Mercredi 8 octobre 2008
3
08
/10
/Oct
/2008
13:36
Franklin Delano Roosevelt
Looking Forward
Le regard vers demain
The John Day Company, New York - Imprimé en mars 1933
Chapitre Trois : Planification d’état pour l’utilisation des terres (suite) (autres chapitres)
[...]
Qu’allons-nous donc faire de toutes ces terres sous-productives qui existent dans chaque état, et qui
devraient être retirées du secteur agricole ? Nous avons dans ce but un programme précis. Premièrement, nous allons découvrir à quels usages elles seraient le plus utile. Pour l’instant, il semble
clair que la plus grande partie de ces terres pourrait être consacrée à un différent type de culture – un type qui ne sera récoltable que dans de nombreuses années mais qui, les années passant,
sera certainement et profitable et utile économiquement – je veux parler de la culture forestière.
Nous avons démarré cela grâce à une nouvelle loi pourvoyant à l’achat et à la reforestation de ces terres selon la méthode approuvée par l’état, le coût en étant
supporté partie par le pays et partie par l’état. De plus, un amendement constitutionnel a été voté par le peuple de l’état, pourvoyant à la dotation de vingt millions de dollars sur une période de
onze ans afin de rendre possible l’achat et la reforestation de plus d’un millions d’acres de terres mieux adaptées à la culture forestière qu’à l’agriculture.
Nous avons aussi prévu le fait très certain que l’usage de ces terres agricoles sous-productives pour la sylviculture sera rentable à long terme (nous récupèrerons
plusieurs fois ces vingt millions de dollars), et portera dès le début des dividendes en nous évitant des dépenses inutiles.
Par
exemple, les fermes qui seront abandonnées nous épargnerons la nécessité de maintenir les milliers de miles de routes en terre battue qui y menaient, le coût de maintenance desquelles étant
d’environ cent dollars par miles par an. La reforestation de ces fermes éliminera la nécessité de maintenir les milliers de miles de lignes électriques et téléphoniques s’étendant dans ces
territoires sans intérêt économique. Cette reforestation supprimera la nécessité de conserver les multiples et éparpillées petites écoles à classe unique qui coûtent chacune au gouvernement d’état
approximativement mille quatre cent dollars par an.
Voilà pourquoi nous sommes confiants que, sur une période de quelques années, cette planification d’état sera plus que rentable pour l’ensemble de la population en termes
d’épargne financière.
D’autre part, les sociétés modernes se meuvent à une vitesse si intense que des périodes de loisirs plus longues sont nécessaires, et dans le même temps notre
productivité, au niveau de l’état et de la nation, est telle que nous pouvons consacrer plus de temps à ces loisirs. Cela devient évident cette année en particulier. Grâce au reboisement, les terres peuvent être transformées en une grande ressource d’état qui produira immédiatement
des dividendes. Et un petit détail de ce plan est que le commissaire à l’environnement a été capable d’ouvrir à la chasse et à la pêche les vingt-cinq mille acres récemment achetées. Il est prévu
qu’il fasse de même avec les futures aires de reboisement, une fois qu’elles auront été achetées.
Ces
aires reboisées se trouvent en grande partie sur des hauteurs, autour des sources des cours d’eau. Ce reboisement en régulera le débit, éloignera le danger d’inondation et fournira un
approvisionnement en eau pure plus constant aux villages et villes.
Que
devra-t-on faire de la population qui réside actuellement sur ces terres improductives ? Premièrement, les gens de ces fermes, relativement peu nombreux, seront installés sur des zones agricoles de
meilleure qualité dans l’état. Deuxièmement, nous allons poursuivre cette idée d’un plan à l’échelle de l’état en étudiant l’ensemble des mouvements futurs de la population ; c’est ainsi que nous
découvrirons les relations précises entre l’habitant rural et la population travaillant dans l’industrie, entre l’habitant rural et l’habitant urbain, entre le fermier et la population travaillant
dans l’industrie.
Des
expériences ont déjà été faites dans certains états en vue d’établir une relation plus étroite entre l’industrie et l’agriculture. Elles ont pris deux formes : la première est de porter la
population rurale vers l’industrie, et la seconde de porter l’industrie vers l’agriculture en implantant de petites entreprises industrielles dans des zones auparavant entièrement dévolues travaux
agricoles.
C’est selon cette dernière que l’état du Vermont, grâce à une splendide commission, semble montrer la voie en cherchant à apporter l’industrie dans les régions
agricoles.
Par exemple, il y a dans une vallée du Vermont une entreprise de tournage de bois fabricant des boutons de couvercle de bouilloire, qui a eu tant de succès que le mouvement de la population rurale
vers les villes a été stoppé et que les habitants de la vallée s’aperçoivent qu’ils peuvent cultiver avec profit durant l’été et obtenir un salaire à l’usine locale durant les mois d’hiver.
Un
autre exemple est celui d’un des plus grands fabricants de chaussures qui s’est installé dans un village de l’état de New York. Beaucoup de ses ouvriers vivent dans ce village et les autres vivent
dans la campagne dans un rayon d’à-peu-près dix miles.
En
tant que nation, nous avons à peine commencé à gratter la surface de ces idées et à envisager la possibilité de diversifier notre vie industrielle en déplaçant une juste proportion de celle-ci dans
les districts ruraux. L’électricité bon marché, de bonnes routes et l’automobile rendent un tel développement ruro-industriel possible. Il ne fait aucun doute qu’un grand nombre d’industrie
connaîtrons un succès égal, voire supérieur, en étant installée dans les communautés rurales. Dans le même temps, ces communautés verront augmenter leurs recettes annuelles. Nous pourrons ainsi
restaurer l’équilibre.
Grâce au type de planification d’état que je viens de vous présenter, la plupart des problèmes de transport, de surpopulation urbaine, de coût élevé de la vie, d’une
meilleure santé pour la race et d’un meilleur équilibre dans l’ensemble de la population peuvent être résolus par les états eux-mêmes durant la prochaine génération.
Ces
expériences devront et seront développées en tenant compte de la grande variété des conditions existantes dans les différentes parties du pays. J’ai écris ci-dessus « par les états eux-mêmes », car
certaines des méthodes d’état utilisées aujourd’hui pour aborder certains des problèmes pourraient ne pas être très salutaires économiquement au regard de l’expérience acquise dans le futur, alors
que d’autres indiqueront la voie d’une solution spécifique nationale de ces problèmes.
Je
me souviens qu’il y a plusieurs années lorsque James Bryce était ambassadeur d’Angleterre à Washington, il déclara : « La forme américaine de gouvernement durera et vivra longtemps après que les
autres formes de gouvernement se seront effondrées ou auront été changée, et voici pourquoi : dans les autres nations du monde, lorsqu’arrive un nouveau problème, celui-ci doit être examiné dans un
laboratoire national, où l’on doit y trouver une solution, et lorsqu’elle est trouvée cette solution doit être appliquée à la nation entière. Parfois, cette solution est la bonne, et parfois c’est la mauvaise. Mais vous, aux Etats-Unis, vous disposez de quarante-huit
laboratoires, et lorsqu’arrivent de nouveaux problèmes, vous pouvez développer quarante-huit solutions différentes pour résoudre ce problème. Parmi ces quarante-huit solutions, certaines pourraient
n’être ni saines ni acceptables, mais de ces essais l’histoire montre que vous avez toujours pu trouver au moins quelques remèdes qui ont eu tant de succès qu’ils ont été appliqués à l’échelle
nationale. »
Dans le cadre de la planification économique l’état a besoin de la coopération compréhensive du gouvernement national, ne serait-ce qu’en tant que collecteur
d’informations. Le gouvernement national peut et doit agir comme un bureau central à l’usage de tous les gouverneurs. J’ai la solide conviction que dans les prochaines années, les états les uns
après les autres s’apercevront, comme l’état de New York, qu’il est très certainement de la responsabilité du gouvernement de chercher de nouvelles solutions aux nouveaux problèmes. A long terme,
la planification d’état et nationale est essentielle à la prospérité future, au bonheur et à l’existence même du peuple américain.
Franklin Delano Roosevelt, 1932-33
--------------------------------------
3-STATE PLANNING FOR LAND UTILIZATION
Publié dans : L'art, l'histoire et les idées
Par Jean-Gabriel
0
Vos commentaires