut de prendre une mesure pour protéger les épargnants contre les informations erronées sur la vente des titres. Durant toute ma vie, j'avais vu tant de misère humaine accabler des familles honorables qui s'étaient laissées persuader de placer leurs économies dans des valeurs spéculatives, pompeusement dissimulées sous le titre d' « investissements » et dont la vente s'effectuait selon des méthodes de « haute pression », que j'en étais venu à croire à la nécessité de mesures législatives, nationales. Les lois d'Etat « bleu ciel » (Lois contre la spéculation) n'avaient été efficaces que jusqu'à un certain degré. Je me persuadai que le public candide — et au moins quatre-vingt-quinze pour cent du public est candide lorsqu'il opère des placements — avait le droit de connaître la vérité tout entière, à chaque émission de nouvelles valeurs. Mon parti l'avait promis dans son programme, et cela avait été un point important de ma campagne de 1932. Le 29 mars 1933, je déclarai au Congrès :

 

 

 

    « Je recommande au Congrès de prendre des mesures qui donneront au Gouvernement fédéral le droit de contrôle sur le placement des valeurs à l'intérieur des états.

    « En dépit des nombreux statuts d'Etat, le public a subi jadis de lourdes pertes du fait des agissements déshonnêtes et contraires à la morale d'un grand nombre de personnes et de sociétés qui vendaient des valeurs.

    « Evidemment le Gouvernement fédéral ne peut et ne devrait prendre aucune mesure que l'on puisse interpréter comme une marque d'approbation ou de garantie de nouvelles actions qu'il déclarerait saines, dans ce sens que leur valeur sera maintenue ou que les capitaux qu'elles représentent produiront des bénéfices.

    « C'est notre devoir pressant, toutefois, de veiller à ce que toute émission de nouveaux titres à l'intérieur des Etats soit accompagnée d'une publicité complète et qui donne tous les renseignements désirables de telle sorte que le public acheteur connaisse clairement tous les éléments d'une importance essentielle à l'émission.

    « L'ancienne règle enjoignait à l'acheteur de faire attention. Cette nouvelle réglementation oblige le vendeur à prendre garde lui aussi. Au vendeur incombe le devoir de dire toute la vérité. Cette proposition donnerait l'élan à un trafic honnête des titres et par là ramènerait la confiance publique.

    « Le but des mesures législatives que je vous soumets est de protéger le public sans y mêler, dans la mesure du possible, les affaires honorables.

    « Ce n'est qu'une étape dans notre vaste programme de protection de l'épargne. Elle sera suivie de mesures législatives destinées à contrôler d'une manière plus rationnelle l'achat et la vente de tous capitaux qui prêtent à des transactions, et, en outre, de remédier aux agissements malhonnêtes et dangereux des directeurs et des administrateurs de banques et d'autres sociétés.

    « Ce que nous envisageons c'est de revenir à une compréhension plus exacte de l'ancienne vérité: ceux qui dirigent des banques, des corporations et autres bureaux qui gèrent et mettent en valeur l'argent d'autrui, doivent agir en dépositaires d'autrui. »

 

 

 

    Chaque jour qui s'écoula me montra, ainsi qu'au Cabinet et au Congrès, la nécessité immédiate de nouvelles mesures pour remédier à l'état de crise; en même temps, nous eûmes l'occasion de découvrir les situations les plus angoissantes et de partir ainsi résolument à l'attaque.

    Un an ou deux avant mon départ d'Albany, j'avais reçu, en nombre sans cesse croissant, des lettres de petits propriétaires à qui la forclusion allait faire perdre leurs habitations. Bien que cette situation, dans le domaine agricole remontât à l'année 1920, le problème du prêt aux propriétaires n'avait pas encore été agité sérieusement avant le krach de 1929. C'est pourquoi le public ne perçut pas leur détresse croissante.

    Durant le premier mois de l'entrée en charge, M. Henri Morgenthau Jr., en sa qualité de Président du Conseil Fédéral Agricole, avait commencé à grouper les nombreux services gouvernementaux qui prêtaient de l'argent aux fermiers sur leurs récoltes, sur leurs semences, sur leurs biens meubles et sur leurs fermes. Nous nous préparions à demander l'octroi de fonds considérables pour couvrir la forclusion qu'entraîneraient les dettes de toutes sortes des fermiers, et nous étions presque prêts à étendre le même principe aux propriétaires.

    En conséquence, le 3 avril, je déclarai au Congrès:

 

 

 

    « Dans mon programme général je me propose de mettre fin à la liquidation forcée de la propriété, d'accroître le pouvoir d'achat et d'élargir le système du crédit au profit des éléments producteurs et consommateurs de notre population. Je demande aujourd'hui au Congrès comme une partie de ce programme une législation spéciale au sujet des hypothèques et d'autres formes d'endettement des fermiers de la nation. Vous savez tous que des milliers de fermiers dans toutes les parties du pays ne peuvent faire face aux dettes qu'ils ont contractées lorsque les prix de leurs récoltes avaient une valeur monétaire toute différente. La législation actuelle qui cherche à relever les prix des produits agricoles, est une mesure précise qui permettra aux fermiers endettés de payer leurs dettes dans des proportions qui se rapprocheront davantage du montant de celles qu'ils ont contractées. Mais cela ne suffit pas.

    « Le Gouvernement Fédéral devrait prendre, en outre, des mesures pour financer le payement des hypothèques et des autres dettes de manière à établir une répartition plus équitable du montant de la dette, une réduction des taux d'intérêt qui très souvent sont déraisonnablement élevés et contraires aux vrais intérêts publics; en plus, il devrait, par un réajustement temporaire de l'amortissement, laisser aux fermiers suffisamment de temps pour qu'ils puissent espérer voir leur propre terre libérée définitivement de toute hypothèque. Je cherche à mettre fin à la situation de centaines de milliers de familles agricoles américaines que menace la perte de leurs demeures et de leur capacité de production.

    « La législation que je propose n'imposera pas un fardeau considérable au trésor national. Au contraire. Grâce à elle, par l'intermédiaire des services existants du Gouvernement, les propriétaires de fermes pourront rentrer dans leur argent à des conditions raisonnables, alléger leurs charges écrasantes: elle leur donnera ainsi une excellente occasion de revenir à une situation saine.

    « Je demanderai bientôt de nouvelles mesures législatives rentrant dans le cadre du programme général; elles étendront l'application de ce principe salutaire aux petits propriétaires de la nation en butte à la même menace. »

 

 

 

    Jusqu'ici, on a pu croire que nous négligions l'industrie dans notre plan général de reconstruction. La vérité est tout autre. Bien avant l'Inauguration, beaucoup d'entre nous avaient trié et étudié, sans crainte de se tromper, des centaines de suggestions et de plans pour le redressement de notre industrie.

    La production du pétrole et l'industrie de l'affinage s'étaient placées d'elles-mêmes au premier plan de nos préoccupations, puisqu'elles dépendaient avant tout des ressources naturelles; mais en outre, la loi les faisait enfants du Ministère de l'Intérieur. II a fallu beaucoup de courage au Secrétaire de l'Intérieur Ickes pour me dire au milieu du mois de mars qu'il était prêt à se mesurer avec la tâche contre laquelle s'étaient brisés les efforts de tant d'autres qui avaient cherché à limiter la production du pétrole aux besoins du consommateur. Ils voulaient obtenir pour les détenteurs de puits de pétrole un prix raisonnable et empêcher que les usagers du pétrole et de l'essence eussent à payer des prix exorbitants. M. Ickes tint une conférence avec les délégués des Gouverneurs de dix-sept des Etats producteurs de pétrole, et, chose merveilleuse, ils s'entendirent sur un plan. Dans une lettre adressée aux Gouverneurs le 3 avril, je sollicitais leur aide. II ne s'agissait pas, dans cette première tentative, de procéder à une refonte de l'organisation pétrolière, et bien qu'à peine un an se soit écoulé, je crois qu'il est bon de noter que du chaos est sorti un ordre solidement établi et qu'en même temps les trois objectifs ont été atteints en grande partie. Voici ce que je disais dans cette lettre:

 

 

 

    « Je vous envoie par la présente, aux fins d'examen, un rapport soumis au Secrétaire de l'Intérieur, à la suite d'une conférence de trois jours tenue à Washington au début de cette semaine sur la situation pétrolière, conférence à laquelle participèrent des délégués des Gouverneurs de dix-sept des Etats producteurs de pétrole. Assistaient également à la conférence des délégués des compagnies indépendantes comme d'ailleurs les représentants des grosses firmes productrices d'essence et de pétrole. Les grandes lignes du rapport furent rédigées et adoptées à l'unanimité par un comité de quinze personnes, composé en nombre égal des délégués des Gouverneurs, des industries du pétrole et de l'essence et des compagnies indépendantes. Quand ce rapport fut enfin soumis à tous les membres de la conférence, il fut approuvé par le vote de tous les délégués des Gouverneurs et de ces délégués de l'industrie du pétrole.

    « C'est, semble-t-il, le sentiment général qu'un état de crise règne dans l'industrie du pétrole, et cet état réclame une action du Gouvernement. II est à espérer que les Gouverneurs des Etats éprouvés, après avoir délibéré entre eux, prendront toute mesure qu'exige la situation.

    « Le comité des quinze recommande au Gouvernement fédéral de prendre part à cette action. J'approuve pleinement l'idée que le Congrès vote les mesures législatives destinées à empêcher le transport à l'intérieur des Etats ou de l'étranger de tout pétrole ou produits dérivés ou qui sort fabriqués dans un Etat en violation des lois susdites. Je suis prêt à recommander au Congrès cette législation comme la contribution du Gouvernement national à la solution des difficultés dans lesquelles se trouve l'industrie pétrolière. »

 

 

 

    Ce fut, si je m'en souviens bien, à peu près au moment de la perte de l'Akron — époque à laquelle les mesures de redressement se suivaient à un rythme rapide — que se manifesta pour la première fois le rapport de ces mesures avec la politique économique des autres nations. Des conversations officieuses eurent lieu avec les représentants des autres nations. J'invitai également plusieurs de leurs chefs à venir à Washington avant l'ouverture de la conférence économique internationale qui devait se tenir à Londres au mois de juin. Pour l'ordre chronologique des faits, il me sera plus facile de raconter les débuts de notre nouvelle politique extérieure dans un chapitre particulier.

    Au milieu d'avril les choses prenaient une forme substantielle. Le pays comprenait que, sous les proclamations les messages et les mesures législatives prises depuis le 4 mars, il y avait un dessein clair et que toutes les mesures s'enchaînaient les unes aux autres. L'industrie se relevait; les fermiers apercevaient une lueur à l'horizon; les banques reprenaient leur activité.

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PARIS

 

 

 

 

    CHAPITRE IV

    Le 13 avril, en vue de protéger les petits propriétaires, j'envoyai au Congrès le message suivant:

 

 

 

    « Afin de franchir une nouvelle étape nécessaire à la réalisation du programme de redressement économique, je demande au Congrès de voter une législation qui protégera les petits propriétaires contre la forclusion et les délivrera d'une partie des charges que font peser sur eux des taux d'intérêts excessifs et les dettes élevées qu'ils ont contractées durant la période où les biens avaient une valeur plus grande et où les possibilités de gain étaient plus considérables.

    « La législation que je vous propose comporte la déclaration de politique nationale suivante: l'intérêt bien compris de la nation exige des mesures extraordinaires pour la sauvegarde de la petite propriété si l'on veut garantir la stabilité sociale et économique; en outre, la protection des petits propriétaires contre une liquidation injuste et forcée, intéresse particulièrement le Gouvernement.

    « La législation que je propose suit les grandes lignes du projet de loi destiné à aider les fermiers débiteurs. Les stipulations en sont rédigées de manière à imposer au trésor national le moins de charges possible, tout en tenant compte des objectifs poursuivis. Elle prévoit un mécanisme qui permettra l'ajustement sur une base saine d'évaluation, des dettes hypothéquées sur de petites habitations. Par le même procédé, ceux qui ont placé leurs capitaux à des taux d'intérêt nettement inférieurs ne subiront pas d'injustice et ceux qui sont en état d'extrême nécessité pourront ainsi suspendre et le paiement de l'intérêt et celui du principal. Les ressources qui seront mises en valeur par une émission de bons dont le Trésor seul garantira l'intérêt, suffira, pensons-nous, à répondre aux besoins de ceux qui tentent, sans profit, d'autres méthodes de rétablissement financier. En même temps, le plan prévoit un règlement qui mettrait fin à la situation chaotique et confuse de l'heure présente, situation qui sème la crainte et le désespoir aussi bien parmi les petits propriétaires que parmi les épargnants.

    « Cette législation réclame de notre part une attention à la fois prompte, sérieuse et réfléchie. »

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    CHAPITRE V

    Le Secrétaire du Trésor Woodin, le Conseil de la Banque de Réserve, la « Reconstruction Finance Corporation » et les fonctionnaires du Ministère du Trésor qui travaillaient ferme, fournirent une lourde tâche. On avait procédé à l'examen de toutes les banques du pays, banques nationales et banques d'Etat; la grande majorité avait rouvert ses guichets. Même au Ministère du Trésor nous étions arrivés à bout du difficile problème qui consistait à emprunter suffisamment d'argent pour faire face aux dépenses indispensables de chaque jour, bien que le Trésor fût vide, à tous égards, au moment où nous en avions hérité.

    Les proclamations antérieures du mois de mars avaient engagé tous les détenteurs d'or à rendre leur or aux banques. Au cours de cette période, il va de soi que nous conservions encore l'étalon-or, en ce sens que nos banques pouvaient exporter l'or pour faire face aux demandes de l'étranger.

    Au début d'avril, plusieurs symptômes commencèrent à nous donner des inquiétudes sérieuses sur la réserve d'or des banques des Etats-Unis. Sans doute l'ensemble de l'or accumulé en notre pays suffisait pour couvrir le papier en circulation et pour répondre aux nécessités du crédit. Mais, en même temps, des événements récents nous- avaient fourni de multiples exemples d'évasion soudaine et incontrôlable de l'or, évasion due à la spéculation ou à la crainte. Des Américains, je regrette de le dire, s'inquiétèrent à ce point de l'avenir de leur pays qu'ils se mirent à exporter leur propre capital. D'autres, je regrette également de le dire, crurent que, s'ils convertissaient leur argent en monnaies étrangères en exportant de l'or, ils seraient dans la suite en mesure d'acheter un nombre plus considérable de dollars — sans se soucier de faire pour cela une spéculation contre leur patrie. En Europe, une pression croissante sur nos réserves d'or s'exerçait par des spéculateurs internationaux, par des banques et des personnes qui vendaient des titres américains, achetaient des devises américaines et qui, pour leur compte, exigeaient des paiements or. Il en résultait un accroissement considérable de la réserve or à New-York pour les comptes de l'étranger et probablement pour une réelle exportation. Celle-ci pourrait se monter immédiatement, crûmes-nous, au moins à un demi-milliard de dollars. Si le mouvement progressait, il pourrait bien nous faire perdre un milliard ou même deux milliards de notre réserve d'or. Le fait est que, au cours de la brève suspension de l'embargo sur l'or en avril, nous perdîmes en or cent millions de dollars.

    Ce fut à ce moment que le Secrétaire Woodin et moi décidâmes que le moment était venu d'empêcher toute nouvelle exportation.

    Ce qui fut, réalisé le 20 avril par un décret très important qui déclarait :

 

 

 

    « Jusqu'à nouvel ordre, dans tous les Etats-Unis, la mise en réserve pour le compte de l'étranger et l'exportation de l'or sous forme de monnaie, de lingots ou billets convertibles en or... sont interdites. Le Secrétaire au Trésor pourra toutefois donner des licences d'exportation de monnaie d'or et de lingots

    a) si cet or est mis en réserve ou entreposé pour le compte d'un gouvernement étranger reconnu ou pour une banque étrangère centrale ou la Banque des Règlement Internationaux;

    b) si cet or a été importé pour être réexporté ou s'il s'agit de l'or dont il sera demandé des quantités raisonnables nécessaires au commerce normal des affineurs qui importent des objets qui contiennent de l'or, à condition d'exporter ensuite de l'or;

    c) si cet or est nécessaire pour réaliser tout contrat passé, avant la date dudit décret, par un requérant qui, en conformité avec le décret du 5 avril, a remis de l'or sous forme de monnaie, de lingot ou de billets convertibles en or,

    d) enfin, au cas où le Président le jugerait nécessaire pour opérer des transactions utiles au bien public.

    « Jusqu'à nouvel ordre, le Secrétaire au Trésor a l'autorisation d'enquêter, de réglementer ou d'interdire... toutes transactions en devises étrangères, tous transferts de crédit d'un établissement bancaire à l'intérieur des Etats-Unis... à toute succursale ou bureaux étrangers dudit établissement bancaire ou à toute banque ou banquier étranger, ainsi que l'exportation ou le retrait de monnaie des Etats-Unis... par toute personne, société, association ou corporation fixée à l'intérieur des Etats-Unis... »

 

 

 

    C'es ainsi que nous fîmes savoir au pays et au monde que nous nous proposions de maintenir intactes nos réserves d'or.

    On pourrait écrire, sans utilité quelconque, bien des volumes sur la question de savoir si, le 20 avril, les Etats-Unis ont abandonné l'étalon-or. En un sens, non, puisque le titre légal du dollar-or resta inchangé et puisque le Gouvernement et les banques mirent l'embargo sur toutes les réserves d'or pour qu'elles servissent de base à la monnaie. D'un autre côté, l'or aux Etats-Unis ne cessa pas d'être un instrument d'échange.

    Le lendemain matin, le Secrétaire vint me voir. Je crois que nous nous sentions très heureux tous les deux d'avoir tranché le noeud gordien. Il rayonnait, mais je le regardai et lui dis :

    — Monsieur le Secrétaire, j'ai de très mauvaises nouvelles pour vous. Je dois vous annoncer ce fait très grave que les Etats-Unis ont renoncé à l'étalon-or.

    M. Woodin est beau joueur. Il leva les mains au ciel, ouvrit de grands yeux et s'écria :

    — Bonté divine! Quoi, encore une fois?

    Ce décret était le point décisif. Ses effets se firent sentir presqu'immédiatement. Les devises américaines s'affaiblirent par rapport aux monnaies étrangères, et le niveau des prix en Amérique monta considérablement. Chacun comprenait enfin que nous étions résolus sérieusement à conserver nos ressources financières, que nous nous proposions de maintenir notre monnaie et qu'en même temps nous nous étions déterminés, d'une manière précise, à rechercher une hausse de toutes les valeurs.

    Au cours de conversations avec diverses personnes sur nos troubles économiques essentiels, j'ai souvent dressé à leur intention un tableau en deux colonnes représentant d'un côté ce que les Etats-Unis possédaient en dollars et, de l'autre côté, ce qu'ils devaient en dollars. Ces chiffres couvraient tous les biens de toutes sortes et toutes les dettes publiques, privées ou de sociétés. En 1929, le total de l'actif en dollars dépassait de beaucoup le total des dettes. Mais, au printemps de 1933 tandis que le total des dettes restait aussi grand, le total de l'actif était tombé au-dessous de celui des dettes.

    Deux voies étaient ouvertes : ou réduire les dettes par une procédure de banqueroutes et de forclusions jusqu'à un point qui les aurait ramenées au-dessous de la valeur des propriétés; ou bien, faire monter les valeurs des propriétés jusqu'au moment où elles dépasseraient les dettes.

    Evidemment, la seconde procédure était la seule qui fût permise pour essayer de remettre le pays sur ses pieds sans destruction de valeurs humaines. Nous reconnûmes que le but final était encore loin et qu'il restait beaucoup de chemin à parcourir avant d'y arriver. Nous savions que nous devrions faire face à une spéculation insensée et nous l'eûmes au mois de juillet et de juin. Nous savions qu'il y aurait des hauts et des bas, mais qu'en tenant constamment sous les yeux l'objectif poursuivi et en utilisant de multiples systèmes et en appliquant de nombreuses mesures, nous pourrions tout au moins tenter un effort raisonnable pour atteindre le but. Quand les Etats-Unis abandonnèrent la base or en avril 1933, nous avons fait de propos délibéré ce que de nombreux autres pays, y compris la Grande-Bretagne, ont été obligés de faire contre leur gré. Le pays comprenait que le dollar était aussi bon que jadis et, qu'en réalité, nous nous proposions de lui assurer une valeur plus saine qu'il n'en avait eue durant les treize années et demie d'une déflation sans cesse croissante.

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    CHAPITRE VI

    Ce n'est pas une exagération de ma part de dire que si la situation économique de l'hiver de 1932-1933 avait continué, tout le système ferroviaire des Etats-Unis, à peu de chose près, serait tombé dans les mains d'un liquidateur en un laps de temps très bref. L'aide de la « Reconstruction Finance Corporation » et l'accroissement du trafic qui se manifesta à la fin du mois d'avril, nous firent croire que les réseaux les plus solides pourraient subsister. En même temps, nous constatâmes que les chômeurs étaient nombreux dans les rangs des travailleurs des réseaux et qu'une réorganisation et une coordination de tous les réseaux et des autres modes de transports s'imposaient. Nous n'avions pas le temps d'élaborer un programme complet et définitif ; de plus la situation n'était pas entièrement éclaircie. En conséquence, je demandai au Congrès une législation « bouche-trou ». Ce message du 4 mars est suffisamment éloquent par lui-même :

 

 

 

     « Les chemins de fer à vapeur constituent encore les principales artères du commerce aux Etats-Unis. Toutefois, à l'heure présente, le trafic utile ne rapporte pas suffisamment pour que l'on utilise toutes les commodités des réseaux déjà existants et le supplément de commodités offert par les nouveaux modes de transport.

    « Notre but général est de coordonner tous les services de transport de manière à posséder un service approprié aux circonstances. Je ne suis pas encore prêt à soumettre au Congrès un programme d'ensemble de mesures législatives définitives.

    « Je crois, toutefois, que trois mesures d'exception peuvent et doivent être prises à cette session extraordinaire du Congrès.

    « En premier lieu, je propose d'abroger les stipulations de la loi adoptée par les membres de la Commission chargée du commerce à l'intérieur des Etats, relatives à la récupération des marchandises. La Commission a déclaré que les stipulations existantes sont irréalisables et impraticables.

    « En deuxième lieu, les compagnies holding de chemin de fer devraient être soumises définitivement aux règlements et à la surveillance de la Commission du Commerce, tout comme les chemins de fer eux-mêmes.

    « En troisième lieu, je propose la création d'un « Coordinateur Fédéral » des transports qui, travaillant avec des groupes de chemins de fer, pourra encourager les compagnies, susciter ou exiger leur collaboration en vue d'éviter le double emploi des services, d'empêcher le gaspillage et de réorganiser les finances. Ce coordinateur devrait également, lors de l'exécution de ces mesures, rendre des services utiles, en laissant un salaire raisonnable au personnel des réseaux.

    « Le bénéfice de l'expérience de cette année, permettra au Gouvernement et aux compagnies de préparer un système plus stable et d'une portée plus considérable pour la session ordinaire du Congrès en 1934. »

    Encore plus que les chemins de fer, l'industrie avait souffert de la crise. Il était évident que si on se mettait à attendre que des forces naturelles vinssent lui redonner vie, un chômage intolérable en serait la première conséquence. C'est pourquoi le 4 mai, Je pris prétexte d'une réunion de la Chambre de Commerce des Etats-Unis pour lancer un appel précis aux chefs d'industrie du pays. En un sens, ce discours annonce la N.R.A.

    « Par suite d'une situation nationale et mondiale, dont l'examen m'a pris tout entier au cours des deux mois qui viennent de s'écouler, j'ai dû renoncer à aborder beaucoup de sujets d'intérêt public avec les membres de la Chambre de Commerce des Etats-Unis. Pour le même motif, je vous avouerai franchement que je n'ai eu ni le temps ni l'occasion de préparer pour ce soir, à votre intention, un exposé complet de nos problèmes nationaux.

    « Je n'ai pas à vous dire que les pouvoirs exécutif et législatif des Etats-Unis se sont efforcés de trouver et de mettre en pratique une série de mesures concernant notre propre économie intérieure et à prendre l'initiative de l'esprit de coopération entre toutes les nations du monde. Nous avons cherché, par des mesures sages et modérées, à accroître le volume de notre commerce, à trouver du travail aux chômeurs, et à provoquer une hausse étendue des prix des matières premières.

    « Je vous présente trois requêtes. Au cours des dernières semaines nous avons assisté en même temps qu'à une reprise légère mais certaine de la plupart de nos industries à une hausse des prix de la plupart des matières premières. L'expérience du passé a montré que, quand le niveau des prix commence à monter après que les prix des matières premières sont restés longtemps en baisse, les salaires précédemment réduits restent en arrière sur la hausse des prix.

    « Il en est résulté jadis que la classe laborieuse a dû supporter des charges injustes; elle n'a pu obtenir une répartition juste et équitable des bénéfices de l'industrie et le pouvoir d'achat de l'immense majorité de notre population en a été limité

    « En conséquence, je vous demande à vous qui représentez, selon toute probabilité, la majorité des employeurs de la nation de ne plus opérer de nouvelles réductions sur les salaires de vos employés, et je vous demande aussi d'augmenter les échelles des salaires en proportion de l'augmentation des matières premières, pour autant que cela est en votre pouvoir.

    « Le fait est que la moyenne de l'échelle des salaires de la nation a baissé au cours de ces quatre dernières années plus rapidement que le coût de la vie. Il importe essentiellement, au point de vue de la justice nationale, que l'échelle des salaires soit en rapport avec le coût de la vie et que cette mesure soit prise dès maintenant et pas plus tard.

    « Ma seconde demande tend à ramener de l'ordre dans le chaos. Au cours des quatre années qui viennent de s'écouler, le système industriel, que l'on avait considéré comme ordonné, a dégénéré en un système où règne le plus grand désordre. Vous vous rendez compte comme moi de l'existence des méthodes de concurrence déloyale, des prix exorbitants et du chaos général. Vous reconnaissez avec moi qu'il faut remédier à cette situation et rétablir l'ordre. C'est à vous d'atteindre ce but, par un désir de coopération les uns avec les autres, et avec votre Gouvernement.

    « Dans presque toutes les industries, l'immense majorité des ressortissants désire collaborer, pour empêcher la surproduction, pour empêcher les salaires iniques et pour supprimer les mauvaises conditions de travail. Dans le passé, une petite minorité a suffi à empêcher la réalisation de ces trois objectifs. Je puis vous assurer que le Gouvernement collaborera avec vous si vous désirez faire comprendre à ces minorités que leurs agissements déloyaux nuisent à l'intérêt général.

    « Ma troisième demande est de nature quelque peu différente, bien qu'elle influe considérablement sur les deux autres. Il est dans la nature de l'homme de considérer un problème en regard de son existence particulière et des intérêts de sa compagnie ou de l'affaire dans laquelle il est personnellement engagé. Il n'est donc pas contraire à la nature que les différentes industries du pays appliquent à elles-mêmes ce même point de vue. Et pourtant j'attire votre attention sur ceci que vous devez tous comprendre : C'est que chacun d'entre vous et vous tous dans vos propres domaines et dans vos propres industries n'êtes qu'une partie intégrale d'un grand tout et que notre économie nationale doit envisager l'ensemble plutôt que les différentes unités qui composent la nation.

    « En fin de compte, il est de peu d'utilité à l'un d'entre vous de connaître une prospérité temporaire tandis que d'autres sont dans une gêne continuelle. Je vous demande de chercher votre prospérité dans une prospérité générale, d'envisager la restauration économique du point de vue général de la nation, et non pas des industries particulières, de faire abstraction des intérêts particuliers et égoïstes, de songer et d'appliquer un programme d'ensemble de restauration nationale. »

 

 

 

    A ce message succéda, le 7 mai, un discours-programme à la T. S. F., le premier que j'aie prononcé depuis mon discours sur les banques au début de mars. II me fournit l'occasion de passer en revue les différents événements des deux premiers mois de mon Gouvernement :

 

 

 

    « Dimanche soir, une semaine après mon inauguration, j'empruntai la T. S. F. pour vous parler de la crise bancaire et des mesures que nous allions prendre pour y faire face. Je crois qu'en agissant de la sorte j'ai jeté de la clarté sur différents faits qui, autrement, auraient pu être mal interprétés; et, d'une manière générale, j'ai fait comprendre la situation au pays, ce qui a contribué, pour une grande part, au rétablissement de la confiance.

    « Ce soir, huit semaines plus tard, je viens, pour la seconde fois, vous faire mon rapport — dans le même esprit et de la même manière, — pour vous entretenir de ce que nous avons fait et de ce que nous avons l'intention de faire.

    « Il y a deux mois, nous nous trouvions en face de graves problèmes. Le pays tombait à la ruine, pouce par pouce. II se mourait parce que le commerce et l'industrie étaient tombés à un niveau dangereusement bas; les prix de nos matières premières menaçaient de détruire la valeur de l'actif de nos établissements nationaux : banques, caisses d'épargne, compagnies d'assurance et autres instituts. Ces établissements, par suite de leurs besoins importants, opéraient des forclusions, réclamaient des emprunts, refusaient de faire crédit. II en résulta donc en fait que des millions de personnes furent menacées de perdre leurs propriétés, puisqu'elles avaient emprunté de l'argent sur ces propriétés avec des dollars qui avaient eu une valeur totalement différente de celle de mars 1933. Cette situation ne nous permettait pas des considérations compliquées sur les panacées économiques ou de combiner des plans de fantaisie. Nous nous trouvions, non pas devant des théories mais devant une situation concrète.

    « II n'y avait que deux solutions : la première consistait à suivre la même voie, à permettre les forclusions, le retrait du crédit et la thésaurisation, à amener ainsi la liquidation et la faillite des banques, des compagnies de chemins de fer et d'assurances jusqu'à la capitalisation de toute l'économie et de la propriété à un niveau inférieur. Cette solution signifiait la continuation de la campagne de déflation dont le résultat immédiat eût été une misère extraordinaire pour tous les possédants, et, par voie de conséquence, une misère immense pour tous les salariés en raison de l'accroissement du chômage et d'une nouvelle réduction de l'échelle des salaires.

    « II est évident que cette solution n'aurait pas eu seulement des effets d'ordre économique très graves, mais aussi des conséquences d'ordre social qui auraient causé un mal énorme. Même avant mon accession au pouvoir, j'étais arrivé à la conclusion qu'une telle politique aurait fait supporter au peuple américain une charge trop lourde. Elle aurait entraîné, non seulement une nouvelle dévalorisation des richesses représentées par les maisons, fermes, économies et salaires, mais aussi des pertes d'ordre spirituel, la perte de ce sentiment de sécurité pour le présent et l'avenir, si nécessaire à la paix et à la satisfaction de l'individu et de sa famille. Si vous détruisez ces valeurs, vous trouverez difficilement le moyen de rétablir toute confiance dans l'avenir. Il était évident qu'il ne suffisait pas, pour arrêter cette course à la ruine, de lancer de Washington des appels à la confiance et de prêter des sommes d'argent plus considérables à des établissements craquant de toutes pans. Il me semblait non seulement légitime mais encore obligatoire pour la sécurité nationale d'appliquer le plus rapidement possible un programme précis. Le Congrès, et quand je dis le Congrès, je parle des membres des deux partis politiques, comprit très bien la situation et me donna un appui généreux et intelligent. Les membres du Congrès virent clairement que les méthodes des temps normaux devaient faire place, en période de crise, à des mesures adaptées aux nécessités graves et impérieuses du moment. Il n'y eut pas à proprement parler d'abandon du pouvoir, le Congrès conserva encore son autorité constitutionnelle, et personne n'a eu le moindre désir de changer l'équilibre politique. La fonction du Congrès est de décider les mesures à prendre et de choisir l'instrument de ses volontés. II a suivi étroitement cette politique. La seule chose qui s'est passée fut qu'il désigna le Président pour exécuter certaines de ses mesures. C'était conforme à la constitution et à la tradition du peuple américain.

    « La législation qui a été votée ou qui est en voie d'être appliquée peut être raisonnablement considérée comme faisant partie d'un programme complet.

    « En premier lieu, nous fournissons du travail à 250.000 chômeurs, spécialement aux jeunes gens qui ont des charges. Ils se consacrent au reboisement et aux travaux contre les inondations. C'est une niche importante parce qu'elle comporte la nourriture, l'habillement et l'entretien d'un nombre de personnes, près de deux fois plus grand que celui des soldats de notre armée régulière. En créant ce corps civil, nous faisons d'une pierre deux coups. Nous rehaussons notablement la valeur de nos ressources naturelles et, d'autre part, nous soulageons un lot considérable de personnes qui se trouvent dans la détresse. Cet important groupe d'hommes s'est mis au travail volontairement; il n'est pas soumis à un règlement militaire, et nous conservons non seulement nos ressources naturelles mais encore nos ressources humaines. Un des grands mérites de ce travail est qu'il s'accomplit directement et ne nécessite pour ainsi dire pas l'intervention des machines.

    « En deuxième lieu, j'ai soumis à l'approbation du Congrès des mesures que, par la suite, j'ai fait appliquer, à savoir : l'exploitation des vastes propriétés du Gouvernement à Muscles Shoals que l'on a négligées pendant tant d'années de coûteuse inaction; en outre, j'ai proposé un plan d'ensemble pour l'aménagement d'une grande partie de la vallée du Tennessee. Ces mesures augmenteront le bien-être et le bonheur de centaines de milliers de gens, et leur effet bienfaisant se fera sentir à la nation tout entière.

     « Ensuite, le Congrès va voter une législation qui libérera, en grande partie, de la misère de l'hypothèque les fermiers et les petits propriétaires de la nation, ceci grâce à une disposition qui allégera le fardeau des dettes qui pèse si lourdement sur des millions de nos compatriotes.

    « Une autre mesure immédiate est l'octroi d'un demi-milliard de dollars aux Etats, cantons et municipalités afin qu'ils puissent pourvoir aux besoins de ceux à qui un secours formel et immédiat est indispensable.

    « Le Congrès a aussi voté une législation autorisant la vente de la bière dans les Etats qui le désiraient. Il en est déjà résulté une reprise considérable du travail et par suite un accroissement du rendement de l'impôt, dont le besoin se faisait vivement sentir.

    « Nous avons l'intention de demander au Congrès une législation qui permettra au Gouvernement d'entreprendre des travaux publics, ce qui provoquera ainsi directement et indirectement une reprise dans beaucoup d'autres domaines que nous avons soumis à un examen approfondi.

    « Une nouvelle législation a été promulguée qui pénètre plus avant dans nos problèmes économiques. La loi d'aide aux fermiers, le « Farm Relief Bill », cherche, par l'emploi de plusieurs méthodes isolées ou réunies, à accroître le rendement des principaux produits agricoles, tout en s'efforçant de prévenir la surproduction désastreuse qui, si souvent dans le passé, a fait tomber les prix à un niveau bien inférieur à un rapport rationnel. Cette mesure prévoit l'octroi de pouvoirs étendus dans les cas critiques. L'usage qu'on en fera, dépendra uniquement de ce que l'avenir nous réserve.

    « Nous proposerons également des mesures de sauvegarde mûrement réfléchies par quoi nous tenterons de donner des salaires plus équitables aux ouvriers de l'industrie du pays et d'empêcher la concurrence déloyale, de nous opposer aux trop longues semaines de travail et, en même temps, d'encourager toutes les industries à éviter la surproduction.

    « Notre loi sur les chemins de fer rentre dans la même catégorie; son objectif est de permettre aux chemins de fer, avec l'aide du Gouvernement, d'aménager et de mettre sur pied un plan bien arrêté qui supprimera les doubles emplois et les gaspillages, lesquels ont amené à l'heure actuelle la faillite de nombreux réseaux et des déficits continuels.

    « Je suis persuadé que les habitants de ce pays comprennent et approuvent les nouvelles mesures gouvernementales qui ont trait à l'agriculture, à l'industrie et aux moyens de transport. Notre production agricole dépassait notre consommation; nous nous trouvions devant des excédents que les autres nations ne pouvaient acheter qu'à des prix désastreusement bas. Nos usines étaient en mesure de fabriquer plus de produits que nous ne pouvions en consommer, et, en même temps, les demandes de l'étranger baissaient. Il se faisait que nous disposions de plus moyens de transport des marchandises et des récoltes que nous n'avions de marchandises et de récoltes à transporter. Cette situation était due en grande partie à un manque complet de plan général et à une incompréhension totale du danger qui n'avait cessé de flotter dans l'air depuis la fin de la guerre mondiale. Les habitants de ce pays ont été poussés à croire — mais c'était une erreur — qu'ils pourraient continuer à accroître indéfiniment la production agricole et industrielle et que je ne sais quel magicien trouverait le moyen d'écouler ces produits, tout en laissant au producteur des bénéfices raisonnables.

    « Aujourd'hui nous sommes fondés à croire que les choses vont un peu mieux qu'il y a deux mois. L'industrie a repris, les chemins de fer transportent plus de marchandises, les prix des produits agricoles se sont améliorés, mais je ne me laisserai pas aller à lancer des proclamations d'une confiance débordante d'enthousiasme. Nous ne pouvons pas crier de nouveau à la prospérité.

    « Je ne cesserai jamais d'être franc avec les habitants de ce pays. Je ne veux pas que mes compatriotes, à la faveur de cette amélioration, fassent déferler sur ce pays une nouvelle vague de spéculation. Je ne veux pas que l'on croie que, par suite d'un optimisme injustifié, nous pouvons reprendre le système désastreux de l'accroissement de notre production agricole et industrielle, dans l'espoir qu'une Providence bienveillante permettra de l'écouler à des prix élevés. Pareil système peut nous ramener une prospérité immédiate et factice, mais elle sera de ces prospérités qui nous conduiront à de nouveaux désastres.

    « On a bien tort de désigner les mesures que nous avons prises, sous le nom de contrôle gouvernemental de l'agriculture, de l'industrie et des transports. C'est plutôt une association entre le Gouvernement, d'une part, et l'agriculture, l'industrie et les transports d'autre part, non pas une association qui se partage les bénéfices, car les bénéfices iraient aux citoyens, mais plutôt une association qui conçoit les mêmes plans et veille à leur exécution.

    « Laissez-moi vous donner un exemple. Prenons l'industrie cotonnière. Selon toute probabilité, quatre-vingt-dix pour cent des fabricants de coton s'accorderaient pour supprimer les salaires de famine, les longues journées de travail, le travail de l'enfant; Ils s'accorderaient également pour empêcher une surproduction qui se traduit par des excédents invendables. Mais à quoi peut servir un tel accord si les dix autres pour cent des fabricants de coton donnent des salaires de famine, exigent de nombreuses heures de travail, emploient des enfants dans leurs usines et se livrent à une surproduction vexatoire? Par leurs agissements déloyaux, ces dix pour cent pourraient produire des marchandises à si bon marché que les quatre-vingt-dix pour cent des fabricants honnêtes en seraient réduits à adopter une ligne de conduite douteuse. C'est ici que le Gouvernement entre en jeu. Le Gouvernement, après s'être livré à une enquête sur une industrie et après avoir adopté un plan, devrait avoir le droit — et il l'aura — d'empêcher, avec l'aide de la grande majorité des membres de cette industrie, les agissements déloyaux. Les lois dites « antitrusts » avaient pour but d'empêcher la création des monopoles et d'interdire à ces monopoles de réaliser des bénéfices excessifs. On doit continuer à respecter le principe de ces lois, mais elles ne se proposèrent jamais d'encourager cette concurrence déloyale dont nous avons dit les méfaits.

    « Le même principe s'applique aux produits agricoles, aux moyens de transport et à tout autre domaine de l'industrie privée organisée.

    « Nous nous assignons un but précis, à savoir, empêcher le retour d'une situation qui fut à deux doigts de détruire ce qu'on appelle la civilisation moderne. Nous ne pouvons atteindre ce but en un jour. Nos mesures obéissent toutes à l'esprit du Gouvernement constitutionnel de l'Amérique, établi il y a cent cinquante ans.

    « Je sais que les habitants de ce pays s'en rendront compte et comprendront aussi dans quel esprit nous entreprenons cette politique. Je ne nie pas que nous ne puissions commettre des erreurs de procédure. Je ne m'attends pas à atteindre le but à chaque coup. Ce que je recherche, c'est d'atteindre le but le plus souvent possible, non seulement dans mon intérêt mais aussi dans celui de l'équipe. Theodore Roosevelt me dit un jour : « Si j'arrive à avoir raison soixante-quinze fois sur cent, j'aurai réalisé le summum de mes espérances. »

    « On a beaucoup parlé ces derniers temps des finances fédérales, de l'inflation, de l'étalon-or et d'autres choses encore. Permettez-moi de vous exposer les faits très simplement et de vous expliquer ma ligne de conduite. En premier lieu, le crédit gouvernemental et la monnaie gouvernementale ne sont vraiment qu'une seule et même chose. Derrière les bons gouvernementaux, il n'y a qu'une promesse de payement. Derrière la monnaie gouvernementale, il y a en outre, une réserve d'or et une petite réserve d'argent. A ce propos, il convient de rappeler que, jadis, le Gouvernement a consenti à convertir en or près de trente milliards de ses dettes et de sa monnaie et que des sociétés privées du pays ont consenti à convertir en or soixante ou soixante-dix milliards de dollars représentés par des titres et des hypothèques. Le Gouvernement et ces sociétés privées ont conclu ces accords en sachant pertinemment que les stocks d'or aux Etats-Unis n'étaient que de trois ou quatre milliards de dollars et que les stocks d'or mondiaux n'étaient que de onze milliards environ.

    « Si les détenteurs de bons commençaient à réclamer de l'or, les premiers arrivants auraient de l'or pendant quelques jours; leur nombre ne s'élèverait qu'à un vingt-cinquième des détenteurs de titres et de devises. Les vingt-quatre autres parties, qui ne sont pas arrivées en tête de file, se verraient dire poliment qu'il ne reste plus d'or. Nous avons décidé d'appliquer à tous le même traitement, dans l'intérêt de la justice, en vertu des pouvoirs constitutionnels de ce Gouvernement. Nous avons mis tout le monde sur le même pied, afin de sauvegarder le bien général.

    « Toutefois, l'or et, jusqu'à un certain point, l'argent peuvent servir de base très solide aux devises; c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de mettre l'embargo sur l'or de ce pays.

    « Il y a trois semaines, une série d'événements se sont produits qui auraient pu entraîner très rapidement, tout d'abord un grave épuisement des stocks d'or nationaux à l'étranger, en deuxième lieu, par voie de conséquence, une évasion à l'étranger des capitaux américains. Je n'exagère rien en vous disant que pareille occurrence aurait pu nous enlever la majeure partie de nos réserves d'or et entraîner un nouvel affaiblissement du crédit privé et gouvernemental, au point de semer la panique et d'arrêter totalement le fonctionnement de l'industrie.

    « Le Gouvernement a un but précis, c'est de faire monter les prix des matières premières à un niveau tel que les débiteurs pourront payer leurs dettes au moyen d'une devise d'une valeur égale à celle qui existait au moment où les emprunts ont été contractés. Nous n'avons pas l'intention de leur procurer un dollar à tellement bon marché qu'ils pourraient rembourser beaucoup moins qu'ils n'ont reçu. En d'autres termes, nous cherchons à corriger une erreur et non pas à créer des erreurs nouvelles dans un sens opposé. C'est pour cela que les pouvoirs nécessaires seront donnés au Gouvernement afin de procéder, si la situation l'exige, à l'élargissement des moyens de crédit. II sera fait usage de ces pouvoirs au moment donné, d'une manière définie, et, ai la situation l'exige, dans le dessein que je viens de préciser.

    « La situation mondiale suit un chemin parallèle à celui de la situation intérieure, laquelle, évidemment, nous intéresse en premier lieu. Je dois souligner le fait que la situation intérieure est nécessairement liée d'une manière étroite à celle de tous les autres pays. En d'autres termes, selon toutes probabilités, nous pourrons connaître, dans une large mesure, un retour de la prospérité dans notre pays, mais elle ne durera que si elle s'étend au monde entier.

    « Au cours des conférences que nous avons tenues et que nous tenons avec les chefs des autres pays, nous nous assignons quatre grands objectifs : tout d'abord, une réduction générale des armements, ce qui écartera la crainte de l'invasion et d'une attaque à main armée, en même temps une réduction des dépenses, de manière à équilibrer les budgets des gouvernements et à réduire les impôts; en deuxième lieu une suppression des barrières douanières, ce qui permettrait la reprise des échanges entre nations; en troisième lieu, la stabilisation des devises: de la sorte, le commerce pourra aller de l'avant; en quatrième lieu, le rétablissement des relations amicales et une plus grande confiance de pays à pays.

    « Durant ces trois semaines, nos visiteurs étrangers ont répondu dans un sens très favorable à l'énoncé de ces desseins. Toutes les nations ont souffert également de la crise. Toutes, elles ont abouti à la conclusion qu'une action générale est le plus conforme aux intérêts de chacune. C'est dans cet esprit que nos hôtes se sont joints à nous et ont discuté les problèmes qui nous sont communs. La Conférence internationale actuelle doit réussir.

    « L'avenir du monde l'exige; nous nous sommes tous engagés à unir nos efforts pour la faire réussir.

    « Envers vous, citoyens de ce pays, nous tous, membres du Congrès et membres du Gouvernement, nous avons contracté une profonde dette de reconnaissance. Durant toute la crise, vous avez fait preuve de résignation. Vous nous avez accordé des pouvoirs étendus; votre approbation généreuse nous a encouragés. Toutes nos forces, toutes les ressources dont nous disposions, nous les avons employées à justifier votre confiance. Nous sommes incités à penser qu'un premier pas, prudent et sensé, a été accompli. C'est dans cet esprit de confiance et d'encouragement réciproque que nous irons de l'avant. »

 

 

 

    Plusieurs des mesures prises par la nouvelle législation durent subir des modifications, résultat de l'expérience acquise au cours de ces jours. C'est ainsi que les premiers décrets qui réglementaient l'octroi des pensions aux anciens combattants blessés durant la guerre mondiale, opérèrent des coupes plus som-lires qu'on ne l'avait envisagé originellement. Au début de mai, on rédigea à nouveau dans un sens plus équitable un grand nombre de règlements et de stipulations.

    Lorsque la loi d'aide aux fermiers qui a trait au redressement des dettes agricoles, reçut le paraphe présidentiel le 12 mai, j'adressai un appel spécial aux créanciers hypothécaires et à ceux qui avaient des droits sur les fermiers; je les priai de ne pas employer la procédure de forclusion, je leur demandai de collaborer à la mise en oeuvre du nouveau système.

    Aussi lorsque, le 12 mai, je signai la loi sur le budget, qui accordait cinq cent millions de dollars au fond de chômage, j'essayai de faire comprendre que cela n'enlevait pas aux Etats et aux agglomérations locales la responsabilité qui leur incombait et qu'ils devaient faire tout ce qui était en leur pouvoir pour fournir le nécessaire à leurs concitoyens qui se trouvaient dans le dénuement.

    Sans cesse, il a fallu rappeler ce principe qu'à la localité incombe, la première, le devoir de prendre des mesures; que lorsque la localité a fait son possible et plus encore, c'est à l'Etat alors d'intervenir: et que, lorsque les gouvernements locaux et d'Etat ont fait tout leur devoir, alors seulement le Gouvernement fédéral peut avancer les fonds fédéraux. C'est un fait, malheureusement, que certaines personnes qui sont les premières à s'élever contre les dépenses du Gouvernement fédéral, sont les dernières, dans leur propre agglomération, à veiller à ce que le pouvoir local tente tout pour empêcher le dénuement et la détresse.

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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 09:00

 

Franklin Delano ROOSEVELT
Président des États-Unis

 


SUR

LA BONNE VOIE

(ON OUR WAY)


New-Deal-NRA.jpg 

 


Traduit de l'Anglais par
PIERRE DUTRAY

 

1934


Les Éditions
DENOËL ET STEELE
19, rue Amélie, 19
PARIS

 

 

 

 

    CHAPITRE VII

    II ne serait pas juste de dire que la « National Recovery Act « (loi de redressement national) fut méditée et longuement conçue avant l'entrée en charge du nouveau Gouvernement; il serait encore moins juste d'affirmer qu'elle fut le résultat d'une heureuse initiative de la dernière heure.

    Dès l'automne 1930, j'avais commencé à discuter des voies et des moyens indispensables pour venir en aide au chômage et pour reconstituer notre système économique. Cela demandait évidemment un examen complet, non seulement de l'agriculture, de l'industrie et des finances, mais encore des besoins sociaux de toute la nation.

    Déjà, à ce moment, des plans de toutes sortes commençaient à affluer vers moi, soit par la poste, soit à la suite de contacts personnels avec des individus et des délégations. Aidé de mes amis, je m'attachai à l'étude de tous les projets qui semblaient contenir une pensée nouvelle ou un groupe de pensées qui pourraient rentrer dans un plan général et pratique à la fois.

    Un résumé sérieux des plans et un examen attentif et de l'opinion publique et des finances gouvernementales m'amenèrent à prendre une décision qui comportait l'emploi simultané de deux systèmes.

    Le premier système cherchait à appliquer à l'industrie un concept nouveau dans notre histoire. Le passage de la suprématie nationale, des mains de la population agricole à celles des financiers et des industriels, passage qui eut lieu au tournant du siècle et qui coïncida avec la création de consortiums importants, avait abouti, il y a une génération, à ce que nous appelions la guerre aux trusts.

    Après la guerre mondiale, la vague de surproduction et de spéculation désordonnées qui avait gagné tout le pays, l'avait laissé dans un état tel que les mesures de redressement appliquées jadis dans les périodes de crise, s'avérèrent inefficaces.

    Je n'exagère pas si j'affirme avec force qu'il n'y avait pas une industrie importante aux Etats-Unis au printemps de 1933 qui n'eût à souffrir soit de la surproduction, soit d'une concurrence désastreuse, soit d'agissements déloyaux, soit d'un manque complet de plan. L'industrie s'en prit aux lois contre les trusts. L'industrie avait tort. Ces lois voulaient empêcher la constitution de monopoles qui, en restreignant le commerce, entravaient la concurrence loyale et grugeaient le public.

    Je pense qu'il est dans la nature des hommes d'affaires, tout comme dans celle des autres hommes, de faire preuve d'égoïsme lorsqu’une affaire est bonne et qu'ils réalisent de jolis bénéfices. Je pense qu'il est également dans leur nature, tout comme dans celle des autres hommes, aux moments de grande détresse, lorsque tout va mal, de se tenir prêts à concerter un nouveau plan qui, espèrent-ils, rétablira la situation.

    En tout cas, l'immense majorité des hommes d'affaires, au mois de mai 1933, était prête à participer au grand mouvement de collaboration dirigé par le Gouvernement et à travailler à la suppression des pratiques onéreuses du passé.

    J'ai jugé nécessaire d'établir, jusqu'à un certain point, des distinctions entre les diverses industries, à cause de leur grande variété de fonctionnement. Pendant des semaines et même des mois, nous avons adhéré à ce grand principe que, si l'on réduisait les heures de travail, un plus grand nombre de personnes pourrait trouver du travail. C'était ce que se proposait le projet de loi du sénateur Black qui exigeait la semaine de trente heures pour tous les employés, dans toutes les industries et dans toutes les parties du pays. Toutefois, un examen plus attentif nous amena à croire que, si le but final était légitime, la réorganisation totale qu'entraînerait la mise en vigueur de cette loi, ferait plus de mal que de bien.

    De plus, je croyais et je crois encore que l'on pourrait atteindre le but proposé avec le concours des hommes d'affaires. Ces derniers appliqueraient graduellement un système qui demanderait aux employés et au travail de collaborer dans chaque industrie au développement de ce qui, depuis lors, est connu sous le nom de codes. Nous pensions qu'une importante embauche résulterait de cette entente par la réduction de la semaine de travail. Nous pensions également que l'on pourrait supprimer le travail de l'enfant et que l'on pourrait garantir à tout ouvrier un salaire minimum décent.

    En d'autres termes, nous cherchions, par la collaboration, à faire pour le travail ce que les Gouvernements des Etats et le Gouvernement fédéral n'avaient pu accomplir à l'aide de la législation au cours de nombreuses années.

    Telle fut la genèse, tel fut l'objet de ce que nous avons appelé l'article I de la N. R. A. — loi importante qui, avec la loi sur la réorganisation de l'agriculture, s'inscrit en tête du programme de reconstruction de l'Amérique.

    Nous nous proposions en second lieu la reprise du travail par l'action directe du Gouvernement, l'aide aux malheureux et le redressement de la capacité d'achat.

    Beaucoup de personnes étaient d'avis de consacrer à un programme de travaux publics une somme qui atteindrait ou même dépasserait cinq milliards de dollars. Nous regardions, tous, d'un oeil favorable, un programme de travaux publics à grande échelle; mais j'avais estimé que des travaux publics entrepris pour le seul plaisir de dépenser de l'argent ne pourraient être justifiés ni par nous ni par les générations futures. Donner des pioches et des pelles à un millier d'hommes pour leur faire enlever une canalisation d'un côté de la chaussée et la remettre de l'autre côté, non seulement est une chose absurde mais encore abat le moral de ceux qu'on emploie à cette besogne. Trouver des travaux d'utilité publique équivaut nécessairement à limiter la somme que l'on pourrait leur consacrer. Presque tous les services gouvernementaux, spécialement ceux des municipalités, depuis trois ans, avaient employé leurs chômeurs à toutes sortes de travaux locaux.

    Nous nous avançâmes sur ce terrain avec précaution et nous aboutîmes à la conclusion qu'une somme de trois milliards environ était à peu près tout ce que nous pourrions allouer utilement en une année. Cette somme comprenait les travaux des chaussées à raison d'environ un demi-milliard de dollars; le commencement des travaux pour relever notre force navale en conformité avec le traité de Londres; approximativement un milliard de dollars pour de grands projets du Gouvernement fédéral qui se rapportaient principalement aux inondations et à la navigation intérieure; enfin des allocations aux Etats, aux municipalités, et aux cantons, partie sous forme d'emprunt, partie sous forme d'octroi.

    Tel fut l'objectif de l'article II de la N. R. A. qui consacrait trois milliards trois cent millions de dollars aux travaux publics.

    En même temps, afin de maintenir le crédit du Gouvernement fédéral, je proposai de lever des impôts qui suffiraient au payement des intérêts et à l'amortissement de ces dépenses énormes.

    Le message au Congrès en date du 17 mai est suffisamment éloquent par lui-même:

 

 

 

    « Avant l'ajournement de la Session extraordinaire du Congrès, je recommande deux nouvelles mesures qui s'inscrivent dans notre campagne nationale de reprise du travail.

    « Je demande, en premier lieu, que le Congrès s'occupe du système nécessaire à un grand mouvement de collaboration de toutes les parties de l'industrie, en vue d'obtenir une reprise importante du travail, la réduction de la semaine de travail, le payement d'un salaire décent au travail ainsi réduit et, en même temps, d'empêcher la concurrence déloyale et une surproduction désastreuse.

    « Les patrons ne peuvent parvenir à ces résultats, isolément ou même en groupes organisés, car de telles mesures augmentent les dépenses et permettent ainsi à des concurrents égoïstes qui refusent de collaborer à cette tâche d'intérêt public, d'écouler leurs produits à des prix dangereusement bas.

    « Ce qui a beaucoup nui jusqu'à ce jour à ces tentatives de collaboration, ce sont nos lois contre les trusts. Elles furent prises dans le dessein louable de remédier aux maux considérables qu'entraînaient les prix des monopoles.

    « Si on les gardait, on serait assuré définitivement de ne plus connaître les effets désastreux de la concurrence déloyale de jadis. Mais les intérêts publics seront les mieux sauvegardés si, avec l'autorité du Gouvernement et sous sa conduite, les industries privées ont la permission de conclure des accords et d'établir des codes qui garantissent une concurrence loyale. Toutefois, si nous limitons ainsi à leur dessein originel l'application des lois contre les trusts, nous devons avoir sous main un pouvoir qui réprimera sévèrement les quelques cas de non-collaboration et d'abus. Une telle sauvegarde est indispensable.

    « L'autre proposition donne à l'Exécutif plein pouvoir pour appliquer un vaste programme d'embauche directe. Un examen attentif me permet de croire que l'on peut placer approximativement trois milliards trois cent millions de dollars dans l'entreprise de travaux publics, utiles et nécessaires, ce qui permettra de donner du travail au plus grand nombre possible de personnes.

    « Un règlement devrait permettre aux Etats, aux cantons et aux municipalités d'entreprendre des travaux d'utilité publique, à la condition que ces autorités mettent tout en oeuvre pour supprimer le favoritisme, les dépenses inutiles dues à des projets injustifiés et contraires à une saine économie.

    « Nous devons, par une action prompte et vigoureuse, franchir les obstacles qui, jadis, ont retardé l'application des programmes de travaux publics. On peut y arriver par une procédure simple et directe.

    « L'exécution de ce programme exige que l'on protège et maintienne intact le crédit du Gouvernement des Etats-Unis. En d'autres termes, au moment où l'on fait ces dépenses considérables exceptionnelles, on doit prévoir des revenus suffisants au payement des intérêts et à l'amortissement des frais; de plus ces revenus doivent être rationnels et sûrs, au lieu d'être irrationnels et de dépendre de la spéculation.

    « II ressort de devis minutieux que, pour faire face aux prêts qu'envisage le Gouvernement, il faudra un revenu supplémentaire d'au moins deux cent vingt millions de dollars. Cela nécessitera évidemment une nouvelle ou de nouvelles formes d'impôts. On nous a fait bien des suggestions sur la nature de ces impôts. Je ne vous fais pas à l'heure présente de recommandation précise, mais j'espère que la commission du budget de la Chambre des Représentants étudiera soigneusement les plans qui concernent le revenu et qu'elle sera prête, au début de la semaine prochaine, à proposer les impôts qu'elle juge le plus conformes aux nécessités du moment et le moins vexatoires pour notre peuple. Si, au terme de ce délai, la commission n'a pas pris de décision ou si les moyens qu'elle propose ne me semblent pas suffisamment rationnels ou efficaces, j'ai l'intention de faire part au Congrès de mes propres suggestions à ce sujet.

    « Nous lèverons ces impôts, en vue de fournir du travail à nos compatriotes. Des décisions devront être prises pour réduire ou pour supprimer ces impôts:

    « En premier lieu, dès que l'amélioration des affaires aura accru les revenus dans une proportion qui permettra le remplacement de ces impôts;

    « En deuxième lieu — chaque fois que le rejet du dix-huitième amendement, qui est maintenant soumis aux Etats, sera ratifié et chaque fois que le rejet de la loi Volstead sera chose faite. Les lois sur le revenu datant d'avant la prohibition entreraient alors automatiquement en vigueur et fourniraient des ressources qui suffiraient à la suppression de ces impôts provisoires.

     « Enfin j'insiste sur le fait que toutes ces mesures sont nées d'une situation grave et que, par conséquent, nous devons de toute nécessité entreprendre immédiatement une campagne pour la reprise du travail, si nous voulons éviter de nouvelles misères, maintenir l'amélioration des affaires et voir des jours meilleurs.

    « Pour ce motif, je demande au Congrès de prendre rapidement des décisions. »

 

 

 

    Le 10 juin fut promulgué un décret-loi qui, pour la première fois, centralisait l'achat de presque toutes les fournitures gouvernementales, à l'exception de celles de la marine et de l'armée, dans un bureau de procuration qui avait son siège au Ministère des Finances; en même temps, les bureaux de paiements de beaucoup de ministères étaient rattachés à un bureau central siégeant au Ministère des Finances.

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