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3 janvier 2005 1 03 /01 /janvier /2005 00:37

LIVRE TROISIEME : Les systèmes

 

Chapitre V : Continuation du précédent - Jean-Baptiste Say et son école

 

-----------------

 Friedrich ListFriedrich List

 


 

 

 

 

 

    Au fond Say n’a fait que mettre en ordre les matériaux confusément entassés par Adam Smith, les rendre intelligibles et les populariser ; possédant à un haut degré le talent de systématiser et d’exposer, il y a pleinement réussi. On ne trouve dans ses écrits rien de nouveau ni d’original (1), si ce n’est qu’il réclame pour les travaux intellectuels la qualité de productifs qu’Adam Smith leur refuse. Mais cette idée, très-juste dans la théorie des forces productives, est en contradiction avec celles des valeurs échangeables, et Smith est évidemment plus conséquent avec lui-même que J.-B. Say. Les travailleurs intellectuels ne produisent point directement de valeurs échangeables, ils diminuent plutôt immédiatement par leurs consommations la masse des revenus et des épargnes, ou la richesse matérielle. Aussi le motif pour lequel J.-B, Say, de son point de vue, attribue la productivité aux travaux intellectuels, à savoir qu’ils sont rétribués avec des valeurs échangeables, n’a-t-il absolument rien de réel ; car ses valeurs sont déjà produites avant de passer aux mains des travailleurs intellectuels ; elles ne font que changer de possesseur ; mais leur quantité n’est pas accrue par cet échange. On ne peut donner le titre de producteurs aux travailleurs intellectuels qu’autant qu’on voit la richesse nationale dans les forces productives de la nation et non dans la possession des valeurs échangeables. Say se trouvait à cet égard vis-à-vis de Smith dans la même situation où Smith s’était trouvé vis-à-vis des physiocrates. Pour ranger les manufacturiers parmi les producteurs, Adam Smith dut élargir la notion de la richesse, et Say, de son côté, se trouva dans l’alternative, ou d’adopter, après Adam Smith, cette absurdité que les travaux intellectuels ne sont point productifs, ou d’étendre la notion de la richesse nationale comme avait fait son prédécesseur, de l’appliquer à la force productive et de dire que la richesse nationale consiste, non dans la possession des valeurs échangeables, mais bien dans celle de la force productive, de même que la richesse d’un pêcheur consiste à posséder, non pas des poissons, mais la capacité et les moyens de continuer à prendre autant de poissons qu’il lui en faut.

    Il est digne de remarque, et, si nous ne nous trompons, on l’ignore généralement, que J.-B. Say avait un frère dont le bon sens et la sagacité avaient reconnu l’imperfection de la théorie des valeurs échangeables, et que lui-même, en présence des doutes de ce frère, a exprimé des doutes sur la vérité de sa doctrine.

    Louis Say, de Nantes, pensait qu’il s’était introduit dans l’économie politique une vicieuse nomenclature, source de nombreuses difficultés, et que son frère même n’était pas sans reproche à cet égard (2). Dans son opinion, la richesse des nations consiste, non dans les biens matériels et dans leur valeur échangeable, mais dans le pouvoir de produire ces biens d’une manière continue. La théorie de la valeur échangeable de Smith et de J.-B. Say n’envisage la richesse que du point de vue étroit d’un marchand, et le système qui veut réformer ce qu’on appelle le système mercantile n’est pas lui-même autre chose qu’un étroit système mercantile. Jean-Baptiste avait répondu aux doutes et aux objections de son frère, que sa méthode (sa méthode à lui J.-B. Say ?), savoir la théorie de la valeur échangeable, était loin d’être bonne, mais que la difficulté était d’en trouver une meilleure (3).

    Comment ? D’en trouver une meilleure ? Est-ce que son frère Louis ne l’avait pas trouvée ? Mais ou l’on ne possédait pas assez de pénétration pour comprendre et pour développer l’idée vaguement exprimée par ce frère, ou bien on ne voulait pas dissoudre une école déjà fondée et enseigner justement le contraire de la doctrine à laquelle on devait sa célébrité.

    Ce qui appartient à Say dans ses ouvrages, c’est seulement la forme du système, c’est sa définition de l’économie politique comme science de la production, de la distribution et de la consommation des richesses. C’est grâce à cette division des matières et à sa mise en oeuvre que Say a réussi et fait école. On ne doit pas s’en étonner ; car tout y était palpable pour ainsi dire, tant Say avait su retracer avec une clarté saisissante les procédés de la production et les forces individuelles qu’elle occupe, tant il avait rendu intelligible, dans sa sphère restreinte, le principe de la division du travail, tant il avait nettement expliqué le commerce des individus ! Il n’y avait pas d’artisan ni de boutiquier qui ne pût le comprendre, et qui ne le comprit d’autant mieux que J.-B. Say lui apprenait moins de choses nouvelles. Car, que, chez le potier, les bras et l’adresse, ou le travail, doivent concourir avec l’argile, ou la matière première, pour produire, au moyen du tour, du four à cuire et du bois à brûler, ou du capital, des pots, c’est-à-dire des produits ayant de la valeur ou des valeurs échangeables, c’était depuis longtemps connu dans toute honnête poterie ; seulement on ne savait pas désigner ces choses par des termes savants ni les généraliser au moyen de ces termes. Bien peu de boutiquiers, sans doute, ignoraient avant J.-B. Say que, dans un échange, les deux parties peuvent réaliser un gain, et que celui qui envoie pour mille thalers (3 750 fr.) de marchandises à l’étranger, et qui reçoit une valeur de 1 500 (5 625 fr.) en retour, gagne 500 thalers (1 875 fr.). On savait depuis longtemps que le travail enrichit et que la paresse engendre la misère, que l’intérêt personnel est l’aiguillon le plus puissant à l’activité, et que, pour avoir des poulets, il ne faut pas manger les oeufs. On ne savait pas, il est vrai, que tout cela était de l’économie politique ; mais on était ravi de se voir si facilement initié aux plus profonds secrets de la science, d’être affranchi par elle de taxes odieuses qui enchérissent si fort nos consommations les plus agréables, et d’obtenir par-dessus le marché la paix perpétuelle, la fraternité sur tout le globe, le millénaire. On ne doit pas s’étonner non plus que tant d’hommes instruits et de fonctionnaires publics se soient rangés au nombre des admirateurs de Smith et de Say ; car le principe du laisser aller et du laisser passer n’exigeait de dépense d’esprit que chez ceux qui, les premiers, l’avaient mis au jour et établi ; les écrivains venus après eux n’avaient autre chose à faire que de reproduire les mêmes arguments, de les orner, de les éclaircir ; et qui n’eût eu l’ambition et la capacité d’être un grand homme d’État, lorsqu’il ne s’agissait pour cela que de rester les bras croisés ?

    C’est le propre des systèmes qu’une fois qu’on a admis leurs principes, ou que, dans quelques chapitres, on s’en est aveuglément rapporté à l’auteur, on est perdu. Déclarons tout donc d’abord à M. J.-B. Say que l’économie politique, telle que nous l’entendons, ne se borne point à enseigner comment les valeurs échangeables sont produites par les individus, distribuées entre eux et consommées par eux ; déclarons-lui que l’homme d’État veut et doit savoir quelque chose de plus, qu’il doit connaître comment les forces productives de toute une nation sont éveillées, accrues, protégées, comment elles sont diminuées, endormies, ou même détruites, comment, au moyen des forces productives du pays, les ressources du pays peuvent être le plus efficacement employées à produire l’existence nationale, l’indépendance, la prospérité, la puissance, la civilisation et l’avenir de la nation.

    Du principe extrême que l’État peut et doit tout régler, ce système est passé à l’extrême opposé, que l’Etat ne peut et ne doit rien faire, que l’individu est tout et que l’État n’est rien. L’opinion de Say sur la toute-puissance des individus et sur l’impuissance de l’État, est exagérée jusqu’au ridicule. Ne pouvant se défendre d’admirer les efforts de Colbert pour l’éducation industrielle de la nation, il s’écrie : « A peine eût-on pu espérer autant de la sagesse et de l’intérêt personnel des particuliers eux-mêmes. »

    Si du système nous passons à l’auteur, nous trouvons dans celui-ci un homme qui, sans connaissance étendue de l’histoire, sans études politiques et administratives approfondies, sans coup d’oeil d’homme d’État ou de philosophe, n’ayant en tête qu’une idée et une idée d’emprunt, remue l’histoire, la politique, la statistique, les relations commerciales et industrielles, pour y trouver quelques témoignages et quelques faits qui puissent lui servir, et pour les façonner à son usage. Lisez ce qu’il a écrit sur l’acte de navigation, sur le traité de Méthuen, sur le système de Colbert, sur le traité d’Éden, etc., et vous y trouverez la confirmation de ce jugement. L’idée ne lui est pas venue d’étudier dans son enchaînement l’histoire du commerce et de l’industrie des nations. Il avoue que des nations sont devenues riches et puissantes sous la protection douanière ; mais, à l’en croire, elles sont devenues telles en dépit et non à cause de la protection, et il veut qu’on l’en croie sur parole. C’est, assure-t-il, parce que Philippe II leur avait interdit l’entrée des ports du Portugal, que les Hollandais ont été amenés à commercer directement avec les Indes orientales ; comme si une telle interdiction était justifiée par le système protecteur ! Comme si les Hollandais n’auraient pas sans elle trouvé la route des Indes ! Say était encore moins satisfait de la statistique et de la politique que de l’histoire, sans doute parce qu’elles produisent de ces faits incommodes, qui si souvent se montraient rebelles à son système, et parce qu’il n’y entendait rien du tout. Il ne cesse de signaler les illusions auxquelles les données statistiques peuvent conduire, et de rappeler que la politique n’a rien de commun avec l’économie politique, ce qui revient à soutenir qu’en examinant un plat d’étain, on n’a pas à s’occuper du métal.

    D’abord négociant, puis manufacturier, puis homme politique malheureux, Say s’adonna à l’économie politique, comme on essaie une nouvelle entreprise lorsque l’ancienne ne peut plus marcher. De son propre aveu, il hésitait dans le commencement s’il se prononcerait pour le système mercantile ou pour la liberté commerciale. En haine du système continental qui avait détruit sa fabrique et de l’auteur de ce système qui l’avait éliminé du tribunat, il se décida à prendre parti pour la liberté absolue du commerce.

    Le mot de liberté, à quelque occasion qu’on le prononce, exerce depuis cinquante ans en France une influence magique. De plus, sous l’empire comme sous la restauration, Say appartenait à l’opposition, et il ne cessait de recommander l’épargne. Ses écrits devinrent ainsi populaires par des motifs indépendants de leur contenu. Comment sans cela cette popularité eût-elle survécu à la chute de Napoléon, dans un temps où la mise en vigueur de son système aurait infailliblement ruiné les fabriques françaises ? Son attachement opiniâtre au principe cosmopolite, dans de pareilles circonstances, donne la mesure de sa portée politique. La fermeté de sa foi dans les tendances cosmopolites de Canning et de Huskisson montre a quel point il connaissait le monde. Il n’a manqué à sa gloire que de se voir confier par Louis XVIII ou par Charles X le département du commerce et des finances. Nul doute que l’histoire eût inscrit son nom à côté de celui de Colbert, celui-ci comme le créateur, celui-là comme le destructeur de l’industrie nationale (4).

    On n’a jamais vu un écrivain exercer avec des moyens si faibles une si grande terreur scientifique que J.-B. Say ; le plus léger doute sur l’infaillibilité de sa doctrine était puni par le terme flétrissant d’obscurantisme, et jusqu’à des hommes tels que Chaptal redoutaient les anathèmes de ce pape de l’économie politique. L’ouvrage de Chaptal sur l’industrie française n’est d’un bout à l’autre qu’un exposé des résultats du système protecteur en France ; il le dit expressément ; il déclare que, dans l’état actuel du monde, il n’y avait de salut à espérer pour la France que du système protecteur. Néanmoins, malgré la tendance contraire qui règne dans tout son ouvrage, Chaptal essaie, à l’aide d’un éloge de la liberté du commerce, de se faire pardonner son hérésie par l’école de Say. Say a imité de la papauté jusqu’à l’index. Il n’a pas, il est vrai, prohibé nominativement d’écrits hérétiques ; mais il est plus sévère encore, il les prohibe tous, les orthodoxes tout comme les infidèles ; il engage la jeunesse qui étudie l’économie politique à ne pas lire trop de livres, pour ne pas se laisser trop aisément égarer, mais à n’en lire qu’un petit nombre de bons ; c’était dire en d’autres termes : « Vous lirez Adam Smith et moi, et vous ne lirez que nous. » Mais le père de l’école aurait pu recevoir une trop forte part des hommages de la jeunesse ; son lieutenant et interprète en ce monde y mit bon ordre. D’après Say, les écrits de Smith sont pleins de confusions, de fautes et de contradictions, et il donne à entendre clairement que c’est de lui seul qu’on peut apprendre comment on doit lire Adam Smith.

    Toutefois, lorsque Say avait atteint le zénith de sa gloire, on vit paraître de jeunes hérétiques, qui attaquèrent la base de son système avec tant de force et tant d’audace qu’il jugea à propos de les reprendre en particulier et d’éviter doucement un débat public ; parmi eux Taunegay Duchâtel, depuis lors et encore aujourd’hui ministre, était le plus vif et le plus intelligent. « Selon vous, mon cher critique, écrit Say à M. Duchâtel dans une lettre particulière, il ne reste plus dans mon économie politique que des actions sans motifs, des faits sans explication, une chaîne de rapports, dont les extrémités manquent et dont les anneaux les plus importants sont brisés. Je partage donc l’infortune d’Adam Smith dont un de nos critiques a dit qu’il avait fait rétrograder l’économie politique. »

    Dans un post-scriptum à cette lettre, il fait cette observation naïve : « Dans le second article que vous annoncez, il est bien inutile de revenir sur cette polémique, par laquelle nous pourrions bien ennuyer le public. »

    Aujourd’hui l’école de Smith et de Say, en France, est dissoute, et, au despotisme inintelligent de la théorie de la valeur échangeable, a succédé une anarchie que ni M. Rossi ni M. Blanqui ne peuvent conjurer. Les saint-simoniens, les fouriéristes, avec des talents remarquables à leur tête, au lieu de réformer l’ancienne science, l’ont rejetée complètement et ont imaginé des utopies. Ce n’est que récemment que les plus intelligents d’entre eux ont essayé de rattacher leur doctrine à celle de l’école précédente et de mettre leurs idées en rapport avec l’état de choses actuel. De leurs travaux, en particulier de ceux de Michel Chevalier, ce grand talent, on doit attendre beaucoup. Ce que ces nouvelles théories contiennent de vrai et d’applicable à notre époque peut s’expliquer en grande partie par le principe de l’association et de l’harmonie des forces productives. L’annihilation de la liberté, de l’indépendance individuelle, est leur côté faible ; chez elles l’individu se perd entièrement dans la société, par opposition à la théorie de la valeur échangeable dans laquelle l’individu est tout et l’État ne doit être rien. Il est possible que l’humanité tende vers la réalisation d’un état de choses tel que ces sectes le rêvent ou le pressentent ; en tout cas, je pense qu’une longue suite de siècles doit s’écouler d’ici là. Il n’a été donné à aucun mortel de trouver dans les inventions et dans l’état social de leur temps la mesure des progrès de l’avenir. L’intelligence de Platon lui-même n’a pu pressentir qu’au bout de milliers de siècles les esclaves de la société seraient fabriqués avec du fer, de l’acier et du laiton ; celle de Cicéron n’a pu prévoir que la presse permettrait l’extension du système représentatif à des empires entiers, peut-être même à des parties du monde et à tout le genre humain. S’il a été donné à quelques grands esprits de deviner les progrès qui s’accompliraient au bout de milliers d’années, comme le Christ avait deviné l’abolition de l’esclavage, chaque époque, néanmoins, a sa mission particulière. La tâche de celle dans laquelle nous vivons ne paraît pas être de morceler le genre humain en phalanstères tels que ceux de Fourier, pour rendre les hommes aussi égaux que possible sous le rapport des jouissances intellectuelles et physiques, mais de perfectionner la force productive, la culture intellectuelle, le régime politique et la puissance des nations, et de les préparer, en les égalisant entre elles le plus possible, à l’association universelle. Car, à supposer que, dans l’état présent du monde, les phalanstères réalisent le but immédiat que se proposent leurs apôtres, on se demande quelle serait leur influence sur la puissance et sur l’indépendance du pays ? Une nation morcelée en phalanstères ne serait-elle pas exposée au danger d’être conquise par d’autres nations moins avancées, qui seraient restées dans leur ancien état, et de voir ces créations prématurées anéanties avec son existence tout entière (5) ?

    Présentement la théorie de la valeur échangeable est tombée dans une telle impuissance qu’elle s’occupe presque exclusivement de recherches sur la nature de la rente, et que Ricardo, dans ses Principes d’économie politique, a été jusqu’à dire que déterminer les lois d’après lesquelles le produit du sol se partage entre le propriétaire, le fermier et l’ouvrier, constitue le principal problème de l’économie politique (6).

    Tandis que quelques-uns déclarent hardiment que la science est complète et qu’il n’y a plus rien d’essentiel à y ajouter, ceux qui lisent avec le coup d’œil du philosophe ou de l’homme pratique les ouvrages qui en traitent, soutiennent qu’il n’y a point d’économie politique, que cette science est encore à créer, qu’elle n’a été jusqu’à présent qu’une astrologie, mais qu’il est possible et qu’il est désirable qu’il en sorte une astronomie (7).

    Afin qu’on ne se méprenne pas sur notre pensée, nous terminons par rappeler que notre critique des écrits de J.-B. Say ainsi que de ceux de ses devanciers et de ses successeurs ne porte que sur les rapports nationaux et internationaux, et que nous n’attaquons pas leur mérite en ce qui touche l’élaboration de doctrines subordonnées. Il est clair que les idées et les déductions d’un auteur sur quelques branches de la science peuvent être excellentes, et la base de son système erronée.




 

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1 - List a oublié la théorie des débouchés dont les économistes anglais eux-mêmes ne contestent pas le mérite à notre illustre compatriote, théorie qui, du reste, comporte des réserves. (H. R.)

2 - Louis Say, Études sur la richesse des nations. Préface, page iv.

3 - Voici les propres termes dont s’est servi Louis Say dans sa brochure, publiée en 1836 :
Préface, page iv : « Quoique Adam Smith ait beaucoup contribué à l’avancement de la science de la richesse des nations, cependant sa fausse théorie, ainsi que la vicieuse nomenclature qu’il y a introduite, a fait naître presque toutes les difficultés qu’elle présente. »
    Page 10 : « La richesse de quelqu’un consiste bien dans le pouvoir qu’il a de satisfaire ses besoins et ses goûts, mais, cependant, pourvu que ce ne soit pas momentanément ; car quelqu’un qui pourrait en satisfaire une immense quantité en un seul jour, et ne pourrait en satisfaire aucun le jour suivant, serait moins riche que celui qui peut en satisfaire une moins grande quantité, mais un grand nombre de jours. »
    Note, page 14 : « L’école moderne d’Adam Smith appelle le système qui fait consister la richesse dans les métaux précieux, le système mercantile. Les marchands font consister la richesse dans la valeur vénale de ce qu’ils possèdent, et c’est son système qui doit être appelé le système mercantile. »
Note, page 36 : « Lorsque J.-B. Say, mon frère, me demanda mes observations sur son Traité d’économie politique, je fus frappé de la lumière qu’il répandait sur cette science, en établissant :
« Qu’il n’y a véritablement production de richesse que là où il y a création ou augmentation d’utilité, et par utilité il entend la faculté qu’ont certaines choses de satisfaire aux divers besoins des hommes ;
« Que l’utilité d’une chose constitue sa valeur réelle et technique ;
« Que la richesse est en proportion de cette valeur.
    « Mais, quand je vis qu’un peu plus loin il se servait de la valeur vénale ou commerciale des choses pour en évaluer la plus ou moins grande utilité, je lui fis observer que cette méthode d’évaluation me paraissait fort inexacte et même capable d’entraîner dans de graves erreurs. Il me répondit qu’effectivement cette méthode était loin d’être bonne, mais que la difficulté était d’en trouver une meilleure. »
J’ajouterai ici quelques extraits du même écrit concernant la question du commerce international.
    Page 67 : « Adam Smith a commis une grave erreur en faisant considérer comme une perte sans compensation pour une nation toute la différence qui peut exister entre le prix moins élevé d’un produit de l’industrie étrangère et le prix plus élevé de ce même produit obtenu par l’industrie nationale ; il y a perte effectivement, car cette différence diminue d’autant le revenu du consommateur de ce produit industriel ; c’est une espèce d’impôt mis sur lui, mais cette diminution de revenu est souvent compensée par l’augmentation du revenu tout entier dont ce produit a été l’occasion pour la classe industrielle nationale. »
Page 75 : « Pour résumer ce que je viens de dire à ce sujet, je pense qu’il ne faut pas adopter d’une manière absolue, à l’égard du commerce avec l’étranger, soit le système de liberté sans limites, soit le système restrictif complet ; mais que l’impôt sur le consommateur ne doit être toléré que s’il en résulte un avantage évident pour la richesse de l’État. » (H. R.)

4 - Peut-être J.-B. Say, ministre du commerce, eût-il été fort réservé dans l’application de sa théorie. Dans les pays où le système protecteur a une raison d’existence, on a vu plus d’un économiste ultra-libéral se tempérer aux affaires, de même qu’en Angleterre où la liberté du commerce la plus étendue était un intérêt public de premier ordre, on a vu des ministres passer du camp de la protection dans celui du libre échange. Quand des hommes distingués sont revêtus du pouvoir, ils n’y font jamais autre chose que l’oeuvre de leur temps. Les vives attaques de J.-B. Say, non pas contre les excès du système protecteur, mais contre le système protecteur lui-même appliqué à notre pays, ne témoignent pas en faveur de son sens pratique ; mais on ne saurait les attribuer à des motifs de rancune. Say a dit quelque part : « Tourmenté d’un amour inné pour la vérité, je l’ai constamment cherchée avec la plus entière bonne foi. » La lecture de ses ouvrages ne permet pas d’en douter ; et, sans le réputer infaillible, sans voir en lui le dernier mot de la science, on ne peut qu’éprouver un profond respect pour celui qui a appris au continent à peu près tout ce qu’on y sait en économie politique. (H. R.)

5 - Ce passage remarquable, écrit en 1841, emprunte un nouvel intérêt de notre récente et lamentable histoire. (H. R.)

6 - Nul doute que le problème de la production ne domine celui de la distribution, en ce sens du moins qu’il faut qu’il y ait beaucoup de richesses créées pour qu’il y en ait beaucoup à répartir ; mais une forte préoccupation peut seule expliquer le dédain que List témoigne ici pour des travaux aussi sérieux que ceux de Ricardo, c’est-à-dire de l’économiste qui a jeté les bases de la science si importante de la distribution des richesses. (H. R.)

7 - Les hommes qui possèdent le plus d’autorité pour parler de l’économie politique n’ont jamais prétendu qu’elle eût atteint son complet développement. Nous nous croyons initiés, a dit l’un des plus savants, et nous ne sommes encore que sur le seuil. Il y a de la modestie dans ce langage de Mac Culloch, mais on ne peut voir qu’une boutade dans cette étrange assertion de List, que la science est encore à créer, qu’elle n’a été jusqu’à présent qu’à l’état d’astrologie. La science existe depuis trois quarts de siècle ; depuis lors, au milieu des contradictions, des erreurs, des égarements de ses disciples, elle n’a cessé de marcher, et elle a répandu autour d’elle, quoi qu’on ait pu dire, une vive et bienfaisante lumière ; d’elle aussi on serait tenté de dire : «  Aveugle qui ne la voit pas ! » Elle est beaucoup plus avancée qu’on ne le pense communément ; mais il ne faut pas considérer les ouvrages de Smith et de Say, quel que soit leur immense mérite, comme l’expression de son état actuel ; ni en Angleterre ni sur le continent, elle ne s’est arrêtée après la mort de ces deux hommes. (H. R.)

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