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Science et Nature

Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 13:24
SUR LA MULTIPLICATION DES ORGANISMES ET SON RÔLE DANS LE MÉCANISME DE LA BIOSPHÈRE*


    PREMIERE PARTIE


I

   
A mesure que nous approfondissons l'étude de la Nature, la rôle planétaire de la vie se déroule devant nous, lentement et graduellement, mais avec une clarté toujours croissante.

    La vie se révèle à nous non comme un phénomène accidentel dans l'histoire de la Terre, mais comme un ressort indispensable du mécanisme de l'écorce terrestre, un phénomène qui caractérise l'une de ses enveloppes, la biosphère.

    La biosphère la région de la vie embrasse notre planète d'une façon continue. La vie règne sur toute la superficie de la Terre ; son travail chimique s'effectue partout sans nulle interruption depuis des billions d'années. Ce travail chimique détermine avec une intensité et une envergure toujours plus évidentes un courant d'éléments chimiques ininterrompu, inaltérable et soumis à des lois déterminées, courant qui circule entre la matière vivante et la matière brute et inversement.

    Cette enveloppe embrasse une superficie de 5,10065.108 km2 ; elle atteint une hauteur de plus de dix kilomètres dans l'enveloppe gazeuse inférieure de la planète, dans la troposphère ; elle pénètre tout l'océan mondial à une épaisseur moyenne de 3,7 km, et par places jusqu'à 10 km presque. La vie embrasse toute la terre ferme depuis les sommets d'une hauteur d'à peu près 8 km. jusqu'aux abîmes les plus profonds ; elle s'infiltre par endroits dans les fissures et les cavités à une profondeur de plus d'un kilomètre.

    Dans la biosphère, la vie est dispersée. Elle se concentre en de minces couches du sol, dans les forêts, les champs, les steppes, les bassins aqueux, le plancton marin, les boues du fond marin. Elle est plus intense et plus développée dans les amas de sargasses à la surface de l'océan, dans ses mers, ses bas-fonds, sur la frontière de l'océan et de la terre ferme, près des îles et des continents.

    La région de la vie, c'est l'enveloppe superficielle de notre planète ; cette enveloppe se trouve en contact avec l'espace cosmique. Elle en reçoit des rayonnements, principalement ceux du Soleil. Et ces rayonnements non seulement entretiennent tous les phénomènes de la vie, mais ils posent le fondement (avec l'aide des plantes vertes autotrophes – indépendantes dans leur nourriture du reste des êtres vivants) des immenses dépôts d'énergie chimique libre, tels que les composés organiques, qui forment le corps des organismes.

    Plus nous remontons dans l'histoire de notre planète, dans l'étude des éléments chimiques (géochimie), ou dans celle de leurs molécules et de leurs cristaux (minéralogie), plus la répercussion de la vie sous forme des composés organiques, créés par elle, devient claire et profonde.

    L'énergie renfermée dans ces composés n'est pas d'origine terrestre – elle est venue des espaces cosmiques –, mais la vie est le mécanisme terrestre qui l'introduit dans la chimie de la planète.

    Pour se rendre compte de la grandeur et de la puissance de cette énergie, il suffit de nous arrêter sur l'une de ses nombreuses manifestations. L'oxygène libre, qui se trouve dans notre planète sous forme de gaz ou sous forme de solution dans les eaux naturelles, est entièrement créé par la vie. Nous ne connaissons jusqu'à présent aucun cas où il se dégagerait par suite de quelque processus chimique terrestre, indépendant de la vie. Mais il existe des milliers d'autres processus dans lesquels l'oxygène libre est absorbé, introduit en de nouveaux composés, et par conséquent disparaît comme tel. Cependant, sa quantité dans la biosphère est constante, elle reste identique. C'est la conséquence du travail incessant des plantes vertes, et ce fait seul suffit pour donner une mesure de leur importance dans notre planète, pour donner une représentation de l'envergure de leur énergie géochimique.

    Nous connaissons la quantité d'oxygène libre de la biosphère ; c'est même une des constantes les plus précises de la planète. Elle est égale à : 1,5 quatrillions de tonnes, c'est-à-dire 1,5 X 1021 grammes.

    D'après nos connaissances sur la chimie de l'écorce terrestre, nous sommes obligés d'admettre que tout cet oxygène libre est créé par la matière vivante, et d'une façon ou d'une autre passe à travers elle dans le cours d'un temps géologique insignifiant.

    La formation de l'oxygène libre constitue un des innombrables processus bio-géo-chimiques de la vie. Nous savons que tout ce qui vit se trouve dans un état de changement perpétuel et produit incessamment du travail chimique. La matière vivante se détruit, se crée, se nourrit, respire, dégage et absorbe les corps les plus divers, forme de nouveaux composés dont les différentes formes s'élèvent à plusieurs millions. Et en même temps la quantité de matière englobée par la vie sur notre planète ne change pas, en apparence. On peut l'évaluer entre 1020 et 1021 grammes, soit en trillions et quatrillions de tonnes ; elle est du même ordre que la quantité de l'oxygène libre.

    Dans la masse générale de l'écorce terrestre (voisine de 2.1025 grammes), si nous prenons son épaisseur égale à 16 kilomètres, la quantité de matière englobée par la vie n'est qu'une partie insignifiante, – mais dans la masse générale de la biosphère son importance exprimée en pour cent devient extrêmement marquée. En moyenne, elle est égale à 1% du poids de la biosphère, au moins ; elle s'élève à plusieurs pour cent dans les endroits où se concentre la vie, par exemple dans le sol.

    Cette matière englobée par la vie – les organismes vivants – se distingue nettement de la matière brute par son caractère énergétique particulier. Elle se trouve en mouvement incessant, elle produit du travail, elle est riche en énergie libre. Cette matière se trouve à l'état actif, elle transforme tout autour de soi, comme la matière brute soumise à la désagrégation radioactive.

II

    En étudiant les manifestations de la vie dans le milieu ambiant à l'échelle planétaire, nous devons nous départir de l'aspect habituel sous lequel l'organisme se présente à notre esprit.

    Devant la grandeur de telles manifestations, l'organisme séparé perd de son importance ; il devient imperceptible. Seuls ses ensembles, ses masses peuvent être perçus et faire sentir leur influence.

    Ces ensembles se manifestent par les mêmes propriétés qui caractérisent les corps bruts prenant part aux processus de ce genre : roches solides, solutions aqueuses naturelles, masses gazeuses. Pour les masses vivantes aussi bien que pour les masses brutes, seuls le poids, le volume, les propriétés chimiques, l'énergie et les mouvements présentent de l'importance. On ne doit tenir compte que de ces propriétés de l'organisme, et rejeter hors du champ de la vision ce qui, depuis des siècles, a fait l'objet des études du biologiste : la morphologie, la physiologie de l'organisme, sa structure intérieure.

    Ces ensembles, ainsi caractérisés, nous apparaissent sous l'aspect de nouveaux corps naturels, particuliers à notre planète, que je nommerai dorénavant les matières vivantes.

    Les matières vivantes formées par les organismes d'une même espèce, de la même race, seront des matières vivantes homogènes ; celles qui se composent d'individus de races, et espèces différentes seront des matières vivantes hétérogènes.

    La Nature vivante, qui nous entoure, est une matière vivante hétérogène ; elle peut être décomposée en matières vivantes homogènes.

    Les organismes appartenant à une espèce ou une race, dispersés et répandus dans la Nature vivante, appartiennent tous à, une seule et même matière vivante homogène, où qu'ils se trouvent. Nous pouvons – additionnant leurs effets dans le milieu ambiant – considérer ces derniers comme la manifestation d'une seule et unique matière vivante homogène qui leur correspond, de même que nous les considérons comme la manifestation dans le milieu ambiant d'une seule espèce.

    On peut dire que la matière vivante homogène est une espèce (ou race) exprimée en poids, en composition chimique et en énergie, des individus dont l'espèce ou la race est formée. Les nombres qui caractérisent les propriétés d'une telle matière déterminent les caractères spécifiques de l'espèce ou de la race. Ce sont des constantes caractéristiques de l'espèce. Ils peuvent la caractériser avec la même précision que les caractères morphologiques ou physiologiques.

    Chaque espèce, végétale ou animale, exprimée de cette façon, se révèle dans l'écorce terrestre sous l'aspect d'une masse matérielle ou d'un volume avec des propriétés caractéristiques et déterminées. Ces masses de matière vivante entrent dans la structure de la biosphère absolument de la même façon que d'autres masses matérielles, telles que les roches, les agglomérations gazeuses ou liquides. Et elles peuvent être comparées avec ces dernières au point de vue de leur effet dans la biosphère, en particulier dans leurs manifestations géochimiques, c'est-à-dire dans les migrations des éléments chimiques dans l'écorce terrestre : translations, concentrations, passages de ces éléments d'un composé dans un autre.

    Comme les masses de gaz, d'eau naturelle ou de roches, la matière vivante effectue un échange incessant d'éléments avec le milieu ambiant. Le courant d'éléments chimiques qui caractérise cet échange est le phénomène essentiel dans l'histoire des éléments chimiques de la biosphère.

    Plus ce courant est fort et intense, plus l'énergie qui lui correspond, et dont il sert d'expression, est considérable.

    Ce sera toujours une énergie chimique. Sous l'aspect étudié, je l'appellerai énergie géochimique en tant qu'elle caractérise les migrations des éléments chimiques dans l'écorce terrestre.

    L'énergie géochimique d'une matière vivante homogène est toujours plus grande que l'énergie de n'importe quelle masse brute de la biosphère qui lui est égale. La matière vivante d'une moindre masse est toujours douée d'une plus grande énergie géochimique que les masses plus grandes de gaz naturel, d'eau naturelle, dénuée de vie, de roches, à la même température et pression.

    Cette diversité du caractère énergétique des matières vivantes et brutes détermine le rôle nettement différent qu'elles jouent dans l'existence de la biosphère.

III

    Il est clair que l'étude de l'énergie géochimique de la matière vivante est le problème essentiel pour la compréhension de la vie et de son rôle dans le Cosmos.

    Mais elle n'est pas évaluée habituellement et les notions qui lui correspondent n'ont pas pénétré la mentalité des naturalistes.

    Entre les trois manifestations principales de la matière vivante dans la biosphère – son poids (sa masse), sa composition chimique, son énergie – c'est l'énergie qui a le moins attiré la pensée scientifique.

    Il est évident que le poids de la matière vivante pourra être établi quand on connaîtra le nombre des individus qui la composent et le poids moyen de l'individu. Pareillement, la composition chimique moyenne de l'organisme pourra être facilement déterminée quantitativement pour leurs ensembles et exprimée en pour cent de poids ou d'atomes. Si nous avons peu de données de ce genre, ce n'est pas à cause de la difficulté de la solution du problème, mais du peu d'importance qu'on y attachait.

    Comment exprimer numériquement la manifestation de l’énergie de la matière vivante homogène dans la biosphère?

    Il est évident que les organismes par leur respiration, par leur nutrition, par le métabolisme interne de leur corps, influent sur les processus chimiques de la biosphère, sur la migration de ses éléments chimiques.

    Mais l'effet géochimique de ces processus, si même nous les exprimions en nombres pour tous les organismes terrestres, ne nous donnerait qu'une idée vague de l'énergie géochimique inhérente à la matière vivante, c'est-à-dire de la force propre à créer et à modifier la migration des éléments chimiques de la biosphère.

    Pour évaluer cette énergie, il est nécessaire de prendre en considération une propriété essentielle, toujours inhérente à l'organisme vivant, celle de la multiplication des organismes.

    L'idée de l'importance de ce phénomène pour la compréhension de la vie fut exprimée brillamment, il y a plus de 2 000 ans, avec une intuition géniale, par le grand philosophe grec Platon. Grâce au travail opiniâtre des naturalistes, on a amassé ici une immense quantité de faits, mais il existe peu de domaines de la Biologie où la pensée synthétique pénètre avec tant de lenteur, et où l'on accorde si peu d'attention à des phénomènes d'une importance si évidente. Des généralisations empiriques importantes, depuis longtemps acquises, n'y ont pas été comprises ni soumises à une analyse scientifique. En particulier, je ne connais pas un seul travail où ce phénomène de la multiplication des organismes soit examiné au point de vue de sa répercussion sur la nature brute ambiante. Les phénomènes de la multiplication sont même rarement soumis à l'analyse au point de vue purement biologique.

IV

    La multiplication des organismes est le mécanisme principal du travail géochimique de la matière vivante, par lequel elle tire les nouveaux éléments chimiques du milieu ambiant de la biosphère.

    Si nous connaissons l'intensité de la multiplication, il est possible d'établir la quantité de la matière vivante nouvelle créée dans l'unité de temps. Il est nécessaire à cet effet de connaître le poids moyen de l'organisme et la quantité d'individus qui naissent dans l'unité de temps. Connaissant leur composition chimique moyenne, il est possible d'établir le travail chimique de translation – du milieu ambiant dans les organismes – de la matière nécessaire à leur formation et à leur croissance jusqu'à, maturité. Ce travail est proportionnel à la quantité de matière vivante ainsi formée.

    La quantité de matière formée dans l'unité de temps pourrait en servir de mesure ; or, cette quantité est proportionnelle à la quantité des individus.

    La quantité d'individus formés dans l'unité de temps et leur poids à l'état de maturité pourraient donner une certaine notion de l'intensité du travail chimique opéré par l'organisme dans la biosphère, de son énergie géochimique.

    Mais cette expression de l'énergie géochimique de la matière vivante sera inévitablement très compliquée, car la quantité d'individus formés dans l'unité de temps croît rapidement avec le temps, en progression géométrique.

V

    Mais on peut exprimer ce travail de la matière vivante d'une toute autre façon. On peut le réduire au mouvement, dans la biosphère, des masses matérielles, qui, par leur poids et leur composition, correspondent à l'organisme. Le mouvement et la quantité de ces masses sont déterminés par la reproduction.

    Ce mouvement peut, comme tout mouvement, être exprimé en paramètres mécaniques ; on peut déterminer sa vitesse linéaire, son énergie cinétique.

    Autour de nous, dans la nature ambiante, ce mouvement s'effectue incessamment, sa présence peut être établie à chaque pas, mais habituellement nous n'en avons pas conscience, et cela pour trois raisons :
 1° parce que ce mouvement ne se manifeste pas comme une simple translation de masses matérielles, preuve en soit le fait qu'il est possible de l'observer chez des êtres immobiles, comme les plantes. Ce mouvement est, en une certaine mesure, analogue à une propagation. Il peut être comparé à la diffusion d'un gaz radioactif ;
2° parce que ce mouvement s'effectue comparativement d'une façon lente pour les organismes perceptibles à l'oeil nu ;
3° enfin parce qu'il s'effectue dans un milieu rempli – habituellement saturé – de vie, et par conséquent peut avoir lieu de temps en temps, et ne se manifester sous une forme nette que dans des conditions particulières, pas toujours présentes. Il rencontre une énorme résistance dans le milieu ambiant, et ne trouve pas toujours de place dans la biosphère pour se manifester. Nous en avons parfaitement conscience quand nous parlons de la pression de la vie, et nous savons quels efforts, quelle énergie il faut employer pour empêcher, par exemple, la pénétration dans des espaces, clos par nous, de la biosphère non seulement d'animaux mobiles, mais même de plantes immobiles.

    Il existe une analogie profonde entre la pression des masses gazeuses et la pression déterminée par les organismes qui se multiplient ; les lois qui gouvernent la première peuvent servir à l'étude de l'autre, et l'on peut arriver ainsi à d'importants résultats dans l'investigation des phénomènes de la vie. Mais présentement je laisserai de côté cette analogie, car il est possible, en prenant la multiplication pour base, de représenter l'énergie géochimique sous forme cinétique, plus commode pour son évaluation.

    Avant d'aborder cette question, arrêtons-nous sur deux ou trois exemples du mouvement dont nous allons nous occuper.

    Sur une immense étendue de la Russie méridionale, sur la frontière des steppes et de la forêt, l'homme, au cours de l'histoire, a été témoin soit de l'avancement de la forêt, c'est-à-dire de l'occupation de l'espace par cette dernière, soit de sa rétrogradation et de l'avancement de la steppe. Ces mouvements – dans un sens et dans l'autre – durent des siècles et ne peuvent être perçus que dans l'amplitude de la vie humaine. Ils résultent du fait que les conditions du milieu deviennent tantôt plus, tantôt moins favorables à la multiplication de la forêt. Les arbres et les herbes immobiles se meuvent par la reproduction.

    Dans l'extrême nord-est de la Sibérie a lieu une lutte analogue, entre la toundra de lichens et la taïga d'arbres.

    Un grand nombre de mouvements de ce genre pénètrent toute la nature vivante. Nous nous y heurtons à tout moment, nous ne pouvons nous y soustraire.

    Je m'arrêterai plus loin sur la floraison des étangs, sur la multiplication de la vie durant le peuplement des eaux stagnantes, durant la formation de couches de lentilles d'eau (Lemna), de Protozoaires, de Protophytes et d'autres organismes qui glissent sur leur surface.

    De temps en temps certains insectes ou des mammifères conquièrent de nouveaux espaces pour leur vie. Il est vrai que ces organismes sont mobiles aussi par eux-mêmes. Mais leur migration, perceptible pour nous, est au fond la conséquence d'un autre mouvement invisible déterminé par leur multiplication, c'est-à-dire de l'inévitable augmentation de la surface leur appartenant, augmentation qui devient nécessaire à leur vie.

    Les mouvements les plus divers de ce genre sont communs à tous les organismes. Chaque nouvel organisme exige pour lui une place au soleil. Plus la multiplication sera intense, c'est-à-dire plus le nombre des organismes formés dans l'unité de temps sera élevé, plus sera grande la propagation de la vie, sa pression, la translation de la matière vivante sur notre planète.

    La vitesse de ce mouvement, si nous réussissons à l'évaluer, nous donnera une mesure de l'énergie géochimique de la vie : plus cette vitesse sera grande, plus le travail chimique accompli dans la biosphère par l'espèce donnée d'organismes, par la matière vivante homogène, le deviendra aussi, et plus grande sera son influence sur la migration des éléments chimiques sur notre planète, sur les processus géochimiques.

    Mais pour l'évaluation dans la biosphère de l'énergie géochimique des masses des organismes qui se multiplient, il est extrêmement difficile de nous servir de la vitesse de propagation réelle de ces masses sur la surface terrestre, par suite de la croissance extrême au cours du temps du nombre des organismes d'un ensemble quelconque formés dans la même unité de temps.

    Bien que les organismes se multiplient invariablement par rapport au temps – toujours avec la même intensité – les masses formées par eux se propagent sur la surface terrestre avec une vitesse (apparente) toujours croissante, proportionnelle à leur nombre et à la surface occupée par eux. Donc, il est nécessaire de représenter dans notre discussion le mouvement de la matière vivante sur la surface terrestre sous une autre forme.

VI

    Le phénomène observé dépend de deux facteurs : d'une part de l'intensité de multiplication propre à l'organisme autonome, d'autre part des propriétés de la biosphère. Jusqu'à présent, ce second facteur a été habituellement laissé de côté, et c'est ce qui, à mon avis, explique le fait que ces phénomènes de première importance aient été négligés dans les représentations que les naturalistes se font de l'Univers.

    Relativement au premier facteur nous avons un grand nombre d'observations détachées, de faits établis avec précision, et un petit nombre de généralisations empiriques, très importantes, pour la plupart depuis longtemps connues, mais n'ayant pas attiré l'attention qu'elles méritaient.

    Quelques-unes de ces généralisations serviront de base à notre exposé ultérieur.

    Premièrement, tous les phénomènes de multiplication peuvent toujours être exprimés en nombres ; de même, la limite de multiplication maximum, laquelle ne peut être dépassée dans aucun cas pour l'espèce donnée. Ces nombres – le nombre des descendants et les termes de leur génération – sont stables au plus haut degré dans leur manifestation maximum.

    Secondement, la multiplication de tous les organismes, sans exception, peut être exprimée sous forme de progressions géométriques. Selon cette loi, le nombre d'organismes de toutes les espèces doit toujours croître avec le cours du temps. Parfois on exprime ce fait sous une autre forme : on détermine le temps nécessaire pour que le nombre des organismes devienne double ; il se trouve que ce temps est une constante pour chaque espèce. J'entends sous le terme de constante une grandeur physique stable, qui ne possède ce caractère que dans des conditions déterminées, qui se modifie selon des lois fixes lors du changement de ces conditions, c'est-à-dire une quantité qui a une limite qu'elle ne peut dépasser.

    Troisièmement, les petits organismes se multiplient plus vite que les organismes plus gros.

    Enfin, la multiplication n'est arrêtée que par le manque, dans le milieu ambiant, des conditions nécessaires : nourriture, température, etc.

    En d'autres mots, le processus de multiplication correspond aux phénomènes soumis aux règles de l’inertie ; il ne cesse de fonctionner que sous l'influence d'obstacles du milieu, mais non par suite de la modification du mécanisme qui la provoque.

    Ces généralisations paraissent évidentes par elles-mêmes, et constituent inconsciemment le fondement de notre compréhension de la nature vi vante. Malheureusement, elles n'ont jamais été soumises à une étude critique dans leur ensemble, et c'est pourquoi elles n'ont joué aucun rôle malgré leur immense importance pour notre compréhension de l'Univers.

VII

    Exprimons ces généralisations d'une autre façon. Pour les nombreux Protistes qui se multiplient par scission, les phénomènes de la multiplication peuvent être exprimés avec précision par la formule suivante :
2n∆=Nn
où n est le nombre de jours, Nn le nombre d'individus, qui se forment par suite de la scission en n jours, et ∆ le coefficient qui caractérise l'intensité de la multiplication. Pour les nombreux Protistes, ∆ exprime le nombre des générations en 24 heures.

    Il est possible de se convaincre empiriquement que la même formule est suffisante pour exprimer la multiplication de toutes les espèces d'organismes, même multicellulaires.

    Je ne puis, faute de place, examiner ici les complications qui s'y introduisent dans des cas spéciaux. Je noterai simplement ceci il est évident que pour les organismes dont la multiplication n'a pas lieu plusieurs fois en 24 heures, comme c'est le cas chez les Protistes, mais plusieurs fois par an ou une fois en quelques années, le nombre Nn n'aura une portée réelle que si n – le nombre de jours – est élevé en conséquence ; pour les plantes annuelles et les animaux donnant des générations une fois par an, on est obligé de prendre n égal à m.365, où m est égal au nombre d'années dans lequel a lieu la naissance de la nouvelle génération. Ce .n'est que pour de telles grandeurs de n que le nombre des individus Nn aura une importance réelle, coïncidera avec la réalité. Evidemment, ∆ ne correspond plus alors au nombre des générations, comme dans le cas des Protistes.

    La possibilité de représenter les nombreuses formes de multiplication par une seule formule est très commode pour le travail scientifique, car elle permet pour la première fois dans ce domaine de soumettre à une comparaison quantitative précise les propriétés des organismes les plus divers.

    J'ai fait les calculs nécessaires pour des centaines de groupes d'organismes, et j'ai toujours réussi à exprimer ce phénomène sous forme de la progression 2n∆= Nn en y introduisant dans certains cas des rectifications, des membres supplémentaires, comme par exemple pour les organismes multicellulaires dont la vie dure des années.

    De nombreuses déductions peuvent être tirées de cette formule, qui s'exprime de façons très diverses. Je ne m'arrêterai encore ici que sur une seule de ces expressions, qui introduit une nouvelle constante, α :
2n∆=(α+1)n=Nn
où α exprime l'accroissement par la multiplication d'un individu en 24 heures. L'individu croît chaque jour de α ; ainsi si α = 3, au terme de 24 heures chaque individu – quel qu'en soit le nombre – se transformera en 4 individus ; si α = 0,5, il se transformera en 1,5 individus, etc.

    La multiplication des organismes, et par conséquent leur énergie géochimique, augmente avec la croissance de ∆ et de α.

    Les limites des oscillations observées dans ces grandeurs peuvent être perçues dans le tableau 1, où elles sont indiquées pour quelques organismes appartenant à divers groupes du règne animal et végétal.

VIII

     Je dois faire ici une réserve relativement à ces nombres – réserve qui se rapporte également à tous les nombres que je cite dans mon exposé.

    Ces nombres ont pour base les observations qu'on trouve dans les mémoires biologiques. Ces observations n'ont jamais été faites avec la précision qu'exigent les mesures physiques. Il est rare de trouver des grandeurs moyennes calculées avec exactitude et basées sur un nombre suffisant – plusieurs centaines – d'observations. Le temps moyen entre les générations y est toujours approximatif. Par exemple, pour beaucoup d'oiseaux, il est indiqué qu'ils pondent des oeufs tantôt une fois par an, tantôt presque tous les jours. Il est certain que ce dernier nombre est approximatif et que pour chaque espèce – dans des conditions déterminées de sa biocénose et de son habitat – ce nombre doit avoir sa grandeur propre, qui n'est que voisine de 365.

    De même, pendant longtemps, l'intervalle entre deux générations chez les Protistes, les Infusoires par exemple, a été calculé en simples fractions de 24 heures, 1, 2, 3, etc. fois en 24 heures. Des études plus soigneuses ont démontré que ces calculs sont approximatifs et qu'en réalité chaque espèce est caractérisée par des intervalles particuliers entre les générations.

    Les nombres donnés ci-dessous pour ∆ et α ainsi que tous les autres nombres qui caractérisent les phénomènes de multiplication, ne sont donc pas définitifs ; ils donnent pourtant une notion générale nette du phénomène dans sa première approximation. Il est peu probable que l'ordre du phénomène change beaucoup, à la suite d'une investigation ultérieure plus exacte.

____________________________________
TABLEAU I. – Quelques exemples des nombres ∆ et α :

    BACTÉRIES
Bacterium coli comm.    61,27                 2,78 X 1018
Vibrio cholerae asiat.    61,02 – 62,47       2,2 – 6,4 X 1018
Bacterium ramosus       53,33                 1,16 X 1016

    DIATOMÉES
Nitzschia putrida          4,8                       26,8
Moyenne pour les diatomées marines
                                0,5                       0,41

    PÉRIDINIENS
Ceratium                     0,25                    0,19

    PHYTOMONADINÉES
Eudorina elegans           0,79                    0,72

    HELIOZOA
Actinophrys sol.            1,25                    1,38

    INFUSOIRES
Paramoccium aurelia       1,73                   2,32
        « »       caudata     1,09                  1,12
Leucophrys patula           7,0                    127,0

    DICOTYLÉDONES
Trifolium repens               0,016                 0,010
Solanum nigrum               0,04                   0,029
Blé (moyenne)                 0,019                 0,013

    MAMMIFÈRES
Sus scrofa                    0,9 – 2,23 X 10-3
 «    domestica              9,7 – 10,6 X 10-3
Mus decumanus             9,6 X 10-3 (min.)
Elephas indicus              0,096 – 0,4 X 10-3
______________________________________

     La grandeur maximum de ∆ ne dépasse pas 64–65 ; conformément, le maximum de α se trouve dans les limites de 1,8 X 1018 à 1,7 X 1019.

    Les grandeurs minima de ∆ et de α seront par suite égales à des nombres de l'ordre n X 10-5. Nous verrons que ces nombres ne sont pas accidentels.

IX

    La formule de la progression géométrique exprime la multiplication sans aucun rapport avec la biosphère : l'organisme y est considéré, comme d'habitude – et cela est commode – dans les problèmes biologiques, comme un corps autonome, indépendant du milieu.

    Evidemment, ce genre de formule ne peut, sous cet aspect, être utilisé pour la détermination de l'énergie géochimique de l'organisme.

    La formule de cette énergie doit nécessairement comprendre les propriétés du milieu spécifique dans lequel le travail de la matière vivante s'effectue – les propriétés de la biosphère.

    On peut y arriver sans changer les formules, mais en y introduisant les corrections qui se rapportent à notre Terre, en premier lieu celles qui ont trait à ses dimensions.

    Des représentations de ce genre ont surgi depuis longtemps ; nous les trouvons chez C. Linné, mais les conséquences n'en avaient pas été déduites. C. Darwin les a exprimées avec beaucoup de clarté en 1859. Il a indiqué comme une propriété caractéristique de tous les organismes, sans exception, leur faculté de recouvrir, par suite de leur multiplication, toute la superficie de la planète, dans des conditions de temps et de nourriture suffisantes. Il voyait avec justesse dans cette faculté une prémisse de la lutte pour l'existence. Plus l'intensité avec laquelle l'organisme se multiplie est grande, plus vite ce dernier doit recouvrir toute la surface terrestre d'une façon continue.

    Ces représentations correspondent certainement, sous cette forme, à un cas irréel et idéal. Nous savons que les forces qui mettent obstacle à ce phénomène sont insurmontables pour l'organisme. Cependant ces représentations expriment avec beaucoup de réalité, à une échelle planétaire, la force, l'énergie, dont la multiplication est la manifestation, et la diversité de cette force selon les organismes, car elles donnent une idée quantitative précise du travail géochimique maximum que peut accomplir l'espèce donnée dans la biosphère, c'est-à-dira les limites de son énergie géochimique active.

    On peut acquérir des représentations mathématiques très simples de cette énergie limite en exprimant la multiplication au moyen des grandeurs ∆ et α, et notre planète par les éléments numériques de sa surface.

    Seuls ∆ ou α changeront dans ces expressions mathématiques pour chaque espèce, tandis que les nombres qui ont trait à la biosphère y resteront constants.

    C'est pourquoi les expressions de la manifestation maximum de l'énergie géochimique resteront immuables aussi bien si nous les rapportons à quelque partie de la surface de la planète qu'à la planète entière.

    Le fait que la multiplication est soumise à la règle de l'inertie nous amène à la même conclusion ; ∆ et α, dans leurs grandeurs maxima, sont liés aux organismes, sont déterminés par leur mécanisme autonome et se manifesteront sans changement n'importe où, si le milieu vital de l'organisme le permet.

    La marche de la multiplication dépend d'eux seuls ; les dimensions de la planète ne permettront que d'établir le résultat final, sa valeur maximum.

X

    Nous pouvons donc appliquer ces nombres à l'étude de phénomènes naturels dans les cas où l'organisme recouvre d'une façon continue quelque espace da la biosphère ; par suite de sa multiplication, il accomplit dans ces limites le travail géochimique maximum dont il est capable.

    De pareils phénomènes – des mouvements de la matière vivante – s'observent à chaque pas dans la biosphère. Prenons par exemple la floraison des eaux stagnantes que j'ai déjà mentionnée.

    La floraison de l'eau n'est pas un phénomène rare et accidentel dans la nature. Elle se produit incessamment sur la surface de la planète, se répète d'année en année, dans les mêmes endroits avec une régularité immuable. Elle tire son origine du fait que certains organismes commencent subitement à se multiplier par suite de conditions de milieu favorables, qui n'ont pas été étudiées. En un court espace de temps toute la surface d'un étang se recouvre d'une couche continue d'un organisme de ce genre, par exemple de quelque Lemna (lentilles d'eau). Lorsque toute la surface de l'eau en est revêtue, le mouvement des Lemna s'arrête. Il est facile de prouver que la force de la multiplication n'a pas changé ; mais elle ne se manifeste plus par suite de la résistance du milieu, par suite du défaut de place pour le nouvel individu créé par la reproduction. Nous ne pouvons pas affirmer que la multiplication soit complètement anéantie, mais elle est indubitablement très affaiblie et les individus nouvellement nés périssent sans atteindre leur plein développement. Sa présence peut être observée et se manifester à chaque instant il suffit de libérer quelque place dans la couche des Lemna pour voir cet espace vide se combler dans un temps déterminé, suivant l'intensité de la multiplication. Ainsi, l'énergie géochimique n'a pas disparu ; elle s'est transformée en une forme potentielle.

    Nous appellerons états stationnaires de tels états des phénomènes de multiplication. Ils seront caractérisés par le plus grand nombre d'individus provenant de la multiplication qui peuvent trouver place sur l'aire donnée.

    Cet état peut s'exprimer par l'équation :
S/K=Nst
    où S est l'aire de la surface de l'eau, K un coefficient dépendant des dimensions de l'organisme, Nst le plus grand nombre de ces individus pour l'aire donnée. Connaissant ∆, il est aisé de calculer dans quel temps sera atteint Nst pour l'organisme, c'est-à-dire :
2n'∆=Nst

    Nous voyons constamment autour de nous des états stationnaires des organismes : les surfaces des roches, entièrement revêtues de mousses et de lichens, la steppe en friche, la forêt que la main de l'homme n'a pas touchée, chaque biocénose ou société animale ou végétale sont autant d'exemples de la manifestation de ces états. Outre les dimensions de l'aire donnée, c'est en premier lieu la lutte pour l'existence et l'énergie géochimique différente des matières vivantes homogènes qui se trouvent simultanément sur l'aire donnée qui y jouent un rôle important. Mais la condition essentielle, c'est la grandeur de l'aire ; étant donnée cette grandeur, chaque organisme ne peut dépasser le nombre propre à son état stationnaire : il donnera autant de générations que le lui permettra la partie de la surface qu'il réussira à s'assurer dans la lutte pour l'existence.

XI

    Toutes ces considérations peuvent être appliquées à la surface entière de notre planète. Envisagé à cette échelle, le phénomène de la multiplication nous permet de comparer quantitativement les manifestations de la force qui l'a provoqué, ce qui ne peut se faire pour les phénomènes exprimés sous forme d'une progression géométrique infinie.

    Les rapports qui existent entre les nombres d'individus nés de deux organismes dont la multiplication est exprimée par des progressions géométriques peuvent être exprimés par l'équation ci-dessous :
Nn/N'n=(α+1)n/(α_1+1)nn
    autrement dit la différence entre le nombre possible d'individus pour les deux espèces augmentera avec le cours du temps d'une façon irrésistible et illimitée.

    Mais les dimensions limitées de notre planète ne permettent pas la manifestation de cette croissance illimitée. Il ne peut y exister qu’un seul nombre, maximum stationnaire, d'individus pour chaque espèce, qui sera atteint au moment de la manifestation la plus complète de l'énergie géochimique propre à la matière vivante donnée.

    Ce nombre maximum sera déterminé par les dimensions de la planète et la grosseur moyenne de l'organisme ou l'aréal moyen de l'habitat de chaque organisme.

    Il est donné par l'équation :
Nmx=S/K=(5,10065∙1018)/K
où S et K sont exprimés en centimètres carrés.

    L'existence d'un nombre stationnaire maximum pour chaque espèce d'organismes est liée au fait que chacun d'eux possède une énergie active propre de multiplication, qui ne peut jamais être dépassée, sur notre planète. L'énergie géochimique potentielle peut être considérée comme illimitée, mais l'énergie active réelle a une limite déterminée pour chaque organisme. Il existe une masse maximum déterminée et immuable de matière, qui peut être atteinte par chaque espèce d'organisme, masse pouvant exister simultanément sur notre planète.

    Cette masse maximum de matière – M – est égale à :
M=pNmx
où p est le poids moyen de l'organisme.

    La grandeur M donne une représentation du travail chimique que peut effectuer en fin de compte chaque espèce végétale ou animale.

    Comparant les grandeurs M pour divers organismes, nous obtenons le rapport qui existe entre leur énergie géochimique maxima. Ce rapport demeure toujours immuable, bien que M soit une grandeur terrestre différente et caractéristique pour chaque organisme.

    Le même organisme, placé sur une autre planète, possédera une autre énergie chimique libre, ainsi qu'un autre poids, mais le rapport entre les divers M peut demeurer immuable.

    (à suivre)

    W. Vernadsky,
Membre de l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S.

* Conférence faite à Brno, à l'Université Masaryk, en janvier 1926, et à la Société des Naturalistes de Leningrad (Saint-Pétersbourg), en avril 1926. Le texte in extenso est publié en langue russe dans le Bulletin de l’Académie des Sciences de l'Union des Républ. Soviét., 1926. Cf. mes Etudes biogéochimiques, I-II.

     
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Mardi 5 mai 2009 2 05 /05 /Mai /2009 13:23
SUR LA MULTIPLICATION DES ORGANISMES ET SON RÔLE DANS LE MÉCANISME DE LA BIOSPHÈRE


     Deuxième partie


XII

    Il est bien plus commode, en vue du but que nous nous proposons, de représenter dans nos calculs l'énergie géochimique sous une autre forme : l'énergie cinétique, en utilisant pour cela le mouvement de la matière vivante sur la surface terrestre provoqué par la multiplication des organismes.

    C'est par ce mouvement que s'opère, sur la face de la biosphère, la transmission du travail géochimique de la matière vivante, son énergie géochimique.

    La vitesse de cette transmission, exprimée en unités linéaires, nous servira de mesure pour l'énergie géochimique de la matière vivante. Je l'appellerai v, vitesse de transmission de la vie, c'est-à-dire de la transmission de l'énergie géochimique de la matière vivante dans la biosphère.

    Il ne faut pas la confondre avec la vitesse de multiplication ou de propagation sur la surface terrestre d'une foule d'organismes qui se multiplient. Cette vitesse détermine la transmission d'une force propre à l'organisme, de sa faculté d'effectuer un travail géochimique, cette faculté étant immuable et limitée pour chaque espèce (car M est une grandeur limite constante) et transmise avec une vitesse constante (dépendant seulement des constantes maxima ∆ ou α).

XIII

    Utilisons la représentation depuis longtemps mise en usage par les naturalistes. Appelons ε le nombre des jours au cours desquels un organisme donné peut entièrement combler la surface de notre planète avec la densité maximum de peuplement qui lui est propre.

    Evidemment ε dépendra : 1° de l'intensité de la multiplication, c'est-à-dire de ∆ ou de α ; 2° de la grosseur de l'organisme, donnée par le coefficient K ; 3° des dimensions de la planète, soit 5,10065.1018 cm2.

    Il doit correspondre à la formule :
ε = (18,70762-lgK)/(∆.lg2)

    Sa grandeur est différente pour chaque organisme et oscille entre 1,3 journées pour les Bactéries, et plusieurs milliers d'années pour les gros Mammifères.

    On peut se convaincre que, comme ∆ et α, ε sera aussi soumis à des changements réguliers pour les familles et les classes des organismes (Tableau II).
________________________________________
TABLEAU II. Valeur de la grandeur ε ou occupation de la superficie terrestre par la matière vivante (en jours).

                                          ε
Plancton vert (moyen)            168-183
Grandes algues marines           17 832-28 931 (49-79 années)

    BACTERIES
Vibrio cholerae                       environ 1,25
Bacterium typhi                      environ 1,8

    INFUSOIRES
Leucophrys patula                  max 10,6
Paramecium aurelia                moyen 42,7
Paramecium caudatum            31,8-67,3

    SCHYZOPHYTES
Anabaena baltika                   112-143

    DIATOMEES
Nitzschia putrida                    max 16,8

    INSECTES
Culex pugens                         202
Aphis mali                             392
Musca domestica                   environ 366

    PLANTES VERTES
Trifolium repens                     4 076 (plus de 11 ans)

    POISSONS
Clupea harengus                    2 736-4 435 (7-12 ans)
Pleuronectes platessa            (max) 2 159 (environ 6 ans)
Gadus morrhua                      1 556 (plus de 4 ans)

    OISEAUX
Poules                                 5 000-6 100 (15-18 ans)

    MAMMIFERES
Rat                                     environ 2 800 (environ 8 ans)
Cochon                                environ 2 800 (environ 8 ans)
Porc sauvage                        environ 20 628 (plus de 56 ans)
Éléphant                              environ 376 000 (plus de 1000 ans)
________________________________________

XIV

    Evidemment la transmission de l'énergie géochimique – lors de la pleine manifestation sous une forme active de cette dernière – propre à la matière vivante donnée (espèce, race ou sous-espèce), s'effectuera aussi pour chacun d'eux en ε jours, la transmission ayant toujours lieu avec la même intensité dans des conditions déterminées.

    Pour déterminer sa vitesse linéaire, il faut faire attention à ce qui suit.

    Quand un organisme se propage, en raison de la multiplication, sur la surface de la planète, il accomplit par ce mouvement une sorte de voyage autour du monde. Chaque organisme traverse ainsi inévitablement, avec une vitesse différente pour chacun d'eux, le même parcours, le plus long de ceux qui existent sur notre planète. Ce parcours, c'est la longueur de l'équateur terrestre, qui est égale à 40.075,721 km ou 40.075,721X109 cm.

    Par l'équateur se transmet aussi – dans le cours de εX86.400 secondes – l'énergie géochimique de la matière vivante homogène donnée.

    La vitesse de transmission sera déterminée par le nombre de centimètres traversés en une seconde.

    Je nommerai cette grandeur V, caractéristique de chaque espèce, vitesse de transmission de la vie sur notre planète, ou – mieux encore – transmission de son énergie géochimique.

    Elle est égale à :

V = (46383,93.lg(α+1))/(18,70762–lgK)
d'où V=(46383,93.lg2.∆)/(18,70762-lgK)

    Ainsi que la formule nous le démontre, la vitesse V change seulement en relation avec la grandeur ou l'aréal de l'organisme et avec l'intensité de sa multiplication. Sa grandeur est déterminée par la dimension de la planète.

XV

    La définition de cette grandeur paraît un peu artificielle.

    Quelques éclaircissements seront peut-être utiles.

    La longueur de l'équateur terrestre est une direction unique dans notre planète. C'est une grandeur physique très importante. C'est la direction la plus longue qui puisse être traversée dans un sens sans répétition, dans n'importe quelles conditions, sur la surface terrestre. Elle peut servir d'indicateur pour l'énergie géochimique de toute matière vivante. Lorsque l'organisme dans sa reproduction traversera dans un même sens une distance égale à 40.075,72 km, son énergie active de multiplication deviendra potentielle et la multiplication n'aura plus lieu.

    Or c'est une propriété commune à tous les organismes. C'est la raison pour laquelle il est commode de prendre cette grandeur pour unité de comparaison, afin de déterminer la vitesse de transmission de l'énergie géochimique de la vie sur la surface terrestre par voie de multiplication. Tous les organismes devront inévitablement traverser cette longueur lors du complet peuplement par eux de la surface terrestre.

    Evidemment la transmission de l'énergie géochimique ainsi mesurée devra toujours s'effectuer avec la même vitesse, car la grandeur V dépend seulement des grandeurs ∆ et K, constantes pour l'espèce donnée. ∆ maximum correspond aux conditions optima de la vie de l'espèce. Pour les autres valeurs de ∆, la valeur de V sera toujours proportionnellement moindre et indiquera des conditions de vie moins propices pour l'espèce.

XVI

    Arrêtons-nous sur le coefficient K, notion complexe et dont l'analyse n'est pas encore faite à fond.

    Cette grandeur détermine le peuplement maximum, la densité de la vie sur une aire déterminée.

    On peut se représenter la densité maximum d'une telle existence, lorsque les organismes seront côte à côte, étroitement serrés l'un contre l'autre et immobiles, tout en conservant cependant la liberté de leurs mouvements. Je nommerai K1 cette valeur du coefficient K et considérerai K1 comme égal au carré de la dimension maximum de l'organisme. Ainsi, pour une bactérie d'une longueur de 1 micron (10-4 cm), d'une largeur de 0,5 micron (5 X10-5 cm), K1 sera égal à 10-8 cm2 ; pour un poisson d'une longueur de 100 cm et d'une largeur de 20 cm, K1 sera égal a 104 cm2.

    Un grand nombre de mes calculs sont basés sur cette détermination du coefficient K1 et le tableau ci-après représente la grandeur V ainsi obtenue. Je l'appellerai V1. Il est certain que le coefficient K1, étroitement lié aux dimensions de l'organisme, répond à une propriété très importante de la matière vivante. Car les dimensions des organismes ne sont pas accidentelles. Nous verrons que leur limite inférieure est déterminée avec précision par les propriétés moléculaires de la matière, en particulier par celles des gaz. La limite supérieure n'est pas accidentelle non plus. Elle n'a pas dépassé les bornes de 200 à 300 mètres dans le cours de toute l'histoire géologique.

XVII

    Mais il existe une autre expression de cette vitesse V. Dans cette expression le coefficient K possède une portée biologique plus profonde. Cependant, en général, les données nous manquent pour le déterminer.

    J'appellerai K3 cette autre expression du coefficient K. Le coefficient K3 détermine l'aréal nécessaire à la vie et à la multiplication de l'organisme. Dans ce cas, on obtient pour la vitesse V une valeur plus grande (car les nombres stationnaires ainsi calculés sont moins grands) et une expression qui correspond davantage à la réalité.

    Quelques exemples de K3 nous suffiront pour démontrer son importance :
                             K1             K3
Éléphant indien         5.105         2.1012
Abeille                     4-5           2,5.106
Blé                          2-4           25-35
Brebis (Écosse)         2,25.104   4.107

     II est clair que l'aréal de la vie, par exemple celui de l'homme civilisé, est extrêmement grand, par suite de la complexité de ses besoins ; son nombre stationnaire, qui correspond réellement à sa civilisation, n'est relativement pas élevé et il est douteux que ce nombre dépasse de beaucoup nX109 où n n'est pas grand.

    Ce domaine est présentement très délaissé par les biologistes et exigerait des recherches vigoureusement poussées. Les résultats y seraient probablement très féconds.

XVIII

    Le troisième tableau contient quelques exemples de données numériques sur la vitesse de transmission de la vie. Arrêtons-nous sur la première grandeur correspondant à V, calculée pour les bactéries.

    Le nombre obtenu est très remarquable. Il est voisin de 33 100 cm/sec. C'est la vitesse du son dans l'air, c'est-à-dire dans le milieu de la respiration des organismes.

________________________________________
TABLEAU III. Les grandeurs V (en cm/sec).

Grandes algues (moyenne)                 1.6-2,5
Plancton des Péridiniens (moyenne)     166-176
Plancton marin vert                          246-273
Elephas indicus                                0,096-0,1
Sus scropha.                                   0,9-2,23
Mus decumanus                               9,6 (max)
Sus domestica.                                9,7-10,6
Poules de Cochinchine                       7,3-8,2
Clupea harangus                              10,4-17,9
Leuciscus idus                                 15,1
Gadus morrhua                                26,8-29,7
Blé (France, moyen)                         97-10 (V3)
Trifolium repens                               11,38
Cicada septendecim                         1,03
Pachytylus migratorius                      11,3
Musca domestica                             126,5
Culex pugens                                   336,88
Glaucoma pyriformis                          1 408-1 760
Paramaecium aurelia                         1 083,3 (moy.)
Paramaecium caudatum                    689-1 456
Nitzschia putrida                             2 688-2 745
Bacillus ramosus à 5°                       2 127
 (optim.)                                        29 538
Bacillus subtilis                                24.866
Vibrio cholerae                                33 100 jusqu'à 37 350
________________________________________

    Tout indique que cette coïncidence n'est pas accidentelle.

XIX

    Les bactéries occupent une place remarquable dans le règne de la vie. Ce sont les plus petits organismes connus, qui se multiplient avec la plus grande intensité. Elles ne sont pas bien éloignées des limites de la vie, comme nous le démontre l'étude de leur énergie géochimique.

    Les bactéries sont des organismes dont la grandeur du ∆ est la plus élevée que nous connaissions. On peut la définir pour elles avec une grande précision : pour les bactéries, ∆ exprime le nombre des générations nées en 24 heures. En moyenne leur multiplication (par scission de la cellule) est stable ; elle s'effectue avec de petites oscillations. Les intervalles entre deux scissions ont évidemment une immense importance biologique et géochimique. On peut les exprimer en secondes par :

    86.400/∆=τ

    Evidemment cette période τ ne peut pas être illimitée. Elle exprime le temps nécessaire pour la formation de tous les composés chimiques si complexes du plasma des bactéries.

    Dans les traités de bactériologie on indique pour τ les valeurs minima de 17 à 20 minutes. Mais ce sont des observations individuelles et non des données moyennes, caractéristiques des processus de scission. Les valeurs moyennes ne descendent pas au-dessous de 22X60=1320" et 23X60=1380". Elles déterminent les limites de ∆, α et Nmx. Les valeurs maxima de ∆ varient entre 63 et 64, de α entre 1018 et 1019, et Nmx est un nombre de l'ordre 1026, peut-être de 1027.

    Ces maxima se rapportent aux bactéries les plus petites (diamètres de l'ordre de 10-5 cm.).

    Certes la grandeur minimum de τ doit avoir une grande importance biologique. Il est incompréhensible qu'elle ne soit pas établie, bien que sa détermination ne présente pas de difficultés particulières.

    Cette grandeur est évidemment liée : 1° aux dimensions de l'organisme (elle correspond à leur grandeur minimum) ; 2° à la force de multiplication (elle correspond à la grandeur ∆ maximum) ; 3° à la plus grande énergie géochimique de la matière vivante, – V et Nmx maxima.

    Sa détermination précise présente par suite un grand intérêt non seulement biologique, mais géochimique.

XX

    Elle devient encore plus importante par le fait que les propriétés des gaz, liées à l’organisme par un lien indissoluble, détermine la limite de la grandeur τ – ainsi que de la plus petite dimension des organismes et de leur plus grande multiplication, c’est-à-dire les limites de ∆ at de V.

    L'échange gazeux est la manifestation la plus caractéristique de la multiplication, et par conséquent de la transmission de l'énergie géochimique de la vie dans la biosphère. Si la vie à l'état latent (par exemple chez les graines ou les spores) peut exister sans échange gazeux, l'organisme qui se multiplie respire inévitablement. S'il respire, un courant ininterrompu de molécules gazeuses doit sortir de l'organisme et y rentrer.

    L'intensité de la multiplication, liée à la création de nouveaux composés organiques (toujours avec la participation de la matière sous sa forme gazeuse), est toujours proportionnelle à l’intensité de l’échange gazeux. Le courant gazeux peut toujours servir de mesure de la multiplication et, si peu que nous connaissions l'échange gazeux des bactéries, il n'est pas douteux que nous y observons l'échange gazeux le plus intense.

    Cet échange ne dépend pas seulement de l'organisme ; c'est une fonction des propriétés du gaz.

    Partant, la multiplication des organismes, ainsi que leurs dimensions, sont une fonction des gaz.

    En étudiant ces phénomènes, nous devons arrêter notre attention sur deux propriétés déterminées et constantes des gaz : 1° sur la grandeur des molécules gazeuses ; 2° sur le nombre de ces dernières qui peuvent se trouver dans un volume déterminé de l'espace.

    Il est très caractéristique que ces deux grandeurs soient commensurables avec les nombres qui correspondent aux dimensions et à la multiplication des éléments des matières vivantes.

    La grandeur des molécules gazeuses est de l'ordre de 10-7 cm. Elle ne peut pas être moindre, car les nombres de l'ordre de 10-8 cm sont déjà des distances atomiques.

    Evidemment, les organismes – les bactéries et les représentants ultramicroscopiques de la vie – ne peuvent avoir des dimensions de l'ordre de 10-7 cm et au-dessous. Les organismes les plus petits que nous connaissions ont des dimensions de l'ordre de 10-4-10-5 cm. (par exemple Bacillus cholerae : 5.10-5 cm épaisseur).

    Dans l'échange gazeux de ces organismes, nous nous trouvons en face de processus biophysicochimiques complexes qui ont lieu entre les ensembles de corps minimes de dimensions voisines – n.10-7 cm (molécules gazeuses) et n.10-4-10-5 cm (bactéries).

    On ne sait pas si ces processus peuvent exister pour des organismes de l'ordre de 10-6 cm.

    Pour résoudre cette question, il faut ne pas perdre de vue les phénomènes de la multiplication.

    Les calculs nous démontrent que, pour les organismes de l'ordre 10-6 cm, ∆ doit atteindre des valeurs qui dépassent considérablement 64 et la valeur de V doit dépasser considérablement la vitesse des ondes sonores dans l'air, intimement liée à l'élasticité des gaz. Serait-ce possible?

    N'existe-t-il pas ici une limite à la multiplication des organismes, ainsi qu'à leurs dimensions ?

XXI

    Je ne puis m'arrêter ici que brièvement sur cette question ; j'espère y revenir ailleurs (cf : W. Vernadsky, Bull. de l’Acad. Des Sciences de l’Union des Républ. Sov. L., 1926, p. 727.)

    Pour la résoudre, il faut ne pas perdre de vue les propriétés des gaz et en premier lieu le nombre de Loschmidt, qui détermine la quantité de molécules gazeuses dans un cm3 (pour 0° et 760 mm, il est égal à 2,706X1019).

    Le nombre de Loschmidt est une autre expression du nombre d'Avogadro ; il forme la base de la Physique moléculaire moderne et il est confirmé par tout son contenu empirique.

    En en tenant compte, nous sommes obligés d'admettre l'existence de limites de la multiplication, et de la grandeur de ∆. Dans un cm3 des liquides où vivent les bactéries, le nombre des molécules gazeuses, nécessaires à leur respiration et à la multiplication, doit être bien inférieur à 1019, car 2,706 X1019 représente leur quantité maximum dans un espace vide. Un organisme sphérique d'une grandeur égale à une bactérie d'un diamètre de 1,24x10-4 cent. (volume 1012 cm3) peut donner par voie de multiplication 1012 individus dans ce volume. Ce fait nous permet d'admettre que la relation
    1012 bact./1019 mol. gaz.
peut effectivement exister, car les bactéries sphériques, dont le volume atteint 1 µ3 (1012 cm3), pullulent dans l'Océan (Fisher).

    Pour un tel organisme sphérique, la grandeur de ∆ est voisine de 63. Le nombre des individus qui peuvent par voie de multiplication (nombre stationnaire) vivre dans un cm3 croît rapidement avec ∆. Simultanément, la grosseur de l'organisme diminue en proportion. Lorsque les dimensions des organismes atteignent l'ordre de 10-6 cm, il s'établit des corrélations voisines de la parité entre le nombre des individus et le nombre des molécules gazeuses. Nous aboutissons à des phénomènes qui, selon nos conceptions actuelles, nous paraissent invraisemblables.

    Car ces hypothèses supposent implicitement que la vitesse de la transmission de l'énergie géochimique des organismes doit dépasser la vitesse du son, c'est-à-dire le déplacement des molécules gazeuses qui, comme on sait, n'est déterminé que par leur élasticité et par leur densité. Or c'est impossible, parce que ces mêmes propriétés des gaz déterminent la respiration et par conséquent le travail géochimique des organismes. Je reviendrai ailleurs sur ce phénomène(cf : W. Vernadsky : Études biogéochimiques, II, 1926)

XXII

    L'influence des échanges gazeux de l'organisme sur son énergie géochimique maximum nous oblige à examiner avec plus d'attention la manifestation de ces échanges gazeux dans la biologie des êtres vivants et dans la structure de la biosphère.

    Dans la biologie, nous observons sa manifestation à chaque pas.

    En premier lieu cet échange est intimement lié à la propagation des organismes sur la surface terrestre, provoquée par leur multiplication.

    Car cette forme de mouvement de la matière vivante ne présente pas une analogie complète avec le phénomène purement mécanique de la propagation du gaz ou de quelques corps visqueux, propagation toujours indépendante du milieu dans lequel elle a lieu.

    Tout au contraire le mouvement en question se distingue par le fait que l'organisme qui se meut est indissolublement lié à son milieu ambiant. Ce mouvement accélère sa marche lorsque l'échange gazeux devient plus intense ; il la ralentit, lorsque ce dernier faiblit. La respiration règle la propagation de la vie dans la biosphère et détermine les dimensions des organismes et leur faculté de multiplication. Pour les Protistes, chez lesquels l'échange gazeux a lieu par leur surface, il est évidemment proportionnel à leur grandeur. Plus l'organisme est petit, plus la surface qui correspond à la même masse de matière vivante sera comparativement grande ; d'autant plus intense sera l'échange gazeux et l'énergie géochimique de la vie atteindra une valeur plus grande. C'est parmi les Protistes que se trouvent les organismes à effet géochimique maximum.

    Pour les êtres multicellulaires, ce phénomène est plus complexe, car chez eux l'échange gazeux a lieu en partie dans l'intérieur de l'organisme et leur surface ne lui est pas directement proportionnelle. Effectivement, l'énergie géochimique cinétique des Métazoaires et des Métaphytes d'une part, et des Protistes de l'autre, est nettement différente, ce qui correspond exactement aux divers mécanismes de leur respiration (§ XXVI).

    L'échange gazeux détermine en outre les nombres d'individus des différentes espèces pouvant exister simultanément et influence ainsi leur lutte pour l'existence.

    Car la quantité de gaz qui se trouve à la disposition de la matière vivante est limitée, surtout celle de l'oxygène libre.

    Donc une lutte des organismes pour l'existence sous forme de lutte pour le gaz doit avoir lieu dans la Nature.

XXIII

    Mais l'influence qu'exerce la respiration des organismes peut être constatée dans les phénomènes encore plus grandioses de la biosphère elle-même.

    Elle explique le caractère extrêmement singulier de l'échange gazeux de notre planète, qui depuis longtemps avait attiré l'attention des minéralogistes et n'avait pas trouvé d'explication.

    Trois phénomènes sont à noter dans le régime gazeux de la Terre :
La composition même des gaz. La composition des gaz naturels de la troposphère est identique à celle des gaz qui se forment dans le cours des processus biochimiques ou qui en dérivent.
    Outre les gaz extrêmement rares, la troposphère contient les gaz suivants qui se dégagent de la matière vivante et pénètrent en grande partie par cette voie dans la troposphère : l'azote, l'oxygène, l'acide carbonique, l'eau, l'hydrogène, le méthane, l'ammoniaque, l'hydrogène sulfureux. L'ozone, les oxydes du soufre et de l'azote sont obtenus dans les conditions de la biosphère sous l'action de l'oxygène libre. L'hélium seul et les gaz nobles tous en quantité minime ne dépendent pas du tout de la matière vivante, à ce qu'il semble ;
L'origine purement biogéochimique du gaz essentiel qui maintient la respiration, de l'oxygène libre ;
La quantité des gaz de la troposphère, de la biosphère en général. Elle est comparable à la quantité de la matière vivante.

    Une telle structure chimique de la troposphère peut être expliquée par ce rôle du travail chimique de la matière vivante dans sa formation. En dernier lieu c'est l'énergie radiante du Soleil que la matière vivante introduit ainsi dans l'enveloppe gazeuse terrestre.

    Les organismes dans leur ensemble se livrant entre eux à une lutte pour le gaz établissent de par ce fait l'échange gazeux de notre planète.

XXIV

    L'étude de l'énergie cinétique géochimique de la matière vivante nous permet de préciser encore ce processus.

    Nous abordons ici une nouvelle région d'application de ces nouvelles notions, sur laquelle je ne m'arrêterai aujourd'hui que très brièvement.

    Nous pouvons exprimer l'énergie géochimique cinétique d'un organisme par la formule habituelle de la mécanique mv2/2 où m sera le poids moyen de l'individu de l'espèce, dont la vitesse de transmission de la vie (de l'énergie géochimique) sera égale à V.

    L'énergie géochimique cinétique se manifeste par la formation de la matière vivante dans la biosphère. On peut la rapporter à une aire déterminée, soit à un hectare. Cette aire détermine alors le travail chimique effectué par les organismes lorsque le peuplement de l'hectare est au complet.

    Rapportée à l'hectare, l'énergie géochimique cinétique d'une espèce pourra être exprimée par la formule

(mv2/2)∙(1018/K1)=A

    c'est-à-dire par la somme des énergies cinétiques de tous les organismes qui peuvent trouver place sur un hectare.

    L'analyse des faits concrets démontre que pour tous les Protozoaires et Protophytes cette énergie dans sa manifestation maximum, est la même.

    On arrive à la formule :

(pv2/2a)∙(108/K1) =3,54325∙1012  C.G.S.

    où p est le volume et a la densité de l'organisme.

    Cette constance pst évidemment une conséquence de l'apport de l'énergie solaire, rapporté, à un hectare, énergie qui est englobée par les plantes vertes et transformée par elles en énergie chimique libre capable de produire du travail.

XXV

    Nombreuses et diverses sont les déductions qui peuvent être tirées de ce phénomène. Evidemment, non seulement les phénomènes de la fertilité doivent être révisés d'une façon nouvelle, mais la constance de A pour les Protistes doit nous permettre de calculer ∆, α, m, K dans les cas ou quelques-uns de ces coefficients nous sont connus. Les dimensions, le poids et la multiplication des Protistes doivent se trouver en corrélations simples. Le nombre A se rapporte à la manifestation maximum de la multiplication, et seuls ∆ et α maxima sont liés avec le poids et les dimensions de l'organisme par cette formule.

    Malheureusement, nous ne pouvons maintenant faire ces calculs que pour des cas très simples, car les observations nécessaires nous manquent. Le poids moyen des Protozoaires et Protophytes n'est pas directement mesuré ; le volume ainsi que le poids spécifique ne sont que rarement déterminés. Les éléments de la multiplication maximum, c'est-à-dire de la reproduction dans les conditions optima de la vie, manquent aussi.

    Mais la vérification de l'exactitude de la formule peut quand même être faite. Car le poids spécifique pour ces organismes est toujours voisin de l'unité, tandis que la forme se rapproche souvent des figures géométriques simples et parmi celles-ci très souvent de la forme sphérique.

    Nous obtenons pour ces cas des formules extrêmement simples.

    Pour les organismes sphériques :

V2=(1,35922∙105)/D
2=E(C-2lgD)2/(B2∙D)

    où D est le diamètre de la sphère ; E = 1,3S922.105 ; G = 18.70762 ; B = : 46383.932.

    Pour les organismes cylindriques :

V2=4,5∙104/D1=45 000/D1
2=(E2 (C-lg2D1∙H)2)/(B12.D)

    où D1 est le rayon de la base ; H la hauteur du cylindre ; E2=4,5.

    Je m'arrêterai ailleurs sur ce phénomène. Il me suffit de donner ici quelques exemples.

________________________________________  
TABLEAU IV. Calculs de ∆ (générations en vingt-quatre heures) des Protistes lors de leur scission
                                Calculés           Observés
Leucophrys patula        4,8-6,8            env. 7 (Maupas)
Stylonichia pustulata     4,65-5,11          ‘’     5 ( ‘’ )
        ‘’          mytilus    3,27-4,4            ‘’     3 ( ‘’ )
Stentor coeruleus         0,42-0,63         0,5 (Gruber)
________________________________________

    Tous ces calculs ont été faits dans la supposition que la forme des organismes était sphérique. En réalité elle est seulement voisine de la sphère ; c'est pourquoi ces calculs ne peuvent être qu'approximatifs. Les générations (∆) « observées » correspondent aux températures de reproduction maximum de l'infusoire. Les données sur les dimensions ne sont pas très exactes, car les biologistes n'indiquent habituellement que leurs limites et ne donnent pas les valeurs moyennes.

XXVI

    Néanmoins, cette vérification peut être considérée comme suffisante. Elle nous oblige à examiner avec plus d'attention les principes fondamentaux sur lesquels nos raisonnements sont basés, en premier lieu l'importance de la respiration, de l'échange gazeux, qui règle la multiplication.

    J'ai déjà indiqué qu'on observait sous ce rapport une différence nette entre les organismes unicellulaires et multicellulaires, et qu'il n'existe que pour les premiers une relation simple entre la multiplication et les dimensions de l'organisme (sa surface). Aussi, pourrait-on supposer que la grandeur A est autre pour les organismes multicellulaires.

    Les observations le démontrent nettement. La régularité observée pour les Protistes n'existe pas chez ces derniers et elle n'atteint jamais, comme il résulte du moins de mes calculs, l'ordre de 1012 C.G.S. sur un hectare. Cette grandeur est toujours moindre ; elle varie pour différents organismes, oscille entre les unités de l'ordre 1010-1011 C.G.S. par hectare, et descend peut-être jusqu'à l'ordre 109 pour quelques organismes supérieurs.

    L'énergie qui détermine l'échange gazeux et qui bâtit le corps de l'organisme vivant est dépensée en entier pour la multiplication et pour la croissance chez les Protistes seulement ; elle se manifeste alors dans la biosphère sous forme de leur énergie cinétique géochimique.

    Pour les organismes supérieurs, sa plus grande partie est dépensée dans des processus d'un autre genre ; elle y revêt d'autres formes, qui ne se manifestent pas aussi simplement dans les processus géochimiques de la biosphère.

    Mais, dans un cas comme dans l'autre, la valeur de cette énergie est une fonction de l'échange gazeux, de la respiration. Dans l'un et l'autre cas, il existe une dépendance entre ce phénomène et les dimensions de l'organisme et de la planète. Dans les deux cas, le phénomène de multiplication et l'énergie géochimique qui s'y rapporte peuvent être l'objet d'expressions précises mathématiques.

XXVII

    Je pourrais terminer ici ma conférence, dont le but principal était d'attirer l'attention sur ces domaines de la science qui se trouvent à l'écart du travail scientifique courant, et de souligner leur importance.

    Quand les naturalistes comprendront l'importance de ces phénomènes, ils commenceront à rassembler les faits, sans lesquels aucun travail ultérieur n'est possible, et qui ne peuvent être recueillis que par un travail collectif.

    Mais je veux, avant de terminer, exprimer et souligner quelques principes généraux sur lesquels mon exposé est basé, principes qui touchent à la fois le domaine de la science et celui de la philosophie.

    Ces deux domaines, quoique leur pénétration mutuelle soit inévitable, sont de par leur essence même des régions absolument différentes de la manifestation de la personnalité humaine.

    C'est pourquoi la plus grande prudence est nécessaire de la part du savant, comme du philosophe, lorsque chacun d'eux, de son côté, pénètre avec la routine et les procédés qui lui sont propres, et avec un ensemble de faits de caractères divers, dans un domaine qui lui est étranger, mais vers lequel il est amené par le travail de sa pensée. Dans ce domaine, il ne peut jamais être maître.

    Cependant il y a des moments, dans l'histoire de la Science ou de la Philosophie, où cette pénétration mutuelle devient inévitable, et il me semble que nous traversons actuellement une telle phase.

    Nous avons le bonheur de vivre à une époque encore sans précédant dans l'histoire multimillénaire de la pensée scientifique. Devant la science s'ouvrent des perspectives d'une largeur jamais encore entrevue. Pour les saisir, pour les aborder, nous sommes obligés de nous aventurer de temps en temps hors du domaine de la Science – pour tous uniforme – dans celui de la Philosophie toujours multiforme.

    Nous le faisons parce que le concept de l'univers scientifique, au sein duquel a lieu notre travail, n'est pas seulement une création de la science. Ce concept est pénétré de constructions philosophiques et religieuses, étrangères à la Science, mais dont nous oublions habituellement l'origine.

    Ces constructions étrangères à la Science commencent à déranger notre travail scientifique.

    Elles doivent être remplacées par d'autres constructions, qui répondraient davantage aux nouvelles acquisitions scientifiques.

XXVIII

    Je veux terminer mon exposé en notant deux notions de cet ordre, liées entre elles d'un lien qui resserre toujours plus fort la pensée scientifique.

    Ces notions, qui par leur essence sortent des limites de la pensée scientifique, pénètrent le domaine de la philosophie et supplantent les anciennes représentations philosophiques et religieuses du concept scientifique de l'Univers qui s'y étaient enracinées.

    La première de ces notions, c'est l'importance du nombre, qui se manifeste si nettement dans le domaine des phénomènes biologiques, considérés à l'échelle planétaire.

    Le nombre y règne comme il règne dans le mouvement des corps célestes et commence à se révéler à notre pensée dans le monde des systèmes complexes de l'atome et de ses combinaisons. Le mouvement déterminé par la multiplication des matières vivantes sur la surface de la planète, la translation de l'énergie par elles créée, sont aussi immuables, aussi déterminés, aussi soumis au calcul que le mouvement des corps célestes.

    Ils peuvent être prévus comme ces derniers. La nature vivante, étincelante, toujours changeante, pleine de couleurs, d'accidents, d'une variété qui ne peut être embrassée par nos sens, est au fond basée sur la mesure et le nombre. Elle est harmonieuse dans ses plus intimes manifestations et fait, de par son essence même, partie d'un mécanisme seul et unique, complet et harmonieux. Le poids, les dimensions, le nombre des générations des organismes, la vitesse de transmission de la vie sont quantitativement déterminés par la dimension de la planète et de sa matière gazeuse. Et comme conséquence de ces faits, l'effet final de la répercussion de la vie sur les processus chimiques de la Terre, sur la composition et le caractère de l'atmosphère, doit être soumis au calcul et à une prévision précise. La planète et l'organisme sont unis d'un lien numérique indissoluble.

    Le nombre doit gouverner le domaine de la vie sur notre planète, comme il gouverne celui des grands phénomènes du Cosmos.

    Sous ce rapport, il n'existe pas de différence entre la matière vivante et la matière brute.

XXIX

    La seconde déduction embrasse avec plus de profondeur encore les problèmes philosophiques.

    C'est la nécessite d'admettre dans ce domaine l'existence d'un Ordre déterminé de la Nature, non accidentel, l'absence de toute manifestation d'un Hasard inerte et indifférent. L'idée d'un Hasard aveugle a souvent assujetti la pensée des dernières générations de savants, bien que cette idée n'ait jamais eu de racines dans les données obtenues par leur travail scientifique. Elle a pénétré dans le milieu scientifique du dehors ; elle est venue des conceptions et intuitions philosophiques et religieuses.

    Pendant longtemps nous n'avons pas senti son influence pernicieuse, qui avait borné le domaine de la pensée scientifique et nous avait empêché d'examiner la nature environnante avec les yeux ouverts.

    Un hasard aveugle ou absurde, un monde de particules non liées entre elles et douées de mouvements désordonnés, une construction de l'Univers dans lequel il n'y a pas de place pour les phénomènes qui se révèlent à nous dans notre entendement et notre conscience, tout cela, au cours du temps, avec chaque nouvelle acquisition scientifique, nous paraît plus pâle, nous fait toujours davantage l'effet d'un gazouillement scientifique enfantin, qui ne répond pas à la vérité.

    A chaque pas surgissent des relations empiriques qui nous mènent vers des analogies avec un mécanisme et contredisent l'hypothèse d'une aveugle collision de hasards.

    Nous marchons infailliblement vers une nouvelle représentation scientifique de l'Univers, étrangère aux anciennes conceptions rationalistes et matérialistes, ainsi qu'aux représentations des XVIIIe et XIXe siècles qui s'y rapportent. Les constructions de ces courants philosophiques et religieux sont infailliblement condamnées à disparaître de notre conception scientifique de la Nature. Notre matière, notre atome, notre espace rempli de rayonnements, avec sa symétrie, l'existence de l'intelligence et de la conscience dans le Cosmos se trouvent en contradiction flagrante avec la matière, avec l'atome, avec l'espace et le Cosmos dénués d'entendement et de conscience, qui pendant si longtemps ont contenté les chercheurs de la vérité scientifique. Ces notions surannées ne provenaient pas de la recherche scientifique ; elles avaient été tirées par eux du dehors, d'un domaine de la vie spirituelle de l'humanité de par sa nature étranger à la Science.

    Nous ignorons où nous amèneront les acquisitions nouvelles de la Science. Nous traversons aujourd'hui une période qui déjà à plusieurs reprises s'est répétée dans l'histoire de la pensée, période de création scientifique intense. On peut comparer cette intensité non à une révolution, mais à une explosion de la création scientifique, qui en dehors de la volonté des hommes change leur compréhension de l'Univers. Ce nouveau changement s'effectue par une voie à nous inconnue, mais non accidentelle, et est soumis à des lois déterminées.

    Cette explosion est la manifestation d'un effort créateur. C'est la création de valeurs nouvelles qui dans le domaine scientifique démolit les constructions anciennes. Mais jamais l'édifice ancien n'est complètement détruit. Il se trouve toujours qu'une grande partie des valeurs nouvelles était déjà renfermée dans les anciennes représentations, sans y avoir été aperçue. Des bases anciennes réapparaissent donc dans des idées nouvelles, dans l'idée de l'existence des corrélations numérique et symétrique des parties avec le Tout, dans l'idée de l'Ordre de la Nature, dont une des manifestations est la représentation de la vie comme une partie inhérente au mécanisme de l'écorce terrestre. Des organismes sont en une corrélation parfaite avec la planète, dont ils forment une partie indissoluble, et la planète est en corrélation avec eux.

    L'explication de ce phénomène dépasse évidemment les cadres de la pensée scientifique contemporaine.

    Mais le fait empirique existe. Notre pensée établit avec une précision toujours croissante l'idée de l'existence de l'Ordre de la Nature.

    Cette idée doit infailliblement pénétrer jusqu'au fond notre pensée. L'idée de l'Ordre immuable qui se dégage du développement scientifique contemporain est une notion qui sépare nettement le concept de l'Univers scientifique de l'avenir prochain de celui qui s'éloigne de nous toujours davantage et qui avait régné aux jours de notre jeunesse.


    W. Vernadsky,
Membre de l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S.

Conférence faite à Brno, à l'Université Masaryk, en janvier 1926, et à la Société des Naturalistes de Leningrad (Saint-Pétersbourg), en avril 1926. Le texte in extenso est publié en langue russe dans le Bulletin de l’Académie des Sciences de l'Union des Républ. Soviét., 1926. Cf. mes Etudes biogéochimiques, I-II.

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Par Jean-Gabriel - Voir les 0 commentaires
Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /Mars /2009 16:26

Trouvée sur Alerte environnement, cette très bonne interview de Sylvie Brunel, qui vient de publier le livre «A qui profite le développement durable ?».

Présentation de l'éditeur:

"Faites un geste pour la planète". Aujourd'hui le développement durable est partout, mis à toutes les sauces. Les grands prédicateurs de cette nouvelle religion nous somment de nous comporter en " écocitoyen ", sous peine de sacrifier les générations futures. Pour autant, le développement durable profite-t-il à tous? Aux entreprises, aux ONG, sans aucun doute: le business environnemental fait recette. Les pays riches y trouvent leur compte. Mais les pauvres, au Nord comme au Sud? Rien n'est moins sûr...





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Par Kévin - Voir les 2 commentaires
Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 14:10
...grâce aux "énergies" "renouvelables" :


Ceci est un champs d'éoliennes en Californie, dont le gouverneur a décidé que "Greener is better" !

A vue de nez, ce sont des éoliennes d'une capacité nominale de 0,5 MW. Je vous laisse compter, sachant que le vent ne souffle pas toujours à la vitesse optimale, n'est-ce pas ?
Comparez ensuite avec le rendement d'une tranche nucléaire française (entre 900 et 1400 MW).

Concluez.

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Par Jean-Gabriel - Voir les 7 commentaires
Mardi 17 février 2009 2 17 /02 /Fév /2009 14:59
   Voici l'avant dernier Fusion, le hors-série n°3, tiré en septembre 2006 et consacré aux mythes et réalités de l'écologie moderne.
   Malthusianisme radical, catastrophisme systématique infondé, célèbres ONGs dévoyées, collusion entre écologisme et haute finance internationale, fraude de la modélisation climatique, ce numéro rebrousse-poils en énerva beaucoup, en choqua certains et fortifia les autres.

   Bonne lecture.

Fhs3.1 - Editorial Fusion hors-série n°3 - Emmanuel Grenier
Fhs3.2 - Brèves
Fhs3.3 - Réchauffement climatique, mythes et réalités - Emmanuel Grenier
Fhs3.4 - Les moustiques, le réchauffement global et la désinformation - Paul Reiter
Fhs3.5 - Les véritables objectifs des mouvements écologistes - Emmanuel Grenier
Fhs3.6 - La véritable nature de WWF - Emmanuel Grenier
Fhs3.7 - Malthus n'est pas mort - Gérard-François Dumont
Fhs3.8 - NSSM 200, le rapport qui accuse les Etats-Unis - Antonio Gaspari
Fhs3.9 - NSSM 200. Conséquences de l'accroissement de la population mondial pour la sécurité des Etats-Unis (Extraits) - Henry Kissinger
Fhs3.10 - Baleines; Greenpeace battu sur son terrain - Emmanuel Grenier
Fhs3.11 - La victoire du Brésil contre Greenpeace - Entretien avec Guilherme Camargo, directeur de l'association brésilienne de l'énergie nucléaire (ABEN).
Fhs3.12 - L'écologisme en France - Emmanuel Grenier
Fhs3.13 - Le concept de Biosphère selon Vernadski - Lyndon H. LaRouche
Fhs3.14 - Les dix péchés capitaux de la communication scientifique en matière de sécurité environnementale - Bernard Beauzamy
Fhs3.15 - Revue de livre

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