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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

henry_charles_carey.jpg

TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 11. — Histoire naturelle du commerce. Classification et démonstration des sujets, de l'ordre, de la succession, et de la coordination des classes de producteurs, d'individus chargés du transport et de consommateurs de produits industriels. Les analogies de la loi universelle.

    
    Un arbre se conformant dans ses dispositions de structure aux conditions que nous avons décrites plus haut, ainsi qu'on peut le voir dans le diagramme présenté ci-contre, et ses ramifications de racines et de branches, servant à démontrer l'histoire naturelle du commerce sociétaire, il peut y avoir un certain avantage à présenter, avec quelque détail, les faits démonstratifs qui lui correspondent. Admettons donc que la tige est le commerce, dans le sens où nous entendons ce mot, et que les racines lui sont subordonnées. Dans le premier état de la société, c'est-à-dire l'état de chasseur, la seule affaire de l'homme consiste dans l'appropriation, les animaux sauvages et leurs produits, les végétaux et les fruits, poussés sans qu'il y ait donné ses soins et développés sans qu'il les ait cultivés, devenant sa proie. Dans cette période, il n'existe ni trafic, ni industrie manufacturière, ni agriculture ; et la jeune plante, dans des circonstances parallèles, ne montre que les branches primitives et les racines les plus élevées, dont la production n'est que peu avancée. N'ayant point de termes pour décrire d'une façon précise les périodes moins importantes du développement social, les états sauvage, pastoral et patriarcal que nous traversons pour arriver à cet état auquel le trafic et le transport des denrées donnent leur caractère propre, le diagramme ci-contre, ainsi que le lecteur le verra, offre nécessairement des lacunes dans les branches nécessaires pour leur démonstration méthodique.Arbres des industries

    Dans la seconde époque, la propriété étant détenue en vertu d'un titre un peu plus stable que la simple occupation et la possession manuelle, le trafic naît et se fonde sur sa reconnaissance réciproque. Le changement de lieu s'effectuant alors par les moyens ses plus grossiers de transport, l'eau et l'air, —branches-racines —sont les forces naturelles que l'on met donc en oeuvre pour l'accomplissement de ce but ; le canot et le bateau à voile utilisent les rivières et les vents. Le marin et le marchand, et le voiturier par la voie de terre avec son chameau, ou son boeuf, ou son cheval, et peut-être son chariot, forment alors les parties importantes du système sociétaire.

    Immédiatement après, dans l'ordre successif, viennent les manufactures correspondant avec les racines qui sont les troisièmes dans le rang occupé ; car, parmi les sujets primitifs, qui marquent cette époque, les minéraux et les terres sont essentiels à la fois comme matériaux et comme instruments.. Toutefois, longtemps auparavant, le sauvage a été accoutumé à opérer des changements dans la forme de la matière ; son arc a été fabriqué avec du bois, et la corde de son arc avec les nerfs du daim ; son canot l'a été avec une écorce, en même temps qu'on l'a muni d'une peau de bête en guise de voile ; mais c'est vers une époque un peu plus avancée du progrès humain qu'il nous faut tourner nos regards, en ce qui concerne les travaux des hommes se rattachant à la transformation des minerais en instruments, ou du coton et de la laine en vêtements. Les métaux précieux, l'or, l'argent et le cuivre, se trouvant tout prêts ou à peu près pour les besoins, ainsi que les fruits et les animaux sauvages, sont employés de bonne heure pour l'ornement ; mais le fer, ce grand instrument de civilisation, et le charbon minéral, cet agent si important qui sert à transformer le fer natif, ne comptent que parmi les derniers triomphes de l'homme sur les forces puissantes de la nature.

    Ce sont donc les métaux, et les terres, branches-racines, qui correspondent à la branche principale, dans leur rapport nécessaire et dans la date de leur développement. C'est l'époque du progrès scientifique ; et c'est là que, en conséquence, nous rencontrons des phénomènes exactement d'accord avec ceux que nous avons observés par rapport à l'occupation de la terre, et sur lesquels a déjà été appelée l'attention du lecteur. Le cultivateur des terrains fertiles est mis à même de revenir, avec une augmentation de force, aux terrains plus ingrats qui avaient été occupés en premier lieu ; et il arrive alors que, développant leurs qualités latentes, il les place au premier rang sur la liste, où, jusqu'à ce jour, ils ne figuraient qu'au dernier, ainsi qu'on l'a vu sur une si grande échelle en Angleterre et en France (2).

    Pareillement, la science de la période plus récente se repliant sur le commerce grossier de la période plus ancienne, découvre les éléments cachés des règnes végétal et animal, et les propriétés chimiques et mécaniques des fluides liquides et élastiques, et les place sous l'empire de l'homme, augmentant ainsi sa force dans une proportion considérable, tandis qu'elle diminue, dans une proportion correspondante, la résistance offerte à ses efforts ultérieurs. L'eau, employée d'abord uniquement comme breuvage, ou, à cause de la faculté qu'elle possède, de porter un bateau ou un navire, l'eau maintenant fournit de la vapeur ; et l'air, qui n'était d'abord apprécié que comme indispensable aux besoins de la respiration, ou comme du vent pour enfler la voile, l'air se résout maintenant dans les gaz qui le composent, et devient propre à fournir la lumière et la chaleur ; en même temps que de mille autres manières il seconde les efforts, ou contribue aux jouissances de l'homme. Les mondes animal et végétal, qui, dans les premiers âges n'avaient donné au sauvage que des aliments et des remèdes, maintenant lui fournissent des acides, des alcalis, des huiles, des gommes, des résines, des drogues, des substances tinctoriales, des parfums, des poils, de la soie, de la laine, du coton et du cuir, et lui donnent par l'application de l'habileté et de la science manufacturières des vêtements, des habitations, tout ce qui contribue au bien-être et au luxe de la vie, sous les formes les plus variées de l'embellissement et de l'usage.

    Vient ensuite, et la dernière, l'agriculture qui embrasse, nécessairement, les découvertes et les influences de toutes les époques plus anciennes sur le progrès accompli en science et en pouvoir. Commençant grossièrement dans l'état sauvage, l'agriculture se développe un peu à l'époque du trafic ; mais, pour son développement le plus considérable, elle attend l'âge des manufactures, celui du développement scientifique, où l’on voit l'homme ayant déjà obtenu, dans une grande proportion, l'empire et la direction des forces naturelles destinées à son usage. S'appropriant les éléments tout formés de la nature, elle commande le secours du trafic et du transport, tandis qu'elle contraint de se mettre à son service toutes les forces chimiques et mécaniques fournies par l'âge des manufactures, embrassant ainsi tout le progrès de chaque époque précédente. Elle réclame non-seulement les secours de la physiologie végétale et animale et de la chimie organique et inorganique, mais encore les commodités et les applications de l'âge du transport, telles qu'elles se révèlent dans les routes, les navires et les ponts, et toutes les forces chimiques et mécaniques de l'âge des manufactures ; trouvant ainsi ses sujets, ses instruments et ses agents, dans les matériaux et dans les forces de toutes les branches du commerce humain, qui se sont développées antérieurement.

    Les branches secondaires de l'arbre indiquent la production successive des actions des diverses classes ; et c’est ainsi qu'il se fait qu'à la branche du sommet, après le chasseur viennent le soldat, l'homme d'État, et le rentier, tous individus non-producteurs, se développant dans leur ordre, procédant de la même tige, et en même temps que la civilisation augmente ; mais diminuant dans leur nombre proportionnel, à mesure que la société se développe de plus en plus. Dans l'état d'enfance cette branche placée au faîte — dans le monde naturel ou social — formait l'arbre tout entier.

    La branche suivante, la transportation, donne naissance aux voituriers par terre et par eau et aux trafiquants en marchandises (3), et finalement, lorsque la science et la civilisation sont arrivées à leur point de maturité, aux ingénieurs ; mais la proportion, par rapport à la masse d'individus dont la société se compose, diminue à mesure que les facultés de l'homme se développent de plus en plus, et que la société revêt de plus en plus sa forme naturelle.

    La troisième branche, consistant dans les changements chimiques et mécaniques de la forme, et engendrant à mesure qu'elle s'accroît, les ouvriers, les architectes, mineurs, machinistes et les nombreuses variétés d'autres professions, compense considérablement, et au-delà, les classes qui vivent de l'appropriation, du trafic et de la transportation.

    En dernier lieu, nous avons la branche des agriculteurs qui se subdivise, successivement, en celles des éleveurs de bestiaux et de volailles, des laitiers, des jardiniers ordinaires, de ceux qui cultivent les arbres fruitiers, et des laboureurs chargés d'accomplir la grande fonction fondamentale de producteurs, pour tous les autres travailleurs qui concourent à l'oeuvre du commerce social.

    Le lecteur ne doit pas perdre de vue, dans la théorie des parallèles que nous essayons ici, le souvenir de ce fait, que notre figure ne peut donner que la représentation contemporaine gle la distribution des diverses fonctions dans la société. Les branches placées au sommet sont en réalité les dernières produites par suite du développement de notre arbre ; et les premières poussées, se résolvent, par le changement de forme et l'accroissement de la substance dans les mères-branches, celles qui sont placées au plus bas de l'arbre parvenu à sa perfection ; mais l'identité des mères-branches est, en réalité, aussi bien perdue dans les autres branches de l'arbre qu'elle l'est dans la succession des fonctionnaires de l'État ; les chasseurs d'une race se transformant dans la série de leurs descendants en transportateurs, en manufacturiers et en savants cultivateurs du sol, successivement et à l'aide de développement de la civilisation. Le Breton indigène, ayant passé successivement par l'effet de la génération et de la régénération, dans toutes les formes de l'individu, nous apparaît aujourd'hui dans l'aristocratie anglaise ; mais l'individu qui lui correspond, en Australie, est encore un chasseur et un sauvage. Les appropriateurs de sa classe changeant, avec le changement des temps, se présentent à nous maintenant sous la forme de soldats, d'hommes d'État et de rentiers. Le non-producteur primitif faisait sa proie de ce que lui offrait la nature ; et les individus qui correspondent à ce non-producteur, chacun dans la voie qu'ils se sont tracée, font aujourd'hui leur proie de la société et de son industrie, et vivent aux dépens du commerce. Le sauvage le plus grossier était, de son temps, la branche la plus élevée de l'arbuste et vivait de pillage. Le soldat, de nos jours, est comme lui un spoliateur privilégié ; en même temps que l'homme d'État vit des impôts, et que le rentier de l'État tire tout son entretien des contributions levées sur toutes les classes qui contribuent au développement du commerce.

    Dans sa position relative, la branche du sommet est, conséquemment, encore à sa place ; et en parcourant tous les changements qui ont eu lieu dans le système général, elle a toujours occupé, et doit occuper toujours une position qui correspond au rapport établi entre les appropriateurs de l'espèce à l'égard des travailleurs de la société. On voit aussi, que dans l'échelle de la prééminence, la classe des transportateurs occupe sa place véritable. Le propriétaire du navire et le trafiquant en marchandises viennent, pour le rang et le pouvoir, après l'homme d'État, comme le transportateur suit le chasseur ; les deux classes à leur tour dominant la société, jusqu'au moment où l'industrie et le talent, ainsi que des relations intimes entre les individus, développent dans une population l'idée de se gouverner elle-même, et diminuent ainsi la puissance des classés qui s'occupent de trafic et de gouvernement.

    Les agriculteurs sont les derniers à se développer et à conquérir leur force légitime, mais ici nous rencontrons une difficulté résultant de l'insuffisance du langage ; il n'existe point de mots qui expriment convenablement la différence essentielle entre la culture sauvage, barbare et patriarcale, et la culture civilisée et savante de la terre. La différence entre les deux est tellement profonde qu'on ne peut les appeler du même nom général ; et nous ne faisons allusion maintenant qu'aux différences entre la culture à l'état d'enfance, de jeunesse et de maturité, pour rendre compte de ce fait que l'agriculture privée de lumières est éclipsée par les autres branches du commerce humain, jusqu'à l'instant où la fonction si importante de la production en tout genre, nécessaire pour satisfaire les besoins les plus élevés du monde, se développe et acquiert la perfection à laquelle elle est destinée et qu'elle doit atteindre, forcément, et en dernière analyse. Ce résultat étant obtenu et le cône étant géométriquement et socialement placé en équilibre sur la base de la science, les harmonies dans la distribution seront complètes.

    La racine pivotante s'enfonce plus profondément, et les branches se développent à mesure que l'arbre s'élève dans l'air. Les éléments impondérables, — la lumière, la chaleur et l'électricité, — sont les derniers parmi les éléments soumis à l'empire de l'homme et appropriés aux besoins de la vie. Le feu et l'eau, sous leurs formes et dans leur action sont naturellement connus de bonne heure ; mais ce n'est qu'à une époque avancée de progrès que leurs forces mécaniques et chimiques sont soumises à la direction de l'homme. La lumière était quelque peu comprise au siècle de la peinture ; mais ce n'est que d'aujourd'hui qu'elle est devenue l'esclave docile des arts, dans la photographie appliquée des portraits ; l'électricité est employée pour la transmission des nouvelles et le traitement des maladies ; mais considérée comme puissant moteur, ou comme force mécanique — devant remplacer le travail humain, — nous ne sommes encore pour ainsi dire qu'au seuil de la découverte. L'agriculture compte sur ces agents et sur le développement de la météorologie pour régir, en souveraine, sa sphère spéciale de service dans la vie de l'homme.

    Dans le cheval et dans l'homme, la disposition des parties constituantes qui donne la plus grande force étant de la beauté la plus élevée, il en devait être de même par rapport aux agglomérations d'individus qui forment les sociétés.

    A chaque pas fait dans la direction que nous avons indiquée plus haut, la société acquiert une individualité plus parfaite, ou la faculté plus complète de se gouverner elle-même ; et plus cette faculté est entière, plus est grande la disposition de cette société à concerter ses efforts avec ceux des autres sociétés de l'univers, et plus est considérable son pouvoir de s'associer avec elles sur la base d'une stricte égalité. Ce qui a lieu pour les individus a lieu également pour les communautés sociales. Plus est parfaite l'individualité de l'homme, plus est grande sa disposition à l'association, et plus est complète sa faculté de combiner ses efforts avec ceux des autres hommes ; et ici nous trouvons une nouvelle preuve du caractère d'universalité des lois qui régissent la matière sous toutes ses formes, depuis le roc jusqu'au sable et à l'argile, éléments dans lesquels il se décompose ; et de là, en remontant et traversant les végétaux et les animaux pour arriver aux sociétés humaines.

 

 

 

 


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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 12. — Idée erronée, suivant laquelle les sociétés tendent naturellement à passer par diverses formes, aboutissant toujours à la mort. Il n'existe pas de raison pour qu'une société quelconque n'arrive pas à devenir plus prospère, de siècle en siècle.

    
    Comme en vertu d'une grande loi mathématique, il est nécessaire, que lorsque plusieurs forces se combinent pour produire un résultat donné, chacune d'elles soit étudiée isolément et traitée comme s'il n'en existait aucune autre, telle a été précisément la marche que nous avons adoptée plus haut. Nous savons que l'homme tend à augmenter en quantité et dans son pouvoir sur la nature, et que chaque progrès fait successivement, dans la route qu'il poursuit vers la science et le pouvoir, n'est que le prélude de progrès nouveaux et plus considérables, qui lui permettront d'obtenir de plus grandes quantités de subsistances et de vêtements, plus de livres et de journaux et un abri plus confortable, au prix de moindres efforts musculaires. On constate cependant qu'en dépit de cette tendance, il existe diverses sociétés où la population et la richesse décroissent constamment ; tandis que parmi celles qui sont en progrès, il n'en existe pas deux où le degré de progrès soit le même. Dans quelques parties de la terre, les lieux qui jadis étaient occupés par d'immenses agglomérations d'individus, sont aujourd'hui complètement abandonnés ; tandis qu'en d'autres la malheureuse portion restante vit dans un état de pauvreté, de misère et d'esclavage, bien qu'elle cultive les mêmes terres qui, autrefois, nourrissaient des milliers d'individus riches et vivant dans la prospérité ; et de là l'on s'est hâté de conclure que les sociétés ont une tendance naturelle à traverser, successivement, les diverses formes de l'existence qui aboutissent à la mort physique et morale ; mais assurément les choses ne se passent pas ainsi en réalité. Il n'y a aucun motif naturel pour qu'une société quelconque ne réussisse pas à devenir plus prospère d'année en année ; et lorsque cela n'a pas eu lieu, ça a été la conséquence de causes perturbatrices dont chacune a besoin d'être étudiée isolément, si l'on veut comprendre jusqu'à quel point elle a tendu à produire l'état de choses existant ; mais préalablement à cette étude, il est nécessaire que nous comprenions quelle serait la marche des choses, si de pareilles causes n'existaient pas. Le médecin, bien qu'on ne lui demande pas de traiter l'individu qui jouit d'une parfaite santé, commence invariablement ses études par constater quelle est l'action naturelle de l'organisation ; cela fait, il se sent capable de se livrer à l'examen des causes perturbatrices, par suite desquelles la santé et la vie sont constamment détruites. La physiologie est le préliminaire indispensable de la pathologie, et cela est aussi vrai de la science médicale que de la science sociale.

    Maintenant que nous avons complété l'étude de la physiologie de la société, en montrant ses progrès vers une forme naturelle et stable, nous consacrerons les chapitres suivants à sa pathologie, dans le but de constater quelles ont été les causes du déclin et de la chute des diverses sociétés qui ont péri ; et en même temps pourquoi le degré de progrès est si profondément différent, dans les sociétés qui existent aujourd'hui.

 

 

 


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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

    § 13. — La théorie de M. Ricardo conduit à des résultats directement contraires, en prouvant que l'homme doit devenir de plus en plus l'esclave de la nature et de ses semblables. Caractère antichrétien de l'économie politique moderne.

    
    La théorie de Ricardo, relative à l'occupation de la terre, conduit à des résultats complètement contraires à ceux que nous avons retracés plus haut. Si l'on commence l'oeuvre de la culture sur les sols les plus fertiles, qui sont toujours ceux des vallées, il suit de là qu'à mesure que les individus deviennent plus nombreux, ils doivent se disperser, gravissant les hauteurs, ou cherchant en d'autres cantons des vallées où les terrains riches soient demeurés jusqu'à ce jour sans appropriation. La dispersion amenant avec elle un plus grand besoin d'avoir recours aux services du soldat, du marin et du trafiquant, est accompagnée d'un accroissement constant de possibilité, pour ceux qui ont approprié la terre, de demander un payement en retour de la jouissance qu'ils concèdent, et c'est ainsi qu'il se produit un accroissement constant dans les proportions et dans l'importance des classes qui vivent en vertu de l'exercice de la puissance d'appropriation. La centralisation se développe conséquemment, et son développement est en raison directe de la diminution du pouvoir de l'individu de satisfaire son désir naturel qui le porte â l'association avec ses semblables, et à ce développement de ses facultés qui le rend apte à l'association, et lui permet d'obtenir un empire plus étendu sur les forces merveilleuses de la nature. Le plus grand nombre d'individus, dans ce cas, deviennent, d'année en année et de plus en plus, les esclaves de la nature et de leurs semblables ; et cela a lieu également en vertu de ce qui (s'il faut en croire M. Ricardo et ses successeurs) est une grande loi établie par le Créateur pour le gouvernement de l'espèce humaine.

    S'il en était ainsi, la société prendrait une forme directement opposée à celle que nous présentons ici, — celle d'une pyramide renversée, — tout accroissement dans la population et la richesse étant indiqué par une irrégularité et une instabilité croissantes, avec une détérioration correspondante dans la condition de l'individu. Cependant l'ordre ayant été la première loi du ciel, il est difficile de comprendre comment une loi semblable à celle qu'annonce M. Ricardo pourrait venir à sa suite, et le simple fait que cette loi produirait un pareil désordre, semblerait une raison suffisante de douter de sa vérité, si même elle ne la faisait rejeter immédiatement. Il en est de même de la loi de Malthus, qui conduit inévitablement à la soumission du plus grand nombre à la volonté du plus petit, à la centralisation et à l'esclavage. Aucune loi semblable ne peut ou ne pourrait exister. Le Créateur n'en a établi aucune en vertu de laquelle la matière dût nécessairement revêtir sa forme la plus élevée, celle de l'homme, dans une proportion plus rapide que celle où cette matière tendait à revêtir ses formes plus humbles : celles des pommes de terre et des navets, des harengs et des huîtres nécessaires à la subsistance de l'homme. Le grand Architecte de l'univers n'a pas été un faiseur de bévues tel que l'économie politique moderne voudrait nous le représenter. Dans sa sagesse suprême, il n'avait pas besoin d'établir des catégories différentes de lois pour régir une matière identique. Dans sa justice souveraine, il était incapable d'en établir aucune qui pût être alléguée pour justifier la tyrannie et l'oppression. Dans son infinie miséricorde, il ne pouvait en créer aucune qui pût autoriser parmi les hommes ce manque de compassion pour leurs semblables, tel qu'il se montre maintenant chaque jour, dans des ouvrages d'économie politique moderne qui jouissent d'une grande autorité (4).

    En parlant de la théorie de Ricardo, un éminent écrivain moderne assure à ses lecteurs « que cette loi générale de l'industrie agricole est la plus importante proposition en économie politique ; » et que « si cette loi était différente, presque tous les phénomènes de la production et de la consommation de la richesse seraient autres qu'ils ne sont. » Ils seraient autres, sans doute, que ceux qui ont été décrits par les économistes mais non pas « autres que ce qu'ils sont réellement. » La loi qu'on suppose être vraie conduit à la glorification du trafic, cette occupation de l'individu qui tend le moins à développer l'intelligence de l'homme, et qui tend aussi le plus à endurcir le coeur pour les souffrances de ses semblables ; tandis que la loi réelle trouve son point le plus élevé, dans le développement de ce commerce de l'homme avec son semblable qui tend le plus à son progrès, comme être moral et intelligent, et à la formation de ce sentiment de responsabilité envers son Créateur, pour l'usage qu'il fait des facultés qu'il a reçues en don et de la richesse qu'il lui est permis d'acquérir. L'une des lois est antichrétienne dans toutes ses parties, tandis que l'autre, à chaque ligne, est en accord parfait avec la grande loi du christianisme, qui nous enseigne que nous devons faire aux autres ce que nous voudrions qu'ils nous fissent, et avec le sentiment qui inspire cette prière :

    " Cette pitié que je montre envers mes semblables, cette pitié montre-la envers moi. »
 

 

 

 

 

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

Notes de bas de page

 

 

1 - En parlant de la loi des proportions définies, M. Comte s'exprime en ces termes : « L'insuffisance de la théorie, par rapport aux corps organiques, fait voir qu'on ne peut soumettre à l'examen la cause de cette immense exception ; et une pareille recherche appartient autant à la physiologie qu'à la chimie. » (Philosophie positive, t. 1, p. 14, résumé de Miss Martineau.) Sachant, ainsi que nous le faisons, combien ces deux sciences sont de date récente, il n'y a pas lieu d'être surpris qu'une partie de leurs rapports réciproques reste encore à découvrir.        Retour

2 - Dans l'ouvrage qu'il a récemment publié (Des Systèmes de culture), M. Passy apprend à ses lecteurs que, dans les pays où l'agriculture a fait des progrès, « les terrains qui, autrefois, étaient regardés comme trop pauvres pour mériter d'être cultivés d'une façon continue et régulière, sont regardés aujourd'hui comme les meilleurs ». Et après avoir retracé l'état des choses à cet égard, en Belgique et en France, il ajoute : « Qu'en Angleterre c'est un fait établi, en différents comtés, que les terres appelées bonnes terres sont affermées à raison de 22 à 25 schellings par acre, tandis que celles que l'on regardait autrefois comme pauvres, se louent au prix de 30 à 35 schellings. » Des changements analogues, ainsi qu'il le démontre, sont aujourd'hui en voie de s'accomplir en France.
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3 - Le trafic d'hommes réduits en esclavage commence à l'époque la plus ancienne, celui de la pure force brutale.
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4 - Le travail, ainsi que nous l'apprennent les économistes anglais, est « une denrée, » et si les individus veulent, en se mariant, satisfaire ce désir naturel qui les porte à s'associer avec des êtres de leur espèce, et qu'ils élèvent des enfants pour une industrie encombrée et expirante, » c'est à eux de subir les conséquences, « et si nous nous trouvons placés entre l'erreur et ses conséquences, nous sommes aussi placés entre le mal et ses remèdes ; si nous arrêtons le châtiment (dans le cas où il ne va pas positivement jusqu'à la mort) nous perpétuons le péché. « Les mots indiqués en italique l'ont été par le rédacteur de la Revue. Il serait difficile de trouver, ailleurs, une plus forte preuve de la tendance d'une fausse économie politique à froisser tout sentiment chrétien, que celle qui est contenue dans l'extrait ci-dessus. (Revue d'Édimbourg. Octobre 1849).
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  PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
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  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

   

    § 1. — La guerre et le trafic forment les traits caractéristiques des premières époques de la société: Le besoin des services du guerrier et du trafiquant diminue avec le développement de la richesse et de la population. Le progrès des sociétés, dans la voie de la richesse et de la puissance, est en raison directe de leur faculté de se passer des services de tous deux.


    Dans la première période de la société, les hommes étant pauvres et dispersés sur un grand espace, il est nécessaire qu'ils soient toujours préparés à se défendre eux-mêmes. Tel a été le cas des premiers colons des États-Unis, tel est le cas de ceux qui aujourd'hui s'apprêtent à occuper les États de l'Orégon, de Washington et d'autres territoires de l'Ouest. Cette nécessité disparaissant avec l'accroissement de la population et l'accroissement de la puissance d'association qui en résulte, les hommes peuvent poursuivre leurs travaux d'une manière plus continue, affranchis désormais de la crainte de voir leurs champs ravagés, leurs maisons et leurs instruments détruits, leurs femmes et leurs enfants massacrés sous leurs yeux ; et c'est alors que la production s'accroît rapidement, avec une tendance plus prononcée vers le développement de l'individualité, ainsi que vers le progrès physique, moral et social.

    Dans cette période, les services du trafiquant sont également une des nécessités de la vie. N'ayant que peu à échanger, les colons disséminés saluent l'arrivée du colporteur, qui reçoit d'eux le surplus de leurs produits contre des souliers, des couvertures, des chaudrons, des scies ou des gants. Ici cependant nous voyons une série d'opérations semblables à celles que nous avons observées par rapport aux mesures prises pour la défense personnelle ; le besoin des services du soldat et du trafiquant diminue, à mesure que les fabricants de souliers, de couvertures, de chaudrons et de gants, viennent prendre place dans la colonie ; et l'on voit cette diminution, à chacun de ses degrés, coïncider avec un accroissement dans la continuité de l'effort, dans le développement des facultés individuelles, et dans la puissance de la communauté dont les individus font partie.

    La diminution des besoins étant accompagnée d'une diminution dans l'effort exigé pour leur satisfaction, chaque pas successif dans la direction qui a été indiquée ci-dessus, est accompagné d'une décroissance dans la proportion des travaux de la communauté nécessaires à l'oeuvre de la défense personnelle, ou à celle du trafic ou des transports. Plus cette proportion est faible, plus doit être considérable, naturellement, celle des travaux qui peuvent être appliqués à l'oeuvre de la culture, en même tennis que la puissance d'association augmente et que le commerce se développe. Les deux nécessités que nous venons de retracer formant les obstacles les plus importants qui s'opposent à la satisfaction du premier et du plus vif désir de l'homme, il en résulte que plus ceux-ci pourront être écartés, plus la sécurité de sa personne et de sa propriété deviendra complète, plus aussi son travail deviendra productif, moins sera grande la valeur de tous les objets nécessaires à sa consommation ; et plus grand doit être son pouvoir d'accumuler la richesse. La vérité de ce principe devient évidente, par la satisfaction qu'éprouvent en tout lieu les membres d'une communauté, lorsque par une cause quelconque, ces nécessités sont ou amoindries, ou annihilées ; et la puissance de l'association pour les entreprises pacifiques s'en accroît d'autant.

    Cette appréciation ne doit cependant pas s'étendre à ceux qui tirent profit du pouvoir qu'ils exercent sur leurs semblables, soit comme hommes de guerre, soit comme hommes d'État ou trafiquants. Le soldat, cherchant le pillage pour lequel il est toujours prêt à risquer sa vie, a peut-être approprié de vastes terrains qui ont besoin d'esclaves pour leur culture ; ou bien d'autres individus sont disposés à acheter les prisonniers qu'il peut faire. Le trafiquant, de son côté, qui profite de l'irrégularité des communications en temps de guerre, achète des hommes et des marchandises, dans les lieux et au moment où ils sont à bon marché, et les revend dans les lieux et au moment où ils sont chers. Tous cherchent à centraliser dans leurs mains l'autorité exercée sur ceux qui les entourent, le soldat, en monopolisant le pouvoir de lever les impôts, le grand propriétaire terrien, les produits que lui fournit le travail de ses esclaves ; et le trafiquant, désirant accaparer partout à son profit l'achat et la rente de ces produits, de manière à imposer les prix, auxquels il entend les acheter ou les vendre. Ce sont tous des intermédiaires faisant obstacle à l'association, et qui s'opposent à toute relation continue entre les individus qui produisent et ceux qui ont besoin de consommer. Les progrès d'une société vers la richesse et la puissance étant en raison directe de la combinaison des efforts parmi les membres qui la composent, il s'ensuit que l'avancement, vers l'un ou l'autre de ces biens, doit être en proportion des moyens qu'ils ont de se passer des services de l'homme politique, du soldat, du propriétaire d'esclaves et du trafiquant, de cette classe qui subsiste en vertu du simple acte de l'appropriation. Cependant chaque mouvement dans cette direction tendant à une diminution de leur pouvoir, le soldat, le trafiquant et l'homme politique, se liguent partout pour assujettir le peuple, ainsi qu'on l'a vu à Athènes ou à Rome, et qu'on peut l'observer aujourd'hui dans tous les pays de l'Europe et de l'Amérique. L'histoire du monde n'est qu'un monument des efforts de la minorité pour taxer la majorité, et des efforts de cette dernière pour échapper à cette taxe. Toutefois le succès ne s'accomplit que lentement et péniblement, à raison du pouvoir que possèdent ceux qui vivent de l'appropriation, de se réunir dans les villes, tandis que ceux qui contribuent à former les revenus des premiers sont dispersés dans tout le pays.

 

 

 

 

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1 novembre 2004 1 01 /11 /novembre /2004 10:58

PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

   

    § 2. — Les rapports intimes entre la guerre et le trafic se manifestent à chaque page de l'histoire. Leur tendance à la centralisation. Leur puissance diminue avec le développement du commerce.


    A chaque page de l'histoire, on aperçoit la liaison intime qui existe entre la guerre et le trafic. Les Ismaélites dont le bras était dirigé contre tout homme, tandis que celui de tout individu était dirigé contre eux, faisaient un vaste trafic d'esclaves et de marchandises de toute espèce. Les Phéniciens, les Cariens, et les Tyriens se faisant tantôt flibustiers, tantôt trafiquants, selon que leurs intérêts l'exigeaient, étaient toujours disposés à adopter toutes les mesures propres à accroître leur monopole à l'intérieur, en augmentant le nombre de leurs esclaves, ou leurs monopoles au dehors, en empêchant d'autres individus d'intervenir dans le trafic qu'ils entretenaient eux-mêmes avec des individus éloignés les uns des autres. Les poënaes d'Homère nous montrent Ménélas se vantant de ses pirateries et du butin qu'il en avait recueilli ; ils nous offrent le sage Ulysse, comme ne se sentant nullement atteint dans son honneur, lorsqu'on lui demande s'il est venu en qualité de trafiquant ou de pirate. Si nous tournons ensuite nos regards sur une période de civilisation correspondante dans l'histoire de l'Europe moderne, nous trouvons les Norwégiens, rois de la mer, ainsi que leurs sujets, s'occupant tantôt de recueillir des richesses (c'est ainsi qu'ils appellent naïvement leurs brigandages sur mer et sur terre), tantôt de transporter des produits d'un pays à un autre, ces deux occupations étant tenues en aussi haute estime l'une que l'autre : enfin la même liaison entre toutes deux apparaît encore dans les histoires de Hawkins, de Drake et de Cavendish, dans celle du trafic des esclaves, depuis son origine jusqu'à sa cessation (1) ; dans celle des boucaniers et des colonies des Indes occidentales ; dans les guerres des Français et des Anglais en Amérique, aux Indes occidentales et orientales ; dans la fermeture de l'Escaut, dans les guerres de l'Espagne et de l'Angleterre, dans les blocus sur le papier résultant des guerres de la révolution française, dans l'occupation de Gibraltar, transformé en dépôt de contrebande (2), dans les dernières guerres de l'Inde, et particulièrement dans celle entreprise tout récemment contre les Birmans, et dont l'origine avait été la réclamation d'on commerçant, s'élevant à quelques centaines de livres sterling (3), dans la guerre de Chine, au sujet de l'opium, dans la manière dont les guerres de l'Inde sont provoquées en ce pays, dans la récente démonstration belliqueuse que nous avons faite contre le Japon, pour contraindre ce pays à accepter les bienfaits qui devaient suivre la résurrection de son commerce ; dans les procédés de la France aux îles Sandwich et aux îles Marquises ; et enfin, bien que ce ne soit pas l'exemple le moins important, dans le maintien de la guerre à la propriété maritime privée, ainsi qu'on l'a vu récemment dans la Baltique et la mer Noire, par la capture de tant de navires sans défense, appartenant à des hommes qui ne prenaient à cette guerre d'autre part que celle résultant de ce fait : d'avoir été contraints de payer des impôts pour subvenir aux dépenses qu'elle entraîne.

    La guerre et le trafic, recherchant toujours le monopole du pouvoir, tendent invariablement vers la centralisation. L'entretien des soldats et des marins, des généraux et des amiraux, exige l'établissement de contributions, dont les produits doivent chercher un point central avant qu'ils ne soient distribués ; et leur distribution provoque nécessairement la réunion de multitudes d'individus, comptant sur la Providence, et jaloux de s'assurer leur part, ainsi que le montre l'exemple d'Athènes et de Rome, et qu'on le voit de nos jours à Paris et à Londres, à New-York et à Washington. La cité croissante devient, d’année en année, un lieu où le trafic des marchandises, ou celui des principes, peut se faire avec avantage ; et plus la cité s'agrandit, plus la tendance vers la centralisation s'accroit rapidement, chaque augmentation d'impôt tendant à diminuer le pouvoir des associations salutaires dans les districts qui payent les contributions, et à augmenter le mouvement maladif dans la capitale qui les reçoit.

    A chaque nouvel accroissement de l'attraction centralisatrice, la société tend à prendre une forme tout à fait contraire à celle qui est naturelle ; cette forme devient de plus en plus celle d'une pyramide renversée ; et voilà comment, dans toute communauté sociale, qui repose sur la puissance d'appropriation, et non sur la puissance de production, qui a ralenti dans son propre sein la rapidité du mouvement, en même temps qu'elle s'efforce d'en faire autant chez ses voisins, arrive une période de splendeur et de force apparente, mais de faiblesse en réalité, suivie de décadence sinon de mort. En enrichissant la minorité, la centralisation appauvrit la masse de la population ; en même temps qu'elle permet à la première d'élever des palais et des temples, d'ouvrir des parcs, d'entretenir des armées, et, pour ainsi dire, de créer de nouveau des villes, elle force la seconde à chercher un refuge dans les plus misérables demeures, et crée ainsi une population toujours prête à vendre ses services au plus offrant, quelque sacrifice qu'il en puisse coûter à sa conscience. A chaque pas dans cette direction, la machine sociale devient moins stable et moins sûre, et tend de plus en plus à s'écrouler, jusqu'à ce qu'enfin elle tombe, entraînant sous ses ruines ceux qui avaient le plus espéré profiter d'un état de choses qu'ils avaient travaillé à produire. C'est ce qui est arrivé, même de nos jours, à l'égard de Napoléon et de Louis-Philippe, qui n'étaient cependant que des types de leur classe, de celle qui profite de son pouvoir sur les autres hommes, leurs semblables, et cherche à se distinguer dans les rôles de guerriers, d'hommes d'État et de trafiquants.

    Plus la puissance d'association est parfaite, c'est-à-dire plus l'organisation de la société est élevée, et le développement de l'individualité, parmi ses membres, complet, plus aussi ces individus tendent à occuper leur place naturelle, celle d'instruments dont la société doit se servir, et plus encore la société tend à prendre sa forme naturelle, tandis qu'augmente à chaque instant sa force de résistance à tout empiétement sur ses droits et sa vitalité. Tout ce qui tend à diminuer la puissance d'association et à empêcher le développement de l'individualité, produit l'effet inverse, en faisant de la société l'instrument de ces individus ; la centralisation, l'esclavage et la mort marchent toujours de conserve dans le monde moral comme dans le monde physique (4).

    Par suite de ce fait, que la politique d'Athènes, de Rome et d'autres sociétés anciennes et modernes, tendait directement à produire ce dernier état de choses, on a vu se produire, dans un grand nombre d'entre elles, une situation qui a fait croire, avec quelque ombre de vérité, que les sociétés, ainsi que les hommes et les arbres, ont leur période de croissance et de déclin, et aboutissent, naturellement et nécessairement, à la mort. Après un rapide examen du but poursuivi par quelques-unes des principales nations du globe, le lecteur sera peut-être en mesure de décider jusqu'à quel point cette assertion est vraie.

 

 

 

 

 

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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

   

    § 3. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de l'Attique.


    Dans la première période de l'histoire grecque, nous trouvons le peuple de l'Attique divisé en plusieurs petites tribus indépendantes, puis, à la fin, se réunissant sous Thésée, à l'époque où Athènes devint la capitale du royaume. Les tribus de la Béotie s'associèrent pareillement avec Thèbes, et les petits États de la Phocide s'unirent, à leur exemple. La tendance à l'association, qui s'était ainsi manifestée au sein des divers États, se montra bientôt dans les affaires de la Grèce en général, dans l'institution du conseil des amphyctions, des jeux olympiques, etc.

    Pendant une longue période, l'histoire d'Athènes nous apparaît, pour ainsi dire, vide d'événements, à raison de ses progrès calmes et pacifiques. Cette ville a quelquefois des démêlés avec ses voisins ; mais la tendance à l'association étant très-développée, « la paix était la condition habituelle et régulière de leurs rapports réciproques. » La paix amena avec elle un accroissement de population et de richesse si constant, que, longtemps avant l'époque de Solon, les individus livrés au commerce et aux arts mécaniques, formaient un corps riche et intelligent, tandis que, dans tout le reste de l'État, le travail et l'industrie étaient consacrés au développement des trésors cachés au sein de la terre. La faculté de s'associer et l'habitude de l'association augmentèrent constamment, avec ce développement continu de l'individualité, auquel Athènes est redevable de sa place éminente dans l'histoire de l'humanité.

    Sous l'empire de la législation de Solon, la masse entière des citoyens exerçait le droit de vote dans les assemblées populaires ; mais tous n'étaient pas également éligibles aux charges de l'État. D'un autre côté, tous n'étaient pas, au même degré, soumis aux impôts nécessaires pour l'entretien du gouvernement ; les plus lourdes contributions se prélevaient sur la première classe, éligible aux plus hautes fonctions ; ces contributions diminuaient en descendant dans les autres classes, jusqu'à ce qu'elles atteignissent la quatrième, laquelle en était exempte, de même qu'elle était exclue de la magistrature ; et nous trouvons ici la plus équitable répartition des droits et des charges que l'on puisse signaler dans l'histoire du monde. Partout ailleurs la minorité a monopolisé les emplois, en même temps qu'elle levait des impôts sur la majorité, pour subvenir à son propre entretien ; tandis qu'ici le petit nombre de ceux qui étaient en possession des emplois publics payait les contributions, et la majorité, qui était exclue des premières, se trouvait elle-même entièrement affranchie du payement des dernières.

    Dans le siècle qui suit l'établissement de cette organisation, nous voyons l'Attique jouissant d'une paix générale, et croissant par degrés en richesse et en population. Vers la fin de ce siècle, nous trouvons l'État divisé en une centaine de circonscriptions territoriales, dont chacune a son assemblée locale et sa magistrature, chargées de régler les affaires particulières à la localité ; et c'est ainsi que fut constitué un système plus complètement en harmonie avec les grandes lois physiques auxquelles nous avons fait allusion jusqu'à présent, qu'aucun de ceux que le monde eût encore vus, avant la formation définitive des provinces qui composent aujourd'hui les États-Unis. L'action bienfaisante de la paix se révéla encore davantage à cette époque dans ce fait, que le nombre des commettants fut augmenté par l'admission de nombreux esclaves au droit de bourgeoisie, et d'un grand nombre d'étrangers aux droits de cité.

    A partir de la première invasion des Perses qui finit avec la bataille de Marathon, et de l'occupation postérieure de l'Attique par les troupes de Xerxès, il se produisit un changement complet. Les champs avaient été dévastés, les maisons, les bestiaux, les instruments de culture avaient été détruits, et la population avait diminué considérablement. Dès lors nous voyons les Athéniens passer, de l'état d'une démocratie pacifique, où chacun s'occupait à l'intérieur d'associer ses efforts à ceux de ses concitoyens, à celui d'une aristocratie militaire s'efforçant d'entraver l'association au dehors, et se servant de cette puissance perturbatrice comme d'un moyen de s'enrichir. Après avoir amassé des richesses par leurs extorsions et leurs rapines, Cimon et Thémistocle furent en état de s'assurer les services de milliers de misérables dépendant de leur puissance, et qui se montraient dans les rues suivant avec empressement ceux que la guerre venait de rendre leurs maîtres. La pauvreté engendra la soif du pillage, et l'espoir du pillage permit de compléter facilement une armée de terre et d'armer des navires, et bientôt l'armée et la flotte furent employées à soumettre des États et des villes qui, jusqu'alors, avaient été regardés comme des égaux ou des alliés. Ils succombèrent successivement, et le butin acquis par de tels moyens provoqua le désir de nouvelles rapines, en même temps que s'accroissait constamment le pouvoir de satisfaire la convoitise. Athènes était alors devenue la dominatrice des mers, et elle ne permettait à aucun État, ainsi que nous l'apprend Xénophon, de faire le commerce avec un peuple éloigné, s'il ne se soumettait complètement à son impérieuse volonté.

    « C'est de cette volonté, continue-t-il, que dépend l'exportation de l'excédant des produits de toutes les nations. » Et pour être en état de l'exercer d'une façon tout à fait absolue, nous la voyons ensuite amener ses alliés, par persuasion ou par force, à s'exonérer du service personnel, moyennant des contributions en argent, grâce auxquelles presque toute la population athénienne fut retenue an service de l'État.

    La guerre étant devenue alors l'occupation d'Athènes, on voit ses armées répandues en tout lieu, en Égypte et dans le Péloponnèse, à Mégare et à Égine ; et pour être en état d'entretenir ces armées, elle s'empare du trésor public qui est transporté dans la grande cité centrale. Puis nous voyons s'accroître le tribut élevé sur les alliés, qui sont forcés de payer des droits sur toutes les marchandises importées et exportées ; la perception de ces droits est affermée à des individus qui trouvent, dans toute entrave apportée au mouvement social, le moyen d'augmenter leur fortune. De plus, Athènes se déclare elle-même Cour en dernier ressort pour toutes les affaires criminelles et pour la plupart des affaires civiles ; et maintenant la ville étant encombrée de demandeurs en justice, les individus qui forment sa population deviennent des juges toujours prêts à vendre leurs arrêts au plus offrant. Les États eux-mêmes jugent nécessaire d'employer des agents au sein de la cité, et de distribuer des présents, dans l'espoir d'acheter ainsi une protection contre les exigences de l'État souverain.

    A chaque pas fait dans cette direction, la minorité s'enrichit, tandis que la majorité s'appauvrit de plus en plus. On élève des temples, et la splendeur de la ville s'accroît chaque jour. On construit des théâtres, où les Athéniens peuvent gratuitement satisfaire leurs goûts ; mais le droit de vivre ainsi du travail d'autrui étant, à cette heure, regardé comme un privilège dont la jouissance doit être réservée au petit nombre, on procède à une enquête sur les titres au droit de cité ; et par suite, l'exclusion ne va pas à moins de cinq mille individus, qui tous sont vendus comme esclaves. A chaque accroissement de splendeur, nous constatons un accroissement d'indigence, et la nécessité plus impérieuse de transporter une partie de la population, qui doit prendre possession de terres éloignées pour y exercer sur les anciens colons, la même domination que les riches ont appris à exercer à l'intérieur. Le peuple, dont le temps est aujourd'hui complètement employé au maniement des affaires publiques, veut bientôt être payé aux frais du trésor public, et la pauvreté est devenue si générale, qu'une obole, monnaie valant trois cents (15 centimes) est devenue un objet de convoitise comme indemnité pour le service journalier dans les tribunaux.

    La tyrannie et la rapacité se montrant partout et amenant partout une décadence du commerce entre les individus et les États, donnent lieu bientôt à la guerre du Péloponnèse qui se termine par la soumission de l'Attique au pouvoir des Trente tyrans. La propriété privée est alors confisquée, en grande partie, au profit du public ; et pour s'assurer les services du pauvre dans l'oeuvre de spoliation des riches, il est alloué une rémunération triple à ceux qui assistent aux assemblées générales. Les impôts s'accroissent, et à mesure qu'ils deviennent plus considérables, les encouragements à un travail honnête s'affaiblissent d'une manière aussi continue. La population, pour nous servir de l'expression moderne, devient surabondante ; et comme l'homme diminue de valeur, nous voyons s'accroître la soif du pillage et la facilité de se procurer des troupes à l'aide desquelles on peut se l'assurer. La licence et la dissipation deviennent universelles, et les villes sont partout livrées aux déprédations d'hommes stipendiés, toujours prêts à vendre leurs services au plus offrant. Le commandement militaire est brigué comme la seule voie qui conduise à la fortune ; et les richesses ainsi acquises sont dépensées en présents au peuple, grâce auxquels on s'assure ses votes. De nouvelles oppressions amènent ensuite la guerre sociale, qui entraîne avec elle l'extermination de la population mâle, la vente des femmes et des enfants comme esclaves, et la confiscation de tous leurs biens ; et c'est ainsi que désormais nous pouvons suivre le peuple de l'Attique s'épuisant en efforts pour arrêter la marche des autres peuples, jusqu'à ce qu'enfin il ne soit plus, lui-même, qu'un pur instrument entre les mains de Philippe de Macédoine, d'où il passe successivement entre celles d'Alexandre et de ses lieutenants.

    Il est partout visible qu'à partir des guerres persiques, le but des Athéniens a été d'obtenir le monopole du pouvoir, et celui du commerce, comme moyen de s'assurer la jouissance du pouvoir. Plus la ville et son port devenaient l'entrepôt central, plus Athènes pouvait dominer ceux qui dépendaient d'elle, comme d'une place où leurs échanges pouvaient avoir lieu. Elle chassait donc de l'Océan, non seulement les peuples avec lesquels elle était en guerre, mais les bâtiments neutres étaient constamment saisis et retenus par elle, au mépris de la loi ; et ce n'était, qu'avec des difficultés infinies, que les navires et les marchandises ainsi retenus pouvaient être arrachés aux mains des ravisseurs. En lisant l'histoire des procédés de la Maîtresse des Mers de cette époque et celle de ses tribunaux des prises, on ne peut guère éviter d'être frappé de la ressemblance qu'offrent ces procédés avec ceux des temps modernes, à l'époque où les mers étaient balayées des neutres, en vertu du Règlement en 56 articles, des blocus sur le papier, et des Ordonnances rendues en conseil. A chaque pas dans cette direction, correspondait une tendance plus grande à recourir aux embargos et aux prohibitions qui frappaient les relations internationales ; prohibitions qui ne contribuèrent pas peu à amener la guerre du Péloponnèse. Toutes ces mesures tendaient à ralentir le mouvement de la société au dehors ; mais en même temps à produire un amoindrissement dans la puissance d'association volontaire à l'intérieur ; et cet amoindrissement ne fit qu'augmenter, d'année en année, jusqu'à ce qu'un jour cette république jadis si fière, après avoir passé d'abord entre les mains des rois de Macédoine et des proconsuls de Horne, n'est plus représentée que par des troupes d'esclaves ; tandis qu'Atticus restait, pour ainsi dire, le seul propriétaire et le seul améliorateur d'un pays qui, à une époque plus heureuse, avait donné la nourriture et le vêtement, la prospérité et le bonheur à des millions d'individus libres et industrieux.

 

 

 

 

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PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

   

    § 4. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Sparte.


    Commençant nécessairement l'oeuvre de la culture sur les sols les plus pauvres, Sparte ne s'étendit jamais au-delà ; et ce fut par la raison que ses institutions étaient basées sur cette idée : empêcher toute association volontaire et ne donner aucun encouragement au commerce, sous quelque forme qu'il se produisît. Dans cette république, l'homme n'était envisagé que comme une machine ou un instrument, formant une partie constitutive d'un être imaginaire appelé l'État ; à l'orgueil de cet être, à ses rancunes, ainsi qu'à sa vengeance, les individus étaient contraints de faire le sacrifice de tous leurs sentiments et de toutes leurs affections. Si le Spartiate ne se mariait pas, il était passible de certaines peines ; et s'il se mariait, on entourait de difficultés ses relations avec sa femme, dans l'espoir de stimuler les appétits sexuels et de favoriser ainsi le développement de la population. Les enfants appartenant à l'État, les parents ne pouvaient exercer aucune espèce de contrôle sur leur éducation physique, morale ou intellectuelle. Le foyer domestique (le home) n'existait pas ; car non-seulement les parents étaient privés de la société de leurs enfants, mais ils n'avaient même pas la liberté de prendre leurs repas en particulier. Les citoyens ne pouvaient ni acheter, ni vendre ; et il leur était interdit de se servir, pour aucun usage, des métaux les plus utiles, l'or et l'argent. Ils ne pouvaient ni cultiver les sciences, ni se livrer à leur goût pour la musique ; en même temps on leur défendait absolument toute espèce de divertissement théâtral. Les tendances d'un pareil système se trouvant ainsi en opposition avec le développement des facultés individuelles, la richesse ne pouvait se développer, et les Spartiates eux-mêmes ne purent s'élever au-delà des arts les plus primitifs et les plus grossiers, ceux qui concernent l'appropriation de la propriété d'autrui ; et c'est pour cela, qu'engagés dans des guerres continuelles, ils se montrèrent toujours prêts à se vendre au plus offrant. L'histoire de la république spartiate, pauvre et avide, perfide et tyrannique, n'est qu'un long récit du développement de l'inégalité, et des obstacles constamment apportés au mouvement de la société, jusqu'à ce qu'enfin le territoire de Sparte passe sous l'empire de quelques propriétaires environnés d'une multitude d'esclaves ; c'est le prélude de l'anéantissement d'une nation qui ne lègue à la postérité que le souvenir de son avarice et de ses crimes.

 

 

 

 

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PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

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  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

   

    § 5. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Carthage.


    L'histoire de Carthage n'est guère que le récit de guerres entreprises dans le but de monopoliser le trafic, et qui eurent pour principaux théâtres la Corse et la Sardaigne, la Sicile et l'Espagne. Elle dut s'assurer des colonies auxquelles étaient interdites toutes relations avec le reste du monde, si ce n'est par l'intermédiaire des marchands et des navires carthaginois ; et les colons fournissaient, eux-mêmes, au trésor de la métropole les moyens de développer le système dont ils avaient à souffrir ; dans les lieux où l'on ne pouvait établir de colonies, tous les mouvements du trafiquant étaient enveloppés du secret le plus rigoureux, le monopole étant le but qu'on se proposait ; et partout l'on avait recours, sans scrupule, aux moyens les moins délicats pour en assurer le maintien. Ne pouvant supporter de rivaux, les Carthaginois tenaient caché, comme un secret d'État, tout ce qui se rattachait au commerce de caravane, en même temps qu'ils étaient toujours prêts à autoriser les pirates qui voulaient capturer les navires de leurs voisins. Les monopoles remplissaient le trésor public, et la faculté de disposer de ses revenus assurait la puissance à une aristocratie qui faisait, du trafic, son premier et principal objet ; et pour s'assurer l'exercice de cette puissance, elle soudoyait les barbares de tous les pays, depuis le sud du Sahara jusqu'au nord de la Gaule. La splendeur de la ville s'accrut considérablement ; mais, ainsi qu'il arrive en pareil cas, où la faiblesse réelle est en raison de la force apparente, le jour de l'épreuve fit voir que les fondements de l'édifice social avaient été établis non sur le roc, mais sur de la poussière d'or et de sable ; et Carthage périt, ne laissant après elle qu'une nouvelle preuve fournie par son histoire, de la vérité de cette sentence : Que ceux qui vivent de l'épée doivent périr par l'épée.

 

 

 

 

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PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
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  1861

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

   

    § 6. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Rome.


    Au temps de Numa et de Servius Tullius, le peuple romain cultivait un sol fertile ; et la Campanie était couverte de villes, ayant chacune une existence indépendante et constituant, chacune, un centre local vers lequel gravitait la population du territoire environnant. Sous les Tarquins, leurs successeurs, un changement se manifeste ; et depuis ce moment jusqu'à la chute de l'empire, on voit que Rome a consacré sans relâche toutes ses forces à empêcher toute association pacifique entre ses voisins, à s'approprier leurs biens et à centraliser tout le pouvoir dans l'enceinte de ses murailles. La splendeur de la capitale allait croissant ; mais avec ce développement arrivait un déclin correspondant dans la condition du peuple, jusqu'au moment où nous voyons enfin celui-ci réduit à la misère et dépendant de distributions journalières d'aliments, tribut levé pour son entretien sur des provinces éloignées ; et, sous ce rapport, l'histoire de Rome n'est que la répétition de celle d'Athènes, sur une plus grande échelle. Dans la ville et hors de la ville s'élèvent des palais ; mais à chaque pas fait dans cette direction nous voyons se manifester parmi le peuple, un affaiblissement dans la puissance d'association volontaire. La terre qui autrefois faisait vivre des milliers de petits propriétaires est bientôt abandonnée ; ou lorsqu'elle est quelque peu cultivée, elle l'est par des esclaves ; et plus la population de la campagne est asservie, plus devient impérieuse la nécessité de faire des distributions publiques dans la ville, où affluent tous les individus qui cherchent à vivre de pillage. Panem et circenses, une nourriture gratuite, et des exhibitions également gratuites de combats de gladiateurs, ou d'autres combats d'une férocité brutale, voilà ce qui forme maintenant l'unique bill des droits d'une populace dégradée ! La ville prend des accroissements, d'âge en âge, en même temps qu'un déclin correspondant se révèle dans le mouvement de la société qui constitue le commerce. La dépopulation et la pauvreté se répandent, de l'Italie, en Sicile et en Grèce, en deçà et au-delà de la Gaule, en Asie et en Afrique, jusqu'à ce qu'enfin frappé au coeur, l'empire périt après une existence de près d'un millier d'années, pendant lesquelles il avait offert le modèle de l'avidité, de l'improbité et de la déloyauté ; et dans toute cette période, à peine voit-on surgir une douzaine d'hommes dont les noms soient arrivés jusqu'à la postérité avec une réputation sans tache.

    Les trafiquants, les gladiateurs et les bouffons étaient regardés chez les Romains comme appartenant à la môme classe ; et cependant l'histoire romaine n'est que le récit des opérations des trafiquants sur la plus grande échelle. Pendant les siècles qui ont suivi l'expulsion des Tarquins et l'établissement du pouvoir aristocratique, nous assistons à une guerre perpétuelle entre les débiteurs plébéiens, appauvris par l'altération constante de la loi au profit des riches et des nobles, et les créanciers patriciens, possédant des cachots particuliers où ils renfermaient des hommes dont l'unique crime était l'impuissance de payer leurs dettes. Plus tard nous trouvons Rome remplie de Chevaliers, accoutumés à s'interposer comme intermédiaires entre ceux qui avaient des impôts à payer et ceux qui avaient à les recevoir, achetant le droit de percevoir l'impôt au meilleur marché, et le vendant le plus cher possible, payant au receveur la plus petite somme, et tirant, du malheureux qui payait la taxe, la plus forte somme qu'il pût fournir. Scipion trafiqua de sa conscience en pillant le trésor public, et lorsqu'on le somma de rendre ses comptes, il convoqua l'assemblée pour se rendre au temple et y rendre grâces aux dieux des victoires qui l'avaient enrichi (5). Verrès en Sicile et Fonteius en Gaule, n'étaient que des trafiquants. Brutus prêtait de l'argent à quatre pour cent par mois, et César aurait probablement payé un intérêt encore plus élevé pour les millions qu'il avait empruntés, s'il eût réussi à monter sur le trône impérial. Tous faisaient le trafic des esclaves, se réservant le monopole des produits du travail de ces malheureux soumis à leur pouvoir, et qu'ils traitaient de la façon la plus inhumaine.

 

 

 

 

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