Samedi 1 janvier 2005
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II. PROFIL ET MODE D'OPÉRER DES PRINCIPAUX ACTEURS ÉCOLOGISTES
3. L'écoterrorisme - PDF
Le cas Unabomber
Theodore Kaczynski est un cas d'école qui montre que l'écoterrorisme ne peut pas être considéré comme un phénomène
en tant que tel, mais qu'il est l'une des composantes nécessaires du mouvement écologiste international. Ce fou qui signait ses méfaits du pseudonyme « Unabomber », a été présenté dans la presse
comme un « tueur isolé », mais cette thèse ne tient pas la route.
Rappelons les faits : Kaczynski, qui a été arrête en 1996, a envoyé au cours des années précédentes des colis piégés à une vingtaine de victimes, tuant ainsi trois personnes et
blessant seize autres. Ses cibles qui faisaient partie des élites du monde scientifique et industriel, sont en fait de la même nature que celles du groupe Animal Liberation Front (ALF, voir
ci-dessous) et montrent que ce qui est remis en cause c'est le progrès technologique. Ce point a d'ailleurs été confirmé lorsqu'en septembre 1995, Unabomber a exigé que la presse publie son
manifeste La société industrielle et son avenir faute de quoi, il aurait recommencé à tuer. Le Washington Post et le New York Times ayant cédé très complaisamment ce
chantage, on put retrouver sous la plume du tueur, des lignes qui portaient trés nettement l'influence des pères de l'écologisme :
« La révolution industrielle et ses conséquences ont été un désastre pour l'espèce humaine. Elles ont grandement
accru l'espérance de vie de ceux qui vivent dans les pays avancés, mais elles ont également déstabilisé la société, elles ont créé une vie de frustration, el les ont soumis les êtres humains à un
état indigne, amené des souffrances psychologiques très répandues (et des souffrances physiques dans le tiers monde) et enfin, provoqué des dommages graves pour la nature. »
Cette complaisance des deux journaux américains vis-à-vis du tueur, met en évidence la responsabilité de la presse
dans le développement de l'écoterrorisme : Unabomber est tout d'abord le résultat, en quelque sorte, de la fascination de certains journalistes vis-à-vis des thèses anti-industrielles. Ecoutons par
exemple Jean-Marie Apostolides qui, en France, a traduit et présenté Unabomber aux Editions du Rocher :
« Unabomber conçoit ses engins comme des signes qu'iI envoie, au-delà de la personne particulière de la victime qu'il a choisie, à la société tout entière, et que celle-ci doit
déchiffrer pour le comprendre (...). Sa position, qui recouvre jusqu'à un certain point celle de l'artiste dans la tradition romantique, le dote d'une perspective de moraliste qui lui permet de
désigner le mal qui nous ronge. (Souligné par Apostolides.) Ce mal, c'est bien entendu l'oppression technologique qui justifie, selon lui, non pas les méthodes d'Unabomber, mais ses thèses... »
En fait, beaucoup de pistes partant de Unabomber nous conduisent directement à des mouvements écologistes et, en particulier, à des groupes écoterroristes. Par exemple, le Native
Forest Network (NFN) a organisé en novembre 1994, une conférence sur le campus de l'université de Montana, à laquelle a assisté Unabomber. Le NFN a été fondé en 1990 dans la région australienne de
Tasmanie par la Fondation australienne pour la conservation et par le Rainforest Action Network (RAN). La Fondation australienne pour la conservation a été fondée en 1963 par le prince Philip et le
RAN en 1985 par Greenpeace, Earth First!, le Sierra Club et la National Wilderness Society. Phil Knight, fondateur du NFN, est également cadre de Earth First! et dirige la section occidentale de
l'ALF.
David Foreman, l'un des fondateurs d'Earth First! écrivait en 1983 :
« Le sang des cadres des industries du bois est ma boisson naturelle et le dernier soupir des administrateurs
forestiers est une douce musique pour mes oreilles ».
Cependant, depuis 1990, Earth First! essaie de se faire passer pour un mouvement pacifiste. Est-ce crédible ? Si
l'on en revient à la conférence de Montana de 1994, l'on constate — outre la présence de groupes criminels tels qu'ALF, aux côtés d'Earth First! qu'un exemplaire du journal de Earth First!
(Live Wild or Die) a été distribué à tous les participants (selon Barry Clausen, le détective qui a infiltré Earth First!). Dans ce journal se trouvait une diatribe contre des sociétés qui
détruisent l'environnement comme « Exxon, qui engagea Burson Marsteller pour contrer la publicité négative provoquée par la marée noire de l'Exxon-Valdez ». Le 10 décembre 1994, Thomas Masser,
ancien haut responsable de Burson-Marsteller fut tué par un colis de Unabomber. Dans sa lettre de recommandation, ce dernier déclarait avoir choisi Mosser parce qu'« entre autres méfaits,
Burson-Marsteller avait aidé Exxon à nettoyer son image après l'accident de l'Exxon-Valdez ». Carmelo Ruiz-Marrero, l'auteur de l'article de Live Wild or Die a reconnu par ailleurs avoir
utilisé des documents de Greenpeace pour l'écrire.
Kaczynski était-il un tueur isolé en dépit de l'arsenal qu'il possédait chez lui et dont on voit mal comment il aurait pu se le procurer seul ? Peut-être a-t-il en effet
construit ses bombes lui-même. Cependant, il signait ses revendications en disant « nous » au lieu de « je », ce qui montrerait que dans son esprit malade, il s'identifiait à un groupe. Dans ces
conditions, il est clair que les véritables responsables de ses meurtres sont bien ceux qui ont façonné son environne ment intellectuel — presse et écologistes. L'écoterrorisme n'est donc pas le
fait de quelques fous isolés en Amérique du Nord, mais bel et bien le symptôme d'une maladie culturelle de notre société dans son ensemble.
L'écoterrorisme en Europe
L'écoterrorisme est un phénomène qui s'est surtout développé aux Etats Unis et au Canada, notamment sur la côte
Pacifique. Cependant, l'Europe n'en a jamais été totalement épargnée comme nous allons le voir sur quelques exemples — de genres très différents — qui ont eu lieu au cours de la dernière
décennie.
• Au cours du premier semestre de l'année 1990, l'Angleterre a été secouée par une série d'incidents dont quatre attentats à la bombe commis par l'ALF. Des scientifiques de
l'université de Bristol, dont le laboratoire avait été l'objet de trois attentats en cinq ans, ont recu des menaces. L'ALF a notamment menacé de mort le 11 juin, un professeur de chirurgie qui
avait utilisé des tissus venant du coeur d'un cochon pour sauver la vie d'un enfant de 7 ans. Les « défenseurs des animaux » ont célébré ces attentats avec jubilation dans leur magazine
Arkangel. Selon La Croix, l'ALF a également commis plus de 1000 attentats au cours de l'année 1991 dans la seule ville de Manchester. Les cibles étant des vitrines de boucherie et
de pharmacie, des abattoirs, des transports de viande, des fourreurs, des fabricants de cosmétiques, etc. Le credo de l'organisation fut exprimé par Ronnie Lee, son chef spirituel, en ces termes :
« Ceux qui font des expériences sur les animaux n'ont rien à envier aux tortionnaires nazis ; et ceux qui veulent les en empêcher ne sont pas des terroristes mais des combattants de la liberté ».
Ce type d'opérations qui vise essentiellement la recherche scientifique et le commerce animal a encore lieu régulièrement outre-manche.
• Le nucléaire civil est régulièrement l'objet d'attaques de la part de ses détracteurs sur la question du terrorisme. Selon ces derniers, en effet, un commando pourrait
s'introduire dans une centrale et provoquer un nouveau Tchernobyl. C'est ainsi que des la fin des années 80, on a eu par exemple une multiplication d'attaques contre des pylônes et des lignes
électriques provenant de Superphénix : ces sabotages, qui ne représentent en tant que tels que de la destruction de matériel sans problème de sécurité nucléaire, sont toutefois un outil de
propagande très prisé des antinucléaires. C'est ainsi que certains groupes se sont illustrés en ltalie, tels que les Figli della Terra (Les fils de la Terre). On peut également citer d'autre cas en
France. Par exemple, le 22 décembre 1990, le pylône qui reliait la première tranche de Golfech au centre de transformation le plus proche a explosé. Le mode de sabotage était celui d'experts en
explosifs et en structures métalliques. Des affiches anonymes proclamaient dans la ré gion : « Si Tchernobyl vous a fait rire, ne ratez pas Golfech ». Cette centrale a également été l'objet d'une
intrusion le 8 mai 1996, par un groupe d'écologistes qui ont escaladé la tour de refroidissement du réacteur n°1. Cette tour n'étant pas dans un périmètre « sensible », cette intrusion n'a mis en
évidence aucun problème de sécurité, contrairement à ce que prétendaient les antinucléaires. L'« opération » s'est en effet limitée au franchissement d'une clôture qui a déclenché une alarme à
cause de laquelle les intrus n'auraient pas pu aller plus loin. Cependant, ces derniers ont bénéficié d'une avalanche médiatique en leur faveur.
• En 1994, des actes de terrorisme ont été commis à Fontainebleau par des écoterroristes dont un « écologiste au-dessus de tout soupçon », Samuel Baunée : des milliers d'arbres
arrachés, des machines sabotées, des chênes cloutés, des menaces de mort, etc. En fait, la forêt de Fontainebleau est gérée par l'Office national des forêts (ON F), institution qui est la cible
régulière des associations écologistes les plus radicales souhaitant une gestion plus « naturaliste » de la forêt et refusant toute exploitation commerciale du bois. Dans ce cadre, ils contestent
toute transformation de la forêt et, en particulier, la plantation d'espèces résineuses en lieu et place des espèces feuillues. Dans le cadre de son procès au terme duquel il a été condamné à 14
jours de prison avec sursis, Samuel Baunée fut soutenu par plusieurs prix Nobel et 80 académiciens, par le WWF-France et le WWF-International, par Greenpeace et par le très officiel CEDI (Collectif
Environnement Développement International), l'organisme qui regroupe toutes les ONG françaises ayant préparé la conférence de Rio en 1992.
• Eté 1995 : dans le contexte des essais nucléaires français a été diffusé un spot télévisé intitulé The day of the Jacques contenant une menace de mort contre Jacques
Chirac, nouvellement élu à la présidence française. On y voit un tueur professionnel charger son fusil à lunette. Puis dans le viseur de cette lunette apparaît « Jacques Chirac » (joué par un
acteur) assis à la terrasse d'un café devant une bouteille de vin rouge. On entend : « ll n'existe qu'une seule façon d'empêcher Jacques Chirac de poursuivre son programme d'essais nucléaire dans
le Pacifique Sud, c'est de le frapper là où cela fait mal ». Retentit alors un coup de feu, la bouteille de vin éclate et du sang-vin envahit l'image, alors qu'apparaissent les mots : « Envoyez une
bombe dans les plans de Chirac, boycottez les vins francais ». Ce film a été commandé par la Coalition britannique pour l'interdiction des essais nucléaires, à l'agence Media Natura. L'homme qui a
passé cette commande s'appelle Chris Rose. Il est passé des Amis de la Terre au WWF puis est devenu directeur de campagne à Greenpeace-Grande Bretagne. Le conseil d'administration de Media Natura
comporte plusieurs membres du WWF.
Même si les écoterroristes ou écoguerriers sont surtout actifs dans les pays anglo-saxons, ils commencent à avoir une certaine publicité en France et, quelque fois très positive.
C'était le cas d'un reportage consacré aux écoguerriers qui est passé en juin 1999 à l'émission de Patrick de Carolis Des racines et des ailes, diffusée sur France 3, où l'on voyait
notamment des opérations de résistance passive mais aussi des menaces de mort. Néanmoins, commentant ce reportage, Hubert Reeves, astrophysicien au CEA, a déclaré:
« Sans aller jusqu'à approuver les actions terroristes, je pense que leur cause est bonne. Je suis très admiratif de leur
courage. Je trouve très bien que ces jeunes se moblisent pour des actions que l'on peut qualifier d'héroïques. »
Table des matières
<préc. - suiv.>
Publié dans : Tuez-les tous!
Par Jean-Gabriel
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II. PROFIL ET MODE D'OPÉRER DES PRINCIPAUX ACTEURS ÉCOLOGISTES
2. Greenpeace - PDF
Le créneau de Greenpeace
Dans la galaxie des organisations anti-industrielles, Greenpeace, la légendaire ONG internationale, occupe une place
intermédiaire entre les organisations « respectables » telles que le WWF, et les organisations « non respectables » telles que les mouvements écoterroristes du genre de Earth First! Officiellement,
Greenpeace est une association pacifiste, comme son nom semble l'indiquer.
Historiquement, les deux thèmes fondateurs à partir desquels Greenpeace a organisé ses premières campagnes étaient contre la chasse à la baleine et contre les essais nucléaires
français. Depuis les thèmes se sont multipliés et l'on peut entre autres citer l'opposition au nucléaire civil, au chlore, aux gaz à effet de serre, aux organismes génétiquement modifiés (OGM), à
l'incinération des déchets ménagers, ainsi que la protection de l'écologie marine, des forêts, la protection de l'Antarctique, la protection de la couche d'ozone, etc.
Comme on le voit, Greenpeace occupe le terrain sur toutes les grandes « causes » écologistes à la mode. Elle lance des actions « sur le terrain » et a une image plus combattante
(contrairement à d'autres organisations plus « respectables »).
Une opération de harcèlement de Greenpeace contre tel le ou telle industrie est toujours très spectaculaire (des militants vont, par exemple, s'enchaîner aux grilles d'une
centrale nucléaire déguisés avec des tenues de protection contre les radiations) et reçoit systématiquement une couverture abondante dans les médias.
Il faut toutefois chasser l'image idyllique, que Greenpeace aime à cultiver, de la petite organisation courageuse qui ose défier les gros lobbies industriels, pour comprendre la
nature de cette « multinationale verte ». En effet, lorsque son ancien dirigeant, David McTaggart quitte officiellement Greenpeace en 1991, l'organisation compte 5 millions de sympathisants dans le
monde (aujourd'hui Greenpeace revendique 3 millions de sympathisants) et 43 bureaux. David McTaggart est l'homme qui a fait d'un petit groupe de hippies de Vancouver une multinationale qui
affichait en 1993 un budget de 144 millions de dollars.
Il s'agit donc de l'une des ONG les plus riches du monde mais, compte tenu des grosses dépenses qu'elle engage, ce chiffre est vraisemblablement très sous estimé : ils vont, par
exemple, dépenser 1,4 million de francs pour mettre en scène l'agonie d'un bébé dauphin dans les filets d'un chalutier, ou faire mener un train de vie luxueux aux dirigeants comme en témoigne Bjorn
Okern, l'ex directeur de Greenpeace-Norvège: « Je n'ai jamais autant pris l'avion en première classe, ni couché dans des hôtels de luxe, qu'à l'époque où je travaillais pour Greenpeace. »
Pour caractériser le personnage de David McTaggart, citons simplement sa déclaration au Time du 21 août 1989 :
« Je n'ai aucune moralité. Nous combattons pour que nos enfants puissent atteindre le XXlème siècle. Alors, au diable les règles. »
Avec de tels principes, il devient naturel de décider soi-même pour le reste de l'humanité de ce qui est bon pour elle...
Les véritables motivations de Greenpeace
En juin 1991, Michael Knessler écrivait dans le magazine autrichien Der Wiener : « D'un jour à l'autre, une communauté de consommateur de haschich devenait un groupe de
combattants écologistes opérant à un niveau international. » Lorsque l'on étudie la manière fulgurante dont Greenpeace s'est développée, il devient naturel de se demander si l'habileté de ses
dirigeants y a suffit, ou s'il n'y a pas eu quelque soutien occulte dont on pourrait peut-être trouver l'identité en se demandant à quels intérêts profitent les campagnes ? Des analyses
intéressantes mais contradictoires ont voulu faire, par exemple, de Greenpeace un appendice de la CIA ou du KGB.
Il est clair qu'il y a eu une « convergence d'intérêts » entre Greenpeace et le régime soviétique, bien que qualifier la multinationale verte d'agent du KGB serait une vision
réductrice. Cependant, au cours des années 80, lorsque Greenpeace manifestait contre les armes nucléaires, c'était en fait contre les armes antimissiles occidentales (l'lnitiative de défense
stratégique américaine), à une époque où les Soviétiques travaillaient sur des projets similaires, et contre les Pershing en Europe, à une époque où les Soviétiques avaient déjà installé des SS-20
en Allemagne de l'Est. Greenpeace n'a jamais manifesté contre les armes soviétiques mais seulement contre leurs chasseurs de baleine, et de manière très modérée. C'est ainsi que le numéro des 21-27
mars 1989 du magazine soviétique Temps nouveaux destiné aux agents extérieurs de l'Union soviétique, contenait un article « Adhérer à Greenpeace » où l'on pouvait lire que «
Greenpeace aura prochainement des milliers de nouveaux adhérents en Union soviétique. »
Il est clair également que toutes les campagnes de Greenpeace contre le nucléaire civil — en particulier en France et au Japon — n'ont pu que servir les intérêts des pétroliers
américains comme on l'a souvent rappelé par le passé. Mais la meilleure approche semble bel et bien de considérer que sous l'impulsion de McTaggart, Greenpeace, soit tout d'abord devenue une sorte
de mercenaire vert cherchant à « faire de l'argent » en « surfant » sur la vague anti-industrielle issue de la fin des années 60. C'est cet objectif qui peut le mieux expliquer le manque de
cohérence des analyses partielles que l'on serait tente de faire.
Tout ceci nous éloigne de la véritable défense désintéressée de l'environnement et trouve sa confirmation dans les témoignages désabusés d'anciens membres. Citons encore l'ancien
président de Greenpeace-Norvège:
« Avec la campagne pour les baleines, on détourne l'attention des vraies questions écologiques. Tout le monde peut s'acheter un peu de bonne conscience verte en soutenant la
campagne sur les baleines, y compris les personnes et entreprises qui polluent le plus. Si Greenpeace consacrait son budget annuel d'un milliard de couronnes norvégiennes aux véritables problèmes
de l'environnement, la bataille pour la protection de celui-ci ferait un grand pas en avant. »
Ecoutons également l'ancien directeur de Greenpeace-France, Philippe Duquenne :
« La seule obligation de résultat de l'organisation est de faire la une des médias de temps en temps. C'est un système très pervers. L'important est de trouver quelques mots
magiques qui feront « tilt » dans l'opinion publique. En outre, Greenpeace lnternational décide de ce qui se fera en France et l'organisation fait preuve d'un intégrisme inouï. Son approche des
problèmes se veut scientifique mais prend-elle le recul nécessaire ? A aucun moment, il n'y a d'analyse critique. » « Vu la façon dont les campagnes sont choisies, vu la façon dont les actions sont
menées, il y a tous les risques d'une dérive. Greenpeace aligne tout le monde sur les besoins des Améri cains et des Européens du Nord. On peut facilement faire passer des idées dans Greenpeace
parce qu'il n'y a pas d'analyse. On n'y fait pas de prospective. On ne se demande jamais quels seront les nouveaux thèmes de campagne. Ceux-ci arrivent sans qu'on les cherche. »
Greenpeace n'est donc pas vraiment une organisation démocratique. Ceci est également confirmé par Bennet Metcalfe, qui a précédé McTaggart à la direction :
« Quand je pense à toutes ces années, à tout ce qui s'est passé depuis que nous avons fondé cette
organisation, j'ai vraiment l'impression d'avoir créé un monstre, d'être un peu comme le docteur Frankenstein. »
Greenpeace et les médias : un cas d'étude
Examinons sur un exemple particulier récent le modus operandi de la multinationale verte : les campagnes menées contre l'usine de retraitement de la Cogema à La
Hague.
Greenpeace n'est pas le seul ni le premier intervenant dans ces campagnes. Celles-ci se déroulent d'ailleurs dans un contexte très « chaud » (campagne contre les essais
nucléaires français en 1995, rapport Viel sur les leucémies de La Hague etc.). Greenpeace-Cherbourg a même une existence symbolique qui se limite à quelques employés de l'arsenal nucléaire (!).
Cependant, Greenpeace lnternational a su investir et contrôler le terrain, créer toute une mobilisation internationale autour des rejets de La Hague, la faire durer plusieurs années sous la forme
d'un feuilleton interminable de type Dallas... tout cela sans jamais prouver l'existence d'un véritable problème pour la santé publique ou même pour l'environnement!
En effectuant une revue de presse sur les attaques dans la presse française contre le nucléaire français au cours des années 1990-1997, nous pouvons constater que toute la
campagne sur les seuls rejets de La Hague (sans tenir compte des « affaires associées » telles que le rapport Viel ou les attaques par les associations locales du centre de l'ANDRA à Cherbourg) a
provoqué une avalanche médiatique sans précédent sur un ton la plupart du temps « catastrophiste » (Sud-Ouest : « L'environnement de La Hague est gravement contaminé », Le Républicain Lorrain :
« Nucléaire : La Hague en accusation », Le Méridional : « Nucléaire : alerte à La Hague », etc.). Pour la période entre le 15 février 1996 et le 31 décembre 1997, nous avons relevé un
échantillon, largement non exhaustif, de 114 extraits de presse sur le sujet, la plupart émanant de médias nationaux ou à grand tirage. Il serait trop long de donner ici une chronologie complète
des événements, nous nous contenterons de quelques étapes.
• Le 15 février 1996, Greenpeace présente à la presse une étude qu'elle a commandée à la CRII-RAD : Contrôles radiologiques dans l'environnement des installations nucléaires
de La Hague. Selon cette étude, l'environnement serait contaminé par plusieurs radioéléments, dont l'iode 129 qui pourrait être inhalé par les populations ou contaminer la chaine alimentaire,
« c'est la signature des rejets aériens des usines de retraitement de La Hague ». En fait, ce rapport ne produit rien de nouveau ou de « caché par les nucléocrates ». La Cogema parvient
sans peine à montrer que ces radioéléments correspondent aux rejets qu'elle est autorisée à effectuer et que leur impact est insignifiant : « La radioactivité naturelle est de 2 500 µSv/an.
L'impact de l'usine sur l'environnement est de 10 à 20 µSv/an alors que la norme autorisée pour le public est de 5 000 µSv/an ».
• Le 28 mai 1997, Greenpeace commande un second rapport à la CRII-RAD pour relancer l'affaire de l'iode 129. Cette étude porte plus particulière ment sur la dilution de
l'iode 129 provenant du centre de retraitement, dans l'eau de mer. Le rapport est de nouveau alarmiste et affirme que les mesures officielles « montrent que les facteurs de dilution prévus par
la Cogema condui sent à sous-estimer d'un facteur 10 à 100 les quantités de radionucléides artificiels présents dans l'eau de mer ». Après enquête, il s'avère que la CRII-RAD a commis dans son
rapport une erreur de calcul de débutant... Donc, ici encore, nous avons eu beaucoup de bruit pour rien.
• Le 11 mars 1997, les marées d'équinoxe découvrent la conduite rejetant en mer les effluents liquides de l'usine. Greenpeace effectue des premières mesures de radioactivité et
en fait effectuer par la CRII-RAD. Le 8 avril, trente cinq militants de Greenpeace envahissent l'endroit pour effectuer un second contrôle sur la canalisation : « Nous avons relevé 385 µSv par
heure. Cela représente une irradiation 3860 fois supérieure à la norme. » C'est ainsi que démarre « l'affaire du tuyau ». Ce nombre de « 3860 » qui correspond aux premières mesures a en effet
de quoi paniquer tout auditeur naïf qui ignore que le dépassement d'une norme ne signifie pas nécessairement danger. On notera cependant le décalage entre le ton dramatique de cette déclaration et
le déplacement de trente-cinq militants : si Greenpeace pensait réellement qu'il y avait un danger, aurait-elle organisé une telle mise en scène si éloignée du calme que nécessitent des mesures
scientifiques ? Néanmoins, une ambiance de catastrophe est transmise par l'audiovisuel, notamment lors de l'émission de FR3, Thalassa, du 18 avril : les représentants de la CRII-RAD sont
filmés en train de mesurer la radioactivité. Gros plan sur l'usine avec musique de fin du monde. L'angoisse est mise en scène. Les hommes semblent inquiets, ils sont pressés et silencieux. Dès que
les mesures sont prises, l'un d'entre eux déclare : « Allez, on file », comme s'ils se trouvaient près d'une bombe prête à exploser. Invisible, tapi, le danger est là, d'autant plus oppressant
qu'on ne le voit pas.
L'enquête sur l'incident donne les résultats suivants.
Sur la réalité de l'incident, la radioactivité détectée est due à la présence de tartre radioactif sur les parois intérieures de la canalisation. Il sera procédé ultérieurement à
un détartrage du tuyau. D'après la Cogema : « Le dépôt de tartre est en effet dû à la formation de silicate à la suite de la mise en contact des eaux de pluie avec les effluents, et il y sera
remédié en n'envoyant plus, dorénavant, les unes et les autres simultanément sur la conduite ».
Sur la réalité du risque, la radioactivité décroît très rapidement dès que l'on s'éloigne de la conduite (quelques mètres) et la conduite n'est découverte qu'une fois tous les
cinq ans, donc pour qu'il y ait un problème sanitaire quelconque faudrait imaginer que quelqu'un vienne s'allonger plusieurs heures d'affilées sur la conduite ce qui parait peu vraisemblable à
cette époque de l'année...
• Au cours de la première quinzaine de juin 1997, des hommes-grenouilles de Greenpeace font des plongées et viennent prélever des sédiments et de l'eau au voisinage de la
canalisation. Selon Greenpeace, la radioactivité de l'eau se situe à « un niveau 17 millions de fois supérieur à la radioactivité naturelle de l'eau ». Ce que Greenpeace ne précise pas
c'est que cette radioactivité est strictement localisée à l'embouchure de la canalisation, à 27 m de profondeur et à 1,7 km de la côte, dans un endroit où les courants sont particulièrement forts
pour permettre justement la dispersion de cette radioactivité : ces prélèvements reviennent à juger de la qualité de l'air en mettant son nez à la sortie d'un pot d'échappement de voiture. De ce
fait les chiffres donnés par Greenpeace ne révèlent donc rien qui ne soit pas déjà connu ; ils ne sont d'ailleurs contestés par personne, mais leur interprétation par l'organisation écologiste est
véritablement frauduleuse. Il est intéressant néanmoins de constater que Greenpeace considère que ces prélèvements devraient être qualifiés de déchets nucléaires, et pourtant les expédie pour
analyse à un laboratoire en Allemagne au mépris total de la réglementation sur le transport des déchets nucléaires et sans prendre de précaution pour éviter une contamination éventuel le de tierces
personnes... Si ces prélèvements sont dangereux, alors il faudrait considérer que Greenpeace est un empoisonneur, s'ils sont inoffensifs, alors toute cette campa gne catastrophiste serait une
fraude. De toute façon, cette attitude montre mieux que la véritable préoccupation de Greenpeace n'est pas la santé publique, d'autant plus qu'il n'est pas rare qu'un tel transport de produits «
dangereux » soit effectué de manière tapageuse par la multinationale verte.
• Les opérations de détartrage sont effectuées le 6 septembre 1997. Quelques dizaines de kilogrammes de tartre sont détachés au cours de l'opération et entraînés vers la mer.
Cette quantité représente moins d'un millième des 100 t de tartre ramenés à terre au cours de l'opération et ne provoque qu'un marquage radioactif de l'entourage immédiat de la conduite (cette
radioactivité reste comparable à celle d'un bloc de granit). Cela n'empêche pas Greenpeace d'y envoyer ses plongeurs et de déclarer : « Ce que nous avons vu s'apparente à un cauchemar nucléaire
». Cette accusation est relayée et amplifiée par les médias et notamment l'émission Thalassa du 27 septembre.
• Le 2 octobre 1997, Greenpeace organise une conférence de presse au sujet des prélèvements que ses plongeurs ont effectués fin septembre. L'organisation écologiste accuse la
Cogema de violer le décret du 1er novembre 1980 qui fixe à un maximum de 25 microns de diamètre les particules radioactives rejetées en mer, or les rejets liquides « fourmillent de particules
radioactives d'une taille supérieure à 63 microns ». Ici encore, l'enquête met en évidence la mauvaise foi de Greenpeace : les particules radioactives de diamètre inférieur à 25 microns sont
rejetées en même temps que des particules inertes de toutes tailles.
Que faut-il retenir de cet inventaire fastidieux dont nous n'avons donné qu'une partie ? Tout d'abord que Greenpeace a repris à son compte le fameux proverbe selon lequel,
lorsque l'on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage : toute cette énergie que Greenpeace a déployée n'a mis en évidence aucun problème réel. Cette constatation suffirait-elle à diminuer
l'arrogance et l'agressivité de l'organisation écologiste vis-à-vis de l'industriel ? Certes non puisque dès qu'un épi sode s'achève, un autre démarre. L'objectif des écologistes n'est pas ici une
recherche de la vérité mais plutôt d'alimenter dans l'esprit du public, à coup de demi-vérités et de véritables mensonges, un sentiment irrationnel de peur et de malaise permanent. De ce point de
vue, on peut dire que Greenpeace a parfaitement assimilé les leçons de Joseph Goebbels en matière de manipulation d'informations.
Par ailleurs, et ceci accompagne cela, Greenpeace n'aurait jamais pu déclencher une opération qui a tenu l'Europe entière en haleine pendant plus de deux ans autour d'un ensemble
« d'événements » qui se réduisent littéralement à rien, sans une complaisance totale de l'ensemble de l'audiovisuel français.
The Rainbow Man
L'homme qui a sans doute le plus contribué à démythifier Greenpeace est un cinéaste islandais, Magnus Gudmunsson, qui a notamment réalisé pour la télévision danoise, plusieurs
films documentaire sur Greenpeace dont l'un est intitulé The Rainbow Man. Parmi les choses les plus choquantes que l'on peut y voir, figure notamment l'utilisation par Greenpeace de films truqués
et sa collaboration avec des « écoterroristes », collaboration tout á fait contradictoire avec le « pacifisme » affiché par la multinationale verte.
Le documentaire de Gudmunsson analyse notamment un film de propagande de Greenpeace sur la chasse aux phoques de 1978. Ce film présentait des scènes douloureuses de chasse,
impossibles à prendre sur le vif sans mise en scène préalable. Certaines scènes sont tournées plusieurs fois sous des angles différents. Les images sont excellentes et les gros plans très
expressifs. Carsten Fledelius, professeur de cinéma à l'université de Copenhague déclare à leur propos : « On fait souffrir inutilement les animaux pendant le tournage. Tout ceci me rappelle
les films de propagande nazis ». Dans ce contexte, il est bon de rappeler que Greenpeace a également réalisé un film, Kangaroos Under Fire, contenant des scènes incroyablement atroces
de torture sur les kangourous en Australie. L'idée était de faire passer les adolescents ivres morts qui pratiquaient les tortures pour des chasseurs professionnels.
The Rainbow Man a également montré de manière irréfutable les liens de Greenpeace avec une organisation violente : au cours d'une interview réalisée par deux
journalistes danois, la présidente de Greenpeace de l'époque, Uta Bellion, commence par affirmer que le principe de la non violence est très important pour son organisation et qu'il n'existe pas de
coopération avec un groupe violent tel que Earth First! Lorsqu'on lui présente les preuves du contraire et notamment du fait que de nombreux membres de Greenpeace Seattle sont également membres de
Earth First!, elle finit par reconnaître les faits mais refuse de s'engager à mettre fin à une telle collaboration. Depuis cet épisode, la stratégie de Greenpeace s'est quelque peu infléchie : il
ne s'agit plus maintenant de nier la collaboration entre Greenpeace et Earth First! mais de soutenir contre vents et marées que Earth First! n'est pas une organisation violente. A ce sujet, il peut
être intéressant de citer Suzanne Pardee, membre du bureau de Greenpeace Seattle et membre de Earth First! qui s'exprimait le 6 mars 1994 sur la conférence Econet dans les termes suivants :
« Tirez sur les vaches. Elles ne courent pas. Elles ne peuvent pas mordre, elles ne chargent pas, elles ne vous lacèrent pas. Elles ne produisent que 2% de la viande sur 70% des
terres de l'Etat. Une livre de boeuf exige 8 000 litres d'eau contre seulement 80 pour une livre de farine. Et puis il y en a beaucoup trop. Bonne chasse ! »
Cette image contraste sérieusement avec l'idée que l'on se fait de Greenpeace habituellement. Dans les pays où les films de Gudmunsson ont pu être diffusés publiquement, le
résultat a été désastreux pour la multinationale verte, y compris en Europe du Nord où l'idéologie verte s'est traditionnellement développée plus qu'ailleurs (les films de Gudmunsson n'ont pas été
diffusés en France...). Selon les termes de Ruben Almedia, le dirigeant brésilien de Greenpeace, le voyage de Gudmunsson dans son pays en 1994 a été pour lui « comme une catastrophe nucléaire
». Des milliers de contributeurs téléphonèrent aux locaux de Greenpeace pour exiger le remboursement de leur cotisation. Selon son propre aveu, Greenpeace a perdu la même année 50% de ses
membres au Danemark. En Suède, ce chiffre est estimé entre 30 et 40%...
Cependant, c'est sans doute en Norvège, que le film de Gudmunsson a fait le plus de dégâts. En avril 1989, Greenpeace-Norvège avait 15 000 membres et était en rapide croissance.
Trois ans plus tard, selon nos sources, il ne restait dans l'organisation norvégienne que 35 membres. Le coup de grâce est venu avec la démission du président de Greenpeace-Norvège Bjorn Okern. Il
a déclaré notamment que Greenpeace était devenue une organisation « écofasciste ».
Une structure de renseignement et d'infiltration
Fin 1996, Olivier Vermont publiait un livre chez Albin Michel, La face cachée de Greenpeace, qui
venait compléter de façon très intéressante ce que l'on savait depuis Gudmunsson sur Greenpeace à propos de ses liens avec l'écoterrorisme, mais surtout sur son fonctionnement en tant que réseau de
renseignement. Ce livre est en fait l'histoire d'une infiltration : Olivier Vermont, pseudonyme d'un journaliste français, a passé dix mois au sein de la multinationale verte ; il y joue le rôle de
secrétaire, ce qui lui permet d'avoir accès aux ordinateurs et à des informations confidentielles.
Tout d'abord, il constate que Greenpeace-France, qui est un nain à côté ses soeurs allemande et britannique, dispose d'un réseau d'informateurs très étendu dans les milieux de la
presse, de l'industrie, de la politique... ce qui lui permet d'avoir des fiches très bien renseignées sur beaucoup de personnalités. Celle de Jacques Chirac, par exemple est très complète, avec
mise à jour régulière de la maîtresse bien en cour. Ces informations sont utilisées à des fins de lobbying mais, selon Vermont, elles sont « si détaillées qu'elles ressemblent de façon
troublante aux fiches établies par les services d'espionnage ».
Un document particulier trouvé par Vermont donne le frisson. Il s'agit d'un dossier intitulé Palais de l'Elysée, avec des cartes extrêmement précises du palais
présidentiel. Des vues d'hélicoptère sur lesquelles sont représentées la loge d'honneur, le vestibule d'honneur, le fameux perron où le président accueille ses hôtes de marque et le bureau du
président. Un plan en trois dimensions de l'intérieur de ce dernier détaille la disposition des meubles et la localisation exacte du fauteuil du président. Des notes manuscrites accompagnent le
plan pour indiquer le trajet le plus court menant du perron au bureau. Troublant également, le dossier comporte des informations sur le système de protection de l'Elysée. Cela est d'autant plus
inquiétant quand on se souvient du spot télévisé britannique The day of the Jacques, une opération conjointe de Greenpeace et du WWF réalisée au moment de la campagne contre les essais
nucléaires français en 1995, et qui représentait une menace ouverte contre la vie du président puisque celui-ci, joué par un comédien, se trouvait visé par l'objectif d'un fusil à lunette.
En fait, contrairement à ce que l'on pourrait croire à première vue, Greenpeace n'est pas véritablement détachée du monde politique. On savait déjà que l'ancienne ministre de
l'Environnement française, Ségolène Royal, reprenait en septembre 1992 presque mot pour mot la propagande de Greenpeace sur le pyralène, à tel point que même Libération que l'on ne
pourrait vraiment pas qualifier d'anti-écologisme primaire l'avait remarqué : Mme Royal « laboure politiquement à la remorque de Greenpeace ». Greenpeace-Allemagne est une tel le
institution dans ce pays, que son ancienne directrice exécutive, Monika Griefahn, était devenue ministre de l'environnement de la Basse-Saxe.
Dans le même ordre d'idées, le livre d'Olivier Vermont nous apprend que notre ancien ministre de l'Environnement, Brice Lalonde, collaborait avec Greenpeace, y compris à l'époque
où il était au gouvernement. Brice Lalonde, qui avait hébergé David McTaggart en 1973, lors de son procès contre l'Etat français, s'en vante même dans une note découverte par Vermont :
« Quand j'étais secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, chargé de l'Environnement et de la Prévention des risques technologiques majeurs, dans le gouvernement de Michel
Rocard, on montait nos coups ensemble. C'était amusant. David représentait Greenpeace, moi, l'Etat français. »
Plus près de nous, à l'heure où nous écrivons ces lignes, le Premier ministre de Belgique, Guy Verhofstadt, vient de constituer un gouvernement de coalition avec des écologistes.
Le nouveau secrétaire d'Etat à l'Energie et au Développement durable n'est autre que... Olivier Deleuze, l'ancien président de Greenpeace-France !
L'avenir de Greenpeace ?
Il est certain que les révélations faites sur Greenpeace au cours des années 90 (ainsi que certaines de ses défaites
en justice contre le monde industriel comme nous le verrons dans la troisième partie de cette étude) ont considérablement diminué la marge de manoeuvre de la multinationale verte. Depuis quelques
années, Greenpeace a réduit considérablement ses effectifs dans de nombreux pays et notamment aux Etats-Unis. Cependant, il serait prématuré de croire que cette organisation est moribonde, elle
reste un géant à vocation internationale. Le gros de ses forces se trouve actuellement en Allemagne, en Hollande et en Angleterre. C'est à partir de ces pays qu'elle a pu organiser certains coups
d'éclat : par exemple, sa campagne contre l'immersion de la plate-forme Brent Spar du pétrolier Shell a renfloué ses finances à un moment où celles-ci se portaient très mal ; les campagnes contre
La Hague connaissent également une forte couverture de presse outre-Rhin.
Table des matières
<préc. - suiv.>
Publié dans : Tuez-les tous!
Par Jean-Gabriel
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Samedi 1 janvier 2005
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II. PROFIL ET MODE D'OPÉRER DES PRINCIPAUX ACTEURS ÉCOLOGISTES
1. Le WWF - PDF
Origines
Le Fonds mondial de la nature (à l'époque World Wild Life Fund) a été fondé en 1961 dans le but explicite de lever
des fonds destinés à financer les activités de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Celle-ci avait été créée en 1948 en Suisse, suivant des statuts rédigés par le
Foreign Office britannique. Elle peut se targuer aujourd'hui d'être la plus grande organisation «professionelle» de conservation à l'échelle internationale, puisque y adhèrent 103 organismes
gouvernementaux et plus de 640 ONG.
Sous prétexte de protéger la nature avec sa politique de «parcs naturels» — véritables enclaves coloniales dans lesquelles les indigènes n'ont pas le droit de rentrer — le
WWF-UICN poursuit en réalité deux objectifs centraux : la réduction de la population mondiale, notamment dans les pays du Sud, et la concentration des matières premières du monde dans les mains de
quelques multinationales, surtout anglo-hollandaises.
Depuis sa création, le WWF est dominé par le prince Philip, prince consort de la reine d'Angleterre Elisabeth ll.
Que la monarchie britannique dirige le WWF ne doit pas nous étonner car, après tout, le WWF-UICN est la création de deux grandes institutions impériales du Royaume-Uni : la Société eugénique et la
Société pour la préservation de la faune de l'Empire (aujourd'hui FFPS, Fédération pour la préservation de la faune et de la flore, sous le patronage de la reine) qui jeta les bases de la création
de parcs naturels dans toute l'Afrique.
L'idéologie de ces institutions est très bien reflétée dans les idées du cofondateur du WWF-UICN, Sir Julian Huxley. Il était obsédé par l'explosion démographique, considéré par
lui comme le «problème de notre ère». De 1937 A 1944, il fut vice-président de la Société eugénique et en était président au moment de fonder le WWF en 1961. Il était également vice-président du
FFPS.
La philosophie de ces deux institutions, et par extension du WWF, a été inspirée par les idées de sir Francis Galton, qui inventa le terme « eugénisme ». Il essaya d'appliquer au
domaine humain le concept de « la loi du plus fort », appelé «sélection naturelle » par son cousin Charles Darwin. L'objectif de son « Mouvement pour l'amélioration de la race » fut explicitement
de « créer une nouvelle race supérieure, à l'aide de l'eugénisme », sous-entendu en « triant » les plus faibles.
Nommé premier directeur général de l'Unesco en 1946, Julian Huxley resta fidèle à ses idées eugéniques. Il écrivait dans le document fondateur :
« Même s'il est vrai qu'il sera impossible pour des raisons politiques et psychologiques de réaliser une
politique eugénique radicale pour de nombreuses années, il est important que l'Unesco (...) fasse en sorte que l'opinion publique soit informée des enjeux afin que beaucoup de ce qui est impensable
maintenant puisse devenir au moins pensable. »
Un gouvernement mondial était la solution selon Huxley, et la « conservation de la faune » devait constituer un moyen d'arriver à cette fin. Huxley affirmait que « la
propagation de l'homme doit céder la place a la conservation d'autres espèces ».
En 1960, alors que de nombreux pays africains préparaient leur indépendance, Julian Huxley, alors âgé de 74 ans, fit une tournée de trois mois sur le continent noir pour
expliquer que les nouvelles nations ne seraient pas capables de conserver la faune. Il fallait donc que quelqu'un d'autre s'y consacrât. Quelques mois plus tard, avec l'aide du prince Philip, le
WWF fut créé.
Qui finance le WWF ?
Le Club 1001, fondé en 1971 pour financer le WWF, par le prince Bernhard des Pays-Bas, conjoint de la reine Juliana
de la Maison d'Orange, est restreint tout moment à 1001 membres et seulement sur invitation. Le Club a fait don d'un immeuble dans la ville suisse de Gland, qui abrite actuellement le siège central
du WWF et de l'Union mondiale pour la nature (UlCN). Les premiers membres ont été personnellement choisis par le prince Bernhard et le prince Philip, duc d'Edimbourg. Voici un choix de membres
actuels et anciens du Club.
Le prince Bernhard des Pays-Bas. En 1934, à l'université de Berlin, Bernhard fut recruté par les services secrets nazis et ensuite affecté chez IG Farben (le géant de la
chimie qui maintint des relations d'affaire avec les lndustries chimiques impériales de Grande-Bretagne pendant la guerre et produisit Zyklon-B pour les chambres à gaz). En raison de ses
antécédents nazis, le mariage de Bernhard avec la reine Juliana créa un scandale aux Pays-Bas. En 1953, Bernhard fonda le groupe de Bilderberg, qui parraine chaque année une conférence secrète
réunissant des représentants de l'élite "mondialiste" nord-américaine et européenne. Bernhard fut cofondateur du WWF en 1961. En 1976, lorsqu'il fut révélé qu'il avait accepté un pot-de-vin de 1,1
million de dollars de la part de la société Lockheed, il dut démissionner (formellement) de la direction générale du groupe de Bilderberg, du WWF international et du Club 1001.
Le prince Henrik, président du WWF au Danemark.
Le prince Juan Carlos fut membre fondateur et président d'honneur du WWF Espagne, avant de devenir roi d'Espagne.
Le prince Sadruddin Aga Kahn. Le titre « Altesse » lui fut conféré par la reine Elisabeth Il en 1957, alors qu'il était rédacteur de Paris Review, publication cofondée par
John Train.
Le prince Johannes Von Thurn und Taxis (décédé). Héritier de l'une des plus puissantes «familles princières" du Saint Empire Romain Germanique. Sa famille possède
d'énormes propriétés en Bavière, au Portugal, en Italie et au Brésil. Son père, Max, hébergea pendant longtemps le quartier général de l'Allgemeine SS dans son château de Ratisbonne en Bavière.
Bertold Beitz. Directeur de la Fondation Alfred Krupp Von Bohlen et Halbach. En 1953, il prit la direction de Krupp lndustries.
Conrad Black, P-DG de la société Hollinger, conglomérat de presse avec de nombreux journaux en Grande-Bretagne, au Canada, aux Etats-Unis, en Israël et en Australie. La
Hollinger se nommait d'abord l'Argus Corporation et était issue après la Deuxième Guerre mondiale de la War Supplies Ltd, une société écran du renseignement britannique pendant le conflit. Empire
de presse au service de la maison Windsor, Hollinger a pris la tête des campagnes de presse contre le président américain Bill Clinton.
Le baron Aubrey Buxton d'Alsa. Vice-président du WWF-Royaume-Uni. La famille Buxton dirige la Barclays Bank.
Peter Cadbury. Président des Preston Publications et du George Cadbury Trust. L'empire du chocolat des Cadbury a une influence dominante sur les économies d'Afrique
occidentale.
Le Dr Luc Hoffmann. Vice-président du WWF-International et de l'UICN (1966-1969) ; directeur de Hoffmann-Laroche, la société pharmaceutique suisse.
Alexander King. Cofondateur avec Aurelio Peccei du Club de Rome en 1968, et co-auteur du livre Halte à la croissance ? qui remit en valeur l'argument malthusien en faveur
d'une réduction drastique de la population mondiale.
Jonkheer John H. Loudon. Fait chevalier des familles royales britanniques et hollandaises. Choisi personnellement par le prince Bernhard en 1977 pour lui succéder à la
présidence du WWF-International, il est l'ancien P-DG du groupe Royal Dutch Shell.
Sir Peter Scott (décédé). Chevalier de l'Empire britannique. Président du WWF depuis ses débuts en 1961. Président de la Commission du service de survie de l'UICN depuis
1963. Fondateur du Wildfowl Tust (fonds du gibier d'eau) en 1964.
Maurice Strong. Vice-président du WWF-lnternational jusqu'en 1975. Premier directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) jusqu'en 1975, et
avant cela, secrétaire général de la Conférence sur l'environnement humain de l'Onu pendant deux ans. Président du bureau de l'UICN, sous-secrétaire général des Nations unies (1985-1987), il fut
chargé de diriger le sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. Nommé par le gouvernement canadien président de Petro-Canada (1976-1978) ; président d'Ontario Hydro.
Gustavo Cisneros. Millionnaire vénézuélien
proche de milieux blanchissant l'argent de la drogue. Début 1994, la banque dirigée par sa famille, la Banco Latino, fit faillite et fut saisie par le gouvernement vénézuélien. Son frère Ricardo,
directeur de la Banco Latino est depuis lors en fuite. Gustavo dirigeait la principale organisation écologiste du pays (BIOMA), jusqu'à ce que celle-ci fût fermée pour avoir fait réaliser un film
truqué dénonçant le massacre des dauphins.
D.K. Ludwig (décédé). Homme d'affaire qui a fait fortune en détruisant les forêts humides d'Amazonie. Il aida par la suite Meyer Lansky, le parrain du syndicat du crime
organisé, à établir son empire de blanchiment de narcodollars dans les Bahamas.
Fred Meuser. L'homme qui transmit le pot de vin de 1,1 million de dollars de la société Lockheed au prince Bernhard.
Tibor Rosenbaum (décédé). Premier chef de la logistique du Mossad. Sa Banque du crédit internationnal (BCI) a été qualifiée par le magazine Life en 1967 de « blanchisserie
» pour Meyer Lansky.
Louis Mortimer Bloomfield (décédé). Cofondateur du WWF-Canada, il fut un agent de renseignement britannique affecté au FBI américain pendant la Deuxième Guerre mondiale.
II présida ensuite à Montréal la société Permindex, société que le procureur du district de la Nouvelle-Orléans, Jim Garrison, accusa d'avoir joué un rôle dans l'assassinat du président Kennedy.
Les services secrets français établirent que Permindex avait recyclé 200 000 dollars à travers la BCI dans le but de financer diverses tentatives d'assassinat contre le général de Gaulle. Permindex
fut expulsé de France et d'Italie.
Robert Vesco, fugitif international, considéré comme la « connexion américaine » du cartel de Medellin.
Anton Rupert, cofondateur du Club 1001 et
président du WWF-Afrique du Sud. Propriétaire du tabac Rembrandt et protégé de sir Stewart Menzies, chef du MI-6 britannique pendant la Deuxième Guerre mondiale.
Henry Keswick, président de Jardine Matheson, la société britannique créée par Lord Palmerston pour s'occuper du trafic d'opium en Extrême-Orient au XIXème siècle. Son
frère, John Keswick, est directeur de la Banque d'Angleterre et président de la Hambros Bank, laquelle soutient le WWF.
Edmond Safra, président de la Safra Bank,
ancien propriétaire de l'American Express. Soupconné de blanchir de l'argent sale, il a fait l'objet d'enquêtes de la part des gouvernements suisse et américain.
Ce que pensent les dirigeants du WWF
• Quelques citations choisies du prince Philip, duc d'Edimbourg.
Rapporté par l'agence de presse Deutsche Press Agentur, en août 1988 :
« Au cas où je serais réincarné, je souhaiterais l'être sous la forme d'un virus mortel afin d'apporter ma contribution au problème de la surpopulation. »
Introduction au chapitre sur le « facteur démographique » de son livre Down to the Earth, 1988:
« Ce que l'on entend par l' « équilibre de la nature », c'est simplement le système naturel
d'autolimitation. La fécondité et la reproduction réussie créent des excédents, une fois les pertes remplacées. Le système des prédateurs, les variations climatiques, Ia maladie, la famine et dans
le cas du mal nommé « homo sapiens » — la guerre et le terrorisme constituent les principaux moyens par lesquels la quantité des popula tions est restreinte.
«Abstraction faite des passions, il doit être évident que la population humaine du monde est devenue si nombreuse qu'elle menace son propre habitat ; et elle a déjà réussi à
provoquer la disparition d'un grand nombre d'espèces de faune et de flore. Certaines ont été tout simplement tuées. D'autres ont disparu discrètement parce que des activités humaines avaient occupé
ou perturbé leurs habitats. »
Préface du même livre:
« Je ne prétend pas m'intéresser spécialement à l'histoire naturelle mais, lorsque j'étais petit, on a attiré mon
attention sur les fluctuations annuelles de la quantité de gibier et sur la nécessité de fixer le nombre d'animaux à supprimer en fonction de la population excédentaire. »
Lors de la réception d'un diplôme honoraire de l'université de l'Ontario (Canada) le 1er juillet 1983 :
« Le projet de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) destiné à éliminer la malaria au Sri Lanka dans les années après la guerre, a réalisé son objectif. Mais le problème,
c'est que le Sri Lanka doit aujourd'hui nourrir trois fois plus de bouches, trouver trois fois plus d'emplois, tripler les logements, l'énergie, les écoles, les hopitaux et les terres habitables,
afin de maintenir les mêmes niveaux. II n'est guère étonnant que l'environnement naturel et la faune dans ce pays en aient souffert. Toujours est-il que (...) les programmes d'aide les mieux
intentionnés sont, au moins en partie, responsables de ces problèmes. »
Discours devant la réunion conjointe du Groupe de la population et du développement et de la Commission de conservation de tous les partis à Londres le 11 mars 1987:
« Je crois que (...) la pression exercée par la population humaine — le simple nombre de gens sur cette planète — est la cause la plus importante de la dégradation de
l'environnement naturel (...) Tout ceci a été rendu possible par la révolution industrielle et le développement explosif de la science qui a été propagé dans le monde entier par la nouvelle
religion économique du développement. »
• Un entretien avec Thomas Lovejoy
L'entretien suivant a été accordé en 1983 à un représentant des Éditions Alcuin par M. Thomas Lovejoy, à l'époque dirigeant du WWF des Etats-Unis et P-DG de la compagnie
d'assurance Metropolitan Life Co.
Thomas Lovejoy : Je veux clarifier les choses d'emblée : il y a des gens qui font circuler des histoires très sales selon lesquelles le WWF essaye d'empêcher le moindre
investissement dans le secteur en voie de développement, qu'il rejette toute industrie, que nous ne nous intéressons qu'aux animaux et aux plantes... C'est un mensonge...
Mais le WWF n'a-t-il pas pris le parti des petits animaux et des plantes exotiques contre le développement industriel et le développement des ressources dans certains
endroits ?
Thomas Lovejoy : Certes. Mais cela ne veut pas dire que nous nous opposons à tout développement. Nous nous opposons à tout développement désordonné et négligent. Je
veux que cela soit clair, parce qu'autrement il y a des gens importants qui vont en tirer une mauvaise impression. Savez-vous qui je suis ? Savez-vous vraiment qui je suis ? Je suis le président du
Comité exécutif du conseil d'administration de la Metropolitan Life. Savez-vous qui est vraiment Russel Train [Président du WWF américain et ancien officier de l'Otan] ? Il est membre du conseil
d'administration d'Union Carbide. Qui croyez-vous, nom d'un chien, qui fait les investissements dans le secteur en voie de développement ? Qui profite ? Regardez donc le conseil de direction du WWF
et vous y trouverez les dirigeants du monde des affaires industrielles et financières. C'est nous qui faisons les investissements. Nous faisons les profits et nous voulons continuer... tout en
protégeant les petits animaux... Le problème numéro un, ce sont ces satanés secteurs publics et nationaux des pays en voie de développement Ces pays pensent qu'ils ont le droit de développer leurs
ressources comme ils l'entendent. Ils veulent devenir des puissances, des Etats souverains et ils s'affairent... Nous pensions que nous pourrions mieux contrôler tout cela en raisonnant leurs
dirigeants, ces crétins nationalistes. Mais nous avons surestimé la capacité que nous avons de contrôler ces gens-là, nous allons devoir ajuster le tir. L'ajustement sera certainement très
douloureux. Le véritable problème, c'est ce stupide nationalisme et les plans de développement auquel il conduit.
Comment en venir à bout ?
Thomas Lovejoy : Ce n'est pas facile. Avant tout, il faut commencer par contrôler le ministère du Plan dans ces pays-là, surtout dans les grands pays. La crise de la dette
est particulièrement opportune. Elle présente des risques mais aussi des promesses. Elle va imposer des coupes claires, des choix pénibles. Il devrait être possible de briser certains de ces grands
combinats nationaux, comme l'industrie pétrolière mexicaine, parce qu'ils sont inefficaces et gros dévoreurs de capitaux.
Comment ferez-vous pour changer le programme d'investissement ? Ce n'est pas facile...
Thomas Lovejoy : C'est vrai, mais ce n'est pas impossible. Nous suggérons que si vous faites usage des considérations écologiques que nous soulevons, cela permet de
retracer le plan des stratégies de développement. Prenez le Brésil, il y a d'ambitieux programmes de développement de l'aluminium. L'idée est excellente, mais on ne peut pas le faire sans une
énorme quantité d'énergie. C'est là que les problèmes commencent. Les Brésiliens — je suis au courant, j'ai dix-sept ans d'expérience avec eux — pensent que s'ils développent l'Amazone, ils
deviendront une superpuissance. Ils se montent la tête avec tout ça. Alors, il faut être prudent. On peut les acheter avec moins. Laissez-les développer leur bauxite et d'autres choses, et pendant
ce temps-là, restructurez les plans afin de diminuer le développement du secteur énergétique, pour des raisons écologiques. A ce moment-là, nos amis du ministère du Développement s'exclament que
c'est vraiment une très bonne idée...
Et qui fera les profits sur les développements de la bauxite ?
Thomas Lovejoy : Les fonds pour investir
viendront de tous côtés et les profits seront largement répartis, et les amis du WWF seront au beau milieu de tout ça. C'est pour cela que je dis qu'il est absurde de nous présenter comme opposés
au développement. Nous avons un problème avec les nations, et certes les nations en tant qu'institutions font obstacle à toutes sortes de choses — font obstacles aux projets profitables et
écologiquement sains. Mais c'est un mensonge hystérique de nous accuser d'être antidéveloppement.
Les parcs naturels en Afrique
Le WWF n'a pas innové en matière de parcs naturels. Si l'on étudie de près l'histoire de l'empire colonial britannique, l'on constatera que ce dernier a mis en place vis-à-vis de
ses colonies — et en particulier en Afrique — des politiques qui ressemblent étrangement pour certains aspects à ce que le prince Philip propose pour l'écologie de la planète.
La lecture d'une carte d'Afrique où se dessinent les frontières des parcs nationaux peut être une activité enrichissante. D'abord, on est frappé par la simple dimension de ces
systèmes : la superficie du parc Kruger en Afrique du Sud est, par exemple, comparable à celle de la Lorraine, tandis que le vaste complexe de parcs en Zambie recouvre une étendue supérieure a la
Grande Bretagne. Un autre aspect saisissant de cette carte est le grand nombre de parcs et de réserves qui sont situés sur des réserves nationales. Dans bien des cas, ils constituent des ensembles
binationaux ou trinationaux à califourchon sur des frontières communes.
Il n'y a rien de spécifique à conserver précisément sur ces frontières qui ont été tracées arbitrairement par les empires coloniaux. A cette époque, ces zones dans lequelles les
indigènes n'avaient pas le droit de pénétrer, constituaient pour l'oligarchie coloniale des zoos dans lesquels elle pouvait venir librement chasser ou contempler une nature apparement vierge
d'activité humaine. Aujourd'hui, ces réserves constituent de véritables zones d'instabilité politique qui permettent de maintenir l'Afrique dans un état permanent de guerres, de coups d'Etat, de
massacres et... de non-développement. Dans un tel contexte, les richesses naturelles ne sont pas exploitées pour élever le niveau de vie de la population mais demeurent simplement sous le contrôle
de quelques cartels miniers du Commonwealth anglo-américain.
Donnons deux exemples :
- Ouganda-Soudan. Le dernier bastion de l'Armée de libération du peuple soudanais (SPLA) au Soudan est la ville de NimuIi sur la frontière avec l'Ouganda. II est approvisionné à
la fois depuis le parc national tout proche de Nimuli qui se trouve à la frontière avec l'Ouganda, et depuis le parc de la vallée de Kidepo dans le nord de l'Ouganda. Ce dernier sera aussi de
centre de commandement et d'entrainement du SPLA.
Depuis au moins les années 60, différents groupes ougandais ont lancé des opérations militaires contre le sud du Soudan à partir du parc Kidepo. Celui-ci a été créé en 1962,
contre l'avis des spécialistes de la conservation sur place qui contestaient surtout son emplacement. Certains maintiennent qu'il avait été créé uniquement pour faciliter la subversion par la
Grande-Bretagne du Soudan devenu indépendant en 1956. Le fondateur du WWF, Peter Scott, fut aussi pendant longtemps le président du département ougandais des parcs.
- Ouganda/Congo-Zaire. Pendant les années 60 et 70, le KGB formait des mouvements de libération de l'Afrique australe dans des parcs nationaux de l'Ouganda et du Zaïre. Parmi ces
mouvements, il y avait l'Union des peuples du Zimbabwe (ZAPU) et sa scission, l'Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU), le Congrès national d'Afrique du Sud (ANC) et sa scission, le Congrès
Pan-Africain (PAC).
Les endroits utilisés faisaient partie du complexe des parcs nationaux de l'ouest de l'Ouganda et de l'est du Zaïre, dont le parc zaïrois Virunga, le complexe de parcs Reine
Elisabeth et le parc Gorille d'Ouganda. Ces mêmes parcs devaient servir plus tard aux invasions ougandaises du Rwanda en 1990 et 1994.
Le WWF en Europe
Les projets du WWF en matière de « parcs naturels » et de « zones protégées » ne se limitent pas à l'Afrique, même
si c'est sur ce continent qu'ils prennent leur forme la plus brutale — étant donné que c'est justement là que le «mondialisme" prend le plus le pas sur les Etats et les institutions nationales à
l'heure actuelle. En fait, le WWF a prévu pour les cinq continents des projets de redécoupage des frontières, y compris en Europe et en Amérique du Nord, qui visent partout à faire exploser la
souveraineté nationale.
La chute du communisme semble, par exemple, avoir constitué un cauchemar pour le prince Philip, car à cette époque, certains milieux industriels en Europe, influencés en cela par
des propositions de l'économiste américain Lyndon LaRouche, avaient envisagé de lancer un programme de développement industriel et d'infrastructure comprenant entre autres un vaste réseau
ferroviaire entre l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est. Le WWF a publié une étude intitulée Parcs pour la vie : Action en faveur de zones protégées en Europe qui a été présenté à la
presse le 19 septembre 1994 à Bruxelles. A la lecture de ce rapport de 150 pages, on trouve un étonnant éloge du rideau de fer car celui-ci aurait contribué à préserver la pureté écologique en
Europe ! Tout au long de ce rapport, les auteurs se prononcent contre « les grands projets d'infrastructure » et pour l'extension des terres non exploitées.
Le WWF en France
Le WWF sert de structure de coordination à l'ensemble des organisations écologistes pour leurs différentes actions
contre les projets infrastructurels. Avec un budget annuel de 20 millions de francs, provenant essentiellement du mécénat d'entreprises, il mène une campagne assidue pour instaurer le «
développement durable » dans tous les secteurs de la vie francaise. Par ce terme, le WWF entend surtout la « protection des milieux naturels », à laquelle il consacre 43% de son budget.
C'est ainsi que l'opération qui a permis de bloquer les programmes de l'EPALA (Etablissement public de l'aménagement de la Loire et de ses affluents) a été menée par une
association, Loire vivante, dont l'essentiel du fonctionnement était assuré par le WWF. C'est en effet lui qui payait le salaire du permanent suisse de cette association, Roberto Epple. Cette
opération a d'ailleurs réussi puisque, après moult retournements et tergiversations des gouvernements Rocard, Cresson et Bérégovoy, il était finalement décidé en janvier 1994 — donc par le
gouvernement Balladur — d'abandonner deux projets de barrage, dont celui de Serre-de-la-Fare, le plus controversé des ouvrages proposés par l'EPALA.
En 1988, le duc d'Edimbourg se rendait même en personne au Bec d'Allier, l'observatoire installé par le WWF au confluent de la Loire et de l'Allier, et y lançait son « Vive la
Loire sauvage ! » Se développait ensuite une campagne l'échelle européenne, dont le cri de ralliement était « Sauvons la Loire, dernier fleuve sauvage d'Europe ». Les organisations écologistes des
quatre coins de l'Europe rameutées par le WWF, venaient soutenir les opposants à l'aménagement de la Loire. Ceux qui ont tout perdu suite aux inondations apprécieront l'éloge ainsi consacré à la «
sauvagerie » d'un fleuve qui a accompagné pendant plus de dix siècles l'histoire de France. Sauvagerie qui peut se résumer en deux chiffres : en plein été, le débit de la Loire peut descendre
jusqu'à 50 m3/s (le quart de celui de la Seine au mois de juillet sous les ponts de Paris) ; lors d'une grande crue, ce même débit peut soudain s'élever jusqu'à 8 000 m3/s. La grande colère de la
Loire de 1980 faisait ainsi 8 morts et plus de 500 millions de francs de dégâts.
Selon la philosophie du WWF, « l’homme doit abandonner les zones dangereuses », ce qui revient essentiellement à dire que l'homme doit disparaître de la surface de la planète.
C'est pourquoi le WWF fait abondamment campagne contre les projets de barrage de la Loire, n'hésitant pas à s'allier pour l'occasion une organisation aussi extrémiste que Robin des Bois, fondée par
Jacky Bonnemains, un dissident de Greenpeace.
Le WWF travaille aussi directement avec Greenpeace. Le directeur de la communication du WWF, Pierre Mollier, avoue ainsi « rencontrer au minimum une fois par semaine mes
collègues de Greenpeace, au moins pendant la période de la conférence de la Commission baleinière internationale ». S'il y a parfois désaccord sur les méthodes entre les deux organisations, il y a
complet accord sur le but à atteindre : arrêter ce qu'ils appellent le «développement insoutenable qui détruit la planète. »
Table des matières
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Publié dans : Tuez-les tous!
Par Jean-Gabriel
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Samedi 1 janvier 2005
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I. ORIGINES ET FONDEMENTS IDÉOLOGIQUES DES
MOUVEMENTS ÉCOLOGISTES
4. L'écologisme en France - PDF
Les fondements historiques et philosophiques de l'écologisme en France ne sont pas différents de ceux que nous avons
passés en revue d'un point de vue international. Cependant, quelques spécificités ont contribué à retarder l'apparition dans notre pays d'un courant écologiste de masse. Tout d'abord, l'influence
profonde et durable de Jean Jaurès dans le mouvement ouvrier français. Ce n'est que dans les années 60 que la CFDT à commencé à construire un syndicalisme corporatiste, dans lequel toute référence
au progrès et à la contribution ouvrière à ce progrès est supprimée au profit d'une conception des intérêts individuels et des appétits immédiats. Le PSU et la « nouvelle gauche » incarneront aussi
cette tendance et joueront un grand rôle pour le développement de l'écologie comme thématique politique. Cette tendance se retrouve maintenant dans la « troisième gauche » que veut développer
Daniel Cohn-Bendit, à la fois ultralibérale et anti-industrielle.
Le deuxième élément spécifique tient à ce que les idées de « retour à la Terre" avaient déjà été entendues sous Vichy et étaient donc négativement connotées pour la majorité de
la population, au moins pendant l'expansion agricole et industrielle des quatrième et cinquième République. Dans la mesure où Vichy est resté très longtemps un tabou absolu, il était difficile de
reprendre ses thèmes, contrairement à ce qui s'est passé en Allemagne. Là-bas, la dénazification a eu l'effet inverse : en insistant avant tout sur les camps de concentration, elle a fait oublier
les autres horreurs du nazisme : eugénisme, élimination des faibles et des improductifs et création d'une législation sur la protection de la nature anti-humaine. Les premières lois de protection
des animaux sont ainsi nées dans l'hitlérisme.
Le troisième élément (sans doute le plus déterminant) est lié à la personnalité du général de Gaulle. Défenseur acharné de la souveraineté nationale, il a livré une guerre sans
merci à ceux qui, dans les institutions internationales telles que l'Otan ou l'Onu, préparaient la création d'un gouvernement mondial malthusien. La vie politique de l'après-guerre a été dominée
par les gaullistes et le parti Communiste, tous deux défenseurs de l'Etat-nation et du progrès scientifique. Les écologistes et les fédéralistes sont perçus par eux comme des ennemis contre
lesquels il faut s'allier. Cette alliance « gaullo-communiste » va jouer dans le lancement et le développement du nucléaire, dans l'échec de la Communauté européenne de défense, dans le
développement de I 'aérospatial, etc.
Néanmoins, les forces mises en oeuvre au niveau de la transformation culturelle vers le pessimisme de la croissance zéro étaient telles que la France a basculé à son tour. Ce
basculement s'opère non pas tant en mai 68 que dans la période qui l'a immédiatement suivi. En effet, si les groupes gauchistes prolifèrent un moment, le soufflé retombe rapidement. Les mouvements
trotskistes végètent et les maoïstes explosent, laissant place à une élite qui se dirigera vers le terrorisme, tandis que ceux qui n'osent pas passer à l'acte rejoindront le capitalisme qu'ils
avaient tant décrié, investissant notamment le monde de la communication et des médias. Quant à la masse des jeunes « déçus » par l'échec de leur « révolution », elle se dirige vers les paradis
artificiels de la drogue et vers l'écologie, l'idéologie la plus à même d'exprimer le « refus de la société » qu'ils veu ent manifester.
Des théoriciens ont habilement préparé le terrain. Ce sont lvan lllitch, Bertrand de Jouvenel, Denis de Rougemont et André Gorz, alias Michel Bosquet. La plupart sont publiés par
les éditions du Seuil : Quelle terre laisserons-nous à nos enfants de Barry Commoner (1969), Libérer l'avenir d’Illitch (1970), l'Utopie ou la mort de René Dumont, etc.
Ils ont préparé la voie dans laquelle s'engouffreront ensuite les chefs d'école tels que Serge Moscovici, René Dumont, Pierre Samuel, Brice Lalonde, etc.
Le mouvement gauchiste et écologiste abandonne alors toute référence au marxisme, par trop productiviste. S'il a fallu quelques années à André Gorz pour signer ses Adieux au
Prolétariat, le tournant était pris bien avant. Quelques journaux reflètent cette évolution : Actuel, porte-drapeau de la contreculture rock-drogue, publie en 1971 le premier dossier
sur l'écologie paru dans une revue grand public. Pierre Fournier, journaliste à Hara-Kiri, puis à Charlie Hebdo, après s'être lancé dans les campagnes antinucléaires, lance en
1972 le premier magazine purement écologiste : La gueule ouverte, « le journal qui annonce la fin du monde ». Quelques mois plus tard, le Nouvel Observateur, qui avait déjà
préparé le terrain avec André Gorz, lance un supplément intitulé Le Sauvage, auquel collaborent Claude Perdriel, Alain Hervé et Brice Lalonde. Ces deux journaux vont servir d'organes du
mouvement écologiste pour le reste des années 70. Il faut citer aussi le trimestriel Combat Nature, fondé en 1974 par Alain de Swarte, moins gauchiste et davantage orienté vers le
naturalisme conservateur dont nous parlerons plus tard.
Le Larzac marque le tournant à partir duquel les organisations gauchistes « traditionnelles » perdront du terrain face au mouvement écologiste montant. En mai 1971, un millier de
personnes se réunissent pour manifester contre le camp militaire du Larzac, à l'appel des organisations régionalistes occitanes, du PSU, du Parti socialiste, et du Mouvement pour le désarmement, la
paix et la liberté, dirigé par Claude Bourdet. Les maoïstes de la Gauche prolétarienne (La cause du peuple) lancent ensuite en été une opération sur le terrain pour tenter de récupérer le
mouvement, mais se rendent assez vite impopulaires par leur violence et leur dogmatisme. Les paysans préfèrent suivre la bannière non violente du prophète Lanza del Vasto, qui entame une grève de
la faim en mars 1972. En avril 1973, les Amis de la Terre se joignent au mouvement. Désormais, l'idée à la mode dans la jeunesse branchée, ce n'est plus le marxisme, c'est l'écologie. La voie est
ouverte pour la candidature de René Dumont qui va faire connaître les thèses écologistes à des millions de français, au cours de la campagne présidentielle de 1974, s'en prenant notamment à la «
croissance économique délirante (...) que le monde a connu de 1945 à 1973 ».
Agronome né en 1904, René Dumont n'a pourtant embrassé la cause écologiste qu'au tout début des années 70, sensibilisé par le rapport du Club de Rome et la Bombe P du couple
Ehrlich. Il avait publié en 1973 L'Utopie ou la mort (Seuil) dans lequel il reprend la thématique malthusienne, mais y ajoute un tiers-mondisme militant et une vision politique. Si Dumont
est favorable à la croissance zéro démographique (il va jusqu'à justifier l'avortement systématique au Japon ou l'abandon des petites filles en Chine), il ne veut pas d'une croissance économique
zéro. Contre l'économie de profit, il voit la solution dans une économie distributive au niveau mondial, basée sur l'autogestion au sein de communautés locales.
Dumont fédère autour de sa candidature deux courants très différents : d'un côté, les écologues, écologistes et les naturalistes « classiques » apprécient ce candidat qui met
pour la première fois les thèses écologistes sur la table dans un débat politique national ; de l'autre, de nombreuses mouvances post-soixante huitardes se retrouvent dans l'autogestion et dans ses
références à mai 68 et au « président Mao ». Même si le PSU, dont René Dumont fut membre, préfère officiellement soutenir la candidature Mitterrand, nombre de ses militants soutiendront Dumont, à
commencer par Brice Lalonde, qui sera son directeur de campagne. Deux tendances donc, que l'on pourrait appeler respectivement naturalisme conservateur et naturalisme subversif.
Le naturalisme conservateur : Bertrand de Jouvenel et Robert Hainard, les précurseurs cachés
Bertrand de Jouvenel peut être considéré comme l'un des précurseurs de l'écologie politique, en tout cas des développements que celle-ci a eu en matière de prospective et de
gestion sociale. Petit problème : il fut aussi l'un des idéologues du Parti populaire français de Jacques Doriot, ardent défenseur de la collaboration avec les nazis. En 1960, il se reconvertit
dans la prospective et fonde l'association Futuribles (conjugué des mots futur et possible), avec le soutien de la Fondation Ford, la même qui lança le Club de Rome et de très nombreux autres
projets écologistes. Elle acquiert très vite une grande crédibilité et obtient des financements officiels du commissariat au Plan et de la DATAR. On y rencontre plusieurs futurs membres du Club de
Rome, comme Jean Saint-Geours et Serge Antoine, mais aussi François Bloch-Lainé et Jacques Delors. Aujourd'hui, même si l'association est moins influente, elle survit sous la houlette de Hugues de
Jouvenel et finance ses activités par des opérations de conseils. Depuis 1975, elle édite la revue mensuelle Futuribles, dans laquelle sont commentés les travaux du Club de Rome et où l'on aborde
les grands thèmes de l'écologie réformiste : développement durable, pouvoir nucléaire, démographie, etc. On y retrouve les signatures d'écologistes tels que René Dumont, Brice Lalonde et Guy
Aznar.
Bertrand de Jouvenel a très tôt défini les thèmes qui seront repris par les écologistes, notamment dans deux ouvrages : Arcadie, essai sur le mieux vivre (SEDElS, 1970),
et La civilisation de puissance (Fayard, 1976). Il y fustige la pensée économique libérale et l'idéologie de la croissance. ll est l'un des premiers à demander à ce que l'on internalise
les coûts représentés par la destruction du capital naturel et a cette phrase célèbre pour dénoncer la comptabilité en usage dans le système du PNB : « Selon notre manière de compter, nous nous
enrichirions en faisant des Tuileries un parking payant et de Notre-Dame un immeuble de bureaux. » Bertrand de Jouvenel demande donc aux économistes de tranformer leurs modes de calculs en prenant
en compte de nouveaux paramètres, à commencer par les biens gratuits que sont l'eau douce et l'air. Ensuite, il recommande à l'industrie de se lancer dans le recyclage de ses déchets et de prendre
en compte les coûts externes générés par ses activités polluantes.
Plus généralement, de Jouvenel remet en question le productivisme, qu'il soit capitaliste ou soviétique, parce qu'il va à l'encontre d'un enracinement qu'il considère comme
fondamental pour l'ordre social :
« Que l'homme soit enraciné dans un lieu géographique, qu'il y soit attaché parce que là sont les tombeaux de ses pères, là se situent les souvenirs de son enfance et de sa
jeunesse, là sont noués ses liens familiaux et amicaux, là en un mot sont ses amours et ses responsabilités, qui donnent un sens à sa vie : cela de tout temps et par tous a toujours été jugé un
bien. Or cela est devenu un mal au regard de l'exigence productiviste. »
Et Jouvenel voit la solution dans une écologie politique qui se placerait au dessus de la science économique en intégrant celle-ci. Cette nouvelle vision appliquerait à la
société les enseignements tirés de l'étude de la nature et de son fonctionnement cyclique.
Parmi ceux qui se réclament explicitement de la pensée de Robert Hainard, notons Antoine Waechter et Solange Fernex, deux responsables des Verts. Antoine Waechter a été jusqu'à
prononcer une conférence sur son oeuvre en 1998, devant un auditoire de la Nouvelle Droite. Philippe Lebreton, directeur de l'influente FRAPNA, et membre dirigeant de France-Nature-Environnement,
préface la seconde édition de Nature et mécanisme. En échange, Robert Hainard postfacera en 1988 le livre de Lebreton, La nature en crise (Sang de la Terre). Et Jean-François
Terrasse, directeur scientifique du WWF France, préface la deuxième édition de Et la nature ? Un groupe de réflexion intitulé symboliquement « Diogène » rassemble les partisans de Robert
Hainard de 1970 à 1973. On y retrouve des militants écologistes comme Antoine Waechter et Solange Fernex, mais aussi des technocrates internationaux comme Jacques Delors et Denis de Rougemont.
On retrouve Robert Hainard en 1989 au comité de soutien de l'Association pour la protection des animaux sauvages, ainsi qu'au comité d'honneur du Rassemblement des opposants à la
chasse, mais il est assez peu présent sur le terrain de l'écologie politique. Pourtant, c'est directement de lui que va naître le premier parti écologiste français. Directement issu de Diogène et
des associations alsaciennes de protection de la nature, le mouvement Ecologie et Survie, lancé par Antoine Waechter et Solange Fernex, participe aux élections législatives de 1973 en présentant
Henri Jenn, qui obtient 2,7%. À Paris nait peu après le Mouvement écologique, sur les mêmes bases. Ces mouvements, et ceux auxquels ils ont donné naissance dans d'autres régions françaises se
retrouvent en 1978 dans une coordination « Ecologie 78 » animée par Philippe Lebreton, puis aux européennes de 1979, où ils soutiennent la liste « Europe écologie » avec Solange Fernex pour tête de
liste. A chaque fois, sont affirmées des préoccupations essentiellement écologiques : on dénonce la société industrielle et l'atome, on promeut l'agriculture biologique et la lutte contre le
gaspillage. Dans cette perspective, on exclut de participer à un vaste front de lutte sociale, notamment avec le PSU, les radicaux de gauche ou des partis d'extrême-gauche. Toute cette tendance va
se retrouver dans le Mouvement d'écologie politique (1980-1982) puis dans les Verts-Parti écologiste.
Le naturalisme subversif de Serge Moscovici et Brice Lalonde
L'autre grande tendance est liée à la personnalité de Brice Lalonde et aux idées de Serge Moscovici. Celui-ci a joué un grand rôle dans la déconstruction de la modernité.
Moscovici estime que si celle-ci libère l'homme des assauts d'une nature cruelle, elle le soumet en contrepartie à des contraintes pesantes : marché de dupe auquel il faudrait renoncer en revenant
aux traditions naturelles et à l'enracinement. Contrairement à la tendance philosophique moderne qui invite l'homme à s'arracher à ses déterminismes, Moscovici refuse de diaboliser la nature et de
magnifier la culture. Pour lui, il faut abandonner toute vision universaliste, forcément totalitaire, et favoriser l'expression spontanée de minorités naturelles. C'est ainsi qu'avec La société
contre nature, (Union générale d'Edition, 1972) Serge Moscovici va poser les fondements d'une philosophie politique de l'écologie.
Cela commence par une remise en cause fondamentale, celle de la domestication. Celle-ci se fonde sur l'idée que la société doit lutter contre la nature pour imposer l'ordre et la
paix, l'état de nature étant assimilé à un état de guerre. La domestication implique le contrôle de ce qui est naturel en nous (instincts, pulsions, etc.) et autour de nous (la nature à conquérir).
Très vite, les principaux ennemis apparaissent : le judéo-christianisme, du fait de l'injonction biblique demandant à l'homme de « faire du monde un jardin », et la science rationnelle qui
instrumentalise la nature.
ll s'agit donc de contester cette coupure nature-culture :
« Qu'est-ce qui permet de soutenir, si on ne le postule pas pour des raisons extrinsèques, religieuses ou philosophiques, que les lois sociales se séparent des lois
bio-naturelles et s'y substituent ? »
Si la raison a eu l'avantage de libérer l'homme de craintes irrationnelles et de démystifier nombre de légendes, elle a commis le crime irréparable de « dé enchanter le monde ».
Il faut donc ensauvager la vie en levant les tabous comme Ia prohibition de l'inceste, en laissant revenir les pulsions naturelles réprimées et en contestant toute autorité. Dans cette perspective,
l'Etat devient l'ennemi absolu, parce qu'il va de pair avec la militarisation, le progrès scientifique et technologique. A l'inverse, la communauté, la famille élargie à plusieurs générations, le
village, sont les lieux naturels de l'épanouissement humain.
Dans son livre Histoire de l'écologie politique, Jean Jacob remarque :
« L'éloge de la terre, de l'enracinement, du pays réel contre le pays légal, la référence constante à la nature sont des thèmes ancrés depuis plusieurs décennies à
l'extrême-droite. Ce n'est qu'à la suite du mouvement de mai 68 que certaines interrogations proches ont à nouveau pu acquérir droit de cité dans le débat intellectuel et sortir de l'opprobre dans
lequel les avait jetés le régime de Vichy. »
Moscovici se revendique de cette filiation subversive et non bien sûr de la tradition réactionnaire. Néanmoins, certains passages de son oeuvre font vraiment penser au
naturalisme conservateur :
« Le régime des castes est la tentative la plus élaborée qu'on ait faite pour identifier l'ordre naturel à l'ordre social, la reproduction sociale et la reproduction biologique
avec la reproduction naturelle, bref pour atteindre l'équilibre parfait. »
Moscovici n'est pas seul. Il gravite dans une nébuleuse contreculturelle l'on trouve les sociologues Edgar Morin et Alain Touraine, les écrivains régionalistes Robert Laffont et
Bernard Charbonneau, les écologistes du groupe ECOROPA et le Groupe des Dix de Jacques Robin. Dès le début des années 70, il rejoint les Amis de la Terre où il rencontre Brice Lalonde, qui
deviendra son porte-voix en politique. Moscovici, lui, même s'il a été parfois candidat à des élections, ne croit pas à la construction d'un parti écologiste centralisé. II préfère la notion de
réseau fédérant des mouvements féministes, écologistes, régionalistes, pacifistes. Moscovici a eu une certaine influence sur la deuxième gauche, notamment sur Alain Touraine qui travaillera pendant
deux ans sur le mouvement antinucléaire. Dans La Prophétie antinucléaire, (Seuil, 1980) il écrit :
« Explorant les luttes sociales d'aujourd'hui pour y découvrir le mouvement social et le conflit qui pourraient jouer demain le rôle central qui a été celui du mouvement ouvrier
et des conflits du travail dans la société industrielle, nous attendons de la lutte antinucléaire qu'elle soit la plus chargée de mouvement social et de contesta tion, la plus directement porteuse
d'un contre-modèle de société. »
C'était l'époque où André Gorz parlait d'« électrofascisme » à propos d'EDF. Tout un courant de la deuxième gauche et de l'extrême-gauche identifiera ainsi l'énergie nucléaire au
totalitarisme, parce qu'elle incarne au plus haut point les valeurs de l'Etat-nation : armée, centralisation, progrès technique. Le slogan « société nucléaire, société policière, société
totalitaire » sera l'un des mots d'ordre qui conduira à des assassinats d'ingénieurs et de dirigeants du secteur nucléaire, au premier rang desquels Georges Besse et René Audran.
En réalité, ce contre-modèle fera long feu. Brice Lalonde commencera sa carrière dans un rôle de « gauchiste romantique » selon sa propre expression. Il la terminera assez
lamentablement auprès du libéral Alain Madelin après avoir tenté de manger à tous les rateliers. Entre-temps, il aura été candidat de tous les écologistes à l'élection présidentielle de 1981 (3,9%
des voix) ; en 1984, il dirigera la liste ERE (Entente radicale écologiste) aux élections européennes, avec Olivier Stirn et François Doubin. En 1988, il soutient François Mitterrand pour un second
mandat, ce qui lui vaudra un portefeuille de ministre de l'Environnement dans le gouvernement Rocard. C'est à cette époque qu'il lance son mouvement Génération Ecologie, avec de prestigieux
parrainages (Haroun Tazieff, le Pr Minkowski, Jean-Louis Borloo, Bernard Clavel, Noel Mamère, etc.). On trouve aussi des militants écologistes de la première heure tels que Corinne Lepage et son
mari Christian Huglo, Hugues de Jouvenel, le responsable des Futuribles, les journalistes Guy Konopnicki et Guy Aznar, ou encore la député socialiste Marie-Noëlle Lienemann. Le succès initial aux
élections régionales de 1992 se révélera être un feu de paille et le mouvement se délitera très vite du fait de la pratique autocratique de Brice Lalonde, qui n'est finalement libertaire que
vis-à-vis du pouvoir des autres. La versatilité de la ligne politique de Lalonde et la montée en puissance de Dominique Voynet au sein des Verts feront le reste. L'essentiel des fondateurs quitte
le mouvement pour créer des mouvements dissidents qui iront, au bout de quelques années, rejoindre les Verts. Brice Lalonde continuera seul son chemin en soutenant successivement Michel Rocard,
Edouard Balladur, Raymond Barre, Jacques Chirac et Alain Madelin.
Naissance et développement des Verts
Le flambeau du naturalisme subversif al lait être repris au sein des Verts par des militants qui ne sont pas les héritiers directs de Moscovici mais qui viennent des mêmes
cercles. Toutefois, cela allait passer d'abord par une longue période de cohabitation avec des naturalistes conservateurs tels que Waechter. C'est en 1984 que naissent officiellement les Verts,
comme fusion de deux tendances bien distinctes : d'un côté, les Verts-Parti écologiste, d'Antoine Waech ter, Philippe Lebreton et Solange Fernex ; de l'autre, les Verts-Confédération écologiste,
composée de militants des Amis de la Terre ayant choisi, contrairement à leur leader Brice Lalonde, de poursuivre l'action politique de façon fédérative. C'est là que l'on retrouve Yves Cochet et
Dominique Voynet.
Au départ, ces derniers sont d'ailleurs majoritaires chez les Verts. Mais très vite, dès 1986, Antoine Waechter va s'imposer avec sa motion « L'écologie n'est pas à marier ».
Autrement dit, ni droite ni gauche. Cette victoire d'un partisan revendiqué de Robert Hainard remplit de joie la plupart des écologistes de terrain, souvent réticents devant les restes de gauchisme
chez certains soixante huitards. Un organe comme Combat-Nature soutiendra toujours Waechter. Néanmoins, après avoir régné sur les Verts pendant sept ans, Waechter est mis en minorité par
Dominique Voynet en 1993, et quitte le parti en 1994 pour fonder le Mouvement écologiste indépendant dont l'influence électorale restera confidentielle. Chez les Verts, Dominique Voynet et Yves
Cochet vont imposer l'accueil de l'ancien communiste Pierre Juquin et l'alliance avec les socialistes aux législatives de 1997. Avec six députés et un ministère à la clef.
Quelle que soit l'intérêt qu'il y a à analyser la division en deux tendances qui existe au sein du mouvement écologiste, il reste que celui-ci se réunit autour de quelques dogmes
fondamentaux :
• opposition totale au capitalisme industriel aussi bien qu'au productivisme marxiste ;
• opposition absolue à l'énergie nucléaire ;
• volonté d'arrêter la croissance démographique, voire de promouvoir une baisse de la population mondiale.
D'ailleurs, il reste des naturalistes conservateurs convaincus au sein des Verts, et ceux-ci n'attendent que l'occasion pour reprendre le pouvoir sur une Dominique Voynet
affaiblie par les contraintes de la majorité plurielle. Elle a souvent dû accepter ce qui constituait des hérésies pour les Verts : autorisation données aux organismes génétiquement modifiés,
extension de l'usine MELOX, création des laboratoires souterrains sur les déchets radioactifs, redémarrages de Phénix, de Civaux, etc.
Certains s'attendent à ce que les Verts éclatent à nouveau, une frange allant rejoindre le PS pour y créer un courant, l'autre revenant à l'intransigeance waechtérienne. Quoi
qu'il en soit, l'important n'est pas là, mais dans la diffusion progressive des thématiques écologistes dans tous les partis. Les critiques du productivisme, autrefois limitées au Front national de
Jean-Pierre Stirbois et aux Verts, sont désormais entrées chez tous les partis, avec plus ou moins de force. Même au RPR ou au parti communiste, bastions de l'idéologie productiviste, on trouve
désormais des opposants au nucléaire ou des chantres du développement durable. Sous cet angle, on peut dire que les écologistes ont réussi leur conquête de la France.
Cette conquête a été largement favorisée par des têtes d'affiche telles que Jacques-Yves Cousteau ou Hubert Reeves. Le premier fut pendant dix ans premier au hit-parade des
Francais les plus populaires organisé chaque mois par le Journal du Dimanche. Ces personnalités étaient déjà des vedettes scientifiques (Cousteau en biologie marine, Haroun Tazieff en
volcanologie, Paul-Emile Victor en ethnologie, Reeves en astronomie, etc.) et elles n'ont rencontré les thématiques écologistes que relativement tard. Mais elles ont joué un rôle très important
pour les vulgariser et surtout pour les légitimer. Cousteau a été ainsi présenté au Sommet de Rio par le secrétaire général Maurice Strong :
« C'est mon héros. Un homme qui a plus de pouvoir que bien des chefs d'Etat. Je vous présente le Captain Planet. »
Et Cousteau se livre devant les chefs d'Etat et les milliers de participants à un long discours sur les dangers de la démographie, principale menace pour l'environnement.
Cousteau est un malthusien radical, qui ne prend pas de gants pour exprimer sa pensée. Dans la revue de l'Unesco de novembre 1991, le rédacteur en chef du Courrier de l'Unesco demande au
commandant Cousteau : « Il y a des espèces animales qui constituent des menaces pour l'homme, comme certains serpents, certains moustiques. Peut-on les éliminer comme on tente d'éliminer les virus
responsables de telle ou telle maladie ? » Cousteau lui donne la réponse suivante :
« L'élimination des virus relève d'une idée noble, mais elle pose à son tour d'énormes problèmes. Entre l'an 1 et l'an 1400, la population n'a pratiquement pas changé. A travers
les épidémies, la nature compensait les abus de la natalité par les abus de la mortalité. (...) Nous voulons éliminer les souffrances et les maladies ? L'idée est belle, mais elle n'est pas tout à
fait bénéfique sur le long terme. Il est à craindre que l'on ne compromette ainsi l'avenir de notre espèce. C'est terrible à dire. Il faut que la population mondiale se stabilise et pour cela, il
faudrait éliminer 350.000 personnes par jour. C'est si horrible à dire qu'il ne faudrait même pas le dire. Mais c'est l'ensemble de la situation dans laquelle nous sommes engagés qui est
lamentable. »
Cousteau a ensuite nié avoir tenu ces propos. Mais le rédacteur en chef du Courrier de l'Unesco conserve soigneusement le texte de l'interview, révisé de la main de
Cousteau et portant sa signature ! De plus le journaliste a également gardé la bande magnétique de l'entretien qui, selon lui, contient des choses encore plus extrémistes qu'il n'a pas osé
imprimer. Du genre « la vie d'une fourmi vaut celle d'un homme ». Où trouver les 350 000 personnes à éliminer ? Pas dans la famille Cousteau en tout cas : avant de mourir, le commandant s'est mis
en ménage avec une hôtesse de l'air de 40 ans sa cadette, et à 70 ans lui a fait deux enfants à ajouter aux deux fils issus de son mariage précédent. La surpopulation c'est les autres ! Et pour
être tout à fait clair, lorsqu'on lui demande comment il pose le problème de la surpopulation, il répond (Quotidien de Paris du 5 juin 1991) :
« C'est simple. Dans soixante-dix ou quatre-vingts ans, on ne parlera plus anglais aux Etats-Unis. La deuxième ville du Mexique s'appellera Los Angeles. En France ce sera pareil.
L'Europe va être envahie par les musuImans d'Afrique du Nord. Où est ce qu'ils vont aller pendant que le Sahara continue de gagner du terrain ? Ils vont arriver ici avec des bateaux ! Va-t-on leur
tirer dessus ? Non... On ne parlera plus français, allemand, espagnol, italien. On parlera arabe. »
Comme la plupart des opérations écologistes, Cousteau a bénéficié du soutien de lobbies financiers de poids. C'est le milliardaire Ted Turner (patron de CNN) qui a lancé
sa carrière télévisuelle en finançant ses expéditions et ses films dans les années 60 et 70. En 1986, le fonds des films Cousteau est racheté pour 200 millions de francs par la banque Worms.
Même s'il est loin d'être aussi fanatique et extrémiste que Cousteau, Hubert Reeves, astrophysicien au CEA et à la télévision française joue aujourd'hui un
rôle similaire. Réagissant à un reportage sur les écoguerriers anglais diffusé sur France 3, où l'on voyait notamment des opérations de résistance passive mais aussi des menaces de mort,
il a ainsi déclaré :
« Sans aller jusqu'à approuver les actions terroristes, je pense que leur cause est bonne. Je suis très admiratif de leur courage. Je trouve très bien que ces jeunes se
mobilisent pour des actions que l'on peut qualifier d'héroïques. »
(I&E du 9 mars 1999.)
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I. ORIGINES ET FONDEMENTS IDÉOLOGIQUES DES
MOUVEMENTS ÉCOLOGISTES
3. L'environnement global, un substitut à la Guerre froide pour parvenir au gouvernement mondial - PDF
L'écroulement du mur de Berlin en 1989 et l'effondrement de l'Union soviétique en 1991 ont été perçus comme
une catastrophe par un certain nombre de cercles, notamment les héritiers de Russell, qui voyaient dans la menace atomique permanente découlant de l'affrontement Est-Ouest, la possibilité de forcer
Ia création d'une institution supranationale globale. Ces milieux ont immédiatement cherché des « menaces de substitution » et sont rapidement tombés sur l'environnement.
En fait, l'environnement a été très tôt perçu comme un puissant moyen de mobiliser les institutions et de forcer les Etats-nations à se soumettre à une loi supérieure, celle de
la planète. Le rapport Halte à la croissance ? cite ainsi un discours du secrétaire général de l'Onu, Ulrich Thant :
« Je ne voudrais pas dramatiser, mais la seule conclusion que je puisse tirer des informations en ma
possession, c'est qu'il reste à peine dix ans aux nations membres de l'Onu pour oublier leurs anciennes querelles et s'associer pour mettre un terme la course aux armements ; pour sauver
l'environnement, pour freiner l'expansion démographique et pour donner l'impulsion nécessaire au développement des con trées les moins privilégiées.
«Si l'on ne parvient pas à un tel accord au cours de la prochaine décennie, j'ai bien peur que les problèmes que j'ai soulevés aient pris une telle ampleur qu'il sera devenu
totalement impossible de les surmonter. »
Ce discours correspondait exactement aux thèses développées dans un rapport qui fit grand bruit aux Etats-Unis, lorsqu'il parut anonymement en 1967 : Report from the Iron
Mountain on the Possibility and the Desirability of Peace. Ce texte se présentait comme le résultat du travail d'un groupe d'experts commandité par le gouvernement américain. Il provoqua un
tel choc que la Maison Blanche dut démentir toute responsabilité dans sa création. En fait, il semble bien que ce groupe d'experts ait bien été commandité par l'administration Kennedy, sans doute à
l'initiative de McGeorge Bundy et McNamara. C'est ce qu'affirme John Kenneth Galbraith, le célèbre économiste, qui fut lui-même invité à participer à ce groupe. Il écrit dans la préface de
l'édition francaise du rapport :
« De même que je prends personnellement la responsabilité de l'authenticité de ce document, je puis témoigner en faveur de la justesse de ses conclusions. Mes réserves ne
concernent que l'imprudence avec laquelle il a été mis à la disposition du public, qui n'était évidemment pas prêt à le comprendre. »
De fait, l'un des membres du groupe confia le manuscrit du rapport à Leonard Lewin pour qu'il le publie. Anatole Rappoport, du Tavistock lnstitute, témoigna également en faveur
de l'authenticité de ce rapport, qui aurait été écrit entre 1963 et 1965. Le gouvernement américain souhaitait analyser la situation nouvelle qui découlait de la Guerre froide entre deux
superpuissances atomiques. Tout affrontement étant exclu par la doctrine de destruction mutuelle assurée, on allait vers la paix perpétuelle, situation inédite pour l'humanité. En résumé, le
rapport soutient que la guerre remplit des fonctions fondamentales dans la société : maintien de la cohésion sociale, fort contrôle gouvernemental sur l'économie, contrôle de la surpopulation,
source de progrès scientifique et d'inspiration artistique, etc. La guerre étant devenue impossible, elle ne peut plus assumer ses fonctions sociales de façon crédible, il faut lui trouver un
substitut. Le rapport examine de nombreuses possibilités, parmi lesquelles la menace écologique occupe une place de choix :
« Le modèle consistant à polluer le milieu ambiant [volontairement, pour obtenir une menace de substitut] ne paraît
pas répondre suffisamment aux exigences d'un contrôle social immédiat, sauf s'il consistait en une accélération arbitraire des tendances actuelles à la pollution, ce qui, en revanche, poserait la
question de savoir si de telles pratiques pourraient être acceptables politiquement. La question poserait une nouvelle attitude à l'égard de la création d'ennemis fictifs qui demanderait à
être encore sérieusement étudiée. (…)
«La pollution totale du milieu pourrait remplacer la possibilité de destruction en masse par des engins nucléaires en tant que principale menace apparente exercée contre la
survie de l'espèce. L'empoisonnement de l'air ainsi que des sources principales de nourriture et d'eau est déjà en bonne voie et, à première vue, pourrait apparaître comme prometteur, vu sous cet
angle ; cet empoisonnement constitue une menace contre laquelle on ne peut se défendre qu'en utilisant à fond l'organisation sociale et le pouvoir politique. Mais selon ce qu'on en sait aujourd'hui
[en 1967], il faudra encore attendre la vie d'une génération ou d'une génération et demie avant que la pollution du milieu ambiant, si grave qu'elle soit déjà, devienne suffisamment menaçante, à
l'échelle mondiale, pour pouvoir offrir une base possible à une solution de ce genre.
« Il est vrai que le taux de pollution pourrait être accru de façon sélective à cette fin ; en fait, la simple modification des programmes actuellement appliqués pour éviter la
pollution pourrait accélérer le processus dans une mesure suffisante pour rendre plus rapidement cette menace digne de foi. Mais le problème de la pollution a été si largement exposé au public au
cours des dernières années qu'iI semble désor mais hautement improbable qu'un programme de pollution du milieu, délibérément entrepris, puisse être utilise d'une manière acceptable à des fins
politiques.
« Si invraisemblables que puissent paraître les ennemis de remplacement possibles dont nous venons de parler, il nous faut insister sur le fait qu'il en faudra trouver un, d'une
ampleur et d'une crédibilité suffisantes, si l'on veut que la transition vers Ia paix aboutisse un jour sans désintégration sociale. Il est plus que probable, selon nous, qu'une telle menace
devra être imaginée, plutôt que créée, à partir de situations inconnues. »
(Leonard Lewin, Report from the Iron Mountain on the Possibility and Desirability of Peace, New York, the Dial Press, 1967.
Traduit en français sous le titre La paix indésirable? Rapport sur l'utilité des guerres, Calmann-Levy, Paris, 1967. C'est nous qui soulignons.)
Le rapport eut un effet détonant sur une société américaine. Même si de nombreux auteurs l'ont dénoncé comme une plaisanterie malsaine, ou ont relevé ses approximations
scientifiques (en économie et en sociologie), il a de toute façon provoqué un débat en profondeur, nourri d'un mélange de fascination et d'horreur qui peut s'expliquer ainsi : même s'il est évident
que ses hypothèses sont inhumaines et totalitaires, il ne l'est pas moins que celles-ci ont été acceptées par nos dirigeants et nos sociétés. Le « discours fort», révolutionnaire, sert aussi de
justification intellectuelle au totalitarisme en préparation.
Comme le rapport Halte à la croissance ? qui le suivra, ce document doit être considéré comme une opération de manipulation psychologique à l'échelle planétaire (quoique
son impact immédiat s'est surtout fait sentir aux Etats-Unis), un épisode majeur de la guerre psychologique et idéologique menée par les malthusiens pour transformer le paradigme des sociétés
occidentales.
Les idées de la « Montagne de fer » (lron Mountain) vont en effet prendre racine et aboutir, in fine, à la création d'une nouvelle menace globale, le réchauffement
global. Problème transfrontalier, transversal et systémique, ce réchauffement global possédait toutes les qualités requises du point de vue des opposants à la société industrielle : en touchant aux
émissions de carbone et de méthane, on touche au coeur de l'industrie et de l'agriculture modernes.
Par sa nature systémique, le problème de réchauffement global force la création d'institutions supranationales. Le totalitarisme se présente alors comme une nécessité logique
parée d'une justification scientifique.
Le rapport que la Commission trilatérale (voir encadré p.46) fit paraître en 1991, juste avant le Sommet de la Terre de Rio, va reprendre les idées maîtresses de la « Montagne de
fer » (Jim MacNeill, Pieter Winsemius, Taizo Yakushiji, Beyond interdependance, New York, Oxford University Press, 1991) :
« La crainte d'un conflit nucléaire, qui a exercé une pression psychologique considérable à une époque,
s'est traduite par un soutien politique à l'effort de défense, est en train de s'estomper. Mais certaines menaces environnementales pourraient finir par exercer la même pression dans l'esprit
des peuples. Tout comme l'arme nucléaire, certaines formes de dégradation environnementale constituent des menaces mortelles, l'une comparable à une attaque cardiaque, l'autre à un cancer. Les
négociations environnementales pourraient ressembler aux négociations en matière de désarmement. Mais elles différeront au moins sur un point fondamental. Une nation ne peut utiliser l'arme
nucléaire comme moyen de pression politique que si elle est forte dans les domaines militaire, technologique et économique. Un pays n'a pas besoin d'être riche ou puissant pour se servir des
questions environnementales comme moyen de pression [en refusant de coopérer]. » (C'est nous qui soulignons.)
« En résumé, les années 90 seront moins favorables à la coopération entre les pays de la Trilatérale que ne le furent les années 70 et 80. En l'absence d'une menace extérieure
suprême, facilement dramatisée, les citoyens des pays démocratiques auront naturellement tendance à se préoccuper des affaires intérieures et à aborder les problèmes dans une perspective
paroissiale. Mais la Commission trilatérale peut aider à dramatiser les coûts d'un manque de coopération trilatérale et d'une division de l'économie mondiale en blocs séparés. »
(C'est nous qui soulignons.)
Et Albert Gore, vice-Président américain, popularisera ce thème dans son livre Earth in the Balance (Houghton Mifflin Company, Boston, 1992) :
« De plus en plus de gens se joignent au mouvement de résistance [à la destruction écologique], mais le
temps est venu de faire de cette lutte le principe organisateur central de la civilisation mondiale. (...)
« J'ai la conviction que nous devons choisir une ligne d'action sans équivoque, il nous faut faire de la sauvegarde de l'environnement l'épine dorsale de notre civilisation.
»
(C'est nous qui soulignons.)
Le clone français d'Albert Gore, Michel Barnier, ancien ministre et commissaire européen, reprend aussi la thématique trilatérale :
« [L'ampleur du désastre écologique révélé par la faillite de l'empire soviétique] justifierait un véritable "plan Marshall" de l'écologie, financé essentiellement par l'Europe
occidentale, les Etats-Unis et le Japon. »
Et le Club de Rome, dans son rapport Question de survie (1991), entérine l'adoption définitive par les malthusiens de cette stratégie :
« A la recherche d'un nouvel ennemi qui nous ferait nous unir contre lui, nous en sommes venus à penser que la pollution, la menace du réchauffement de la Terre, la pénurie
d'eau, la famine et le reste étaient les bons candidats. Tous ensemble, avec en plus leurs interactions, ces phénomènes constituent effectivement la menace commune qui appelle la solidarité de tous
les peuples. »
Des « modifications institutionnelles » pour sauver l'atmosphère
En fait, de tous ces facteurs, c'est la protection de l'atmosphère qui s'est révélée le facteur le plus efficace en terme d'impact médiatique.
Dès 1975 une conférence intitulée « L'atmosphère menacée et menaçante » fut organisée par l'anthropologue Margaret Mead. Cette dernière expliqua que « c'est la croissance sans
précédent de la population mondiale qui a certainement l'influence la plus déstabilisante pour la biosphère». La conclusion était évidemment la nécessité de réduire la population humaine et son
activité industrielle.
Pour que l'opinion publique accepte cette réduction, Margaret Mead proposa ce qui suit :
« Ce que nous demandons aux scientifiques, ce sont des estimations présentées avec suffisamment de conservatisme et de plausibilité. (...) C'est ce qui nous permettra de
commencer à construire un système d'alerte artificielle, mais d'alerte efficace, le genre d'alerte qui pousse les animaux à fuir avant le cyclone. (...) ll faut rendre clair que les peuples de
toutes les nations sont physiquement interdépendants. Ce n'est que comme cela que nous parviendrons à obtenir les sacrifices dont les hommes sont capables. (...) ll faut donc concentrer toute notre
attention sur les dangers qui concernent l'humanité dans son ensemble. (...) [Les chercheurs en] sciences de la nature doivent donc développer des manières de décrire le danger qui nous menace
d'une façon qui soit plausible entre eux ».
Autrement dit, la vérité scientifique n'a pas d'importance, seules comptent les explications plausibles sur lesquelles se met d'accord un « club » qui détermine ce que doit
croire la population.
La menace du réchauffement climatique une fois établie dans les esprits, suite à diverses manipulations, on peut passer à l'étape suivante : la création d'institutions
supranationales. C'est ce qu'affirme en 1987 la Commission Brundtland (Commission mondiale sur l'environnement et le développement, Notre avenir à tous, Montréal, Ed. du fleuve, Les
publications du Québec, 1989) :
« L'important n'est pas vraiment de savoir si ces avenirs énergétiques plus modérés et efficaces sont tout à fait réalisables selon le calendrier prévu. Il s'agit plutôt d'opérer
de profonds remaniements politiques et institutionnels pour restructurer les investissements afin de pouvoir se lancer sur cette voie. »
Mais la Commission trilatérale, dans Beyond Interdependance, avertit qu' « iI faudra du courage et une vision politique pour surmonter ces obstacles et procéder à des
modifications politiques et institutionnelles sur une échelle inconnue depuis la Deuxième Guerre mondiale. »
Et les hommes d'Etat n'hésitent pas à approuver, tel Francois Mitterrand :
« Je crois, en effet, qu'il est nécessaire de créer un organisme supranational qui sera seul capable de veiller efficacement au respect des réglementations internationales qui
devront être édictées dans ce but [la protection globale de l'atmosphère].
(Changements climatiques, ce qu'en pensent les hommes d'Etat, OMM, Genève, 1991.)
Vers une dictature écologiste mondiale
Quels seront ces institutions nouvelles, supranationales, et comment opéreront-elles vis-à-vis des Etats-nations ? Le premier point est qu'elles ne seront pas démocratiques. La
plupart des penseurs écologistes sont élitistes et se livrent à des critiques acerbes contre la démocratie et le peuple avachi. La souveraineté nationale et la légitimité démocratique des
gouvernements sont généralement dépeintes comme des vestiges du passé qui empêchent les décisions rationnel les et efficaces et qui laissent la planète Terre sans défense face aux agressions
écologiques de l'homme. Au mieux, elles sont inefficaces, comme l'affirme la Commission Brundtland :
« En outre, l'idée de souveraineté nationale a été radicalement modifiée du fait de l'interdépendance sur les plans économique, écologique et de la sécurité. Le patrimoine commun
de l'humanité ne saurait être géré à partir d'un centre national, quel qu'il soit : un Etat seul ne saurait maîtriser des menaces contre des écosystèmes s'étendant à plusieurs pays. On ne peut
pallier des menaces contre la sécurité de l'environnement que par une gestion commune et que par des procédures et des mécanismes multilatéraux. »
Plus loin, la Commission affirme, citant le ministre canadien de l'Environnement Tom McMillan, qu'il faut établir « entre les pays une coopération qui leur permette de surmonter
la souveraineté ».
Dans un communiqué de presse à l'occasion du sommet de Rio, Michel Rocard, membre du groupe de Bilderberg et animateur de la « deuxième gauche » française fit ces déclarations
fracassantes :
« Ne nous faisons pas d'illusions. La communauté des nations doit faire pression ou même utiliser la contrainte contre les pays dont les installations menacent l'environnement.
Les instruments internationaux doivent être transformés en instruments de coercition, de sanction, de boycott et, d'ici quinze ans peut-être, de confiscation pure et simple de toute installation
dangereuse. Pour parler franchement, ce que nous voulons, c'est légitimer le contrôle de l'application des décisions internationales. »
« Il nous faut une véritable autorité mondiale qui aura en charge le suivi des décisions internationales telles les traités
signés (...) Cette autorité doit avoir la capacité de faire exécuter ses décisions. Il lui faut des moyens de contrôle et de sanction. Je connais l'appréhension de certains pays quand ils
considèrent que leur souveraineté est menacée. Mais nous ne traitons pas de problèmes nationaux. Il s'agit de problèmes internationaux. La pollution ne connaît pas de frontières et le niveau de la
mer ne peut varier en un endroit sans varier également ailleurs. (...) Évidemment, cette autorité supranationale devra être une autorité mondiale. C'est précisément ce caractère international qui
favorisera les pays les plus pauvres en les faisant bénéficier de ressources supplémentaires. »
Par rapport à ces institutions, la démocratie est un obstacle. La Commission trilatérale avait consacré un rapport entier à ce sujet (La crise de la démocratie, Samuel
Huntington, Michel Crozier, Joji Watanuki, 1975) :
« Nous en sommes venus à reconnaître qu'il existe des limites potentiellement désirables à l'extension de la croissance économique. Il y a aussi des limites désirables à
l'extension illimitée de la démocratie politique. Un gouvernement qui souffre d'un manque d'autorité et qui s'est engagé dans des programmes intérieurs [pour répondre aux demandes de sa « base"]
aura peu de moyens, à moins d'une crise cataclysmique, d'imposer à la population des sacrifices pouvant être nécessaires. »
C'est quasiment le même discours que tient le Club de Rome dans Halte a la croissance ? :
« A toutes ces difficultés s'en ajoutera une, majeure, dans la pratique : l'homme politique normal et même l'homme d'Etat n'agit en général qu'en fonction d'horizons purement
électoraux ; ces horizons sont naturellement très en deçà des périodes sur lesquelles, face à certaines évolutions, devraient porter notre réflexion et nos actions. Il y a là une contradiction
fondamentale dont il convient d'être conscient et qui ne sera surmontée qu'au prix de changements profonds dans les comportements et dans la nature et l'exercice de certains pouvoirs. »
Alexander King fut le deuxième président du Club de Rome, prototype du technocrate international, déclarant n'avoir « plus de nationalité", il a dirigé les affaires scientifiques
de l'OCDE. Il estime que ce sont des gens comme lui qui doivent remplacer les gouvernements démocratiques :
« [Les technocrates internationaux] sont les éminences grises de ‘plusieurs gou vernements’. Leur existence permet de résoudre le problème constitutionnel classi que : comment
concilier le pouvoir d'une indispensable mais ésotérique élite d'experts avec les droits des hommes et des parlementaires au sein d'un gouvernement démocratique » [citant Niger Calder,
Technopolis, Mac Gibbon, 1969] De plus, échappant aux pressions politiques nationales [c'est-à-dire n'ayant pas de compte à rendre aux électeurs], il [le technocrate international] peut
être influent [et] faciliter une coordination des différentes politiques nationales. »
Les technocrates internationaux qui officient au sein de l'OCDE, du PNUE, de la CE, des secrétariats des divers traités internationaux sur la protection de l'environnement global
et de bien d'autres institutions correspondent effectivement à ce qu'Alexander King attend. Ils peuvent, d'un trait de plume, après des manipulations de couloir, décider que telle substance est
cancérigène, qu'il faudra appliquer telle limite aux émissions de tel produit, voire interdire complètement la production et la commercialisation de certaines molécules chimiques. Sauf dans les
rares cas où une industrie nationale particulière a su mobiliser ses représentants nationaux et leur faire comprendre l'importance vitale de ce qui peut apparaître comme un détail technique, les
réunions internationales au cours desquelles on procède au vote se résument souvent à entériner des décisions déjà prises en petit comité.
Comme exemple caractéristique, nous nous référons à l'annexe 4 où l'on montre comment un seul chercheur, appuyé par des technocrates internationaux, a pu prétendre parler au nom
de toute la communauté scientifique mondiale.
Le protocole de Montréal : précédent
Le protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone, signé en septembre 1987, puis modifié à Londres (juin 1990) et à Copenhague (novembre 1992), est le prototype
expérimental des traités internationaux sur l'environnement. La plupart des nations, notamment du tiers monde, n'ont pas signé ce traité parce qu'elles n'étaient pas convaincues de ses fondements
scientifiques (à ce sujet, voir le livre Ozone, un trou pour rien, Editions Alcuin, 1992, qui synthétise les critiques scientifiques contre la théorie officielle). On peut citer aussi le
directeur de la recherche météorologique de la NOAA (l'agence américaine de l'océan et de l'atmosphère) Melvyn Schapiro, qui déclarait en 1993 :
« S'il n'y avait pas d'argent dans cette affaire, elle serait traitée rationnellement et avec honnêteté intellectuelle. Quand vous déclarez que la menace du trou dans la couche
d'ozone est une escroquerie, vous attaquez non seulement l'intégrité scientifique des gens, mais aussi leur porte-monnaie. Il s'agit d'argent, uniquement d'argent. »
Elles l'ont fait parce qu'elles avaient littéralement le revolver de la police mondiale sur la tempe. Il existe en effet une clause dans le traité de Montréal qui exige de ses
signataires une guerre économique contre les non-signataires. L'article 4 du traité, intitulé « Contrôle du commerce avec les pays non-parties » décrit en détail les actions qui seront entreprises
contre toute nation non-signataire. Il s'agit pour l'essentiel d'un embargo.
Dans un éditorial non signé du 9 mars 1989, la célèbre revue scientifique Nature écrivait :
« Selon ce journal, l'intérêt [du protocole de Montréal] vient d'abord du précédent qu'il crée aux conventions beaucoup plus contraignantes qui devront être signées s'il devient
un jour nécessaire de parvenir à un accord international sur les émissions de gaz carbonique pour éviter l'effet de serre. »
Et le directeur du PNUE, Mustapha Tolba de confirmer lors de la réunion de Londres :
« Les mécanismes que nous avons conçu pour le protocole serviront — très probablement — de modèle aux institutions créées pour contrôler [les rejets de] gaz effet de serre et
l'adaptation au changement climatique. »
Citons enfin ce propos de Richard Benedick, le négociateur américain de la Convention de Vienne (1985) et du protocole de Montréal qui déclare de façon très candide dans son
livre Ozone Diplomacy :
« L'aspect le plus extraordinaire du traité de Montréal, fut probablement l'imposition à court terme de coûts économiques substantiels pour protéger notre santé et
l'environnement de dangers futurs non prouvés qui s'appuient sur des théories scientifiques et non sur des données solides. »
Laissons la conclusion à Paul Crutzen, spécialiste de l'atmosphère, codétenteur du prix Nobel pour ses travaux sur la couche d'ozone. C'est donc un des pères scientifiques du
Protocole qui s'exprime (Le Monde du 30 janvier 1997) :
« Lorsque des prévisions apocalyptiques furent avancées, on ne connaissait pas exactement l'ampleur de la détérioration de la couche d'ozone. Maintenant on sait que les dégâts
sont très faibles. La démonstration a été faite que la couche d'ozone se détériore à un rythme fort ralenti. »
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Encadré : La Commission
trilatérale
Fondée en 1973 par David Rockefeller, alors président de la Chase Manhattan Bank, la Commission trilatérale s'est
définie dès son début comme un gouvernement mondial « parallèle », regroupant les élites financières et économiques du monde anglo-saxon et les architectes de la « détente » autour d'Henry
Kissinger. Outre David Rockefeller, Henry Kissinger, Zbigniew Brzezinski, Lloyd Cutler, Jimmy Carter, Raymond Barre, George Ball, on trouve parmi les hommes de la Trilatérale les dirigeants de la
British Petroleum, de la Royal Dutch Shell, des compagnies pétrolières américaines, de Rio Tinto Zinc, et de l'Anglo-American Corp., etc.
En 1975 paraît le rapport sur la crise de la démocratie, suivi de groupes de travail organisés dans le cadre du Projet pour les années 80. Puis, en 1976, avec l'accession à la
présidence de Jimmy Carter, c'est la période reine de la Trilatérale. Tous les ministres de son gouvernement en sont membres et appliquent la politique définie dans deux rapports écrits par la
Trilatérale : Global 2000 et Projet pour les années 80.
Si la Trilatérale a vu son influence baisser avec la présidence Reagan, elle reste un rouage essentiel pour ceux qui veulent imposer une politique malthusienne à l'échelle
mondiale. Parmi ses membres français, anciens ou actuels, citons Marcel Boîteux, ancien président d'EDF, Paul Delouvrier, ancien président d'EDF et ancien président de la CECA, Edmond de
Rothschild, Didier Pineau Valencienne, Michel David-Weill, Jean Deflassieux, ancien président du Crédit Lyonnais, Alain Gomez, ancien président de Thomson, Michel Crozier, membre des futuribles et
ancien directeur de L'Express, Thierry de Montbrial, directeur de l'Institut français des relations internationales, Michel Albert, etc.
Table des matières
<préc. - suiv.>
Publié dans : Tuez-les tous!
Par Jean-Gabriel
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