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L'art, l'histoire et les idées

Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 16:58

  fdroosevelt.jpg   En France, dans six mois,et si la guerre que les britanniques et leurs satrapes tentent actuellement de déclencher n'a pas lieu, nous irons aux urnes choisir le prochain président de la république française.


   Cette personne, une fois investie, aura sous sa responsabilité un pays ruiné, divisé, abruti par la misère matérielle et culturelle et agité par des courants dissidents et subversifs de toutes espèces, le tout dans un monde où plus aucun traité n'a de valeur, où les expédients servent de stratégie politique internationale, où la guerre paraît pour certains dictateurs occidentaux un excellent moyen de reprendre la main sur les évènements, et où le système financier impérial britannique globalisé a juré de conserver l'hégémonie ou d'emmener le monde avec lui dans la tombe.

 

   Cette personne se trouvera donc dans une situation similaire à celle qu'a dû affronter le président Franklin Delano Roosevelt en 1933, expérience qu'il relate en 1934 dans le livre que je vous transcris ci-dessous.


   Rappellons qu'à l'époque, les britanniques - maîtres du système de banques centrales et de l'étalon-or - préféraient très nettement et officiellement la solution fasciste (totalitarisme et enrégimentation économique, sous le contrôle des Banques centrales et de la B.R.I) à celle que proposait F. D. Roosevelt. Ils le montrèrent avec la promotion de Benito Mussolini, de Adolf Hitler et de Francisco Franco, ainsi que d'autres dictateurs fascistes dans toute l'Europe - y compris en France avec Laval, que Fillon et sa bande copient sans vergogne.

 

   Vous trouverez dans "Sur la bonne voie", écrit intégralement de la main de F.D.R., un grand nombre textes et d'allocutions dont le contenu est frappant, tant sur la question examinée que sur l'actualité des solutions appliquées alors. Voici un président en plein travail qui vous parle, depuis 1934, des principes et des moyens qu'il a mis en oeuvre pour sauver sa nation et se préparer à sauver le monde.

 

   Bonne lecture à tous.

 

 

 

 

Franklin Delano ROOSEVELT
Président des États-Unis

 


SUR

LA BONNE VOIE

(ON OUR WAY)

 

 

New-Deal-NRA.jpg

 

 

Traduit de l'Anglais par
PIERRE DUTRAY

 

1934


Les Éditions
DENOËL ET STEELE
19, rue Amélie, 19
PARIS

 

 

 

Préface

    " Le but de ce livre est d'exposer simplement, sans esprit de polémique et sans longs commentaires, les principaux événements d'une année très agitée..."

 

Chapitre I

    " Le premier acte du Gouvernement fut la prestation de serment du nouveau cabinet dans le bureau du Président à la Maison Blanche..."

 

Chapitre II

    " A strictement parler, la crise bancaire n'a duré qu'une semaine..."

 

Chapitre III

    " Dès ce moment, nous avions donné l'essor à notre politique de redressement et de reconstruction..."

 

Chapitre IV

    " Le 13 avril, en vue de protéger les petits propriétaires, j'envoyai au Congrès le message suivant..."

 

Chapitre V

    " Le Secrétaire du Trésor Woodin, le Conseil de la Banque de Réserve, la « Reconstruction Finance Corporation »..."

 

Chapitre VI

    " Ce n'est pas une exagération de ma part de dire que si la situation économique de l'hiver de 1932-1933 avait continué..."

 

Chapitre VII

    " II ne serait pas juste de dire que la « National Recovery Act « (loi de redressement national) fut méditée et longuement conçue..."

 

Chapitre VIII

    " Depuis cette époque jusqu'à la fin de la Session, nous ne proposâmes que quelques nouvelles suggestions..."

 

Chapitre IX

    " Pour les affaires étrangères, davantage même que pour les affaires intérieures, une nation a besoin d'avoir une politique générale permanente..."

 

Chapitre X

    " Après mon retour à Washington, au début de juillet, la partie exécutive du gouvernement entreprit la tâche ardue..."

 

Chapitre XI
    " La nouvelle année s'ouvrit sur l'arrivée des membres du Congrès..."

 

Chapitre XII

    " Il est très regrettable que ce livre doive s'arrêter avant la fin de l'expérience que nous tentons..."

 

Chapitre XIII

    " Je ne voudrais pas terminer ce livre sans exprimer d'une façon un peu plus claire que je ne l'ai fait jusqu'ici, ce que je pense des responsabilités qui incombent aux personnes qui exercent de l'autorité sur autrui..."

 

 

Appendice

 

    Déclaration du président lors de la signature du « Farm Relief Bill ».
    Déclaration du président lors de la signature de la loi sur les assurances.
    Décret constituant un conseil central de statistiques.
    Décret relatif à la vente et à l'exportation de l'or provenant des dépôts naturels.
    Discours radiophonique prescrivant une mobilisation des citoyens pour secourir les malheureux.
    Déclaration  sur la prolongation de l'accord sur l'embauche.
    Déclaration sur l'achat et la frappe d'argent.
    Décret relatif au reçu de l'or par les hôtels de monnaie et les bureaux de poids et mesures.
    Décret relatif aux plaintes dénonçant les pratiques de monopole.
    Déclaration relative à la fixation du poids du dollars-or et à l'achat de l'or à un prix fixe.

 


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Par Jean-Gabriel Mahéo - Voir les 0 commentaires
Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 10:39
 Discussion au coin du feu :
Le Plan de Redressement : Réflexions sur les Cent Jours

Franklin Delano Roosevelt
 
Le 24 juillet 1933
(autres textes)


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    Où le président Roosevelt, après avoir mis les banques en banqueroute et en redressement judiciaire, après avoir repris le contrôle de la monnaie par les lois sur les métaux précieux et avoir rendu la prééminence au Congrès sur la Réserve Fédérale pour l'émission monétaire, explique sa politique de relance économique appuyée sur le développement de la consommation intérieure par la reflation monétaire dirigée vers de grands travaux, vers la réorganisation agricole et vers la relance industrielle - laquelle se fera principalement par le biais d'avancées sociales historiques qui inspireront plus tard Léon Blum.

    De l'autre côté de l'atlantique, la terreur s'est installée en Allemagne, où le docteur Hjalmar Schacht, protégé du dirigeant de la banque d'Angleterre Montagu Norman, pilote la politique économique de Hitler et du nouveau IIIème Reich en infligeant au peuple la disparition des libertés publiques, la destruction de la protection sociale, l'euthanasie, et en lançant l'industrie allemande dans la course aux armements (ce qui donnera une impression de relance temporaire) en vue de la seconde guerre mondiale.

    Ainsi, Franklin Delano Roosevelt démontre en 1933 par les premières réussite du New Deal que les politiques d'austérité sont des impasses, alors qu'en Europe s'installent les fascismes nécessaires au durcissement de l'austérité déflationniste exigée par les maîtres britanniques de l'étalon-or et mis en oeuvre par les banques centrales européennes et par les complices de l'Empire dans les nations.

    Bref, la BCE et les dictatures financières qui viennent de s'installer en Grèce, en Italie et bientôt sur la péninsule ibérique, voire en France, suivent ou vont suivre, toutes, la voie qui mena dans les années trente au fascisme économique génocidaire et à la guerre d'extermination - qui n'est que la perfection de la politique d'austérité réclamée par l'Empire en faillite.

    Il est temps, pour la France, Pour l'Europe, que se prépare et s'organise une union résistante des patriotes, prête à en découdre et à battre en brèche la menace existentielle qui est déjà à notre porte, et qui provient, comme en 1907, comme en 1929, du même ventre : la City de Londres et son empire financier.

 

 

 

 Discussion au coin du feu :
Le Plan de Redressement : Réflexions sur les Cent Jours

 

    « Depuis l'ajournement de la session extraordinaire du Congrès, session historique, il y a de cela cinq semaines, je me suis abstenu de propos délibéré de m'adresser à vous pour deux excellentes raisons :

    « Tout d'abord, je pense que nous désirions tous réfléchir à notre aise pour examiner et nous assimiler, par l'esprit, les événements multiples des cent journées qui avaient été consacrées à donner le branle au fonctionnement du « New Deal ».

    « En deuxième lieu, j'avais besoin de quelques semaines pour organiser la nouvelle machine administrative et pour voir les premiers fruits de notre plan mûrement réfléchi.

    « Je crois que cela vous intéressera de m'entendre exposer les principes fondamentaux de mon plan de restauration nationale, afin que vous puissiez vous convaincre que tous les projets et toutes les mesures législatives adoptés depuis le 4 mars, loin d'être une collection de projets hasardeux, prennent place chacun dans un ensemble cohérent et logique.

    « Longtemps avant le jour de l'inauguration, j'avais acquis la conviction que tout effort individuel, local et même fédéral s'il n'était pas coordonné avec les autres, avait échoué et échouerait nécessairement et que, par conséquent, un vaste programme dirigé par le gouvernement fédéral, s'imposait dans la pratique comme dans la théorie. Il fallait avant tout maintenir et fortifier le crédit du gouvernement des Etats-Unis, condition sine qua non du succès de cette politique. Depuis des années, le gouvernement n'avait pu vivre de ses revenus. Nous devions donc ramener immédiatement les dépenses gouvernementales aux limites de ses ressources. C'est ce qu'on a fait.

    « Il peut paraître peu sérieux qu'un gouvernement réduise ses dépenses ordinaires et en même temps prête et dépense des milliards pour l'exécution de mesures exceptionnelles. Mais il n'y a là aucune contradiction, car une grande partie de cet argent a été fourni par de solides emprunts qui seront remboursés au Trésor au cours d'une période de plusieurs années, et pour couvrir le restant de cet argent, nous avons levé des impôts qui paieront les intérêts et rembourseront le capital par fractions.

    « Vous pouvez voir ainsi que nous avons conservé notre crédit intact. Nous avons jeté des fondations de granit en une période de confusion. Le crédit fédéral s'appuie sur une base vaste et sûre. Sur elle repose tout le plan de redressement national.

    « Une autre partie du plan concernait le crédit des particuliers. Vous connaissez aussi bien que moi la crise bancaire et le grand danger qui menaçait les épargnes de nos citoyens. Le 6 mars, toutes les banques nationales étaient fermées. Un mois plus tard les déposants pouvaient disposer des quatre-vingt-dix pour cent des dépôts effectués dans les banques nationales. Aujourd'hui cinq pour cent seulement des dépôts dans les banques nationales restent gelés. La situation des banques d'Etat, bien qu'elle ne repose pas sur un pourcentage tout à fait aussi bon, montre cependant une réduction continuelle des crédits gelés. La situation est bien meilleure qu'on ne pouvait l'espérer, il y a trois mois.

    « Le problème du crédit des individus était beaucoup plus difficile, du fait d'une monnaie mal adaptée: le dollar n'avait plus la même valeur qu'au moment où ils avaient contractés leurs dettes. Aussi un nombre considérable de gens perdaient-ils la possession de leurs fermes et de leurs immeubles, ainsi que tout droit sur ces biens. Vous connaissez tous les mesures financières qui ont été prises pour remédier à ce défaut d'adaptation. Outre la loi de prêt sur les immeubles, on adopta les lois sur l'emprunt agricole et la banqueroute.

    « Ce fut une nécessité vitale de rétablir le pouvoir d'achat par la réduction du fardeau des dettes et des intérêts qui pesait sur nos concitoyens; mais, tandis que nous aidions le peuple à sauver son crédit, il n'était pas moins essentiel, en même temps, de subvenir aux besoins de centaines de milliers de personnes qui, à ce moment même, étaient dans la pire détresse. L'Etat et les municipalités étaient sur le point de cesser leur secours. Nous votâmes pour les aider un budget d'un demi-milliard de dollars; en outre, comme vous le savez, le programme de reboisement, les mesures préventives contre les inondations et l'érosion du sol ont donné un travail pratique et utile à trois cent mille jeunes gens. Les salaires qu'ils gagnent, servent en grande partie à venir en aide à près d'un million de personnes qui constituent leurs familles.

    Dans la même catégorie, nous pouvons ranger à bon droit le grand programme de travaux publics pour lequel on a avancé plus de trois milliards de dollars. Il nous faut insister sur deux points qui concernent l'exécution de ces projets — en premier lieu, nous apporterons toute notre attention à choisir un travail fécond, d'une portée immédiate, des projets utiles, qui ne sentent pas la cuisine électorale; en second lieu, nous espérons que, grâce à ces projets qui après quelques années rapporteront par eux-mêmes, plus de la moitié de cet argent rentrera dans les caisses du gouvernement.

    « Jusqu'ici j'ai parlé des fondations, des mesures indispensables pour rétablir le crédit, pour orienter le peuple dans une nouvelle direction, en secourant les individus en détresse et en leur donnant, grâce à une action gouvernementale, le plus de travail possible.

    « Maintenant, j'en viens aux mesures prises pour orienter définitivement le pays vers la prospérité. J'ai affirmé que nous ne pourrons y arriver dans un pays où une partie des habitants vit dans le luxe, et l'autre dans la misère. Si tous nos concitoyens ont du travail, des salaires et des bénéfices justes, ils pourront acheter les produits de leurs voisins, et les affaires marcheront. Mais si vous enlevez les salaires et les bénéfices à la moitié d'entre eux, l'affaire ne marchera qu'à moitié. Peu importe qu'une partie soit très prospère: ce qu'il faut c'est une prospérité raisonnable pour chacun.

    « Depuis beaucoup d'années, les deux grandes barrières qui s'opposent à une prospérité normale, sont la dépréciation des produits agricoles et le chômage qui paralyse la nation. Ces deux maux ont réduit de moitié le pouvoir d'achat du pays. J'ai promis de prendre des mesures. Le Congrès a pris sa part, lorsqu'il a voté le « Farm Act » (loi agricole) et l'« Industrial Recovery Act » (loi de redressement industriel). Aujourd'hui nous mettons ces deux lois à pied d'oeuvre : elles produiront des résultats si le peuple comprend clairement les objectifs qu'elles s'assignent.

    « En premier lieu le « Farm Act »: il se base sur le fait que le pouvoir d'achat de près de la moitié de notre population dépend du juste prix des produits agricoles. Nous avons eu des produits en beaucoup plus grand nombre que nous n'en consommons ou pouvons en écouler sur un marché mondial effondré. Pour remédier à cette situation, il faut réduire la production. Sans notre aide les fermiers ne peuvent s'entendre pour la réduire. Le « Farm Bill » (loi d'aide aux fermiers) leur donne un système qui leur permettra de ramener leur production à un niveau raisonnable et d'obtenir des prix raisonnables pour leurs récoltes. Je n'ai pas contesté le caractère expérimental de ces mesures mais jusqu'ici nous avons raison de croire qu'elles produiront de bons résultats.

    « II est évident que, si nous pouvons augmenter sensiblement le pouvoir d'achat de dizaines de millions de nos concitoyens qui vivent du fermage et de la répartition des produits agricoles, nous augmenterons considérablement la vente des produits industriels.

    « Cela me permet d'en venir à la mesure finale, qui ramènera l'industrie dans des voies saines.

    « L'automne dernier, à plusieurs reprises, j'ai affirmé avec force que, si l'industrie suit une discipline démocratique librement consentie, la réduction des heures de travail et l'augmentation des salaires permettront aux ouvriers d'acheter le produit de leur travail et de s'en servir. Cela ne peut se faire que si nous permettons et si nous encourageons une action de coopération entre industriels car il est évident que, sans une unité d'action, un petit nombre d'hommes égoïstes, dans tout groupe rival, payera des salaires de famine et exigera de longues heures de travail. Les autres ne pourront que les suivre ou fermer boutique. Nous avons vu les résultats de cette politique qui, depuis quatre ans, nous a entraînés de plus en plus vers l'enfer économique.

    « Il y a un moyen sûr de renverser cette situation: Si tous les patrons, dans tous les groupes rivaux, consentent à payer à leurs ouvriers les mêmes salaires — des salaires raisonnables — et s'ils exigent le même nombre d'heures — un nombre raisonnable — alors l'augmentation des salaires et la réduction des heures de travail ne léseront aucun patron. En outre cette situation est préférable pour le patron au chômage et à des bas salaires, car elle augmente le nombre d'acheteurs de ses produits C'est cette idée si simple qui est à la base du programme de restauration nationale.

    « C'est sur cette idée de collaboration, que nous entreprîmes la lutte contre le chômage. Elle réussira si dans les grandes industries, dans les petites boutiques, dans les grandes villes et les petits villages, on en comprend la nécessité. Il n'y a là rien de compliqué ni de particulièrement nouveau. Cette idée n'est que l'application du principe général suivant lequel dans une société ou dans une nation, des individus groupés peuvent réaliser ce qu'aucun individu agissant en isolé ne pourrait même espérer d'exécuter.

    « Voici un exemple. Nous avons constaté dans le code de l'industrie cotonnière et dans d'autres accords déjà signés, l'abolition du travail des enfants. Je me sens personnellement plus heureux de ce résultat que de tous les autres que j'ai obtenus depuis mon arrivée à Washington. Dans l'industrie textile — industrie dont les membres m'offrirent spontanément leur concours dans un geste magnifique dès que la loi de redressement industriel fut signée — le travail des enfants était un de ces maux qui existait depuis de longues années. Mais aucun patron agissant seul, n'avait pu le faire disparaître. Si un patron ou si un Etat s'y attaquait, les frais que représentait cet effort atteignaient un chiffre si considérable qu'il devenait impossible de rivaliser avec les patrons ou les Etats qui n'avaient pas participé à cette tentative. Il a suffi de cette loi de redressement industriel pour abolir cette chose monstrueuse. Si je vous cite cet exemple, ce n'est pas pour en tirer vanité mais pour vous mettre sur la voie d'efforts même plus grands de collaboration que vous aurez à tenter cet hiver et cet automne.

    « Nous ne devons pas traverser un autre hiver semblable à celui que nous venons de passer. Je ne crois pas qu'un peuple ait jamais supporté avec tant de courage et tant de bonne humeur une saison même à moitié aussi dure. Nous ne pouvons pas demander à l'Amérique de continuer à souffrir de telles misères. Le moment est venu d'entreprendre une action courageuse. La loi sur le redressement industriel nous donne le moyen de vaincre le chômage avec les armes mêmes que nous avons utilisées pour abolir le travail des enfants.

    « Nous avons envoyé à tous les patrons un projet d'accord qui est le résultat de plusieurs semaines de délibérations. Il s'oppose à presque tous les codes précédents des grandes industries. Ce code passe-partout a reçu l'approbation unanime des trois comités que j'ai chargés de l'étudier, comités qui représentent les grands chefs de l'industrie, du travail et des services sociaux. De tous les Etats, affluent des marques d'approbation, ainsi que d'un si grand nombre d'industriels que je puis assurer qu'il convient à tous. C'est un plan — mûrement réfléchi, raisonnable et juste — qui a pour but de mettre immédiatement en oeuvre les plus importants des principes généraux que les codes établissent d'industrie à industrie. Naturellement, il faudra bien du travail d'organisation, bon nombre de séances et de mois avant d'achever et de signer ces codes; d'autre part, nous ne pouvons attendre la mise en oeuvre de tous ces codes. Toutefois le projet que j'envoie à tous les patrons, permettra la mise en marche du programme non pas dans six mois, mais dès maintenant.

    « II y a évidemment un petit nombre de gens, qui pourraient, dans un but égoïste, s'opposer à ce grand plan d'intérêt général. La loi, dans ce cas, prévoit des sanctions. Mais maintenant, je fais appel à la coopération des esprits et des coeurs. Ce sont les seuls instruments que nous emploierons cet été dans notre grande offensive contre le chômage. Mais nous les emploierons jusqu'à l'extrême limite pour protéger contre les obstructionnistes ceux qui adhèrent au plan.

    « En temps de guerre, dans l'obscurité des attaques de nuit, les soldats portent à l'épaule un insigne brillant qui empêche leurs camarades de faire feu sur eux. De même ceux qui coopèrent à notre programme doivent se reconnaître à un simple coup d'oeil. Voilà pourquoi nous avons songé à un insigne d'honneur, un simple dessin portant la devise: « Nous prenons notre part ». Je demande à tous ceux qui se joignent à moi d'étaler bien en vue cet insigne. C'est essentiel à notre dessein.

    « Déjà toutes les grandes industries m'ont proposé des codes qui souscrivent aux principes tendant à la reprise massive du travail. Mais quelque importante que soit cette manifestation de sympathie, le terrain le plus propice pour obtenir des résultats se trouve parmi ces petits patrons qui emploient de une à dix personnes. Ces petits employeurs sont en effet une partie vitale, la moelle du pays; le succès de nos plans repose en grande partie entre leurs mains.

    « Déjà les télégrammes et les lettres affluent à la Maison Blanche — messages de patrons qui demandent qu'on inscrive leurs noms sur le tableau d'honneur. Ils représentent de grandes sociétés, compagnies, corporations et des individus. J'invite tous les employeurs qui ne l’ont pas encore fait, à m'envoyer ou me télégraphier personnellement à la Maison Blanche, et ce sans délai, leur adhésion à mon plan. Je veux faire afficher dans chaque bureau de poste de chaque ville un tableau d'honneur portant les noms de ceux qui se joindront à moi.

    « Je désire profiter de cette occasion pour dire aux vingt-quatre gouverneurs qui sont maintenant réunis en conférence à San-Francisco que, plus que toute autre mesure, le message unanime qu'ils ont adopté au début de la conférence et dans lequel ils promettent l'appui immédiat de leur Etat, a profondément encouragé ce grand mouvement.

    « Aux hommes et aux femmes dont la crainte du chômage assombrissait les jours, je puis maintenant adresser une parole d'encouragement, car les codes et les accords qui ont déjà été approuvés ou qui vont être adoptés, amèneront l'augmentation des salaires et remettront le peuple au travail. Tout patron qui adopte le plan remplit, croyez-le, son rôle, et mérite bien de quiconque travaille pour vivre. Vous comprendrez tout comme moi que si un patron refuse de suivre ce plan et vend ses produits à plus bas prix que son concurrent, c'est au détriment de la prospérité du pays, qu'il réalise cette économie.

    « Lorsque mourut Andrew Jackson, quelqu'un demanda: « au ciel? » et l'on répondit: « II ira s'il le veut ». Si l'on me demande si le peuple américain parviendra à sortir de la crise, je répondrai: « Oui, s'il le veut ». L'essence du plan est la limitation de la semaine de travail par un accord général et le payement d'un salaire juste par un accord général également. Je ne puis garantir le succès de ce plan national, mais le peuple peut le garantir. Je ne crois pas aux remèdes universels mais je crois pouvoir exercer une forte influence sur les forces économiques. Je n'ai aucune sympathie pour les économistes professionnels qui veulent laisser les choses suivre leur cours, et qui prétendent que l'homme ne peut rien faire contre les maux économiques, parce qu'ils ont changé tous les cinq ou dix ans leurs théories sur les lois économiques, mais j'ai gardé ma foi dans la force de l'intérêt commun et dans la force de l'action unifiée du peuple américain.

    « Voilà pourquoi je vous expose le but et les idées qui sont à la base de notre programme de restauration nationale. Voilà pourquoi je prie les patrons de la nation de signer avec moi cette charte commune — de la signer au nom du patriotisme et de l'humanité. Voilà pourquoi je demande aux travailleurs de collaborer avec nous dans un esprit d'entente et d'aide mutuelle. »


Franklin Delano Roosevelt - Discussion au coin du feu - 24 juillet 1933

(Traduction de Pierre Dutray, extraite  de l'ouvrage "Sur la bonne voie (On Our Way)" de F.D.R., 1934, éditions Denoël et Steele)

 

 

 

En anglais :

 


 

After the adjournment of the historical special session of the Congress five weeks ago I purposely refrained from addressing you for two very good reasons.

First, I think that we all wanted the opportunity of a little quiet thought to examine and assimilate in a mental picture the crowding events of the hundred days which had been devoted to the starting of the wheels of the New Deal.

Secondly, I wanted a few weeks in which to set up the new administrative organization and to see the first fruits of our careful planning.

I think it will interest you if I set forth the fundamentals of this planning for national recovery; and this I am very certain will make it abundantly clear to you that all of the proposals and all of the legislation since the fourth day of March have not been just a collection of haphazard schemes but rather the orderly component parts of a connected and logical whole.

Long before Inauguration Day I became convinced that individual effort and local effort and even disjointed Federal effort had failed and of necessity would fail and, therefore, that a rounded leadership by the Federal Government had become a necessity both of theory and of fact. Such leadership, however, had its beginning in preserving and strengthening the credit of the United States Government, because without that no leadership was a possibility. For years the Government had not lived within its income. The immediate task was to bring our regular expenses within our revenues. That has been done. It may seem inconsistent for a government to cut down its regular expenses and at the same time to borrow and to spend billions for an emergency. But it is not inconsistent because a large portion of the emergency money has been paid out in the form of sound loans which will be repaid to the Treasury over a period of years; and to cover the rest of the emergency money we have imposed taxes to pay the interest and the installments on that part of the debt.

So you will see that we have kept our credit good. We have built a granite foundation in a period of confusion. That foundation of the Federal credit stands there broad and sure. It is the base of the whole recovery plan.

Then came the part of the problem that concerned the credit of the individual citizens themselves. You and I know of the banking crisis and of the great danger to the savings of our people. On March sixth every national bank was closed. One month later 90 per cent of the deposits in the national banks had been made available to the depositors. Today only about 5 per cent of the deposits in national banks are still tied up. The condition relating to state banks, while not quite so good on a percentage basis, is shoving a steady reduction in the total of frozen deposits -- a result much better than we had expected three months ago.

The problem of the credit of the individual was made more difficult because of another fact. The dollar was a different dollar from the one with which the average debt had been incurred. For this reason large numbers of people were actually losing possession of and title to their farms and homes. All of you know the financial steps which have been taken to correct this inequality. In addition the Home Loan Act, the Farm Loan Act and the Bankruptcy Act were passed.

It was a vital necessity to restore purchasing power by reducing the debt and interest charges upon our people, but while we were helping people to save their credit it was at the same time absolutely essential to do something about the physical needs of hundreds of thousands who were in dire straits at that very moment. Municipal and State aid were being stretched to the limit. We appropriated half a billion dollars to supplement their efforts and in addition, as you know, we have put 300,000 young men into practical and useful work in our forests and to prevent flood and soil erosion. The wages they earn are going in greater part to the support of the nearly one million people who constitute their families.

In this same classification we can properly place the great public works program running to a total of over Three Billion Dollars -- to be used for highways and ships and flood prevention and inland navigation and thousands of self-sustaining state and municipal improvements. Two points should be made clear in the allotting and administration of these projects -- first, we are using the utmost care to choose labor creating quick-acting, useful projects, avoiding the smell of the pork barrel; and secondly, we are hoping that at least half of the money will come back to the government from projects which will pay for themselves over a period of years.

Thus far I have spoken primarily of the foundation stones -- the measures that were necessary to re-establish credit and to head people in the opposite direction by preventing distress and providing as much work as possible through governmental agencies. Now I come to the links which will build us a more lasting prosperity. I have said that we cannot attain that in a nation half boom and half broke. If all of our people have work and fair wages and fair profits, they can buy the products of their neighbors and business is good. But if you take away the wages and the profits of half of them, business is only half as good. It doesn't help much if the fortunate half is very prosperous -- the best way is for everybody to be reasonably prosperous.

For many years the two great barriers to a normal prosperity have been low farm prices and the creeping paralysis of unemployment. These factors have cut the purchasing power of the country in half. I promised action. Congress did its part when it passed the farm and the industrial recovery acts. Today we are putting these two acts to work and they will work if people understand their plain objectives.

First, the Farm Act: It is based on the fact that the purchasing power of nearly half our population depends on adequate prices for farm products. We have been producing more of some crops than we consume or can sell in a depressed world market. The cure is not to produce so much. Without our help the farmers cannot get together and cut production, and the Farm Bill gives them a method of bringing their production down to a reasonable level and of obtaining reasonable prices for their crops. I have clearly stated that this method is in a sense experimental, but so far as we have gone we have reason to believe that it will produce good results.

It is obvious that if we can greatly increase the purchasing power of the tens of millions of our people who make a living from farming and the distribution of farm crops, we will greatly increase the consumption of those goods which are turned out by industry.

That brings me to the final step -- bringing back industry along sound lines.

Last Autumn, on several occasions, I expressed my faith that we can make possible by democratic self-discipline in industry general increases in wages and shortening of hours sufficient to enable industry to pay its own workers enough to let those workers buy and use the things that their labor produces. This can be done only if we permit and encourage cooperative action in industry because it is obvious that without united action a few selfish men in each competitive group will pay starvation wages and insist on long hours of work. Others in that group must either follow suit or close up shop. We have seen the result of action of that kind in the continuing descent into the economic Hell of the past four years.

There is a clear way to reverse that process: If all employers in each competitive group agree to pay their workers the same wages -- reasonable wages -- and require the same hours -- reasonable hours -- then higher wages and shorter hours will hurt no employer. Moreover, such action is better for the employer than unemployment and low wages, because it makes more buyers for his product. That is the simple idea which is the very heart of the Industrial Recovery Act.

On the basis of this simple principle of everybody doing things together, we are starting out on this nationwide attack on unemployment. It will succeed if our people understand it -- in the big industries, in the little shops, in the great cities and in the small villages. There is nothing complicated about it and there is nothing particularly new in the principle. It goes back to the basic idea of society and of the nation itself that people acting in a group can accomplish things which no individual acting alone could even hope to bring about.

Here is an example. In the Cotton Textile Code and in other agreements already signed, child labor has been abolished. That makes me personally happier than any other one thing with which I have been connected since I came to Washington. In the textile industry -- an industry which came to me spontaneously and with a splendid cooperation as soon as the recovery act was signed, -- child labor was an old evil. But no employer acting alone was able to wipe it out. If one employer tried it, or if one state tried it, the costs of operation rose so high that it was impossible to compete with the employers or states which had failed to act. The moment the Recovery Act was passed, this monstrous thing which neither opinion nor law could reach through years of effort went out in a flash. As a British editorial put it, we did more under a Code in one day than they in England had been able to do under the common law in eighty-five years of effort. I use this incident, my friends, not to boast of what has already been done but to point the way to you for even greater cooperative efforts this Summer and Autumn.

We are not going through another Winter like the last. I doubt if ever any people so bravely and cheerfully endured a season half so bitter. We cannot ask America to continue to face such needless hardships. It is time for courageous action, and the Recovery Bill gives us the means to conquer unemployment with exactly the same weapon that we have used to strike down Child Labor.

The proposition is simply this:

If all employers will act together to shorten hours and raise wages we can put people back to work. No employer will suffer, because the relative level of competitive cost will advance by the same amount for all. But if any considerable group should lag or shirk, this great opportunity will pass us by and we will go into another desperate Winter. This must not happen.

We have sent out to all employers an agreement which is the result of weeks of consultation. This agreement checks against the voluntary codes of nearly all the large industries which have already been submitted. This blanket agreement carries the unanimous approval of the three boards which I have appointed to advise in this, boards representing the great leaders in labor, in industry and in social service. The agreement has already brought a flood of approval from every State, and from so wide a cross-section of the common calling of industry that I know it is fair for all. It is a plan --deliberate, reasonable and just -- intended to put into effect at once the most important of the broad principles which are being established, industry by industry, through codes. Naturally, it takes a good deal of organizing and a great many hearings and many months, to get these codes perfected and signed, and we cannot wait for all of them to go through. The blanket agreements, however, which I am sending to every employer will start the wheels turning now, and not six months from now.

There are, of course, men, a few of them who might thwart this great common purpose by seeking selfish advantage. There are adequate penalties in the law, but I am now asking the cooperation that comes from opinion and from conscience. These are the only instruments we shall use in this great summer offensive against unemployment. But we shall use them to the limit to protect the willing from the laggard and to make the plan succeed.

In war, in the gloom of night attack, soldiers wear a bright badge on their shoulders to be sure that comrades do not fire on comrades. On that principle, those who cooperate in this program must know each other at a glance. That is why we have provided a badge of honor for this purpose, a simple design with a legend. "We do our part," and I ask that all those who join with me shall display that badge prominently. It is essential to our purpose.

Already all the great, basic industries have come forward willingly with proposed codes, and in these codes they accept the principles leading to mass reemployment. But, important as is this heartening demonstration, the richest field for results is among the small employers, those whose contribution will give new work for from one to ten people. These smaller employers are indeed a vital part of the backbone of the country, and the success of our plans lies largely in their hands.

Already the telegrams and letters are pouring into the White House --messages from employers who ask that their names be placed on this special RolI of Honor. They represent great corporations and companies, and partnerships and individuals. I ask that even before the dates set in the agreements which we have sent out, the employers of the country who have not already done so -- the big fellows and the little fellows -- shall at once write or telegraph to me personally at the White House, expressing their intention of going through with the plan. And it is my purpose to keep posted in the post office of every town, a Roll of Honor of all those who join with me.

I want to take this occasion to say to the twenty-four governors who are now in conference in San Francisco, that nothing thus far has helped in strengthening this great movement more than their resolutions adopted at the very outset of their meeting, giving this plan their instant and unanimous approval, and pledging to support it in their states.

To the men and women whose lives have been darkened by the fact or the fear of unemployment, I am justified in saying a word of encouragement because the codes and the agreements already approved, or about to be passed upon, prove that the plan does raise wages, and that it does put people back to work. You can look on every employer who adopts the plan as one who is doing his part, and those employers deserve well of everyone who works for a living. It will be clear to you, as it is to me, that while the shirking employer may undersell his competitor, the saving he thus makes is made at the expense of his country's welfare.

While we are making this great common effort there should be no discord and dispute. This is no time to cavil or to question the standard set by this universal agreement. It is time for patience and understanding and cooperation. The workers of this country have rights under this law which cannot be taken from them, and nobody will be permitted to whittle them away, but, on the other hand, no aggression is now necessary to attain those rights. The whole country will be united to get them for you. The principle that applies to the employers applies to the workers as well, and I ask you workers to cooperate in the same spirit.

When Andrew Jackson, "Old Hickory," died, someone asked, "Will he go to Heaven?" and the answer was, "He will if he wants to." If I am asked whether the American people will pull themselves out of this depression, I answer, " They will if they want to." The essence of the plan is a universal limitation of hours of work per week for any individual by common consent, and a universal payment of wages above a minimum, also by common consent. I cannot guarantee the success of this nationwide plan, but the people of this country can guarantee its success. I have no faith in "cure-alls" but I believe that we can greatly influence economic forces. I have no sympathy with the professional economists who insist that things must run their course and that human agencies can have no influence on economic ills. One reason is that I happen to know that professional economists have changed their definition of economic laws every five or ten years for a very long time, but I do have faith, and retain faith, in the strength of common purpose, and in the strength of unified action taken by the American people.

That is why I am describing to you the simple purposes and the solid foundations upon which our program of recovery is built. That is why I am asking the employers of the Nation to sign this common covenant with me -- to sign it in the name of patriotism and humanity. That is why I am asking the workers to go along with us in a spirit of understanding and of helpfulness.

Publié dans : L'art, l'histoire et les idées - Ecrire un commentaire
Par Jean-Gabriel Mahéo - Voir les 0 commentaires
Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 22:53

VERNADSKY.jpg     Dans le texte de 1928 qui suit, écrit et traduit en français - avec l'aide de sa femme - par Vladimir Vernadsky, celui-ci démontre l'existence d'une constante évolutionnaire de l'univers, que l'on retrouve tant dans le monde minéral que dans la biosphère et dans l'émanation physique de la Noosphère, la technosphère : la croissance au travers des âges de l'intensité et de la qualité de la migration atomique, dans chacune des trois "sphères" minérale, biologique et cognitive.


    Vladimir Vernadsky montre ainsi, "empiriquement", que l'univers en général, la vie et la pensée en particulier, avancent toujours vers une forme plus parfaite de variété, d'ordre et d'harmonie, laquelle se traduit par une intensification de la vitesse de migration atomique, et que l'évolution répond à des lois physiques connaissables et mesurables, qu'elle suit donc un corridor évolutionnaire strictement déterminé, avec une économie et une efficacité extraordinaire.

 

    Voilà de quoi faire hurler les sorciers du Museum national d'histoire naturelle, qui restent arc-bouté sur le mythe plus ou moins sataniste d'une évolution résultant exclusivement des caprices du hasard et de la cruauté de la nécessité, dans un univers soumis à la seconde loi de la thermodynamique, un univers mort et chaotique, où les créatures de plus en plus nombreuses se battent pour la jouissance de ressources de plus en plus rares (le fameux "struggle for survival").

Rien d'étonnant à celà : Charles Darwin a développé toute sa thèse en s'appuyant explicitement sur l'hypothèse de Thomas Malthus d'un monde aux ressources limitées où la croissance de la population oblige à la lutte de tous contre tous, dont résultera la victoire du plus adapté (tautologie), d'où le titre complet de l'édition anglaise de l'Origine des espèces :

"The origin of species by means of natural selection ; or, the preservation of favoured races in the struggle for life".

 

    L'apparente évidence de la théorie darwinienne, qui se comprend sans même réfléchir deux secondes, explique partiellement l'immense popularité qu'elle a connu durant plus d'un siècle. Cette popularité s'explique aussi par la promotion explicite par l'Empire Britannique de cette thèse de la survie de la race la plus favorisé, la thèse de Darwin/Malthus offrant une raison "scientifique" à l'abominable tyrannie mondiale de la City de Londres et une justification "naturelle" à tous ses crimes, aujourd'hui encore.

 

    Cependant, en ce temps de crise systémique globale, il est un devoir pour le citoyen curieux, le scientifique sérieux et l'homme d'état patriote de dépasser cette pseudo-science pessimiste qui n'encourage que le vice et ne promeut que la misère et la guerre.

    C'est pourquoi Meghan Rouillard, du groupe de recherche du LPAC au USA, a décidé de publier une traduction anglaise du texte ci-dessous, intitulé "l'évolution des espèces et la matière vivante", et de produire un documentaire pédagogique particulièrement réussi, d'une vingtaine de minute, que vous trouverez ici en langue anglaise, ou ici traduit en français par les compagnons de S&P :

 

 

 

 

    Attention, la lecture du texte ci-dessous peut provoquer l'enthousiasme !

 

 

 

 


L'ÉVOLUTION DES ESPÈCES

ET

LA MATIÈRE VIVANTE

 

 

Communication faite à la Société des Naturalistes de Leningrad le 5 février 1928.

 

 

    
    1. — La vie constitue une partie intégrante du mécanisme de la biosphère. C'est ce qui ressort nettement de l'étude de l'histoire géochimique des éléments chimiques, des processus biogéochimiques, si importants, exigeant toujours l'intervention de la vie. Ces manifestations biogéochimiques de la vie constituent un ensemble de processus vitaux absolument distincts à première vue de ceux qu'étudie la biologie.
    Il semble même qu'il y ait incompatibilité entre ces deux aspects de la vie, entre son aspect biologique et son aspect géochimique, et seule une analyse plus approfondie permet de se rendre compte du caractère de cette différence.
    Elle fait voir en effet qu'il s'agit, en partie, de phénomènes identiques se traduisant diversement, en partie, de phénomènes vitaux, effectivement différents, considérés différemment, soit du point de vue de la géochimie, soit, au contraire, de celui de la biologie.
    La comparaison de ces deux points de vue transforme la conception scientifique des phénomènes de la vie et lui donne plus de profondeur.
    La différence de ces deux représentations de la vie se manifeste, d'une manière particulièrement frappante dans le fait que la théorie de l'évolution, qui pénètre toute la conception biologique actuelle de l'univers, ne joue presque aucun rôle en géochimie. Nous nous efforcerons ici de mettre en lumière l'importance des phénomènes de l'évolution des espèces dans le mécanisme de la biosphère.
    Il est aisé de se convaincre que les conceptions fondamentales de la biologie y subissent des modifications radicales.
    Ainsi l'espèce est habituellement considérée dans la biologie du point de vue géométrique; la forme, les caractères morphologiques, y occupent la première place. Dans les phénomènes biogéochimiques, au contraire, celle-ci est réservée au nombre et l'espèce est considérée du point de vue arithmétique. Différentes espèces d'animaux et de plantes doivent, à l'instar des phénomènes chimiques et physiques, des composés chimiques et des systèmes physico-chimiques, être caractérisés et déterminés en géochimie par des constantes numériques.
    Les indices morphologiques relevés par les biologues et nécessaires pour la détermination de l'espèce y sont remplacés par les constantes numériques.
    Dans les processus biogéochimiques il est indispensable de prendre en considération les constantes numériques suivantes : le poids moyen de l'organisme, sa composition chimique élémentaire moyenne et l'énergie géochimique moyenne qui lui est propre, c'est-à-dire sa faculté de produire des déplacements, autrement dit « la migration » des éléments chimiques dans le milieu vital.
    Dans les processus biogéochimiques ce sont la matière et l'énergie qui sont au premier plan au lieu de la forme inhérente à l'espèce. L'espèce peut à ce point de vue être considérée comme une matière analogue aux autres matières de l'écorce terrestre, comme, les eaux, les minéraux et les roches, qui, avec les organismes, sont l'objet des processus biogéochimiques.
    Vue sous cet angle, l'espèce du biologue peut être envisagée comme une matière vivante homogène, caractérisée par la masse, la composition chimique élémentaire et l'énergie géochimique.
    Habituellement les caractères des espèces sont exprimés par des chiffres qui renseignent sur le poids, sur la composition chimique et sur les vitesses de transmission de l'énergie géochimique, mais ne donnent qu'une idée très abstraite et très obscure de la réalité.
    Il est possible de remplacer cette idée par une autre répondant plus nettement au caractère du processus naturel qui crée l'organisme. Dans ce domaine nous considérons, du point de vue de la chimie physique, les organismes comme des champs autonomes où sont réunis des atomes déterminés en quantité déterminée.
    Cette quantité constitue précisément la propriété caractéristique de chaque organisme, de chaque espèce. Elle indique le nombre d'atomes que l'organisme d'une espèce donnée peut retenir en raison de la force qui lui est propre hors du champ de la biosphère et retirer ainsi du milieu ambiant. Le volume de l'organisme et le nombre d'atomes qu'il comporte, exprimés numériquement, donnent la formule la plus abstraite et en même temps la plus réelle de l'espèce dans la mesure où celle-ci se reflète dans les processus géologiques de la planète. On obtient cette formule en mesurant les dimensions de l'organisme, son poids, sa composition chimique. Ce nombre d'atomes et le volume de l'organisme ainsi déterminés sont indubitablement des caractères de l'espèce. La présence de la vie dans une sphère d'un volume déterminé et la concentration d'une certaine quantité d'atomes constituent un phénomène réel dans la nature, aussi caractéristique pour un organisme que sa forme ou ses fonctions physiologiques.
    Au fond, cette idée exprime probablement avec le plus de profondeur les traits essentiels de son existence.
    Les nombres obtenus sont très considérables : par exemple, en ce qui concerne la Lemna minor, le nombre des atomes pour un organisme est supérieur à 3,7 x 1020, et atteint des centaines de quintillions.
    Ces grands nombres correspondent à la réalité et se prêtent à des comparaisons numériques entre des espèces différentes.
    Cette détermination de l'espèce d'après le nombre des atomes compris dans le volume occupé par l'organisme, complète seulement la caractéristique biologique habituelle de l'espèce, qui ne tient compte que de la forme et de la structure.
    La matière homogène vivante du géochimiste et l'espèce du biologue sont identiques, mais les modes d'expression sont différents.


    
    2. — L'étude des phénomènes vitaux dans le mécanisme de la biosphère accuse des différences encore plus essentielles dans les notions biologiques ordinaires.
    La biosphère dans ses traits fondamentaux n'a pas changé au cours des époques géologiques depuis l'ère archéozoïque, par conséquent, depuis au moins deux milliards d'années.
    Cette structure se révèle par un grand nombre de phénomènes correspondants, parmi lesquels les phénomènes biogéochimiques.
    Ainsi les cycles géochimiques des éléments chimiques semblent demeurer immuables au cours des temps géologiques. Ils ont dû revêtir à l'époque cambrienne le même caractère qu'à l'époque quaternaire ou que de nos jours.
    Les conditions du climat, les phénomènes volcaniques, les phénomènes chimiques et physiques de l'érosion sont demeurés, au cours de toutes les époques géologiques, tels qu'on les observe actuellement. Au cours de toute l'existence de la Terre jusqu'à l'apparition de l'humanité civilisée, aucun nouveau minéral n'a été créé. Les espèces des minéraux sur notre planète demeurent invariables ou se modifient sous l'action du temps d'une façon identique. Des composés identiques à ceux d'aujourd'hui se sont formés de tout temps. En aucun cas, on ne saurait rattacher une espèce minérale à une époque géologique déterminée. C'est en quoi les espèces minérales se distinguent nettement des matières vivantes homogènes, des espèces des organismes vivants. Ces dernières se modifient d'une façon très marquée au cours des temps géologiques; il s'en forme toujours de nouvelles tandis que les espèces minérales demeurent identiques. La vie considérée sous l'aspect géochimique (en tant qu'élément de la biosphère, soumis à de simples oscillations), prise dans son ensemble, apparaît comme stable et immuable.
    La vie constitue une partie intégrante des cycles géochimiques qui se renouvellent sans cesse mais demeurent toujours identiques et elle ne saurait subir de grands changements au cours des phénomènes étudiés par la géochimie. La masse de la matière vivante, c'est-à-dire, la quantité d'atomes captés par les innombrables champs autonomes des organismes et la composition chimique moyenne de la matière vivante, la composition chimique des atomes des champs vitaux, doivent en somme demeurer invariables à travers les périodes géologiques. D'ailleurs, au cours des siècles, les formes de l'énergie auxquelles est liée la vie, la radiation du Soleil et probablement l'énergie atomique des matières radioactives ne se sont pas modifiées dans leurs grandes lignes quant à leurs dimensions.
    On n'enregistre dans tous ces phénomènes que des oscillations, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, autour d'une grandeur moyenne qui nous apparaît comme constante.

 


    3. — Cette immutabilité qui caractérise tous les processus cosmiques au cours des temps géologiques, offre un contraste frappant avec les modifications profondes subies dans le même temps par les formes vitales étudiées par la biologie.
    En particulier, il est absolument certain que tous les caractères de l'espèce, établis par les phénomènes géochimiques, se sont à plusieurs reprises radicalement modifiés à travers les époques géologiques. De nombreuses espèces animales et végétales ont maintes fois disparu et de nouvelles espèces ont été formées avec un poids différent, une autre composition chimique et une autre énergie géochimique que celles qui les avaient précédées. On ne peut douter que la composition chimique de corps morphologiquement divers ne soit toujours différente. Les espèces disparues correspondaient nécessairement à d'autres formes de la matière vivante homogène actuellement disparues. Leurs constantes numériques étaient différentes.
    Si néanmoins l'action générale de la vie demeure identique même dans les détails comme par exemple dans les phénomènes de l'érosion, ceci indique la possibilité de la formation de nouveaux groupements au sein des éléments chimiques, mais nullement celle d'une modification radicale de leur composition et de leur quantité. Ces nouveaux groupements n'ont pas de répercussion sur la constance et l'immutabilité des processus géologiques (géochimiques dans ce dernier cas).
    C'est un fait nouveau d'une énorme importance pour la science et on est redevable de son introduction dans le domaine de la biologie à l'étude géochimique de la vie.
    Tandis que l'aspect morphologique, géométrique, de la vie prise dans son ensemble subit de grands changements et se manifeste continuellement par l'évolution grandiose des formes vivantes depuis l'ère archéozoïque, la formule numérique, quantitative, de la vie, toujours prise dans son ensemble, demeure immuable dans ses proportions essentielles et, il semble bien aussi, dans ses fonctions essentielles.
    Il est vrai que l'étude attentive des phénomènes de l'évolution dans le cas de la biologie révèle l'extrême irrégularité de sa marche. Il ne peut être question du changement constant de toutes les espèces, de toutes les formes de la vie. Au contraire, certaines espèces sont demeurées immuables pendant des centaines de millions d'années, comme par exemple les espèces des radiolaires de l'époque précambrienne qu'il est impossible de distinguer de celles d'aujourd'hui; telles sont les espèces de la Lingula qui, depuis le cambrien jusqu'à nos jours, n'ont subi aucun changement : elles sont restées les mêmes au cours de centaines de millions d'années à travers les innombrables générations qui se sont succédé. On pourrait citer un grand nombre d'exemples analogues pour des périodes peut-être moins longues durant lesquelles, s'il y a eu des changements, ils ont été, en tout cas, peu considérables. On peut également, par conséquent, observer et étudier dans les formes vivantes non leur variabilité, mais leur extraordinaire stabilité. Il se peut même que cette stabilité des formes des espèces au cours de millions d'années, de millions de générations, soit le trait le plus caractéristique des formes vivantes et mérite la plus profonde attention du biologue.
    Ces phénomènes purement biologiques sont probablement la manifestation de l'immutabilité de la vie considérée dans son essence au cours de toute l'histoire géologique, immutabilité qui, sous une autre forme, est révélée par son rôle dans le mécanisme de la biosphère.
    Cette stabilité des espèces mériterait, semble-t-il, d'attirer plus l'attention du biologue qu'elle ne le fait à l'heure actuelle.
    La pensée du biologue contemporain s'est orientée d'un autre côté. L'évolution des formes au cours des temps géologiques paraît être le trait le plus saillant de l'histoire de la vie, il embrasse pour nous toute la nature vivante.
    Ce phénomène a été constaté empiriquement et d'une façon absolument rigoureuse, il y a cent ans, par G. Cuvier, naturaliste des plus profonds et des plus précis, qui a démontré l'existence d'un autre univers, que nous ignorions, à une époque géologique antérieure. Cette constatation a provoqué du vivant de A. Wallace et de C. Darwin, et plus tard, un changement radical de toute la conception de l'univers scientifique des naturalistes. L'évolution des espèces occupe la place centrale dans cette conception et attire l'attention au point de faire oublier d'autres phénomènes biologiques aussi importants, si ce n'est davantage.
    La notion de l'évolution des espèces occupe une telle place dans la pensée scientifique qu'un nouveau phénomène ou qu'une nouvelle explication dans le domaine de la biologie doivent pour être admis s'y rattacher de façon plus ou moins explicite.
    Il importe de mettre en lumière les manifestations de cette évolution dans les processus biogéochimiques, car le développement ultérieur des études géochimiques est actuellement arrêté faute de données, que les biologues seuls peuvent fournir. Les phénomènes biogéochimiques doivent entrer dans la sphère des intérêts de la biologie.
    Mais, en outre, la recherche du rapport qui existe certainement entre l'évolution des espèces et les phénomènes biogéochimiques est par elle-même d'un grand intérêt.
    Ce rapport de l'évolution des espèces avec le mécanisme de la biosphère, avec la marche des processus biogéochimiques n'est pas douteuse. Le fait que les nombres essentiels qui caractérisent ces processus sont des propriétés de l'espèce qui se modifient au cours de l'évolution, suffirait à le prouver, et c'est précisément l'étude de ce rapport qui permettra de déterminer ceux qui existent entre l'immutabilité des lois de la vie, considérée dans son ensemble, en géochimie, et son évolution, toujours considérée dans son ensemble, en biologie.
    C'est un des problèmes scientifiques les plus importants de l'heure actuelle.

 


    4. — On peut aborder ce problème en partant de l'étude de la migration biogène des éléments chimiques de la biosphère, caractérisée par la régularité des formes qu'elle prend.
    Nous appellerons migration des éléments chimiques tout déplacement des éléments chimiques quelle qu'en soit la cause. La migration dans la biosphère peut être déterminée par des processus chimiques, par exemple, lors des éruptions volcaniques; elle est suscitée par le mouvement des masses liquides, solides, gazeuses dans le cas des évaporations et de la formation des dépôts; elle s'observe à l'occasion du mouvement des fleuves, des courants marins, des vents, des charriages et des déplacements des couches terrestres, etc.
    La migration biogène provoquée par l'intervention de la vie compte, envisagée dans son ensemble, parmi les processus les plus grandioses et les plus typiques de la biosphère et constitue le trait essentiel de son mécanisme.
    Des quantités innombrables d'atomes se trouvent soumis à l'action d'une migration biogène ininterrompue.
    Il est inutile d'insister ici sur l'effet produit dans la biosphère par une migration biogène sur une telle échelle. Nous avons traité cette question plus d'une fois.
    Il importe toutefois de signaler quelques traits essentiels de la migration biogène car il est indispensable de les connaître pour comprendre ce qui va suivre.
    En premier lieu, il existe plusieurs formes absolument diverses de migration biogène. D'une part, la migration biogène est liée de la façon la plus intime et génétiquement à la matière de l'organisme vivant, à son existence. Cuvier a donné une définition précise et juste de l'organisme vivant durant sa vie, comme d'un courant incessant, d'un tourbillon d'atomes qui vient de l'extérieur et y retourne. L'organisme vit aussi longtemps que le courant d'atomes subsiste. Ce courant englobe toute la matière de l'organisme. Chaque organisme par lui-même ou tous les organismes ensemble créent continuellement par la respiration, la nutrition, le métabolisme interne, la reproduction, un courant biogène d'atomes, qui construit et maintient la matière vivante. En somme, c'est là la forme essentielle et principale de la migration biogène, dont l'importance numérique est déterminée par la masse de matière vivante existant à un moment donné sur notre planète. Mais ce n'est pas encore là toute la migration biogène.
    Évidemment, l'effet de toute la migration biogène ne dépend pas directement de la masse de la matière vivante. Il ne dépend pas moins de la quantité des atomes que de l'intensité de leurs mouvements en relation étroite avec la vie. La migration biogène sera d'autant plus intense que les atomes circuleront plus vite; cette migration peut être très diverse, bien que la quantité d'atomes englobés par la vie soit identique.
    C'est là la seconde forme de migration biogène, en relation avec l'intensité du courant biogène des atomes.
    Il en existe encore une troisième. Cette troisième forme commence à prendre à notre époque, époque psychozoïque, une importance extraordinaire dans l'histoire de notre planète. C'est la migration des atomes, suscitée également par les organismes, mais qui ne se rattache pas génétiquement et immédiatement à la pénétration ou au passage des atomes à travers leur corps. Cette migration biogène est provoquée par le développement de l'activité technique. Elle est par exemple déterminée par le travail des animaux fouilleurs, dont on relève les traces depuis les époques géologiques les plus anciennes, par le contrecoup de la vie sociale des animaux constructeurs, des termites, des fourmis, des castors. Mais cette forme de migration biogène des éléments chimiques a pris un développement extraordinaire depuis l'apparition de l'humanité civilisée, il y a une dizaine de mille ans. Des corps entièrement nouveaux ont été créés de cette façon comme par exemple les métaux à l'état libre. La face de la Terre se transforme et la nature vierge disparaît.
    Cette migration biogène ne paraît pas être en relation directe avec la masse de la matière vivante : elle est conditionnée dans ses traits essentiels par le travail de la pensée de l'organisme conscient.
    Il faut enfin, probablement, en quatrième lieu, y adjoindre encore les changements dans la distribution des atomes provoqués par l'apparition dans la biosphère de nouveaux composés d'origine organique. C'est probablement, quant à ses effets, la forme la plus puissante de migration biogène. Elle ne peut cependant être numériquement évaluée et je n'ai pas à m'en occuper aujourd'hui.
    C'est le cas, par exemple, de la migration que détermine le dégagement d'oxygène à l'état libre par les organismes à chlorophylle ou celle causée par la transformation de combinaisons chimiques, inconnues jusqu'ici dans la biosphère et créées par le génie de l'homme.
    Il est vrai que ce type de la migration chimique ne peut pas toujours être facilement distingué des deux premiers. Par exemple, la puissante migration chimique provoquée par la destruction des corps des organismes morts, est intimement liée aux processus de putréfaction et de fermentation, suscités par l'existence d'organismes spéciaux.
    Mais les processus biochimiques ne l'expliquent pas entièrement.

 


    5. — Les différentes formes de migration chimique indiquées ici constituent une particularité que nous devrons avoir en vue, dans la suite de notre exposé.
    Un autre trait caractéristique nous est fourni par les lois physiques qui y président.
    La migration biogène n'est qu'un élément d'un autre processus de la biosphère encore plus puissant, autrement dit de la migration générale de ses éléments. Cette migration s'effectue partiellement sous l'influence de l'énergie solaire, de la force de la gravitation et de l'action des parties internes de l'écorce terrestre sur la biosphère.
    Tous ces déplacements des éléments, quelle qu'en soit la cause, répondent à divers systèmes d'équilibres mécaniques déterminés; en particulier, dans l'histoire de divers éléments chimiques, ils donnent naissance à des cycles géochimiques fermés, à des tourbillons d'atomes.
    Ils peuvent tous être ramenés aux lois des équilibres hétérogènes et aux principes formulés par W. Gibbs.
    Les processus cycliques auxquels participe la migration biogène sont entretenus par une force extérieure, dont l'afflux ininterrompu les renouvelle. Les forces de l'énergie solaire radiante et de l'énergie atomique jouent dans le renouvellement de ces processus un rôle prépondérant.
    Ces équilibres, étudiés en dehors de cet afflux d'énergie extérieure, sont des systèmes mécaniques, qui arrivent nécessairement à un état stable. Leur énergie libre sera nulle ou voisine de zéro à la fin du processus, car tout le travail susceptible d'être accompli dans ce système le sera en fin de compte nécessairement. Dans des équilibres de cette espèce le travail atteint toujours un maximum, tandis que l'énergie à état libre tend vers un minimum.
    La migration biogène est une des principales formes du travail dans ces systèmes d'équilibres naturels et évidemment elle doit tendre vers une manifestation maximale.
    On peut considérer cette propriété de la migration biogène comme principe géochimique essentiel qui régit de façon automatique les phénomènes biogéochimiques.
    Ce premier principe biogéochimique, comme je l'appelle, peut être formulé comme suit :


    La migration biogène des éléments chimiques dans la biosphère tend à sa manifestation la plus complète.

 


    6. — Examinons maintenant comment ces deux propriétés de la migration biogène se manifestent dans la biosphère : le premier principe biogéochimique et l'existence des deux formes de sa manifestation, celle premièrement liée à la masse de la matière vivante et secondement à la technique de la vie.
    La masse de la matière vivante doit évidemment, lors de la migration biogène maxima dans la biosphère, atteindre les limites ultimes, si tant est qu'il existe de telles limites.
    L'invariabilité de cette masse paraît indiquer que la migration biogène sous cette forme a atteint plus ou moins ces limites depuis les époques géologiques les plus reculées.
    Il n'en est pas de même de la migration biogène des éléments qui se rattache à la technique de la vie. On remarque ici un saut brusque à notre époque géologique psychozoïque.
    Nous assistons au développement de cette forme biogène de la migration et nous devons, conformément au premier principe biogéochimique, admettre que cette forme de la migration des éléments atteindra inévitablement avec le temps sa limite maxima, en supposant toujours qu'une telle limite existe, ou qu'elle s'efforcera constamment d'atteindre son développement maximum.

 


    7. — On peut aisément évaluer la justesse du premier principe biogéochimique en étudiant la migration biogène. La tendance qu'elle a à atteindre son développement maximum dans la biosphère peut être observée dans la nature à l'occasion de deux phénomènes : en premier lieu, la migration biogène occupera le plus grand espace possible, l'espace maximum qui lui est accessible du fait de la masse de la matière vivante et de la technique vitale inhérente à cette dernière. Ce phénomène se manifeste par l'ubiquité de la vie dans la biosphère, comme nous l'observons partout.
    Mais la migration biogène, en ce qui concerne son action géochimique, ne dépend pas seulement de la quantité des atomes captés par elle à tout moment dans la biosphère, mais aussi de la rapidité de leur mouvement, du nombre des atomes passant à travers la matière vivante dans l'unité de temps ou du déplacement dans cette même unité de temps provoqué par une intervention d'ordre technique de cette matière vivante au sein du milieu ambiant.
    Le premier principe biogéochimique se manifeste alors par la pression de la vie, que nous observons effectivement dans la biosphère et par l'accélération croissante de l'activité technique de l'homme civilisé.
    Il importe en même temps de tenir compte, surtout dans le phénomène de l'ubiquité de la vie, mais aussi dans celui de sa pression, de l'existence dans la biosphère de formes vitales évoluant dans des milieux de caractère physique radicalement différent.
    On peut et on doit au fond admettre que la vie se manifeste dans deux espaces physiquement divers.
    D'une part elle apparaît dans le champ de la gravitation où nous vivons. C'est naturellement le plus habituel pour nous.
    Mais ce champ de gravitation où tout est régi par la loi de la gravitation, n'embrasse pas tout le domaine de la vie.
    Les plus petits organismes sont de dimensions voisines des molécules, bien qu'appartenant à une autre décade (W. Vernadsky, Revue gêner. des Sciences, 1928, p. 136.). Ces organismes dont le diamètre n'atteint pas la cent-millième part d'un centimètre, entrent dans le champ des forces moléculaires et leur vie et les phénomènes qui s'y rattachent, ne sont pas régis par la gravitation universelle seule, mais sont également soumis à l'action des rayonnements qui nous entourent de toute part : ceux-ci peuvent abolir en ce qui concerne ces organismes, les conditions d'existence qui découlent de la gravitation.
    Nous savons que ces organismes infiniment petits jouissent aussi de l'ubiquité, remplissent l'espace maximum et que la pression de leur vie, l'intensité du courant d'atomes qu'ils provoquent, sont extrêmes.

 


    8. — Ainsi on peut considérer l'ubiquité de la vie et sa pression, comme l'expression du principe de la nature ambiante, qui régit la migration biogène des éléments chimiques.
    Il est aisé de se convaincre, quand on étudie les phénomènes naturels et les faits empiriques qui y ont trait, que l'ubiquité même, ainsi que la poussée de la vie ne peuvent pas être expliquées par l'immutabilité de la vie actuelle des organismes.
    Ces phénomènes se modifient au cours des temps géologiques et se développent dans une large mesure sous l'action de l'évolution.
    La création par suite de cette évolution de nouvelles formes vitales, s'adaptant aux nouvelles formes d'existence, augmente l'ubiquité de la vie et élargit son domaine. La vie pénètre ainsi dans des régions de la biosphère où elle n'avait pas eu d'accès auparavant.
    On voit en même temps comment, au cours des époques géologiques, apparaissent de nouvelles formes de vie. Leur survenue amène pourtant une accélération du courant atomique à travers la matière vivante, et provoque également au sein des atomes des manifestations nouvelles, inconnues jusqu'ici, ainsi que l'apparition de nouveaux modes de déplacement.
    L'attention que trois générations déjà de naturalistes ont prêtée aux phénomènes de l'évolution des espèces a permis d'analyser la nature vivante et de s'assurer que l'ubiquité et la pression de la vie observées partout, se sont radicalement modifiées et accrues au cours des époques géologiques. C'est un résultat de l'évolution et de l'adaptation des organismes au milieu.
    Deux ou trois exemples suffiront à rendre ma pensée plus claire. L'analyse de la faune des cavernes démontre qu'elle est composée d'organismes ayant jadis vécu à la lumière. Ils se sont adaptés à de nouvelles conditions et ont élargi ainsi le domaine de la vie. Ceci est vrai aussi pour une partie au moins du benthos de l'Océan. Elle s'est adaptée aux conditions de haute pression, de froid et de ténèbres, bien qu'elle tire son origine d'organismes ayant vécu dans d'autres conditions.
    C'est un nouveau phénomène qui élargit le domaine de la vie dans la biosphère. L'analyse de ces phénomènes parait indiquer que le domaine de la vie continue à s'élargir à notre époque géologique également par le peuplement des profondeurs océaniques.
    On peut encore, en ce qui concerne d'autres phénomènes, observer à chaque pas des processus identiques. La flore et la faune des sources thermales comme la flore et la faune des hautes altitudes ou des déserts, et celles des régions des glaciers et des neiges perpétuelles se sont développées conformément aux lois de l'évolution. La vie, en s'adaptant ainsi au milieu, s'est annexé lentement de nouvelles régions et a renforcé la migration biogène des atomes de la biosphère.
    Le processus de l'évolution a non seulement élargi le domaine de la vie, il a intensifié et accéléré la migration biogène. La formation du squelette des vertébrés a modifié et augmenté, en la concentrant, la migration des atomes du fluor et, sans doute, du phosphore et celle de celui des invertébrés aquatiques — la migration des atomes du calcium.
    Il est inutile d'insister sur l'extrême accroissement de la pression de la vie dans la biosphère provoqué par l'apparition de l'homo sapiens évolué, qu'on peut, semble-t-il, appeler en combinant la terminologie de Linné et celle de Bergson et en employant la triple caractéristique de l'espèce l'homo sapiens faber. La pensée de l'homo sapiens faber est un nouveau fait qui bouleverse la structure de la biosphère après des myriades de siècles.

 


    9. — Ainsi, l'analyse empirique de la nature vivante ambiante établit d'une façon nette et décisive que l'ubiquité et la pression de la vie dans la biosphère sont le résultat de l'évolution. Autrement dit, l'évolution des formes vivantes au cours des temps géologiques sur notre planète, augmente la migration biogène des éléments chimiques dans la biosphère.
    Naturellement, la condition mécanique qui détermine la nécessité de ce caractère de la migration atomique, s'est maintenue sans interruption au cours de tous les temps géologiques et l'évolution des formes de la vie a toujours eu à en tenir compte.
    Cette condition mécanique qui provoque cette migration biogène des éléments est due au fait que la vie constitue une partie intégrante du mécanisme de la biosphère et qu'elle est au fond la force qui détermine son existence.
    Il est évident aussi que l'évolution des espèces est en corrélation avec la structure de la biosphère. Ni la vie, ni l'évolution de ses formes, ne sauraient exister indépendamment de la biosphère, ni lui être opposées comme des entités naturelles séparées.
    Partant de ce principe fondamental et du fait de la participation de l'évolution au développement de l'ubiquité et de la pression de la vie dans la biosphère actuelle, on est fondé, concernant l'évolution des formes vivantes, à poser un nouveau principe biogéochimique.
    Ce principe biogéochimique que j'appellerai second principe biogéochimique peut être formulé ainsi :


    L'évolution des espèces en aboutissant à la création des nouvelles formes vitales stables, doit se mouvoir dans le sens de l'accroissement de la migration biogène des atomes dans la biosphère.

 


    10. — Il est certain que ce principe ne peut en aucune façon expliquer l'évolution des espèces et n'intervient pas dans les tentatives d'explication, dans les différentes théories d'évolution qui préoccupent actuellement les savants. Ce principe admet l'évolution comme un fait empirique, ou plutôt comme une généralisation empirique, et le rattache à une autre généralisation empirique, celle du mécanisme de la biosphère.
    Mais il est loin d'être indifférent du point de vue des théories évolutionnistes et il indique, à mon avis, avec une logique infaillible l'existence d'une direction déterminée dans le sens de laquelle le processus de l'évolution doit nécessairement s'effectuer. Cette direction coïncide parfaitement dans sa terminologie (scientifiquement précise) avec les principes de la mécanique, avec toute notre connaissance des processus physico-chimiques terrestres auxquels appartient la migration biogène des atomes.
    Toute théorie de l'évolution doit prendre en considération l'existence de cette direction déterminée du processus de l'évolution qui, avec le développement ultérieur de la science, pourra être évalué numériquement.
    Il me semble impossible pour plusieurs raisons, de parler des théories évolutionnistes sans tenir compte aussi de la question fondamentale de l'existence d'une direction déterminée, dans le processus de l'évolution, invariable, au cours de toutes les époques géologiques.
    Prises dans leur ensemble, les annales de la paléontologie ne portent pas le caractère d'un bouleversement chaotique, tantôt dans un sens tantôt dans un autre, mais d'un phénomène, dont le développement s'effectue d'une façon déterminée toujours dans le même sens, dans celui de l'accroissement de la conscience, de la pensée et de la création de formes augmentant l'action de la vie sur le milieu ambiant.
    L'existence d'une direction déterminée de l'évolution des espèces peut être établie d'une façon précise par l'observation.
    Je me bornerai à un petit nombre d'exemples d'une portée générale relatifs à la marche du processus de l'évolution, aux indications de la paléontologie considérées du point de vue de la transformation de la migration biogène au cours des époques géologiques.

 


    11. — C'est à l'époque du cambrien, aux limites de l'ancien monde vivant étudié par nous, qu'apparurent les invertébrés supérieurs. Le fait en question n'est pas absolument établi, mais il faut l'admettre pour expliquer d'une façon très simple le brusque changement survenu un peu après le début de l'époque cambrienne concernant la conservation des organismes. La complète immutabilité au cours de toute l'époque précambrienne des processus de l'érosion, leur identité complète, si on considère leurs traits essentiels, avec les processus analogues actuels, ne permet pas de chercher l'explication de l'absence de vestiges dans la diversité des conditions du milieu extérieur.
    Il n'y a en même temps aucune raison de supposer que le métamorphisme des couches terrestres occasionné par une durée déterminée de ses processus, ait eu comme suite à ce moment précis, une absence de vestiges organiques. Il faudrait admettre autrement que toutes les couches plus anciennes ont été complètement transformées.
    Dès maintenant nous connaissons bien des cas ou des couches précambriennes ont été moins métamorphisées que celles de l'époque cambrienne et que les couches plus récentes.
    Ce sont probablement les géologues qui admettent ici un brusque changement de la migration biogène des atomes du calcium qui ont raison. C'est le premier phénomène de cette espèce que nous ayons pu constater.
    On peut se faire une idée de l'importance de cet événement en se souvenant du rôle joué dans la biosphère par les organismes très riches en calcium (les organismes le contiennent de préférence à tous les autres métaux), dans la formation des dépôts calcaires. Le mécanisme de la migration biogène du calcium a subi de grands changements à l'époque indiquée et cette migration est devenue instantanément plus intense. A en juger par ce qu'on connaît de l'intensité de la migration du calcium, suscitée par la création du squelette des invertébrés supérieurs, par exemple, des mollusques ou des coraux, par rapport à celle, dans les organismes microscopiques, du calcium dégagé antérieurement par eux, il faut admettre une augmentation brusque et extrême de l'intensité de sa migration lors de la création de ces nouvelles formes de la vie.
    Il est possible, qu'une pareille modification de la migration biogène du calcium, provoquée par la formation de nouvelles espèces douées de squelettes, riches en carbonate de calcium, corresponde à l'invasion de la vie alors dans de nouveaux domaines de la biosphère. Cette modification a dû avoir sa répercussion également dans l'histoire de l'acide carbonique.
    Aux débuts de la vie paléozoïque, et peut-être à l'époque cambrienne un autre fait très important relatif à la migration biogène des atomes s'impose à l'attention : il est lié à la transformation radicale de la végétation sylvestre des continents. Le processus du perfectionnement graduel de ces organismes, dont le plein épanouissement atteint, semble-t-il, son point culminant à l'époque tertiaire, s'est prolongé encore aux cours de plusieurs époques géologiques. Ce processus correspond à la conquête par la vie d'un nouvel et immense domaine, celui de la troposphère. L'apparition de la forêt, exubérante de vie, amena un grand changement dans la migration des atomes de l'oxygène, du carbone, de l'hydrogène et simultanément dans celle de tous les atomes vitaux dont le mouvement cyclique tout d'abord a du devenir plus intense, car la forêt, surtout la forêt d'arbres à feuilles persistantes des nouvelles époques géologiques, concentre la vie, tant végétale qu'animale, dans des proportions inconnues jusqu'alors. Si l'on compare de ce point de vue la forêt des cryptogames des époques primitives à nos forêts ou aux forêts tertiaires des phanérogames, la différence de l'intensité de la migration biogène nous paraîtra énorme.
    A l'époque mésozoïque, un nouveau fait, l'apparition des oiseaux, a augmenté l'intensité de la migration biogène et la vie a encore accru son domaine. Ce n'est du reste qu'à l'époque mésozoïque et à l'époque tertiaire que les organismes volants ont atteint leur plein développement sous la forme d'oiseaux. Deux fonctions biogéochimiques très importantes se rattachent à ces deux nouvelles formes de la vie. On ne peut guère conclure à un rapport entre ces formes et les invertébrés volants qui remontent très loin dans le passé, jusqu'aux débuts de l'époque paléozoïque, bien que les invertébrés volants aient particulièrement rempli ces fonctions et les remplissent encore aujourd'hui. En tout cas, seule, la création des oiseaux a donné au mécanisme de la migration biogène l'impulsion qu'elle n'avait pas avant.
    Dans le mécanisme de la biosphère, dans la migration biogène des atomes, les oiseaux, ainsi que les autres organismes volants, jouent un rôle immense pour ce qui est de l'échange de la matière entre la Terre ferme et l'eau, principalement entre le continent et l'Océan ! Le rôle des oiseaux s'oppose ici à celui des fleuves, mais, par la quantité des masses transportées, il s'en rapproche. Les migrations des oiseaux rendent ce rôle encore plus important en ce qui concerne la circulation biogène des atomes. L'apparition de ces espèces de vertébrés ailés a non seulement créé de nouvelles formes de migrations biogènes et a eu une répercussion sur la balance chimique de la mer et du continent, mais elle a provoqué encore une recrudescence de la migration biogène au cours de l'histoire de corps séparés, en particulier dans celle du phosphore. Les invertébrés ailés, les insectes, n'ont pas joué un rôle aussi important. Il est vrai que les sauriens volants sont apparus avant les oiseaux, mais tout indique qu'ils n'ont pas exercé une action comparable à la leur. L'apparition des oiseaux paraît liée à celle de nouveaux types de forêts, ou, en tout cas, semble avoir coïncidé avec celle-ci.
    Le rôle de l'humanité civilisée du point de vue de la migration biogène a été infiniment plus important que celui des autres vertébrés. Ici, pour la première fois dans l'histoire de la Terre, la migration biogène, due au développement de l'action de la technique a pu avoir une signification plus grande que la migration biogène déterminée par la masse de la matière vivante. En même temps, les migrations biogènes ont changé pour tous les éléments. Ce processus s'est effectué très rapidement dans un espace de temps insignifiant. La face de la Terre s'est transformée d'une façon méconnaissable et pourtant il est évident que l'ère de cette transformation ne fait que commencer.
    Ces transformations sont conformes aux données du second principe biogéochimique ; le changement aboutit à un accroissement extrême de l'intensité de la migration des atomes de la biosphère.
    Il faut noter ici deux phénomènes : premièrement, l'homme, ce qui n'est pas douteux, est né d'une évolution, et secondement, en observant le changement qu'il produit dans la migration biogène, on constate que c'est un changement d'un type nouveau qui, avec le temps, s'accélère avec une rapidité extraordinaire.
    On peut donc parfaitement admettre que les changements dans la migration biogène s'effectuaient au cours des périodes paléontologiques sous l'influence de la création de nouvelles espèces animales et végétales d'une façon non moins rapide.
    La forme nouvelle quantitative de la migration biogène correspondant à la civilisation, a été préparée par toute l'histoire paléontologique. On aurait pu retrouver ses premiers vestiges, si nous connaissions les lois de la nature dès les premières pages des annales de la paléontologie.
    Je me suis arrêté ici sur quelques phénomènes typiques de l'évolution des espèces, relatifs à la migration biogène des éléments chimiques. Dans tous ces cas, l'accord de l'évolution avec le second principe biogéochimique est évident, comme il ressort toujours, semble-t-il, de l'analyse des annales paléontologiques.
    Comment cet accord a-t-il lieu ? Est-ce la suite d'un concours aveugle de circonstances ou bien celle d'un processus plus profond, déterminé par les propriétés de la vie, processus incessant et toujours le même dans ses manifestations au cours de toute l'histoire géologique de la planète ? C'est ce que l'avenir décidera.
    L'influence régulatrice du second principe géochimique se manifestera dans deux cas.
    Si même la création des espèces avait lieu au hasard, accidentellement, en dehors de l'influence du milieu ambiant, c'est-à-dire du mécanisme de la biosphère, une espèce quelconque, accidentellement créée, n'aurait cependant pu survivre et entrer dans le tourbillon de la planète ; même alors, seule l'espèce suffisamment stable, susceptible d'augmenter la migration biogène de la biosphère, aurait survécu.
    Il est cependant impossible d'opposer actuellement d'une façon si élémentaire l'organisme au milieu, c'est-à-dire, à la biosphère, comme on le faisait jadis. On sait que l'organisme n'est pas un hôte accidentel dans le milieu, il fait partie de son mécanisme compliqué et soumis à des lois fixes. L'évolution elle-même constitue une partie de ce mécanisme.
    Le naturaliste doit exclure de sa conception de l'univers toutes les notions philosophiques ou religieuses qui ont pénétré du dehors dans la science. L’admission dans les problèmes de l'évolution de l'indépendance de l'organisme par rapport à son milieu et d'une opposition entre ces deux facteurs serait une erreur de ce genre.
    De ce point de vue, il existe vraisemblablement un lien intime entre l'accord de l'évolution et le principe qui la régit et il ne s'agit sans doute pas ici d'un simple concours de circonstances.

 


    12. — Sans se préoccuper des causes de l'évolution, en indiquant seulement la nécessité pour celle-ci d'une direction déterminée, l'étude des phénomènes biogéochimiques circonscrit ainsi le domaine des théories évolutionnistes admissibles dans la science. Il semble que cette étude entr'ouvre devant nous un autre domaine encore de phénomènes d'activité scientifique, réservé jusqu'ici exclusivement à la spéculation philosophique ou religieuse.
    La nouvelle forme de migration biogène, nouvelle du moins à cette échelle, a été provoquée, comme nous voyons, par l'intervention de la raison humaine.
    Pourtant elle ne se distingue en rien des autres manifestations de la migration biogène, qui se rattachent à d'autres fonctions vitales.
    On peut en même temps établir d'une façon précise que la pensée humaine change d'une façon brusque et radicale la marche des processus naturels, et modifie ce que nous appelons les lois de la nature.
    La conscience et la pensée, malgré les efforts de générations de penseurs et de savants, ne peuvent être ramenées ni à l'énergie, ni à la matière quelle que soit la façon dont on définit ces bases de notre pensée scientifique.
    Comment la conscience peut-elle agir sur une marche de processus qui semblent pouvoir être entièrement ramenés à la matière et à l'énergie?
    Cette question a été dernièrement posée par le mathématicien américain J. Lotka (Lotka, Elements of physical biology. Balt, 1925.), précisément au sujet de phénomènes biogéochimiques, Il est douteux que sa réponse soit satisfaisante. Mais il a indiqué l'importance du problème et la possibilité de l'aborder.
    Il est probable que nous ne pourrons résoudre ce problème qu'après avoir radicalement renouvelé nos notions physiques fondamentales, notions qui viennent subir et subissent encore des transformations avec une rapidité dont nous ne connaissions pas avant d'exemple dans l'histoire de la pensée. Les théories physiques devront inévitablement se préoccuper des phénomènes fondamentaux de la vie.
    C'est dans ce sens que travaille actuellement la pensée, Il est impossible de ne pas tenir compte de ces nouvelles et profondes recherches, Parmi elles, les spéculations du mathématicien et penseur anglais, A. Whitehead (A. Whitehead, Science and modern world, Gambe, 1926.), il est vrai, plus philosophiques que scientifiques méritent d'être analysées. Il est très possible qu'un autre penseur anglais F. Haldane ( E. Haldane, Daedalus.L. 1926.) ait raison en prévoyant dans un avenir prochain une transformation radicale de la physique et de ses principes, en raison de l'introduction dans sa sphère de l'étude des phénomènes de la vie.
    L'étude des phénomènes biogéochimiques, poussée le plus avant possible, nous fait pénétrer précisément dans ce domaine des manifestations connexes de la vie et de la structure physique de l'univers, et, en même temps, dans celui des futures théories scientifiques.
    On s'explique le profond intérêt philosophique que présentent actuellement les problèmes biogéochimiques.

 

 

Vladimir I. Vernadsky, Leningrad, 1928   
    
    

Publié dans : L'art, l'histoire et les idées - Ecrire un commentaire
Par Jean-Gabriel Mahéo - Voir les 0 commentaires
Dimanche 9 octobre 2011 7 09 /10 /Oct /2011 01:04
 Discussion au coin du feu :
Sur le New Deal

Franklin Delano Roosevelt
 
Le 7 mai 1933
(autres textes)


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    « Un dimanche soir, une semaine après mon inauguration, j'empruntai la T. S. F. pour vous parler de la crise bancaire et des mesures que nous allions prendre pour y faire face. Je crois qu'en agissant de la sorte j'ai jeté de la clarté sur différents faits qui, autrement, auraient pu être mal interprétés; et, d'une manière générale, j'ai fait comprendre la situation au pays, ce qui a contribué, pour une grande part, au rétablissement de la confiance.

« Ce soir, huit semaines plus tard, je viens, pour la seconde fois, vous faire mon rapport — dans le même esprit et de la même manière, — pour vous entretenir de ce que nous avons fait et de ce que nous avons l'intention de faire.

« Il y a deux mois, nous nous trouvions en face de graves problèmes. Le pays tombait à la ruine, pouce par pouce. Il se mourait parce que le commerce et l'industrie étaient tombés à un niveau dangereusement bas; les prix de nos matières premières menaçaient de détruire la valeur de l'actif de nos établissements nationaux : banques, caisses d'épargne, compagnies d'assurance et autres instituts. Ces établissements, par suite de leurs besoins importants, opéraient des forclusions, réclamaient des emprunts, refusaient de faire crédit. Il en résulta donc en fait que des millions de personnes furent menacées de perdre leurs propriétés, puisqu'elles avaient emprunté de l'argent sur ces propriétés avec des dollars qui avaient eu une valeur totalement différente de celle de mars 1933. Cette situation ne nous permettait pas des considérations compliquées sur les panacées économiques ou de combiner des plans de fantaisie. Nous nous trouvions, non pas devant des théories mais devant une situation concrète.

« Il n'y avait que deux solutions : la première consistait à suivre la même voie, à permettre les forclusions, le retrait du crédit et la thésaurisation, à amener ainsi la liquidation et la faillite des banques, des compagnies de chemins de fer et d'assurances jusqu'à la capitalisation de toute l'économie et de la propriété à un niveau inférieur. Cette solution signifiait la continuation de la campagne de déflation dont le résultat immédiat eût été une misère extraordinaire pour tous les possédants, et, par voie de conséquence, une misère immense pour tous les salariés en raison de l'accroissement du chômage et d'une nouvelle réduction de l'échelle des salaires.

« Il est évident que cette solution n'aurait pas eu seulement des effets d'ordre économique très graves, mais aussi des conséquences d'ordre social qui auraient causé un mal énorme. Même avant mon accession au pouvoir, j'étais arrivé à la conclusion qu'une telle politique aurait fait supporter au peuple américain une charge trop lourde. Elle aurait entraîné, non seulement une nouvelle dévalorisation des richesses représentées par les maisons, fermes, économies et salaires, mais aussi des pertes d'ordre spirituel, la perte de ce sentiment de sécurité pour le présent et l'avenir, si nécessaire à la paix et à la satisfaction de l'individu et de sa famille. Si vous détruisez ces valeurs, vous trouverez difficilement le moyen de rétablir toute confiance dans l'avenir. Il était évident qu'il ne suffisait pas, pour arrêter cette course à la ruine, de lancer de Washington des appels à la confiance et de prêter des sommes d'argent plus considérables à des établissements craquant de toutes pans. Il me semblait non seulement légitime mais encore obligatoire pour la sécurité nationale d'appliquer le plus rapidement possible un programme précis. Le Congrès, et quand je dis le Congrès, je parle des membres des deux partis politiques, comprit très bien la situation et me donna un appui généreux et intelligent. Les membres du Congrès virent clairement que les méthodes des temps normaux devaient faire place, en période de crise, à des mesures adaptées aux nécessités graves et impérieuses du moment. Il n'y eut pas à proprement parler d'abandon du pouvoir, le Congrès conserva encore son autorité constitutionnelle, et personne n'a eu le moindre désir de changer l'équilibre politique. La fonction du Congrès est de décider les mesures à prendre et de choisir l'instrument de ses volontés. Il a suivi étroitement cette politique. La seule chose qui s'est passée fut qu'il désigna le Président pour exécuter certaines de ses mesures. C'était conforme à la constitution et à la tradition du peuple américain.

« La législation qui a été votée ou qui est en voie d'être appliquée peut être raisonnablement considérée comme faisant partie d'un programme complet.

« En premier lieu, nous fournissons du travail à 250.000 chômeurs, spécialement aux jeunes gens qui ont des charges. Ils se consacrent au reboisement et aux travaux contre les inondations. C'est une niche importante parce qu'elle comporte la nourriture, l'habillement et l'entretien d'un nombre de personnes, près de deux fois plus grand que celui des soldats de notre armée régulière. En créant ce corps civil, nous faisons d'une pierre deux coups. Nous rehaussons notablement la valeur de nos ressources naturelles et, d'autre part, nous soulageons un lot considérable de personnes qui se trouvent dans la détresse. Cet important groupe d'hommes s'est mis au travail volontairement; il n'est pas soumis à un règlement militaire, et nous conservons non seulement nos ressources naturelles mais encore nos ressources humaines. Un des grands mérites de ce travail est qu'il s'accomplit directement et ne nécessite pour ainsi dire pas l'intervention des machines.

« En deuxième lieu, j'ai soumis à l'approbation du Congrès des mesures que, par la suite, j'ai fait appliquer, à savoir : l'exploitation des vastes propriétés du Gouvernement à Muscles Shoals que l'on a négligées pendant tant d'années de coûteuse inaction; en outre, j'ai proposé un plan d'ensemble pour l'aménagement d'une grande partie de la vallée du Tennessee. Ces mesures augmenteront le bien-être et le bonheur de centaines de milliers de gens, et leur effet bienfaisant se fera sentir à la nation tout entière.

 « Ensuite, le Congrès va voter une législation qui libérera, en grande partie, de la misère de l'hypothèque les fermiers et les petits propriétaires de la nation, ceci grâce à une disposition qui allégera le fardeau des dettes qui pèse si lourdement sur des millions de nos compatriotes.

« Une autre mesure immédiate est l'octroi d'un demi-milliard de dollars aux Etats, cantons et municipalités afin qu'ils puissent pourvoir aux besoins de ceux à qui un secours formel et immédiat est indispensable.

« Le Congrès a aussi voté une législation autorisant la vente de la bière dans les Etats qui le désiraient. Il en est déjà résulté une reprise considérable du travail et par suite un accroissement du rendement de l'impôt, dont le besoin se faisait vivement sentir.

« Nous avons l'intention de demander au Congrès une législation qui permettra au Gouvernement d'entreprendre des travaux publics, ce qui provoquera ainsi directement et indirectement une reprise dans beaucoup d'autres domaines que nous avons soumis à un examen approfondi.

« Une nouvelle législation a été promulguée qui pénètre plus avant dans nos problèmes économiques. La loi d'aide aux fermiers, le « Farm Relief Bill », cherche, par l'emploi de plusieurs méthodes isolées ou réunies, à accroître le rendement des principaux produits agricoles, tout en s'efforçant de prévenir la surproduction désastreuse qui, si souvent dans le passé, a fait tomber les prix à un niveau bien inférieur à un rapport rationnel. Cette mesure prévoit l'octroi de pouvoirs étendus dans les cas critiques. L'usage qu'on en fera, dépendra uniquement de ce que l'avenir nous réserve.

« Nous proposerons également des mesures de sauvegarde mûrement réfléchies par quoi nous tenterons de donner des salaires plus équitables aux ouvriers de l'industrie du pays et d'empêcher la concurrence déloyale, de nous opposer aux trop longues semaines de travail et, en même temps, d'encourager toutes les industries à éviter la surproduction.

« Notre loi sur les chemins de fer rentre dans la même catégorie; son objectif est de permettre aux chemins de fer, avec l'aide du Gouvernement, d'aménager et de mettre sur pied un plan bien arrêté qui supprimera les doubles emplois et les gaspillages, lesquels ont amené à l'heure actuelle la faillite de nombreux réseaux et des déficits continuels.

« Je suis persuadé que les habitants de ce pays comprennent et approuvent les nouvelles mesures gouvernementales qui ont trait à l'agriculture, à l'industrie et aux moyens de transport. Notre production agricole dépassait notre consommation; nous nous trouvions devant des excédents que les autres nations ne pouvaient acheter qu'à des prix désastreusement bas. Nos usines étaient en mesure de fabriquer plus de produits que nous ne pouvions en consommer, et, en même temps, les demandes de l'étranger baissaient. Il se faisait que nous disposions de plus moyens de transport des marchandises et des récoltes que nous n'avions de marchandises et de récoltes à transporter. Cette situation était due en grande partie à un manque complet de plan général et à une incompréhension totale du danger qui n'avait cessé de flotter dans l'air depuis la fin de la guerre mondiale. Les habitants de ce pays ont été poussés à croire — mais c'était une erreur — qu'ils pourraient continuer à accroître indéfiniment la production agricole et industrielle et que je ne sais quel magicien trouverait le moyen d'écouler ces produits, tout en laissant au producteur des bénéfices raisonnables.

« Aujourd'hui nous sommes fondés à croire que les choses vont un peu mieux qu'il y a deux mois. L'industrie a repris, les chemins de fer transportent plus de marchandises, les prix des produits agricoles se sont améliorés, mais je ne me laisserai pas aller à lancer des proclamations d'une confiance débordante d'enthousiasme. Nous ne pouvons pas crier de nouveau à la prospérité.

« Je ne cesserai jamais d'être franc avec les habitants de ce pays. Je ne veux pas que mes compatriotes, à la faveur de cette amélioration, fassent déferler sur ce pays une nouvelle vague de spéculation. Je ne veux pas que l'on croie que, par suite d'un optimisme injustifié, nous pouvons reprendre le système désastreux de l'accroissement de notre production agricole et industrielle, dans l'espoir qu'une Providence bienveillante permettra de l'écouler à des prix élevés. Pareil système peut nous ramener une prospérité immédiate et factice, mais elle sera de ces prospérités qui nous conduiront à de nouveaux désastres.

« On a bien tort de désigner les mesures que nous avons prises, sous le nom de contrôle gouvernemental de l'agriculture, de l'industrie et des transports. C'est plutôt une association entre le Gouvernement, d'une part, et l'agriculture, l'industrie et les transports d'autre part, non pas une association qui se partage les bénéfices, car les bénéfices iraient aux citoyens, mais plutôt une association qui conçoit les mêmes plans et veille à leur exécution.

« Laissez-moi vous donner un exemple. Prenons l'industrie cotonnière. Selon toute probabilité, quatre-vingt-dix pour cent des fabricants de coton s'accorderaient pour supprimer les salaires de famine, les longues journées de travail, le travail de l'enfant; Ils s'accorderaient également pour empêcher une surproduction qui se traduit par des excédents invendables. Mais à quoi peut servir un tel accord si les dix autres pour cent des fabricants de coton donnent des salaires de famine, exigent de nombreuses heures de travail, emploient des enfants dans leurs usines et se livrent à une surproduction vexatoire? Par leurs agissements déloyaux, ces dix pour cent pourraient produire des marchandises à si bon marché que les quatre-vingt-dix pour cent des fabricants honnêtes en seraient réduits à adopter une ligne de conduite douteuse. C'est ici que le Gouvernement entre en jeu. Le Gouvernement, après s'être livré à une enquête sur une industrie et après avoir adopté un plan, devrait avoir le droit — et il l'aura — d'empêcher, avec l'aide de la grande majorité des membres de cette industrie, les agissements déloyaux. Les lois dites « antitrusts » avaient pour but d'empêcher la création des monopoles et d'interdire à ces monopoles de réaliser des bénéfices excessifs. On doit continuer à respecter le principe de ces lois, mais elles ne se proposèrent jamais d'encourager cette concurrence déloyale dont nous avons dit les méfaits.

« Le même principe s'applique aux produits agricoles, aux moyens de transport et à tout autre domaine de l'industrie privée organisée.

« Nous nous assignons un but précis, à savoir, empêcher le retour d'une situation qui fut à deux doigts de détruire ce qu'on appelle la civilisation moderne. Nous ne pouvons atteindre ce but en un jour. Nos mesures obéissent toutes à l'esprit du Gouvernement constitutionnel de l'Amérique, établi il y a cent cinquante ans.

« Je sais que les habitants de ce pays s'en rendront compte et comprendront aussi dans quel esprit nous entreprenons cette politique. Je ne nie pas que nous ne puissions commettre des erreurs de procédure. Je ne m'attends pas à atteindre le but à chaque coup. Ce que je recherche, c'est d'atteindre le but le plus souvent possible, non seulement dans mon intérêt mais aussi dans celui de l'équipe. Theodore Roosevelt me dit un jour : « Si j'arrive à avoir raison soixante-quinze fois sur cent, j'aurai réalisé le summum de mes espérances. »

« On a beaucoup parlé ces derniers temps des finances fédérales, de l'inflation, de l'étalon-or et d'autres choses encore. Permettez-moi de vous exposer les faits très simplement et de vous expliquer ma ligne de conduite. En premier lieu, le crédit gouvernemental et la monnaie gouvernementale ne sont vraiment qu'une seule et même chose. Derrière les bons gouvernementaux, il n'y a qu'une promesse de payement. Derrière la monnaie gouvernementale, il y a en outre, une réserve d'or et une petite réserve d'argent. A ce propos, il convient de rappeler que, jadis, le Gouvernement a consenti à convertir en or près de trente milliards de ses dettes et de sa monnaie et que des sociétés privées du pays ont consenti à convertir en or soixante ou soixante-dix milliards de dollars représentés par des titres et des hypothèques. Le Gouvernement et ces sociétés privées ont conclu ces accords en sachant pertinemment que les stocks d'or aux Etats-Unis n'étaient que de trois ou quatre milliards de dollars et que les stocks d'or mondiaux n'étaient que de onze milliards environ.

« Si les détenteurs de bons commençaient à réclamer de l'or, les premiers arrivants auraient de l'or pendant quelques jours; leur nombre ne s'élèverait qu'à un vingt-cinquième des détenteurs de titres et de devises. Les vingt-quatre autres parties, qui ne sont pas arrivées en tête de file, se verraient dire poliment qu'il ne reste plus d'or. Nous avons décidé d'appliquer à tous le même traitement, dans l'intérêt de la justice, en vertu des pouvoirs constitutionnels de ce Gouvernement. Nous avons mis tout le monde sur le même pied, afin de sauvegarder le bien général.

« Toutefois, l'or et, jusqu'à un certain point, l'argent peuvent servir de base très solide aux devises; c'est la raison pour laquelle j'ai décidé de mettre l'embargo sur l'or de ce pays.

« Il y a trois semaines, une série d'événements se sont produits qui auraient pu entraîner très rapidement, tout d'abord un grave épuisement des stocks d'or nationaux à l'étranger, en deuxième lieu, par voie de conséquence, une évasion à l'étranger des capitaux américains. Je n'exagère rien en vous disant que pareille occurrence aurait pu nous enlever la majeure partie de nos réserves d'or et entraîner un nouvel affaiblissement du crédit privé et gouvernemental, au point de semer la panique et d'arrêter totalement le fonctionnement de l'industrie.

« Le Gouvernement a un but précis, c'est de faire monter les prix des matières premières à un niveau tel que les débiteurs pourront payer leurs dettes au moyen d'une devise d'une valeur égale à celle qui existait au moment où les emprunts ont été contractés. Nous n'avons pas l'intention de leur procurer un dollar à tellement bon marché qu'ils pourraient rembourser beaucoup moins qu'ils n'ont reçu. En d'autres termes, nous cherchons à corriger une erreur et non pas à créer des erreurs nouvelles dans un sens opposé. C'est pour cela que les pouvoirs nécessaires seront donnés au Gouvernement afin de procéder, si la situation l'exige, à l'élargissement des moyens de crédit. II sera fait usage de ces pouvoirs au moment donné, d'une manière définie, et, ai la situation l'exige, dans le dessein que je viens de préciser.

« La situation mondiale suit un chemin parallèle à celui de la situation intérieure, laquelle, évidemment, nous intéresse en premier lieu. Je dois souligner le fait que la situation intérieure est nécessairement liée d'une manière étroite à celle de tous les autres pays. En d'autres termes, selon toutes probabilités, nous pourrons connaître, dans une large mesure, un retour de la prospérité dans notre pays, mais elle ne durera que si elle s'étend au monde entier.

« Au cours des conférences que nous avons tenues et que nous tenons avec les chefs des autres pays, nous nous assignons quatre grands objectifs : tout d'abord, une réduction générale des armements, ce qui écartera la crainte de l'invasion et d'une attaque à main armée, en même temps une réduction des dépenses, de manière à équilibrer les budgets des gouvernements et à réduire les impôts; en deuxième lieu une suppression des barrières douanières, ce qui permettrait la reprise des échanges entre nations; en troisième lieu, la stabilisation des devises: de la sorte, le commerce pourra aller de l'avant; en quatrième lieu, le rétablissement des relations amicales et une plus grande confiance de pays à pays.

« Durant ces trois semaines, nos visiteurs étrangers ont répondu dans un sens très favorable à l'énoncé de ces desseins. Toutes les nations ont souffert également de la crise. Toutes, elles ont abouti à la conclusion qu'une action générale est le plus conforme aux intérêts de chacune. C'est dans cet esprit que nos hôtes se sont joints à nous et ont discuté les problèmes qui nous sont communs. La Conférence internationale actuelle doit réussir.

« L'avenir du monde l'exige; nous nous sommes tous engagés à unir nos efforts pour la faire réussir.

« Envers vous, citoyens de ce pays, nous tous, membres du Congrès et membres du Gouvernement, nous avons contracté une profonde dette de reconnaissance. Durant toute la crise, vous avez fait preuve de résignation. Vous nous avez accordé des pouvoirs étendus; votre approbation généreuse nous a encouragés. Toutes nos forces, toutes les ressources dont nous disposions, nous les avons employées à justifier votre confiance. Nous sommes incités à penser qu'un premier pas, prudent et sensé, a été accompli. C'est dans cet esprit de confiance et d'encouragement réciproque que nous irons de l'avant. »

 

 

Franklin Delano Roosevelt - Discussion au coin du feu - 7 mai 1933

(Traduction de Pierre Dutray, extraite  de l'ouvrage "Sur la bonne voie (On Our Way)" de F.D.R., 1934, éditions Denoël et Steele)

 

 

 

 

En anglais :

 

 

On a Sunday night a week after my inauguration I used the radio to tell you about the banking crisis and the measures we were taking to meet it. I think that, in that way, I made clear to the country various facts that might otherwise have been misunderstood and, in general, provided a means of understanding which did much to restore confidence.

Tonight, eight weeks later, I come for the second time to give you my report—in the same spirit and by the same means—to tell you about what we have been doing and what we are planning to do.

Two months ago we were facing serious problems. The country was dying by inches. It was dying because trade and commerce had declined to dangerously low levels; prices for basic commodities were such as to destroy the value of the assets of national institutions such as banks, savings banks, insurance companies, and others. These institutions, because of their great needs, were foreclosing mortgages, calling loans, refusing credit. Thus there was actually in process of destruction the property of millions of people who had borrowed money on that property in terms of dollars which had had an entirely different value from the level of March 1933. That situation in that crisis did not call for any complicated consideration of economic panaceas or fancy plans. We were faced by a condition and not a theory.

There were just two alternatives: The first was to allow the foreclosures to continue, credit to be withheld and money to go into hiding, and thus forcing liquidation and bankruptcy of banks, railroads and insurance companies and a recapitalizing of all business and all property on a lower level. This alternative meant a continuation of what is loosely called “deflation,” the net result of which would have been extraordinary hardship on all property owners and, incidentally, extraordinary hardships on all persons working for wages through an increase in unemployment and a further reduction of the wage scale.

It is easy to see that the result of this course would have not only economic effects of a very serious nature but social results that might bring incalculable harm. Even before I was inaugurated I came to the conclusion that such a policy was too much to ask the American people to bear. It involved not only a further loss of homes, farms, savings and wages but also a loss of spiritual values—the loss of that sense of security for the present and the future so necessary to the peace and contentment of the individual and of his family. When you destroy these things you will find it difficult to establish confidence of any sort in the future. It was clear that mere appeals from Washington for confidence and the mere lending of more money to shaky institutions could not stop this downward course. A prompt program applied as quickly as possible seemed to me not only justified but imperative to our national security. The Congress, and when I say Congress I mean the members of both political parties, fully understood this and gave me generous and intelligent support. The members of Congress realized that the methods of normal times had to be replaced in the emergency by measures which were suited to the serious and pressing requirements of the moment. There was no actual surrender of power, Congress still retained its constitutional authority and no one has the slightest desire to change the balance of these powers. The function of Congress is to decide what has to be done and to select the appropriate agency to carry out its will. This policy it has strictly adhered to. The only thing that has been happening has been to designate the President as the agency to carry out certain of the purposes of the Congress. This was constitutional and in keeping with the past American tradition.

The legislation which has been passed or in the process of enactment can properly be considered as part of a well-grounded plan.

First, we are giving opportunity of employment to one-quarter of a million of the unemployed, especially the young men who have dependents, to go into the forestry and flood prevention work. This is a big task because it means feeding, clothing, and caring for nearly twice as many men as we have in the regular army itself. In creating this civilian conservation corps, we are killing two birds with one stone. We are clearly enhancing the value of our natural resources and, second, we are relieving an appreciable amount of actual distress. This great group of men have entered upon their work on a purely voluntary basis, no military training is involved, and we are conserving not only our natural resources but our human resources. One of the great values to this work is the fact that it is direct and requires the intervention of very little machinery.

Second, I have requested the Congress and have secured action upon a proposal to put the great properties owned by our government at Muscle Shoals to work after long years of wasteful inaction, and with this a broad plan for the improvement of a vast area in the Tennessee Valley.

It will add to the comfort and happiness of hundreds of thousands of people and the incident benefits will reach the entire nation.

Next, the Congress is about to pass legislation that will greatly ease the mortgage distress among the farmers and the homeowners of the nation by providing for the easing of the burden of debt now bearing so heavily upon millions of our people.

Our next step in seeking immediate relief is a grant of half a billion dollars to help the states, counties and municipalities in their duty to care for those who need direct and immediate relief.

The Congress also passed legislation authorizing the sale of beer in such states as desired. This has already resulted in considerable reemployment and, incidentally, has provided much needed tax revenue.

We are planning to ask the Congress for legislation to enable the government to undertake public works, thus stimulating directly and indirectly the employment of many others in wellconsidered projects.

Further legislation has been taken up which goes much more fundamentally into our economic problems. The Farm Relief Bill seeks by the use of several methods, alone or together, to bring about an increased return to farmers for their major farm products, seeking at the same time to prevent in the days to come disastrous over-production which so often in the past has kept farm commodity prices far below a reasonable return. This measure provides wide powers for emergencies. The extent of its use will depend entirely upon what the future has in store.

Well-considered and conservative measures will likewise be proposed which will attempt to give to the industrial workers of the country a more fair wage return, prevent cut-throat competition and unduly long hours for labor, and at the same time to encourage each industry to prevent over-production.

Our Railroad Bill falls into the same class because it seeks to provide and make certain definite planning by the railroads themselves, with the assistance of the government, to eliminate the duplication and waste that is now resulting in railroad receiverships and continuing operating deficits.

I am certain that the people of this country understand and approve the broad purposes behind these new governmental policies relating to agriculture and industry and transportation. We found ourselves faced with more agricultural products than we could possibly consume ourselves and surpluses which other nations did not have the cash to buy from us except at prices ruinously low. We have found our factories able to turn out more goods than we could possibly consume, and at the same time we were faced with a falling export demand. We found ourselves with more facilities to transport goods and crops than there were goods and crops to be transported. All of this has been caused in large part by a complete lack of planning and a complete failure to understand the danger signals that have been flying ever since the close of the World War. The people of this country have been erroneously encouraged to believe that they could keep on increasing the output of farm and factory indefinitely and that some magician would find ways and means for that increased output to be consumed with reasonable profit to the producer.

Today we have reason to believe that things are a little better than they were two months ago.

Industry has picked up, railroads are carrying more freight, farm prices are better, but I am not going to indulge in issuing proclamations of over enthusiastic assurance. We cannot bally-ho ourselves back to prosperity. I am going to be honest at all times with the people of the country. I do not want the people of this country to take the foolish course of letting this improvement come back on another speculative wave. I do not want the people to believe that because of unjustified optimism we can resume the ruinous practice of increasing our crop output and our factory output in the hope that a kind providence will find buyers at high prices. Such a course may bring us immediate and false prosperity, but it will be the kind of prosperity that will lead us into another tailspin.

It is wholly wrong to call the measure that we have taken government control of farming, control of industry, and control of transportation. It is rather a partnership between government and farming and industry and transportation, not partnership in profits, for the profits would still go to the citizens, but rather a partnership in planning and partnership to see that the plans are carried out.

Let me illustrate with an example. Take the cotton goods industry. It is probably true that 90 percent of the cotton manufacturers would agree to eliminate starvation wages, would agree to stop long hours of employment, would agree to stop child labor, would agree to prevent an overproduction that would result in unsalable surpluses. But what good is such an agreement if the other ten per cent of cotton manufacturers pay starvation wages, require long hours, employ children in their mills, and turn out burdensome surpluses? The unfair 10 percent could produce goods so cheaply that the fair 90 percent would be compelled to meet the unfair conditions. Here is where government comes in. Government ought to have the right and will have the right, after surveying and planning for an industry to prevent, with the assistance of the overwhelming majority of that industry, unfair practice and to enforce this agreement by the authority of government. The so-called anti-trust laws were intended to prevent the creation of monopolies and to forbid unreasonable profits to those monopolies. That purpose of the anti-trust laws must be continued, but these laws were never intended to encourage the kind of unfair competition that results in long hours, starvation wages, and overproduction.

The same principle applies to farm products and to transportation and every other field of organized private industry.

We are working toward a definite goal, which is to prevent the return of conditions which came very close to destroying what we call modern civilization. The actual accomplishment of our purpose cannot be attained in a day. Our policies are wholly within purposes for which our American Constitutional government was established 150 years ago.

I know that the people of this country will understand this and will also understand the spirit in which we are undertaking this policy. I do not deny that we may make mistakes of procedure as we carry out the policy. I have no expectation of making a hit every time I come to bat. What I seek is the highest possible batting average, not only for myself but for the team. Theodore Roosevelt once said to me: “If I can be right 75 percent of the time I shall come up to the fullest measure of my hopes.” Much has been said of late about Federal finances and inflation, the gold standard, etcetera. Let me make the facts very simple and my policy very clear. In the first place, government credit and government currency are really one and the same thing. Behind government bonds there is only a promise to pay. Behind government currency we have, in addition to the promise to pay, a reserve of gold and a small reserve of silver. In this connection it is worth while remembering that in the past the government has agreed to redeem nearly thirty billions of its debts and its currency in gold, and private corporations in this country have agreed to redeem another sixty or seventy billions of securities and mortgages in gold. The government and private corporations were making these agreements when they knew full well that all of the gold in the United States amounted to only between three and four billions and that all of the gold in all of the world amounted to only about eleven billions.

If the holders of these promises to pay started in to demand gold, the first comers would get gold for a few days and they would amount to about one twenty-fifth of the holders of the securities and the currency. The other twenty-four people out of twenty-five, who did not happen to be at the top of the line, would be told politely that there was no more gold left. We have decided to treat all twenty-five in the same way in the interest of justice and the exercise of the constitutional powers of this government. We have placed every one on the same basis in order that the general good may be preserved.

Nevertheless, gold, and to a partial extent silver, are perfectly good bases for currency and that is why I decided not to let any of the gold now in the country go out of it.

A series of conditions arose three weeks ago which very readily might have meant, first, a drain on our gold by foreign countries, and secondly, as a result of that, a flight of American capital, in the form of gold, out of our country. It is not exaggerating the possibility to tell you that such an occurrence might well have taken from us the major part of our gold reserve and resulted in such a further weakening of our government and private credit as to bring on actual panic conditions and the complete stoppage of the wheels of industry.

The Administration has the definite objective of raising commodity prices to such an extent that those who have borrowed money will, on the average, be able to repay that money in the same kind of dollar which they borrowed. We do not seek to let them get such a cheap dollar that they will be able to pay back a great deal less than they borrowed. In other words, we seek to correct a wrong and not to create another wrong in the opposite direction. That is why powers are being given to the Administration to provide, if necessary, for an enlargement of credit, in order to correct the existing wrong. These powers will be used when, as, and if it may be necessary to accomplish the purpose.

Hand-in-hand with the domestic situation which, of course, is our first concern, is the world situation, and I want to emphasize to you that the domestic situation is inevitably and deeply tied in with the conditions in all of the other nations of the world. In other words, we can get, in all probability, a fair measure of prosperity return in the United States, but it will not be permanent unless we get a return to prosperity all over the world.

In the conferences which we have held and are holding with the leaders of other nations, we are seeking four great objectives. First, a general reduction of armaments and through this the removal of the fear of invasion and armed attack, and, at the same time, a reduction in armament costs, in order to help in the balancing of government budgets and the reduction of taxation.

Secondly, a cutting down of the trade barriers, in order to re-start the flow of exchange of crops and goods between nations. Third, the setting up of a stabilization of currencies, in order that trade can make contracts ahead. Fourth, the reestablishment of friendly relations and greater confidence between all nations.

Our foreign visitors these past three weeks have responded to these purposes in a very helpful way. All of the nations have suffered alike in this Great Depression. They have all reached the conclusion that each can best be helped by the common action of all. It is in this spirit that our visitors have met with us and discussed our common problems. The international conference that lies before us must succeed. The future of the world demands it and we have each of us pledged ourselves to the best joint efforts to this end.

To you, the people of this country, all of us, the members of the Congress and the members of this Administration, owe a profound debt of gratitude. Throughout the Depression you have been patient. You have granted us wide powers, you have encouraged us with a widespread approval of our purposes. Every ounce of strength and every resource at our command we have devoted to the end of justifying your confidence. We are encouraged to believe that a wise and sensible beginning has been made. In the present spirit of mutual confidence and mutual encouragement we go forward.

 

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Par Jean-Gabriel Mahéo - Voir les 0 commentaires
Vendredi 22 avril 2011 5 22 /04 /Avr /2011 17:34

    Alors, vous voulez tout savoir sur la science économique ?

    Sur la science sociale ?

    Sur ce qu'est la "valeur" ?

    Sur ce qu'est la "richesse" ?

    Sur ce qu'est le "capital" ?

    Sur ce qu'est "l'appropriation" ?

    Sur ce qu'est le "commerce", et sa différence d'avec le "trafic" ?

    Sur ce qu'est la "société" et sur sa formation ?

    Vous voulez tout savoir sur la fraude malthusienne de la théorie de la surpopulation ?

    Sur la fraude ricardienne de la théorie de la rente ?

 

     Hé bien, lisez donc ce tome premier des Principes de la science sociale, de Henry Charles Carey, disciple des thèses d'Alexander Hamilton, de son ami Friedrich List et de son père Matthew Carey sur le protectionnisme éducateur de l'industrie nationale et la promotion de la liberté humaine.

 

     Henry-Charles Carey a aussi été l'ami et principal conseiller d'Abraham Lincoln, qu'il a aidé à réorganiser l'économie états-unienne lors de la troisième guerre anglo-américaine (appelée "guerre de Sécession"), guerre qui s'est conclue par la victoire, aux USA, des Unionistes, et à l'échelle de la planète par la victoire du Système National d'Economie Politique contre le système impérial britannique déjà planétaire.

 

     L'influence mondiale ainsi acquise par les thèses de H. C. Carey auprès des nations victimes du pillage génocidaire impérial produisit, de la part de l'Empire, une réaction dont le nom est : Karl Marx.

Comparez les deux pensées, constatez la soumission de Marx aux thèses de Malthus et de Ricardo, constatez sa défense de l'impérialisme comme une étape nécessaire du progrès humain, et tirez-en vous même la conclusion : Marx était-il un agent de subversion de l'empire britannique voué à la destruction de l'influence de Carey et du "système national d'économie politique" ?

 

     Les thèses de List et de Carey sont la raison de l'apparition "subite", dans la seconde moitié du XIXème siècle, des états-nations agro-industriels à forte densité infrastructurelle et à fort vecteur scientifique.

 

     Et si, avant de vous lancer dans cette lecture, vous voulez savoir ce qu'est une nation, lisez le Droit Des Gens, de Emmerich de Vattel, oeuvre de droit naturel de tradition leibnizienne, dont les principes fondamentaux constituent les fondations de la pensée des auteurs sus-cités.

 

     Bonne lecture.

 


 

 PRINCIPES DE LA SCIENCE SOCIALE
PAR M. H.-C. CAREY (De Philadelphie)

 

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TRADUITS EN FRANÇAIS PAR MM. SAINT-GERMAIN-LEDUC ET AUG. PLANCHE

  1861

 

 

 

 

 

 

TOME PREMIER

 

 

 

 

 

 


PARIS LIBRAIRIE DE GUILLAUMIN ET Cie.

 

 Éditeurs du Journal des Économistes, de la Collection des principaux Économistes du Dictionnaire de l'Économie politique, du Dictionnaire universel du Commerce et de la Navigation, etc.

 

 RUE RICHELIEU, 14

 

 1861

 

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TABLE DES MATIÈRES

CONTENUES DANS LE TOME PREMIER.

 

 

 

Sources :

Tome I, Tome II, Tome III

 

Format Word ou pdf :

Tome I .doc, .pdf

 

 

 

 

PRÉFACE

 

 

 

 

CHAPITRE Ier :

DE LA SCIENCE ET DES MÉTHODES DE LA SCIENCE.

 

§ 1. — La connaissance positive des phénomènes naturels dérive de l'observation directe. Les plus anciennes conceptions abstraites des lois de la nature ne sont que les points d'attente de l’Expérience. La Logique et les Mathématiques ne sont que des instruments pour faciliter l'acquisition de la science et ne sont pas elles-mêmes des sciences.

§ 2. — Les sciences se développent en passant de l'abstrait au concret, des masses aux atomes, du composé au simple. Les vérités particulières se répandent avec leurs sujets dans toute l'étendue de l'univers, les lois de la nature étant partout identiques et dans toutes leurs applications.
 
§ 3. — Distributions et divisions des connaissances par Bacon. Racines et branches de l'arbre de la science.

§ 4. — L'enfance des sciences est purement théorique ; à mesure qu'elles arrivent à l'état de connaissance positive, les lois remplacent les hypothèses. Les mathématiques servent à régler leur développement, les choses éloignées s'étudient à l'aide de celles qui sont rapprochées de nous, le passé et l'avenir à l'aide du présent. La méthode pour découvrir est la même dans toutes les branches de la science. Auguste Comte en niant ce fait, ne trouve ni philosophie dans l'histoire, ni science sociale.

§ 5. — L'école anglaise des économistes ne reconnaît pas l'homme réel de la société, mais l'homme artificiel créé par son propre système. Sa théorie, ne s'occupant que des instincts les plus bas de l'humanité, regarde ses plus nobles intérêts comme de simples interpolations dans son système.
 
§ 6. — Toutes les sciences et toutes leurs méthodes se trouvent comprises dans la Sociologie. L'analyse conduit à la synthèse. La science est une et indivisible. Les relations économiques des hommes exigent des formules mathématiques pour les convertir en vérités systématiques. Les lois de la société ne sont pas établies d'une manière fixe. Les termes employés par les théoriciens ne sont pas suffisamment définis et sont équivoques.
 
§ 7. — La science sociale, qui contient et concrète toutes les autres, attend encore son propre développement. Obstacles qu'elle rencontre. L'étude métaphysique de l'homme doit être remplacée par son étude méthodique. Les lois physiques et les lois sociales sont indivisibles dans l'étude de la société, tous les phénomènes de cet unique sujet ne formant qu'une seule science.

 

 

CHAPITRE II :

DE L'HOMME, SUJET DE LA SCIENCE SOCIALE.

 

§ 1. — L'association est essentielle à l'existence de l'homme ; comme les planètes gravitent l'une vers l'autre, de même l'homme tend à se rapprocher de son semblable. Les centres locaux équilibrent et répartissent les masses selon les lois de l'ordre et de l'harmonie. La centralisation et la décentralisation sont analogues et également nécessaires, parmi les planètes et au sein des sociétés. Preuves tirées de l'histoire des nations. La liberté d'association maintenue par la balance des attractions. Le bien-être des individus et des agglomérations sociales dépend de leur somme de liberté.

§ 2. —  L'individualité de l'homme est proportionnée à la diversité de ses qualités et des emplois de son activité. La liberté de l'association développe l'individualité. Variété dans l'unité et repos dans la diversité. L'équilibre des mondes et des sociétés se maintient par un contre-poids.

§ 3. — La responsabilité de l'homme se mesure par son individualité. Preuves historiques à l'appui : L'association, l'individualité et la responsabilité se développent et déclinent simultanément.

§ 4. — L'homme est un être créé pour le développement et le progrès. Le progrès est le mouvement qui exige l'attraction, qui dépend d'une action et d'une réaction, et implique l'individualité et l'association. Le progrès a lieu en raison de ces conditions.

§ 5. — Les lois qui régissent les êtres sont les mêmes à l'égard de la matière, de l'homme et des sociétés. Dans le monde solaire, l'attraction et le mouvement sont en raison de la masse des corps et de leur proximité; dans le monde social, l'association, l'individualité, la responsabilité, le développement et le progrès, sont directement proportionnés l'un à l'autre. Définition de la science sociale.

 

CHAPITRE III :

DE L'ACCROISSEMENT DANS LA QUANTITÉ DE L'ESPÈCE HUMAINE.

 

§ 1. — La quantité de matière n'est pas susceptible d'accroissement. Elle ne peut être changée que de forme ou de lieu. Elle revêt constamment des fores nouvelles et plus élevées, passant du monde inorganique au monde organique et aboutissant à l'homme. La puissance de l'homme est bornée à la direction des forces naturelles. Loi de la circulation illimitée.

§ 2. — Préparation de la terre pour recevoir l'homme.

§ 3. — L'homme a cela de commun avec les animaux qu'il consomme des subsistances. Sa mission sur cette terre consiste à diriger les forces naturelles, de telle façon qu'il fasse produire au sol des quantités plus considérables des denrées nécessaires à ses besoins. Conditions sous l'influence desquelles, uniquement, ces quantités peuvent s'augmenter. Elles ne peuvent être remplies que dans les pays où les travaux sont diversifiés, où l'individualité reçoit son développement, où la puissance d'association s'accroit.

§ 4. — Loi de l'augmentation relative, dans l'accroissement de la quantité de l'espèce humaine et de la quantité des subsistances.

§ 5. — Loi de Malthus sur la population. Elle enseigne, qu'en même temps que la tendance de la matière à revêtir les formes les plus humbles n'augmente que dans une proportion arithmétique, on constate que cette même tendance, lorsqu'elle cherche à atteindre la forme la plus élevée, n'existe que dans une proportion géométrique.

 

 

CHAPITRE IV :

DE L'OCCUPATION DE LA TERRE.

 

§ 1. — La puissance de l'homme est limitée, dans l'état de chasseur et dans l'état pastoral. Mouvement du colon isolé. Il commence toujours par la culture des terrains plus ingrats. Avec l'accroissement de la population, il acquiert un accroissement de force, et devient capable de commander les services de sols plus fertiles, dont il obtient des quantités plus considérables de subsistances. Transition graduelle de l'état d'esclave, à celui de dominateur, de la nature.

§ 2. — Théorie de Ricardo. Elle manque de cette simplicité qui caractérise constamment les lois de la nature. Elle est basée sur la supposition d'un fait qui n'a jamais existé. La loi, ainsi que le prouve l'observation, est directement le contraire de la théorie qu'il a proposée.

§ 3. — Marche de la colonisation aux États-Unis.

§ 4. — Marche de la colonisation au Mexique, aux Antilles et dans l'Amérique du Sud.

§ 5. — Marche de la colonisation en Angleterre.

§ 6. — Marche de la colonisation en France, en Belgique et en Hollande.

§ 7. — Marche de la colonisation dans la Péninsule Scandinave, en Russie, en Allemagne, en Italie, dans les iles de la Méditerranée, en Grèce et en Égypte.

§ 8. — Marche de la colonisation dans l'Inde. La théorie de Ricardo est celle de la dépopulation et de la faiblesse croissante, tandis que la loi est celle du développement de l'association et de l'augmentation de la puissance.

 

 

CHAPITRE V :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Le décroissement de la population force l'homme d'abandonner les terrains les plus fertiles, et le contraint de revenir au: terrains les plus ingrats. Causes de la diminution de la population. La quantité des subsistances décroît dans une proportion plus considérable que celle des individus.

§ 2. — Les faits réels sont précisément le contraire de ceux que suppose M. Ricardo. Progrès de la dépopulation en Asie, en Afrique et dans plusieurs parties de l'Europe.

§ 3. — Épuisement du sol et progrès de la dépopulation aux Etats-Unis. A chaque pas fait dans cette direction, l'homme perd de sa valeur et la nature acquiert de la puissance à ses dépens.

 

CHAPITRE VI :

DE LA VALEUR.

 

§ 1. — Origine de l'idée de valeur. Mesure de la valeur. Elle est limitée par le prix de reproduction.

§ 2. — L'idée de comparaison se lie d'une façon indissoluble à celle de valeur. Les denrées et les choses diminuent de valeur, à mesure que la puissance d'association et la combinaison des efforts actifs deviennent de plus en plus complètes.

§ 3. — L'homme augmente en valeur à mesure que celle des denrées diminue.

§ 4. — La diminution, dans les proportions des charges dont est grevé l'usage des denrées et des choses, est une conséquence nécessaire de la diminution dans le prix de reproduction. Définition de la valeur.

§ 5. — Quelles sont les choses auxquelles nous attachons l'idée de valeur? Pourquoi y attache-t-on de la valeur? Quel est leur degré de valeur ?

§ 6. — Inconséquences d'Adam Smith et d'autres économistes relativement à la cause de la valeur. Il n'existe qu'une seule cause pour la valeur de la terre, de toutes ses parties et de tous ses produits. Les phénomènes relatifs à la valeur de la terre se manifestent en Angleterre, aux États-Unis et dans d'autres pays.

§ 7. — Loi de distribution. Son application universelle.

§ 8. — Toutes les valeurs ne sont simplement que la mesure de la résistance opposée par la nature à la possession des choses que nous désirons.

§ 9. — Toute matière est susceptible de devenir utile à l'homme. Pour qu'elle le devienne, il faut que l'homme puisse la diriger. L'utilité est la mesure du pouvoir de l'homme sur la nature. La valeur est celle du pouvoir de la nature sur l'homme.

 

 

CHAPITRE VII :

DE LA RICHESSE.

 

§ 1. — En quoi consiste la Richesse? Les denrées, ou les choses, ne sont pas la richesse pour ceux qui ne possèdent pas la science de s'en servir. Les premiers pas vers l'acquisition de la richesse sont toujours les plus coûteux et les moins productifs. Définition de la richesse.

§ 2. — La combinaison des efforts actifs est indispensable aux développements de la richesse. Moins les instruments d'échange sont nécessaires, plus est considérable, la puissance d'accumulation. La richesse s'accroit avec la diminution dans la valeur des denrées, ou des choses nécessaires aux besoins et aux desseins de l'homme.

§ 3. — De la richesse positive et de la richesse relative. Le progrès de l'homme est en raison de la diminution de la valeur des denrées et de l'accroissement de sa propre valeur.

§ 4. — Caractère matériel de l'économie politique moderne. — Elle soutient qu'on ne doit regarder comme valeurs que celles qui revêtent une forme matérielle. Tous les travaux sont regardés comme improductifs, s'ils n'aboutissent pas à la production de denrées ou de choses.

§ 5. — La définition de la richesse que nous donnons aujourd'hui est pleinement d'accord avec sa signification générale de bonheur, de prospérité et de puissance. La richesse s'accroit avec le développement, à l'égard de l'homme, du pouvoir de s'associer avec son semblable.

 

 

CHAPITRE VIII :

DE LA FORMATION DE LA SOCIÉTÉ.

 

§ 1. — En quoi consiste la Société. Les mots société et commerce ne sont que des modes divers d'exprimer la même idée. Pour que le commerce existe, il doit exister des différences. Les combinaisons dans la société sont soumises à la loi des proportions définies.

§ 2. — Tout acte d'association est un acte de mouvement. Les lois générales du mouvement sont celles qui régissent le mouvement sociétaire. Tout progrès a lieu, en raison directe de la substitution du mouvement continu au mouvement intermittent. Il n'existe ni continuité de mouvement, ni puissance, là où il n'existe point de différences. Plus ces dernières sont nombreuses, plus est rapide le mouvement sociétaire et plus est considérable la tendance à son accélération. Plus le mouvement est rapide, plus est grande la tendance à la diminution de la valeur des denrées et à l'accroissement de la valeur de l'homme.

§ 3. — Causes de perturbation qui tendent à arrêter le mouvement sociétaire. Dans la période de l'état de chasseur, la force brutale constitue la seule richesse de l'homme. Le commerce commence avec le trafic à l'égard de l'homme, des os, des muscles et du sang.

§ 4. — Le Trafic et le Commerce sont regardés ordinairement comme des termes qu'on peut réciproquement convertir, et cependant ils diffèrent complètement, le second étant l'objet que l'on cherche à atteindre et le premier n'étant que l'instrument employé à cet effet. La nécessité d'employer le trafiquant et l'individu chargé du transport est un obstacle qui s'interpose dans la voie du commerce. Le commerce se développe avec la diminution de la puissance du trafiquant. Le trafic tend à la centralisation et à la perturbation de la paix générale. La guerre et le trafic regardent l'homme comme un instrument à employer, tandis que le commerce regarde le trafic comme l'instrument à employer par l'homme.

§ 5. — Le développement des travaux de l'homme est le même que celui de la science ; la transition a lieu, de ce qui est abstrait à ce qui est plus concret. La guerre et le trafic sont les travaux les plus abstraits et, conséquemment, se développent en premier lieu. Les soldats et les trafiquants sont toujours des alliés réciproques.

§ 6. — Les travaux nécessaires pour opérer des changements de lieu, viennent au second rang dans l'ordre de développement. Ils diminuent proportionnellement à mesure que s'accroissent la population et la richesse.

§ 7. — Travaux nécessaires pour opérer des changements mécaniques et chimiques dans la forme; ils exigent un degré de connaissance plus élevé. Avec cette connaissance arrive la richesse.

§ 8. — Changements vitaux dans les formes de la matière. L'agriculture est l'occupation capitale de l'homme. Elle exige une somme considérable de connaissances, et c'est pourquoi elle est la dernière à se développer.

§ 9. — Le commerce est le dernier dans l'ordre successif. Il se développe avec l'accroissement de la puissance d'association.

§ 10. — Plus la forme de la société est naturelle, plus elle a de tendance à la durée. Plus est complète la puissance d'association, plus la sociéte tend à revêtir une forme naturelle. Plus les différences sont nombreuses, plus est considérable la puissance d'association.

§ 11. — Histoire naturelle du commerce. Classification et démonstration des sujets, de l'ordre, de la succession, et de la coordination des classes de producteurs, d'individus chargés du transport et de consommateurs de produits industriels. Les analogies de la loi universelle.

§ 12. — Idée erronée, suivant laquelle les sociétés tendent naturellement à passer par diverses formes, aboutissant toujours à la mort. Il n'existe pas de raison pour qu'une société quelconque n'arrive pas à devenir plus prospère, de siècle en siècle.

§ 13. — La théorie de M. Ricardo conduit à des résultats directement contraires, en prouvant que l'homme doit devenir de plus en plus l'esclave de la nature et de ses semblables. Caractère antichrétien de l'économie politique moderne.

 

 

CHAPITRE IX :

DE L'APPROPRIATION.

 

§ 1. — La guerre et le trafic forment les traits caractéristiques des premières époques de la société: Le besoin des services du guerrier et du trafiquant diminue avec le développement de la richesse et de la population. Le progrès des sociétés, dans la voie de la richesse et de la puissance, est en raison directe de leur faculté de se passer des services de tous deux.

§ 2. — Les rapports intimes entre la guerre et le trafic se manifestent à chaque page de l'histoire. Leur tendance à la centralisation. Leur puissance diminue avec le développement du commerce.

§ 3. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de l'Attique.

§ 4. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Sparte.

§ 5. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Carthage.

§ 6. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Rome.

§ 7. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de Venise, de Pise et de Gènes.

§ 8. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de la Hollande.

§ 9. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire du Portugal.

§ 10. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de l'Espagne.

§ 11. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de la France.

§ 12. — Phénomènes sociaux qui se révèlent dans l'histoire de l'Angleterre et celle des Etats-Unis.

§ 13. — Les sols les plus fertiles sont délaissés, dans tous les pays où la guerre obtient la prédominance sur le commerce. La splendeur individuelle s'accroît en raison de la faiblesse croissante de la société. Moins est considérable la proportion qui existe entre les soldats et les trafiquants, et la masse des individus dont la société se compose, plus est considérable la tendance de celle-ci à la force et à la durée.

§ 14. — Plus l'organisation de la société est élevée, plus est grande sa vigueur et plus est heureuse sa perspective de vitalité. L'accroissement dans la part proportionnelle des soldats et des trafiquants tend à la centralisation et à la mort morale, physique et politique.

§ 15. — L'économie politique enseigne le contraire de ces faits. Erreur qui résulte de l'emploi d'expressions identiques, pour exprimer des idées qui diffèrent complètement.

 

CHAPITRE X :

DES CHANGEMENTS DE LIEU DE LA MATIÈRE.

 

§ 1. — Difficulté, dans la première période de la société, d'effectuer les changements de lieu de la matière. La nécessité de le faire constitue le principal obstacle au commerce. Cette nécessité diminue avec le développement de la population et de la richesse.

§ 2. — Diminution dans la proportion de la société nécessaire pour effectuer les changements de lieu. Elle est accompagnée du rapide développement du commerce et du développement, correspondant, du pouvoir d'obtenir des moyens de transport plus perfectionnés.

§ 3. — Plus le commerce est parfait parmi les hommes, plus est grande la tendance à faire disparaître les obstacles qui subsistent à l'association. Le progrès de l'homme, dans quelque direction que ce soit, suit un mouvement constant d'accélération.

§ 4. — La première et la plus lourde taxe que doivent acquitter la terre et le travail est celle du transport. Le fermier placé près d'un marché, fabrique constamment une machine, tandis que le fermier éloigné d'un marché la détruit sans cesse.

§ 5. — L'engrais est la denrée la plus nécessaire à l'homme et celle qui supporte le moins le transport.

§ 6. — Moins est considérable la quantité de travail consacrée à effectuer les changements de lieu, plus est grande celle que l'on peut consacrer à la production. Le pouvoir d'entretenir le commerce se développe en même tempe que ce changement de proportions. Le trafiquant désire perpétuer la nécessité d'effectuer les changements de lieu.

§ 7. — La liberté s'accroit avec l'accroissement de la puissance d'association. L'obstacle à l'association étant la nécessité d'effectuer les changements de lieu, l'homme devient plus libre, à mesure que cette nécessité tend à disparaitre.

 

CHAPITRE XI :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Politique coloniale de la Grèce, de l'Espagne et de la France. Celle de l'Angleterre est la première où l'on rencontre la prohibition de l'association entre les Colons. L'objet de la prohibition est de donner lieu au besoin d'effectuer les changements de lieu de la matière. Ce système est barbare dans ses tendances ; aussi a-t-il engendré la théorie de l'excès de population.

§ 2. — Le système anglais tend à la dispersion des individus et à l'accroissement de la part proportionnelle de la société qui se consacre au trafic et au transport.

§ 3. — Idées d'Adam Smith relativement aux avantages du commerce.

§ 4. — Système colonial de l'Angleterre, tel qu'il se révèle aux Antilles.

§ 5. — La théorie de l'excès de population s'efforce d'expliquer des faits produits artificiellement, à l'aide de prétendues lois naturelles.

 

CHAPITRE XII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Phénomènes sociaux, tels qu'ils se présentent dans l'histoire du Portugal.

§ 2. — Phénomènes sociaux, tels qu'ils se présentent dans l'histoire de l'empire Turc.

§ 3. —Phénomènes sociaux, tels qu'ils se présentent dans l'histoire de l'Irlande.

§ 4. — Cause réelle de la décadence de l'Irlande.

 

CHAPITRE XIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — L'action et l'association locales se révèlent d'une façon remarquable dans l'histoire de l'Hindoustan. Elles disparaissent sous la domination britannique.

§ 2. — Partout le commerce de l'Inde est sacrifié pour favoriser le trafic.

§ 3. — Anéantissement des manufactures indiennes. Ses effets désastreux.

§ 4. — Nécessité croissante du transport et déperdition des fruits du travail, qui en résulte.

§ 5. — Perte du capital et destruction du pouvoir d'accumuler.

§ 6. — Sécurité moindre des individus et des propriétés, correspondant avec l'extension de la domination britannique et le développement de la centralisation.

§ 7. — Valeur insignifiante des droits privés, sur le territoire Indien.

§ 8. — L'Inde était un pays qui acquittait des impôts, sous ses princes indigènes. Sa situation a constamment empiré, sous l'influence d'un système qui a pour but d'augmenter le besoin des services du trafiquant et du voiturier.

§ 9. — Causes de la décadence de l'Inde.

 

CHAPITRE XIV :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Tableau des Phénomènes observés dans les quatre grandes sociétés que nous avons citées plus haut. Différentes sous tous les autres rapports, elles se ressemblent quant à ce fait, qu'elles ont été privées de tout pouvoir de diversifier les emplois de leur activité, et se sont trouvées ainsi contraintes de dépendre davantage du voiturier et du trafiquant.

§ 2. — Résultats funestes de la nécessité croissante d'avoir recours aux services du trafiquant.

§ 3. — Le système anglais ne tend qu'à l'accroissement du trafic. Un intérêt personnel éclairé chercherait à favoriser le commerce.

§ 4. — Déperdition constante du capital dans tous les pays soumis au système anglais.

§ 5. — Frottement énorme et déperdition de force qui en résulte, produits par la nécessité croissante d'avoir recours à la navigation.

§ 6. — Origine de l'idée d'excès de population.

 

CHAPITRE XV :

DES CHANGEMENTS MÉCANIQUES ET CHIMIQUES DANS LES FORMES DE LA MATIÈRE.

 

§ 1. — Pour opérer les changements dans les formes de la matière, il est nécessaire d'en connaître les propriétés. L'oeuvre de transformation est plus concrète et plus spéciale que celle du transport, et conséquemment, plus tardive dans son développement. Elle tend à augmenter l'utilité de la matière, et à diminuer la valeur des denrées nécessaires aux besoins de l'homme.

§ 2. — Instruments indispensables pour obtenir le pouvoir de disposer des services que rendent les forces naturelles. Ce pouvoir constitue la richesse. Les premiers pas faits dans cette voie sont les plus difficiles et les moins productifs.

§ 3. — La transformation diminue le travail exigé pour le transport, en même temps qu'elle augmente celui que l’on peut consacrer à la production. Changement qui en résulte dans les proportions des diverses classes entre lesquelles se partage la société.

§ 4. — Économie des efforts de l'activité humaine résultant d'une plus grande facilité de transformation.

§ 5. — Déperdition de travail, lorsque le lieu de transformation est éloigné du lieu de production. La tendance au développement des trésors de la terre est en raison directe de la proximité du consommateur, par rapport au producteur.

§ 6. — Le mouvement sociétaire tend à s'accroître dans une proportion géométrique, lorsqu'on lui permet d'accomplir des progrès sans subir aucune perturbation. Il est souvent arrêté. Causes de perturbation. Efforts pour obtenir le monopole de l'empire sur les forces naturelles, nécessaires dans l'oeuvre de transformation.

§ 7. — L'égoïsme, au sein des sociétés, de même que parmi les individus, se perd lui-même, généralement. Il vaudrait mieux pour l'homme que les forces naturelles n'existassent pas, plutôt que de voir leurs services monopolisés.

 

CHAPITRE XVI :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Caractère grossier du commerce anglais au commencement du XIV siècle. Les phénomènes qu'il offre à cette époque sont exactement semblables à ceux qui se révèlent dans les sociétés agricoles de nos jours.

§ 2. — Changement de système sous le règne d'Édouard III. Ses résultats.

§ 3. — Situation de l'Angleterre, besoins de sa population, tels que nous les montre André Yarranton.

§ 4. — Résultats de la dépendance d'un marché éloigné tels qu'ils se révèlent en Angleterre, dans la première moitié du. siècle. Changements dans la situation de la population résultant de l'amoindrissement de cette dépendance.

§ 5. — Caractère monopolisant du système anglais. On ne peut rien lui comparer pour son pouvoir de produire le mal, avec tout ce qu'on a jamais imaginé antérieurement.

§ 6. —Le pouvoir de faire le mal, lorsqu'il est dirigé dans des vues préjudiciables à autrui, existe partout en proportion de celui de faire le bien, lorsqu'il est guidé dans la voie de la justice.

§ 7. — Le système anglais tend à diminuer la taxe du transport pour le peuple anglais, mais en l'augmentant pour les autres nations du globe.

§ 8. — Pouvoir énorme acquis par ce système pour la taxation des autres agglomérations sociales.

 

CHAPITRE XVII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Erreurs du système anglais, évidentes pour Adam Smith. Avertissements qu'il donne à ses compatriotes relativement aux dangers inséparables de leur dépendance exclusive à l'égard du trafic.

§ 2. — Ses conseils sont négligés, et telle est l'origine de la théorie de l'excès de population.

§ 3. — Développement du paupérisme, sous l'influence du système anglais, il coïncide avec l'accroissement de l'empire de l'homme sur les forces naturelles.

§ 4. — Caractère belliqueux et monopoliseur du système.

§ 5. — Il est également préjudiciable au peuple anglais et aux peuples des autres pays.

§ 6. — En anéantissant parmi les autres peuples la faculté de vendre leur travail, il anéantit la concurrence pour l'achat du travail anglais. En enseignant que pour permettre au capital d'obtenir une rémunération convenable, le travail doit être maintenu à bas prix, il tend à produire partout l'esclavage.

§ 7. — Le rapprochement dans les prix des matières premières et ceux des produits terminés est le seul caractère essentiel de la civilisation. Le système anglais tend à empêcher ce rapprochement. Il tend à réduire les autres agglomérations sociales à l'état de barbarie.

§ 8. — Ses effets, tels qu’ils se révèlent dans les prix des matières premières et des produits achevés, sur le marché anglais.

§ 9. — Le système anglais tend à augmenter les proportions des diverses sociétés qui se livrent au trafic et au transport. Cet accroissement est la preuve d'une civilisation qui décline.

 

CHAPITRE XVIII :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — L'interruption de la circulation est une conséquence nécessaire du système anglais. Inconséquences des auteurs qui enseignent la science sociale.

§ 2. — La décadence du commerce anglais résulte de l'accroissement dans la puissance du trafic. Condition de l'ouvrier agricole.

§ 3. — Le développement de la centralisation trafiquante se manifeste dans toute l'étendue de l'Angleterre.

§ 4. — Accroissement dans les proportions du produit du travail absorbé par les trafiquants et les individus occupés du transport. L'abîme qui sépare les classes supérieures et les classes inférieures s'élargit constamment.

§ 5. — Tendance abrutissante du système.

§ 6. — La centralisation et la démoralisation marchent toujours de conserve.

§ 7. — L'Acte de Réforme n'a pas réalisé les espérances de ses partisans. Pour quels motifs il n'y a pas réussi.

§ 8. — Amoindrissement dans la puissance de se diriger soi-même au sein du peuple et de la société.

§ 9. — Toute mesure qui tend à produire une interruption dans le mouvement sociétaire au dehors, tend également à produire un effet identique à l'intérieur.

§ 10. — Alliance constante de la guerre et du trafic.

 

 

CHAPITRE XIX :

CONTINUATION DU MÊME SUJET.

 

§ 1. — Phénomènes divers qui accompagnent le progrès de la civilisation et le développement de la barbarie.

§ 2. — Dans les pays en progrès, la taxe du transport diminue. Dans les pays en décadence, elle augmente aussi invariablement.

§ 3. — Phénomènes sociaux qui se manifestent dans les histoires de la Grèce, de l'talie, de l'Angleterre, de la Turquie, du Portugal et des colonies anglaises.

§ 4. — Nécessité d'étudier avec soin le système qui a donné naissance à la théorie de l'excès de population.

§ 5. — Les lois de la nature agissent constamment dans la même direction. Mouvement oscillatoire de la théorie de la population offerte à l'examen par Malthus.

§ 6. — La doctrine Ricardo-Malthusienne a une tendance inévitable, celle de faire de l'esclavage, la condition finale du travailleur.

§ 7. — Le système de l'école anglaise est un système rétrograde. Il a pris naissance dans une politique rétrograde.

§ 8. — Dissidences entre Adam Smith et les économistes Anglais modernes.

§ 9. — Lois des proportions définies, manifestée dans les changements graduels de la répartition sociétaire.

 

 

 

FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES DU

TOME PREMIER.

Publié dans : L'art, l'histoire et les idées - Ecrire un commentaire
Par Jean-Gabriel Mahéo - Voir les 3 commentaires

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