Samedi 1 janvier 2005
6
01
/01
/Jan
/2005
01:05
II. PROFIL ET MODE D'OPÉRER DES PRINCIPAUX ACTEURS ÉCOLOGISTES
8. WISE - PDF
Présentation générale
Le Service mondial d'information sur l'énergie (WISE) a été fondé en 1978 par un ensemble d'organisations non
gouvernementales antinucléaires parmi lesquelles l'on peut citer Greenpeace, les Amis de la Terre, Natural Ressources Defence Council et le Bund für Umwelt und Naturschutz Deutschland. ll
s'agissait à l'origine d'un réseau mondial permettant de coordonner la communication de toutes les ONG antinucléaires. WISE a eu des bureaux dans toutes les grandes capitales occidentales mais le
nombre de ses collaborateurs est toujours resté très restreint (jamais plus de trente personnes à temps plein, environ douze en 1994 dont cinq à Paris).
L'évaluation des commanditaires de WISE étant que leur but initial — la défaite mondiale du nucléaire civil — a été atteint, la plupart des bureaux de l'organisme ont été fermés
(Washington, Bruxelles, Londres en 1992). La principale activité de WISE demeure donc à Paris, sous la direction de Mycle Schneider. WISE-Paris est une association loi 1901.
Officiellement, WISE est une agence de presse dont la compétence ne se limite pas au domaine du nucléaire. Selon Mycle Schneider :
« Nous pouvons fournir des rubriques environnement clef en main, comme nous l'avons fait pour le magazine
Politis, où nous avons même créé cette rubrique. Nous collaborons avec des hebdomadaires comme l'Express (nos relations avec Sylvie O'dy sont trés bonnes) ou l'Événement du
Jeudi (...) mais la plupart du temps, il s'agit de dossiers. Un journaliste travaillant sur un sujet nous appelle et nous réalisons pour lui un dossier (...). Nous faisons ensuite du conseil
sur la rédaction. C'est la raison pour laquelle nous sommes pratiquement inconnus : nous travaillons à un niveau invisible et nous sommes rarement mentionnés. A la limite, nous préférons ne pas
l'être parce que nous n'avons pas une vocation grand public. »
Cependant, la principale activité de WISE reste « l'expertise ». Les clients sont le plus souvent des organismes
militants, le principal étant Greenpeace, pour lequel WISE a réalisé de nombreuses études et pour lequel il est intervenu comme « expert » dans de nombreux débats contradictoires, parlementaires ou
autres.
On trouve néanmoins d'autres clients dans les milieux institutionnels tels que le ministère de l'Environnement sous Brice Lalonde, la DSIN (Direction de sûreté des installations
nucléaires) ou la municipalité de Nantes pour laquelle Mycle Schneider a écrit un rapport de 400 000 francs qui démolissait le projet de centre de traitement et d'incinération des déchets
industriels de la municipalité. Dupont de Nemours a également demandé à Schneider via l'INESTENE, d'évaluer son projet d'usine de fabrication de pesticides à Dunkerque.
Un organisme antinucléaire militant
La stratégie de WISE présente certaines analogies avec celle de la CRII-RAD dans les deux cas, il s'agit d'organismes militant contre le nucléaire, qui s'attribuent la casquette
d'objectivité de l'expert scientifique indépendant.
Comme on peut le voir, WISE a un nom tout à fait neutre dans lequel la relation avec le nucléaire n'apparaît même pas. Cependant, alors que tous les acteurs du nucléaire français
connaissent WISE, même si certains tels que la DSIN semblent encore se faire des illusions sur son compte, il est frappant de constater qu'en dehors de ce secteur, l'organisation de Mycle Schneider
est parfaitement inconnue. Par exemple, au service de presse de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), personne n'a jamais entendu parler du « Service mondial de l'information sur l'énergie »
alors que l'AIF est l'un des principaux producteurs de documents d'étude sur les question d'énergie mondiale ! Nous avons pris contact avec les grandes compagnies pétrolières françaises,
anglo-américaines : Elf-Aquitaine, Total, Esso, Shell, ARCO, BP : « Jamais entendu parler de WISE. Il semble donc bien que sous des dehors neutres, le principal intérêt de WISE soit le
nucléaire.
Ceci étant dit, du côté des écologistes les choses semblent plus claires ; Martin Nypels, le coordinateur des opérations mondiales de WISE déclare :
« Il n'y a pas de problème, nous sommes entièrement antinucléaires ».
Il est intéressant ensuite de constater que non seulement WISE a été constitué par des organisations antinucléaires, mais qu'en plus il partage les locaux de certaines de ces
organisations, ce qui donne une indication sur les objectifs partagés. Par exemple, les bureaux de WISE en Angleterre, en Allemagne et en Belgique ont été fermés en 1992 et 1993, mais si l'on
regarde qui y avait accueilli WISE, on trouve les Amis de la Terre à Londres, Greenpeace à Bruxelles et Strahlenblox (association locale spécialisée dans la lune antinucléaire, avec des actions
allant juqu'au sabotage) à Berlin. A Paris, WISE partage ses bureaux avec l'INESTENE de Pierre Radanne, un vieux routier des luttes écologistes, passé par le ministère de l'Environnement de
Dominique Voynet.
Pour les antinucléaires, WISE est « du bon côté ». Les liens avec Greenpeace ne sont un secret pour personne : « Nous travaillons étroitement avec Greenpeace », déclare
Martin Nypels, ou encore « Nous sommes plus proches de Greenpeace que du WWF car, au WWF, ils ne sont pas assez radicaux » entendez : « pas assez antinucléaires ».
Cas d'étude
Nous allons maintenant examiner les qualités « d'expertise » de Mycle Schneider sur quelques exemples.
• Débat parlementaire sur le nucléaire belge
Entre juin et décembre 1993 ont eu lieu des débats parlementaires en Belgique en vue de l'élaboration de la Résolution relative à l'utilisation de combustibles contenant du
plutonium et de l'uranium dans les centrales nucléaires belges, ainsi qu'à l'opportunité du retraitement des barres de combustible. Au cours de ces débats donnant la parole à tous les
intervenants (industriels, associations, etc.), Mycle Schneider est intervenu en tant que rédacteur d'un document commandé par Greenpeace-Belgique à WISE-Paris : Le Mox ou l'aberration du
plutonium belge, réflexions sur un projet de l'industrie belge dont le titre indique très clairement qu'il prend une position antinucléaire.
Il faut savoir que l'option du retraitement du combustible est l'une des bêtes noires des antinucléaires car elle permet de répondre à l'une de leur principales objections,
l'avenir des déchets radioactifs. La stratégie actuelle des écologistes est de stopper le nucléaire en rendant le problème des déchets insoluble, c'est pour cela qu'ils s'acharnent principalement
contre les solutions potentielles : le retraitement (La Hague), la surgénération (Superphénix), le stockage (laboratoires d'enfouissement), etc.
Parmi les contre-vérités contenues dans son rapport, notons que Mycle Schneider affirme qu'une partie de l'uranium récupéré au retraitement est non recyclable et « viendra
sans doute s'ajouter aux montagnes de déchets nucléaires ». La réalité est que c'est bien la totalité de l'uranium de retraitement qui est recyclable, et qui doit donc être considéré comme une
matière première énergétique et non comme un déchet.
Le rapport de Mycle Schneider prétend encore que « le potentiel théorique de recyclage des matières fissibles de l'option retraitement semble dérisoire ». Pour ce qui
est de la Belgique, qui génère 120 t de combustible usé par an, le retraitement permet de récupérer 96% des matières recyclables, l'uranium et le plutonium. Ces matières ont un potentiel
énergétique équivalent, chaque année, à celui de 2 milliards de mètres cubes de gaz naturel, soit 20% de la consommation annuelle totale de gaz (chauffage, production d'électricité et autres
usages) en Belgique. Il n'y a rien là de dérisoire.
Un dernier exemple : « La réalisation d'un programme Mox est une aberration économique. Aux conditions économiques actuelles, l'option Mox revient onze fois plus chère que
l'option No-Mox ». Le rapport pour ce faire s'appuie sur un tableau présenté en page 115 comparant les coûts des deux options. Dans le calcul de l'option No-Mox que Schneider estime à 2,7
milliards de francs belges, il y a plusieurs oublis qui le faussent complètement. D'abord il « oublie » que dans l'option No-Mox résultant d'une annulation du contrat de retraitement de 1978 passé
entre Synatom et la Cogema, les 28 milliards de ce contrat doivent être payés de toute façon. Cette somme doit donc s'ajouter aux 2,7 milliards. A cela, il faut ajouter le coût du stockage du
plutonium déjà séparé à La Hague, le coût de son conditionnement en vue de son évacuation et le coût du conditionnement des assemblages irradiés non retraités et réimportés de La Hague. Synatom
évalue l'ensemble à environ 50 milliards de francs belges, à comparer aux 30,1 milliards calculés par Schneider pour l'option Mox...
• Mycle Schneider et la DSIN.
La revue Contrôle de la DSIN du ministère de l'lndustrie a publié dans son numéro 102 un dossier consacré à la gestion des déchets faiblement radioactifs. Parmi les
auteurs de ce dossier, on retrouve Mycle Schneider. Son article est une gigantesque manipulation comme nous allons le voir sur un passage particulier.
Il commence par faire la liste de trois accidents liés à des matières radioactives :
« En 1983, au Mexique et aux Etats-Unis, plusieurs morts, plusieurs dizaines de maisons contaminées, une prison d'Etat et un centre médical sont détruits suite à la contamination
au cobalt de métal recyclé. Au Brésil, en 1987 : plusieurs morts suite l'éparpillement d'une source au césium en provenance d'un appareil de radiothérapie abandonné. A Taiwan, en 1992, doses
significatives suite a la contamination grave d'un immeuble d'habitation. 10000 immeubles supplémentaires seront testés, etc. La liste des événements concernant des accidents impliquant des sources
de radioactivité qui appartiennent à la catégorie dite de faible voire de très faible activité est longue. Dès l'ouverture du dossier, ce qui frappe c'est que, d'une part, les déchets dits de
faible activité sont très souvent liés aux événements les plus meurtriers et, d'autre part, qu'un pourcentage élevé des accidents est provoqué en dehors de l'industrie nucléaire. »
Le lecteur non informé des détails techniques sera forcé de penser que les sources au cobalt et au césium auxquelles il est fait référence sont assimilables à des déchets de
faible ou de très faible activité. Or c'est faux ! Ces sources ont une très haute activité, qui se situe classiquement entre 1 000 et 2 000 curies. Un « expert » comme Mycle Schneider ne peut pas
l'ignorer: c'est donc sciemment qu'il cherche à faire croire à ses lecteurs que les déchets faiblement radioactifs peuvent tuer. Or l'activité de ces déchets est de l'ordre du microcurie, soit du
milliard de fois inférieure à celle des sources utilisées en curiethérapie.
Les doses auquel les ont été exposées les victimes des accidents du Mexique et du Brésil sont de l'ordre de celles encourues par les quelque trente personnes des services de
secours qui sont mortes dans les premières semaines ayant suivi l'acccident de Tchernobyl. Les victimes ne sont pas mortes de cancers déclenchés des années plus tard, mais de maladies des rayons
provoquant un décès très rapide...
• Le « scandale » des transports radioactifs.
Les convois ferroviaires acheminant du combustible nucléaire issu des centrales et à destination de La Hague, à l'origine du scandale à dimension européenne qui s'est déclenché
au début de 1998, n'ont jamais présenté le moindre risque sanitaire. Les doses relevées sur la surface des châteaux étaient certes anormalement élevées, mais d'un niveau tellement bas qu'elles
représentaient un problème de propreté, non un problème sanitaire. Cependant, l'EDF qui connaissait ce problème depuis plusieurs années, n'avait pas réussi à en identifier la cause et a préféré se
taire - erreur majeure lorsque l'on joue la carte de la « transparence » !
En décembre 1997, André-Claude Lacoste qui vient d'obtenir du gouvernement le contrôle de la sûreté du transport des matières nucléaire, se voit « révéler » par un journaliste
allemand, Mycle Schneider, le contenu d'un compte rendu d'une réunion de travail entre EDF, la Cogema et Transnucléaire faisant état du problème. Selon nos sources, Schneider a peut-être obtenu ce
rapport par I'intermédiaire de ses contacts à la CFDT-Cogema. Si ce rapport n'était pas public, il n'est pas non plus secret. Quoi qu'il en soit, on comprend qu'un directeur français soit mécontent
d'être informé par un journaliste allemand d'un problème qu'il est sensé contrôler. Tout ceci a permis à la presse d'épiloguer sur les « mensonges » et le manque de transparence du « lobby
nucléaire »... En mentant elle-même allègrement, puisqu'on peut lire par exemple dans Libération lorsqu'il titre : « Une radioactivité très élevée, risquée pour ceux qui manipulent
» les conteneurs.
De toute cette histoire, il faut retenir que l'homme qui est à l'origine de ce déferlement médiatique c'est Mycle Schneider. En fait, « l'affaire » a été rapidement oubliée en
France mais a perduré en Suisse et surtout dans la presse allemande : c'est là que se trouve la principale cause de cette campagne (dans un contexte pré-électoral). Il faut savoir que ce pays a
souvent connu des déferlements de violence autour du transport des combustibles. Cependant, au moment où « l'affaire » éclate, la mobilisation allemande contre les convois commençait sérieusement à
marquer le pas. Les écologistes allemands ont trouvé chez Schneider un homme capable de transformer un simple problème d'hygiène en catastrophe internationale et relancer ainsi une mobilisation en
perte de vitesse.
Table des matières
<préc. - suiv.>
Publié dans : Tuez-les tous!
Par Jean-Gabriel
0
Samedi 1 janvier 2005
6
01
/01
/Jan
/2005
01:00
II. PROFIL ET MODE D'OPÉRER DES PRINCIPAUX ACTEURS ÉCOLOGISTES
7. La CRII-RAD - PDF
Origines de la CRII-RAD
CRII-RAD signifie Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité. Officiellement, il
s'agit d'une association de scientifiques dont la vocation est d'informer le public sur tout ce qui concerne les rayonnements ionisants, fondée en mai 1986 suite à la catastrophe de Tchernobyl.
A cette époque, les autorités sanitaires françaises ont été pointées du doigt au cours d'une campagne de presse sans précédent sur le nuage radioactif. Cette campagne a été
tellement intense, qu'aujourd'hui encore, l'évocation du nuage radioactif provoque un réflexe pavlovien chez l'homme de la rue : « Ah oui ! « Ils » nous avaient raconté que le nuage s'était arrêté
à nos frontières ! » Le 12 mai 1986, par exemple, soit deux semaines après la catastrophe, le quotidien Libération titrait en première page « Le mensonge radioactif », « Les pouvoirs
publics en France ont menti, le nuage radioactif de Tchernobyl a bien survolé une partie de l'hexagone... »
Le problème dans ce mythe est que le mensonge vient de la presse, et qu'en fait, les autorités sanitaires françaises n'ont jamais prétendu que le nuage s'était arrêté à la
frontière. En effet, on peut lire le 2 mai 1986 (soit 10 jours avant l'article précédent et juste après l'accident) dans un article en bas de la page 4 du même Libération, un article dans
lequel le professeur Pierre Pellerin, qui dirigeait alors le SCPRl (l'autorité sanitaire française), révélait dès le début, le passage du nuage au-dessus de la France.
Or c'est précisément sur ce « mensonge » qu'une centaine de personnes de la Drome et de l'Ardèche se sont réunies en association, la CRII-RAD, sous la direction tapageuse de sa
présidente-fondatrice, Michèle Rivasi, en vue de mener une expertise « indépendante » sur toutes les questions liées à la radiologie. Il n'y aura donc rien d'étonnant, par la suite, de constater
que Libération a toujours été un soutien sans faille pour la CRII-RAD, et que l'une de ses journalistes, Hélène Crié, a cosigné en 1998 un ouvrage antinucléaire avec Michèle Rivasi, Ce
nucléaire qu'on nous cache.
Aujourd'hui, la CRII-RAD reste un organisme dont le champ d'action reste limité au territoire français fortement localisé dans le Sud-Est du pays. Elle présentait sur Le cri
du rad n° 11 (avril 1989) une carte de France sur laquelle étaient indiqués ses antennes et ses relais, répartis sur un peu moins de la moitié de nos départements. Cette date correspond à
l'apogée de l'organisation. Depuis, de nombreuses antennes ont cessé de fonctionner, mais il en reste néanmoins des réseaux qui peuvent être réactivés à l'occasion « d'affaires ».
Le créneau de la CRII-RAD
On peut lire clans les status de la CRII-RAD :
« Article 4 : l'association se déclare indépendante des pouvoirs publics, civils et militaires, de toute organisation extérieure, quelle qu'elle soit, et de toute tutelle
individuelle ou collective, en ce qui concerne les buts qu'elle poursuit et le mode d'action qui lui est propre. »
Le créneau de la CRII-RAD étant la recherche objective de la vérité scientifique en dehors de pressions extérieures, le laboratoire indépendant sera donc à la recherche de
respectabilité, de reconnaissance institutionelle, et l'un de ses lieux d'intervention privilégiés sera les colloques, les débats télévisés, les conférences, etc. Le fait est que lorsque Michèle
Rivasi a entamé sa carrière de parlementaire en 1997, elle a démissioné de sa présidence de l'association, tout en demeurant présidente d'honneur et en menant le même type de lobbying mais à un
autre niveau.
La conséquence de cela est que l'image que la CRII-RAD va tenter de donner d'elle-même, est le professionnalisme, rigueur que l'on ne s'attend pas à trouver chez les mouvements
de protection de l'environnement habituels. Nous ne sommes pas sur le terrain des associations écologistes à vocation violente, religieuse ou écofasciste. Ainsi, la CRII-RAD n'a officiellement
aucun parti pris, puisque la vérité ne peut sortir que des « faits » et des appareils de mesure et, par conséquent, elle ne saurait tolérer être qualifiée d'organisme militant ou de mouvernent
antinucléaire. Il en va de sa survie puisque sa ressource principale vient de la vente d'études radiologiques sur l'environnement qu'elle réalise à la demande d'associations, d'administrations, de
collectivités, etc.
C'est ainsi que Michèle Rivasi déclare à Lyon Mag', peu de temps après son élection :
« Je ne suis pas une antinucléaire. C'est EDF et la Cogema qui m'ont collé cette étiquette car ils ne supportent
aucune critique. »
La CRII-RAD est un organisme militant antinucléaire
Lorsque l'on voit que la presse française accrédite avec une insistance très lourde l'idée que la CRII-RAD est « indépendante », il nous faut préciser : « indépendante » du
« lobby pronucléaire », la CRII-RAD l'est peut-être, mais « indépendante » du « lobby antinucléaire », certainement pas.
Une première constatation s'impose en effet dès que l'on s'intéresse à l'identité des clients qui commandent des études à la CRII-RAD : assez souvent, ces derniers ne sauraient
prétendre eux-mêmes être impartiaux en matière de nucléaire. Le cas le plus caricatural est celui de Greenpeace : il est bon de rappeler ici que l'interminable campagne de Greenpeace démarrée début
1996 sur les rejets de l'usine de La Hague n'a pu être entretenue qu'à partir d'études commandées à la CRII-RAD. On peut citer par ailleurs le comité Malville, farouchement opposé à Superphénix,
qui commande une étude en 1990. Le Conseil général de la Côte d'Or à la demande d'un élu écologiste Alain Caignol, qui commande une étude sur Valduc en 1994; les Verts de la Gironde, qui commandent
une étude sur les environs de la centrale du Blayais en 1986, etc. Avec une telle clientèle, on imagine mal la CRII-RAD publiant des rapports ne confirmant pas les « craintes » des antinucléaires ;
et le fait est que les clients semblent satisfaits puisqu'ils reviennent.
Il n'y aura donc rien d'étonnant à retrouver la CRII-RAD à toutes les grand-messes écologistes et/ou antinucléaires en France comme, par exemple, le Salon Primevère 1996, où elle
avait un stand à côté de ceux de Greenpeace, la FRAPNA, le WWF, le comité Somport, le comité Malville et le MEI d'Antoine Waechter. Quel était le critère pour exposer ? La plaquette de présentation
de Primevère 1996 nous l'explique: « Si vous ne voulez pas exposer à Primevère, soyez : fossoyeur de la nature, mensonger sur vos produits, profiteur de la pauvreté, toujours de mauvaise foi,
antisocial, de mauvais caractère, pronucléaire, raciste, recruteur pour secte, arnacothérapeuthe, promoteur de chimie de synthèse... et pour l'heure d'été. »
On voit à travers ce remarquable amalgame que du point de vue des organismes antinucléaires, la CRII-RAD est jugée « respectable »...
Pour achever de se convaincre du fait que la CRII-RAD est antinucléaire, il suffit en fait de lire le livre de Martine Deguillaume, présidente de la CRII-RAD Marche-Limousin,
La Dignité Antinucléaire (Ed. Lucien Souny, janvier 1995) et celui que Michèle Rivasi a cossigné avec Hélène Crié, Ce nucléaire qu'on nous cache (Albin Michel, 1998) dont les
titres sont déjà tout un programme.
Il y a cependant une citation extraordinaire dans le livre de Michèle Rivasi qui montre de manière tellement éclatante sa personnalité et ses méthodes, qu'il vaut la peine de la
reproduire ici. Dans ce livre elle raconte comment suite à la catastrophe de Tchernobyl, elle en est venue à la conclusion qu'il fallait fonder un laboratoire indépendant. Habitant dans la Drome,
elle décide de vérifier par elle-même l'impact de la catastrophe sur sa région. Rapidement elle en arrive à la conclusion qu'elle vit dans une zone « gravement contaminée » : « Tous
les radioéléments contenus dans le coeur en fusion du réacteur de Tchernobyl se retrouvent dans notre eau ». Que va faire cette mère de famille, abandonner sa luxueuse maison pour éloigner ses
enfants de cette zone sinistrée ? « Nous envisageons un moment de partir d'ici, l'essentiel étant sans doute de protéger nos enfants. Et puis... nous décidons d'organiser une conférence
de presse. » (Les points de suspension sont de Michèle Rivasi). Peut-on imaginer après un tel passage qu'elle croit réellement à tous les dangers qu'elle dénonce, et devons-nous croire qu'elle
met ses enfants en danger pour satisfaire sa reconnaissance médiatique ? Quoi qu'il en soit, la presse française l'a satisfaite sur ce dernier point, compte tenu de la large couverture qu'ont
accordée à son livre Science et Vie, Science et Avenir et Libération pour ne citer que ceux-là.
Mensonges et incompétence scientifique de la CRII-RAD
Les méthodes de la CRII-RAD sont assez faciles à cerner dès que l'on examine quelques cas d'étude tels que ceux qui suivent. Pour résumer, nous dirons que le postulat de base est
que toute radioactivité, y compris pour des faibles doses, est en soi dangereuse pour la santé (ce qui est à l'évidence faux puisque les régions comme le Kerala où la radioactivité naturelle est la
plus élevée au monde ne présentent pas plus de cas de cancers qu'ailleurs). L'activité principale de la CRII-RAD consistera donc à localiser des endroits dans la nature marqués par de la
radioactivité d'origine industrielle, puis avec l'aide d'une presse très complaisante, à crier à la catastrophe. Assez souvent, l'industriel (EDF, CEA, Cogema...) remis en cause par la CRII-RAD ne
conteste pas les mesures de celle-ci pour la simple raison que ce qui a été mesuré par la CRII-RAD correspond non seulement à ce que les normes autorisent à l'industriel en matière de rejet, mais
en plus à ce que l'industriel a déjà lui-même mesuré et communiqué. On assiste donc à un dialogue de sourd entre un industriel accusé de « cacher la vérité » qui déclare respecter les normes et la
CRII-RAD qui dit que les normes sont de toute façon trop laxistes quelle qu'elles soient.
Examinons donc quelques cas particuliers.
En septembre 1990, après avoir effectué des mesures radiologiques dans l'eau de la Garonne, la CRII-RAD accuse la centrale EDF de Golfech de polluer le fleuve dans une lettre
adressée à une association antinucléaire locale VSDNG :
« A deux reprises, en aval de la centrale de GoIfech, ont été trouvés des niveaux d'iode 131 dans les myriophylles ; le 13/09/90: 137+(-) 34 bq/kg sec d'iode 131; le 13/09/90 :
41+(-) 22 bq/kg sec d'iode 131. Etant données les mesures simultanées en amont, cet iode ne peut provenir que de la centrale. »
Dans cette lettre, la CRII-RAD remplace le terme « amont » qui figure dans le rapport du laboratoire par le terme « aval », affirmant ainsi exactement l'inverse de ce que
montraient ses mesures. Après une étude financée par le Conseil régional de Midi-Pyrénées, menée conjointement par la Compagnie générale des eaux, l'Agence régionale de l'environnement, la CRII-RAD
et le Laboratoire vétérinaire de Montauban, il s'avère finalement que ce sont des hôpitaux qui sont à l'origine de la pollution.
Voilà comment, quelques années plus tard, Michèle Rivasi raconte l'histoire dans Info CRII-RAD n°4 (nov. 1995) :
« ll y a quelques années, grâce aux efforts des associations locales, VSDNG et les Amis de la Terre, qui ont prélevé des échantillons et financé des analyses, nous avons pu
mettre en évidence une contamination chronique de la Garonne par de l'iode 131. Les rejets proviennent de l'agglomération toulousaine. En l'absence de centrale nucléaire ou de réacteur de
recherche, les hôpitaux sont probablement à l'origine de la contamination. »
On notera la différence de ton entre les deux communications du laboratoire indépendant qui montre bien le but pousuivi par leurs auteurs : « cet iode ne peut provenir que de la
centrale » dans la première et « les hôpitaux sont probablement à l'origine de la contamination. » dans la seconde.
En décembre 1990, la CRII-RAD effectue des mesures dans le Rhône. Elle déclare détecter une augmentation d'un facteur 2,3 des activités de plutonium entre l'amont et l'aval de la
centrale de Superphénix. Une étude du laboratoire indépendant accuse donc le surgénérateur de rejeter du plutonium dans le Rhône, ce qui lui est interdit.
En fait, compte tenu des niveaux extrêmement faibles des quantités mesurées et de la grande variation que présente ce genre de mesure au cours de l'année, prétendre détecter une
augmentation à partir des prélèvements de la CRII-RAD est tout aussi réaliste que de vouloir donner la distance séparant deux villes au millimètre près. Mais il y a mieux : compte tenu de son
rapport isotopique 238Pu/239Pu, il a pu être finalement prouvé que le plutonium mesuré dans ces prélèvements provenait des essais nucléaires militaires atmosphériques effectués dans les années 60.
Pourtant, ici encore, le laboratoire indépendant avait été catégorique dans ses accusations contre l'industrie nucléaire.
En mars 1996, la CRII-RAD s'insurge contre la présence de tritium dans la nappe phréatique qui court sous le CEA de Saclay. Le CEA ne conteste d'autant moins cette présence de
tritium et les niveaux annoncés par la CRII-RAD que c'est lui-même qui les a signalés. Cette affaire est un cas typique où la CRII-RAD, qui prétend généralement que l'on « cache la vérité aux
Francais », annonce des chiffres déjà connus, de manière tapageuse comme s'il s'agissait là d'une révélation de sa part.
Quant à l'importance de « l'événement », les chiffres parlent d'eux-mêmes : les niveaux de tritium mesurés sont de 200 Bq/l d'eau avec des pointes à 800, alors que selon la loi
française a fixé une limite de 62 000 Bq/I et que l'OMS a fixé une limite de 6 000 Bq/l. La différence entre la limite de la France et celle de l'OMS montre qu'en réalité, on connaît très mal les
effets des faibles doses c'est justement sur cette méconnaissance que repose la peur que des organismes comme la CRII-RAD cherchent à entretenir dans le public. Bruno Chareyron de la CRII-RAD fait
d'ailleurs cette déclaration qui, par son manque de précision et ses suppositions, ne dit absolument rien de concret mais suggère qu'il faut avoir peur :
« Quant aux effets du tritium sur l'organisme humain, ils sont encore mal connus. Des études menées au Japon sur des cellules de mammifères ont toutefois montré qu'ils pouvaient
être à l'origine de certains cancers et provoquer des maladies génétiques. »
Néanmoins, cet effet de peur fonctionne bien, puisque c'est à peu près l'époque de cette affaire qu'a été adoptée en France la norme CIPR 60 applicable à partir de l'an 2000,
selon laquelle la dose de radiation applicable au public doit être inférieure à 1 mSv/an. Lorsque l'on considère que la dose naturelle, relativement faible, de radiation en France est en moyenne de
2,5 mSv/an, on doit en conclure qu'avec une telle norme, il faudrait évacuer immédiatement le Limousin et la Bretagne.
En mai 1997, la CRII-RAD publie une étude à la demande de Greenpeace sur la présence d'iode 129 dans l'eau de mer au voisinage du centre de retraitement de La Hague. Dans son
rapport, la CRII-RAD affirme que ses mesures et certaines mesures officielles « montrent que les facteurs de dilution prévus par Ia Cogema conduisent à sous-estimer d'un facteur 10 à 100 les
quantités de radionucléides présents dans l'eau de mer » et leur reconcentration dans les poissons, crustacés et végétaux intervenant dans la chaîne alimentaire qui conduit à l'homme.
Ici encore, « la rigueur scientifique » de la CRII-RAD est mise en défaut : la CRII-RAD a surestimé l'impact sanitaire réel de l'iode 129 dilué dans l'eau de mer d'un facteur 10
à 100 oubliant de tenir compte de la présence d'iode stable dans l'eau de mer qui diminuerait considérablement l'assimilation de l'iode radioactif par l'organisme. Selon M. Jean-Louis Ricaud de la
Cogema : « C'est une manipulation, ou alors une erreur de débutant ». Selon Roland Masse de l'OPRI : « C'est une erreur
classique, ils n'ont pas tenu compte de la dilution isotopique ».
Table des matières
<préc. - suiv.>
Publié dans : Tuez-les tous!
Par Jean-Gabriel
0
Samedi 1 janvier 2005
6
01
/01
/Jan
/2005
00:55
II. PROFIL ET MODE D'OPÉRER DES PRINCIPAUX ACTEURS ÉCOLOGISTES
6. Albert Gore - PDF
Le vice-président américain, Al Gore, s'est depuis longtemps intéressé aux questions d'environnement. C'est l'un des
écologistes radicaux qui a toujours cherché à transformer le peuple américain en un troupeau d’adorateurs de Gaïa opposés au développement économique. Au début de l'année 1992, il a publié un
ouvrage-manifeste intitulé Earth in the Balance : Ecology in the Human Spirit (Sauver la planète : l'écologie et l'esprit humain, Albin Michel, 1993) qui s'attaque à la
civilisation occidentale : selon lui, elle est beaucoup trop anthropocentrique et accorde une trop grande valeur au combat de l'homme pour comprendre et maîtriser la nature.
Al Gore a dirigé la délégation parlementaire des Etats-Unis à la CNUED de Rio en 1992, où il a surtout cherché à faire avancer l'idée d'une police écologique globale. Gore est
d'ailleurs un ami intime du président de ce forum, Maurice Strong. Selon le magazine Newsweek, « Gore semble croire que la seule attitude correcte est d'appuyer sur le bouton « Panique
» à toutes les occasions ». Avec le biologiste malthusien Paul Ehrlich, Gore avait demandé aux journalistes couvrant le forum, de s'autocensurer et de ne pas citer des faits qui démontreraient
que la situation n'est pas si catastrophique, parce que « cela détruirait nos efforts visant à construire une base solide de soutien dans le grand public aux difficiles actions que nous devons
entreprendre ».
En mai 1992, Gore a sponsorisé la rencontre à Washington de nombreux dirigeants religieux. L'assemblée a voté une déclaration soulignant que la religion avait « un rôle
essentiel à jouer » dans la promotion de la « conscience écologique ». La rencontre était le résultat d'un projet de Carl Sagan, le scientifique mystique auteur de la fraude de
l'hiver nucléaire, et du révérend Morton de la cathédrale épiscopalienne Saint-John the Divine, l'un des centres du mouvement du nouvel âge et du culte de Gaïa. Gore a également participé à
l'organisation de NACRE (Conférence Nord-américaine sur la religion et l'écologie) au cours de laquelle le prince Philip avait salué les religions païennes pour leur orientation écologique, tout en
rejetant les religions monothéistes à cause de leur orientation antimalthusienne.
Pour l'apartheid technologique
Al Gore ne s'inscrit pas dans la véritable tradition démocrate américaine de Franklin Roosevelt ou John Kennedy. D'ailleurs, lorsqu'en 1977, Al Gore rejoint le Congressional
Clearinghouse on the Future, créé par Alvin Toffler et le Club de Rome, l'un des plus fervents supporters de Gore à partir de 1979 sera le républicain ultraconservateur Newt Gingrich. Toffler
explique que Gore et Gingrich étaient « les deux principaux futuristes de la vie politique américaine » (Wired magazine, décembre 1995). Selon lui :
« Gingrich et Gore savaient que l'on vivait une situation révolutionnaire. Si vous considérez que les changements qui sont en train d'avoir lieu au sein de la société
correspondent à une extension du vieil ordre industriel, vous vous trompez totalement, et cela ils l'ont compris. Tous les deux ont compris [...] que les règles anciennes et les anciens jeux ne
marchent plus ».
De plus, Gore avait été l'un des rares élus démocrates à se déclarer en faveur de la guerre du Golfe. En effet, il avait souligné à plusieurs reprises que « la principale
leçon à retirer de cette crise c'est que l'exportation des technologies avancées vers les pays en voie de développement est une grosse erreur ». Au cours d'une discussion avec l'un de nos
correspondants aux Etats-Unis, l'un des conseillers de Gore avait déclaré à l'époque que ce dernier était « très favorable » aux propositions de l'administration Bush visant à un accord
global de contrôle des exportations de toutes sortes de « technologies duales » — pouvant avoir à la fois un usage civil et un usage militaire — allant des camions de fort tonnage jusqu'aux
molécules chimiques utilisées dans la production d'engrais. Interrogé sur les conséquences de ce contrôle sur le développement économique des pays visés, le conseiller de Gore répondit
:
« Cette question des utilisations duales est trop facilement utilisée comme couverture par les pays qui veulent
obtenir des technologies militaires. Je me fiche pas mal de savoir si cela les touche économiquement. Je dis : écrasons-les ».
Le scandale Globe
Au début de 1998, Tom Spencer, eurodéputé britannique du parti conservateur a démissionné du Parlement européen après avoir été rendu coupable d'importation illégale de cocaïne,
de haschich et de matériel pornographique homosexuel. Spencer n'était pas seulement un membre important du parti Tory. C'était aussi, depuis 1994, le président de l'organisation Globe (Global
Legislators for a Balanced Environment). Cette organisation avait été fondée en 1989 par Al Gore et il l'avait présidée jusqu'en 1994. Globe a joué un grand rôle dans la préparation des
sommets de Kyoto et de Buenos Aires. C'est un rouage essentiel de la grande machine onusienne du climat et de l'environnement. Sa fonction est de relayer les thèses les plus radicales de l'écologie
en leur donnant un vernis de respectabilité institutionnelle. Globe a ainsi fait campagne contre les essais nucléaires français, pour la taxe sur l'énergie et le carbone, etc.
Globe rejoint également ce mysticisme ultraconservateur promu par Al Gore lui-même. En 1996, Tom Spencer faisait l'éloge de l'église orthodoxe en ces termes :
« L'essentiel des actions irréfléchies de l'humanité contre la planète provient des hypothèses sous-jacentes à notre héritage judéo-chrétien. (...) Seuls parmi les grandes
civilisations, nous avons considéré le temps comme une flèche linéaire allant de la Genèse à l'Apocalypse, au lieu de voir en termes cycliques, ce qui implique des ressources renouvelables et
maîtrisées ».
Globe compte neuf membres dans l'actuel Parlement français : Michèle Rivasi, Roland Metzinger, Serge Blisko, Jean-Paul Mariot, Philippe Duron (Groupe socialiste) et Noel Mamère,
Marie-Hélène Aubert, Christiane Taubira-Delannon, Jean-Michel Marchand (Groupe Radical-Citoyen-Vert).
Table des matières
<préc. - suiv.>
Publié dans : Tuez-les tous!
Par Jean-Gabriel
0
Samedi 1 janvier 2005
6
01
/01
/Jan
/2005
00:50
II. PROFIL ET MODE D'OPÉRER DES PRINCIPAUX ACTEURS ÉCOLOGISTES
5. Teddy Goldsmith - PDF
En pleine conférence de presse, devant une trentaine de journaliste réunis à Paris à l'occasion de la présentation
de son livre, Le défi du XXlème siècle, il affirme fièrement, un brin provocateur : « Je suis un dégénéré ». Qui est ce conservateur radical qui considère qu'il faut revenir à la
structure féodale de « l'économie vernaculaire », locale et autosuffisante ?
Edouard (Teddy) Goldsmith est un dilettante. Il n'est pas du tout aussi doué pour les affaires que feu son frère, James (Jimmy). Après quelques tentatives infructueuses dans le
commerce, il abandonne définitivement les affaires pour se consacrer à l'anthropologie et à l'écologie. Parcours typique d'un aristocrate britannique... Avec Robin Hanbury Tenison, il lance
Survival lnternational, une association consacrée à la défense des peuples indigènes. Le but est de « sauver » ces peuples en les défendant contre l'influence « néfaste » de la civilisation
occidentale. Dès lors, il entame très vite une remise en cause globale de celle-ci et en particulier de son système économique. Cette démarche le conduit à passer de la défense des peuples
indigènes, à la défense de leur milieu naturel, puis de la planète tout entière. En 1969, il fonde la revue britannique The Ecologist, qui est l'ancêtre mondial des revues
environementalistes. The Ecologist a aujourd'hui un rayonnement international et les campagnes qu'il lance sont rapidement reprises par les différents mouvements écologistes qui le lisent
: campagnes contre la FAO, contre la Banque mondiale, contre les grands barrages, pour sauver les forêts tropicales, etc.
En 1972, il aura un gros succès de librairie avec son ouvrage Blueprint for Survival, traduit en seize langues et vendu à 500000 exemplaires. Avec d'autres amis, Denis
de Rougemont, Edouard Kressman, Jean Marie Pelt, Jacques Elul, etc., il fonde en 1976 le groupe Ecoropa, dont le Manifeste pour une démocratie écologique européenne inspirera fortement les
programmes des différents partis verts européens.
La liste des amis de Goldsmith, outre de Rougemont, est intéressante. On y retrouve tout le « réseau Gaïa », à commencer par James Lovelock, le physicien britannique qui fut le
père de cette théorie. Selon l'hypothèse Gaïa, la Terre est un être vivant et fonctionne comme une unité dont les différents niveaux interagissent afin de réguler les flux d'énergie et de matière.
Cette vision d'une planète vivante amène à des extrémismes redoutables. Ainsi, Lovelock déclare que « les êtres humains sont devenus trop nombreux et agressent Gaïa. Gaïa n'a pas besoin d'eux
pour fonctionner. Un jour, s'ils continuent à transgresser ses lois, Gaïa va s'ébrouer et ils tomberont comme les poux tombent d'un chien ». Goldsmith partage cette vision de Gaïa. José
Lutzenberger, autre grand ami de Goldsmith, dirige la Fondation Gaïa au Brésil.
Nous avons donc planté le décor dans lequel évolue Teddy Goldsmith. C'est l'enfant terrible de l'aristocratie britannique, qui n'hésite pas à investir le siège des Nations unies
à la tête d'une délégation de chefs tribaux des forêts tropicales le premier jour de l'Assemblée générale annuelle, pour s'opposer, juché sur un tracteur, au démarrage des travaux de construction
d'une centrale nucléaire. Enfant terrible de l'aristocratie, parce qu'il n'en respecte pas les petites règles apparentes. Mais comme tous les enfants terribles, il respecte les « valeurs profondes
» de sa famille, celles qui touchent à « l'ordre séculaire » où chacun est à sa place, les aristocrates en haut et la plèbe en bas. Fréquentant les gauchistes de salon qui promeuvent le « droit des
indigènes », il fut membre du Parti conservateur britannique et croit « à la tradition, à l'unité familiale et à l'unité traditionnelle ». Il a quitté le parti en accusant Reagan, Thatcher
et Chirac d'excès de libéralisme.
Quel est le raisonnement de fond de Goldsmith ? Nous allons à la catastrophe à cause de la « désadaptation biologique » de notre société. Il dresse un tableau apocalyptique de
tous les avantages de la vie moderne tout en promouvant les modes de vie tribaux. Ainsi, pour lui, l'hygiène est un désastre et Pasteur un criminel :
« L'obsession moderne de l'hygiène fait apparaître les conditions idéales de prolifération des agents pathogènes. Le lait pasteurisé est facilement colonisé par des microbes dont
certains pathogènes — car, dans le milieu stérile où ils se trouvent, ils n'ont pas à soutenir la concurrence d'aucun autre micro-organisme. (...) La poliomyélite est, elle aussi, une « maladie
d'hygiène ». Chez les peuples traditionnels, les enfants nourris au lait maternel, qui sont en contact avec les germes du sol et éventuellement avec des crottes d'animaux, ne l'attrapent pas — mais
ils deviennent vulnérables dès qu'ils sont alimentés au lait de vache et élevés dans des règles d'hygiène stricte ».
Plus c'est gros, plus ca passe ! Pour lui le cancer est « une maladie de civilisation » et l'augmentation du nombre de cancers apporte la preuve définitive de «
notre inadaptation biologique à la civilisation technique » :
« Rien d'étonnant à ce que nous souffrions d'une multitude de nouvelles maladies, appelées à juste titre maladies de civilisation. »
Evidemment, Goldsmith passe sous silence le fait que, dans l'ordre féodal auquel il souhaiterait bien revenir, l'espérance de vie moyenne n'était que d'une trentaine d'années. Au
seuil du XXème siècle, avant que la révolution pastorienne ne gagne l'ensemble de la société, elle n'était encore que de 38 ans en France, contre 76 ans aujourd'hui. Quant aux peuples indigènes
absolument « préservés » des progrès médicaux de la civilisation, leur espérance de vie dépasse rarement les 25 ans. Si Edouard Goldsmith avait suivi les « règles indigènes », sa fille, l'actrice
Clio Goldsmith, aurait eu une chance sur deux de mourir avant d'avoir atteint l'âge de deux ans. Bien sûr les indigènes connaissent très peu de « nouvelles maladies de civilisation » comme le
cancer puisqu'ils meurent bien avant qu'elles aient eu le temps de se développer.
Pour Goldsmith, la civilisation occidentale technicienne issue de la Renaissance, en amenant la destruction sur la planète, a « démantelé le monde naturel stable pour le
remplacer par un monde artificiel instable ».
Sur la démographie, il déclare :
« On a délégué le règlement du problème démographique aux quatre cavaliers de l'Apocalypse. L'explosion démographique est essentiellement due au développement technologique.
»
Que propose Goldsmith pour empêcher cette Apocalypse ? De revenir cinq cent ans en arrière:
« Il n'y a qu'un seul problème, c'est celui de nos activités économiques. Il n'y a qu'une seule solution, c'est de
réduire cet impact. Il faut créer une autre société, une autre économie, basée sur un marché de village, à la limite extrême de région. Il ne peut exister d'économie durable qui ne soit localisée.
»
Et de faire un merveilleux éloge du système féodal et nobiliaire :
« Polanyi attribue à la mise en place du système de marché la responsabilité des grandes famines qui ont frappé l'Inde pendant la colonisation britannique. Tandis que dans le
régime féodal et celui de la communauté villageoise, noblesse oblige, la solidarité clanique et la régulation du marché des grains tenaient la famine en échec ; sous la loi d'airain du marché, les
gens mourraient de faim conformément aux règles du jeu. »
On croit rêver ! La famine n'existait pas dans le système féodal ! Tout était donc mieux « avant ». Bien entendu Goldsmith « oublie » de dire que l'Empire britannique n'a jamais
autorisé les populations des colonies à avoir accès au développement technologique, mais qu'il a maintenu un système de pillage en s'appuyant justement sur ces valeurs traditionnelles locales dont
Goldsmith fait si grand cas : l'empire a en effet encouragé le maintien du système de castes en lnde pour empêcher les révoltes... Ajoutons que dans son monde féodal, Goldsmith trouverait tout à
fait « naturel » d'appartenir à la classe des dirigeants, laissant aux autres le soin de suivre les « lois de la nature » :
« Je suis un dégénéré. J'aime encore les grandes villes et ne pourrais vivre sans voiture ou sans avion.
Il nous faut éduquer une génération future qui soit moins dégénérée que nous. »
Table des matières
<préc. - suiv.>
Publié dans : Tuez-les tous!
Par Jean-Gabriel
0
Samedi 1 janvier 2005
6
01
/01
/Jan
/2005
00:45
II. PROFIL ET MODE D'OPÉRER DES PRINCIPAUX ACTEURS ÉCOLOGISTES
4. Maurice Strong - PDF
Dans le domaine de l'environnement et des grandes institutions supranationales, Maurice Strong est une personnalité incontournable. En
effet, non content d'avoir dirigé la grande conférence de Stockholm sur l'environnement en 1972 et d'être l'un des principaux promoteurs du manifeste malthusien du Club de Rome Halte à la
croissance ?, il a été également désigné pour diriger le sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992.
Depuis une trentaine d'années, Maurice Strong a eu deux obsessions : dénoncer les méfaits de l'homme et de son industrie sur la Terre et demander en conséquence une réduction de la population
mondiale. Canadien, il a fait sa fortune dans le secteur du pétrole en allant jusqu'au sommet puisqu'il fut nommé en 1976 président de la Pétrocanada. Membre dirigeant du Club de Rome, il a par
ailleurs prêté ses services à toute une série d'associations néomalthusiennes : l'UICN, la Fédération mondiale des associations de l'ONU et l'Aspen Institute. Tout ceci est public.
Ce qui est moins connu, c'est le fait que Maurice Strong soit un fervent adepte du « Nouvel Age », ce mouvement pseudo-religieux appartenant à la « Conspiration du Verseau »(d'après leur propre
littérature, ce mouvement vise à passer de « l'âge du Poisson » (le Christ) à « l'âge du Verseau » (Lucifer). Strong et sa femme Hanne possèdent un ranch de 25 000 ha dans le sud du Colorado aux
Etats-Unis qui abrite une kyrielle de sectes orientalisantes. Ce centre est situé sur l'immense terrain acheté par le couple en 1978. Strong espère que son centre — le « Baca Grande » — deviendra «
le germe d'un renouveau spirituel mondial », car « seul ce facteur pourrait sauver l'humanité de sa folie vis-à-vis de l'environnement ». Hanne Strong a nommé ce centre « la vallée du refuge de la
vérité mondiale ». Elle l'a fondé après avoir été inspirée par des visions. « Depuis l'enfance, elle savait qu'elle avait des capacités mystiques. Elle voyait des anges. Elle avait des
réminiscences de ses vies antérieures » rapporte Strong. Ce dernier collabore aussi avec Ted Turner dans deux programmes télévisés qui promeuvent le culte de Gaïa.
Pour donner une idée de ce qui se trouve dans la tête de Maurice Strong, nous citons ici un extrait du discours qu'il a prononcé aux rencontres sur la « Théologie de la Terre » de Lenton, tenues en
1989 à la cathédrale Saint John the Divine de New York :
« (...) nous avons beaucoup à apprendre des peuples indigènes auxquels nous avons trop souvent prêché et
que nous avons trop peu écoutés. Comme l'un des dirigeants du Conseil mondial des peuples indigènes l'a déclaré récemment, « la Terre est la fondation de nos peuples, c'est un germe de
spiritualité, la fontaine à partir de laquelle fleurissent nos langages et nos cultures. La Terre est notre historienne, la gardienne des événements passés et des os de nos ancêtres. La Terre nous
donne la nourriture, les médicaments, le gîte et l'habit. C'est la source de notre indépendance, c'est notre mère. Nous ne devons pas la dominer mais vivre en harmonie avec elle. »
« Et un autre dirigeant indigène nous a lancé le défi avec force : « L'unité de la Terre a été détruite par des entités artificielles que l'on appelle nations qui séparent les
peuples l'un de l'autre. » Même chez des peuples qui partagent une même culture, histoire et tradition. L'unité de la Terre a été détruite au sein de ces nations par d'autres frontières
artificielles divisant la Terre en lopins de propriétés privées, détruisant la Mère Terre et ses peuples indigènes. Ces exploitants de la Terre se détruisent eux mêmes ; ils détruisent également
les générations à venir de plantes, d'animaux et d'êtres humains. »
« Ainsi, nous qui avons fait partie de la
culture exploitante qui a mené la Terre au bord du désastre, devons mener la transition vers une nouvelle ère d'intendance (et non plus d'exploitation) et de soin à notre planète. Après tout c'est
le bien le plus précieux que nous ayons reçu de Dieu, et notre dépôt le plus sacré.
« Quelle horrible pensée que de considérer que si notre société chrétienne ne parvient pas à empêcher la mort de la vie sur la Terre, alors la fin de nos sociétés industrielles
pourrait en dernière analyse être la seule manière de sauver la Terre. »
Selon un journaliste du magazine West qui l'avait interviewé en mai 1990, Strong projetait alors d'écrire un petit roman assez curieux : un petit groupe de gens se
réunit tous les ans au sein de l'élite du Forum économique mondial de Davos et ourdit un complot visant à obliger les pays riches à signer un accord sur l'environnement. Ceux-ci refusant, les
conspirateurs décident alors que la seule façon de les vaincre est de « provoquer un effondrement économique ». Strong poursuit:
« Nous sommes en février. Ils se trouvent tous à Davos. Ce ne sont pas des terroristes mais des dirigeants du monde. Ils se sont positionnés dans les marchés mondiaux des
matières premières et des bourses. Ils ont orchestré une panique. Puis ils empêchent les marchés mondiaux de fermer. Ils bloquent les rouages. Ils engagent des mercenaires qui tiennent en otage les
autres dirigeants mondiaux à Davos. Les pays riches... »
Strong fait alors le geste de jeter un mégot par la fenêtre. Notons que Strong est non seulement coprésident du forum économique qui se tient chaque année au mois de février à
Davos en Suisse, mais qu'il conseille également le président de la Banque mondiale, James Wolfenssohn, tout en étant secrétaire général adjoint des Nations unies ; son « rêve » n'est donc pas à
prendre à la légère...
<préc. - suiv.>
Publié dans : Tuez-les tous!
Par Jean-Gabriel
0
Vos commentaires