Mardi 15 mai 2007

Voici la lettre émouvante de Henri Fertet
, jeune résistant exécuté par les allemands.
Elève intelligent et appliqué,
Henri Fertet intègre, pendant les vacances de l'été 1942, un groupe de résistance dirigé par Marcel Simon, jeune agriculteur de 22 ans, à Larnod, à quelques kilomètres de Besançon.
En février 1943, constitué d'une trentaine de membres, le groupe intègre l'organisation des Franc-Tireurs et Partisans (FTP) et devient le Groupe-franc "Guy Mocquet" qui s'organise rapidement dans la lutte clandestine. Henri Fertet participe à trois opérations : l'attaque du poste de Montfaucon le 16 avril 1943 pour s'emparer d'un dépôt d'explosifs puis le 7 mai suivant, la destruction d'un pylône à haute-tension à Châteaufarine. Le 12 juin 1943, il prend part également à l'attaque d'un commissaire des douanes allemand. Mais activement recherché le groupe va subir de nombreuses arrestations.
Henri Fertet,
arrêté par les Allemands le 3 juillet 1943, sera condamné à mort par les nazis et exécuté le 26 septembre 1943, après 87 jours d’emprisonnement et de torture.
Il avait 16 ans.



" Chers Parents,

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je  n'en doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j'ai souffert dans ma cellule, ce que j'ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces 87 jours de cellule, votre amour m'a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait.

Vous ne pouvez vous douter de ce que je vous aime aujourd'hui car, avant, je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi et je crois être arrivé à l'amour filial véritable, au vrai amour filial. Peut-être après la guerre, un camarade vous parlera-t-il de moi, de cet amour que je lui ai communiqué. J'espère qu'il ne faillira pas à cette mission sacrée.

Remerciez toutes les personnes qui se sont intéressées à moi, et particulièrement nos plus proches parents et amis; dites-leur ma confiance en la France éternelle. Embrassez très fort mes grands parents, mes oncles, tantes et cousins, Henriette. Donnez une bonne poignée de main chez M. Duvernet; dites un petit mot à chacun. Dites à M. le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu'il m'a fait, honneur dont, je crois, je me suis montré digne. Je salue aussi en tombant, mes camarades de lycée. A ce propos, Hennemann me doit un paquet de cigarettes, Jacquin mon livre sur les hommes préhistoriques. Rendez « Le Comte de Monte-Cristo » à Emourgeon, 3 chemin Français, derrière la gare. Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40  grammes de tabac que je lui dois.

Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman, mais qu'elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d'épée gaulois.

Je meurs pour ma Patrie. Je veux une France libre et des Français heureux. Non pas une France orgueilleuse, première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les français soient heureux, voila l'essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur.

Pour moi, ne vous faites pas de soucis. Je garde mon courage et ma belle humeur jusqu'au bout, et je chanterai « Sambre et Meuse » parce que c'est toi, ma chère petite maman, qui me l'as apprise.

Avec Pierre, soyez sévères et tendres. Vérifiez son travail et forcez-le à travailler. N'admettez pas de négligence. Il doit se montrer digne de moi. Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir.

Les soldats viennent me chercher. Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée; mais c'est parce que j'ai un petit crayon. Je n'ai pas peur de la mort; j'ai la conscience tellement tranquille.

Papa, je t'en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c'est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au Ciel.

« Qu'est-ce que cent ans ? »

Maman, rappelle-toi :
« Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs
qui, après leur mort, auront des successeurs. »

Adieu, la mort m'appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C'est dur quand même de mourir.
Mille baisers. Vive la France.
Un condamné à mort de 16 ans
                                                                                                                                                   
 H. Fertet
Excusez les fautes d'orthographe, pas le temps de relire.

Expéditeur : Henri Fertet
Au Ciel, près de Dieu. "

Publié dans : L'art, l'histoire et les idées - Ecrire un commentaire
Par kévin - Voir les 8 commentaires
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Commentaires

C'est une merveille bouleversante.

Merci bien.
Commentaire n° 1 posté par Jean-Gabriel Mahéo le 15/05/2007 à 18h31
N'est-ce pas?
Réponse de Kévin le 15/05/2007 à 19h23
Terrible, terrifiant, magnifique dans sa simplicité et son message universel.
Comment l'homme peut-il encore aujourd'hui supprimer son propre avenir au nom d'un dogme, d'intérêts financiers ou religieux. Ne voient-ils pas en l'autre l'incarnation d'eux-même ?
Commentaire n° 2 posté par Dom le 16/05/2007 à 10h15
On peut mettre en écho de cette lettre, de cette enfance volée (parce qu'à 16 ans est-on déjà adulte ?), le Tombeau des Lucioles d'Isao Takahata. Finalement n'est-ce pas un message universel pour la paix ? Comme la magnifique livre publié chez librio Inventons la paix ou les lettres des soldats de la guerre de 14/18, que je lis souvent à mes élèves lorsque nous approchons du 11 novembre. Elles présentent l'avantage d'offrir des lettres des deux bords, les enfants quand on leur parle de guerre ont tellement en tête leurs jeux, leurs films qu'ils oublient qu'il n'y a pas d'adversaires "méchants", juste des hommes avec femme, enfants, amours, avenir....
Tant de vies, tant d'espoirs, tant de possibles gâchés pour une politique qui nie l'humanité. Le plus terrifiant sont ceux qui suivent..
On ne refait pas le monde mais...
- et si la SNCF n'avait pas accepté de tranporté les prisonniers...
- et si Hitler n'avait pu constituer autour de lui une gestapo
- et si en France il n'avait pas trouvé ce terreau de haine
- et si ceux qui ont vu ce jeune homme avaient été émus par sa grandeur, sa jeunesse
- et si....

J'ai juste l'espoir que demain ce ne sera plus si mais "non", un non ferme, définitif à la barbarie et à la haine.


Commentaire n° 3 posté par Dom le 16/05/2007 à 22h53
Quelle belle lettre! Je cherchais la lettre de Guy Môquet sur Google et je suis tombé ici. Quelle surprise! Personnelement, je trouve la lettre de Henri Fertet encore plus forte et émouvante.
Commentaire n° 4 posté par Patrick M le 20/09/2007 à 14h15
Vive google !
Les deux lettres sont en effet très belles.
Réponse de Kévin le 20/09/2007 à 20h40

cette lettre est plus emouvante ke celle de guy môquet mourir a lage de 16 ans sa doi pa etre terrible kan je pense kil es mor a mn age

Commentaire n° 5 posté par MARINA le 24/10/2007 à 20h05
Merci d'avoir publié cette lettre d'Henri Fertet, mon Oncle. Ce qui me permet de découvrir l'ensemble de votre site et l'appel du Conseil National de l'Orde de la Résistance. Pouvez-vous, s'il-vous plaît, me permettre d'entrer en contact avec les membre de l'appel qui me paraît particulièrement urgent ?
J'aurais particulèrement besoin d'être éclairée, ayant un vote à fournir avant le 15 Novembre, après le décès de Monsieur Mesmer.
Je vous remercie pour votre site.
Myriam Fertet-Boudriot
Commentaire n° 6 posté par Myriam Fertet-Boudriot le 08/11/2007 à 14h40
Merci, je suis très heureux d'avoir contribué à rendre hommage à votre oncle. En effet, ces batailles sont encore d'actualité (voir l'appel des membres du CNR en 2006).
Je n'ai pas le contact des membres mais vous pourriez essayer ici. Il sagit de l'Association Expositions de Résistance Intérieure (AERI), dont quelques membres sont d'anciens du CNR. Ils pourront certainement vous aider mieux que moi. Allez dans "contact".
Cordialement
Kévin
Commentaire n° 7 posté par Kévin le 08/11/2007 à 20h43
Pourquoi Guy Moquet et pas lui? Cette lettre m'a vraiment touchée. Je l'ai utilisée pour un devoir auquel je me suis beaucoup intéressée. C'est vraiment magnifique!
Commentaire n° 8 posté par Louise R. le 03/11/2008 à 13h46

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