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3 avril 2007 2 03 /04 /avril /2007 07:33

Laure.... le feu du soleil levant brûle dans l'or de tes regards; à tes joues monte un sang vermeil; tes larmes, perles ruisselantes, ne connaissent encore d'autre mère que l'ivresse du bonheur.... Celui pour qui pleuvent ces belles gouttes, qui y contemple son apothéose, ah! le jeune homme qui soupire heureux par toi, il a vu poindre dans sa vie d'éclatantes aurores!

Ton âme, semblable au miroir des ondes, claires comme l'argent, brillantes comme le soleil, fait encore, autour de toi, du sombre automne un mois de mai; tu illumines, source de lumière, les déserts vides et affreux; les nuages lointains du sombre avenir, tu les dores, astre rayonnant.... Souris-tu à l'harmonie de ces charmes que tu prêtes à la vie et au monde? Moi, je pleure en les contemplant....

L'empire de la nuit n'a-t-il donc pas miné, dès longtemps déjà, les fondements de la terre? Le faîte orgueilleux de nos palais, la splendeur majestueuse de nos villes, tout repose sur des ossements qui s'en vont en poudre; tes œillets tirent leur doux parfum de la corruption; tes sources jaillissent du réservoir d'un.... ossuaire humain.

Regarde là-haut. ,.. les planètes qui nagent dans l'espace; Laure, interroge ses mondes. Déjà, sous leur orbite, mille printemps fleuris se sont écoulés; mille trônes se sont élevés; mille batailles ont hurlé effroyablement. Dans les champs de fer, cherches-en les traces. Tôt ou tard, mûrs pour la tombe, les rouages s'arrêtent, hélas! à l'horloge des planètes.

Cligne les yeux trois fois.... trois secondes suffisent pour que l'éclat du soleil s'éteigne dans l'océan ténébreux de la mort. Puis, demande-moi où tes rayons, à toi, s'allument! Es-tu fière du feu de tes yeux? du frais incarnat de tes joues, emprunté à la poudre des sépulcres? Pour cet éclat qu'il te prête, le trépas, jeune fille, le trépas, avare usurier, te réclamera de gros intérêts!

Ne brave pas, jeune fille, ce maître puissant! Des joues teintes d'un plus beau rose ne sont pour le trépas qu'un plus beau trône. Derrière cette tenture fleurie, déjà le destructeur bande son arc.... Crois-moi, Laure.... crois-en ton adorateur : c'est la mort, la mort seule que ton œil languissant invite à venir; chaque rayon de tes regards appauvrit, épuise la lampe chétive de ta vie. " Mes veines encore, dis-tu avec orgueil, ont des battements, des bonds si juvéniles!... » Hélas! ces perfides créatures du tyran précipitent l'instant de périr.

Le trépas, d'un souffle rapide, dissipera ce sourire, comme le vent fait les bulles d'écume aux couleurs de l'arc-en-ciel. En vain tu chercherais éternellement sa trace: c'est du printemps de la nature, c'est de la vie même, comme de son germe, que naît, que naît seul, l'éternel égorgeur.

Hélas, je vois à terre tes roses effeuillées; je vois pâles et mortes tes douces lèvres; la rude haleine des hivers sillonnera tes joues arrondies, animées; la brumeuse lueur des sombres ans troublera la source limpide de ta jeunesse. Laure, en ce temps-là.... Laure n'aimera plus, Laure ne sera plus aimable.

Jeune fille.... ton poète est encore debout, fort comme le chêne. Au pied du roc invincible de ma jeunesse tombe, émoussé, le dard du trépas. Mes regards sont brûlants comme les flambeaux de son ciel; et plus ardent que les flambeaux mêmes de son ciel éternel, est mon génie, lui qui, dans la mer, toujours agitée, du monde qu'il se crée, dresse et précipite à son gré les écueils: mes pensées voguent audacieuses à travers le grand tout, et ne redoutent rien.... que ses bornes.

Es-tu ravie, brûlante, ma Laure? Ton sein se gonfle-t-il avec orgueil? Apprends-le, jeune fille: ce breuvage de volupté, ce calice d'où s'exhale pour moi la divinité.... ma Laure.... il est empoisonné! Malheur, malheur à qui tente de faire jaillir de la poussière de divines étincelles! Ah! L'harmonie la plus audacieuse fait voler la lyre en éclats, et le rayon du génie, rayon flamboyant, éthéré, se nourrit de la seule lueur que jette la lampe de la vie.... Déjà toutes les forces qui veillent autour du trône de la vie, le génie les en a détournées pour en faire ses ministres à lui. Ah! déjà, car j'en ai abusé à nourrir des flammes téméraires, déjà mes esprits conjurés se liguent contre moi!
Laisse.... je le sens.... laisse, ma Laure, s'envoler encore deux courts printemps, et cette maison de poussière s'ébranlera chancelante pour crouler sur moi, et je m'éteindrai dans mes propres rayons....

Tu pleures, Laure?.. Tarissez, larmes, larmes pleurées pour m'obtenir le funeste lot de la vieillesse! Séchez, larmes coupables! Laure veut-elle que ma force s'évanouisse? que je rampe tremblant sous ce soleil qui a vu le vol d'aigle du jeune homme? que, d'un cœur glacé, je condamne la flamme brillante, céleste, de mon sein? que les yeux de mon génie s'aveuglent? que je maudisse mes plus belles erreurs? Non! tarissez-vous, larmes coupables! Cueille la fleur dans tout l'éclat de sa beauté, jeune dieu au visage mélancolique; éteins en pleurant mon flambeau.... Ainsi la toile tragique tombe avec bruit à la plus belle scène : les ombres évoquées fuient.... et, silencieuse, la salle écoute encore....

Friedrich Schiller

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Published by kévin - dans Poésies
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commentaires

Dom 05/04/2007 01:08

Cela me fait penser au célèbres vers de Ronsard :Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,  Assise auprès du feu, dévidant et filant,  Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :  « Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle ! »C'est étonnant dans ce poème la concomitance de la jeunesse et de la mort, de l'adoration et de l'angoisse de sa perte. Sait-on dans quel contexte il a été écrit pour qu'il fasse à la fois un ode à la beauté dans ce contexte fuyant, effrayé du temps qui passe ?

kévin 06/04/2007 12:09

C'est un poème un peu mélancolique, compliqué, assez différent des poèmes habituels de Schiller. Finalement, il n'est pas si triste que ça; Schiller nous amène à réflechir sur le côté éphémère de la vie, de la beauté physique, des plaisirs sensuels... La question est de savoir ce qui est vraiment important, immuable, éternel et vrai.
Kévin